I. HLMAMTK AVANT JÉSUS-CHRIST
La religion tout entière vise à un ascétisme purement extérieur, mais qui se manifeste en six perfections primitives (l'aumône, la probité, la patience, les efforts, la méditation et la sagesse), puis en quatre autres (discernement exact des moyens, prière, force et science), en tout dix perfections. Des formules précises servaient à l'enseignement verbal : 1° les quatre grandes vérités (douleur, production de la douleur, destruction de la douleur et les moyens de la procurer); 2° les trois refuges; 3° les deux fois dix commandements de la doctrine, dont la plupart interdisent certains objets extérieurs.
A la statue de Gautama et à ses restes mortels on offrait des fleurs, de l'encens et autres parfums; on le représentait les jambes croisées, assis, dans Tattitude de la réflexion et d'un homme qui enseigne.
Weinhait, Freib. Kirchenlexicon (ou Dictionnaire encydop. de la théol. cathoL), t. Xn, p. loi ; Hetlinger, Der Buddhismus in Tibet [Chilianeum, 1864, t. IV, p. 460, 497); Dœllinger, op. cit., p. 45.
Le Thibet.
6. Ce système trouva une grande vogue parmi les Indo- Scythes et dans le vaste royaume de Magadha. Dans ce dernier, il eut pour adhérent l'empereur Asoka, qui obtint par un traité que des prédicatem'S boudhistes pourraient entrer en Egypte (236 avant Jésus-Christ). Après des luttes séculaires, ce système fut supplanté dans les Indes mêmes par le brahmanisme, mais il s'affermit en Chine, puis dans son vassal le Thibet et chez les Tartaros. Au Thibet, les prêtres boudhistes se nommaient lamas. Leur premier chef, le dalaïlama, qui résidait à Lassa, recevait les honneurs divins. Après sa mort, c'était aux prêtres à désigner celui dans l'âme duquel avait passé l'àme du dieu. Plus tard, il y eut en divers endroits, à Lassa, à Tischu-Lombu, dans la Mongolie, plusieurs de ces grands-lamas. Une foule incalculable d'institutions et d'usages extérieurs, qui révèlent une parodie grossière du cathohcisme, n'ont été adoptés qu'au treizième siècle de notre ère, par suite du contact avec les missionnaires chrétiens; de même que c'est depuis le cinquième siècle seulement que le
28' Boudha est entré de l'Inde méridionale dans l'empire chinois.
Édits d'Asoca, Ritter, Asien, IV, ii, p. 1130; Bensey, art. Indien, dans Halle'sche Encyclopœd., Il, sect. xvm, 71. Origine des institutions lamaïennes, d'après Rémusat, dans Wisenian ; rapport des résultats de la rechei'che scientifique avec la religion (en allem.), par Haneberg, Regensb., 1840, p. 491, et Scblegel, Philos, des Gesch., I, p. 114; Schott, Buddhaism. in Hochasien n. in China, Berlin, 1846.
La Perse.
7. Les tribus ariennes de la Bactriane, de la Médie et de la Perse j honoraient Zoroastre ou Zarathustra comme le fondateur de leur religion, et le croyaient envoyé de Dieu. Selon d'autres, il n'en aurait été que le restaurateur. Ces tribus possédaient dans les mages un corps puissant de prêtres et de savants. Leur langue sacrée était le Zend, et leurs livres saints les; Zendawesta, partagés en vingt et une parties, qui furent plus tard recueillies et coordonnées sous les Sassanides, ainsi que le Bundehesch, qui traite de cosmogonie.
La précédente religion paraît avoir été le polythéisme, mêlé de monothéisme, surtout le culte des éléments, et entre ceuxci le culte de feu (pyrolàtrie). C'est probablement à ce dernier culte que se rattache Zoroastre ; de là un mélange de deux systèmes religieux. Ormuzd, le dieu bon, le dieu suprême, était considéré comme le créateur de la terre et honoré sous le symbole de feu. Il a pour antagoniste l'esprit de ténèbres et le propagateur du mal, Ahriman, dont la puissance doit un jour être brisée. La doctrine de l'être primitif, du temps illimité (Zervan Akarana) ou du dieu Zervans, n'y fut ajoutée que plus tard par les écoles des mages, qui avaient besoin de de rattacher leur dualisme à quelque unité supérieure. Chacun de ces deux rois-dieux gouverne de six à sept princes ou esprits (attributs divins personnifiés), auxquels neuf autres génies (ou démons) sont subordonnés. Six Amschaspands ou saints immortels entourent Ormuzd, leur chef et leur protecteur ; en face d'eux s'élèvent les six esprits mauvais ou Dews d'Ahrimane. Aux Amschaspands se rattachent les Jzeds (adorables), dont le plus brillant est Mithra, vainqueur de l'hiver et le plus rapproché d'Ormuzd. Les Ferwers sont les anges
l/HOIAiSriÉ AVANT JÉSUS-CHHIST. 71
futélaires, les types des êtres créés, les parties divines qui entrent dans les âmes. Le Bundehesch contient encore la doctrine de Sosiosch, héros victorieux qui ressuscite les morts et fait la séparation des bons et des méchants, après les avoir tous rendus immortels, en les touchant avec le sève blanc de l'homa (principal sacrifice des Perses, qui l'offraient avec la plante nommée asclépiade), et en leur faisant boire de ce qui émane de Gosschm'an (le taureau primitif, que tua Arihman, mais dont le flanc droit produisit le premier homme, Kaiomorts).
Les Perses croyaient à un état paradisiaque et à quelque grands crimes anciennement commis ; ils admettaient une résurrection et une rédemption. Les sacrifices, les prières et les purifications, cinq temps du jour destinés aux pratiques religieuses et cinq grandes fêtes dans l'année, telles étaient les prescriptions de leur culte. Les prêtres (ou mages) étaient partagés en trois classes : les étudiants, les commençants, les parfaits iherbeds, mobeds, destur-mobeds). Malgré sa pureté relative, la religion du Zend dégénéra, elle aussi, en superstition grossière et immorale.
Plusieurs anciens ont fait de Zoroastre un flls de Cham, Mizraïm; d'autres l'ont identifié avec Ch.am, Chus, Nemrod; d'autres ont fait de lui le maître de Pythagore. On donne de nombreux détails sur le temps où il vivait. Cotelier, in Cleni. Recorjmt., lib. IV, c. xxvii (Migne, Pair, grœc, 1. 1, p. 1323 et seq.); Dœllinger, p. 353.
Les Babyloniens et les Assyriens.
8. Babylone, probablement le plus ancien des États fondés sur la conquête, était le véritable foyer de l'idolâtrie. Bel et Mylitta (.Jupiter et Rhéa) étaient ses principales divinités. La dernière était identique à Astarté, reine du ciel, déesse de la naissance et de la génération. On lui décernait le culte le plus immoral. Bel (en phénicien Baal; était le dieu du ciel, de la lumière et du feu. Ce ne fut que plus tard qu'on le considéra comme le dieu-soleil et qu'on enfitTégal de Saturne. Le culte primitif était le sabéisme. {Jérém., vni, 2.)
Le temple de Bel servait aussi d'observatoire ; car l'astronomie et l'astrologie étaient cultivées par les prêtres (chaldéens) et se liaient étroitement à la religion. Les deux cultes
reposaient sur cette idée qu'il y a sympathie, influence réciproque entre la terre et les astres. Les astres étaient consultés comme les puissances du destin ; les amulettes et la magie étaient partout en usage; les cinq planètes recevaient un culte particulier. .Jupiter et Yénus passaient pour des puissances bienfaisantes ; Saturne et Mars pour des puissances néfastes. L'Assyrie reçut de Babylone le culte des astres et de Syrie le culte d'Adonis. La déesse des poissons, Derkéto, Atergatis, était vénérée comme la divinité tutélaire de l'empire, comme la mère de Sémiramis, à qui on attribuait toutes les grandes entreprises, ou comme Sémiramis elle-même. Elle était représentée par l'emblème de la colombe, qu'on regardait comme sainte. Ce culte admettait encore d'autres divinités, ainsi qu'un mauvais principe.
Dœllinger, Paganisme et Judaïsme (en allemand et en français), p. 390. L' Asie-Mineure.
9. L'Asie -Mineure avait différents cultes que les Grecs tâchèrent autant qu'ils purent de plier à leurs usages. A Labranda, dans la Carie, le dieu Men était honoré comme un être bisexuel, avec de la barbe et une poitrine de femme, entouré de bandelettes et muni de la double hache. AMylase, était un .Tupiter Osogon. pourvu du trident posé/don, auquel les Cariens, les Lydiens et les Mysiens offraient un culte commun. La Phrygie avait le culte de la « grande mère » (ennemie de toute génération), de Cybèle, qu'on honorait en se rendant eunuque, comme avait fait, dit-on, son ministre et son favori Attis, qu'on vénérait aussi. Les prêtres eunuques, appelés galles, se livraient, dans leurs fêtes, à des danses qui étaient de véritables orgies et s'adonnaient à des excitations brutales.
Non moins féroce et sensuel était le culte de Sabazius, dieu protecteur de la Phrygie. Le culte de Cybèle et d'Attis dominait également en Bythinie, en Lycie et en Lycaonie, sans parler des autres cultes. Dans la Cappadoce et le Pont, la principale divinité était Ma, semblable à la Mylitta et à l'Anaitis ; elle recevait en Perse et en Arménie les honneurs divins comme déesse de la génération ; dans ce dernier pays elle était honorée avec la plus grossière impudicité. Il y avait des temples consacrés à ce culte à Comaiia et à Sarus ; Men
(/humanité avant jésls-christ. 73
ou Luniis (le dieu-lune) était honoré à Cabire et à Carrée, en Mésopotamie. A Zéla, dans le Pont, et ailleurs, on pratiquait le culte persique du feu. Les Lydiens, complètement efféminés, vénéraient également Cybèle (Ma), surtout à Sardes, puis le dieu-soleil Sandon (l'Héraclès des Grecs), Omphale, moitié guerrière, moitié efféminée, qu'on honorait par la prostitution du sexe féminin. La domination grecque et la colonisation amenèrent de nouveaux cultes, sans abolir les honteuses pratiques des temps antérieurs.
Dœll in gcr, ouvrage cité, p. 344, 389. Sur les Galles, Photius, Ejj. xlix, ]•. 102, éd. Montac. (lib. Ill, Ep. xiv, éd. Migne).
L'Assyrie et la Phénicie.
10. Baal était honoré en Syrie et en Phénicie ; à Tyr et dans les colonies, on le considérait comme le dieu du feu ou le dieusoleil. Son culte, dans le principe, avait lieu sans aucun symbole. Plus tard, sa statue fut montée sur des taureaux et servie par une foule innombrable de prêtres. Le Moloch canaanitique (Melech, roi) n'était autre que Baal furieux et dévastateur, le soleil ardent ; on l'honorait avec des parfums, des sacrifices de taureaux et d'enfants, qu'on jetait dans le foyer embrasé de son idole de métal, au milieu d'une musique enivrante. Une autre forme de Baal était Melcarth, roi de la ville de Tyr, l'Hercule des Phéniciens. Baal était escorté d'Astarté, déesse des étoiles, du ciel et de la lune, divinité protectrice de Sidon ; elle se nommait Baaltis à Byblos, Uranie à Ascalon, comme aussi Aschera et Astaroth'. On sacrifiait à Astarté en lui hvrant des femmes ; son culte était Fimpudicité. A lliérapolis, en Syrie, cette déesse de la nature avait un temple splendide ; à Emèse, le dieu-soleil Elagabalus recevait de prêtres vêtus en femmes un culte non moins obscène.
Adonis ou Thammus avait son siège principal à Byblos, où l'on célébrait sa sépulture et sa réapparition par des fêtes de deuil et de réjouissance. Du culte de Baal et d'Astarté, dans le bosquet de Daphnè, à Antioche sur l'Oronte, les Grecs firent celui d'Apollon et d' Artemis. On s'y livrait aux débauches
^ IV liois, XXI, 7; xxiii, 6.
les plus effrénées. Dans les villes des Philistins, Dagon était la principale divinité ; on la représentait sous la forme d'un poisson surmonté d'une tète d'hommes, comme l'Odakon de Babylone. Avec lui on honorait aussi la Derkéto, femme par le haut, poisson par le bas. C'étaient là les divinités de la mer. Marnas était invoqué comme le dieu des tempêtes dans les temps de sécheresse.
L'Arabie.
11. Les Arabes aussi adoraient les astres, principalement le soleil, la lune et les étoiles. A Taif, la déesse Allât, Alilat, divinité de la lune, était vénérée sous la forme d'une pierre blanche quadrangulaire. La tribu de Gatafan rendait ses hommages à Uzza (la toute-puissante), sous la forme d'un accacia ; d'autres tribus la vénéraient sous l'emblème d'une femme. Médine avait le culte de la déesse Manat. Dans lArabie-Pétrée, ûusarès (Urotal, Dionysos) était le dieu-soleil ; on lui offrait aussi des sacrifices humains. A La Mecque, c'était Hubal, représenté avec sept flèches dans la main. On prétend que l'Arabie reçut ses idoles de la Syrie. Toutes les tribus eurent bientôt leurs statues de divinités ; à la Caaba de La Mecque (fondée un siècle avant Jésus-Christ), on en comptait trois cent soixante.
OUVRAGES A CONSULTER SUR LES N"' 10 ET il.
Movers, Untersuchungen über die Relig. der Phcenicier, Bonn, 1840. t. I; Dœllinger, ouvrage cité, p. 393-406.
Carthage.
d2. Carthage, colonie phénicienne, détruite par les Romains 146 ans avant Jésus-Christ, avait les dieux phrygiens Baal. Moloch et Astarté , dont le culte , de même que la langue punique, se conserva même sous la domination romaine. Les sacrifices d'hommes et même d'enfants y étaient en usage, ainsi que le culte immoral d'Astarté, qu'on appelait Célestis.
Chez les Romains, ces divinités se nommaient Saturne et Junon. Au deuxième siècle de notre ère, le proconsul Tibère prit des mesures sévères contre les prêtres qui sacrifiaient publiquement des enfants à Moloch.
OUVRAGES A CONSULTER SUR LE N» là.
TerlulL, ApoL, c. ii; Aug., De civitate Dei, IV, x; II, m; Lactaut., Div. Instit., l, x.\i, 23; Salvian., De gubern. Dei, VII, xvi; Dœllinger, p. 4öo.
L HUMAiNITE AVANT JESL'S-CHHIST. "à
Les Égyptiens.
13. Les Égyptiens étaient de tous les peuples le plus attaché à son ancienne religion ; elle dominait toutes les relations de la vie et était placée sous la garde d'un sacerdoce vigilant. Les Égyptiens avaient moins de mythes proprement dits que les Grecs. Un gouvernement de dieux était à la tête de rhistoh'e. On en eile trois dynasties. La première, présidée par le dieu soleil, Ra, divinité nationale, comprenait sept divinités suprêmes ; la seconde, douze ; la troisième, treize de mi- dieux.
En matière de culte, c'était Memphis qui exerçait la principale influence dans la Basse-Egypte et Thèbes dans la Haute- Egypte. Dans ces deux contrées, le culte du soleil était la base de tous les autres cultes. Chaque province avait son dieu spécial, presque toujours flanqué d'une déesse, à l'exception du dieu primitif et suprême, Ra, qui n'avait point de femme. On disait qu'il s'était donné lui-même la naissance, bien qu'il eût une mère, appelée Neith, ou le ciel, principe féminin passif, matière primitive, qui portait dans son sein un principe mâle et générateur, le soleil.
Souvent, chez les Égyptiens, les fils sont en même temps les époux de leurs mères. Mentu et Atmu, les plus anciennes divinités de la Haute-Egypte, représentaient, celui-ci, le soleil levant et surterrestre ; l'autre, le soleil couchant et sousterrain ; ils étaient donc les égaux de Ra. Le fils de l'un et peut-être de l'autre aussi, était Mu, alhé à Tefnet, la fille du Soleil. L'importance du dieu Ammon ne s'accrut qu'avec celle de Thèbes ; c'est alors seulement qu'il fut reconnu pour .Jupiter. Ammon Ra fut préféré à Mentu et à Atmu.
Memphis avait pour divinité principale Phthah, père des dieux (que les Grecs prenaient pour Hephestos). A Chemnis ou à Panopolis, on vénérait Khem (Pan chez les Grecs), et dans l'Ile de Philée, puis bientôt dans l'Egypte entière, la déesse Isis, comme matière primitive alliée à Osiris, le principe générateur. L'un et l'autre sont le point de départ d'un mythe qui s'est étendu au loin. A côté d'Osiris, Thoth passait pour l'auteur divin de la génération humaine, et surtout des inventions et des arts. Typhon ou Set, divinité locale de Ombos, était le Baal phénicien, importé du dehors. Plus tard.
7H mSTOIKK DE L ÉGLISE.
il représenta le principe des ténèbres et de la corruption. Les animaux passaient pour les organes de la divinité et des forces divines. Diverses localités honoraient des animaux différents, les unes des veaux et des brebis, les autres des lions, des crocodiles, des serpents. Tuer un de ces animaux sacrés passait pour un crime digne de mort et amenait souvent des guerres sanglantes. Les bœufs occupaient le premier rang : à Memphis le bœuf Apis, le Phthah renaissant ; à Héliopolis, le bœuf Mnevis, le soleil renaissant, honoré dans toute la région du Nil. A Mendes et à Thmuis, on rendait un culte divin aux boucs, et on allait jusqu'à leur livrer des femmes.
Ce culte grossier des animaux offre un rare contraste avec les vues des Égyptiens sur le monde souterrain et sur l'état des âmes après la mort. Ces vues , qui s'étendaient aux moindres détails, ne se rencontrent chez aucun autre peuple avant le christianisme. Les Égyptiens croyaient que les âmes des morts voyagent pendant trois mille ans à travers les corps d'animaux pour retourner ensuite dans des corps humains. Osiris passait pour le juge des morts. Si le défunt sortait vainqueur de son tribunal, il menait ime double vie : d'une part l'âme demeurait en rapport continuel avec son enveloppe terrestre ; c'est pourquoi on purifiait le corps en l'embaumant avec les plus grands soins, afin de le rendre incorruptible et de permettre à l'âme de s'en revêtir un jour. D'autre part, l'âme parcourait différentes migrations pendant lesquelles elle avait besoin d'aliments physiques comme pendant sa carrière terrestre. Les occupations de ce monde devaient se poursuivre même au sein de la béatitude.
Les fêtes consacrées au dieu-soleil, au Nil, au jour natal des dieux, étaient nombreuses. Le sacerdoce était partagé en plusieurs castes et ses fonctions réglées jusque dans les moindres détails, notamment en ce qui concerne le choix des sacrifices. Il possédait de plus une doctrine secrète qu'il tenait soigneusement cachée. La domination persane, grecque et romaine introduisit de nombreux changements, et les Égyptiens s'accoutumèrent à décerner les honneurs divins nonseulement à leurs anciennes divinités nationales, mais à leurs rois morts ou vivants, quelque étrangers et impurs qu'ils fussent à leurs yeux.
l'humanité avant JÉSUS-r.HRIST. 77
Jablonski, Pantheon. Mgypt., Francof., 1750; Prichard, Darstell, der xgypt. Religion, (en allem,), Bonn, 1837; Lepsius, Brugsch, etc., dans Dœllinger, ouvrage cité, p. 406 et suiv.
La Trinité égyptienne.
La triade égyptienne, dit M. Charles Lenormant, identiquement semblable à la triade hindoue, repose sur une croyance panthéistique : les deux principes fondamentaux (Ammon-Ra et Mouth, la grande mère dans la forme la plus élevée) représentent l'esprit et la matière ; ils ne sont pas môme corrélatifs, car il est dit qu'Ammoii est le mari de sa mère, ce qui veut dire que l'esprit est une émanation de la matière préexistante, du chaos. Dans \p. Rituel funéraire, \^ pièce capitale et le résumé de la théologie égyptienne, Ammon dit à Mouth : « Je suis l'esprit, toi, tu es la matière. » Plus loin, dans la prière adressée à Mouth, sous la forme secondaire de Neith, on lit ces mots : Ammon est l'esprit divin, et toi, tu es le grand corps, Neith, qui préside dans Sais. De leur union provient Schous, la plus haute manifestation de l'esprit, la troisième personne de la triade thébaine. Chous est tellement le même que le logos de l'Inde, et même de la Perse, et même de Platon et de saint Jean, qu'à Thèbes, dans le temple qui lui est dédié, il est nommé Chous-Toth, c'est-à-dii"e j)arole.
Cette triple unité de dieu se retrouve ainsi dans toutes les dégradations du théisme égyptien, jusqu'à la triple manifestation corporelle de dieu dans les personnes d'Osiris, d'Isis et d'Horus. Puis vient un personnage complémentaire, un résumé des formes multiples de la divinité, Ammon-Horus et Porus- Ammon, qui réunit les deux anneaux opposés de cette chaîne immense, et renferme l'unité panthéistique du monde concentré dans les trois personnes de l'esprit, de la matière et du verbe. Ammon-Horus est le Pan des Grecs.
La Trinité chrétienne est fondée sur l'existence d'un Dieu préexistant à la matière, qui a tiré le monde du néant; ce Dieu se manifeste incessamment dans son Fils; l'Esprit est l'intermédiaire de cette manifestation qui, dans la triplicité, constitue l'unité de Dieu. On voit donc que pour étabhr un rapport de cette trinité à la triade égyptienne, il faudrait supposer dans cette dernière l'abstraction du principe féminin, et la division de l'esprit en principe générateur et en esprit proprement dit. La différence fondamentale des deux doctrines a pour base l'opinion différente que les panthéistes et les chrétiens professent sur l'origine du mal; l'optimisme panthéistique le plus exalté ne peut détruire Tinhérence du mal à la matière éternelle, ni par conséquent
i<S HISTOIRE DE L EGLISE.
la nécessité du mal : Nephtis, la sœur d'Isis, partage sa couche entre Osiris et Thyphon.
Les premiers apologistes ont aussi attribué au désir de contrebalancer linflûence des cérémonies chrétiennes l'usage fréquent des sacrifices tauroboliques, à compter de la dernière moitié du second siècle de notre ère. Mais il est plus probable que ces sacrifices avaient une autre source que l'imitation des rites du baptême, et même que l'idée de la réhabilitation, d'où la cérémonie baptismale est dérivée. La purification expiatoire par le sang est universelle dans les cultes de l'Orient; on en retrouve la trace jusque dans le Lévitique : Et sanguinem qui erat in altari aspersit super Aaron et vestimenta ejus, et super pios illius et vestimenta eorum (viii, 30).
Tous les témoignages anciens s'accordent à rattacher les tauroboles au culte phrygien de Cybèle. Or, ce culte, bien qu'introduite Rome 207 ans avant Jésus-Christ, ne fut longtemps que toléré et ne passa jamais tout-à-fait dans la chose publique. M. Roze ' a très-bien rappelé les causes de la vénération superstitieuse de cet empereur pour les mystères de Cybèle : il a montré en même temps que Faustine la mère était la première impératrice qui eût pris sur les médailles le nom « de mère des dieux. » Or, le plus ancien taurobole que nous trouvions constaté par une inscription se rapporte à l'an 160 de Jésus-Christ et a été célébré pour la conservation des jours d'Antonin et de sa famille; la plupart des monuments de ce genre ont, comme le précédent, une couleur pohtique. Que les idées de régénération répandues par le christianisme dans tout le monde aient contribué à étendre l'usage des saciifices tauroboliques, c'est ce qu'il est difficile de nier; mais les apologistes eux-mêmes montraient la difl'érence de principe, et par conséquent d'origine, qui existait entre le baptême et le taurobole : le sang du taureau, disait Firmicus, ne mérite pas ; il souille. C'est qu'effectivement l'idée de réhabilitation purifiante et celle d'expiation sanglante appartiennent à deux systèmes opposés, dont le second a été aboli par le sacrifice de la grande Victime du christianisme. S'il était permis d'assigner une origine encore plus ancienne que les mystères de Cybèle au culte taurobolique, nous en retrouverions la trace dans le mythe persan de Mythra et dans l'immolation du taureau, qui en est le symbole principal. Or, on sait que la religion de la mère des dieux n'est en grande partie qu'une émanation des doctrines persanes.
La Grèce. — La mythologie.
14. Le peuple le mieux doué de lancien monde, le peuple grec, développa ce qu'il avait reçu des autres nations, en lui
« Mémoires de rAcadémie des inscriptions, t. II.
i/hUMANITÉ avant JÉSUS-f.HRIST. 79
donnant une forme artistique. Les Lélèges et les Cariens, qui plus tard furent confondus avec les Hellènes, les Thraces et les Pélasges, représentaient chacun une portion des éléments dont le mélange allait constituer la religion des Grecs. Les Pélasges, qui avaient le centre de leur culte à l'oracle de Dodone, vénéraient des puissances cosmiques, qu'ils concevaient sous une forme spirituelle, tels que les éléments et les astres ; mais surtout une divinité céleste (Jupiter Uranus) et une divinité terrestre (Gaia), unie à la première tantôt comme mère, tantôt comme épouse. Venaient ensuite le dieusoleil (Helios), le dieu de la fécondité (Hermès), le dieu du feu (Hestia), puis les puissances souterraines , le roi de l'empire des ombres, Aidonée, accouplé avec Perséphone la meurtrière, les Cabires, les puissances suprêmes de la nature.
Chez les Hellènes, qui avaient pour maîtres de rehgion Homère et Hésiode, les grossières divinités de la nature étaient représentées sous la forme humaine, et soumises à toutes les passions et à tous les vices des mortels, ainsi qu'à l'aveugle destin.
L'Olympe grec, tel qu'il était généralement connu, comprenait douze divinités. Jupiter, le dieu du tonnerre et des nuages, apparaît comme la première et la plus puissante : c'est le père des dieux. Ce trait du monothéisme était affaibli par les mythes, qui lui contestaient l'éternité, la toute-puissance, la supériorité sur le monde. Héra, sa sœur et son épouse, jalouse de son commerce avec les filles des hommes, le taquinait de mille manières; elle conservait sa nature primitive d'élément et était de plus la divinité protectrice des femmes. Un ancien culte de l'élément liquide avait laissé des vestiges dans les divinités locales de la mer et de l'eau (Thétis, Triton, Nérée, Néréides).
Poséidon, ancienne divinité asiatique, était vénéré comme le dominateur des mers et des fleuves, et après le temps d'Homère, on lui donna Amphitrite pour épouse. Comme enfant et image de Jupiter, Pallas-xUhénée est connue pour la déesse de la sagesse et de la science. Le plus rapproché d'elle est Apollon, le dieu de l'inspiration prophétique et poétique. L'oracle d'Apollon à Delphes obtint la plus grande célébrité,
Autrefois distinct d'Hélios, il fut plus tard souvent identifié avec lui. Sa sœur Artémise, unie à lui, était la déesse des montagnes et de la chasse, déesse cruelle et vindicative ; elle fut plus tard la déesse de la lune (Sélène) et reçut à Éphèse les mêmes honneurs que Cybèle.
Hermès, qui a du reste beaucoup des attributs d'Apollon, était le messager des dieux, le dieu du langage et de la conversation, des marchands et des voleurs ; Hestia présidait au foyer domestique, et gardait les sacrifices ; Ares était le dieu des tempêtes, puis de la guerre ; Aphrodite, pareille à l'Astarté des Orientaux, qu'on vénérait surtout à Chypre, était la divinité de l'amour spirituel (Aphrodite-Uranie) comme de loiïipudicité (A. Pandemos, originairement déesse des communes); on l'honorait par la débauche. Héphestios présidait au feu terrestre ; Demeter à l'agriculture, mais elle était à la fois la déesse de la vie et de la mort, et était associée à sa fille Perséphon Cora, à laquelle se rattachent des mythes ingénieux. Son époux Hadés (Pluton) était le dieu du monde souterrain. La plus jeune des divinités grecques, Dionysos (Bacchus), était le dieu du principe nutritif et générateur de la nature, surtout de la viticulture, qu'on honorait par des folies extravagantes et des orgies. Éros, en sa qualité de fils d'Aphrodite, fut vénéré dans la suite comme le dieu de l'amom' sensuel passionné. Pan était le dieu des pâturages et des troupeaux, amoureux de plaisirs, de danses et de musique. Asklépios, fils d'Apollon, était le dieu de la médecine et de la santé ; Hébé, la déesse de la jeunesse.
Il y faut joindre une multitude de divinités subalternes, de demi-dieux, de héros, de démons, de nymphes, etc., les Heures, les Grâces, les Muses, les Meures (divinités du destin, Parses), les Érinnyes, personnifications d'idées abstraites (Tyché, Thémis, Némésis). Hécate, déesse de la lune émigrée en Grèce, passait pour la compagne des voyageurs nocturnes, la princesse des fantômes, la protectrice de la magie. Héraclès, le plus célèbre des héros, était l'idéal des lutteurs persévérants ; c'est lui qu'on invoquait dans la détresse et qui donnait la victoire, tantôt lune des plus puissantes divinités, tantôt athlète, lâche, vorace, ivrogne. Chez ces dieux comme chez les dioscures, le divin et l'humain coulaient dune même source.
l'humanité avant Jésus-christ. Si
15. La mythologie grecque était si fantastique que le culte des dieux était plein de choses contradictoires et de confusion. L'État n'y apporta quelque remède qu'aux meilleures époques de sa prospérité. Craignant de ne pas invoquer le Dieu véritable, on allait implorer le secours plus efficace de divinités récentes. A Athènes et à Olymple, on érigea des autels au Dieu inconnu. Les États, les tribus, les familles avaient leurs divinités particulières, qu'ils conservaient souvent après que des mœurs et des vues différentes leur avaient enlevé leur première signification. Le culte des sacrifices était entouré d'une grande pompe, et les fêtes des dieux devenaient en même temps des fêtes populaires. Cette religion du peuple, où prédominaient les plaisirs sensuels, cette mythologie incohérente et immorale, ces représentations indignes de la divinité ne devaient bientôt plus suffire. aux esprits sérieux; plusieurs y renoncèrent comme à des superstitions vides de sens et propres seulement à refréner une multitude ignare et grossière. A la doctrine exotérique du peuple, ils opposèrent une doctrine ésotérique, et se tournèrent vers le Dieu que les sages peuvent seuls connaître, vers le premier Être.
Les mystères.
16. Les mystères, dont ceux d'Eleusis étaient les plus renommés, ne suffisaient pas davantage à remplir le vide des cœurs. L'enseignement qu'on y puisait était insuffisant. Tout n'était que symbole : les purifications, les samfices, les scènes théâtrales tirées des mythes des dieux, les excursions nocturnes. C'est dans les mystères que les tribus opprimées cachaient souvent leur culte. Ces actions symboliques laissaient le champ libre aux commentaires et aux interprétations humaines, et les théories qu'on faisait à ce sujet n'étaient fondées que sur ces interprétations. Les esprits clairvoyants ne leur attribuaient aucune valeur. Outre les mystères pubhcs, il y avait les mystères privés ; mais dans les uns comme dans les autres, on se livrait à dinfàmes débauches. Leur charme résidait dans le prestige de l'inconnu, bien qu'il fût aisé de soulever le voile qui les recouvrait, dans la variété des émotions produites par une mise en scène dramatique, dans le concours des arts et des jouissances artificielles, dans la