INTRODUCTION
Dans la première période de l'histoire ecclésiastique nous assistons à la fondation de l'Église, à son déploiement et à sa propagation dans les limites et hors des limites du vaste empire romain. Sans aucun appui de la puissance séculière, harcelée au contraire et poursuivie avec un rare acharnement, l'Église jette de profondes racines. Au sein d'un monde hostile, elle triomphe par ses martyrs et ses confesseurs; menacée par des hérésies et des divisions sans nombre, elle garde son unité ; en face de la corruption morale et des vices de ses contemporains, elle conserve sa sainteté et développe sa doctrine ; elle utilise, en les purifiant, tous les bons éléments du passé, et prépare dans des directions diverses les voies de la science théologique. Elle sait et elle avoue qu'elle est le successeur de l'ancienne Synagogue, mais elle écarte peu à peu les ombres et les figures du premier Testament, et, rompant les barrières individuelles et nationales, elle manifeste son universalité par la pensée comme par l'action. Partie de modestes débuts, elle agrandit son culte, et se rend les arts tributaires ; elle relève et ennoblit les classes dédaignées
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de la société, contient ses fidèles dans le devoir par la sainteté de sa discipline et par un heureux mélange de douceur et de sévérité.
Dans cet âge florissant des premiers chrétiens, où les dons supérieurs de la grâce sont encore si fréquents, les chefs apparaissent rarement avec la plénitude de leur autorité. Cependant les traits caractéristiques de la constitution de rÉghse existent dès le commencement et se développent de plus en plus; dès que la nécessité l'exige, les puissances instituées par Jésus-Christ et les apôtres font valoir lem's droits. Cette période de l'Église naissante, cet âge des martyrs, offre donc, malgré la rareté des documents, une image sublime et consolante. L'Église atteste par ses œuvres qu'elle est d'institution purement divine, assez forte pour relever le monde déchu, pour captiver l'admiration de tous les cœurs généreux, tranquillement assise sur la base solide où Dieu l'a placée, mais aspirant toujours à se développer au dedans comme au dehors. « Dans toute production organique, dans l'histoire de toute existence humaine, y compris celle de l'Homme- Dieu, le nouveau vient toujours du dedans. C'est à l'intérieur, c'est dans le grain de semence, qu'est caché le germe d'où jailhra la nouvelle plante , tandis que les feuilles qui protègent la semence tombent et se dispersent. L'enfant grandit dans le sein maternel, protégé dans son obscurité, jusqu'au moment où un homme vient au monde '. »
ADDITION DU TRADUCTEUR
Mission du Sauveur de l'humanité.
Pour bien résoudre la question de savoir quelle fut la mission du Sauveur de l'humanité, il faut d'abord se faire une juste idée de ce fju'on entend par rédemption. Si la rédemption du genre humain n'est autre chose qu'une restauration possible de l'état dont le premier homme était déchu par le péché, un rétablissement de l'union entre Dieu et l'homme, avec la plénitude des biens qui en résultent, la question présente doit se résoudre ainsi : le Sauveur avait pour mission d'accomplir avec toute la perfection possible cette restauration de l'humanité dans son état primitif.
Quant à cette autre question : comment et en quelle qualité le pou-
' Lechler, les Temps apostoliques, 1851, p. 107 (en allem.,.
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vait-il? elle no peut se résoudre par des arguments, des opinions ou des hypothèses humaines; elle exige un examen attentif des renseignements que la révélation nous fournit surle Rédempteur.
Le Messie devait être, dans sa personne et dans ses œuvres, tel qu'il a été dépeint par les prophètes. Dans toute entreprise, c'est le but qui détermine la fin et le commencement de l'action. Or, le Sauveur est ä la fois le but et le commencement de toutes les prophéties qui le concernent, et il est aussi exact de dire : le Sauveur devait correspondre à toutes les révélations qui le concernent, et les accomplir, que de dire : les prophéties relatives au Sauveur devaient contenir, dans le cours des temps, sur la nature du Sauveur, les mêmes renseignements que le Sauveur était appelé de toute éternité à réaliser en qualité de Messie. Ce qui a été décidé de toute éternité , ce n'est pas seulement la rédemption, mais encore la manière dont elle devait s'accomplir. Quand les prophètes annonçaient certaines particularités du Messie, ils ne le faisaient que parce qu'ils avaient reçu d'en haut des révélations sur les œuvres, arrêtées de toute éternité, qui devaient s'accomplir dans la plénitude des temps. Or, le Messie est déjà apparu sur la terre et nous avons l'histoire de sa vie ; il est donc aisé de montrer qu'il a réalisé par sa vie la rédemption de l'humanité, qu'il était apte par sa nature et ses œuvres à rétablir entre Dieu et l'homme l'union qui avait été rompue par le péché d'Adam. Si nous jetons un regard sur le résultat définitif des prophéties messianiques, en ayant égard aux deux séries de révélations qui suivent une marche opposée, la question de savoir ce qui constituait la nature essentielle du Rédempteur, aboutira à cette réponse décisive : le Rédempteur était à la fois Dieu et homme; il réunissait nécessairement dans sa personne la nature divine et la nature humaine.
Il devait être de nature divine, c'est-à-dire vrai Dieu, car l'humanité, ployant sous la tyrannie du péché, était incapable de se racheter ellemême ; et l'homme le plus juste n'eût pas été en mesure de produire un mérite infini qui eût égalé aux yeux de Dieu la faute de l'humanité, et qui fût assez étendu pour être applicable à tous les hommes. Le paganisme lui-même reconnaissait la nécessité d'une satisfaction offerte pour l'homme par un Être divin ; de là cette multitude de sacrifices par lesquels il essayait d'apaiser la Divinité. Le Rédempteur, par cela même qu'il était vrai Dieu, fils de Dieu, était en état de justifier tous les passages des prophètes relatifs à un rédempteur de nature divine.
Mais il devait être homme, afin de pouvoir expier dans un corps humain la faute dont l'humanité s'était rendue coupable ; afin de pouvoir souffrir et mourir, et endurer pleinement la peine du péché; afin d'être un vrai et complet représentant de l'humamté et d'accomplir
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toutes les prophéties qui parlaient de lui comme d'un fils de l'homme.
Ces deux natures ne forment pas deux personnes, mais elles sont réunies, sans cdhfusion ni mélange, en une personne unique. Ainsi, la divinité et l'humanité appartiennent à l'une et à l'autre, et toutes les opérations divines et humaines doivent être atti^ibuées à la personne. C'est là ce qui constitue la notion de l'Homme-Dieu.
Cette notion suffit largement pour remplir toutes les conditions qu'on peut exiger du Messie comme rédempteur de l'humanité.
Considérons en effet l'état bienheureux où l'homme se trouvait avant la chute, alors qu'il était en quelque sorte plongé dans la nature divine et comblé de ses dons surnaturels : nous verrons que si cet état n'eût pas été bouleversé par le péché, la déification de l'homme eût atteint à son plus haut degré. Or, le péché d'Adam n'a pas seulement ralenti ce progrès; il a encore produit une corruption dans le sens contraire. II fallait donc pour que la rédemption remît l'homme en possession de tous les biens qu'il avait perdus, rétablir cet état bienheureux et poursuivre ce progrès de la déification de l'homme, arrêté par le péché. Tout cela a été fait par Jésus-Christ, Dieu et homme. Non-seulement l'humanité est rentrée dans sa condition primitive, elle est montée à une hauteur incomparablement plus élevée. Le premier homme n'avait été établi dans cet état sublime que par la grâce divine ; en Jésus-Christ, Dieu et homme, la divinité est descendue dans l'humanité et s'est unie essentiellement à elle. Le premier Adam n'était fils de Dieu que par grâce; le second Adam l'est par nature.
Jésus-Christ Dieu et homme a donc atteint le but qui devait être le fruit de la Rédemption.
Il est évident à ce point de vue que Jésus-Chi'ist a supprimé toutes les conséquences funestes qu'avait amenées la déchéance d'Adam. Ainsi :
1° L'homme était devenu l'objet de la colère divine et avait mérité des châtiments éternels : le Dieu-Homme est par sa nature même l'objet de la complaisance divine, le Fils bien-aimé de Dieu, le Fils du Très-Haut, à qui appartiennent la gloire et la félicité céleste ;
2° L'homme avait perdu les grâces surnaturelles, la ressemblance divine : le Fils de Dieu n'est pas seulement orné des grâces surnaturelles qu'avait perdues Adam, et semblable à son Père céleste ; il possède toutes les perfections divines et, comme Fils de Dieu, il a la même substance que sonPère;
3° Chargé de la colère divine et dépouillé de la grâce, l'homme n'avait pas même gardé Tintègrité de ses dons naturels; ces dons avaient été affaiblis, la raison de l'homme s'était obscurcie, sa volonté n'avait plus la même force pour le bien naturel et elle était devenue incapable du biert surnaturel : par sa nature humaine, le second Adam
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n'étant pas entré dans la vie par la voie ordinaire de la génération, n'ayant pas eu de part au péché et à ses suites, offre le véritable idéal de l'humanité, il est en pleine possession de tous les dons spirituels et corporels ;
4° L'harmonie ayant été détruite entre l'àme et le corps, les relations de l'homme avec la terre étaient devenues tout autres; la terre, chargée de malédiction, n'était plu.s au service de l'homme, mais lui était hostile : le second Adam a rétabli l'harmonie entre l'âme et le corps; non-seuJement il a dompté la nature en lui-même, mais il est devenu la source de toute bénédiction qui doit descendre sur elle pour la renouveler;
5° Par le péché, enfin, l'homme avait contracté une sorte de parenté avec le démon ; il était exposé à ses tentations et à ses embûches : comme Fils de Dieu, le nouvel Adam n'est pas seulement inaccessible aux traits de Satan , il est encore son maître et le destructeur de son royaume en ce monde.
Le Fils Dieu-Homme apparaît donc à la fois et comme la base de la Rédemption et comme la fin, l'idéal de l'humanité affranchie. Mais de même que le premier Adam, dans l'état malheureux où l'avait précipité le péché, n'a pas été pour lui seul une source de maux et de malédictions, mais pour toute la race hmnaine; de même le second Adam devait transmettre à tous les enfants du premier les diverses perfections que nous lui avons reconnues, et il ne le pouvait qu'en qualité de Dieu- Homme.
Les enfants d'Adam, en se mettant en relation avec le Dieu-Homme, participent à sa divine nature, et par leur déification, qui est le but de la Rédemption, ils entrent dans une société plus étroite avec Jésus- Ghrist. Ainsi, l'état de l'humanité que Jésus-Christ est venu renouveler est plus parfait que l'état de l'homme primitif.
Si maintenant nous considérons l'œuvre du Rédempteui^ dans son ensemble, nous y trouverons tous les caractères d'une expiation de la faute de l'humanité ; mais ces caractères, elle ne peut les avoir que si le Rédempteur est à la fois Dieu et homme.
Le premier homme avait aspiré à devenir semblable à Dieu, et ses descendants ont imité son exemple; l'apothéose de l'homme avait atteint dans le paganisme son dernier degré ; l'égoïsme fut le plus grand obstacle qui entrava la préparation des Juifs à la Rédemption, et les conduisit à rejeter définitivement le Messie promis par les prophètes. Ce n'est donc point par une coïncidence fortuite qu'à l'époque oVi l'égoïsme et l'apothéose de l'homme avaient atteint leurs dernières limites, le Fils de Dieu quitta le séjour de sa gloire, descendit sur la terre, et voulut naître non dans un palais, mais dans une étable.
il ne s'arrête pas là : afin de montrer que l'excès de la miser«
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humaine ne l'effraie pas, il endure les plus grandes persécutions, et subit la mort infâme des criminels. L'incarnation et la moi't ignominieuse du Fils de Dieu servent donc de contrepoids à l'apothéose de l'homme, ou plutôt elles la dépassent infiniment, car cette apothéose n'a été que dans la volonté, tandis que la mort du Fils de l'Homme est devenue un fait réel. De là vient que l'imitation de cette mort par l'humilité est une vertu si essentiellement chrétienne qu'elle n'a été pratiquée ni par les Juifs ni par les païens ; l'humilité, loin d'être pressentie comme vertu, était bafouée comme une folie ou une faiblesse.
Par la convoitise du fruit défendu, Adam avait donné à tous ses enfants un si funeste exemple, que l'amour des jouissances prit des proportions effrayantes ; l'homme, en perdant la dignité qui relevait audessus de toute la création, provoqua les plus terribles égarements chez les Juifs comme chez les païens.
Ce n'est donc pas non plus une coïncidence fortuite si, au moment même où l'humanité était descendue au plus bas degré de la corruption, le Fils de Dieu fit briller la nature humaine dans tout l'éclat de sa sainteté et de sa pureté, s'il montra à ses disciples, sur le Thabor, la nature et le corps humain dans leur plus haute transfiguration.
Ces deux choses ; l'humiliation du Fils de Dieu jusqu'au crucifiement du Fils de l'homme, puis la transfiguration du Fils de l'homme sur le Thabor, ne pouvaient s'accomplir que si le Rédempteur était à la fois Dieu et homme.
Du désir l'homme avait passé à l'action, et au lieu de se soumettre, il s'était révolté. Cette révolte fut imitée par les païens et par les Juifs : les païens dédaignaient la loi de Dieu gravée dans leur cœur, tandis que les Juifs, qui devaient être élevés dans la soumission à la volonté divine, secouèrent plus d'une fois le joug de la loi, et finirent par l'i«terpréter dans un sens tout opposé. Ce n'est donc pas une coïncidence fortuite si, à l'époque même où le paganisme se vautrait dans tous les vices, où la grande masse des Juifs devenait étrangère à la loi divine, le Fils de Dieu parut sur la terre, afin de montrer que la volonté de Dieu était sa loi unique, la nourriture dont il vivait. Au lieu de commander lui-même et d'exiger l'obéissance, il se fait esclave volontaire, il obéit à la place de l'homme, afin de montrer qu'il est venu opposer son obéissance volontaire à la désobéissance de l'homme.
La mort expiatoire du Rédempteur atteint son point culminant dans le supplice de la croix; en donnant sa vie, il accepte volontairement la peine mise sur le péché. Or, cette mort expiatoire n'a tout son prix que si le Rédempteur est à la fois Dieu et homme. La mort du Sauveur, en tant que personne divine, est d'une valeur infinie ; et en tant qu'homme et représentant de l'humanité, elle devient une œuvre humaine.
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Cependant la rédemption de l'homme ne se termine pas à l'expiation de la faute commune ; il ne suffit pas d'effacer le péché et sa dette, il faut encore aviser aux moyens de développer la vie des hommes rachetés et de la conduire à son plus haut point de déification. Le Sauveur l'a fait comme prophète, comme grand-prêtre et comme roi, en même temps qu'il accomplissait les prophéties de l'ancienne alliance.
Prophète, il devait apparaître comme le docteur de l'humanité. Le paganisme et le judaïsme, sous le rapport de la connaissance, étaient tombés dans les plus grands égai'ements. Si le paganisme n'avait pas perdu toutes les étincelles de la lumière, le judaïsme, malgré les enseignements divers qu'il avait reçus, s'était fait de Dieu et de ses l'apports au peuple de Dieu des idées tout-à-fait contraires aux vérités fondamentales de la révélation. Jésus-Christ devait donc redresser les esprits, dissiper les ténèbres, compléter ce qui était imparfait et montrer qu'il était le consommateur de toutes les révélations divines, la vérité absolue pour tous les hommes et pour tous les temps.
Sa doctrine devait contenter les besoins de Tintelhgence. L'esprit humain, en vertu de son origine divine, éprouve l'invincible besoin de connaître et de scruter les choses divines, et le paganisme atteste que les plus grands arts ne sam-aient le détruire.
La vérité proclamée par Jésus-Christ devait devenir le partage de tous les hommes, et non pas seulement de quelques états privilégiés. Elle devait surtout venir en aide aux opprimés, aux pauvres, aux dédaignés. En se donnant pour la bonne nouvelle des faibles et des ignorants, l'Évangile introduisait dans l'histoire une grande nouveauté.
La doctrine de Jésus-Christ devait être prophétique ; elle devait révéler l'avenir, non pour satisfaire la curiosité, mais en se bornant à ce qui était nécessaire pour consommer la révélation. Le prophète annoncé ne pouvait pas rester en arrière des prophètes de l'ancienne loi. Non-seulement il révèle quelques destinées partielles de son futur royaume, mais il en exquisse à grands traits le dénouement final. En annonçant sa passion, sa mort, le sort de ses apôtres, la ruine de Jérusalem, la tin du monde, il détruit cette fausse opinion des Juifs qu'il ne s'agit que de fonder une monarchie juive universelle, et il fait ressortir le caractère divin de son royaume en prophétisant sa résurrection, la mission du Saint-Esprit, la résurrection des morts, son apparition dans les nuées, son avènement au dernier jour et la fondation des demeures célestes pour les justes.
Jésus-Christ n'est pas seulement un prophète qui sert d'agent à une révélation étrangère; il est lui-même la vérité personnelle; il possède toute vérité par une vision et une connaissance propre. Comme il lit dans les cœurs, il coiniail les temps et les moyens d'y faire pé-
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nétrerla vérité. Et puisque sa révélation était la plus parfaite, il devait prendre les meilleurs moyens de l'annoncer : de là les miracles qui en attestent le caractère divin. Il ne lui suffisait pas d'alléguer l'accord de sa doctrine avec celle de l'Ancien Testament; les pharisiens, les docteurs de la loi le faisaient aussi; il ne lui suffisait pas de dire qu'il prêchait des vérités divines inconnues aux hommes, car il faut qu'elles soient attestées par le témoignage de Dieu ; il ne pouvait pas invoquer l'expérience, car les hommes, avant d'essayer d'une vie nouvelle, veulent être assurés qu'elle est divine : il lui fallait donc confirmer sa doctrine par des miracles, comme les anciens prophètes avaient confirmé leur mission divine. I.e peuple juif était accoutumé de voir la révélation divine accompagnée de faits divins.
Aussi, partout où le Sauveur se présente comme docteur, les faits divins éclatent autour de sa pai'ole, et ils éclatent d'autant plus que son enseignement est lui-même plus pressant ; mais il n'en use que lorsqu'il trouve un terrain propice : il n'opère jamais de miracles quand il trouve d'avance des cœurs endurcis. On ne peut donc dire qu'il a fait des miracles uniquement pour convertir les incrédules; c'est le contraire : il les a faits pour les fidèles, afin de les affermir et de récompenser leur bonne volonté.
Ainsi, les miracles qui accompagnaient la parole de Jésus-Christ remplissaient un double but : ils attestaient la divinité de sa parole et ils montraient que sa personne était agréable à Dieu.
Et cependant, la dignité du Messie n'eût pas encore été à l'abri de toute attaque, si d'autres caractères n'avaient pas invinciblement attesté qu'il n'était pas un prophète quelconque, mais le Prophète même et le centre de toutes les prophéties. Non-seulement Jésus-Christ prophétisait lui-même, mais il avait été annoncé par les anciens prophètes et il fut proclamé par le dernier d'entre eux comme le salut promis et déjà apparu à l'univers. Les prédictions des anciens prophètes, Jésus-Christ les a accomplies dans le cours successif de sa vie, ainsi que le rapportent les évangélistes. Mais il fallait également qu'il fût annoncé par le dernier d'entre eux comme le prophète déjà arrivé, parce que la mission du précurseur de Jésus-Christ était prévue dans les anciennes prophéties. Saint Jean-Baptiste s'annonce donc comme venant réaliser le texte prophétique d'Isaïe, xl, 3, et il le fait en présence des envoyés du grand-conseil : « Je suis la voix qui crie dans le désert : préparez les voies du Seigneur, » Or, les œuvres de Jean étaient de telle nature qu'on le connaissait généralement comme prophète; le grand-conseil, les pharisiens eux-mêmes n'osaient pas lui refuser cette dignité. C'est donc un prophète généralement l'econnu qui rend témoignage à Jésus -Christ et proclame publiquement sa filiation divine.