‹ Histoire de l'égliseChapitre 11 sur 38 · I. JIIMAMJK AVAM JÉSIJS-CHRISI · texte numérisé non relu

I. JIIMAMJK AVAM JÉSIJS-CHRISI

Les épulons furent institués pour aider les pontifes dans les festins de jour en jour plus somptueux qu'on célébrait à l'occasion des sacrifices (196 avant Jésus-Christ). Les curions (30) remplissaient les fonctions religieuses dans les curies. Auguste, ayant été mis au rang des dieux (14 après Jésus- Christ), on établit vingt-cinq sodales aiirjustales, et on en fit autant dans la suite pour les empereurs qui reçurent lapothéose.

De prêtresses, les Romains nen avaient point en dehors 'le celles qu'ils avaient empruntées à l'étranger : Cérès, avec les quatre, puis les six vestales qui étaient chargées de surveiller les gages sacrés de l'État, de faire les fonctions des sacrifices et d'entretenir le feu sacré. Elles étaient tenues de garder la chasteté et leur service durait trente ans. Comblées d'honneurs et de distinctions, elles jouissaient d'une grande liberté et vivaient dans les délices. Elles participaient aussi aux sacrifices de la bonne déesse (divinité affable, dont le vrai nom devait rester inconnu) et d'autres divinités ; elles étaient souvent mandées pour des sacrifices et des prières extraordinaires.

Les augures avaient pour principale mission de scruter la volonté divine; ils étaient en nombre impair, afin de décider à la majorité des voix ; ils remplissaient aussi certaines fonctions particulières dans les sacrifices et exerçaient une influence considérable sur les aftaires publiques. Les aruspices, établis après la chute de la royauté, consultaient les entrailles des animaux, et, sur la demande du sénat, interprétaient les phénomèmes rares et merveilleux. Ils étaient personnellement moins estimés que les augures. Les féciaux étaient employés dans les cérémonies usitées à l'occasion lies affaires extérieures, alliances, ambassades, déclarations de guerre, etc.

Dœllinger, ouvage cité, p. 515 et suiv.

30. La rehgion était surtout pratiquée en vue d'intéresser les dieux aux affaires humaines. L'essentiel de la prière consistait dans les paroles et non dans les sentiments ; la moindre bévue en ce genre, un mot ajouté ou omis, une distraction,

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tout ce qui pouvait prêter à une fausse interprétation la rendait inefficace ; de là vient que ceux qui voulaient prier se bouchaient les oreilles, s'appuyaient sur la main di'oite, tournoyaient sur eux-mêmes vers le côté droit, pom* imiter le mouvement circulaire de la terre et s'asseyaient sur le sol pour marquer la confiance qu'ils avaient d'être exaucés. Souvent, quand les prières n'aboutissaient à aucun résultat, on lançait des pierres contre les temples , renversait les autels et précipitait les dieux lares hors des maisons.

Les formules de prières étaient rédigées d'après le rang qu'occupait chaque divinité, et on les répétait un nombre de fois déterminé. Elles n'avaient jamais d'autre objet que les biens de la terre. On veillait scrupuleusement à laccomplissement des vœux ; ceux qui les avaient faits , érigeaient des temples et des autels, célébraient des jeux, faisaient des libations et des pèlerinages. Les vœux étaient publics ou privés. Les vœux publics avaient pour objet le succès, l'heureux retour, le triomphe des généraux et des empereurs. Les nombreux sacrifices qu'on offrait en différentes circonstances coûtaient des sommes considérables; les sacrifices expiatoires, très-fréquents, étaient souvent fort onéreux pour un grand nombre, et la préparation des festins de sacrifices était un art véritable.

On offrait aussi des créatures humaines, que l'on remplaça plus tard par des mannequins, comme pour les sacrifices de Saturne et de Mania, la déesse des morts. Le sénat les interdit vers l'an 93 avant Jésus-Christ, mais ils ne laissèrent pas d'avoir lieu dans les circonstances extraordinaires, et tous les ans la statue de Jupiter Latiah^e continua, jusqu'au troisième siècle chrétien, d'être arrosée de sang humain. Les expiations, les purifications nombreuses, dont plusieurs étaient faites par l'État, notamment lors de l'entrée en campagne de l'armée, ne contribuaient pas à ennoblir les sentiments. On restait libre de commettre, de dessein prémédité, des attentats contre les dieux, pourvu que l'expiation suivît ou précédât. Le culte et les fêtes des morts étaient un mélange bizarre de représentations confuses et contradictoires. On faisait passer ses parents pour des dieux, tout en cherchant à les apaiser par des sacrifices et des vivres, et à les tenir à l'écart. Tout contact d'un

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cadavre était une souillure et une abomination. Les fêtes absorbaient le tiers de l'année et se passaient presque toujours en divertissements et en débauches.

Sacrifices humains, Lactant., Inst. div., I, 21 : « Latiaris Jupiter etiam nunc sanguine colitur humano. » Minuce Félix, In Octavio, c. XXI, xxx; Firmin Materne, c. xxvi; Porpliyr., De abstineatia carnis, II, 56.

31. Les Romains, qui, par un sentiment d'orgueil, avaient jadis repoussé la philosophie grecque, accueillirent la députation des philosophes Carnéades, Diogène et Critolaus (l'an 155 avant Jésus-Christ), bien que toutes les écoles d'alors fussent tombées dans une profonde décadence intellectuelle et morale, et que leurs représentants se fussent rendus méprisables par leur avarice, leur forfanterie, leurs rivalités ardentes et leurs vaines subtilités. Seules les écoles qui poursuivaient un but pratique trouvèrent à Rome un terrain solide, notamment la nouvelle académie, le stoïcisme et l'épicuréisme.

En littérature, Lucrèce avait glorifié, dans son poème didactique, la doctrine d'Epicure et combattu la religion populaire. Cependant ce furent les stoïciens qui eurent le plus de vogue. M. Tullius Cicéron, familiarisé avec les principales tendances de la philosophie grecque, éclectique et sceptique, persuadé qu'on ne pouvait atteindre qu'à la vraisemblance, essaya, sous une forme plus élevée, de faire profiter ses compatriotes des résultats de la recherche grecque, d'inculquer dans les esprits les notions rationnelles communes à toute intelUgence, sans cependant contredire la doctrine des dieux, mais aussi sans donner une base solide à la théorie des devoirs, imitateur de Platon, il essaya d'établir la survivance de l'âme après la mort. Comme homme d'État, il croyait qu'il est permis de tromper la multitude.

Quintus Sextius, Socion et son disciple Sénèque suivaient aussi une direction morale et pratique; tandis que les néopythagoriciens, le néo-platoniciens et les néo-péripatéticiens étaient loin d'être d'accord sur l'explication de leurs systèmes. Au temps de Sénèque, on aspirait surtout à la réalité palpable, à Tutifité pratique; on simplifiait la doctrine stoïcienne, si pleine de contradictions, mais en même temps si flatteuse

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pour l'orgueil romain. Sénèque reconnaît que chaque homme porte Dieu en lui-même, qu'il est semblable à Dieu ; mais il ne trouve pas d'autre explication à la perversité générale que la folie de tous. S'il exalte la providence divine comme la suprême intelligence, il ne laisse pas d'attribuer à l'immutabilité de la matière, qu'on ne peut jamais, dit-il, entièrement dompter, la responsabihté des maux qui affligent les justes et la prospérité des méchants.

Tandis que Sénèque attaquait violemment la religion dominante, d'autres stoïciens l'interprétaient dans un sens allégorique et physique. Musonius estimait que la philosophie est une vertu morale nécessaire à tous et leur unique ressource. Son disciple Épictète, un penseur très-versé dans la ^ie intérieure de l'âme, plaçait le commencement de la sagesse dans l'aveu de notre impuissance et de notre indignité, dans l'élévation de l'esprit vers Dieu ; mais il n'entendait parler que du dieu ou démon qui est en nous, de notre raison, laquelle est complètement affranchie des mouvements de l'àme, même de l'amour et de la compassion ; il prétendait qu'après la mort, l'àme humaine retourne aux éléments qui lui sont homogènes dans l'àme du monde, car la plupart des stoïciens ne la faisaient durer que jusqu'à l'embrasement général de l'univers.

Marc-A.urèle, animé d'une profonde résignation, prêchait le néant des choses humaines, mais, comme tant d'autres, il n'arrivait point à la certitude en ce qui concerne le libre arbitre et l'immortalité personnelle. Quelle place, au surplus, pouvait-on assigner à l'immortahté, tant que l'àme demeurait corporelle ou une portion de la divinité ?

Plutarque (né 50 ans avant Jésus-Christ) faisait de meilleures tentatives pour sauvegarder l'immortalité de l'àme, tout en affirmant la culpabilité universelle du genre humain ; mais il ne s'efforçait pas moins, en sa qualité d'éclectique, d'affermir la croyance aux fausses divinités, qui allait s'affaibhssant, d'écarter les abus de la superstition, et de concilier entre eux les poètes, les philosophes et les législateurs. Il admettait un dieu suprême, mais il ne lui accordait aucune influence sur l'univers ; il le plaçait à côté de la matière et de l'âme perverse du monde.

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Pline l'Aîné, qui ne croyait pas même à la foule des divinités que les poètes romains vénéraient d'un culte sérieux, déclarait que ces dieux n'étaient autre chose que la nature et les hommes défunts divinisés, Pline était panthéiste ; l'historien Tacite, attristé du déclin de l'empire, dont il prophétisait la décadence immédiate, ne savait trop si les destinées humaines sont régies par l'aveugle hasard ou par un inévitable destin. Tandis que les Grecs, revenant à Pythagore et à Platon dans le premier siècle de notre ère, essayaient de secouer le poids du fatahsme, les Romains pliaient de plus en plus sous son joug.

Jacobi, K.-G., l, p. 28 et suiv.; Dœllinger, p. o()7 et suiv. Décadence de la philosophie, Sénèque , Ep. xxtx; Lucien, In Nigrino; S usün., T)ial. c. Tryph., init.

32. Il y avait sans doute chez les Romains uue certaine vertu civique, qui fut le principe de leur grandeur politique; mais elle ne dépassait pas les intérêts mondains ; elle ne servait qu'à la gloire et à l'égoïsme, car son principe était l'orgueil. Si les Romains, par opposition aux Grecs, amoureux passionnés du beau esthétique, s'étaient surtout pénétrés des notions du droit ; s'ils s'étaient efforcés de faire prévaloir les idées de justice, ils n'en avaient pas moins établi et perpétué leur domination par l'assujétissement des autres peuples. Les Romains ne voyaient dans l'homme que le citoyen; l'État était le but suprême, la religion un simple instrument de politique.

Tout ce qui était grand en politique et avantageux à l'État donnait le branle aux affaires, et cette vertu même, vertu tout extérieure, plus apparente que réelle, elle disparaissait de plus en plus dans la décadence de l'ancienne république ; l'antique pudeur, la franchise, l'amour de la justice et de la patrie, l'ancienne simpHcité des mœurs, le sérieux de la vie, tout cela s'évanouissait à mesure qu'avec les richesses des peuples vaincus, les Romains prenaient leur luxe et leur dépravation, que l'accroissement de la force augmentait l'arrogance et le désordre à l'intérieur, que la perte de l'ancienne liberté était remplacée par la satisfaction de toutes les convoitises. Les guerres civiles avaient singulièrement affaibli les

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forces morales. Contre de tels désordres, l'empire promettait la sécurité, mais il ne faisait qu'accroître la dépravation des mœurs. Déjà, dans les provinces, Auguste était honoré comme un dieu, bien qu'il laissât subsister les anciennes formes républicaines. Ses successeurs, qui les abolirent, allèrent plus loin encore, et leurs statues recevaient un culte qui ne fut jamais rendu à aucune divinité.

L'apothéose fut même décernée à des femmes de la maison impériale et des sanctuaires érigés à d'infâmes courtisanes. La répudiation des anciennes coutumes religieuses, résultat d'une civihsation plus avancée, l'exemple des souverains, l'influence des cultes étrangers qui s'établissaient au centre de l'empire, le dépérissement des anciennes institutions sociales, la passion du doute, qui étendait au loin ses ravages, amenèrent la plus profonde démoralisation. Les dieux, adorés dans le temple et conspués au théâtre, étaient devenus la risée des enfants ou servaient de couverture à tous les forfaits.

La crainte de Dieu n'était que la crainte de certains êtres supérieurs, despotiques et capricieux, qu'on cherchait à se rendre propices par de pures cérémonies. Il devint difficile de discerner la vraie reUgion des pratiques superstitieuses, lorsque, pendant l'ère impériale, la confiance aux anciennes divinités s'éteignit dans le peuple, et qu'on adopta des cuUes étrangers, la plupart mystérieux, tel que celui d'Isis. La superstition grossière du peuple se révéla dans le culte qu'il rendit aux statues des dieux, comme si elles eussent été les dieux mêmes, dans l'art prétendu de bannir les divinités dans les statues (théopéie), dans la crainte effroyable qu'inspiraient les malédictions et les prières vengeresses, dans la complaisance à céder aux impostures des prêtres étrangers, des astrologues, des devins et charlatans de toute espèce (rjoètes), à croire aux mystères infâmes, aux amulettes, aux tahsmans, etc., aux artifices sans nombre de la magie, aux conjurations des morts, aux oracles et aux initiations théurgiques. La superstition avait pour contre-partie, notamment chez les savants, l'incrédulité.

Sur les vertus naturelles des anciens Romains, Aug., Cvo. Dei, I, H»; V, 15-18. Sur les goètes et les astrologues, Tacit., Hist., I, 22 : « Genus

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homiiium potentibus infidum, sperantibus fallax, quod in civitate nostra et vetabitur semper et retin ebitur. » Apothéose, voy. Dœllinger, p. 613 etsuiv., 639.

Situation sociale des Romains.

33. La situation sociale était vraiment effroyable. L'esclavage avait fait les plus tristes progrès ; l'esclave était sans droits, bien que souvent chargé d'élever les jeunes gens de bonnes familles, dont il corrompait les mœurs. La femme était avilie et le divorce aussi fréquent que l'adultère. L'empêchement des naissances, l'exposition des nouveaux-nés, la puissance illimitée des pères sur les enfants, la pédérastie et tous les genres de lubricité contre nature , le goût de la cruauté, entretenu par les combats avidement recherchés des bêtes féroces et des gladiateurs, le mépris des pauvres en face d'un prolétariat oisif qui allait sans cesse se multipliant dans les villes, l'affaiblissement de l'ancienne et libre population vouée à la culture des champs, la vénalité des juges, l'exploitation du peuple par les fonctionnaires , l'immoraUté du culte public, des théâtres et des pantomimes, l'apologie et les progrès toujours croissants du suicide, tel est l'effroyable tableau de la civilisation impériale. De là vient que Pline l'Aîné trouvait dans la nature humaine une contradiction insoluble, une extrême faiblesse jointe à des désirs insatiables, ce qui lui faisait dire que l'homme était de tous les êtres le plus insensé et le plus malheureux, et n'avait que le seul privilège de pouvoir mettre lui-même un terme à cette lamentable situation.

Dœllinger, ouvragé cité, p. 604 et suiv.

Influence des Romains sur les autres peuples.

3i. Les vices qui régnaient à Rome ne s'étendaient pas seulement aux provinces, mais encore aux peuples barbares qui étaient en contact avec les Romains, quelle que fût la simplicité de leurs mœurs. Dans les Gaules, les empereurs travaillaient à extirper l'ancienne hiérarchie des druides, fort respectée du peuple. Non contents d'interdire les sacrifices humains, ils abolirent les plus simples usages qui accompagnaient la peine de mort, et imposèrent au peuple, toujours très-attaché à ses divinités anciennes (Hésus, Taranis;

dieu du tonnerre, Teutatès ; — Mercure, Camulus ; — Mars. Belenus ; — Apollon, Belisana; — Minerve, Arduinna ; — Diane), le culte des divinités impériales, avec l'obligation de leur ériger des temples.

Partout où se trouvaient des légions romaines, on établissait des bains à la romaine, des théâtres et autres institutions de ce genre. Le luxe amena la corruption des mœurs. Chez les Germains , les Romains crurent découvrir leurs propres divinités : dans \yodan, Mercure ou Sol ; dans Thunaer, Mars ou Vulcain; dans Ziu, Hercule ou Mars; ils trouvèrent chez eux peu de temples, car les Germains se réunissaient le plus souvent dans les bosquets sacrés ; peu de sacrifices d'honunes et d'animaux, mais un grand respect pour les femmes, la passion du jeu, de la boisson et des combats sanglants. Quand ils connurent la vaillance de ce peuple, les Romains s'efforcèrent soit de l'attirer au service de leur empire , soit de l'assujétir et de l'efféminer. Ils y réussirent d'autant mieux que ces peuplades grossières étaient éblouies de la splendeur de Rome et naturellement portées à l'inaction. Le travail des mains et les arts mécaniques passaient alors dans le monde entier pour indignes d'un homme libre ; on les considérait partout comme le lot des esclaves. Les Germains subirent de plus en plus l'empire des idées de Rome, dont les principaux foyers étaient à Trêves, Mayence, Augsbourg, Argovie et Coire.

OtrV'RAGES A CONSULTER SUR LE N" 34.

Corruption des peuples subjugués, Tacite, Agric, cap. xvi, '2l\Hist., IV, 64; en Gaule, Ceesar., De hello gai, VI, 13 et seq.; Plin., llist., u« XXX, 1; Dœllinger, p. 5ö8 et suiv., 611; en Germanie, Herod., IV, 93, 94; V, 3; Agath., I, 7; Tacit., German.; Eist., IV, 34; Annal., 1, ol; XllI, ;i; Caîs., De belh gai, VI, 21; Jornand., De reh. (/cf., ap. Muratori, B. It. Scr., t. I ; Simrock, Handb. der deutschen Mythologie, 2= édit., Stuttgard, 1839; J. Grimm, Deutsche Mythologie, 3« éd., Gœttingue, 1834; Krafft, K.-G. der german. Vœlker, Berlin, 1834, vol. I, Rettberg, K.-G. Deutschl., l, p. 246 et suiv. Friedrich {K.-G. Deutschl. Bamberg, 1807, I, p. 23 et suiv.) montre que les Allemands n'étaient pas, comme on l'a souvent avancé, absolument antipathiques aux idées et aux mœurs des Romains. Le mépris des anciens pour les travaux manuels est attesté chez les Grecs par Hérud., II, 107 ; ArisL, Polyt., III, 2, 8; 3, 4; VI, 4, 3; VIII, 2; chez les Gaulois, par Cicéron, De republ., IH, Ci; chez les Germains, par Tacite, Germ., cap. xiv; chez les Romains,

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par Cicéron, De off'., J, 42 ; chez les Lusitaniens, les Cantabres, les Tarlessiens d'Espagne, par Justin, XLIV, 3 ,4.

Situation du inonde païen.

35. Le péché et la corruption régnaient donc dans toute l'étendue du monde païen; au milieu des commotions qui agitaient la vie intérieure et extérieure, le sentiment du malaise, le dégoût des choses présentes, l'inquiétude, le désespoir allaient croissant. Toutes les tentatives qu'on avait faites pour devenir son propre maître avaient échoué ; ni la religion traditionnelle du peuple, ni la philosophie, ni la puissance extérieure de l'empire romain, ni les délicatesses de la vie, ni le raffinement des plaisirs, rien ne pouvait apaiser les tourments de l'esprit humain. On cherchait partout des remèdes et du secours. On espérait, on poursuivait de ses désirs un avenir meilleur, un siècle d'or. Interrogée, la sibylle d'Erythrée annonçait la naissance d'un Enfant divin, qui allait inaugurer des temps plus prospères. Quelques-uns, il est vrai, rapportaient sa prédiction à Auguste ou à quelque autre empereur ; Virgile l'appliquait au fils d'Asinius Pollion, mais il y en avait d'autres qui y pressentaient l'accomplissement de leurs plus chères espérances. Une ancienne prophétie qui avait cours dans les premiers temps de l'empire annonçait qu'il viendrait de la Judée des hommes investis d'une grande puissance. La notion de Dieu et le sentiment de l'infirmité humaine survivaient encore et étaient soutenus par l'espérance du Rédempteur céleste.

Virgile, Eclog., IV, vers. 4 et seq.; Suétone, Octav., iv, 94; Vesp., cap. IV ; Tacite, Hist., V, 13. Cf. Jos., De bello jud., VI, 5, 1 ; Aug., Civ. Bei, V, 27, ép. clv; Eus., în Constant. M. Or., ad coet. SS., cap. xix, xx, où l'on renvoie sans trop d'exactitude à Cicéron, De div., Il, 54; Dante, Piirg., XXII, 70 et seq.; Heyne, Annot. in Virgil., 1. 1, p. 96. Sur les sibylles, on trouve d'autres renseignements dans Josephe, A?if., I, .o; Ovide, Metamorph., I, vers. 236 ; Virgile, Aen., III, vers. 700; Hérodote, lib. IV, p. 192; Lact., Div. Inst., IV, 20; Eusèbo, Prœp. ev., IX, l4. Le célèbre acrostiche relatif au Christ ('xO'^?), Orac.sibyllin.,\lll, 217 et seq.; Eusébe, lit Const. Or. cit., càp. xviu; Aug., Civ. Dei, XVIII, 23; Optât, De schism. Don., III, 2; H.-J. Schmitt, Gi^undidee des Messias oder Spuren dir Lehre V07i der Welterlœsung in Sagen und Urkunden, Francfort, i 82ö ; Bœtticher, Prophet. Stimmen aus Born., Hambourg, 1840, ïl' partie.

Lasaulx, De mortis dominatu in i.et., Monach., p. 63; Freimüller, 0. S. B., Die 7nes$ian. Weissagung in Virgiîs Eccl. TV (Mettener Programm). Regensb., 18ö2.

§ 2. Le peuple juif. — Son importance.

36. Nous avons constaté dans le paganisme la nécessité, réfléchie chez les uns, inconsciente chez les autres, d'un Rédempteur. Chez les Juifs, nous assistons aux préparatifs de son avènement. Les Grecs avaient pour mission de cultiver les sciences et les arts ; les Romains, celle d'établir l'ordre politique et social ; l'importance historique du peuple d'Israël se rattache tout entière à la conservation des vérités divines qui lui ont été confiées. A côté de l'ignorance et de la dépravation des peuples païens, les sentiments rehgieux du peuple juif forment le plus merveilleux contraste. C'est lui qui a le mieux conservé les traditions primitives. Dieu lui a fait part d'une révélation particulière, d'une législation à la fois rehgieuse, liturgique et pohtique ; il lui a envoyé des prophètes, des maîtres, des libérateurs ; il lui a fait en des termes de plus en plus clairs la promesse d'une rédemption. Dieu avait choisi ce peuple afin de faire éclater sa providence et sa justice par la manière particulière dont il dirigerait ses destinées, afin de le préserver des horreurs de l'idolâtrie , d'éclairer le monde païen et de réahser progressivement en lui le plan de la rédemption. Dans le présent, Dieu agit sur les Juifs par sa loi, dans l'avenir par ses promesses.

Le peuple juif possédait dans le Pentateuque les plus anciens documents liLstoriques ; il y trouvait l'éclaircissement de tous les problèmes qui étaient demeurés insolubles aux païens problèmes sur Dieu et sur le monde, sur le péché et sur la grâce, auxquels se rattacha dans le cours des âges une littérature religieuse pleine d'enseignements.

OXrVRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N'' 36.

Philon [De Abraham, in-fol. 364, § 10; De vita Mosis, I, fol. 625, § 27) dit que les Juifs sont les prêtres et les prophètes de toute riiumanité, appelés à implorer sur elle les bénédictions de Dieu.

Abraham et ses descendants.

37. L'élection du peuple juif commence vers l'an 350 après le déluge (2006-2008 de la création du monde), par la vocation

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d'Abraham, chef des nomades de la Chaldée. La première alliance fut conclue avec lui et scellée par le signe extérieur de la circoncision. Dieu lui montre le pays destiné à être le séjour du peuple qui devra l'honorer comme le chef d'une race en qui seront bénis tous les peuples de la terre'. De ses deux fils, Isaac devint l'enfant de leur promesse, et parmi les fils d'Isaac, Jacob. Celui-ci, par un concours de circonstances providentiel, se rendit en Egypte, où sa famiUe se multiplia au point de former une race puissante, mais où elle fut aussi cruellement opprimée pendant une période de 430 années. Sans ce destin, les Israélites pendant leur séjour dans le désert ne seraient devenus que de puissantes tribus nomades ; ils n'auraient pu conserver leur unité extérieure ni devenir capables de remplir la mission que Dieu leur avait confiée, d'être les propagateurs de la révélation. Pour peu que les circonstances s'y fussent prêtées, ils auraient perdu l'unité de leur race, et, confondus avec les Égyptiens, ils auraient oubhé avec leurs traditions leur croyance au Dieu unique et suprême.

Sources : l'Ancien Testament et les écrits de Flavius Josephe |(ed. Haverkamp, Amsterdam, 1726, 2 vol.; éd. Oberthür, Wirceb,, 1782 et seq., t. 111; éd. Richter, Ups., 1826 et seq.; ed. Paris., 1847 et seq.; ed. J. Bekker, Lips., 18ö6, 6 vol.); et dans un moindre degré, ceux de Philon (ci-dessous, 31), puis les auteurs classiques. Voyez Stolberg, vol. I-IV; Rohrbacher-Rump, vol. I-III; J.-H. Kurtz, Gesch. des A. B., Berlin, 18b2-o6, 2 vol.; J. Grau, Semiten u. Indogermanen, Stutt., 1865; Haneberg, Gesch. der hibl. Offenb., Regensb., 1850, 3« éd., 1863; le même, Die relig. Alterthiimer der Bibel, Munich, 1869 ; Reusch, Einl. in das A. T., Fribourg, 1870, iu-4°; A. Weber et Holtzmann, Gesch. des Volkes Israel und Enstehung des Christenth., Heidelberg, 1867, 1 vol.

Moïse et la loi.

38. Le peuple reçut dans la personne de Moïse un libérateur, un guide et un législateur. Après la sortie d'Egypte (an du monde 2728), il devait passer quarante ans dans le désert, voir mourir sa première génération, la plus mauvaise de toutes, raviver son sentiment religieux et améliorer ses mœurs. Au Sinai, Dieu, par l'organe de Moïse, promulgua sa

' Gen., xn, 3; xvui, 18; xxn, 18.

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loi (le Décalogue j , qui fut ensuite renforcée par différentes prescriptions légales et cérémonielles. Toutes les lois se groupèrent autour de l'idée fondamentale du royaume de Dieu. Le Seigneur et le Créateur, qui se révélait au peuple étonné par ses miracles et ses hauts faits, était le Dieu unique d'Israël, et Israël était sou peuple. Il fut son protecteur et son roi : bon et libéral tant qu'Israël garda ses commandements ; sévère et vengeur, dès qu'Israël s'éloigna de lui. Le tabernacle et le culte s)mbolique qui s'y rattachait, le sacerdoce de la tribu de Lévi, les jours et les fêtes sacrés (le sabbat, la Pàque, la Pentecôte, la fête des Tabernacles), les différents sacrifices, les bénédictions et les purifications avaient pour but de rappeler constamment la pensée du Seigneur. Sa loi, ses commandements, ses défenses devaient être le miroir du peuple et son occupation journalière. L'espérance du Messie fut ravivée par Moïse [Dent., xv, 58); elle était figurée par le culte et sm'tout par la fête des Expiations. Depuis le sacrifice d'Abraham et la rencontre de ce patriarche avec le grand-pontife Melchisédech, tout avait pris un sens figuratif. Moïse était le chef, le guide, le souverain du peuple; son frère Aaron était le grand-prêtre.

Bsehr, Symbolik des mosaischen Cultus, 2 vol.; Kurtz, Bas mosaische Opfer, Mittau, 1842; le même, Lehrb. der hl. Gesch., 7'= édition, 1835, p. 33 et suiv., 62 et suiv.; Dœllinger, p. 735 et suiv.

Josué et les juges. — Les rois.

39. Sous Josué, les Israélites firent la conquête du pays de Chanaan, qui leur avait été promis, et le partagèrent entre les diverses tribus. Comme le paganisme n'y était pas entièrement extirpé, les Israélites, qui vivaient pêle-mêle avec les habitants, sunirent à eux par des mariages, et tombèrent souvent dans lïdolâtrie phénicienne et babylonienne. Dieu les en punit à diverses reprises en les assujétissant à ces peuples ; quand leur détresse fut à son comble, le Seigneur les délivra par des hommes délite, suscités par lui-même et qu'on nomma les juges. Sous les juges, le peuple forma pendant 450 ans une sorte de république théocratique assez peu homogène, dont le tabernacle et l'arche d'alliance étaient le centre

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commun. Après cette période de transition, sous le prophète Samuel, le dernier des juges, on voit se réaliser ce qui avait été prévu par Moïse : la royauté est établie dans la personne de Saiil, issu de la tribu de Benjamin (1099 avant Jésus- Christ); il est chargé de défendre son peuple contre les païens qui l'environnaient.

A. côté de la royauté, qui exerçait l'autorité temporelle, le grand-pontificat continuait de remplir les fonctions du culte religieux. Venait enfin le prophétisme, destiné à vivifier la loi, à en renouveler l'esprit, à entretenir la pensée de la promesse : trois institutions qui figuraient le triple ministère du Sauveur du monde. Les premiers prophètes, Samuel, Gad, Nathan, Élie, étaient surtout des hommes d'action ; les derniers se signalèrent principalement comme écrivains. Souvent plusieurs de ces emplois étaient réunis sur une seule tète : Héh était à la fois juge et grand-prêtre ; Samuel juge et prophète ; David, successeur de Saül (4013-975), était prophète et roi.

David établit la royauté sur des bases solides, entreprit des guerres heureuses jusqu'en Egypte et vers l'Euphrate, fit de Jerusalem sa capitale, y conduisit l'arche dalliance, édifia la forteresse de Sion, régla le culte divin et en rehaussa la pompe par la magnificence de ses cantiques. Cet homme, qui tant de fois succomba à la faiblesse humaine, mais qui toujours se relevait par la sincérité de son repentir. Dieu lui renouvela la promesse que le Sauveur naîtrait de sa race.

Son fils et successeur Salomon (1013-975) bâtit le temple de Jérusalem et régna avec sagesse et prospérité tant qu'il fut fidèle à ses devoirs religieux ; dans les derniers temps de sa vie, il s'adonna à la volupté, se laissa entraîner au culte idolâtre de Syrie et de Phénicie par ses alhances avec des femmes étrangères, opprima son peuple et prépara la chute de son royaume.

Division et ruine du royaume.

iO. Salomon mort (975 avant Jésus-Christ), le royaume fut divisé et forma les deux royaumes de Juda et disraèl (Éphrem;. Le premier, composé des tribus de Juda et Ben-. jamin, fut gouverné par Roboam, fils de Salomon, avec Jéru-

salem pour capitale; le second, composé des dix autres tribus, échut à Jéroboam et sa capitale fut Samarie. Cette division afTaiblit notablement la puissance du peuple en face de ses ennemis. Le royaume d'Israël fut détaché du temple de Jérusalem, reçut des prêtres qui n'étaient pas de la race de Lévi, s"adonna au culte des idoles égyptiennes, et bientôt après au culte de Baal, devint enfin le théâtre de discordes intestines el de guerres civiles.

Ses dix-neuf rois, la plupart des séducteurs du peuple, périrent presque tous de mort violente. Les progrès du paganisme, que les répressions sanglantes du roi déchu ne purent étouffer, furent énergiquement combattus par les prophètes, surtout Élie, ce sévère vengeur de la loi divine outragée (918- 896 avant Jésus-Christ), par son disciple ÉHsée, par Jonas, Osée, Arnos, Joël et ISahum.

Le royaume, de plus en plus incliné vers sa ruine, devint tributaire des Assyriens. Téglat-Phalazar lui fit subir une dure oppression, et Salmanasar, après avoir assiégé Samarie pendant trois ans, la détruisit de fond en comble. Il déporta le roi Osée et une grande partie du peuple dans l'intérieur de l'Asie, repeupla le pays de colons assyriens, qui se mêlèrent aux Israélites. Telle fut l'origine des Samaritains, si fort détestés des Juifs. La race du peuple choisi de Dieu se vit ainsi privée de dix de ses membres.

M. Cette destinée lamentable d'un État frère et voisin fut une leçon perdue pom* le petit royaume de Juda, qui luimême allait disparaître dans un intervalle de cent trente-quatre ans. De ses vingt rois, quelques-uns furent moins répréhensibles que les autres, par exemple Asa, Josaphat, Osias, Ézéchias, Josias ; mais la plupart, en s'alliant par des mariages aux familles souveraines de Tyr, tombèrent dans le paganisme phénicien. Sous le règne de Josias, pendant qu'on réparait le temple, on trouva dans un coin le livre perdu de la loi de Moïse, et on le fit annoncer à tout le peuple'. Cependant aucun retour sérieux ne s'opéra, et la voix des prophètes fut presque toujours dédaignée. C'est à Isaïe (760-099 avant Jésus-Christ) et à son contemporain Michée qu'on doit les plus importantes prédictions sur le Messie.

' // Rois, XXII, 8; XXIII, 1 et suiv.

l'humanité avant JÈSrS-CHRIST. 443

En politique, on hésitait entre Babylone et l'Egypte, deux puissances qui ne travaillaient qu'à humilier le royaume, à l'affaiblir. Il succomba définitivement sous Nabuchodonosor, roi de Babylone, qui détruisit Jérusalem et son temple, fit emmener à Babylone les vases sacrés ainsi que les principales familles. Plusieurs se réfugièrent en Egypte; seule la population des campagnes demeura dans les lieux qu'elle habitait.

Nous rencontrons dans cette triste période les prophètes Jérémie, Ézéchiel, Sophonie, Habacuc et Abdias. Les Juifs qui étaient en captivité continuaient d'être fidèles à la loi, plus fidèles même qu'aux jours de la prospérité, et c'est en elle seule et dans ses promesses qu'ils trouvaient quelque consolation dans leur profond abattement. Cet exil de Babylone fut le plus grand châtiment qu'eut à essuyer le peuple, en même temps qu'une rude épreuve pour sa foi ; mais ce fut aussi une occasion de propager les idées monothéistes dans l'intérieur de l'Asie, et d'accroître le désir d'un futur libérateur.

La littérature se distinguait par sa profondeur et son énergie. Les prophètes de l'exil, qui, selon Jérémie, xxv, 44 et suiv., dura soixante-dix ans, furent principalement Daniel et Baruch.

Kurtz, Lehrb. der hl. Gesch., p. 99 et suiv., 166 et suiv.; Dœllinger, ouvrage cité, p. 376 et suiv.

Situation des Juifs après l'exil.

42. Cyrus. roi de Perse, fut l'instrument dont Dieu se servit pour châtier l'orgueilleuse Babylone; il permit aux exilés de rentrer dans leur patrie l'an 536 avant Jésus-Christ. 43,360 hommes, parmi lesquels 4,280 prêtres et 7,000 esclaves, se mirent en marche. Ils étaient presque tous des tribus de Juda et de Benjamin ; de là vient que le peuple reçut le nom de Juif, et que celui d'Israélites disparut insensiblement. Le grand-prètre Josué (Jésus) et Zorobabel, de la race de David, dirigèrent la première expédition; Esdras et Néhémie présidèrent aux autres. Après de nombreux obstacles, le second temple fut édifié, surtout à l'instigation des prophètes Aggée et Zacharie, et achevé l'an 516 avant Jésus-Christ. Comparé au premier, il était insignifiant: il n'avait plus l'arche d'al-

J14 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

liaiice. Cependant les espérances messianiques furent ravivées: les esprits se portèrent avec une ardeur nouvelle vers le Désiré des nations et le Consolateur des gentils ' .

Les Perses, croyant reconnaître leur Ormuzd dans le Dieu des Juifs, régnèrent généralement avec douceur et laissèrent aux Juifs, qui cette fois avaient entièrement renoncé à leur penchant pour l'idôlatrie, leurs institutions nationales, placées sous la garde des grands-prêtres. Ceux-ci étaient assistés d'un conseil de soixante-dix anciens-, le sanhédrin, qui jouissaient en matière religieuse d'une complète liberté. La liste des prophètes est close par Malachie, qui annonce un nouveau sacrifice et l'apparition d'Élie, qui précédera la venue du Seigneur^. Le peuple, qui faisait autrefois sa principale occupation de l'agriculture, développa le goût du commerce, qu'il avait puisé dans ses relations avec l'étranger, et créa des établissements dans d'autres contrées.

Dœllinger, p. 738 et suiv. Sur le second temple, Weite, Tüb. Quart. - Sehr., 18.Ö1, II, p. 223 et suiv., et dans Freib. K.-Lexikon, t. X, p. 709 et suiv.

Les Machabées.

43. Quand le royaume de Perse eut été dissous par les conquêtes d'Alexandre le Grand, les Juifs se trouvèrent successivement sous la domination des Ptolémées en Egypte et des Séleucides en Syrie. Leur pays fut le champ de bataille de ces deux puissances. Ils furent d'abord sous la domination des Égyptiens ; Ptolémée Lagus I" en conduisit près de 200,000 en Egypte, où ils em-ent un sort généralement heureux. A la fin, la Judée échut au royaume de Syrie et fut peuplée de colonie syriennes et grecques. Les tentatives pour l'helléniser définitivement devinrent de plus en plus actives. Séleucus Philopator envoya Héliodore piller le trésor du temple de Jérusalem ; Antiochus Épiphane résolut même de le consacrera Jupiter Olympien (vers 170 avant Jésus-Christ), et d'extirper les mœurs et la religion juive. Déjà un grand nombre de Juifs, de prêtres même, étaient complètement abandonnés à l'hellénisme et avaient abjuré la loi. Jason,

' Aggée, ii, 8. — * Nombres, xi, 16. — ' Mnlach., i, 11 ; m, 1,

l'humanité avant JÉSUS-CHRIST. 115

frère du grand-prêtre Onias III, acheta la dignité de grandprêtre et institua un gymnase grec dans la ville sainte, qui allait être plus tard, sous Ménélaiis, transformée en une cité toute païenne.

Tout-à-coup, l'amour de la religion et des mœurs nationales se réveille avec une singulière énergie. Mathathias, un descendant de la race sacerdotale des Asmonéens, organise la résistance, et ses cinq frères deviennent successivement les chefs de la lutte contre la Syrie. Le plus illustre d'entre eux est Judas Machabée, qui reconquit Jérusalem lan 164 avant Jésus-Christ, purifia le temple et rétablit le culte de Dieu interrompu. Mais il succomba plus tard sur le champ de bataille. Les Syriens reprirent Jérusalem et le roi Démétrius éleva x\lcime, chef du parti grec, à la dignité de grand-prêtre : la mort seule empêcha celui-ci d'abattre le mur du temple qui séparait le vestibule des païens de celui des Israélites.

Judas ayant succombé, ses frères Jonathan, et après lui Simon, continuèrent de se soutenir. En 141, Simon s'empara de la forteresse de Sion, et le peuple reconnaissant lui conféra la dignité héréditaire de prince et de grand-prêtre, « jusqu'à ce qu'il s'élevât parmi eux un prophète' )j qui en ordonnât autrement au nom du Seigneur. Les Juifs formèrent alors, sous les princes machabées, un État indépendant, et comme le royaume de Syrie était notablement affaibli, Démétrius Nicanor fut obligé de reconnaître cette nomination. Et c'est ainsi qu'échoua complètement la tentative de gréciser la Judée.

44. Simon eut un règne sage et prospère, mais il fut traîtreusement assassiné l'an 133 avant Jésus-Christ. Son successeur Jean Hyrcan I" agrandit le royaume par plusieurs victoires, soumit les Iduméens et châtia les Samaritains. Malheureusement il n'avait pas le zèle religieux de ses prédécesseurs, et il cherchait à resserrer les liens de l'alliance qui avait autrefois existé avec les Romains.

Cette prodigieuse élévation des Juifs fut survie d'une rapide et profonde décadence. Le fils aine d'Hircan, Aristobule I" (depuis 105-106), qui s'était d'abord donné le titre de roi,

' / Macliab., xiv, 41.

116 HISTOIRE DE l'ÉGUSE.

se déchaîna contre sa propre famille ; il fit mourir de faim sa mère, assassiner son frère et, bourrelé de remords, mourut lui-même dans l'espace d'un an, tandis que le peuple était déchiré par les partis adverses.

Son frère Alexandre Jannée (105-79 avant Jésus-Christ), cruel et despote, eut pour successeur sa veuve Salomé- Alexandra, qui se rattacha aux orthodoxes. Après sa mort, ses deux fils Hircan II et Aristobule II se firent la guerre et invoquèrent l'appui des Romains. Pompée s'empara de Jérusalem [63 avant Jésus-Christ), profana le temple et força Hircan II à reconnaître la suprématie de Rome. Hircan, qui n'était qu'un fantôme de roi, subissait l'influence de l'ambitieux Antipater, un Iduméen, qui essayait de se frayer, à lui et à son fils, un passage au trône. Les Juifs, cette fois, portèrent un double joug. Les derniers Asmonéens furent écartés par la violence. Le fils d'Aristobule II, Antigone, qui avait usurpé le pouvoir depuis quelque temps, fut décapité sur l'ordre d'Antoine et à l'instigation d'Hérode, qui, après un nouveau siege de Jérusalem, fut établi par les Romains roi de la Judée. Le sceptre avait donc disparu de Juda ', et un étranger régnait dans le pays de la promesse.

Hérode et ses successeurs.

45. Hérode, que ses adulateurs avaient surnommé le Grand, régna trente-sept ans (40-3 avant Jésus-Christ), à la fois esclave des Romains et oppresseur du peuple. Il employa l'argent des Juifs à faire célébrer des jeux païens en l'honnem' de l'empereur, construisit Césarée de Stratonite, dont il fit une ville toute païenne, sévit contre sa propre famille, affaiblit l'influence du sacerdoce, fit reconstruire, plus vaste et plus magnifique qu'il n'était auparavant, le temple de Zorobabel, à l'entrée duquel il plaça une aigle romaine. Des zélateurs juifs l'ayant fait enlever de force, payèrent de leur vie leur téméraire audace. Après la mort d'Hérode, les Juifs supplièrent vainement l'empereur Auguste de les affranchir de la tyrannie des Iduméens. Auguste partagea ses provinces entre ses fils. Archélaiis obtint la Judée, l'Idumée et la Samarie en qualité d'ethnarque ; Antipater, la Galilée et la Pérée ; Philippe,

< Gen., XLix, -20.

j/hUMANITÉ avant JÉSUS-CHRIST. 117

la Batanée, l'Iturée et la Trachonite à titre de tétrarque. Archélaiis suivit de tout point les traces de son père et fut exilé dans la Gaule après différentes accusations (6 avant Jésus-Christ); son pays fut annexé à la Syrie, mais gouverné par des procureurs particuliers. Les provinces de Philippe (mort l'an 37) échurent plus tard à Hérode-Antipas, qui ne tarda pas, lui aussi, d'être exilé dans la Gaule.

L'an 41, Hérode- Agrippa , neveu d'Hérode l'ancien, fut nommé par l'empereur Claude roi de toute la Palestine; mais il mourut l'an 44, et l'administration fut de nouveau confiée à des procureurs romains. La plupart n'usèrent d'aucun ménagement, et tout en laissant au sanhédrin la décision des affaires religieuses, ils forcèrent plus d'une fois les grandsprêtres de résigner leurs charges, firent de plus en plus sentir à la nation opprimée son impuissance, que les divisions intestines n'avaient fait qu'augmenter.

Dœllinger, p. 739, 762 et suiv.; Schürer, Lehrh. der neutestamentl. Zt. -Gesch., Leipzig, 1874.

Partis religieux. — Les chasidims, les sadducéens et les pharisiens.

46. Dans le temps où les Machabées livraient leurs glorieux combats, un parti s'était formé parmi les Juifs sous le nom de chasidims (pieux, craignant Dieu). Sans différer essentiellement des sophérins (docteur de la loi), les chasidims se distinguaient par une observation plus rigoureuse de la loi et des prescriptions qui lui servaient de commentaire. Bacchides, général syrien, en fit mettre à mort soixante. Ils se rattachèrent à Mathathias ; plus tard , par respect pour la race d'Aaron, ils entrèrent dans le parrti du traître Alcime. Sous Jonathan et Simon, ils avaient beaucoup perdu de leur influence. Ils représentaient en théorie et en pratique les ennemis irréconciliables de l'hellénisme, qui avait trouvé des partisans dans une partie de la nation trop éprise de liberté.

Ces deux factions opposées, celle qui écartait l'hellénisme et celle qui l'adoptait, telle paraît avoir été l'origine du parti des pharisiens et du parti des sadducéens. Ces derniers, mentionnés pour la première fois sous Jonathan (I."S9-144 avant

Jésus-Christ), apparaissent comme une école de savants, de riches et d'hommes d'État qui s'accommodent à l'esprit du temps, qui, sans rejeter toute la loi, comme faisaient les précédents apostats, voudraient essayer de l'adoucir par de libres commentaii'es et surtout par la philosophie épicurienne. C'étaient les libres penseurs, les rationalistes et les libéraux de ce temps. Liés entre eux par la communauté des efforts, soumis autant que possible aux pouvoirs régnants, peu influents sur le peuple, mais obligés par les sentiments religieux qui prédominaient d'user de plus de modération que les anciens hellénistes, qui avaient rompu avec la loi, "ils inclinaient vers un déisme qui aboutissait au matérialisme et ils étaient peu favorables aux idées métaphysiques. Il ne paraît pas qu'ils aient nié la création, mais bien l'action permanente de Dieu sur l'univers. Ils exaltaient le libre arbitre et combattaient vigoureusement toute espèce de fanatisme et de prédestination ; ils niaient la survivance de l'âme après la mort, la résurrection, l'existence du démon et des anges. Ils s'en tenaient principalement à la loi et ne rejetaient point les prophètes, bien que quelques-uns leur préférassent les cinq livres de Moïse; mais ils combattaient la tradition, qui mettait une barrière à la loi.

Quant aux pharisiens, ils étaient les sentinelles de la loi, les gardiens de la tradition orale. Les choses religieuses formaient leur principale occupation ; fidèle écho de la conscience populaire, ils cherchaient à l'affermir par l'enseignement régulier et l'interprétation classique des livres sacrés. On rencontrait parmi eux la plupart des prêtres, tous les sophérins et la majeure partie du peuple. Ils formaient donc plus qu'un parti ordinaire, contrairement à ce que prétendaient leurs plus violents adversaires, les sadducéens. Ils étaient en outre les patriotes, les nationaux, les ennemis de la domination étrangère, qui paraissait à la plupart des Juifs un conti-e-temps inexplicable, surtout après que l'idolâtrie eut perdu son prestige. Aussi étaient-ils surtout persécutés par les souverains étrangers. On retrouvait en eux tout ce qu'il y avait dans le peuple même de bons et de mauvais éléments.

LHUMAiMTÉ AVANT JÉSIS-CHRIST. 1 10

Bilfinger, Die drei jüdischen Secten (Niedners, Ztschr. f. hist. ThPoL, Leipzig, 1849, p. 317-334); Himpel, Tùb. Q.-Schr., 1858, p. 63 et suiv. Ici encore le texte est conforme à l'exposé de Dœllinger (p. 475 et suiv.), en ayant égard aux remarques de Längen [Das Judenthum in Palsestina zur Zeit Christi, Fribourg, 1866, p. 187 et suiv.). Sur les chasidims et leur rapport aux i)harisiens, voy. Scaliger. Elench. Trihaer Serarii, p. 443.

On fait dériver le mot sadducéen : a. de l'hébreu Zedek, Zadik (juste); b. de Sadoc, disciple d'Antigone (Antiochius), de Socho (300-240, ou 291-260 avant Jésus-Christ). Ce dernier point est contesté par Bilfinger, p. 327. Guericke le soutient d'après le Talmud.

On fait dériver le terme pharisien : a. de parusch (^^2), separare, séparé, élu, à;ptopi(7ti£vo: (Epiph.,Ifa3r., XVI, i; Suidas, Rabbi Nathan, R. Elias. Cf. Talmud Babylon.. Chagiga. fol. 18, 6; Guericke, etc.; b. de porresch (UJ''l'''B), maître, commentateur (Moihler. Hist. eccl., I, 101). La première dérivation s'appuie sur de nombreuses raisons. Il n'est pas invraisemblable que les pharisiens conservèrent comme un titre d'honneur ce nom qu'ils avaient reçu de leurs ennemis. Si Josephe (Antiq., XVIII, 1, 2) les traite comme une secte ou une école philosophique, c'est sans doute parce qu'ils s'accommodaient aux Grecs et aux Romains.

il. La lutte des pharisiens avec les sadducéens, depuis Hircan i", s'était singulièrement envenimée. Le pharisien Éléazar avait suggéré à Hircan de renoncer au pontificat, parce que sa mère avait été autrefois prisonnière. Hircan, offensé, trouva que les autres pharisiens avaient puni Éléazar avec une excessive indulgence : il rompit avec eux et confia les plus importants emplois aux sadducéens. Les pharisiens recouvrèrent leur crédit sous Alexandre Januée et expulsèrent leurs adversaires du grand-conseil. Cependant le prince se tourna bientôt vers ces derniers, se moqua publiquement du culte des pharisiens, poursuivit leurs adhérents et étouffa d'une manière sanglante toute tentative d'insurrection. Alexandra- Salomé, sur les conseils de son époux expirant, releva le crédit des pharisiens ; Juda Ben-Tabbai et Simon Ben-Schetacli furent les restaurateurs de l'anci'enne loi et de son interprétation. Sous Hérode, plus de six mille pharisiens refusèrent de prêter à lui et aux Romains le serment de fidélité et furent mis à l'amende. On peut dire, en général, que, dans le principe, les pharisiens ne négligèrent rien pour

maintenir la croyance mosaïque et empêcher tout contact des Juifs avec les païens; mais à force de vouloir acquérir de l'influence, purger la loi de tout alliage étranger et lui imposer des barrières, ils tombèrent dans l'excès. Les commentaires destinés à servir de frein devenaient aussi obligatoires, plus obligatoires même que la loi, et la casuistique légale, se perdant dans les minuties, altérait l'esprit de la loi. L'hébreu, depuis le temps d'Esdras, était devenu une langue morte pour le peuple, et la loi avait besoin d'interprètes.

Les pharisiens, qui constituaient le corps enseignant, étaient les organes de l'interprétation traditionnelle rejetée par les sadducéens, et fournissaient les gloses de la loi (deuteroseis-mischna). Amoureux des cérémonies, des jeûnes multipliés, des purifications fréquentes, ils les étalaient avec un faste hypocrite, bien qu'il y eût toujours parmi eux des hommes recommandables. Ils enseignaient franchement l'immortalité de l'âme, les récompenses et les peines de la vie future, l'existence des anges, l'influence de Dieu sur le monde et sa providence, sans préjudice du libre arbitre. Il paraît cependant que les pharisiens adoptèrent dans la suite un destin lié au mouvement des astres. Il est probable qu'ils admettaient aussi la résurrection des corps. Le Juif Josephe Flavius pense qu'ils croyaient à la transmigration des âmes, telle que l'entendaient les Grecs.

Dœllinger, p. 478 et suiv., 762; sur le passage de Josephe, De bcllo jud.. Il, Tiii, 14, concernant la Metensomatosis, voy. ibid., p. 754, et Langen, p. 351 et suiv.; sur l'£t|jiap[xévri ou ■ne^:çM[l.irr^, Dœllinger, p. 753; Langen, ouvrage cité, p. v22.

Les esséniens.

48. Les esséniens ou esséens tiennent en quelque sorte le milieu entre les deux partis, et doivent peut-être leur origine à un essai de conciliation entre l'un et l'autre. Ils prétendent descendre de Moïse, bien qu'ils ne datent que de la première moitié du deuxième siècle avant Jésus-Christ. Ils se présentent à nous comme des mystiques et des ascètes, quoique partisans des doctrines d'Orphée et de Pythagore et passablement étrangers au judaïsme. Ils rejetaient les sacrifices d'animaux, choisissaient leurs propres prêtres, se mon-

l'humanité avant Jésus-christ. 121

traient plus sévères que les pharisiens clans la célébration du sabbat, mais restaient étrangers aux solennités du temple. Ils professaient eu toute rigueur le dogme de l'unité de Dieu, punissaient de mort les blasphèmes contre Moïse, mais rendaient au soleil un culte particulier, ainsi qu'aux anges, dont les noms devaient être tenus secrets. Leur vie tout entière était dominée par lïdée des choses pures ou impures, ce qui rendait leur commerce fort difficile. Chacun de leur festin était un sacrifice ; mais leurs vêtements et leur nomTiture se bornaient au seul nécessaire.

Les esséniens formaient une sorte de congrégation composée d'hommes la plupart célibataires, bien que les femmes n'en fussent pas exclues. Ils s'abstenaient du mariage au moins dans les grades supérieurs, parce qu'ils tenaient la femme pour infidèle, mais en soi ils ne le rejetaient pas. Une classe parmi eux se mariait, mais après que l'épouse avait passé par une épreuve de trois ans ; ils élevaient volontiers les enfants d'autrui, faisaient des prosélytes, qui n'étaient admis dans l'alliance qu'après un noviciat de trois ans. Ils vivaient dans la communauté des biens et dans une obéissance rigoureuse, défendaient la confection des armes, l'esclavage, le serment, excepté pour l'admission dans leur société. La continence était leur première vertu, leur philosophie la morale. Ainsi que les pythagoriciens, ils considéraient le corps comme la prison de l'àme, formée de la partie la plus subtile de l'éther.

Leur séjour primitif pouvait avoir été dans les régions solitaires de la mer Morte; plus tard, ils désertèrent ces colonies et vinrent, au nombre de 4,000, dans différentes villes où l'ancienne sévérité des mœurs s'était le moins conservée. Ils ne fuyaient pas les lieux habités par les Juifs, menaient une vie active et laborieuse, exerçaient différentes industries et pratiquaient la médecine.

On fait dériver le nom d'essénien : a. du syrien NDhî, guérir, « niedicus animœ et corporis peritus » (Jos., loc. cit., n* 6; Mœhler, K.-G., 1, 107),' h. de ]DN, subir un malheur, une déchéance (Biltinger, p. 237); c. de chasidim, pur, saint (Guericke, I, p. 29); Philon porte '£<T(7aToc, Josephe, 'Effffrivoi; Bellermann, Gesehichtl. Nachrichten über Essener u.

Therapeuten, Berlin, 1821 ; Sauer, De essenis si therapeutis, VratisL, 1829; DcHhne, Geschieht!. Darstellung der jùd.-ulex. Rel.-Philosophie, Halle, 1834, I, 439; Kœnig, art. Essener dans Freib. K.-Lexicon, t. 111 (1843), p. 713 et suiv.; Harnischmacher , üe essenorum apud Judxos socictate, Bonn, 1866 (il fait dériver le mot essénien de énar^i et lui donne le sens de forts, héroïques, d'après une foule de verbes qui se rapprochent de ce mot). Lauer, Die Essseer und ihr Verhœltnitz zur Synagoge lind Kirche, Vienne, 1869. Sur ces deux derniers ouvrages et d'autres encore, voyez l'article de Langen dans Bonn. Theol. Lit. -Blatt., 1870, p. 147.

Renseignements fournis par les sources : Pline, H. N. V., 15; .Jos., De hello jud., II, vni ; Ant., XVIIl, iv ; Philo, « qnod omnis probus liber. » Euseb., Prsep. evangel., VU, vin.

Les thérapeutes.

iO. Les thérapeutes d'Egypte se tenaient à l'écart des villes et vivaient aux alentours d'Alexandrie dans de chétives habitations ; ils s'adonnaient exclusivement à la vie contemplative et à la lecture de la Bible. Chaque maison avait son sanctuaire (semneon, monasterion), où les particuliers se livairent à la méditation. Le jour du sabbat ils se partageaient en deux sections suivant les sexes et s'assemblaient dans un lieu commun, où l'un des anciens prononçait un discours. Ils interprétaient la Bible dans un sens allégorique et célébraient des agapes religieuses mêlées de chants , d'entretiens spirituels et de danses. Ils formaient aussi une société d'ascètes juifs qui n'entendaient point se séparer des autres Juifs ni être exclus de leurs rangs. Subissaient-ils l'influence de la philosophie platonicienne, avaient-ils quelques rapports avec les esséniens en Palestine, cette question est vivement controversée. La peinture que nous a laissée d'eux le Juif Philon a été apphquée dans la suite aux premiers chrétiens*.

Tandis que quelques-uns assignent aux thérapeutes la priorité sui les esséniens, et croient que ces derniers se sont formés en Palestine sur le modèle des premiers, d'autres pensent au contraire que les esséniens sont le type primitif des thérapeutes. Dœllinger, p. 760, nie toute parenté entre les thérapeutes d'Egypte et les esséniens de Palestine, et n'admet pas l'influence de la philosophie grecque sur les premiers. Sur le premier point, Valois est pleinement d'accord avec

' Eusèbe, Hist. eccl., II, xvii.

INHUMANITÉ AVANT JÉSUS-CHRIS l. i"23

Eusèbe, Hist. eccl., Il, 17; Langen, a son tour (p. 193, u° 24), pense qu'en Egypte on mêlait des éléments platoniciens à la pratique pythagoricienne, taudis qu'en Palestine le pythagoréisme avait pris un cachet plus pur ; que l'origine de cette tendance doit être cherchée tout entière en Egypte.

Les Juifs de la dispersion.

50. A côté des Juifs de Palestine, ceux qui vivaient dispersés (diaspora] formèrent bientôt un peuple considérable. La plupart étaient en continuelles relations avec Jérusalem, payaient le tribut du temple (didrachma), y envoyaient souvent des offrandes et y faisaient eux-mêmes des pèlerinages, bien que l'ancien attachement au centre de leur nation et de leur culte se fût affaibli chez un grand nombre. Plusieurs Juifs étaient demeurés à Babylone, d'où ils se répandirent au loin dans les régions de l'Orient. Plus nombreux encore étaient ceux qui se dirigèrent vers le sud. Les rois des Homérides, dans le sud de l'Arabie, adoptèrent le judaïsme (vers l'an 100 avant Jésus-Christ). En Egypte, Alexandre le Grand leur avait déjà permis de se fixer dans la nouvelle Alexandrie.

Sous Ptolémée Lagus, leur nombre s'était notablement accru; dans le temps de Philon, ils formaient les deux cinquièmes de la population de la capitale et avaient une position trèsheureuse. Sous Ptolémée II Philadelphe (284^-247 avant Jésus- Christ j, une partie de la Bible fut traduite en grec (les Septante), ce qui contribua à diminuer encore le nombre déjà fort restreint de ceux qui entendaient l'hébreu et le chaldéen, et favorisâtes progrès du mouvement philosophique et religieux dans le monde hellénique : les traducteurs, en effet, étaient obligés, pour exprimer des idées abstraites, de se faire une terminologie à part et d'éviter les anthropomorphismes ; ils devaient être naturellement portés à introduire le mosaïsme parmi les Grecs, et à le mettre autant que possible d'accord avec leur philosophie.

Ptolémée Philopator (152 avant Jésus-Christ) permit à Onias, fils du grand-prêtre Onias III, assassiné, de transformer en un temple de son dieu, un temple païen tombé en ruine près de Léontopolis. Bien que cet acte coïncidât avec la profanation du temple de Jérusalem et qu'il ne tendît pas à en éloigner les Juifs, ceux de Jérusalem le virent avec déplaisir.

124 HISTOIRK DE j/ÉGLISE.

car il était contraire à la loi ; cependant ils durent s'en accommoder, d'autant plus que la bénédiction du ciel avait été promise autrefois au pays d'Egypte'. Et c'est ainsi que jusqu'aux temps de Vespasien, le temple de Léontopolis eut ses prêtres, ses lévites et d'abondants revenus. Les Juifs d'Egypte, à mesure que la langue et la littérature grecques pénétrèrent parmi eux, perdirent de plus en plus le caractère qui distinguait l'ancienne nation juive.

OUVRAGES A CONSULTER SUR LE N" oO.

Joseph., An«., XV, m, 1 ; XII, m, 4; m, d ;XIII, m, 2; De bellojud., 11, 36; VII, III, 3; Philo, In Fîac, p. 971, 973. La traduction alexandrine de la Bible semblait aux Juifs rigides un si grand malheur qu'ils comparaient le jour de son apparition au jour où fut adoré le veau d'or. Tract. Sopherim., i ; Meg. Taquith., fol. öO, cap. u.

La philosophie des Juifs d'Alexandrie. — Philon.

51 . La philosophie religieuse des Juifs d'Mexandrie commence dans la première moitié du deuxième siècle avant Jésus-Christ, avec le péripatéticien Aristobule, de race sacerdotale. Précepteur du roi Ptolémée Philométor, x\ristobule essaya, dans un ouvrage rédigé en grec, de prouver que les poètes et les philosophes grecs étaient initiés aux enseignements de Moïse et qu'il y avait entre eux de nombreuses analogies. Il cita, à l'appui de sa théorie, plusieurs vers probablement écrits par des Juifs antérieurs, et qui passaient pour des vers d'Orphée, d'Hésiode et d'Homère. Il prétendit qu'Orphée s'était abouché avec Moïse, et Pythagore avec les disciples de Jérémie en Egypte; il faisait un grand usage des auteurs grecs.

Le docte Philon (né 25 ans avant Jésus-Christ, mort 39 ans après) alla plus loin encore. Par sa distinction entre l'esprit et la lettre, et son interprétation allégorique du Pentateuque, il croyait retrouver les idées platoniciennes et stoïciennes cachées dans Moïse, le père de toute philosophie, et prétendait rétablir ainsi le sens des paroles de la Bible, inspirée de Dieu et d'une fécondité inépuisable de pensées ; il suffisait, selon lui, de les dépouiller de leur écorce. Il transporta dans la Bible ce qu'il avait trouvé dans la civilisation grecque,

' IsaiCj XIX, 21-2o.

l'humanité avant Jésus-christ. dâo

malgré raffection qu'il portait à son peuple et tout convaincu qu'il était de sa haute vocation.

Le système de Philon repose sur les propositions suivantes : i" Entre Dieu et le monde la différence est infinie; Dieu est infiniment élevé au-dessus de tout; il est sans propriété et sans nom, l'être absolu, en face duquel tout autre être est comme s'il n'était pas. Il est personnel, infiniment heureux et toujours actif.

•2° Il y a une cause efficiente, Dieu, et un élément possible, la matière inanimée, immobile en soi, et cependant plastique ; c'est elle qui explique les imperfections du fini. Au lieu d'admettre que le monde a été tiré du néant, Philon crgit à la préexistence de la matière.

3° L'Être divin n'ayant aucun contact avec la matière et l'univers. Dieu s'est servi pour créer le monde des idées de ses forces incorporelles, et c'est par les idées qu'il a donné la forme à la matière. (Ces idées dont parle Philon, il est probable qu'avant lui les Juifs d'Alexandrie les avaient déjà empruntées à Platon.)

4° Les idées forment ensemble le monde intelligible (cosmos noetosj, et sont les exemplaires du monde sensible (cosmos aisthetos). Le monde idéal a pour auteur le Verbe divin et lui est identique.

5° Les idées sont, d'une part, les modèles, les types selon lesquels Dieu crée les êtres, le sceau qu'il leur imprime ; et, d'autre pail, les causes efficientes, les forces (dunameis) au moyen desquelles il exécute le plan de la création ; ce sont des activités divines déposées dans le monde et douées d'une indépendance relative i comme les anges, souvent conçus comme des personnes).

6" Le Verbe divin est la raison souveraine, considérée tantôt comme une propriété impersonnelle renfermée dans l'Etre divin (lof/os endiathetos) , tantôt comme jaillissant du sein de la divinité en tant que parole de Dieu, et subsistant en tant que personne distincte de lui { locos prophoricos). Il est la manifestation la plus complète de Dieu, l'abrégé de toutes les énergies et de toutes les manifestations divines, le médiatem' de Dieu et du monde, l'image du Père, le Fils de Dieu, le second Dieu, l'archange, la sagesse. L'hésitation qu'on re-

l^Ü HISTOIKE DE L'ÉGLISE.

marque ici clans les termes provient sans doute de ce que Philon, tout en pressentant le rapport intime du Verbe à Dieu le Père, craignait de sacrifier la notion de l'unité divine et de tomber dans le polythéisme.

7° Anges, démons, âmes sont des termes synonymes. Leur nombre est infini et Tatmosphère est leur séjour. Une partie de ces âmes (vue de Platon) est tombée d« l'air sur la terre pour s'unir aux corps périssables' ; plusieurs se perdent dans la sensualité, dautres luttent contre elle pour reconquérir les hautes régions ; les plus vicieuses tombent dans le néant avec le corps.

8° La volupté est le principe et le siège du péché ; il est nécessaire de lui opposer la continence, Tassujétissement et la mortification des sens.

Plusieurs de ces idées sont stoïciennes, sauf que la nécessité de la grâce y est relevée. La vertu consiste à faire toutes choses en vue de Dieu ; la foi est la véritable sagesse. L'état de perfection est l'extase, qui deviendra générale au temps du Messie. Philon était de fait le maître de l'école judéo-théosophique et il a exercé sur plusieurs siècles la plus grande influence. A lui se rattachent à la fois des pensées grandes et neuves, et des théories exagérées et périlleuses.

OUVRAGES A CONSULTER SUR LE N" Ol.

Aristob.; Eus., Prœpar. ev., Vu, 14; VIII, 10; XIII, 12; Valckenaer, De Aristobulo Jud., Leyde, 1806; Dœllinger, p. 838; Pliilon, Op., éd. Francof., 1691, ia-fol.; éd. Mangey, Lond., 1742, in-foL, t. II; éd. Pfeffer, Erlang., 1785 et seq., 1820 et seq.; Bibl. SS. Pair, lat., éd. Richter, Lips., 1828 et seq.; Eus., loc. cit., VII, 21 ; Vm, vi, 7, 11-13 ; Grossmann, Qusestiones PKilonicse, Lips., 1 829 ; Gfrœrer, Philo, Stuttg., 1831; Dœhne (48); Staudenmaier, Philosophie des Christenth., Giessen, 1840, vol. 1, p. 360 et suiv.; Dœllinger, p. 838-848; Langen, p. 177 et suiv., 206 et suiv.; 237, 266, 289, 840 et suiv., 373, 468; Siegfried, Philo V. Alex., léna, 1875; Philonea inedita altera, altera nunc demuin rede e vet. scriptura eruta, éd. G. Tischendorf, Lips., 1868.

52. Ces sociétés judéo-alexandrines produisirent aussi des ouvrages d'une haute portée ; insérés plus tard dans le canon de l'Église, ils ont servi de transition entre l'Ancien et le Nouveau Testament. Tel est, par exemple, le livre de la Sagesse,

^ tien., VI, 1 et suiv.

l'humanité avant JÉSUS-CHRIST. 127

empreint d'un génie éminemment philosophique, éclairé des lumières de la révélation divine et garanti des écarts communs aux opinions humaines. 11 traite les plus sublimes questions, en édifiant sur les bases posées dans les Proverbes de Salomon et dans le livre du fils de Sirach, en se rapprochant étroitement du langage de la philosophie grecque et en déployant une grande finesse d'exposition. La sagesse y paraît comme le souffle de la vertu de Dieu^, comme une pure émanation de sa splendeur, comme le reflet de la lumière éternelle, le miroir sans tâche des œuvres de Dieu et l'image de sa bouté \ Au deuxîème livre des Machabées, qui rappelle Jason de Cyrène (ii, 23j, on trouve de riches enseignements, surtout en ce qui regarde la vie future et la résurrection.

Ces mêmes sociétés paraissent avoir produit encore d'autres écrits qui n'ont pas joui d'un crédit aussi durable, comme les plus anciennes parties des livres sibyUins, qui furent plus tard continués par des chrétiens, le troisième livre des Machabées, etc.

Langen, p. 6, 20 et suiv., 26 et suiv., 239 et suiv.; Bleek, Stud. u. Urit., 1833, p. 267 et suiv., 337; Stier, Die Apokryphen, 1853, p. 67; Ewald, Gesch. des Volkes Israel, IV, p. 626; III, etc. Us ont certainement tort ceux qui attribuent le Liber sapientiae au juif Philon (Hieron., Prsef. in libr. Salom.), du iv" siècle. Cornel. a Lapide, Corn, in Eccli., prsef. Eiclihorn, Einleit. in die Apok., p. 106 et suiv.; Grimm, Greget. Hbd. z. d. Apok., Vl, 21 ; sur l'idée de la Chokma, Dœllinger, p. 824 et suiv.; Langen, p. 261, n° 17; sur le II*^ livre des Machabées, Langen, p. 23 et suiv.; Welle, Freib. K.-Lexikon, VI, p. 109; Oracula sibyllina, d'après Gallandi et Mai, éd. Paris, 1841, 1836; éd. Friedlieb, Lips., 1832; Bleek, Berliner Ztschrift., de Sclileiermacher, etc., livrais. I, p. 120 et suiv.; livrais. II, p. 172 et suiv.; Langen, p. 169 et suiv., IE; Buch der Maccabœer, Langen, p. 176 et suiv.; Movers, Freib. K. -Lexikon, I, 239.

Les prosélytes.

53. Les Juifs étaient également fort répandus hors de l'Egypte, sm'tout pendant le règne d'Auguste ; les premiers avaient été envoyés par Pompée à Rome comme prisonniers de guerre. Autorisés par Jules César à construire des synagogues, ils habitèrent dans une région étroite située au-delà

< Voy. Job, xxvifi, 24-28; Prov., vui. 22-31. — « Sag., vn, 25 et suiv.; Vin, 4; IX, 4.

du Tibre (Ghetto), et furent favorisés par César et Auguste. Plusieurs d'entre eux, même parmi ceux qui étaient élevés et vivaient en Palestine, adoptèrent les idées des Romains, entre autres le savant pharisien Josephe, descendant de la race sacerdotale. Josephe prit le nom de Flavius en l'honneur de Yespasien et de Titus, et scandalisa fort les plus rigides d'entre ses compatriotes, en briguant la faveur des Romains et en s'efforçant de tempérer dans ses écrits tout ce qui était de nature à les froisser.

Les Juifs, de leur côté, exerçaient un puissant attrait, à cause du penchant que les Romains, les femmes surtout, éprouvaient pour les dieux étrangers. Rome elle-même leur fournissait des prosélytes. C'étaient ou des prosélytes de la justice, qui se soumettaient à la circoncision et étaient des juifs parfaits; ou des prosélytes de la porte, qui s'obligeaient seulement à observer les lois noachiques et ne recevaient pas la circoncision. Ces derniers, de beaucoup les plus nombreux, l'école modérée de Hillel les admettait au partage du royaume messianique, tandis que l'école plus austère de Schammai, qui acceptait le divorce ' pour cause d'impudicité seulement, et non pour toute espèce d'action déplaisante, les en excluait, car, d'après les vues des Juifs strictement orthodoxes, nul païen ne pouvait devenir un véritable enfant d'Abraham. Les deux partis invoquaient ce texte de David : « Périssent les peuples qui oublient le Seigneur M » Ces prosélytes et les Juifs eux-mêmes étaient haïs et méprisés de la plupart des païens; et de leur côté les Juifs prétendaient toujours maintenir leur prééminence sur les païens convertis.

Juifs à Rome, Tacit., Ann., II, 83; Hist., V, 5; Horat., Sat., l, It. vers. 69 et seq.; Juvénal, Sat., VI, 643; XIV, 96 et seq.; Sénèque, ap. Aug., De civ. Bei, VI, 11; Philo, Leg. ad Caj., p. 1014, 1035 et seq.; Jos., Ant., XIV, 10, 2-8; XVIÜ, 3, 5; XIX, 3, 3 ; Laugen, Der theol. Standpunkt des Flav. Jos., dans Tüb. Q.-Schr., 1863, I, p. 1 et suiv. Las prosélytes de la porte ("^?^^''] "'l-') se présentent dans le Nouveau Testament sous le nom de çoêodiAevoi ou <7£6ô(A£voi tov ôeov; ils n'observaient que les préceptes noachiques {Gen., ix, 4 et suiv.; Lév., xvii, 8 et suiv.,

' Deut., XXIV, 1. - ^ Ps. XIX, 18.

l'humanité avant JÉSUS-CHRIST. 129

Exod., XX, 10 ; Beut., v, 14), par opposition aux prosélytes de la justice, pnyn na (ou nnsn), lacit., h. v., 5; Juven., xvi, 96 et seq.

L. Geiger, Quid de Judœorum moribus atque institutis scriptoribus Romanis per suasum fuerit, Berol., 1870.

54. Ainsi tomba peu à peu le mur qui séparait les Juifs des autres peuples. Ils leur donnèrent beaucoup et ils leur firent divers emprunts : ils propagèrent de meilleures idées religieuses, et ils reçurent en retour de nouveaux éléments de civilisation. Ces éléments, ils ne purent les rejeter, même en Palestine, quelques efforts qu'ils fissent pour les combattre. Ni le livre d'Hénoch, composé en Palestine au temps des combats des Machabées pour combattre l'hellénisme, ni le Psautier de Salomon, écrit après l'an 63 avant Jésus- Christ, sans parler d'autres écrits, ne purent les écarter ou les rendre inoffensifs. Ici encore, l'hébreu n'était plus la langue populaire, et on était obligé d'y traduire les saintes Écritures. On se servit surtout des Targumims, dont le plus ancien, relatif à la Thora (d'Onkelos), date de la première moitié du premier siècle chrétien. La rude oppression qu'on subissait de l'étranger, la situation politique en général, obligeaient de s'en tenir rigoureusement au texte de la loi et de donner un caractère tout extérieur à l'ancienne espérance messianique. Les Juifs, du sein de leur décadence morale, demandaient un libérateur qui secouât le joug de l'étranger; le peuple élu réclamait un roi qui dominât le peuple païen, et ce roi, il l'espérait d'autant plus du ciel qu'il s'efforçait de remplir les moindres détails de la loi mosaïque et d'arriver à la véritable justification.

Le pharisaïsme, alors dégénéré, favorisait cette tendance du peuple juif, tandis que les sadducéens ne faisaient que semer le trouble et la discorde. Quant aux esséniens, déjà moins nombreux, ils n'avaient d'influence que dans certaines sphères et ne pouvaient pas, ici encore, imprimer un essor aux esprits. Toutes les formes de la malice et de la corruption se retrouvent chez les Juifs de l'époque impériale.

Sur le livre d'Hénoch, voy. Dilimann, Das Buch Henoch, Leipzig, 1853; Langen, Judenth., p; 52-64. Le livre qui, selon la plupart des critiques, a été utilisé dans l'Epître de Jude, vers. 11,1 i et suiv., est sou- I. — HisT. DE l'Église. 9

130 HISTOIRE DE l'ÉGUSE.

vent mentionné par les autenrs ecclésiastiques, par exemple dans Test. XII Patriarch. Test. Jud., cap. xviu; Tert., De idoL, cap. iv ; De cultu fem., I, II, 3; Orig., C Cels., V, liv; Hom. xxviii in Numer.; De Princ., I, ui; IV, cap. ult.; t. VIII In Joan.; AnatoL, ap.Eus., Eist, eccl., Vn, 32; Hier., Cat., cap. iv; Aug., De civ. Dei, XV, xxiii. La citation qni se trouve dans le livre Sohar, le style, en un mot, la forme et le fond, rappellent un original hébreu ou araméen. Voy. Catafago, Journal asiatique, 1848, p. 76. Sur le Psautier de Salomon, voy. Movers, Freib. K.-Lexikon, art. Apokryphenlit., vol. I, p. 340; Langen, p. 64-70; Targumim, Volck, Herzogs Real.-Encyklop.,XY, 673; Langen, p. 70-72; Schœnfelder, Onkelos u. Peschittho, Munich, 1869; Sigm. Maybaum, Die Anthropomorphien und Anthropopathien bei Ontelos und den spseteren Targumim, Breslau, 1870.

Les Samaritains.

55. Tandis qu'en Perse plusieurs Juifs se rattachaient au parsisme, que d'autres élaboraient un système judéo-persan d'une nature particulière, les plus proches voisins de la Palestine, les Samaritains, continuaient de se tenir à l'écart. Ce peuple, mêlé • de colons païens, appelés Kuthéens, se prétendait, lui aussi, d'origine israéhte, bien qu'il fût adonné au paganisme et par conséquent exclu de la construction du temple. A la suite de l'expulsion du prêtre juif Manassès (4i0 ans selon quelques-uns, 322 selon d'autres, avant Jésus- Christ), ils obtinrent un temple particulier sur le mont Garizim*, près de Sichem, avec un sacerdoce et une liturgie distincts. Ce temple fut renversé par Jean Hircan I" (10 ans avant Jésus-Chiist); de là un redoublement d'animosité entre les Juifs et les Samaritains, qui s'évitaient réciproquement comme des schismatiques \ Cette animosité fut propagée en Egypte par les soldats qu'on y envoya de Samaiie.

De l'Écriture, les Samaritains n'acceptaient que les cinq livres de Moïse, dont ils possédaient une version particuuère. Eux aussi subissaient Tinfluence de la civilisation grécoalexandrine. Yoici les principaux traits de leur rehgion, telle qu'elle se développa dans la suite : 1° Maintien du monothéisme; 2" défense de transporter à Dieu aucune des propriétés de l'homme (anthi^opomorphisme); 3° négation ou mépris de la doctrine des Juifs sur les anges, qu'ils prenaient

< Il Rois, xvn, 24 et suiv.; // Parai, xxxi, i et suiv. — ' Deul. , xvn, 14, — * Jean, iv, 9 et suiv.

l'humanité avant JÉSUS-CHRIST. i31

pour de simples forces; 4° glorification des cinq livres de Moïse et rejet des Écritures subséquentes; 5° célébration du sabbat et pratique de la circoncision, comme gage de l'alliance ; 6° service du temple sur le mont Garizim (au lieu de Hebal); 7° attente du Messie comme restaurateur de la religion, mais avec des idées moins particularistes que celles des Juifs ; 8° croyance à la survivance des âmes dans le monde souterrain, bien qu'elles soient privées de sentiment (Schéol). Josephe leur reprochait de se faire passer pour Juifs dans la bonne fortune, comme sous Alexandre le Grand, et pour Sidoniens dans l'adversité , comme ils firent notamment auprès d'Antiochus Épiphane, en lui persuadant que leur temple était le temple du Jupiter des Grecs, et qu'on y célébrait le même culte. De ces Samaritains sortirent plus tard quelques fondateurs de sectes chrétiennes (?), Dosithée, Simon, Ménandre.

Jos., Ant., XI, VII, 2 ; viii, 2 et seq.; XII, i, 1 ; 3 et seq.; Sylv. de Sacy, Mémoire sur l'état actuel des Samaritains, Paris, 1812 (Sieiïert), Progr. de temp. schistn. eccl. Judaeos inter et Samaritanos oborti, Reg-iom., 1824; Herzogs Realencykl., XIII, 339 et suiv.; Grimm, Die Samariter, Munich, 1834. Quelques-uns placent Manassès dans le temps de Darius Codomanne, qui fut vaincu par Alexandre le Grand; d'autres (Prideaux, Gesenius, Gieseler), dans le temps de Darius Nothus : Josephe se serait donc trompé sur ce point {Antiq., XI, vu; XII, i).

Les auteurs ecclésiastiques citent ordinairement les Samaritains parmi les hérétiques. Philastre, De hger., cap. vu; Epiph., Hist., ix; Leont., De sect., cap. viii. Selon Hippolyte, Philos., ix, 29, les sadducéens ti'ouvèrent beaucoup de partisans en Samarie. La version samaritaine du Pentateuque fut publiée pour la première fois en 1627, dans \di Polyglotte de Paris. Cf. Gesen., De Pentateuchi Samar. origine, indole et auctore, Hal., 1813. (Du même, Progr. de Samar. Theol. ex fontibus ineditis, Hal., 1822, et Carm. Samar,, e codd. Lond. et Goth., Lips., 1824.) Weite, Freib. K.-Lexikon, IX, 605 et suiv. Le Messie se nomme 3.nU)''n ou ^nnn^ reductor, conversor, convertisseur, expressions qui relèvent le côté pratique de la mission prophétique. Quelques-uns croient que l'idée messianique des Samaritains se rapprochait beaucoup plus de l'idée véiùtable que celle des Juifs. (Ad Mayer, K.-Lexikon, loc. cit.

Dégénération des Juifs.

o6. Quelle que fût la supériorité morale et rehgieuse du

peuple juif sur les peuples païens, et malgré les riches trésors qu'il conservait dans ses livres sacrés, dans ses institutions religieuses et domestiques, il était cependant profondément déchu pendant la période des empereurs. Sa manière toute extérieure de concevoir la religion, les excès de son fanatisme, son orgueil national indomptable, sa haine contre les païens, son immorahté et ses vices secrets, les discordes intestines et les partis qui le déchiraient, telles sont les causes diverses de sa décadence. Le souverain-pontificat lui-même était dégradé, soit par les querelles de ses membres avec les autres membres du corps sacerdotal, soit par des dissentiments sur le partage des dîmes, soit par des nominations et des destitutions arbitraires. (Il y eut, dans l'espace de 108 ans, 28 grands-prêtres, dont quelques-uns, comme Ananie (52) et son fils Ananus (61) étaient sadducéens. Plusieurs, surtout dans les derniers temps, faisaient la guerre à leurs compétiteurs avec des bandes armées.) Sous le poids de la domination étrangère, l'espérance du Messie, autrefois si impatiemment attendu, n'était plus que l'attente d'un libérateur politique; seules quelques âmes d'élite la conservaient dans sa pureté et sa réalité, telle qu'elle était énoncée par les prophètes, et conjuraient le ciel de faire pleuvoir le Juste. La preuve la plus sensible de cette décadence du peuple juif, c'est qu'il adopta dans la suite tous les faux messies qui flattaient ses espérances terrestres, tandis que l'immense majorité rejetait le Messie véritable.

Dœllinger, p. 769 et suiv., 851. On range parmi les faux messies : Théodas {Act., v, 36), Judas de Galilée {ibid., vers. 27; Jos., Ant., XX, V, {), un prophète venu d'Egypte, sous Nérou, vers 53 (Jos., Bell, jud., II, xm, 5); un imposteur, vers 60 (Jos., A7it., XX, viii, 10). Voy. Zuschlag, Theudas, Anführer eines 750 jR. in Palœstina erregten Aufstandes, Cassel, 1849; Zeller, Theol. Jahrbücher, 4851,11, 270 et suiv. Comp. 1849, p. 65 et suiv.

§ 3. L<a plénitude des temps.

57. Ce fut dans la « plénitude des temps, » selon l'expression de l'Apôtre \ que s'accompUt la rédemption prédestinée de

1 Galates, iv, A.

l'humanité avant Jésus-christ. 133

Dieu et promise au genre humain. Le monde gréco-romain était frappe de caducité; le Sauveur du monde allait le rajeunir. Il avait rempli sa tâche, montré de quoi l'humanité est capable par ses propres forces ; maintenant il sentait le besoin d'une délivrance et le sol était prêt pour recevoir le Libérateur. La séparation entre les peuples civilisés de l'ancien monde s'était tellement amoindrie, grâce à l'unité de l'empire romain, à l'emploi général de la langue grecque, au mélange des nations et de leurs idées dominantes, au désir universel d'un secours d'en haut, d'un sauveur, d'un libérateur céleste, que les hommes étaient tout enclins à s'unir et à se relever dans leur union. D'autant plus que la paix extérieure disposait encore davantage les esprits à s'occuper de ces grandes question, auxquelles la conscience, si assoupie qu'elle soit, ne peut jamais se soustraire.

Le sens des choses grandioses et sublimes, qui dominait chez les Orientaux ; le sens du beau esthétique, cultivé par les Grecs; le sens de l'utile, du droit et du juste, entretenu par les Romains, allaient être transfigurés par Celui qui, étant la sainteté même, pouvait seul sanctifier tous les êtres, les ennoblir et les élever au-dessus du monde sensible.

On était sous le règne d'Auguste et les centaines d'années de Daniel touchaient à leur fin '; le temple de Zorobabel attendait Celui dont l'avènement lui serait plus glorieux que ne l'avaient été jadis pour le temple de Salomon les nuages d'encens " ; les espérances qu'éveillait le Messie , quoique obscurcies et défigurées, étaient cependant plus vives et plus ardentes que jamais. Quatre mille ans s'étaient écoulés depuis que le premier Adam était devenu le père de notre race coupable. Le second Adam allait entrer dans le monde pour le réconciher avec Dieu et lui infuser un nouveau principe de vie.

Héfelé, Beitr. z. K.-G., I, 1 et suiv., édition de Tubingue, 1864.

58. Mais pourquoi cette venue tardive du Rédempteur? pourquoi après des miUiers d'années seulement? pourquoi différer si lougtemps de satisfaire aux aspirations douloureuses

^ Daniel, ix, 24, — * Aggée, ii, 11 et suiv.; Malach-, m, 1 et suiv.

des meilleurs et des plus nobles esprits? Cette question, souvent adressée aux anciens chrétiens, a été diversement résolue. 1° Déjà l'un des disciples des apôtres ', dont le nom est resté inconnu, répondait : Il fallait qu'auparavant l'humanité connût toute retendue de sa misère et sentit le besoin d'un rédempteur. Il fallait que ses terribles égarements et les suites qu'ils entraînaient lui ouvrissent les yeux sur l'abime où elle s'était précipitée, sur les maux qu'elles avaient encourus ; il fallait enfin que l'enfant prodigue sentît le besoin de retourner à la maison paternelle". Dieu ne se complaisait point dans le péché, mais il le supportait dans sa longanimité et s'en servait pour développer dans Ihomme le sens de la justice. Il voulait, après que nous aurions puisé dans nos propres œuvres la conviction que nous sommes indignes de vivre, nous faire reconnaître que si nous vivons, nous le devons à sa bonté ; que par nos seules forces nous sommes incapables de conquérir le royaume de Dieu, et que lui seul est assez puissant pour nous y frayer les voies.

Quand la mesure fut comble et que la malice des hommes eut atteint son plus haut période, quand l'humanité sembla mûre pour le jugement et la mort, c'est alors que l'amour divin fit éclater toute sa puissance dans la rédemption du genre humain, et surabonder la grâce où le péché avait abondé ^

2° Les œuvres de Dieu ne se produisent point sans préparation et d'une manière inopinée ; elles se développent graduellement suivant un plan mystérieux et sublime , et se réalisent dans le temps par des instruments humains. Toute la période antérieure au christianisme a été une préparation lointaine ou rapprochée de la venue de Jésus-Christ, ainsi qu'on le voit par la marche progressive du peuple juif, depuis sa séparation d'avec les peuples païens jusqu'à son rapprochement , et ensuite par les efforts et les aspirations des païens eux-mêmes, surtout des plus nobles d'entre eux. L'œuvre de rédemption, à laquelle l'humanité fut préparée dans le judaïsme et dans le paganisme, ne devait pas être imposée par la force, mais acceptée par une libre adhésion ;

1 L'auteur de la Lettre à Diognèie. — * Luc, xv, 17 et suiv. — ' Rom.. V, 30.

L HUMANITÉ AVANT JÉSUS-CHRIST. 43o

elle devait trouver des points de repère , un appui , dans l'homme et hors de l'homme. La matière, le fond divin était fourni par les éléments essentiels du mosaïsme ; la forme humaine, les moyens naturels de progrès et de culture se trouvaient dans le paganisme '.

3" Avant l'ère chrétienne, du reste, les meilleurs et les plus nobles esprits n'avaient point absolument souffert de l'apparition tardive du Rédempteur, car la foi au futur Libérateur du monde était pour eux ce que fut pour les générations suivantes la foi au Messie déjà venu : ni les uns ni les autres ne pouvaient se sauver qu'en Jésus-Christ et par Jésus-Christ.

Il se trouvait, même en dehors des Juifs pieux et zélés, des hommes qui observaient la loi (naturelle) gravée dans leurs cœurs \ « Sans doute, dit saint Augustin, il n'y avait pas d'autre peuple que le peuple d'Israël qu'on put appeler véritablement le peuple de Dieu. Cependant les Juifs eux-mêmes ne pouvaient nier qu'il n'y eût aussi parmi les autres nations quelques hommes qui faisaient partie, non dans la société terrestre, mais dans la société céleste, des vrais Israélites, ainsi que le prouve l'exemple de Job l'Iduméen. Je ne doute pas que Dieu ait voulu nous montrer par cet exemple unique qu'il peut y avoir aussi chez d'autres peuples des hommes qui mènent une vie agréable à Dieu et appartiennent aussi à la Jérusalem spirituelle. Cette faveur, on peut croire que ceux-là seuls l'ont obtenue à qui Dieu a révélé le Médiateur de Dieu et des hommes, l'homme Jésus- Christ, qui en venant dans la chair avait été d'abord prédit aux saints de l'ancien temps, de même qu'il nous a été annoncé après son apparition, afin que par lui la même foi conduise tous les élus de Dieu à la cité, à la maison, au temple du Très-Haut ^ » Or, en face de l'éternité, en face de Dieu, pour qui mille années sont comme un jour; en face de Dieu, qui prévoit tout, même ce qui est caché dans le cœur de l'homme, dit le même Père*, il est aussi inutile de demander pourquoi l'homme a été racheté si tard que de demander pourquoi il n'a pas été créé plus tôt.

1 Kurtz, Manuel, t. II, p. 17. — « Rom., ii, ii. — ' Cité de Dieu, XVIlI, XLVii. — * Ibid., XII, XII, 27.

Com. Aug., De civ. Bei, VII,xxxii; X,xxv; XVI, i; Orig., Contra Cels., IV, vu, 8; Greg. Naz., Or. \y in Machab., n° 1, p. 387; éd. Clémencet, Cyrill. Alex., lib. III, C. Julian. (Migne, Pair, grsec, t. LXXVI, p. 664 et seq.); Niceph. Call., Hist. eccL, I, 3; Anselm. Havelberg, lib. 1 Dialog., cap. IV (Migne, Pair, lat., t. CLXXXVIII, p. H46).

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