I.LS IlLllESltS i;i JJiS SCHISMES. lit
OUVRAGES A COXSCJ.TK« ET RKMAl'.ULES CRITIQIES SLIî LE N" TU.
Héfelé, II, 3 et suiv. Le concile iia que quatre canons; les cauons v et vr appartiennent au concile particulier de 382; le canon vu (pratique de l'Église dans la réception des hérétiques) ne date que du cinquième siècle. On porte le nombre des évoques à 150 ; d'autres (y compris les macédoniens) relèvent à 180. Theod., V, 7 et seq.; Socr., V, 8; Soz., VII, 7 et seq. Niceph. Call., XII, 13; Marcellin., in Gliron. Prosp., Chron., an. 381 ; Conc. Chalced., act. v; Tillemont, Mémoires, t. IX, p. 221 ; saint Grégoire de Nazianze. Sur Maxime le cynique et l'abdication de Grégoire, voyez Héfelé, 11, 19; mon ouvrage Photius, I, p. 19- 23. Des Grecs subséquents (comme Photius, Ep. ad Mich. Bulg., n. 9) parlent aussi de la confirmation du concile par les papes. Ambassade à Home en faveur de Nectaire, Bonifac, I, Ep. xv ad episc. Maced., n. 6, [). 1042 et seq., ed. Coustant. Œcuménicité du concile de 381, Héfelé. H, 29-32.
Dernière formule du dogme de la Trinité.
80. Le dogme de la Trinité venait de recevoir sa dernière formule. Il était désormais établi qu'il existe un seul Dieu en trois personnes ayant la même nature, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Il était également admis que le Père est le principe (la raison d'être) des deux autres personnes, qui tirent de lui leur origine ; qu'il faut maintenir l'ordre assigné aux trois personnes dans saint Matthieu, xxvm, 19; que cet ordre ne constitue point une différence de puissance et de grandeur, mais une hiérarchie d'origine, en ce sens que le Père doit être conçu avant le Fils et le Fils avant le Saint-Esprit. Cette doctrine, parfaitement développée plus tard dans le symbole dit de saint .Vthanase, en même temps que l'incarnation du Fils, les Pères des quatrième et cinquième siècles l'ont démontrée en détail par l'Écriture et par les analogies que fournit la raison humaine.
L'école de saint Augustin voyait dans le Père l'être et la vie ; dans le Fils, la connaissance et la pensée divine; dans le Saint- Esprit, la volonté et l'amour : elle trouvait dans l'homme un reflet de la Trinité. Que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils comme leur amour et leur gage mutuel, l'immense majorité des Occidentaux n'hésitait pas à le reconnaître et peu d'Orientaux le contestaient; la plupart des Pères enseignaient que le Saint- E.sprit tire son origine du Père par le Fils, qu'il reçoit du Fils la scieiice, qu'il est l'Esprit du Fils aussi bien que du Père.
\()i HISTÜlRi: DE i/kGLISE.
OUVRAGES A CONSLLTtR ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE S" 80.
Sur le symbole Quicumque, op. Äthan., Migne, t. XXVIII, p. 1367- 1604, 011 il se trouve sous des formes et avec des traductions différentes. Il est mentionné par le concile de Tolède, IV, G33, cap. i, et déjà même dans les Acta S. Vincent. Legion., cap. o84-o89 (Espafia sagrada, t. XXXIV, p. 419). On croit en général qu'il provient de l'Espagne au sixième siècle. Mœhler-Ganis, Hist. de l'Égl., I, 575 et s. Nul ne peut contester qu'il était déjà depuis longtemps en usage avant 794. Gieseler, K..-G., II, 1 ; Per. 3, Abschn. 1. § 12, n. 9. Sur la procession « Spiritus sancti ex Pâtre et Filio, » Petav., De Trin., VII, c. ui, 7; mes ouvrages : Die Lehre des Gregor v. Naz., p. 225 et suiv.; Photius, I, 684 et suiv. Aniraad. in Phot. de Spiritu saneto niystag., Ratisb., 1857, p. 145 et s.; V. d. Mœren, De processu Spiritus sancti, Lovan., 1864; Scheeben, Dogmatique, I, § i 16 et suiv.
Les apollinaristes.
81. L'exagération de la lutte contre l'arianisme donna naissance à la théorie d'Apollinaire, qui méconnaissait le rapport du divin et de l'humain en Jésus-Christ, ainsi qu'à d'autres erreurs, tel que le monophy-sitisme. Apollinaire était (ils d'un savant grammairien de ce nom, qui enseignait à Laodicée et s'était fait une grande réputation comme littérateur. Le père, natif d'Alexandrie, avait enseigné à Béryte, puis à Laodicée, où il avait reçu le sacerdoce. Le fils, qui enseignait la rhétorique, s'illustra aussi comme philosophe et poète (on lui attribue une paraphrase des Psaumes versifiée), et devint lecteur. L'évêque Théodote leur défendit toute relation d'amitié avec Épiphano, sophiste païen, car il craignit que leur foi ne fût en péril. Soit qu'ils eussent transgressé cette défense, soit peut-être qu'ils se fussent montrés trop attachés à la foi de Nicée, le successeur arien de Théodote, Georges, les excommunia.
Sous le règne de Julien, les deux Apollinaires traitèrent des sujets bibliques sous forme poétique, afin de remplacer en quelque façon l'étude des classiques païens interdite aux fidèles. En 362 déjà, le jeune Apollinaire était évêque de Laodicée. Quand il prêcha sa nouvelle hérésie, les chefs ds l'Église usèrent d'abord envers lui de grands ménagements à cause de ses mérites antérieurs. Apollinaire prétendait qu'on peut déterminer aver une rigueur mathématique l'union de la nature divine et de la nature humaine en Jésns-Chiisl, connaître directement la divj-
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nifé depuis que Jésus-Christ est apparu sur la terre, remplacer en Uli mot la foi pure et simple par le résultat des investigations savantes. Il était surtout hostile à Origène, qui avait souvent émis cette proposition : le Fils a pris un corps terrestre par l'entremise de l'àme humaine.
Par contre, Apollinaire acceptait la trichotomie de Platon et de Plotin, suivant laquelle l'homme se composerait d'un esprit, d'une àme et d'un corps (nous, pst/ché, sarx). De ces trois éléments constitutifs de l'homme, il n'attribuait au Christ que l'âme et la chair, et soutenait que la divinité tenait en lui la place de l'esprit humain f?ious). A l'opposé des ariens, qui faisaient ressortir la volonté libre et créée du Rédempteur, les apoUinaristes la niaient complètement. Or, en rejetant l'âme raisonnable du Christ, ils lui refusaient l'élément le plus essentiel et le plus nécessairo de la nature humaine; ils niaient par cela même l'incarnation du Verbe et l'œuvre tout entière de la rédemption . Invoquant ces paroles de l'Écriture : « Le Verbe s'est fait chair ', n ils soutenaient que l'esprit humain, étant nécessairement sujet à pécher, ne pouvait se concilier en Jésus-Christ avec l'impeccabiiité ; que deux êtres demeurant complets no peuvent jamais se réunir en un tout unique ; qu'un être isolé ne peut pas se composer de divinité et d'humanité; qu'on ne peut pas enfin admettre deux natures différentes, deux Fils.
Le Verbe en tant qu'Esprit divin peut très-bien, disait Apollinaire, dominer la nature inférieure et animale, et rétablir l'harmonie entre la portion inférieure et la portion supérieure de la nature humaine; l'esprit humain, au contraire, étant trop faible pour cela, a été remplacé en Jésus-Christ par l'esprit divin immuable; delà vient qu'il est appelé « l'homme céleste'.» La nature sensible, la chair, s'est étroitement unie à la divinité, au moins depuis la résurrection, et, qui plus est, en une seule personne, et c'est ainsi que la chair a été reçue dans le ciel avec l'esprit et qu'elle est adorée avec la divinité. Si, d'après l'opinion contraire, le Christ devait être adoré comme Dieu et comme homme (parfait), il faudrait admettre en Dieu non-seulement ime triade, mais une tétrade.
Il est certain qu'Apollinaire concevait l'être de Dieu comme
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le principe qui vivifie le corps himiain de Jésus; mais eoufondait-il l'être tout entier du Verbe avec l'élément divin qui est eu Jésus-Christ, ou ne voyait-il dans cet élément qu'un certain reflet du Verbe dans le corps humain, cela n'est pas absolument sur. Il ne l'est pas davantage si, aux yeux d'Apollinaire, la chair du Christ est descendue du ciel ou si elle provient de Marie. La première supposition était admise par plusieurs de ses disciples, surtout par les polémiens. Quant au nom « d'adorateurs de la chair, » donné par les catholiques aux apoUinaristes, il ne prouve pas rigoureusement que ce fut là leur opinion primitive, puisque, d'après cette doctrine, il faudrait adorer la chair à cause de son union étroite avec la divinité. Les apoUinaristes écrivaient sur leurs maisons comme une vérité fondamentale qu'il faut adorer non pas un homme porte-Dieu (theophoros], mais un Dieu portechair (sarcophoros), et ils appelaient les catholiques des « adorateurs de l'homme. »
Lutte contre les apoUinaristes.
82. En 362, un concile d'Alexandrie s'éleva contre cette hérésie, mais sans nommer son auteur; les délégués d'Apollinaire y rejetèrent l'opinion suivant laquelle le Christ aurait eu « un corps sans âme et sans esprit, » ce qui n'était pas contraire à leur doctrine, puisqu'ils admettaient une àme humaine en Jésus- Christ et lui attribuaient un esprit, le Verbe divin. Lorsque Apollinaire eut exposé plus nettement sa théorie (371), il fut combattu par saint Athanase et ensuite par Grégoire de Nysse et Grégoire de Nazianze. Le pape Damase, dans un concile tenu à Rome en 374, flétrit l'erreur d'Apollinaire et renouvela sa condamnation en 376, 380 et 382. Un symbole rédigé par saint •férôme sur la demande du pape devait être signé par les apollinaristes qui rentreraient dans le sein de l'Eglise. La même condamnation fut encore prononcée par un concile d'Antioche en 379 et par le concile de Constantinople (381). »
A partir de 376, Apollinaire déclara qu'il ne communiquerait point avec quiconque soutiendrait que le Christ a pris un esprit humain. Ses partisans se nommaient aussi synnsiastes et dimoirites. Leur nombre s'accrut rapidement, et plusieurs commençaient déjà à douter de l'incarnation du Verbe. Les écrits de l'hérésiarque étaient lus arec avidité, et les cantiques qu'il
LES HÉRÉslLti El LES Si.;niS.MES, lU7
avait coiiiposes remplai^aient souvent les hymnes religieuse^. Il consacra Vitale évèi]ue d'Antioche, et augmenta ainsi la confusion religieuse. Les évèques institués par lui en différents endroits furent tous déposés, entre autres Timothée de Béryte, par le pape Damase.
En 388, Théodose II interdit aux apollinaristes de nommer des évêques et des ecclésiastiques, de résider dans les villes et de tenir des assemblées. Apollinaire mourut en 392 dans un âge avancé, et survécut à la ruine presque complète de sa secte, assez nombreuse dans le principe en Syrie et dans l' Asie- Mineure. Vers 426, ceux qui subsistaient encore à Antioche demandèrent à l'évèque Théodote de les reconcilier avec l'Eglise. Quelques-uns , dit-on , persévérèrent secrètement dans leur erreur et recrutèrent un certain nombre d'adhérents, puis ils se fondirent dans le grand parti des monophysites, qui n'admettait en Jésus-Christ que la nature divine, à laquelle le corps humain se serait réuni pour composer un seul tout.
Doctrine des Pères de l'Église contre l'apoUinarisme.
83. A cette doctrine, les Pères de l'Église opposaient les raisons suivantes : \° le Christ a pris ce qu'il voulait racheter; or, comme il entendait racheter non-seulement le corps de l'homme, mais encore son esprit, il a pris aussi l'esprit humain. 2° Sans l'adoption de l'esprit humain, nulle rédemption n'était possible. 3" Le Christ a été affligé et troublé, il a prié ; or, cela n'eût pas été possible s'il avait été privé de l'esprit ou de l'àme raisonnable de l'homme. 4° Un Christ sans àme n'eût pas été véritablement homme ; il n'y aurait point eu d'incarnation, point de Dieu- Homme. 5° Si le Christ n'était pas homme parfait, doué d'une àme raisonnable, il ne serait point de notre espèce et ne pourrait pas nous servir de modèle dans la conduite de la vie. 6° En disant que l'impeccabilité du Christ est incompatible avec l'esprii humain, on fait du péché une condition nécessaire de la nature humaine, on tombe dans le manichéisme. 7** L'Écriture enseigne expressément que le Christ a pris tout ce qui est de l'homme, hors le péché; nous devons écarter de lui le péché seul, et non les facultés intellectuelles de l'homme, car l'Écriture les lui attribue quand elle dit qu'il a été obéissant jusqu'à la mort et qu'il intercède pour nous tous.
108 HISTOIRE DK LÉGLISE.
OUVRAGfeS A CONSULTER ET RKMARQt'ES CRITIQUbS SIR LES N°^ 81-83.
Apollin., Interpret. Psalnior. vers, htroicis, Paris., 1580; Heidelb., 1654; Fragm. Apolliu., Gallandi, Bibl. Patr., XII, 706 et seq.; Mai, Nov. coll., VII, l, p. 16, 203; Athaa., De iucarn. adv. Ap., lib. II, (Migne, t. XXVI, p. 1093 et seq.); Tom. ad Antioch., cap. vu, viii; Naz., Or. xxii, a. 13 et seq. (Migne, t. XXXV, p. 1145 et seq.); Ep. ccn (al. Or. XLVi, ibid., t. XXXVII, p. 529 et seq.); Ep. ci, eu ad Cledon. (ibid., p. 762 et seq.); Nvss,, Antirrhet. contra Apoll, (ibid., t. XLV, 1». 1123 et seq.; Socr., 11. 46; III, 16; Soz., V, 18; VI, 23 ; Epiph., Heer., lxxvii; Theod., Ha-r. fab., IV, 8 et seq.; Hist. eccl., V, 3 et seq.; Rufin.,Xl, 20; De adulter. iibror. Orig. (Hier., Op., V, 233; éd. Mart.); Basil., Ep. Lxxiv, ccxciii; Leontius c. fraud. Apoll. (Migne, t. LXXXVI, p. 1947 et seq.); Cod. Theod., XVI, v, 14, a. 388; Tillemont, Mémoires, t. VII, p. 602-607, notes sur les apolliuaristes, p. 689 et seq.; Walch, Ketzerbistorie, III, 119-229; Salig, De eutychianisnio ante Eutich., Wolfenbütt., 1723, p. 101 et seq.; Jac. Basnage, Diss. de bist. hser. Apoll., Ultraject., 1687, iii-8»: J. Vogt, Bibl. ba?ieseo]., I, fasc. i, p. 1 et seq.; ÎSéander, K.-G., I, 636 et s.; Mœbler, Äthan., II, 372; Hét'elé. I, 705, 713, 717 et suiv.; II, 9 et suiv., 37, 127 et suiv. Dans saint Épi- I)hane, les apollinarisles se nomment Ai[xoipïTai, saus cela Sy/oystafftat (à cause de la cuvo'jc-îwdiç xai xpäert; tt^ç Oeôttito; xai toû (yw(xaTO(;). Saint Augustin distingue trois tendances : a. Jésus-Christ n'avait pas d'âme humaine; 6. il avait «^-j/y) îiwTixr,, et non Xovixr,; c. son corps était une partie de sa divinité (polémiens).
§ i. Petites sectes de la période arienne.
Les indifférentistes, les messaliens, les audianiens, les apostoliques et les eustathiens.
84. L'ariaiiisme, avec ses idées inconsistantes et superficielles, sapait par la base et minait sourdement la vie chrétienne et la constitution ecclésiastique. 11 suscita une infinité d'autres erreurs qui s'accordaient mal avec sou dogme proprement dit, malgré une forte empreinte de rationalisme. Plusieurs, fatigués de la lutte, en vinrent à se persuader que ce qui importait pardessus tout, ce n'étaient pas les doctrines religieuses, mais la vie morale, le côté pratique du christianisme; que chacun honorait Dieu comme il pouvait, qu'il fallait entretenir la communion avec tous ceux qui invoquaient Jésus comme celui qui est né de la vierge Marie.
Un certain Rhétorius soutenait que tous les hérétiques ont raison à leur manière; d'autres, que toutes les vérités de foi sont chose indifférente (indifférentistes); d'autres (les messaliens,
les eiichètes, les euphémites), que la rémission des péchés et le salut sont indépendants de tout culte extérieur et s'obtiennent par la prière continuelle; que c'est au moyen de la prière que l'Esprit divin s'empare de l'àuie, la rend étrangère à toutes les choses extérieures, impassible et impeccable.
Ces sectaires formaient en Syrie, en Phénicie, en Palestine et en Mésopotamie des assemblées de piétistes, composées peutêtre de moines vagabonds et mendiants. Adelphius de Mésopotamie était leur chef. Selon la doctrine de ces faux spiritualistes, l'homme serait depuis sa naissance sous l'empire d'un démon qu'il a hérité de ses premiers parents; la prière continuelle peut seule le chasser, mais non le baptême ni aucun sacrement. Par la prière, l'àme s'unit à l'Époux céleste aussi étroitement que l'homme est uni à la femme dans l'acte de la génération ; il adhère tellement à Dieu que nul péché ne peut plus le séparer de lui, alors même qu'il semble pécher au dehors ; l'ascétisme extérieur est inutile; le travail manuel dégrade l'esprit humain. Ils considéraient le feu comme le principe créateur de l'univers et se représentaient Dieu sous la forme corporelle. Ils cachaient leur doctrine avec beaucoup de soin. En 381, Fiavien, évêque d'Antiuche. eut l'adresse d'arracher à Adelphius de nouveaux détails sur la doctrine de la secte, qui, malgré les persécutions qu'elle eut à subir, se conserva jusqu'au sixième siècle.
Une secte analogue aux messaliens est celle des audianiens, en Mésopotamie; ils pratiquaient un faux ascétisme et faisaient la guerre aux évêques et aux prêtres mondains. Udo ou Audius, de Mésopotamie, fut exclu de l'Église à cause de la rigueur impitoyable avec laqu'elle il s'élevait contre les pécheurs, et forma avec plusieurs uK.tines un parti schismatique, dans lequel entrèrent aussi des évêques et des prêtres. Ce parti ne voulait entretenir aucune relation avec les catholiques, pas même pour la prière. 11 concevait Dieu sous une forme corporelle et humaine, d'après Gen., i, 26; célébrait la fête de Pâques à la manière des juifs et dans le même temps, conmie faisaient les quartodécimans; accusait le concile de Nicée d'avoir, sans motif raisonnable et uniquement par considération pour l'empereur, changé le temps de cette fête. Les audianiens avaiesit coutume de remettre aux pécheurs les pénitences canoniques, et se contentaient, après la confession, de les faire passer entre leurs livres
tl() HISTOIRE HE i.'kc.lisk.
sacrés entassés sur deux rangs. Udo, consacré évêque, fut dans sa vieillesse exilé en Scythic, où il se créa de nouveaux adhérents parmi les Goths. Après lui (372), Uranius devint le principal évêque de la secte eu Mésopotamie. Un autre évêque, Silvain, lut chassé par Athanaric, roi des Goths, ainsi que d'autres chrétiens.
Nous devons mentionner aussi les apostoliques de l' Asie- Mineure, qui, à l'exemple des encratites, rejetaient le mariage et la propriété et se servaient d'écritures apocryphes attribuées aux apôtres André et Thomas. Les eustathiens tiraient leur nom de l'évêque Eustathiusde Sébaste, dans l'Arménie romaine, où il propagea le monachisme. Ils rejetaient le mariage, évitaient les offices célébrés par des prêtres mariés, jeûnaient le dimanche et réprouvaient les jeunes ecclésiastiques, s'abstenaient de la viande, obligeaient les femmes à paraître en public avec des vêtements d'hommes et exigeaient que ceux des leurs qui avaient de la fortune pratiquassent une sorte de communauté des biens. Ils attribuaient à leurs conventicules une sainteté qui manquait, selon eux, aux assemblées de l'Église. Le concile de (jangres (360-380) rendit contre eux vingt canons.
Rhetorius, Äthan., lib. 1 contra Apoll., cap. vi, p. 739; Philastr., De liœr., cap. xci : « Alii sunt in /Egypto et Alexandria a Rhetorio quo- »iam, qui omnes laudabat lisereses, dicens omnes bene sentire ; » saint Augustin (De heer., cap. lxxii) trouvait incroyable qu'un homme pût enseigner des choses si absurdes. Voyez d'autres détails dans le Praedestinatus, cap. lxxii. Théodoret, Comm. in Phil., 1, 18 (Migne, t. LXXXH, p. 564), dit que quelques-uns avaient la folie d'appliquer ces mots aux hérétiques. Jean Damascène, Heer., cap. lxxxviii, décrit ainsi les gnosimaques. Le nom de messaliens dériverait du chaldéen nSï rSïQ, Daniel., vi, 11 ; en grec, sOxîtai; leurs églises se nommaient Tipo(7£ux*'- Theod., IV, 10; Haer. fab., IV, 11; Phot., cod. 52; Epiph., Hce.r.,LXXx; Cyrill. AL, Ep. lxxxii ad Amphil. (Migne, t. LXXVII, p. 376).
Us se nommaient aussi ÔEOffôêeïç, choreutes, enthousiastes, marcianistes, lampetianiens, adelphiens ; Timoth., De reoip. haeret. (Migne, l. LXXXVi, p. 45-48). Un partisan de la secte, Lampetius, s'éleva contre te chant d'église et écrivit un livre, le Testament, que le monophysite Sévère essaya plus tard de réfuter. Wolf, Anecd. gr., III, p. 68'2. Un écrit de la secte, l'Asceticon, fut anathématisé en 431 à Éphèse, où l'on s'occupa aussi des messaliens de Pamphylie et de Lycaonie. Mansi, IV. 1477: Héfelé, II, 196. Sur Udon, voy. Ephrem. Syr., Serm. wiv adv.
l.ES HÉRÉSIES ET LES SCHISMES. Hi
haer., t. Il, p. 493, éd. Quirin.; Theod., Hist. eccl., IV, 10; Hser. fab.. IV, 9; Socr., V, 23; Epiph., Haer., lxx; Héfelé, I, 321 et suiv. Sur les apostoliques (appelés aussi airoTaxv.xot), voy. Epiph., Haer., lxi. Sur les eustathiens, Socr., II, 43 ; Soz., 111, 14; Basil., Ep. cxix, nr.xxTU, rcxxiv ; Epiph., Haer., lxxv, 2 et seq.; Héfelé, I, 7öl et suiv.
Aerius, Jovinien, Vigilance.
85. Taudis qu'Eustathe était personnellenient hostile a l'arianisme, son ancien compagnon, le prêtre Aerius de Sébaste, se faisait arien et rompait complètement avec son évèque, dont le gouvernement et l'ascétisme n'étaient pas de son goût. Lui et ses adhérents, généralement détestés, tenaient presque toujours leurs assemblées dans les forêts et sur les montagnes, ils affirmaient l'égalité parfaite des prêtres et des évêques, blâmaient la célébration de la Pâques comme une superstition judaïque, rejetaient les jeûnes prescrits par l'Église, ainsi que les prières et les bonnes œuvres en faveur des défunts, sous prétexte qu'elles leur étaient inutiles.
£n Occident, mais sans rapport avec Aerius, Jovinien, moine de Rome, se posa en adversaire du jeûne et des bonnes œuvres, du célibat et de la vie monacale. Au lieu de combattre dans le monachisme , qui comptait dans ses rangs les membres les plus notables de l'Église, les abus qui pouvaient s'y rencontrer, il supprima la chose même et en vint jusqu'à soutenir que la virginité n'a rien de supérieur au mariage, que l'abstinence et le jeûne ne sont d'aucun prix, que .la grâce reçue dans le baptême e.st inamissible, que toutes les récompenses de la vie future .sont égales entre elles, comme le sont la vocation et la dignité des chrétiens. La sainteté, selon lui, consistait simplement à conserver la grâce une fois reçue, et non à la faire fructifier par les bonnes œnvres, ni à l'accroître par sa coopération. Dans tout cela, les vrais chrétiens lui semblaient égaux. 1! concevait l'Église surtout comme invisible , supprimait la difïerence du péché mortel et du péché véniel, croyait que les bonnes œuvres jaillissent de la foi avec une sorte de nécessité, recommandait le mariage à tous, même aux ecclésiastiques.
Le pape Sirice condamna Jovinien dans un concile tenu à Rome en 390 ; sainî Ambroise de Milan en fit autant et ordonna do rexpnlsnr, lui et sa b.-mde. Kri .'Î95, sriint .Jérôme écrivit
li-- HlsrOIHE M': I. F.f.l.lSE.
contre lui un ouvrage eu deux livres, et, vers 400, saint Augustin composa son De bono conjugali, pour démontrer que le mariage est chose sainte, mais (|ue la virginité lui est préférable.
Vers 396 , on vit surgir dans la haute ItaUe les moines Sarmation et Barbatian, imbus des principes de Jovinien. Ils avaient déserté leur couvent et agité la communauté de Verceil, qui venait justement d'être privée de son êvêque ; mais elle fut avertie par saint Ambroise, et les efforts des deux hérétiques demeurèrent en pure perte.
Nous trouvons les mêmes sentiments et plus de violence encore dans Vigilance de Casère, en Gaule. Prêtre à Barcelone, après avoir vécu eu Palestine (vers 396), Vigilance attaqua (après 400) îe célibat, le jeune, le culte des saints et des reliques, les veilles nocturnes, les solennités qui avaient lieu sur les tombeaux, la coutume d'allumer des cierges pendant les offices divins et d'envoyer des aumônes à Jérusalem, les ordres religieux. 11 disait que l'invocation des saints était inefticace, que ceux qui les honoraient étaient des ministres de la cendre, des idolâtres. Ripaire et Désiré envoyèrent sou écrit à saint Jérôme pour qu'il le réfutât. Le saint docteur s'acquitta de cette tâche en 406, sous une forme sarcastisque qui eut beaucoup de succès.
ADDITION DU TRADUCTEUR
Saint Jérôme remarque d'abord que Vigilance est le premier hérésiarque que la Gaule ait produit. « On a yu,|dit-il, plusieurs monstres dans les différentes parties de l'univers... La Gaule était la seule qui n'en eût pas enfanté. Au contraire elle a toujours été féconde en braves capitaines et en orateurs éloquents. Mais Vigilance ou plutôt Dormitance, s'est élevé tout-à-coup... Ce cabaretier de Calahorra mêle de l'eau avec le vin, et, par un ai-tifice de sa première profession, il tâche d'altérer la pureté de la foi catholique par le venin de son hérésie. 11 combat la virginité, il hait la pudeur; au milieu des repas qu'il fait avec les mondains, il déclame contre les jeûnes des saints, et c'est en philosophant parmi les bouteilles et les plats qu'il se plait à entendre chanter des psaumes.
» 0 impiété! continue saint Jérôme. On dit qu'il y a des évoques engagés dans ses erreurs, si cependant on peut appeler évèques ceux qui n'ordonnent point de diacres, s'ils ne les ont vus mariés auparavant, et qui ne croient pas qu'on puisse garder la pudicité dans le célibat. \\s font assez voir par là combien ils vivent eux-mêmes chastement,
puisqu'ils soupçonnent le mal dans tous les autres et qu'ils ne donnent pas les sacrements de Jésus- Christ à moins qu'ils n'aient vu les femmes des clercs enceintes ou entendu les enfants crier entre les bras de leurs mères. Que feront donc les Églises d'Orient? Que feront celles de l'Egypte et du Siège apostolique, qui ue reçoivent que des clercs vierges ou continents? »
Saint Jérôme justifie contre Vigilance l'invocation des saints, que ce novateur combattait, fondé sur l'autorité apocryphe et mal entendue du quatrième livre d'Esdras. « Si les apôtres et les martyrs, dit le saint docteur, lorsqu'ils sont sur la terre et qu'ils ont lieu de craindre encore pour eux-mêmes, ne laissent pas d'intercéder pour les autres, combien plus le peuvent-ils après leurs victoires et leurs triomphes? Un saint Paul nous assure qu'il a obtenu par ses prières la vie de deux cent soixante et dix personnes qui étaient dans le vaisseau avec lui, et après sa mort, lorsqu'il est uni à Jésus-Christ, il fermera la bouche, n'osera dire un mot en faveur de ceux qui ont cru dans tout l'univers à son Évangile ? Vigilance, ce chien vivant, vaudra mieux que ce lion mort ' ? »
Vigilance traitait d'idolâtrie les honneurs qu'on rend aux saintes reUques : « Pourquoi, disait-il, baisez-vous, pourquoi adorez-vous un peu de poussière enveloppée d'un linge? » 0 l'insensé personnage, s'écrie saint Jérôme ! qui a jamais adoré les martyrs ? Saint Jérôme justifie le culte qu'on rend au saintes reliques par l'exemple de tous les fidèles, de tous les évêques du monde chrétien, et nommément des souverains-pontifes, qui célèbrent les saints mystères sur le tombeau des apôtres; et il dit que Vigilance renouvelle en ce point l'hérésie d'Eunomius et celle des caïnites ^.
Quant à l'usage d'afiumer des cierges en plein jour, que Vigilance traitait de superstition, le saint docteur reconnaît que cette pratique n'était pas encore bien établie en Occident, mais il la justifie sans peine des reproches de ce novateur : « Si quelques laïques ou quelques femmes dévotes, lui dit-il, par simplicité ou ignorance, allument des cierges en plein jour pour honorer les martyrs, quel tort cela vous fait-il?... Ceux qui en usent ainsi reçoivent leur récompense selon la foi qui les fait agir. Cela se faisait en l'honneur des idoles, et c'est pourquoi il le faut détester; mais cela se fait en l'honneur des martyrs,
' Pour entendre ce que dit ici saint Jérôme, il faut savoir que Vigilance prétendait que les hommes vivants pouvaient à la vérité intercéder auprès de Dieu les uns pour les autres; mais que, dès qu'ils étaient morts, quelque saints qu'ils fussent, ils n'avaient plus aucun pouvoir.
* Les caïnites étaient une secte de gnostiques qui honoraient Caïn et Judas : ils avaient un évangile attribué à ce dernier et se livraient aux plus infâmes turpitudes.
lli HISTOIRE DE J. EGLISE.
cl c'est nue raison d'en admettre l'usage... Dans toutes les Égliseb d'Orient, sans parler de ce qu'on fait pour les reliques des martyrs, on allume des cierges en plein jour lorsqu'on lit l'Évangile ; ce n'est pas pour dissiper les ténèbres de la nuit, mais c'est en signe d'allégresse. »
Touchant les veilles dans les églises des martyrs, saint Jérôme répond que les désordres que quelques libertins peuvent y commettre, par occasion, ne doivent pas empêcher une œuvre sainte, ni être imputés à tant de gens de bien. 11 défend la vérité des miracles qui s'opèrent tous les jours par la vertu des saintes reüques, et après avoir peint les débauches et l'impudence de Vigilance, il s'écrie : « Voilà quels sont les ennemis de l'Église; voilà les chefs qui combattent contre le sang des martyrs, les orateurs qui tonnent contre les apôtres, ou plutôt voilà les chiens enragés qui aboient contre les disciples de Jésus-Christ. Pour moi, continue-t-il, je confesse ma délicatesse de conscience, peut-être un peu trop grande : quand je me suis laissé aller à la colère, quand j'ai eu quelque mauvaise pensée ou quelque illusion noctui'ne, je n'ose entrer dans les basiliques des martyrs, tant je tremble de tout mon corps et de toute mon âme. Tu t'en moqueras, Viguance, comme d'un scrupule de bonne femme... Mais il me semble que tu crains, toi, quelque chose de bien ditférent. Tu as peur, à ce qu'il paraît, que si la continence, la sobriété et le jeûne s'établissent dans les Gaules, on ne gagne plus rien dans tes cabarets. »
Enfin saint Jérôme justifie la piété des fidèles qui envoyaient des aumônes à Jérusalem, et, en faisant l'apologie de la vie monastique, il en décrit ainsi les obligations : « Le devoir d'un moine, dit-il, n'est pas d'enseigner, mais de pleurer, de gémir sm- ses péchés et sur ceux du monde, et d'attendre dans la crainte l'avènement du Seigneur. Gomme il connaît sa faiblesse et la fragilité du vase qu'il porte, il craint de le heurter et de le casser. G'est pourquoi il fuit la vue des femmes, et surtout des jeunes personnes. Mais, me dii'as-tu, poui"quoi vous retirer au désert? G'est pour ne te pas voii' et ne te pas entendre; c'est de peur que la vue de quelque objet séduisant ne me soit une occasion de chute... Je fuis de peur d'être vaincu. Il n'y a pas de sûreté à reposer auprès du serpent : il peut arriver qu'il ne me morde pas, mais il se peut aussi qu'il me morde. Nous nommons des femmes nos mères, nos sœurs et nos tilles, et l'on ne rougit pas quelquefois de fciire servir de voile à la passion ces noms de la piété. Car que fait un moine dans les cellules des femmes ? Que veulent dire ces entretiens particuliers, et ces yeux qui fuient les témoins ? Un saint amour n'a pas de pai'eils empressements. Or, ce que nous avons dit de l'amour criminel, nous pouvons le dire de l'avarice et des autres vices qu'on évite dans la sohlüde. »
LES HÉRÉSIES ET LES SCHISMES. Hf)
Aerius, Epiph,,H0er., lxxv, 1 et seq.; Philastr., Hœr. lxxiii; Aug., De liïer., cap. Lxxxn ; Jovinien, Siric, Ep. vu adv. Jovin.; Coust., p. 663 et seq.; Héfelé, II, 47; Aug., Heer., cap. lxxxui; Retract., II, 22; De bono conjug.; Ambi'os., Ep. xlii, lxiii (al. 82); Hier., Libri II adv. Jov., Op. II, 237-384, éd. Vallars.; Natal. Alex., sœc. IV, diss. XLvm, t. VIII, p. 578 et seq.; Lindner, De Jovin. et Vigil., Lips., 1439. — Néander, I, ÖÖ9 et suiv., voit dans Jovinien le « protestant » de son temps, un « précurseur de la réforme. » Hier., Ep. Lxr ad Vigil., Ep. cix ad Rip., Lib. adv. Vigil., Op. II, p. 387 et seq., ed. Vall.; Schmidt, Vigilant, u. s. Verhœltnisz zu Hier. u. zur K. -Lehre, Munster, 1860.
Hérésie touchant la sainte Vierge.
8G. L'honneur de Jésus-Christ a de grandes affinités avec la glorification de sa Mère , la très- sainte Vierge. Ravaler le Sauveur, c'est dépouiller Marie de ses prérogatives ; uier la véritable humanité du Christ, c'est de toute nécessité ravir à la Mère de Dieu la position eminente qu'elle occupe. Les antidicomarianites d'Arabie, sortis du cercle des apoUinaristes, combattaient la virginité perpétuelle de Marie et soutenaient qu'après la naissance de Jésus elle avait eu d'autres enfants avec Joseph. Ils furent réfutés par saint Épiphane. Ces hérétiques sont la contre-partie des collyridiennes, qui se trouvaient également en Afrique. Ces femmes, qui venaient de la Thrace, tenaient en l'honneur de Marie, à qui elles rendaient un culte divin, des assemblées particulières, et se donnaient pour ses prêtresses. En un certain jour de fête, elles faisaient circuler sur un char, comme les païens dans quelques-unes de leurs processions religieuses, des gâteaux consacrés à Marie (colly rides, coUyria), d'où est venu leur nom, les lui offraient en sacrifice , puis les mangeaient elles-mêmes. Ce culte de Marie, conforme de tout point aux mœurs de paganisme, rappelait les thesmophories en l'honneur de Cérès. Condamnée par l'Église, qui permet bien de vénérer la Mère de Dieu, mais non de lui rendre le culte de l'adoration, la secte disparût sans laisser de traces.
Epiph., Hser., lxxvii, n. 25 et seq.; Hœr., lxxviu, n. 1 et seq., 23; Hser., lxxix, n, I et seq.; Wernsdorü', Diss. de collyr. secta, Vitemb., 174Ö; Munter, Com. de collyr. (Miscell. Hafnens., II, fasc. i).
il6 HISTOIRE I>E L ÉGLISE.
La virginité et le mariage.
87. L'erreur selon laquelle Marie n'a pas toujours été vierge était encore partagée par d'autres hérétiques , qui niaient en même temps la prééeminence de la virginité sur le mariage et différentes institutions ecclésiastiques. Dans ce nombre étaient : a. Helvidius, un laïque de Rome, médiocrement instruit et disciple, selon quelques-uns, de l'arien Auxence, que saint Jérôme combattit en 383, notamment à propos de cette assertion que Marie avait eu d'autres enfants après la naissance de Jésus ; b. Bonose, évêque de Sardique(390), que quelques-uns accusent aussi d'avoir trempé dans l'hérésie de Photin. 11 fut combattu par le pape Sirice et saint Ambroise. Ses partisans (bonosiani ou bonosiaci) furent plus tard dispensés par Innocent I" relativement aux ordres qu'ils avaient reçus ; c. le moine Jovinien, déjà nommé, qui croyait cette opinion nécessaire pour éviter le docétisrae et ne pas attribuer à Jésus un corps purement fantastique.
Hier., Adv. Helvid., de perpétua virgin. B. Mariae (Op., II, 205 et seq.); Gennade, De vir. illust., cap. xxxii; Aug., De haer., cap. lxxxiv; Bonosus, Walch, Ketzerliist., III, 598 et suiv., et De Bonoso haer., Goetting., 17o4. Marius Mercator, Append. ad contradict. 12 anathem. Nest. § XV, Op. II, 128, lui attribue l'erreur de Photin. Sur lui, Conc. Capuan., 391 (Héfelé, II, 49); P. Sirice, Ep. ix (Coustant, p. 679 et seq.; Mansi, III, 675); Ambros., Lib. de instit. virgin. et S. Mariae virginit. perpet., 392. Le concile d'Arles, II, cap. xvi, xvii (Héfelé, II, 283), voulait qu'on baptisât les photiens, mais non les bonosiens. Innocent P"^ (Ep. xvii ad Ruf., n. 9, p. 825, éd. Coust.), décida que ceux qui avaient été consacrés par Bonose avant le jugement seraient soumis à la pénitence, afin de pouvoir l'eprendre leurs fonctions ; que ceux qui l'auraient été après ne seraient admis qu'à la communion laïque.
§ 5. Controverses de rorigénisme. Amis et ennemis d'Origène.
88. Les écrits du savant Origène, objet d'une étude incessante, excitaient de grands débats relativement à leur orthodoxie. Marcel d'Ancyre attaqua sa doctrine comme étant la source de i'arianisme ; Eusèbe de Césarée le défendit, mais comme il était partisan de I'arianisme, son apologie ne servit qu'à le rendre plus suspect. Tandis que les ariens, notamment les omoiousiens,
LES HÉRÉSIES ET LES SCHISMES. il7
s'abritaient derrière quelques textes d'Origène, les grands docteurs, les Pères de la Cappadoce puisaient dans ses écrits une grande partie de leur instruction ; ils composèrent, sous le titre de Philocalie, un recueil de ses plus beaux passages. Saint Athanase et Didyme le citaient même en faveur de la croyance de Nicée ; saint Chrysostome et saint Jérôme lui devaient une grande partie de leur érudition en exégèse. Jusqu'à la fin du quatrième siècle, la majorité des suffrages ecclésiastiques était en faveur du célèbre Alexandrin.
Parmi les moines d'Egypte, on remarquait alors deux grandes directions intellectuelles : les uns se vouaient aux études savantes et à la méditation avec toute l'ardeur dont ils étaient capables, et consultaient notamment les écrits d'Origène ; les autres, grossiers et sans culture, concevaient les choses divines sous une forme sensible et matérielle, et allaient jusqu'à prétendre que Dieu était revêtu d'un corps (anthropomorphites) ; ils détestaient d'autant plus Origène que leurs adversaires tiraient de ses écrits les armes dont ils les combattaient. On assure même que saint Pacôme aurait mis ses disciples en garde contre le venin qui se trouvait dans les écrits du grand Alexandrin .
Saint Épiphane, depuis 367 évêque de Constantia (Salamine), dans l'île de Chypre, hautement vénéré pour sa piété et son zèle en faveur de l'orthodoxie, était lié avec les moines illettrés, mais sans partager leur erreur. Il était originaire de Palestine et avait été formé parmi eux à la vie ascétique. Entre 373 et 375, il composa son grand ouvrage contre toutes les hérésies, où il s'occupait aussi de la doctrine d'Origène. Ce qu'il en écrivit, toutefois, ne fit pas grande impression, et les amis d'Origène, tels que Jean, évêque de Jérusalem (386-417), et Rufin, prêtre d'Aquilée, continuèrent de lire ses écrits et de les mettre à profit.
Vers 394, entre autres pèlerins qui arrivèrent à Jérusalem, se trouvait un certain Aterbius ; il se montra fort étonné du nombre des partisans d'Origène, qu'il tenait pour un hérétique, et il accusa Rufin d'hérésie origénienne. Cette accusation, dédaignée de Rufin et de l'évêque Jean, émut vivement un autre savant, Jérôme de Stridon enDalmatie (né en 331), qui résidait au couvent de Bethléem depuis 386; et avait fort à
I 18 HISTOIRE DE i/kGLISE.
cœur sa réputation d'orthodoxie. Comme il s'était fait jadis le panégyriste de l'Alexandrin, il usa de réserve et fut plus discret dans son langage.
Peu de temps après, saint Épiphane alla lui-même à Jérusalem et exigea de l'évêque Jean la condamnation d'Origène. Jean répondit qu'il avait pour habitude de démêler le vrai et le faux dans ses écrits, et refusa d'entrer dans des éclaircissements dogmatiques, car il doutait qu'on pût arriver à s'entendre. Saint Épiphane prêcha contre les origénistes et Jean contre les anthropomorphites ; le premier consentait à condamner ceux-ci, mais il réclamait aussi la condamnation des origénistes. Il s'en alla, mécontent, trouver les moines de Bethléem, chez lesquels il conféra le sacerdoce à Paulinien, frère de saint Jérôme. Jean se plaignit amèrement de cet acte illégal et de l'ambition d'Epiphane, dont le parti fut désormais attaqué par saint Jérôme et par tous les autres moines de Bethléem. Les deux parties tournèrent les yeux vers Rome et vers Alexandrie. L'évêque de cette dernière ville, Théophile (385-412), esprit versatile et violent, favorable encore à la mémoire de son illustre compatriote, envoya en qualité de médiateur le prêtre Isidore, qui partageait ses vues et qui était suspect au parti d'Epiphane. En 397, saint Jérôme se réconcilia à l'autel avec l'évêque Jean et avec son ami d'enfance, Rufin, plus âgé que lui de quelques années. Cette réconciliation, qui semblait terminer heureusement un fâcheux discord, fut surtout l'ouvrage d'une pieuse dame romaine qui avait nom Melanie.
Eus., Adv. Marcel!., I, 4 (Migne, t. XXIV, p. 760 et seq.); Äthan., De decr. Nie. Sjn., cap. xxiii, x.wii; Socr., IV, 26; VI, 7; Soz., VI, 32; Hier., Ep. lxxv, al. xxvi, ad Vigil.; Ep. lxxvi ad Tranq., lib. I ad Pammach. contra Joan.; Hier., cap. viii (Op. II, 464). Voyez en général Huetii Origeniana, Op. Or., éd. De la Rue, t. IV; Tillemont, Mémoires, t. XII, p. ^ et seq.; Doucin, Histoire des mouveraents arrivés dans l'Église au" sujet d'Origène, Paris, 1700; Hier., Op., éd. Vallarsi, Venet., 1766 et seq., t. XI, p. 1 et seq.; Walch, Ketzerhist., VII, 427 et suiv.; Héfelé, Freib. K.-Lex., VII, 844 et suiv.; Conc, U, 6o,»76, 81; Al. Vincenzi, in S. Greg. Nyss. et Origenis scripta et doctrinam nova recensio, vol. III, Rom. ,^1865. Mon article dans Bonner (Theol. Lit. -Blatt., 1866, p. 512^etJsuiY.
1,1' s HÉRÉSIES KT LKS SCHISMES. 110
Controverse littéraire entre Rufin et saint Jérôme.
89. Rufin, accompagné de Melanie, se rendit à Rome en passant par Noie, où l'évêque Paulin lui fit un bienveillant accueil. A Rome, sur la prière du moine Macaire, Rufin entreprit la traduction en latin de l'apologie de Paraphile en faveur d'Origène, et y joignit un travail spécial où il relevait les altérations faites (ians le texte des ouvrages de l'Alexandrin. Il traduisit ensuite les quatre livres des Pîincipes, en faisant quelques changenents aux endroits relatifs à la Trinité, qu'il croyait avoir été ajoutés par des mains hérétiques. 11 rappelle dans sa préface les autorités favorables à Origène, et, citant l'exemple de saint Jérôme, qui avait traduit plusieurs homélies de cet auteur, il déclare qu'il veut marcher sur ses traces, malgré l'infériorité de ses forces. Les Romains Pammachius et Oceanus, soucieux de la bonne renommée de Jérôme et révoltés du scandale donné pr Rufin, écrivirent à Jérôme et l'invitèrent à faire connaître le véritable Origène par une traduction exacte, et à écarter tcut soupçon de consentir à de fausses doctrines. Jérôme écrivit aix deux amis , ainsi qu'à Rufin , retiré à Aquilée depuis la nort de sa mère, en termes passablement violents, et il s'occipa ensuite de traduire cet ouvrage, tant pour établir l'hérésie dOrigène que pour démontrer l'insuffisance de Rufin. Il ne reste |ue des fragments de sa traduction.
La contDverse s'animant de plus en plus, saint Augustin conjura le savant Ralmate de renoncer à cette polémique devenue scaidaleuse. Le pape Anastase manda Rufin à Rome pour lui fair rendre compte de sa conduite. Rufin s'excusa de ne pouvoir ; aller, et envoya un écrit pour justifier de son orthodoxie, ^e pape, dans sa lettre à Jean de Jérusalem, ne prononça auune sentence contre Origène, mais il rejeta pour le fond la verion latine qui lui fut présentée du De principiis, et, à dater de ce jour, les écrits d'Origène furent considérés, même en Occdent, comme entachés d'erreurs.
ADDITION DU TRADUCTEUR
Le pape écrividonc à l'évêque de Jérusalem que Rufin, en traduisant Origène en lati, avait voulu par de mauvais détours obscurcir et corrompre la foifue le$ apôtres ont établie à Rome et que la tradition y a affermie. Il éprouverait cette version, si celui qui la donnait par-
lait contre la doctrine pernicieuse de l'auteur et portait à détester avec connaissance de cause ce qu'on ne savait être mauvais que sur le rapport d'autrui. Mais si l'interprète de tant de mauvais sentiments les adoptait et cherchait à les faire recevoir dans le public, on voyait bien qu'il avait dessein par un semblable travail de renverser, sans qu'on y prît garde, la première et l'unique créance qui était venue des apôtres jusqu'à nous. L'Église romaine ne souffrira jamais cette damnable entreprise, et la providence du Sauveur notre Dieu, qui veille sur tous les hommes, fera paraître que le pontife romain est incapable d'admettre ce qui tache l'Église, renverse les bonnes mœurs, biesse les oreilles pieuses, porte aux querelles, aux emportements et au schisme. Il pourra connaître, par sa lettre à l'évêque de Milan, dont il lui envoie copie, que sa crainte n'est pas vaine. Jamais il ne manquera de veiller par lui-même sur le peuple qui lui est présent, et par ses lettres sur celui qui est répandu dans toute la terre, afin que l'ai et l'autre conservent la pureté de la foi et qu'il ne se glisse aucune iaterprétation profane, qui obscurcisse la religion et donne atteinte à la pisté. Il ne peut lui taire ce qu'il a appris avec joie, que les empereurs onj défendu par leurs édits à tous les fidèles de lire Origène et ordonne de punir ceux qu'on découvrira avoir fait cette lecture. Tel est le jugeinent qu'il a prononcé. A l'égard de ceux contre lesquels la populace, portée pour Rufin, lui a fait concevoir de mauvais soupçons, il doit prendre garde qu'il est écrit : Dieu ne voit pas comme les hommes, qui ne regardent que le dehors; il pénètre dans l'intérieur. Que, tout soupç(h à part, il sache donc que Rufin a fait avec dessein la version d'Oigène pour approuver ses sentiments, et que quiconque consent aux vces d'autrui s'en rend coupable. Rufin étant excommunié par le SaM-Siége, on veut ignorer où il est et ce qu'il fait. Enfin il n'a qu'à voiiS'il trouvera quelqu'un qui puisse l'absoudre *.
* Hoc igitur mente concepi, quod qui urbis nostrse popufe de translata Origenis lectione patefecit, quamdam puris mentibus élut nebulam excitans injectam, fidem apjstolorum majorum traditine firmatam, velut deviis anfractibus illum voluisse dissolvere. Apprlbo, si accusât auctorem et execrandum factum populis prodit, ut justil tandem odiis teneatur, quem jamdudum fama constrinxerat. '
Si vero interpres tantorum malorum erroribus consenum praestat, et legenda Impia dogmata prodit in populos, nihil aliud ai opéra laboris extruxit, nisi ut proprise velut mentis arbitrio, banc (jise sola, et quae prima apud catholicos christianos vera fides jam ab apdtolis exinde usque ad tempus praesens tenetur, inopinatse titulo assftionis everteret. Absit bsec ab Ecclesia romana nequaquam catholica lisciplina. Nunquam profecto eveniet, ut aliqua hoc admittamus r^one, quod jure meritoque damnamus.
Quapropter in toto orbe Christi Dei nostri diËFi^sa pifvidentia probare
r,E8 HÉRÉSIES ET LES SCHISMES. 12<
On voit par cette lettre que c'est à l'Église et à son chef de juger du sens des mauvais livres; que, par une providence particulière de Dieu, le Saint-Siège est incapable d'admettre et de souffrir l'erreur ; qu'il se maintiendra toujours dans la pureté de la foi et aura soin d'y toujours maintenir l'Église universelle répandue par toute la terre ; que les princes temporels sont obligés d'appuyer ses décrets.
En 401 , Rufin écrivit ses deux livres à' Invectives contre saint Jérôme, pour établir son orthodoxie et répondre aux reproches qu'on lui adressait. Saint Jérôme, en 402, y répliqua avec une grande violence dans les trois livres de son Apologétique. Cependant un certain calme se fit dans les esprits. En 408, Rufin se rendit d'Aquilée au couvent de Pinetum, puis dans la haute Italie et la Sicile, fournit encore quelques écrits, principalement des traductions d'Origène, et mourut en 410, témoins des ravages exercés par Alaric. Les efforts de cet homme, si hautement estimé de saint Paulin, pour transporter en Occident la culture théologique des Grecs, son calme et sa modération relative, son style agréable et coulant, sa tendance pratique et ascétique lui assurent une mémoire honorable, même en face d'un adversaire aussi considérable que saint Jérôme, beaucoup plus fougueux et plus violent que lui.
On doit admettre comme indubitable qu'avant 400 il n'y avait pas encore de sentence ecclésiastique générale contre Origène; on croit que le pape Sirice ne lui fut pas défavorable, non plus qu'à ses partisans; d'où vient que saint Jérôme, Ep. cxxvii ad Princip., n. 9, l'accuse de simplicité. Anastase P'' ne le condamna point dans sa lettre à Jean
dignabitur, accipere nos omnino non posse quse Ecclesiam maculent, probates mores evertant, auras circumstantium vulnerent, jurgia, iras, dissentionesque disponant... Mihi certe cura non deerit Evangelii fidem circa meos custodire populos : partesque populi mei per quseque spatia diversa terrarum diffusas quantum possum litteris convenire, ne qua profanse interpretationis origo subrepat, quae devotas mentes infusa sui caligine labefactare conetur.
Illud quoque, quod evenisse gaudeo, tacere non potui, beatissimorum principum manasse responsa, quibus unusquisque Deo serviens ab Orlgenis lectione revocetur... Ruffinum scito quod propria mente Origenis dicta in latinum transtulit ac probavit. Illud tarnen scire cupio, ita haberi a nostris partibus alienum, ut quid agat, ubi seit nescire cupiamus. Ipse denique viderit ubi possit absolvi. (Epist. Anast. PP. ad Joan. Hierosol.)
i'I'i HISTOIRE UE l'ÉGLISE.
p. xxi), et la lettre à Siraplicien de Milan est très-suspecte (Vincenzi, loc. cit., cap. xxrv, p. 286 et s.), Léon le Grand (Ep. iïxv, cap. m ad Jul.) se borne à dire qu'Origène fut justement condamné pour sa doctrine de la préexistence des âmes. Pierre Chrysologue (Ep. xxv, inter Ep. Leon., cap. i) place Origène au même rang que Nestorius, en sa qualité de scrutator principiorum. Dans le décret de Gélase, il est dit de lui : « Item OrigenisnonnuUa opuscula, quae vir beatissimusHieronymus non répudiât, legenda suscipimus; reliqua autem omnia cum auctore suo dicimus renuenda » (Tbiel, Ep. rom. pont., p. 461; Gratien, cap. m, § 22, d. 15). Ce dernier blâme (§ 23) ensuite Eusèbe : « (quod) in laudibus et excusatione Origenis schismatici uniini conscripserit librum. >> Ainsi, Origène n'était pas encore déclaré hérétique, ni ses ouvrages défendus. Saint Jérôme, Ep. xxxin ad Paulam (ce passage a été souvent, du reste, suspecté d'interpolation; Vincenzi, loc. cit., cap. m, p. 26 et suiv.), parle, il est vrai, d'une condamnation antérieure d'Origène par le Saint-Siège, mais il ajoute que ce n'est pas « propter dogmatura novitatem » ni « propter hseresim. » Rufin relève également ce point contre son ancien ami (Invectiv., lib. II, n. 19 et suiv,). Cassiodore disait (Pisef. de inst. div. lit.) : « (Originem) prœsenti tempore et a Vigilio papa denuo constat esse damnatum. » Saint Jérôme dit de sa traduction du De princ. (lib. I contra Ruf.) : « Duplex in meo opère utUitas fuit, dum et haereticus auctor proditur et non verus interpres arguitur. » Cf. Ep. xciv, al. lix ad Avit.; Ep. xl, xli (al. lxxxiii, lxxxiv); Ep. xciii (al. ex).
Théophile et les moines origénistes.
90, Cette controverse origéniste, avec la multitude des écrits qui étaient en jeu et que peu de personnes avaient lus en entier, car la plupart se contentaient d'extraits et de textes arbitrairement coUationnés, avec la diversité des textes et quelquefois des traductions, avec la prévention des partis, cette controverse était difficile à apaiser. Et non-seulement elle ne resta pas purement littéraire, mais elle prit une tournure toute différente, un caractère vraiment fâcheux ; des éléments nouveaux , des intérêts étrangers s'y mêlèrent qui firent complètement oublier l'état primitif de la question. Théophile d'Alexandrie , qui avait longtemps joui d'une très - grande influence auprès de l'origéniste Isidore, était entièrement dominé par des vues et des passions mondaines. Adversaire prononcé des moines anthropomorphites qui habitaient le désert de Scète, il avait combattu leurs idées dans une lettre pastorale et excité leur mauvaise humeur. A la tête des mécontents figurait
LKS HÉIiÉSIES ET LES SCHISMES. 1-2:$
Sérapion, renommé pour sa piété, mais convaincu qu'il lui serait impossible de prier Dieu si on lui enlevait son image.
Ces moines farouches se dirigèrent sur Alexandrie par bandes nombreuses, menacèrent de mort l'évêque, qu'ils appelaient un impie, et exigèrent de lui la condamnation d'Origène. Cet homme, toujours lâche et hésitant, les calma à force de leur répéter : a Je vois en vous la face de Dieu ! » Ce langage semblait conforme à l'idée qu'ils se faisaient de la ressemblance divine. Leur colère fut pleinement apaisée quand Théophile eut consenti à ia condamnation d'Origène. Il ne l'avait fait d'abord que par contrainte et sans changer de sentiment ; mais les influences extérieures ne tardèrent pas à modifier ses vues et à le rendre chaque jour plus hostile aux moines origénistes. Ces moines avaient leur siège principal à la montagne du Salpêtre, près du désert de Scète, et le diacre Évagre du Pont, disciple des deux Macaires, avait longtemps vécu parmi eux. Ils avaient pour chefs les quatre « Longs-Frères, » Dioscore, Ammonius, Eusèbe et Euthyme, hommes pieux et instruits. Théophile, très-lié autrefois avec eux, avait essaj'-é de les attirer dans la vie pubhque ; il avait élevé Dioscore sur le siège épiscopal d'Iïermopolis et nommé deux de ses frères économes de son Église. Mais ceux-ci, craignant d'exposer le salut de leurs âmes en restant davantage dans la société de cet homme cupide et passionné, suivirent l'attrait de leurs cœurs et se retirèrent de nouveau dans le désert, pour échapper au tumulte de la ville, qui leur était insupportable.
Théophile s'en irrita ; sa bile fut également échauffée contre le prêtre Isidore, qui ne lui avait pas remis une somme d'argent donnée par une veuve pour des œuvres de bienfaisance ; il le persécuta et le contraignit de se réfugier auprès des moines origénistes, qui prirent hautement sa défense. Maintenant, l'évêque irascible se jeta tout entier dans le parti des moines anthropomorphites, de saint Jérôme et de saint Épiphane , tint plusieurs conciles contre les origénistes et prononça l'anathème contre les hvres et les partisans d'Origène. En 401, il interdit les écrits de l'illustre docteur dans une lettre pascale où il passait toutes les bornes de la modération. Les moines partisans d'Origène, affectionnés à ses ouvrages, ne voulurent point y renoncer et déclarèrent que chacun pouvait y démêler le vrai
i-24 HISTOIKE DE L EGLISE.
d'avec le faux. Théophile entama dès lors une nouvelle persécution contre ces rebelles, pénétra dans le désert de Nitrie avec les hommes armés que lui adjoignit le préfet, maltraita et expulsa un grand nombre de moines. Plusieurs d'entre eus, notamment les quatre Longs-Frères, errèrent d'asile en asile, partout poursuivis et suspectés comme de dangereux fanatiques. Tis allèrent à Jérusalem, de là à Scythopolis et enfin à Constantinople, où ils espéraient trouver protection à la cour impériale, surtout par l'entremise de l'évêque de cette ville.
Isid. Peius., lib. I, Ep. clii; Socr., VI, 7; Soz., VIII, 11 et seq.; Cassian., Collât., X, cap. ii; Sulpic. Sev., Dial., I, cap. vi, vu, p. 157- 159, éd. Halm.; Pallad., Vita Chrys., ed. Montfaucon, t. XIII, init.
Saint Jean Chrysostome.
91. Le siège épiscopal était alors occupé par Jean, plus tard surnommé Chrysostome à cause de son éloquence. Né à Antioche en 347, Jean reçut de sa pieuse mère Anthuse une excellente éducation, fut initié aux lettres profanes par Libanius et Andragathius, à la théologie par Mélèce et Diodore, et promu au sacerdoce en 386. Appliqué pendant douze ans au ministère de la prédication dans sa ville natale, il y acquit un tel renom qu'en 398 il obtint l'évêché de la ville impériale. Il montra dans l'exercice de sa charge un zèle à toute épreuve; censeur impitoyable des vices, y compris ceux de la cour, il s'attira de nombreuses inimitiés, bien qu'il eût gagné l'affection du peuple par l'exemple de ses vertus.
Le noble prélat crut devoir fournir un asile aux moines origénistes expulsés, en attendant qu'il les réconciliât avec Théophile ; mais pour ne pas irriter ce dernier et ne violer aucune loi de l'Église, il ne les reçut pas à sa communion, parce qu'ils étaient excommuniés par leur premier pasteur. Il écrivit à cet évêque de leur pardonner pour l'amour de lui. Théophile s'y refusa et envoya des accusateurs à la cour. Les moines, de leur côté, rédigèrent une plainte contre lui, avec le dessein de la remettre à l'empereur. Jean Chrysostome manda à Théophile qu'il lui serait impossible d'obtenir le désistement des moines. Théophile n'en fut que plus courroucé, d'autant qu'on lui
avait mandé, ce qui était faux, que Chrysostome avait admis les moines à la réception des sacrements et contrevenu ainsi sa propre décision. Il demanda, en invoquant les canons (Nie. v), que ses censures fussent maintenues jusqu'à ce qu'un concile des évêques d'Egypte les eût retirées. Dans leur détresse, les moines prièrent l'empereur de constituer l'évêque de la ville impériale juge de cette querelle et d'obliger Théophile à lui rendre compte de sa conduite. L'empereur Arcadius l'appela eCTectivement à comparaître devant un concile qui fut réuni dans la ville impériale et présidé par saint Chrysostome.
Saint Ëpiphane contre saint Chrysostome.
92. L'évêque d'Alexandrie, blessé dans son orgueil et depuis longtemps aigri contre l'archevêque de Constantinople , ne tarda pas à nouer des relations avec ses ennemis. Il écrivit aux évêques d'Orient pour les inviter à souscrire les décrets de son concile contre les origénistes, et s'appliqua surtout à gagner saint Épiphane, vieillard plein de zèle pour la foi. Il ajourna son voyage à Constantinople et prit des mesures pour précipiter l'évêque de cette ville. Dans un concile tenu en 401, saint Épiphane condamna Origène et invita saint Chrysostome à suivre son exemple. Celui-ci ne vit aucune raison de le faire et accueillit froidement les communications qu'il reçut à cet égard.
Il fut alors suspecté d'origénisme et on recueillit contre lui de nouveaux éléments d'accusation. Plusieurs évêques et prêtres, qui se croyaient offensés par lui, y contribuèrent pour une large part. Saint Épiphane, qui manquait de clairvoyance, se laissa persuader par Théophile d'aller lui-même à Constantinople, en 402, pour y condamner les origénistes. Il célébra devant la ville un culte séparé, consacra un diacre et évita tout commerce avec Chrysostome, contre lequel il était d'avance prévenu. Il lut en présence de plusieurs évêques les actes de son concile contre Origène : quelques-uns y souscrivirent, d'autres résistèrent. Théotime, évêque de Scythie , déclara qu'il ne condamnerait pas un homme qui, depuis si longtemps, dormait dans le Seigneur, qu'il s'abstiendrait de juger celui qui n'avait pas été jugé par les Pères. Chrysostome déclara enfin qu'il ne croyait pas pouvoir lancer une sentence de condamnation contre les origénistes avant un examen complet et
["le msTOiRE DE l'Église.
impartial ; il avertit saint Épiphane de se garder de nouveaux empiétements dans son diocèse, et de ne point vexer une population dévouée à son évêque. Saint Épiphane s'aperçut peu à peu, surtout après un entretien avec quelques moines persécutés, qu'on exploitait sa loyauté et son zèle au profit de passions peu avouables, et il résolut, sans attendre l'arrivée des autres évêques, de quitter une résidence que l'hypocrisie et l'intrigue lui avaient rendue odieuse. Il mourut pendant son retour.
OUVRAGES A CONSULTER SUR LES n°^ 91, 92.
Theod., V, 28, 30, 32-34; Socr., VI, 3 et seq., 10, 14; Soz., Vin, 7, 9. et seq.; Pallad., loc. cit.; Neander, Joli. Chrysost., Berlin, 1821, 2<= éd., 1848; B. Eberhard, Ueber die Betheiligung des Epiphanias am origenist. Streit. Trier, 1839.
Concile de Chêne.
93. Quand Théophile arriva lui-même à Constantinople, en 403, tout était favorable à ses plans de vengeance. L'impératrice Eudoxie, exaspérée par un discours de Chrysostome, se plaignit de lui auprès de l'empereur. Dans cet état de choses, Théophile échangea son rôle d'accusé pour celui de juge. Avec l'affection profonde que le peuple portait à son évêque, Constantinople ne lui semblait pas un lieu suffisamment sur ; il transféra donc le concile dans un bien de campagne situé près de Chalcédoine et appelé « le Chêne. » Il n'y fut plus question d'Origène, mais seulement des griefs accumulés contre Chrysostome. Près de 36 évêques, parmi lesquels des ennemis personnels de l'accusé, y tinrent treize sessions , sous la présidence de l'évêque d'Héraclée. Le nombre des sessions s'éleva plus tard à quarantecinq. Chrysostome, entouré lui-même de quarante évêques considérables, déclara qu'il comparaîtrait devant cette assemblée comme devant toute autre assemblée du monde, pourvu que ses ennemis mortels fussent éhminés du nombre des juges.
Cette demande si raisonnable fut rejetée ; on entendit un grand nombre de témoins et d'accusateurs, et un tribunal absolument illégitime prononça la déposition de l'inculpe. L'empereur, auprès de qui on l'accusa du crime de lèse-majesté, le condamna à l'exil. Le peuple, qui.l'aimait passionnément, le surveilla avec soin ; mais lorsqu'il fallut recourir à la force, Chrysostome s'échappa à la foule qui le protégeait et se livra lui-même à ses
LES HÉRÉSIES ET LES SCHISMES. Hl
bourreaux. Cependant on le rappela quelques jours après, car une insurrection populaire et un tremblement de terre avaient jeté partout la consternation. 11 fut introduit comme en triomphe dans sou Église, tandis que Théophile était obugé d© fuir devant la multitude soulevée. Le magnanime évêque ne voulait point reprendre ses fonctions avant d'avoir été reconnu innocent par un concile légitimement assemblé; cependant il céda aux instances des fidèles, et, fort de l'approbation des évoques présents, il se contenta de la promesse qu'on lui fit de réunir un concile. Dioscore, le chef des « Longs- Frères, » mourut sur ces entrefaites, et Constantinople lui ut de magnifiques funérailles.
£Ovoûo;T;pôç tyiv ôpûv, Phot., Bibl., cod. Ö9; Socr., VI, 15-17 j Soz., VUl, 16-19 ; Theod., V, 34; Leunclav., Jus gr. rom., 1, p. 554 et s.; iNeander, Chrys., II, p. 149 et suiv.
Gondamnation et mort de saint Chrysostome.
94. Avant que le concile tant de fois réclamé par saint Chrysostome put se réunir, l'altière et ambitieuse impératrice .se prétendit de nouveau offensée par l'archevêque. Un jour de fête, devant le palais du sénat, tout proche de l'église Sainte- Sophie, une statue d'argent avait été inaugurée au milieu de réjouissances bruyantes, qui rappelaient les mœurs païennes. Les fidèles avaient été troublés dans leur dévotion. Le grand orateur, dans un discours qui fut rapporté à l'impératrice avec des exagérations, s'était généralement élevé contre cet abus, et, dans un second discours, n'avait pas ménagé cette femme vindicative. L'impératrice s'allia derechef avec les ennemis de l'évêque. Un nouveau concile, dirigé par Théophile d'Alexandrie, servit d'instrument à la haine des ennemis de Chrysostome. Laissant tomber les précédentes accusations, on recourut à un canon d'Antioche (can. iv, de 341), autrefois rédigé contre saint Athanase, où il était dit qu'un évêque déposé par ^un concile ne devait pas rentrer en fonctions sans avoir été réhabilité par un autre concile, sinon qu'il serait pour toujours déchu de sa charge.
L'évêque, illégitimement déposé pour la seconde fois, s'abstint temporairement de ses fonctions, bien qu'il ne reconnût [las ce
concile, et il en appela au Saint-Siège, conformément aux canons de Sardique. Il envoya à Rome quatre évêques et deux diacres, tandis que Théophile et les siens travaillaient à y faire approuver leur sentence. Le pape Innocent I"(i04) demanda la convocation d'un concile composé d'évêques orientaux et occidentaux, à l'exclusion de ceux qui étaient suspects de partialité. Il écrivit à Théophile qu'il ne romprait pas sans motif la communion avec l'évêque de Constantinople, et l'invita de se rendre à Rome pour un concile. Quant à l'archevêque persécuté, il l'exhorta à la patience et l'assura de sa protection, bien qu'il fût maintenant empêché par quelques hommes puissants de lui en faire éprouver les effets. Il annula la sentence de déposition et décida qu'une nouvelle enquête aurait lieu à Rome. Chrysostome fut conduit en exil le 9 juin 404. On lui donna, dans la personne du parjure Arsace, un successeur , qui fut refusé par les joannites (on appelait ainsi les partisans de l'évêque légitime) , aussi bien que par tout l'Occident et un grand nombre d'Orientaux, tandis que l'empereur Arcadius usait de violence pour le faire reconnaître.
En 403, Innocent I" envoya au clergé et au peuple de Byzance une lettre de consolation, où il désapprouvait nettement la nomination d'un nouvel évêque et les canons dressés par les hérétiques. Il obtint aussi que l'empereur Honorius écrivît à son frère en faveur de l'évêque persécuté. Malheureusement, toutes les représentations, aussi bien que les paroles comminanoires de saint Nil, demeurèrent sans effet sur Arcadius. En 496, ce pape infatigable ne fut pas mieux écouté à la cour d'Orient, et il se vit réduit à recommander la patience au vaillant confesseur. Traîné de Nicée à Gueuse, Chrysostome continua pendant son exil de travailler pour les intérêts de l'Église. Comme ses ennemis entrevoyaient la possibilité d'un rappel, il fut relégué, durant l'été de 407, dans la ville déserte de Pityus, dans le Pont ; mais, épuisé par tant de souffrances, il mourut près de Comana, en prononçant ces mots : « Dieu soit loué en toutes choses ! » (14 sept. 407.)
Le discours niXiv 'Hpwoîa; (xaivsTat, cité par Socrate, VI, 18; Sozom., VIII, 20, est généralement révoqué en doute (Migne, t. LIX, p. 485 et suiv., eu cite un pareil, mais Tillemont, Montfaucon et autres le
tiennent pour apocryphes). Sur l'appellation de saint Chrysostome à Rome, voyez Clirys., Ep. i ad Innoc. I (Migne, t. LU, p. 529 et seq.); Pallad., in Vita, cap. ix, x; Socr., loc. cit.; Soz., VlII, 21 et seq.; Natal. Alex., s<ec. IV, diss. xxvui, pr. 3; Tüleniont, Mémoires, t. IX, art. 84, 85; Phillips, K.-R., V, § 218, p. 296-301. Lettres d'innocent I, 404 et suiv., Constant, p. 919 et seq.; JafTé, Reg., n. 86 et seq., 91 et seq., p. 23; Sacra Honorii M., loc. cit.; Nil., lib. 111, ep. cclxxix.
Mort de saint Chrysostome, Pallad., cap. xi: Theod., loc. cit ; Socr., VI, 21 ; Soz., VIII, Û ; Theoph., p. 123 et seq.
Division des joannites. — Partis des origénistes.
95. Le souvenir de ce saint homme ne pouvait s'effacer de la mémoire des âmes reconnaissantes. Les joannites évitèrent toute relation religieuse avec l'évêque Itticus, élevé sur le siège de Constanlinople après la mort d'Arsace (405), et célébrèrent à part leur liturgie avec uu petit nombre de prêtres. Ce ne fut qu'après la mort de Théophile (412) qu'Atticus rétablit le nom de Chrysostome dans les diptyques, ainsi que l'exigea Innocent I" et qu'il l'obtint de plusieurs évêques orientaux. Mais à Alexandrie la mémoire du grand orateur ne fut réhabilitée qu'en 417, sous l'archevêque Cyrille. La division ne cessa pleinement à Constanlinople qu'en 438, lorsque, à l'instigation de l'évêque Proclus, Théodore II fit inhumer solennellement dans cette ville les restes mortels de Chrysostome. Cette satisfaction accordée au grand docteur détermina ses partisans à reconnaître désormais ses successeurs.
Cependant la querelle qui s'était poursuivie jusque-là contre les origénistes réchauffa plutôt qu'elle ne refroidit l'ardeur des partisans d'Origène. Théophile s'était même réconcilié avec les moines réfugiés dans la ville impériale ; dès que son intérêt n'était pas en jeu, il usait de grands ménagements envers ce parti, qu'il avait autrefois si cruellement persécuté. Il le prouva notamment par sa conduite envers le philosophe Synésius de Cyrène, nommé évêque de Ptolémaïs dans la Pentapole (410) ; Synésius professait le dogme de la préexistence des âmes et de l'éternité, en même temps qu'il s'écartait de la doctrine de l'Église sur la résurrection, ainsi qu'il le reconnut dans une lettre adressée à son frère et destinée à la publicité V Malgré cela et bien qu'il lut marié, Théophile confirma sa nomination,
' Episi. Gv.
130 HISTOIRK DE L ÉGLISE.
cédant à l'espoir exprimé par les vieux prêtres de la province, que la grâce du Saint-Esprit ne laisserait pas inachevée l'œuvre qu'elle avait commencée dans un homme si loyal, et qu'elle l'amènerait à la pleine connaissance de la vérité.
En général , un grand nombre de prêtres et de religieux demeurèrent attachés aux écrits et aux opinions d'Origène. Isidore de Péluse combattit sa doctrine de la préexistence des âmes et de leur prévarication dans une existence antérieure. Saint Nil suivit son exemple. C'était là le principal dogme qu'on imputait aux origénistes et ce qui les divisa en deux partis. Les uns , les protoctistes , appelés aussi tétradites , insistaient fortement sur la préexistence de l'âme de Jésus- Christ et voulaient qu'elle fût le premier des êtres tirés du néant; ce qui les fit accuser par leurs adversaires de diviniser l'âme humaine et d'introduire une tétrade, au lieu d'une triade. Les autres, au contraire, appelés isochristoi, conservaient la doctrine de l'égalité d'origine et maintenaient seulement la distinction numérique : on les accusa de mettre leurs âmes au même niveau que l'âme de Jésus-Christ.
Au sixième siècle, enfin , la controverse sur la doctrine d'Origène, qui paraît avoir persisté secrètement parmi les moines, revint à l'ordre du jour avec d'autres questions. Cette dispute dogmatique (ainsi que plusieurs autres) a beaucoup d'affinités avec les contradictions et les luttes qui éclatèrent entre les deux plus grandes écoles théologiques de l'Orient.
Socr., VI, 20 et seq.; VII, 25, 45; Soz., VUI, 27 et seq.; Pallad., c. xx; Theod., V, 34-36; Niceph. Call., XIV, 25-28; Innoc. I, Ep., Mansi, III, 1032 et seq.; Jaffé, n. 102-106; Isid. Peius., lib. I, ep. ccclxx; Sjiies., Ep. Lxvi ad Theoph.; Cyrill., Ep. lvii ad Attic; Acta sanct., t. II, jan., p. 847 et seq.; Pliotius, t. I, p. 43-43, 36 et suiv. Sur Synésius et autres origénistes, Synes., Ep. cv; Evagr., I, 15. Cf. Luc. Holsten, Dissert, in Hist. eccl. Evagr., éd. Vales.; Isid. Pelas., lib. IV, ep. clxhi (Migno, t. LXXVni, p. 1248 et seq.); Nilus, lib. I, ep. clxxxyui-cxc (Migue, l. LXXIX, p. 153 et seq.). — Protoctistes et isochristes, Cyrill. Scythopol., Vita S. Sabse, ap. Cotel., Monum. Eccl. gr., t. 111.
LtS HliWÈSlES El LES SUilSMES. 131
§ C>. L'école d\4kntioche trt l'école d'Alexandrie. — T!iéo<Jor« de llopsiieste.
Différences entre l'école d'Alexandrie et l'école d'Antioche.
96. L'école d'Antioche eut bientôt atteint, surpassé même, l'éclat de l'école d'Alexandrie. Ces deux écoles, du reste, se complétaient à bien des égards , car chacune suivait une direction et une méthode particulière. Cette diversité pouvait aisément donner Heu à des conflits et faire dévier de la doctrine de l'Église. Les Alexandrins suivaient une tendance spéculative, intuive et mystique; les Antiochiens se distinguaient surtout par la réflexion et la logique, comm:) par !a sobriété de leurs idées. Les uns se rattachaient à la philosophie de Platon, surtout dans la forme qu'elle avait revêtue sous le juif hellénique Philon ; les autres adoptaient un éclectisme qui inclinait au .stoïcisme, et suivaient l'école d'Aristote, dont la dialectique pénétrante souriait à leur génie. Ainsi l'école d'Alexandrie cultivait de préférence l'interprétation allégorique et mystique des saintes Écritures , et l'école d'Antioche l'interprétation littérale, grammaticale et historique, sans toutefois rejeter entièrement le sens mystique ni surtout les figures typiques de l'ancienne alliance. Les origénistes cherchaient à démontrer l'insuffisance du sens purement littéral et la nécessité de l'interprétation allégorique, d'autant plus que le sens littéral de plusieurs passages bibliques donnerait lieu à des erreurs, à des contradictions, à des choses indignes de Dieu. Ils péchaient ici en exagérant l'allégorie et en confondant avec l'interprétation mystique les expressions figurées qui appartiennent au sens littéral. Ils sacrifiaient souvent le fond historique de la narration biblique, en croyant découvrir un sens caché sous son écorce extérieure.
Une autre conséquence de ce procédé, c'est que l'école d'Alexandrie faisait vivement ressortir l'élément suprarationnel, ineffable, mystérieux des choses divines; tandis que l'école d'Antioche insistait davantage sur le côté rationnel des dogmes chrétiens, et tâchait de prouver que le christianisme répond de tout point aux exigences de l'esprit humain. En poursuivant ce but, toutefois, les maîtres éminents de l'école d'Antioche n'entendaient nullement contester le caractère surnaturel et les
\:H HISTOIRE DE LÉGLISE.
mystères de la doctrine chrétienne ; la plupart d'entre eux les reconnaissaient pleinement, tels que Clirysostome et Théodoret. Quelques esprits cependant ne pouvaient s'empêcher de craindre que ces efforts pour rendre les vérités de foi accessibles à la raison, n'aboutissent à les obscurcir et à les dénaturer. On a prétendu à tort que l'école d'Antioche ou de Syrie considérait l'Écriture sainte comme l'unique règle de la foi, tandis que l'école d'Alexandrie y joignait la tradition : cette dernière source était admise par tous les théologiens orthodoxes. Saint Clirysostome et Théodoret l'invoquaient aussi bien que les Alexandrins, et saint Épiphane, dont on fait le principal représentant de la théologie traditionnelle, n'a rien de commun avec les origénistes et les Alexandrins.
11 n'y a pas non plus de différence essentielle entre les deux écoles concernant l'inspiration des saintes Écritures. Les Antiochiens aussi étendaient l'inspiration à toutes les parties de la Bible, à toutes les pensées qu'elle exprime, quelques-uns même aux syllabes; seulement ils faisaient ressortir davantage, dans le style des hagiographes, la part de l'homme, le cachet de l'individu. Les Alexandrins, toujours en quête des choses mystérieuses et cachées, croyaient souvent découvrir dans une expression isolée, dans une seule particule, je ne sais quelle pensée profonde que le Saint-Esprit aurait eue en vue.
Méander, K.-G., I, 494, 604 et suiv., 3" édit.; Munter (I, § 179); Ilornung, Schola antiocliena, Neostad., 1864; H. Tvihn, Die Bedeutung der antioch. Schule auf exeget. Gebiete, Weiszenb., t866; Kuhn, Die anliochen. Schule, higolst., 1866; Phil. Hergenro'ther, Die antiocheii. Schule, Würzb., 1866.
Contact des deux écoles.
97. L'Alexandrin Arius était, comme la plupart de ses amis, disciple de l'école d'Antioche par. l'intermédiaire de Lucien , tandis qu'Alexamlre et Alhanase se tenaient complètement sur le terrain de l'école d'Alexandrie. Celte dernière école eut plus tard d'autres représentants capables dans Macaire l'aîné et dans IJidy me l'Aveugle. Son influence se fit également sentir sur saint Basile et sur les deux Grégoire de Cappadoce, de même que sur les occidentaux Ambroise, Hilaire et Augustin. Ces grands
LES Hl'aŒSIES FT LES SCHISMES. i33
hommes n'offraient aucune des singularités qu'on avait remarquées dans Origèue ; libres de toute attache, ils représentaient la science ecclésiastique, qui a son point de départ dans la foi et obéit à sa direction. C'est avec la foi qu'ils s'efforçaient de comprendre les vérités de la foi, comme faisaient les meilleurs d'entre les Alexandrins. Ils admettaient le sens mystique dans toute sa portée, notamment Grégoire de Nysse dans sa préface sur l'explication du Cantique des cantiques, et ils mettaient à profit, dans les directions diverses de la pensée, les excellents travaux de leurs prédécesseurs.
Déjà plusieurs Antiochiens avaient entamé des polémiques contre les excès do l'allégorie, tels qu'ils les rencontraient dans Origène, notamment Eustathe, évêque d'Antioche, et Diodore, évèque de Tarse depuis 378 (mort en 394). Diodore, disciple de Silvain et de Flavien, composa plusieurs commentaires sur la Bible, ainsi qu'un ouvrage sur la différence de l'interprétation littérale et de l'interprétation allégorique (théorie et allégorie). Il eut pour disciples saint Chrysostome, qui demeura étranger aux vues exclusives des Antiochiens, et Théodore deMopsuesto, qui les adopta dans toute leur rigueur.
Théodore, né d'une famille distinguée d'Antioche, amoureux de plaisirs en même temps que de savoir, s'était précipité dans la vie religieuse avec la ferveur d'un néophyte, puis il l'avait sacrifiée aux attraits du monde et embrassée de nouveau sur les vifs reproches de saint Chrysostome. Il s'était adonné aux études d'exégèse. Après avoir fait les fonctions de prédicateur à Antioche, 1 fut nommé, en 392 ou 393, successeur de l'évèque Olympe de \Iopsueste, dont il occupa le siège pendant trente-six ans (393429). Il combattit différentes hérésies, rédigea de nombreux écrits, qui lui valurent beaucoup de gloire et lui attirèreit quantité d'adversaires. Sans être un penseur profond et orginal, il était instruit et éloquent, mais trop verbeux. Souven, dans la chaleur de la dispute, il se laissait entraîner aux assertions les plus choquantes, et les côtés fâcheux de l'école d'Anioche se révélaient sous leur forme la plus accentuée dans et qu'il enseignait sur la personne de Jésus-Christ.
OUVRAGES A ONSDLTER SLR LE N° 97.
Rustath. .Antioch., Hier., Cet., cap. ixxxv; Socr., VI, 13; Fabiiciii?,
13i HISTOIRE DE l/ÉGLlSE.
Bibl. gr., Vllf, 170 et seq.; IX, 134 et seq.; Gallandi, Bibl. Pair., t. IV; Diodor. Tars., Hier., Cat., cap. cxix; Soor., VI, 13 ; Phot., cod. cii, ccxxiii; Assemani, BLbl. or., III, I, p. 28 et seq.; VII, t. 33; Theodor. Mopsuest., Theod., V, 39 et seq.; Socr., loc. cit.; Assemani, loc. cit., III, II, p. 327 et seq.; Fritzsche, De Theodori Mops, vita et scriptis ,Hal , 1836; Klenor, Symbolai lit. ad Theod. Mops, pertin., 1837; Mai, Nov. coi., t. VI, prœf., et p. 1-298; Theod. Op., éd. Wegnern, 1 vol., Berol., 1834; Migne, t. LXVI ; Dubois, Étude sur les principaux travaux de l'école d'Antioche, en particuUer sur ceux de Théodore, Genève. 1858; Theod. Mops. Com. in N. T., ed. Fritzsche, Turic, 1847; éd. Jacobi, Hal., ISoo et seq.
Doctrines de l'école d'Alexandrie et de l'école d'Antioche à propos de Jésus-Christ. — Théodore de Mopsueste.
98. L'école d'Egypte, contrairemeut à l'opinion de Photiri, qui n'admettait qu'une différence de degrés entre le Fils de Dieu et les saints, relevait la différence spécifique qui existe entre l'incarnation de Dieu et Tinfluence purement morale que Dieu exerce sur l'homme, et insistait sur le caractère incompréhensible de cette union mystérieuse. L'école syrienne, conformément à la direction rigoureuse qu'elle suivait et contrairement aux idées gnostiques et apoliinaristes, s'apphquait à démontrer que les deux natures en Jésus- Christ gardent leurs propriétés et échappent à toute confusion. Les Alexandrins insistaient volontiers sur l'union des deux nafures et sur l'unité de l'Homme-Dieu; les Antiochiens, sur la di/ersité permanente du divin et de l'humain ; les premiers, surle côté mystérieux de l'Incarnation ; les autres, sur son côté compréhensible, sur la dualité de l'être humain et de l'être divjß. L'école d'Antioche envisageait surtout, dans la vie de J^us- Christ, l'élément humain, saisissable et tangible. /
Diodore et Théodore concevaient de ^us, dans la personne du Christ, un développement successif M graduel, analogue à celui qui a lieu d'ordinaire dans la nfture humaine et qui so poursuit à travers les épreuves et/les combats. Théodore distingue deux états en Jésus-Christ : /'état actuel et l'état futur. Dans le premier, la nature raisonnable est abandonnée à ellemême, accessible aux changement/, assujétie à la tentation dans toutes les phases de son existjiice ; dans le second, cette nature est élevée au-dessu.s des /ornes du fini par Tinfusiou
LliS HÉRKSIES ET LES SCHISMES. lij'i
d'une vie divine supérieure , affranchie de la lutte et de la teutation, inaccessible à toute variation morale.
Entre ces deux phases, la résurrection générale forme la iigi« de démarcation. Le passage du premier au second état doit, selon Théodore, être procuré par l'homme ; c'est lui qui, dans toute la création inférieure, représente l'image de Dieu. Pour fu'il puisse la représenter, il faut que la nature humaine entre m société avec Dieu et reçoive de lui une vie divine, exemptî de changements et de combats. Cette image de Dieu dans laiature humaine, c'est Jésus-Christ qui allait la réahser, en donunt à l'homme la souveraineté absolue sur la nature. Il devai donc prendre la nature humaine dans son état changeait, et, par les combats auxquels elle est assujétie, se préparer -»our un état supérieur. Il fallait qu'il jouît, en tant qu'hommt de la pleine possession du hbre arbitre, qu'il fût soumis au luttes et aux passions et capable de pécher (quoiqu'il fù exempt du péché actuel); autrement il n'y aurait point en Jésu-Christ de nature humaine, et son âme arriverait à la gloire paile bon plaisir de Dieu, et non en récompense de sa liberté et dt^es luttes victorieusement soutenues.
Avant la ré^rrection , le Christ était « muable dans ses pensées; » aprè la résurrection, il est impassible, immuable et impeccable e vertu de l'esprit divin '. La divinisation graduelle de la pt^tie humaine en Jésus- Christ jusqu'à sa transfiguration, est le^ésultat de l'union originaire et secrète à laquelle Dieu a éle\ la nature humaine en Jésus- Christ à partir de sa naissance. Cte union s'est complétée en suivant une marche lente et processive ', ainsi qu'il arrive dans l'ho:nmo, où la grâce ne chant point la nature.
C'est en vertu de ce-^ union que, dans le Christ, les forces de l'âme et de l'intelligent se développent plus rapidement que dans les autres homm 3 . j^ yg^tu divine du Verbe, qui lui était constamment un, s'est accrue à mesure que la volonté du Christ s'est fortifiée »ns le combat. Dieu a décidé, comme il l'a fait généralement ^ur tous les hommes, car la prédestination n'est jamais absol, mais elle dépend de la connaissance préalable de ce que réso'ra la volonté de chaque individu,
' / Tim., m, l<). — * Lw, 11, • 3 jj y^j^ jg^
136 HISTOIRE DE l'ÉGLI55E.
Dieu a décidé que l'hommo Jésus serait élevé à la plus haute dignité , parce qu'il connaissait d'avance ses mérites et la persévérance de sa volonté parmi les tentations. Jésus n'élant devenu immuable qu'après sa résurrection, c'est alors senleraent qu'il a pu recevoir le Saint-Esprit, bien qu'il ait anj/oncé d'avance son effusion sur les apôtres ; c'est alors qu'il a été reconnu dans sa dignité. Jusque - là Pierre , iNatharaël et Marthe ne voyaient en lui qu'un être un peu supérieur aux autres.
Lutte contre les apoUinaristes.
99. Cette dangereuse théorie, Théodore de Mopsuese acheva de la développer dans sa lutte contre les apoUinaristes. ^es apoUinaristes disaient : a. Jésus-Christ a été, dès l'origine, parfaitement saint et immuable ; aucun progrès humain ne s'est {scompli en lui, et son esprit, loin d'être sujet au changepeut, a été remplacé par le Verbe divin. Théodore niait la majure de cette proposition, en s'appuyant de l'Évangile, où il e^ parlé de la croissance de Jésus; s'il n'y avait pas eu en lui^veloppement successif, il n'aurait pu accomplir l'œuvre de /a rédemption. h. Les apoUinaristes soutenaient que l'habita/Qu de Dieu en Jésus-Christ était substantielle, essentielle, cJiplèteraent distincte de l'habitation morale par laquelle D^i réside dans les saints. Théodore, sans vouloir confondre abflument ces deux modes d'habitation, admettait cependant u;^ grande ressemblance; il les comparait entre eux et ne cfSait de répéter que Dieu est plus présent à certaines créat^es qu'il ne l'est à d'autres. L'habitation de Dieu quant à ? nature lui semblait inadmissible , car rien ne peut renferm' la nature divine ; et l'habitation quant à l'efticacité lui p;aissait une négation de la providence et du gouvernemen<livin , qui s'étend à tout. Il n^admettait qu'une habitation de>niplaisance, de grâce, d'adoption divine, de volonté. [Luc, iii^2,)
c. Quand les apoUinaristes disaient/^e deux natures complètes ne pouvaient se réunir pour /rnier un seul tout, une même personne, Théodore essayait çUiontrer comment la divinité et l'humanité pouvaient s'uni'n une seule unité. Jésus, selon lui, est le temple où Dieu ré'e. 1 organe avec lequel il agit. Quand nous considérons, di^ Théodore, la distinction
LES flÉBlfcsiES ET LES SCHISMES. \M
de la divinité et de l'humanité, nous devons admettre deux natures dans leur intégrité et leur plénitude, et, par conséquent, car ces deux choses vont ensemble, deux hypostases, une personne divine parfaite et une personne humaine parfaite. Quand nous regardons à leur union, nous ne devons parler de Jésus- Christ que comme d'une seule personne, dans laquelle la nature humaine a été admise en société avec la nature divine, de même que l'homme et la femme sont dits un seul corps.
d. Quand les apollinaristes alléguaient la communication des prédicats (communicatio idiomatiim) comme une marque de l'unité de l'Honime-Dieu, Théodore voyait là une confusion d'idées inacceptable; il n'admettait cette communication qu'autant que les prophéties se rapportaient, les unes au Fils selon la grâce, les autres au Fils selon la nature. D'après cela, Marie n'était mère de Dieu qu'en un certain sens, en tant qu'elle a mis au monde celui en qui Dieu résidait.
Il est certain que Théodore, en sa qualité d'aristotélicien, allait beaucoup trop loin dans son opposition contre le platonicien Apollinaire (dont il combattait également la tricliotomie); car tandis que celui-ci frayait les voies à la théorie des monophysites, il se faisait lui-même le précurseur du nestorianisme ' .
Anthropologie et escatologie. — Autres doctrines de Théodore.
100. Après avoir traité de Jésus -Christ, Théodore de Mopsueste s'occupe de l'homme, qu'il considère comme le lien du monde spirituel et du monde matériel, le révélateur de Dieu au sein de la création. L'homme a reçu de Dieu les forces nécessaires pour atteindre son but ; mais, pour qu'il en fasse un bon usage, il faut qu'il soit pénétré d'un principe de vie divine et élevé, par son union avec Dieu, de sa condition changeante à l'immutabilité morale, qu'il devra communiquer ensuite au reste de la création. Comme le combat et la tentation sont nécessaires, le premier homme a été créé sujet à la mort. Si Dieu l'a menacé de mort, s'il a parlé de la mort en même temps que du péché, c'est parce que cela était nécessaire à l'éducation du l'homme, et qu'il fallait exciter sa haine contre le péché : Dieu a donc parlé comme s'il voulait le punir de mort. Sans cela,
^ Voy. ci-dessous, l'26 et saiv.
138 msTOiRß DE l'église.
Dieu qui sait tout n'aurait pas donné un commandement qu'il prévoyait ne pouvoir être observé. S'il a permis le péché, c'est parce qu'il prévoyait qu'il tournerait finalement au salut de l'homme, et l'amènerait à reconnaître sa faiblesse. En se développant par la lutte, l'homme connaît le prix de la vertu, et en acquérant des mérites auprès de Dieu, il prépare sa résurrection bienheureuse.
En méconnaissant les suites du péché originel et sa transmission aux descendants d'Adam, en insistant trop vivement sur le libre arbitre, en affirmant que la rédemption, au lieu de nous guérir de nos faiblesses, ne produit en nous qu'une nouvelle création, en concevant la grâce comme le résultat des mérites de l'homme, Théodore a préparé les voies au pélagianisme'. De plus, comme il ne voyait dans le mal qu'une simple transition au bien, il se figurait qu'un jour la rédemption le supprimerait entièrement et qu'il y aurait une rénovation générale pour tous les pécheurs ; il niait l'éternité des peines de l'enfer, qu'il trouvait sans proportion avec le péché. Ici, comme eu d'autres points, il tombe dans les erreurs qu'on reprochait communément à Origène et que lui-même avait si vivement combattues. 11 acheva de développer son système dans ses explications sur l'Écriture sainte. 11 conteste le caractère messianique d'une foule de passages de l'Ancien Testament, rejette le Cantique des cantiques comme ne contenant rien de divin, méconnaît le vrai rapport de l'ancienne et de la nouvalle alliance, et montre, dans son interprétation aride et superficielle de la Bible, les mêmes imperfections qu'on avait signalées dans l'interprétation trop idéaliste, arbitraire, mystique et morale d'Origène. Des erreurs considérables naquirent de ces deux extrêmes.
Néander, K.-G., 1, 660 et suiv.; Héfelé, II, 130 et suiv. Les plus importants fragments de Théodore se trouvent dans : 1° Acta conc. V œcumen., Mansi, Conc, t. IX ; 2° Marii Mercat. Excerpt., éd. Garnier, Migne, Patr. lat., t. XLVIil; 3" Leont. Byz., lib. III contra Nestor, et Eut. (Migne, Patr. gr., t. LXXXVI); 4° Phot., Bibl., cod. 177. Cf. Cod. Lxxxi; 5» Salom. Bassor., Assemani, Bibl. or., III, I, p. 322, 323 et seq. Cf. Gennad., De vir. 111., cap. xii.
1 Vov. n" 107 et suiv,
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Autres savants d'Âutioche.
101 . Il nous reste peu de choses des autres savants d'Antiodie, tels que Eusèbe, évèque d'Émèse, Théodore d'Héraclée, Mélèce et Flavien, Polychrone, excellent frère de Théodore de Mopsiieste ; tandis que nous avons encore de longs commentaires sur l'Écriture sainte, dus à saint Éphrem de Syrie, à saint Chrysostome, auquel se rattacha Isidore de Péluse, au savant Théodoret, évèque de Cyre depuis 423, formé par Théodore de Mopsueste et par saint Chrysostome, et réputé le plus savant des exégètes grecs. Les liens d'amitié qui unissaient Théodoret à son condisciple Nestorius et l'influence de son maître Théodore auraient pu altérer pour longtemps la pureté de sa doctrine ; mais il secoua peu à peu les préjugés de l'école et renonça complètement à cette fausse conception qui consiste à séparer en Jésus-Christ la partie divine et la partie humaine. Les combats livrés plus tard sur la personne de Jésus-Christ contribuèrent beaucoup à ce résultat.
Les travaux des Alexandrins et desAntiochiens furent utilisés par saint Jérôme, le grand commentateur de la Bible en Occident, personnellement connu de Grégoire de Nazianze, de Didyme, etc. Initié par les Juifs à la connaissance de l'hébreu, il entreprit une révision de la version latine de la Bible, et, à l'exemple de saint Épiphane, se fit le défenseur zélé de la théologie positive des Pères contre ses nombreux adversaires. Le dernier représentant de l'école d'Alexandrie, dans sa direction mystique, est l'auteur des écrits attribués à Denis l'Aréopagite, sur la fin du cinquième siècle. Ces écrits ont été consultés avec soin par les mystiques des siècles suivants.
Eusèbe d'Émèse, Hier. Cat., cap. xci; Socr., II, 9; Soz., III, 6; Euseb. Em., Fragm. opiisc, éd. Augusti, Elberfeld, 1829; Mai, Nov. col., t. I, Rom., 182ü; Thilo, Ueber die Schriften des Eus. v. Alex, im ö u. G Jahrb. u. des Euseb. v. Emesa, Halle, 1832; Théodore d'Héraclée. Hier., De vir. ill., cap. xc; Theod., H, 3 ; Mélèce et Flavien, Theod., IV, 23; Dial., I; Polychronius, Theod., Hist. rel., cap. xxi'v; Bist, eccl., V, 39; Mai, Nov. col., t. f, Proleg., p. xxx et seq.; Éphrem, Op., ed. Assemani, Rom., 1732-46; Op. selecta, ed. Overbeck,0xon., 18Gö; d'autres ci-dessus § 72; Chrysostome, Op., ed. Montfaucon. Paris., 1718 et seq.. 13 vol.; Migne, Patr. gr., t. XLVII-LXIV; Isidore de Péluse, Evagr., I,
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15; Niceph., XIV, 53; Epist., éd. Migne, t. LXXVIII; Nienieyer, Corn; hist. de Isid. Peius, vita et scriptis, Hal., 1823; Glück, S. Isid. Pel. doctrina moralis, Wirceb., 1848, et sur les lettres de saint Isidore (Würzb. kath. Wochenschr., 1856, n° 44); Hier., Op., éd. Vallarsi, Veron., 1734, 11 vol.; Migne, Patr. lat., t. XXIl-XXX ; Zœckler, Hieronymus. Gotha, 1805; Dionys. Areopag. Op., éd. Corderius, Paris., 1644, in-fol., t. II; éd. Constantini, Venet., 1735 et seq., t. II; Migne, Patr. gr., t. III, IV, traduit avec des remarques par Engelhardt, Sulzb., 1823, 2* part. Voyez du même, De orig. script. Areopag., Erlang., 1822; G. Vogt, Neuplaton. u. Christenth. Untersuchungen über die angebl. Schriften des Dion. Ar., Berlin, 1836; Hipler, Untersuchungen über Aechtheit u. Glaubwürdigkeit der unter dem Namen des Dion. Areopag. vorhandenen Schriften, Regensb., 1861.
§ 7. Controverses religfieuses en Oecidenl.
Les manichéens.
102. La doctrine manichéenne continua de se développer pendant les luttes de l'arianisme et du donatisme, et puisa probablement de nouvelles forces dans son contact avec les restes des anciens systèmes de l'Orient. De la Perse, où elle exerça une grande influence jusqu'en 525, elle ne cessa de pénétrer dans l'empire par ses nombreux missionnaires, et y gagna quantité d'adhérents, malgré les lois rigoureuses édictées contre elle depuis Dioclétien. Constantin le Grand ayant institué des enquêtes sur la secte, quelques fonctionnaires émirent sur son compte un avis favorable. Mais les expériences que l'on fit ensuite obligèrent de la traiter avec une nouvelle rigueur. Plusieurs savants écrivirent contre elle, tels que le rhéteur romaiu C. Marins Victorin (mort en 370), Sérapion, évêque de Thmuis en Egypte (vers 358), et Tite de Bostra (mort en 371).
En 372, l'empereur Valentinien adressa au préfet de Rome un édit où il défendait les assemblées des manichéens, confisquait leurs maisons et prononçait des peines contre leurs docteurs. En 381, Théodose I" les déclara infâmes, les priva du droit d'hériter et de tester, établit contre eux une procédure juridique et des (( inquisiteurs. » Honorius les traita de criminels d'État, et Valentinien III usa de mesures encore plus rigoureuses. Ils étaient en horreur aux catholiques et même aux autres sectes. Ils réussirent cependant à se propager en secret.
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gagnèrent plusieurs jeunes hommes de talent, charmés de cultiver une science mystérieuse ignorée du vulgaire.
Saint Augustin.
Dans ce nombre se trouvait Augustin, né en 354 à Tagaste en Numidie. 11 étudia d'abord à Madaure, puis à Carthage, fit de grands progrès dans les lettres, tout en menant une vie licencieuse. Il entra dans la secte, au grand regret de sa pieuse mère Monique, qui, après la mort de son père Patrice, lui fournit par son travail les moyens de continuer ses études, en même temps qu'elle essayait de le ramener à une vie plus régulière. Augustin demeura dans la secte neuf années entières, depuis l'âge de dix-neuf ans jusqu'à sa vingt-huitième année. A Carthage, où il était maître d'éloquence, il recueillit bientôt de grands applaudissements, et composa vers 380 son premier ouvrage, du Beau et du Convenable. Il alla à Rome en 383, et de là, après une grave maladie, à Milan (384), où il obtint une place de professeur par l'entremise de Symmaque, préfet de la ville. Désabusé depuis quelque temps déjà des espérances qu'il avait fondées sur la sagesse des manichéens, puissamment remué par la lecture des ouvrages de Platon' et par les leçons de saint Am-
^ Saint Augustin raconte qu'un de ses amis lui mit entre les mains quelques ouvrages des platoniciens, traduits du latin par un célèbre rhéteur, Victorinus :
« Je les lus, dit-il, et j'y trouvai toutes ces grandes vérités : que dès le commencement était le Verbe, que le Verbe était en Dieu et que le Verbe était Dieu; que le Verbe était en Dieu dès le commencement; que toutes choses ont été faites par lui et que rien de ce qui a été fait n'a été fait sans lui ; qu'en lui est la vie ; que celte vie est la lumière des hommes, mais que les ténèbres ne l'ont point comprise; qu'encore que l'àme de l'homme rende témoignage à la lumière, ce n'est point elle qui est la lumière, mais le Verbe de Dieu : que ce Verbe de Dieu, Dieu luimême, est la véritable lumière dont tous les hommes qui viennent au monde sont éclairés; qu'il était dans le monde, que le monde a été fait par lui, et que le monde ne l'a point connu... »
Mais, ajoute-t-il, « ce que j'avais lu dans ces livres me fit reconnaître que, pour trouver ce que je cherchais, il fallait rentrer dans moi-môme, et m'en trouvant capable, ô mon Dieu ! par le secours qu'il vous plut de me donner, je rentrai, en effet, jusque dans le plus intime de mon ùme.
Ce fut là que, si faible que fût mon œil intérieur, je découvris la lumière éternelle et immuable, cette lumière qui ne ressemble en aucune façon à la lumière corporelle dont nos yeux sont éclairés, quand on se la figurerait mille fois plus brillante et qu'on lui donnerait toute l'eleudue
l-4i HISTOIRE 1)E LKGLISË.
broise ; ramené à des idées pins sérieuses par l'influeuce de sa mère, qui l'avait suivi à Milan, toujours inquiète de son sort ; transformé au dedans par les nombreuses expériences qu'il avait faites, il renonça au manichéisme, et, après une bonne préparation, reçut le baptême, qu'il avait différé jusque-là, des mains de saint Ambroise : c'était le jour de Pâques 387.
Sa mère, qu'il appréciait aujourd'hui seulement à sa juste valeur, était morte à Ostie en 388. Augustin se transporta à Rome, où il entama de sérieuses controverses avec d'anciens amis qui appartenaient à la secte manichéenne. A dater de ce moment, il ne cessa plus de la combattre par la parole et par ses écrits. Rentré dans sa patrie, ses ouvrages et sa vie édifiante lui valurent une telle célébrité que, malgré sa résistance, il reçut en 392 l'onction sacerdotale dans la ville voisine d'Hippone. En 393, contrairement à la coutume, il fut chargé par les évêques assemblés en concile de faire une conférence sur le Symbole.
En 395, Augustin était nommé coadjuteur de l'évêque Valère, auquel il succéda sur le siège d'Hippone. Évèque, il devint dans toute la force dp. terme une des colonnes de l'Église d^Occident. Il démasqua la sainteté hypocrite et les vices des manichéens, réfuta leur doctrine sur l'origine du mal, se fit l'apologiste du libre arbitre et du récit biblique de la création, essaya de convertir ses amis égarés, disputa avec les savants manichéens Fortunat, Félix et Fauste, et procura à l'Église de nombreux adhérents. Les sectaires perdirent contenance, et leurs rangs s'éclaircirent. Cependant, après la mort du grand évêque et sous la domination des Vandales, ils relevèrent hardiment la tête. Le roi Hunéric les persécuta en 477, et les fit déporter en masse dans les contrées de l'Europe.
Persécution des manichéens en Perse, Théophane, Chronogr., Migne. t. CVIII, p. 396 et seq.; Cedren (ibid., t. CXXI, p. 697). Ouvrages contre la secte : C. M. Victorinus, ad Julian. Manich. contra duo principia
qu'il est possible d'imaginer. C'est une lumière d'un tout autre genre, et je l'aperçus comme quelque chose d'infiniment élevé, même au-dessus de cet œil intérieur par où je l'apercevais et de tout ce qu'il y a de plus sublime dans mon intelligence. Elle me parut au-dessus de tout cela, non comme Tliuile est au-dessus de Teau, ni comme le ciel est au-dessus de la terre, mais comme le Créateur est au-dessus de ce qu'il a créé. »
(Note du trad.J
Manich., Gallandi, Bibl. Patr., t. VIII. Titus et autres, ci-dessus 1, § 14i. Lois de l'empire contre elle, Cod. Theod., XVI, o, 1. 3, '6, 7, 9, H, 18, 20; I, 40. Saint Augustin, dans ses Confessions, a raconté ses propres destinées. Voyez encore De utilit. credendi, cap. i; Possid., Vita S. Aug., in Op.; J.-L. Berti, Com. de reb. gest. S. Aug. librisque, Venet., 1736; Poujoulat, Hist. de S. Aug., Paris, 1843,3 vol.; Bindemann, Der bl. Augustin, Berlin, 1844, 2 vol.; Kloth, Der bl. Kircbenlebrer Aug., Aachen, 1840, 2 vol.; Ginzel, Tüb, tb. Qu.-Scbr., 1848, p. 339 et suiv.; 1849, p. 44 et suiv. Contre les manicbéens, saint Augustin écrivit : De moribus Ecclesise catb., et De moribus Manicb.; De libero arbitrio libri III, acbevé en 935; De Genesi contra Manicb., 389; De vera religione, 390; De utüitate credendi, 391; De duabus animabus, 391 ; Acta s. disp. contra Fortunatum Man., 392; De Genesi ad litteram, 393; Contra Adimantum, 394; Contra ep. t'undam.,397; De actis cum Feiice Man.; De natura boni, adv. Secundinum Man.; libri XXXIII contra Faustuni, son principal ouvrage envoyé à saint Jérôme en 404, avec citation littérale des propositions de l'évèque manichéen.
Persécution des Vandales : Victor, Vit. Hist. persec. Vand., 1. Il, init.
Léon le Grand contre les manichéens.
103. Plusieurs manichéens s'étaient fixés à Rome, et, sous le règne du pape Léon le Grand (depuis 440), ils paraissaient fort dangereux. De grossières débauches avaient lieu dans leurs réunions. Léon, appuyé du pouvoir civil, institua contre eux une enquête sévère; on les poursuivit dans leurs repaires et on constata leurs pratiques infâmes, ainsi que leurs ramifications dans toutes les parties de l'univers. Ou les reconnaissait ordinairement par leur refus de se servir de vin consacré pour la communion : de là vient que les papes Léon et Gélase maintinrent le précepte de la communion sous les deux espèces. Eu 444, Léon exhorta les évèques d'Italie à se tenir en gardö, car les manichéens, expulsés de Rome, essayaient de s'établir dans toutes les provinces de ce pays. Plusieurs se déguisaient sous le costume de moine, vantaient leur pauvreté et leur ascétisme et faisaient parade de leurs martyrs.
A la suite de nouvelles découvertes, l'empereur Valentinien II J, le 19 juin 443, rendit une loi qui infligeait aux manichéens la peine du sacrilège, les déclarait déchus de toute fonction et de tout droit, leur interdisait de résider dans les villes et de faire aucun acte juridique, attendu qu'on nepouvaitfermer les yeux
fii HISTOIRE DE l'ÉGLISÉ.
sur une offense aussi abominable envers la divinité et laisser impunies des horreurs qui souillaient non-seulement les corps, mais encore les âmes des fidèles d'une manière qui ne pouvait être expiée. Cependant les sectaires continuèrent de se propager en secret et de répandre les écrits de leurs savants, parmi lesquels Agapius et Faustus de Milève étaient les plus célèbres. Quelques-uns essayaient de mêler au christianisme différents principes de philosophie orientale. Aristocrite enseignait dans sa Théosophie que le judaïsme, le paganisme et le christianisme étaient un seul et même dogme, et allait jusqu'à combattre Mani, si hautement vénéré de la secte.
Leo Magn., Serm. xvi, cap. iv; xxiv, cap. iv ; xxxiv, cap. v; XLU ; serm. iv de Quadrag., cap. v; Ep. vu ad episc. Ital.; Gelas., Ep. xxxvii, cap. II, p. 451 et seq.; ed. Thiel, Valentin. III, Const. inter ep. Leon., Ep. vin, p. 626; Anathem. contra Manich., ap. Muratori, Anecd. bibl. Ambros., MedioL 1698, t. II, p. J12; Prosp., Chron., an. 443; Cod. Tlieod., XVI, 5, 7, an. 381 ; Isid. Peius., I, ep. lii.
Agapius, Pliot., Bibl., cod. 179; Faust., ap. Aug., contra Faust., V, \ et seq.; Aristocrite, Jac. ToUii, Insignia itineris Ital., p. 142.
Le priscillianisme. — Saint Martin de Tours. — Priscillien.
404. Un Égyptien, nommé Marc de Memphis, répandit en Espagne les doctrines gnostiques et manichéennes ; il les inculqua notamment à une femme de qualité nommée Agape, et à un rhéteur, Elpidius, qui les transmirent à Priscillien, homme riche et savant qui jouissait d'un grand crédit à cause de la sévérité de ses mœurs. Priscillien devint le champion de la secte et lui donna son nom. Son éloquence, son adresse, son ascétisme lui procurèrent des sectateurs jusque dans les rangs du clergé ; deux évêques même, Instantius et Salvien, s'attachèrent à lui. 11 eut d'abord pour adversaire Hygin, évêque de Cordoue, puis les évêques Idace d'Émérite (Mérida) et Ithace d'Ossanoba (Sossuba), ce dernier violent et emporté. Un concile convoqué à Saragosse en 480 essaya d'arrêter les progrès de la doctrine eu condamnant ses chefs, et surtout en défendant aux personnes crédules d'assister à leurs assemblées, de jeûner le dimanche, de marcher pieds nus, et en interdisant aux laïques d'enseigner de leur propre chef.