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8"2 HISTOIRE DE l.'f.fiUSE.
violence des excitations et des plaisirs, dans la promesse faite aux initiés d'une destinée plus heureuse après le trépas.
Naegelsbach, Uie nachhomerüche TheoL des gr. Volksglaubens, Nurnb., 1857; Dœllinger, p. 54, 9Ö, i08.
La philosophie.
17. La philosophie faisait de vains efforts pour combler les lacunes de la religion populaire. Elle avait sans doute de bons résultats partiels, elle détruisait une foule de préjugés, elle discréditait la religion populaire dans une foule d'esprits; mais elle ne trouvait rien de meilleur à y substituer pour la multitude ; elle croyait même impossible de faire connaître à tous la divinité, parce que le peuple n'était pas philosophe. Phérécides de Syrus, dominé par des influences orientales, n'enseignait qu'une cosmogonie sous des dehors mythologiques. A la tète de sa théorie du monde il plaçait un principe parfait, Jupiter, l'Éther, auquel il coordonnait, comme étant également éternel, le Kronos (Baal et le Temps, Chronos), ainsi que la matière informe (Chthon, Chaos). L'élément consistant et l'élément fluide s'étaut séparés de la matière, ils devinrent l'un la terre, l'autre la mer, après quoi le temps produisit les éléments divers, le feu, l'air et l'eau. Du mélange des cinq substances, Jupiter Éros tira cinq générations de dieux, les dieux des astres, de l'air, de la terre et de la mer, .et dans ce nombre le dieu des serpents (Ophioneus) et les ophionides. Le dieu des serpents combattit avec Kronos pour la possession du ciel. Jupiter foudroya les dieux qui se révoltèrent contre l'ordre du monde, et les précipita dans le Tartare (Ogenos). Ophioneus, la force brutale de la nature, succomba.
Jacobi, Fragmente des Pherecydes bei den Kirchenvaetern, 1850; Dœllinger, ouvrage cité, p. 223.
Les écoles ionienne, pythagoricienne, éléatique.— Empédocle, les atomistes et les sophistes.
18. La philosophie grecque débuta par la philosophie de la nature et fut d'abord représentée par l'école ionienne, fondée
l'humanité avant JÉSUS-CHRIST. 83
par Thaïes de Milet (environ 600 ans avant Jésus-Christ). Thaïes ne concevait les dieux que comme des forces personnifiées de la nature et faisait de l'eau le premier principe de toutes choses. Ce principe, Anaximènes (205 environ avant Jésus-Christ) le plaçait dans l'air; HéracHte d'Éphèse (500 ans avant Jésus-Christ), dans le feu, qui, selon ses vues panthéistes, était l'àme universelle du monde; Anaximandre, dans la substance illimitée, la matière.
Anaximènes fut suivi plus tard par Diogène d'Apollonie, qui concevait la matière éthérée comme un élément intelligent. Son contemporain Anaxagore prenait pour principe du monde l'esprit (Nous), qui meut et ordonne la matière chaotique (Hyle). Pythagore de Samos (525 avant Jésus-Christ), occupé d'études mathématiques, fonda à Crotone, dans la basse Italie, une école de philosophie ascétique où l'on cultivait surtout les mathématiques et la musique, et menait un genre de vie religieux tout particulier. Les pythagoriciens voyaient dans le système des chiffres le type et la raison vivante de toutes choses, l'unité simple (monade), la substance divine primitive, et ils concevaient l'univers comme une vaste harmonie résultant du nombre et de la mesure, comme un globe unique, contenant le feu central, d'où 1 ame du monde (la monade) pénètre toutes choses. Leur principale doctrine était le dogme de la transmigration des âmes.
L'école éléatique est l'opposé direct de la religion populaire. Elle fut fondée vers 536 par Xénophanes de Colophon, qui relevait l'unité de Dieu, tout en la défigurant par ses vues panthéistes et en la concevant comme l'unité du monde. Son disciple Parménides, au contraire, mettait au sommet l'être absolument simple, dans lequel la pensée et l'objet de la pensée se confondent. Cette manière de voir fut également adoptée par Zenon et Mélissus, les derniers éléates.
Empédocle (492-432 avant Jésus-Christ) essaya de combiner dans un vaste panthéisme les tendances ionienne, pythagoricienne et éléatique ; il concevait le monde éternel et sphérique comme un être animé, divin, tournant autour de luimême et ayant pour forces radicales la haine et l'amour, qui produisent hors de lui et influencent le monde visible des phénomènes changeants. Il enseignait la transmigration des
st HISTOIRE DE 1. ÉaUSE.
âmes, recommandait d'épargner la vie des animaux et de s'abstenir de viande.
Démocrite d'Abdéra (né en 460) et l'école atomistique essayèrent au contraire de rendre superflue toute autre force que celle de la matière. Selon eux, le monde était la réunion des atomes reliés entre eux et coordonnés ; l'àme, un aggrégat d'atomes de feu arrondis, un second corps plus subtil que lautre, qui meut et enveloppe le corps visible. Dans le cinquième siècle avant Jésus-Christ, on remarque surtout les sophistes d'Athènes, qui s'attirèrent de nombreux disciples par leur bavardage oratoire et en caressant les préjugés en vogue. Mais, comme ils partaient de systèmes différents, qu'ils mettaient en question toute vérité et toute réalité objective, ils propagèrent au loin le matérialisme et l'athéisme.
Avec Diogène Laërce, les anciens divisent la philosophie hellénique en physique, éthique et dialectique. Philos. Hippol., lib. I, p. I etsuiv.; Wecklein, Die Sophist eii u. die Sophistik nach den Angaben Plato's, Wurzbourg, 1863; Dœllinger, p. 224 et suiv., 246 et suiv., 276 et suiv.
Socrate.
19. Une réaction fut opérée par la philosophie éthique, dont le principal organe, Socrate, est une des plus nobles figures des temps anciens; dans la Grèce même, Socrate excita au plus haut degré l'admiration des grands esprits. Il recommandait par -dessus tout la connaissance de soi-même, alliait les idées de la philosophie avec celles de la vertu, exigeait la sobriété et la vigilance, et menait lui-même une vie irréprochable. Il avait un profond sentiment des choses divines et il montra à la fin de sa vie une grandeur d'àme inouïe chez les païens. Le calme résigné avec lequel il accepta sa sentence de mort a produit une vive impression sur la postérité. Déjà l'ancienne mythologie était devenue insupportable à un grand nombre, et des hommes de talent, Heraclite, Théagène de Rhégium, Métrodore de Lampsac, cherchaient à y remédier par l'interprétation allégorique des poésies d'Homère et d'Hésiode; tandis que d'autres, comme Isocrates, accusaient ouvertement ces poésies de renier les dieux et d'excuser ainsi une multitude de forfaits. Le poète Pindare croyait lui-même que plusieurs mythes avaient été
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dénaturés sous l'influence des mauvais sentiments. Hérodote, si crédule d'ailleurs, ne laissait pas de critiquer certains mythes, et Thucydide, tout en reconnaissant que la divinité préside aux destinées humaines, assigne cependant la principale part aux efforts personnels et à la libre détermination de l'homme. Dans la conscience religieuse comme dans la poésie, on remarque une hésitation constante entre la loi générale qui domine le monde et la liberté personnelle, entre la destin et la puissance de dieux. Les notions de la chute de l'homme et de l'immortalité subsistent encore çà et là comme un écho des anciennes traditions, mais elles sont singulièrement affaiblies et à peine reconnaissables.
Écoles socratiques.
20. Trois écoles socratiques se formèrent, dont chacune représentait quelques idées du maître ou les mêlait avec les doctrines d'autres philosophes. C'étaient : 1° l'école cyrénaïque, fondée par Aristippe de Cyrène, l'auteur de l'hédonisme. Selon cette école, la vertu est complètement absorbée par la connaissance ; la sensation est le critérium de la vérité, et le bien suprême consiste à se donner au plaisu" (hédoné), expression qui pourrait aussi bien s'entendre des voluptés sensibles que des jouissances intellectuelles.
Théodore de Cyrène, fameux par son athéisme, se renferma dans l'égoïsme le plus prononcé; mais au lieu de placer le but du sage dans la plus grande somme des jouissances, il le fait consister à s'affranchir de toute dépendance des objets extérieurs et à se suffire à soi-même ; tandis qu'Hégésias fait consister la sagesse plutôt à détourner le mal, dont la vie siu-abonde, qu'à choisir ce qui est agréable; il va jusqu'à glorifier le suicide.
2° Lecole cynique, fondée par l'Athénien Antisthènes et illustrée par Diogène de Synope, recommandait la pauvreté, le renoncement, la mortification, la fuite des plaisirs sensibles. Celui-là est philosophe, selon lui, qui mène une vie rude et pleine de privation, jointe au mépris fastueux de tout usage traditionnel, même de l'ordre social.
3" L'école mégarienne, fondée par Euclides, inclinait surtout vers la doctrine de Parménides : elle faisait de la réalité
le non-être absolu et niait toute pluralité dans les êtres. Selon lui, rien ne naît et rien ne disparaît. L'être éternel et seul subsistant de Socrate, il le concevait tantôt comme le bien, tantôt comme l'esprit et la pensée, tantôt comme Dieu lui-même. Stilpon de Mégare, le dernier de cette école, se rapprochait des cyniques, et faisait consister la sagesse dans une indifférence, une apathie de l'àme si complète qu'elle allait jusqu'à ignorer la douleur.
Platon.
21. Platon est le seul qui ait parfaitement saisi la pensée de Socrate. Cet Athénien, d'un génie prodigieux et initié à fond dans les doctrines philosophiques de ses prédécesseurs, avait rapporté de ses voyages en Egypte et en Sicile un immense trésor d'expériences (4-29-3.48 avant Jésus- Christ). Voici le résumé de ses principales doctrines : i° Dieu est inaccessible dans sa nature ; l'esprit seul est capable de le saisir. La multitude ne peut le concevoir que dans la division, la pluralité des phénomènes, et non dans la totalité de son être. Au peuple le concret, la foi religieuse (ou l'opinion, doxa) ; au sage l'abstrait, la science, 2" Le dieu suprême est un esprit intelligent, libre, sage et juste, placé au-dessus de tous les dieux qui sont dans le monde (trait de monothéisme). 3° 11 est l'architecte du monde (démiurge), mais non son créateur. Platon conçoit la matière comme préexistante (trait de dualisme), et autant que possible dénuée de propriétés ; elle n'est corps que virtuellement et non actuellement. Les corps ne naissent que de la tranformation de la matière primitive. Cette première matière était dans la confusion et le chaos où les éléments s'agitaient sans but et sans règle. Le principe de ce mouvement était une àme qui résidait dans le chaos, àme irrationnelle et soumise à une nécessité aveugle. 4° La raison divine ordonna ce chaos, et lui imprima une forme en organisant la matière sur le modèle des idées éternelles. Les idées sont l'intermédiaire de Dieu et de la matière. Les vues, les pensées divines sont le type sur lequel Dieu a créé les êtres de ce monde (antitypes), ou plus exactement les objets des pensées divines.
5° Les idées sont le seul objet durable et vraiment digne de la pensée et de la connaissance humaines, car elles sont
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immuables et éternelles ; elles n'existent qu'en elles-mêmes, sont séparées de tous les êtres et individuelles ; tandis que lem's diverses copies, les objets sensibles, sont changeants et périssables. Les idées seules existent réellement ; leurs copies n'ont que le simulacre de l'être, en tant qu'elles participent de leur modèle primitif. Ce que les chiffres étaient pour les disciples de Pythagore, les idées l'étaient pour les platoniciens. Elles ont leur fondement en Dieu, qui est l'idée universelle. 6° La plus haute idée est celle du bien, qui est à peine accessible, quoique nécessaire à l'intelligence humaine ; elle est la cause de tout ce qui existe véritablement, la raison dernière du monde idéal. Sortant de son essence cachée, Dieu se déploie dans le monde intelligible des idées, dont chacune représente isolément Dieu sous un rapport ou une forme différente. • Les idées gravées dans la matière primitive et informe donnent à cette matière la précision, le mouvement, une place déterminée dans l'espace. Par sa ressemblance avec les idées, tout être participe à l'harmonie et au plan de l'univers.
7° La première chose que Dieu forma, ce fut l'âme du monde. Lame irrationnelle qui résidait dans le chaos et qui ne pouvait être ni changée ni détruite, fut refrénée par la raison divine, unie et mêlée à l'esprit divin. L'âme du monde, répandue à travers lespace, est immortelle et pensante. 8° Lorsque Dieu divisa la matière et l'organisa en corps particuliers, il partagea aussi la substance animique et forma une plurahté d'âmes auxquelles il inspira plus ou moins de son esprit. Tout ce qu'il y a d'intelligence dans le monde, en descendant jusqu'à l'homme, appartient à la substance de Dieu {trait de panthéisme). 9° Dieu a donné au monde la forme la plus parfaite (la forme sphérique^; il lui a imprimé le mouvement circulaire, il en a fait un animal raisonnable, composé d'un corps et d'une âme, et la plus parfaite des divinités créées ; il a engendré toute une race de dieux, d'abord les dieux des astres, puis les dieux inférieurs, les démons et le génies (dieux de la religion populaire). Les dieux des astres, à qui Dieu confia les germes des âmes douées de raison, y mêlèrent des éléments périssables et formèrent ainsi, en imitant la vertu créatrice de Dieu, des êtres vivants. 10° De là l'origine de l'homme, dont l'âme est l'image en raccourci
de 1 ame du monde, car elle est formée de la même substance animique et selon la même idée du bien.
Il y a dans l'homme trois natures d âmes : a. une âme immortelle, la raison, qui constitue son élément divin; h. une âme plus haute, virile, courageuse, irascible ; c. une âme inférieure, qui est l'élément féminin sensible. Ces deux dernières sont mortelles et n'ont été jointes à l'homme que lorsque l'âme a été unie au corps ; l'une réside dans le cœur, l'autre dans le foie, tandis que l'élément divin a son siège dans la tête. La vraie destinée de l'âme est la connaissance et la science : toute vertu réside dans la science ; tous les vices reposent sur l'erreur et l'ignorance. Le vrai se confond avec le bon, le bon avec le beau. 11° Les âmes humaines ont existé avant leur naissance dans ce monde, et elles ont péché avant le temps, soit par le manque de force, soit par leur incapacité à connaître le divin et à le conserver (Phèdre), soit par le mauvais choix qu'elles ont fait parmi les différents êtres inanimés [de TÈtat).
12° Le péché de l'homme est involontaire, car ce qu'il y a de plus beau en nous, l'âme, ne peut recevoir ce qu'il y a de plus odieux, l'injustice. L'injustice est une maladie de l'âme, qui nous arrive malgré nous, comme les maladies du corps. Celui qui veut le mal ne se trompe que par le jugement, et ce n'est pas là un acte de libre arbitre, mais de la passion psychique. Si l'on demande comment le péché, puisqu'il est involontaire, peut être puni, on répond : c'est afin qu'on s'éloigne du mal le plus tôt possible ; du reste, endurer un châtiment n'est pas chose mauvaise, mais bonne, parce qu'il sert à purifier du mal et à en détourner les autres, afin qu'ils échappent à sa séduction. Platon déclare formellement que Dieu n'est pas l'auteur du mal.
13° Ici, comme ailleurs, il méconnaît le libre arbitre. L'influence du corps et de l'éducation, du tempérament et des circonstances extérieures sur l'intelligence de 1 "âme, est si puissante aux yeux de Platon que la nécessité remplace le libre arbitre ; ou l'homme est infailliblement vertueux, parce qu'il est sain d'esprit, ou il est inévitablement vicieux, parce qu'il est malade. Platon, il est vrai, reconnaît que le destin est aussi un ordre, une providence supérieure, qu'en dehors
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de la nécessité préétablie, il existe une liberté individuelle renfermée dans certaines bornes ; mais le déterminisme n'en demeure pas moins invincible. Dieu lui-même, le bien en général est soumis à une nécessité naturelle ; jamais l'âme ne peut être complètement affranchie du mal.
14." La vie présente n'est pas seulement le résultat d'une vie antérieure , mais encore le germe d'une vie à venir. L'âme est immortelle parce qu'elle est vivante, simple, indestructible ; le corps n'est que sa prison. Il y a un état intermédiaire entre le bonheur et le malheur éternel ; c'est l'état de pénitence et de pm'ification après la mort. Cependant, comme les âmes même purifiées retombent dans le monde sensible, et peuvent ainsi être soumises à une purification nouvelle, l'âme ne peut jamais parvenir à une félicité complètement immuable , et l'ordre du monde se meut dans un cercle éternel. 15° De même que le péché n'est qu'une privation des forces spirituelles , la rédemption n'est poiu' l'esprit qui monte l'échelle des idées célestes qu'un retour en soi-même, une reprise de soi-même ; elle est le partage exclusif d'un petit nombre d'hommes spirituels (les philosophes, les pneumatiques), qui s'élancent vers l'Être céleste, assurent à la raison la victoire sur le corps et tuent en quelque sorte la vie des sens. La vie du sage ne doit être qu'une préparation à la mort.
16° Le vrai philosophe est en même temps l'homme vertueux; les vertus sont les quatre vertus morales, auxquelles sont opposés l'excès et le défaut. Le règne de la raison sur les appétits et les convoitises inférieurs, lorsqu'il est fondé sur la science, conduit à la félicité, c'est-à-dire à la plus grande ressemblance possible avec Dieu. L'idée du souverain bien doit régner dans l'individu, aussi bien que dans la société humaine et dans l'État, lequel doit être gouverné par l'EU'istocratie de la science.
Platon a jeté vers Tavenir un regard divinateur, il a semé avec abondance de grandes et fécondes idées ; et pourtant il a subi le sort de l'homme abandonné à ses propres forces et n'a pu s'affranchir de l'erreur. C'est ainsi que nous le voyons admettre dans son État idéal la communauté des femmes, l'assujétissement du tiers-état, l'exposition ou le meurtre des enfants chétifs, et autoriser la pédérastie.
Il est controversé : 1° si Platon reconnaissait pleinement la personnalité de l'Être suprême (tô ôvtwç öv), dont il avait à coup sur le pressentiment (Herman, Vindicix platonicse, Marb., 1840); 2" si les idées qu'il appelle « divinités éternelles » doivent être conçues comme des personnes; 3° s'il admettait trois principes, Dieu, la matière et l'âme, ainsi que le paradigma (image primitive, ensemble des idées), ou s'il n'admettait que les deux premiers, ou enfin un seul Dieu. Il admettait difficilement une Trinité, car aucun des textes qu'on cite n'est probant (I)œllinger, p. 300, n" 3); il ne conçoit pas l'âme du monde comme le Dieu éternel, ni l'ensemble des idées à la manière du Logos chrétien.
Voyez encore Prud. Maranus, Prœf. in .Tustini Op., p. II, c. i (Migne, Pair, grœc, t. VI, p. 23 et seq.) ; Ackermann, Das Christliche im Plato, Hambourg, 1837; Ritter, dans Stud. u. Krit., 1836; Barn-, Das Christliche des Piatonismus, Tubiugue, 1837; Mattes, Tüb.QuarL-Schv., 1845, IV, p. 479 et suiv.; Stumpf, Verhxltniss des Platonische?! Gottes zur Idee des Guten, Halle, 1869; Fr. Michelis, Die Philosophie Plato's, Munster, 1859 et suiv. (Neuhffuser, Bonner Theol. Litt.-BL, 1866,
Les académiciens.
22. Les académiciens, disciples et successeurs de Platon, érigèrent en principes plusieurs de ses conjectures et s'écartèrent de lui sur une foule de points. Son neveu Speusippe adopte la théorie des nombres de Pythagore, mais il sépare la divinité (l'esprit) soit de la monade soit du bien, qu'il tenait non pour un être primitif, mais pour quelque chose qui adhère aux êtres , d'où il se développe. Il considérait la divinité comme l'àme du monde, dont l'âme humaine serait une émanation, et cette âme, il la croyait douée d'immortalité même dans sa partie irrationnelle.
Xénocrate aussi (396-314) faisait des emprunts à Pythagore ' et cherchait à établir une étroite alliance entre la philosophie et la rehgion du peuple ; il développa la théorie des démons en tant qu'intermédiaires des dieux et des hommes. Il concevait l'âme comme un nombre qui se meut de lui-même et entre dans l'homme du dehors, comme une portion de l'âme du monde qui retourne à l'unité du tout quand le corps vient à défaillir. Xénocrate était d'une grande rigidité morale, mais ses successeurs, Polémon, Cratès et Cranter, se montrèrent moins sévères à eux-mêmes et aux autres.
Dœilinger, ouvragé cité, p. 302, 304.
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Âristote.
23. Le plus grand des disciples de Platon en même temps que son principal adversaire, le génie le plus universel de l'antiquité, fut Aristote de Stagire (384-322 avant Jésus-Christ), fondateur de l'école péripatéticienne et de la philosophie dialectique. Platon était surtout poète, idéaliste, spéculatif; Aristote, sobre, précis comme un mathématicien, était réahste et critique. Le Stagyrite, philosophe de l'intelligence et génie systématique, a établi les lois de la pensée ou de l'esprit humain (Organum) . Prenant pour point de départ la distinction de la substance (oiisia) et de l'accident (symbebekos), il compte dix catégories (l'essence, la quantité, la qualité, la relation, le lieu, le temps, la situation, la manière d'être, l'action et la passion), et il développe la théorie des jugements (propositions), des conclusions, des sophismes et des démonstrations. Du général il descend au particulier et à l'individuel. Il se contente ordinairement des idées dégagées de tout caractère fini, et voit dans la réalité concrète la réalisation totale de l'idée. Dans la nature, il étudie la matière, la forme et la privation, et il dislingue la portion céleste et la portion terrestre. De Platon il combat la théorie des idées, la préexistence et la transmigration des âmes, puis cette proposition que nul n'est volontairement mauvais.
Dieu, dit Aristote, n'est ni le créateur, ni larchitecte du monde, mais seulement son terme définitif (cause finale), l'objet universel du désir et de l'amour, lintelligence pure et dénuée de force, qui devient active en se pensant elle-même. L'àme, selon lui, n'existe que pour animer le corps ; elle est le principe qui le forme, le meut et le développe, une substance qui ne se révèle que dans le corps formé et pénétré par elle (entéléchie). L ame ne peut être conçue sans le corps ni le corps sans l'àme.
Aristote distingue dans l'àme une force nutritive, une force sensitive et une force pensante. Cette dernière est à la fois passive, en ce qu'elle reçoit des impres-sions (intelligence), et active, en ce qu'elle produit des actes (raison). La raison seule est immortelle, les autres parties de l'àme rentrent dans le néant avec le corps. Les erreurs d'Aristote consistent à rejeter ou plutôt à supprimer de nouveau l'unité de l'âme (affirmée
jusque-là), à croire à l'éternité du monde et à la divinité des astres, à méconnaitre la divine Providence et à nier le libre arbitre, à enseigner une morale qui ne s'élève guère audessus de la prudence bien entendue et qui repose uniquement sur le bien-être. Il met la politique ou science du gouvernement en relation intime avec la morale, et enseigne quantité d'excellentes choses sur l'institution et la fin de l'État; il recommande la haine et la vengeance, l'exposition et le meurtre des enfants débiles, l'avortement ; il fait l'apologie de l'esclavage et va jusqu'à refuser aux esclaves une àme raisonnable.
Philosophnmena,\ , 20; Fr. Brentano, Die Psychologie des Arist., Mainz, 1867; L. Schneider, Die Unsterblichkeitslehre des Arist., Passau, 1867 ; Dœllinger, p. 304-312, 673 et suiv.
Les philosophes après Âristote. — Les stoïciens.
24. Les philosophes qui succédèrent à Âristote étaient encore moins capables de relever et de purifier le monde païen ; ils contribuèrent même à précipiter sa décadence. Les péripatéticiens s'éloignèrent de leur maître en suivant une direction plus matérialiste et en n'admettant que des causes physiques. Théophraste plaçait la vie sous l'influence exclusive d'un destin aveugle et de circonstances extérieures accidentelles. Le doute universel fit de rapides progrès; on en vint à rejeter toute vérité et toute certitude objective dans la stérilité de la philosophie ; on se forma de tous les anciens systèmes un système hybride qui prit le nom d'éclectisme.
Ce système suivit une double direction; les uns voulaient se rattacher étroitement à la religion populaire, dont le besoin se faisait de nouveau vivement sentir; les autres visaient à sa complète abolition : les premiers se nommaient stoïciens, les seconds épicuriens. Zenon de Cittium (34.0-268 avant Jésus-Christ), qui avait beaucoup fréquenté les cyniques et s'inspirait surtout d'intérêts pratiques, est le fondateur de l'école stoïcienne, qui fut dirigée après lui par Cléantes et par le pénétrant Chrysippe de Soh. Quiconque ne faisait point partie de l'école était écarté avec orgueil et mépris, traité de barbare et d'esclave. Leurs vues cosmologiques ne
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sont qu'un grossier matérialisme. La matière, les corps seuls ont une existence réelle ; Dieu, par son côté physique, est la chaleur vitale qui pénètre toutes choses, c'est le feu du monde et en même temps la nécessité qui gouverne le monde ; métaphysiquement, c'est l'être bienheureux, parfait, éternel, la raison du monde qui prend soin de tout ; moralement, c'est l'exécuteur de la loi morale, le juge qui punit ou récompense. Il n'est rien qui ne soit prédestiné de toute éternité, immuable. Tout est Dieu ou une des formes dont Dieu s'est revêtu.
Le Dieu universel doit être honoré aussi bien dans son unité que dans ses parties (les astres, les mers, etc., dont il se compose), bien que ces parties se résolvent dans l'unité. Le mal lui-même est nécessaire pour révéler l'harmonie du monde ; sans le mal, il n'y aurait point de bien. 11 faut maintenir le libre arbitre de l'homme, bien qu'il soit une pure spontanéité. Que l'homme veuille ou agisse dans tel ou tel sens, cela est prédestiné. Il peut, mais sans succès, résister intérieurement. Il faut se représenter les dieux comme des termes qui désignent les incorporations diverses du Dieu unique, qui est le monde ; les mythes doivent être expliqués allégoriquement.
L'adoration des hommes divinisés se justifie en ce que chaque âme humaine est une portion de la divinité. La vertu divine étant répandue dans le monde entier, les oracles, les signes, les songes, etc., sont à la fois naturels et divins. La vertu, le bien souverain, réside surtout dans la prudence (ph7'07iesis), dans un genre de vie conforme à la nature. Le sage doit soumettre ses convoitises et ses désirs à la raison, tendre au repos parfait (ataraxie et apathie), dominer ses besoins et se suffire à lui-même (autarchie). Cependant, comme cet idéal n'est pas facile à atteindre, il peut s'accommoder aux circonstances ; de même que Dieu condescend aux formes inférieures de l'existence, il peut se mettre au-dessus des lois et des mœurs humaines, car il est lui-même la règle et la loi du bien.
Les stoïciens autorisaient donc le suicide, le mensonge, la pédérastie, l'impudicité légale et autres vices de ce genre.
94 HISTOIRE I)E LÉGLISE.
Dœllinger, p. 317 et suiv., 329 et suiv.; Néander, K.-G., I, 9 et suiv., 3« édit.
Les épicuriens.
25. Épiciire, contemporain de Zenon, honoré plus tard avec enthousiasme par ses partisans, mettait aussi la morale au premier plan et plaçait le but suprême, de l'homme dans un calme et une insouciance absolue ; mais il prenait pour point de départ l'eudémonisme cyrénéen, joint à latomisme modifié de Démocrite. En théorie, il n'admet pour principe que la perception sensible, et en pratique que le plaisir ou la douleur. Il attribue l'origine du monde au concours fortuit des atomes ; c'est une machine qu'il fallait toujours monter à nouveau. L'àme est un corps uni au corps ordinaire et formée des atomes les plus déliés, ronds et ignés ; les dieux sont des êtres composés d'atomes, vivant sans travail ni souci au sein d'un repos impertubable, ils ne s'inquiètent point des hommes, et les hommes à leur tour ne doivent pas plus les redouter que le destin ou la mort. La justice et l'injustice ne sont que des notions arbitraires; le plaisir spirituel et sensible, exempt de toute douleur, est le moyen d'arriver au calme parfait de l'esprit ; on évite tout ce qui peut le troubler, tout ce qui est désagréable, en faisant un bon usage de sa raison. Ce système, bien qu'il eût les plus fâcheuses influences sur la religion et la morale, obtint une grande vogue. Le plaisir (hédoné) fut entendu par quelques épicuriens soit de la volupté sensible, soit du plaisir intellectuel; dans ce dernier cas même, il n'était souvent que le souvenir de plaisirs sensibles autrefois
éprouvés.
Les sceptiques.
26. Contrairement aux dogmatiques, qui enseignaient des doctrines positives, les sceptiques déclaraient que le repos de l'âme, le bonheur, ne devait être cherché par aucun des moyens jusqu'alors employés, qu'on ne trouvait ainsi que trouble, confusion et tourment ; que du reste tout était incertain. S'appropriant les vues de Pyrrhon d'Élis (325 avant Jésus-Christ) et de son disciple Timon, Arcésilas (318-244.), fondateur de la seconde académie, enseignait qu'il est impossible d'arriver à la certitude philosophique et qu'il faut
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se contenter de la vraisemblance. Carnéades (215-130 avant Jésus-Christ), fondateur de la troisième académie, admettait divers degrés de certitude, qu'il laissait à la science le soin de déterminer. 11 se prononça pour l'éclectisme et soumit le stoïcisme à une sévère critique ; mais il dépassa de beaucoup les limites et combattit toute croyance religieuse. Le relâchement gagnait de jour en jour, on se repaissait d'abstractions et de vaines formules , et la philosophie doutait non-seulement de la religion, mais encore d'elle-même. Dans la vie pratique on constatait une immoralité profonde, la mauvaise foi, des désordres de toute nature, un orgueil effréné; la haine du genre humain et le suicide faisaient d'effroyables progrès.
Dœllinger, p. 336 et suiv.; sur la décadence morale des Grecs, Polyb., HüL, VI, 34.
Les Étrusques.
27. Les Étrusques passaient pour le plus religieux des peuples d'Occident ; suivant une doctrine qui leur était propre, il existait au-dessus de Jupiter des dieux inconnus, qu'ils honoraient comme les puissances suprêmes du destin. Jupiter, Junon, Minerve étaient leurs principales divinités. Venaient ensuite üsil (Helios), Aplu (Apollon), Sethlans (Vukain), Phuphluns, Turms ( Mer cure j, Janus (dieu du ciel à quatre \isages), Mantus (dieu du monde souterrain), Védius (juge des morts j. Charron (le conducteur des morts et le bourreau des hommes], Yertumne (le dieu des saisons). Jupiter était assisté de six hommes et de six femmes (conseilles et complices) portant des noms mystérieux et formant le conseil des dieux. 11 y avait aussi des génies, des lares, des pénates. Tages, l'enfant merveilleux, communiqua aux Lucomones (races nobles et sacerdotales) la doctrine des auspices, des aruspices et des augures, qu'on gardait avec un soin religieux et qui était déposée dans des écritures sacrées. L'éclair passait pour le principal intermédiaire des communications divines, pour la langue de Jupiter ; il supprimait tous les autres signes. Il y avait une science particulière des fulgurations, qui cherchait à découvrir laquelle des neuf divinités (Novensiles, parmi lesquelles figuraient Junon, Minerve, Saturne et
Mars), avait lancé la foudre; elle expliquait la signification des différentes espèces d'éclairs, appréciait les circonstances qui les accompagnaient, disait comment il fallait purifier et consacrer le lieu qui avait été atteint, comment on pouvait conjurer un éclair, etc. La religion des Étrusques était généralement empreinte d un caractère grave et religieux.
Arnobe, III, 38-44; Dœllinger, ouvrage cité, p. 4-57 et-suiv. Les Romains.
28. La religion romaine se forma de différents cultes nationaux, correspondant aux diverses parties de la population. Les éléments les plus anciens du culte avaient trait à l'agriculture et à la vie pastorale. Picus, Faune, Lupercus, Stercutius, Paies et autres divinités présidaient aux fonctions qui s y rattachent. Yesta, divinité domestique, était commune aux Romains avec les peuples gréco-italiens, tandis que Quirinus et Sancus (roi sabin) n'étaient dans le principe honorés que des Sabins. Jupiter, Junon, Minerve, Janus i^d'abord dieu du soleil), Saturne, Ops, Mars et Diane étaient également en vénération ; mais les Romains n'avaient point de mythologie semblable à celle des Grecs, de même qu'ils n'avaent ni Homère, ni Hésiode, ni culte des héros. Ces divinités principales, avant que les influences grecques eussent gagné du terrain, étaientles forces universelles de la nature, ou simplement une conception des diverses conditions humaines. Les livres des prêtres, interdits au peuple, ne contenaient qu'une aride nomenclature des divinités, de leurs attributions, des particularités de leur culte. En même temps que les Romains se rattachaient plus étroitement qu'on ne l'avait jamais fait à l'idée d'un dieu unique et suprême (Jupiter 0. M.), ils personnifiaient les forces, les activités, les propriétés, les situations diverses dans un degré que n'avait jamais atteint aucun autre peuple; tout, jusqu'aux moindres objets, avait sa divinité particulière, et il n'existait pas peut-être un seul Romain qui connût les noms de tous les dieux. La déesse de la fortune, Fortuna, était honorée sous plusieurs formes.
Nombreuses aussi étaient les divinités de l'enfer, des champs et des jardins (Déa, Dia, Paies, Flore, Vertumne,
l'humanité avant JÉSUS-CHRIST. 97
Pomone). Et grâce à l'hospitalité qu'on offrait aux dieux des nations vaincues, leur nombre allait grandissant sans cesse.
Les sacrifices, les cérémonies sans nombre s'accomplissaient sous la direction des prêtres avec une minutieuse exactitude. Les influences étrusques et grecques, et parmi ces dernières celles de Cumes en particulier, amenèrent de nombreux changements. Le culte, jusque-là privé d'images, fut enrichi d'idoles de bois et d'argile ; les üvres sibyllins introduisirent à Rome diff'érents cultes grecs, ceux d'Apollon, de Latone, d'Esculape, de Gérés, de Cybèle.
Le Capitole était le centre de la religion ; c'est là que peu à peu on érigea toutes les statues des dieux. Les nombreuses victoires des Romains servaient à entretenir la croyance du peuple. Jusque vers l'an 300 avant Jésus-Christ, le sacerdoce ne s'était recruté que parmi les patriciens ; les plébéiens y furent désormais admis. En vain, les esprits patriotiques essayèrent de défendre le culte des dieux nationaux et d'empêcher l'invasion des usages de la Grèce ; la religion romaine était trop pauvre d'idées pour résister à la magie du culte hellénique. Les savants se familiarisaient de plus en plus avec l'art et la httérature des Grecs, en même temps que se multipliait le nombre des esclaves grecs, des trophées de Syracuse, de Corinthe et d'autres villes. On se passionnait de plus en plus pour les divinités étrangères, et le temps de la république agonisante fut aussi le temps de la décadence religieuse. La superstition et l'incrédulité faisaient d'effroyables progrès ; d'une part, on allait jusqu^à diviniser des hommes encore vivants, comme César, et d'autre part on laissait tomber en ruine quantité d'anciens sanctuaires, qui entraînaient dans leur chute des cultes longtemps pratiqués. Varron, qui essaya de réparer les pertes subies et de rejoindre ensemble les membres épars d'un corps mutilé, distinguait, ainsi que plusieurs stoïciens et Mucius Scévola, une triple théologie : la théologie mystique des poètes, la théologie civile, pour le culte adopté dans les villes : elle faisait de nombreux emprunts à la première; la théologie physique des philosophes, destinée à venir en aide à la théologie mystique, surtout par l'interprétation symbohque des mythes et en se rattachant au système des stoïciens. Si ces doctrines étaient
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insuffisantes, il n'était pas bon après tout que le peuple counùt l'entière vérité; il était même avantageux au bien public qu'il tînt pour vraies quantité de choses erronées.
Dœllinger, p. 463 et suiv., 489 et suiv.; horreur des cultes étrangers, Liv., lib. XXXIX, cap. v, 8, 16; Valer. Max., 1, 3. Différence de la Ihéodicée chez les Grecs et los Romains, Dionys. Halicarn., Ant. rom., II, 18, éd. Sylb., p. 90, 309; la « turba deorum, » Aug., De civ. Dci, IV, 8-14, 16-24; VU, 1 et seq. Cf. Arnobe, IV, 1 et seq.; sur Varron, Aug., loc. cit., VI, 0 et seq.; IV, 31 ; De cons. Evang., I, 22, 41 ; Tert., ApoL, cap. XIV. Varron (Aug., Civ. Bei, VII, 28) fait de Minerve la personnification des idées de Platon, et il prend Jupiter et Junon pour le ciel et la terre.
29. Le nombre des prêtres, soit isolés, soit réunis en collèges, était fort nombreux. Ils étaient passablement indépendants les uns des autres et ne relevaient d'aucune autorité temporelle. Dans la suite, les empereurs furent investis de plusieurs dignités sacerdotales, remplirent la charge de grands pontifes et pourvurent à la plupart des places dans les collèges. Les pontifes exerçaient la surveillance sur tous les cultes publics et privés, maintenaient la jurisprudence, établissaient le calendrier, exerçaient la juridiction, notamment en matière de sacrilèges et d'incestes, contre lesquels ils pouvaient prononcer une sentence de mort. Au temps de la république, le prêtre, honoré du titre de roi, était nommé par le premier des pontifes assisté de son collège et de trois augures; il était chai'gè, avec l'aide de son épouse (la reine des sacrifices), de remplir les fonctions saintes que les rois exerçaient autrefois. Sans cela, il n'avait aucune influence, même sur le terrain rehgieux. Les quinze flamines (dont trois étaient choisis dans les familles patriciennes pour Jupiter, Mars et Quirinus; les douze autres pouvaient être tirés d'entre les plébéiens) étaient soumis à un genre de vie très-rigoureux et jouissaient de privilèges particuliers.
Les prêtres de Mars, si hautement vénéré à Rome, les prêtres salions, comme on les appelait, dansaient avec des armes et étaient partagés en deux collèges. Tandis que les luperques, divisés en trois collèges, perdaient de plus en plus leur crédit, à cause de leurs fonctions indécentes, les frères arvaUens, nommés à vie, conservèrent leur autorite.