I" PARTIE. — INTRODUCTION
Un autre point qui confirme la dignité messianique de Jésus-Christ, c'est qu'il n'est pas seulement annoncé par les prophètes comme le Sauveur promis, le ciel lui-même lui rend ce témoignage. Ainsi la série des prophètes se termine par des manifestations divines immédiates : des auges apparaissent aux bergers; une voix du ciel se fait entendi'e pendant son baptême et dans sa transfiguration au Thabor ; une étoile merveilleuse brille à sa naissance, le soleil s'obscurcit à sa mort, la terre tremble.
Vient enfin le propre témoignage de Jésus-Christ, car il serait incompréhensible que Jésus, remplissant toutes les conditions du Messie, n'eût pas su lui-même qu'il était le Messie promis. Il en eut conscience dès son enfance, et la première fois qu'il apparaît dans le temple de Jérusalem, sa mission le pousse à y demeurer.
Une fois entré dans son ministère public, toutes ses paroles, tous ses actes sont en rapport avec sa mission. 11 déclare à diverses reprises qu'il est le Messie ';il le confirme devant le grand-conseil, devant le grand-prêtre sous la forme du serment ^, devant le gouverneur romain ^.
Mais la mission prophétique de Jésus ne sexphque qu'autant qu'il accomplira réellement l'œuvre de la rédemption. Si, en effet, nous comparons la sublimité de sa doctrine avec la raison de l'homme affaiblie par le péché d'Adam, nous trouverons qu'il y a dispi"oportion visible entre cette doctrine et ceux qui sont destinés à la recevoii'; elle est l'expression de la volonté divine, et c'est à la volonté de l'homme, si affaiblie pour le bien, qu'elle s'adresse. Pour que cette disproportion disparaisse, il faut que la raisen, la volonté humaine, reçoive des forces nouvelles ; il faut une nouvelle naissance, par conséquent une réconciliation avec Dieu. Ainsi l'enseignement de Jésus- Christ appelle son œuvre, et cette œuvre est comprise dans son sacerdoce.
La base du sacerdoce de Jésus-Christ, c'est son anéantissement volontaire jusqu'à la mort de la croix.
En offi'ant ce sacrifice, l'Homme-Dieu devient le vrai, l'éternel Pontife. En réconciliant le monde avec Dieu par ce sacrifice, Jésus-Christ transforme tout l'ordi'e de choses établi par le péché. L'inimitié entre le ciel et la terre est supprimée.
Cependant la rédemption n'est pas achevée; il n'y a encore que la possibilité de l'appliquer à tous. Pour qu'elle soit complète, il faut que l'individu soit transformé de fond en comble, qu'il passe par une nouvelle naissance, conune s'exprime l'Écriture.
' Jean, iv, 26; Malth., xi, 27, 28; xii, 8 et suiv. — » Mallh., xxvi, 64. — 5 Jean, xvui, 37.
il fallait infuser dans l'âme humaine une force qui i*animât la raison et la volonté affaiblie. Le Sauveur y pourvut en joignant le baptême de feu du Saint-Esprit au baptême visible de l'eau, et en faisant de ce baptême cbi'étien le moyen de communiquer la grâce aux individus. Ce baptême sanctifie l'homme et le justifie, il rétablit l'image de Dieu dans la justice et la sainteté. Les l'elations de l'homme avec Dieu sont rétablies ; l'homme devient une nouvelle créature ; le Saint-Esprit habite en lui, non-seulement pour renouveler les forces de sa raison et de sa volonté, mais pour y répandre les dons de sa grâce. La rédemption est donc commencée dans les individus; mais il reste à la développer, car le premier état des régénérés ressemble à celui de l'enfance; il faut que nous grandissions jusqu'à ce que nous soyons parvenus à l'unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l'état de l'homme parfait, à la mesure de l'âge complet de Jésus- Christ ^ En instituant ce baptême de feu, Jésus-Christ a confirmé dans son sacerdoce l'efficacité de la rédemption, et il a accompli toutes les prophéties.
Mais comme la nouvelle naissance demande un accroissement spirituel, le concours de l'homme est indispensable ; l'homme ne peut être racheté malgré lui; il faut qu'il le veuille et le désire. Le moyen pour l'homme de concourir à la rédemption de Jésus-Christ, c'est la foi, condition nécessaire pour jouir de l'union avec Dieu procurée par la rédemption de Jésus-Christ. Jésus-Christ l'exige et il fait dépendre d'elle le salut qu'il nous a apporté.
Les Juifs demandaient à Jésus-Christ ce qu'ils devaient faire pour participer à sa nourriture céleste ; ils croyaient sans doute nécessaire d'accomplir une multitude de prescriptions légales : « L'œuvre de Dieu, répond le Sauveur (l'œuvre agréable à Dieu), c'est de croire en Celui qu'il a envoyé -. » Or, c'était justement ce que les Juifs charnels ne pouvaient pas; car il faut que l'homme possède en lui quelque chose de divin pour qu'il puisse s'approprier ce qu'il y a de divin en Jésus-Christ; c'est pourquoi Jésus-Christ ajoute : « Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m'a envoyé ne l'attire^. » Mais cet attrait de Dieu, puis du Fils, depuis qu'il a été élevé en croix, n'est pas irrésistible; il suppose dans l'homme la docilité. C'est l'attrait d'un être vers un autre êti'e ; c'est, du côté de la force divine qui réside dans l'homme, un penchant à s'unir à la science et à la plénitude de la vie.
La première forme de la foi, du côté de l'homme, consiste à entendre. Mais la foi ne peut demeurer là. La doctrine de Jésus-Christ est essentiellement lumière, et les ténèbres qui sont dans l'homme croyant sont incompatibles avec cette lumière. A l'audition de la
> Èph., IV, 13. — * Jean, vi, 29. — ' Jean, vi, 14.
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parole, l'homme doit joindre l'obéissance; il doit s'efforcer de conformer sa vie à la volonté de Jésus-Christ. Plus il s'exei'ce dans l'obéissance et se sépare des ténèbres, plus la lumière de son âme devient semblable à la lumière primitive. Il y a pénétration réciproque de l'esprit divin et de l'esprit humain, et ainsi reparaît l'état qui existait avant la chute, avec cette différence que l'absorption de l'homme en Dieu est maintenant volontaire.
Avec l'audition commence la véritable vie de l'homme, cette vie que Dieu lui réservait et que le premier homme avait ti-oublée par son péché; elle atteint son plus haut degré dans la vie cachée en Dieu, où le chrétien ne peut plus pécher; mais elle ne sera consommée que dans l'éternité.
Cette gradation dans la vie véritable qui se renouvelle dans l'homme ne peut se concevoir sans le concours de Dieu. Le baptême dans l'eau et dans le Saint-Esprit est avec l'homme, composé d'un corps et d'une âme, ou comme s'exprime saint Jean, composé de chair et d'esprit, dans le rapport que voici : l'eau (symbole du repentir, du changement intérieur, du renoncement) est le principe de la renaissance de la chair, et le Saint-Esprit le principe de la vie de l'esprit.
Il faut donc que la chair se dépouille de ses mauvaises habitudes dans la pénitence et qu'elle prenne une vie nouvelle. Mais le repentir, le changement intérieur, la pénitence, qui accompagnaient le baptême deau de saint Jean, ne peuvent être efficaces sans un principe qui révèle à l'homme la corruption de sa chair et qui la soutienne ellemême pour la transformer de fond en comble. Ce principe, c'est le Saint-Esprit, qui régénère l'esprit de l'homme, le met en relation avec sa source primitive et l'inonde de la plénitude de l'Esprit de Dieu. A ce baptême d'eau et de feu (baptême et confirmation! se rattache le sacrement de pénitence. Le Seigneur, en accomplissant ce qui constitue le fond de ce sacrement, a de nouveau confirmé son caractère sacerdotal.
Mais le Sauveur apparaît surtout comme le grand-prêtre de la nouvelle alliance en changeant le pain et le vin en son corps et en son sang.
L'Eucharistie est le véritable moyen de perfectionner la sainteté dans les individus, c'est-à-dn'e de réahser pleinement en eux l'œuvre de la rédemption.
Le Dieu-Homme est l'expression de la véritable humanité, telle que Dieu l'avait voulue dans l'origine. Or, dans l'Eucharistie, chacun devient pour ainsi dire un autre Dieu-Homme. Quand Jésus-Christ entre en nous avec sa divinité, il s'établit entre Dieu et l'homme une union semblable à celle qui existe en Jésus-Christ, Dieu et homme. Or, cette union sacramentelle n'a pas d'autre but que notre perfection morale :
(( Prenons ce qui nous est offert, dit saint Cyrille, avec la pleine conviction qu'il est le corps et le sang de Jésus-Christ ... , afin que vous formiez avec lui un même corps et un même sang. C'est par là, dit saint Pierre, que nous devenons participants de la nature divine. »
Le Seigneur a dit : « Qui mange ma chair et hoit mon sang demeure en moi et moi en lui ' : voilà le pain qui est descendu du ciel et qui donne la vie au monde ^ ; qui mange de ce pain vivra éternellement 3. » Si nous ajoutons à ces paroles ce que nous avons dit ci-dessus des effets du baptême de feu, nous pouvons conclure sans hésiter que Ihomme racheté entre par cette union à Jésus-Christ en possession de la vie divine et surhumaine, qu'il est inondé de la lumière et de la vérité céleste.
Mais l'Eucharistie n'est pas qu'un sacrement, elle est aussi un sacrifice, et \e même qui fut offert sur le Golgotha ; et Jésus-Christ, en l'offrant incessamment, dans tous les temps et tous les lieux, est le pontife éternel de la nouvelle alliance.
En choisissant pour objets du sacrifice le pain, qui est un produit de la terre, et le vin, le fruit de la vigne, Jésus-Christ a supprimé tous les anciens sacrifices que les hommes offraient avec les prémices de lem's fruits, et il a accompli cette paroles prophétique : « Vous êtes prêtre selon l'ordre de Melchisédech, » lequel offrait aussi du pain et du vin.
Le grand-pontife Jésus-Christ, en régénérant tous les hommes et en devenant leur chef, ne pouvait les laisser isolés les uns des autres ; il devait les réunir en une seule famille dont il serait le chef; et comme cette famille devait s'étendre par toute la terre, la dignité sacerdotale et prophétique du Sauveur se change en dignité royale, ou plutôt sa dignité royale est le couronnement de son œuvre de rédemption.
Cette dignité royale lui appartient dans un degré éminent; comme homme, il est issu de race sacerdotale, et comme Dieu, il est le Fils du souverain Maître du ciel et de la tei're. Il a commencé l'exercice de sa charge royale au début de l'œuvre de la rédemption, lorsqu'il y a réuni autour de lui ses douze disciples. Le nombre de douze indiquait qu'ils étaient d'abord destinés au peuple d'Israël, que les apôtres devaient être le fondement du nouveau royaume de Jésus-Chiist, comme les douze patriarches avaient été le noyau du peuple de Dieu.
Destinés à servir d'instruments pour la propagation de la rédemption dans toute l'humanité, les apôtres devaient être surtout afi"ermis dans la croyance à la dignité messianique de Jésus-Christ ; de là vient que le Sauveur opérait la plupart de ses miracles en présence de ses disciples.
1 Jean, vi, 57. — ■* Jean, vi, 33. — ' Jean, vi, 32.
I" PÉRIODE. — INTROÜLCTION. IW
Il s'appliqua aussi tout spécialement à les affranchir des faux préjugés qu'ils partageaient avec leurs contemporains relativement au Messie, et à les dépouiller de leurs faiblesses, l'ambition et l'orgueil. Il leur rappelait surtout que si le Sauveur était venu d'abord pour les Juifs, il n'en demeurerait pas là, qu'il appellerait à lui tous les hommes. Et, afin qu'après sa mort il y eût un centre dans son royaume agrandi, il établit Pierre le chef visible de son Église.
Ainsi étaient posées les bases du royaume de la régénération et de la sanctification. Jésus termina son œuvre parla promesse d'un consolateur.
On voit par ce qui précède que le ministère royal de Jésus-Christ n'a fait que renouveler l'ancien plan d'éducation du peuple juif, avec cette différence que ce plan devait embrasser tous les peuples de la terre.
L'ancienne loi du Sinaï est remplacée par la loi du Nouveau Testament, fondée non plus sur la crainte, mais sur l'amour; elle ne s'impose pas du dehors comme un fardeau pour la volonté des individus; la grâce, en aidant à son accomplissement, en fait un joug agréable et léger. Le nouveau sacerdoce a remplacé l'ancien, et Jésus-Christ, en agissant incessamment par ses prêtres, prouve qu'il a consommé l'ancien sacerdoce.
Le royaume de Jésus-Christ ne comprend pas seulement les hommes, mais aussi les esprits créés, purs et impurs ; il fallait que Jésus-Christ détruisît l'empire du démon sur l'humanité. Il l'a fait en triomphant de lui dans la tentation et eu délivrant une foule de malheureux tourmentés .par les esprits pervers ; il a comblé l'abîme qui séparait Dieu de l'humanité, et qui faisait la base de l'empire de Satan; il a brisé sa puissance, en donnant aux pécheurs la force de lui résister. Les bons esprits, au contraire, se montrent les sujets de son royaume, en prenant une part active à l'œuvre de la rédemption.
Jésus-Christ devait être aussi le maître de la nature, en lui commandant, en délivrant du mal la nature corrompue de l'homme et en montrant que le corps inanimé pouvait être rappelé à la vie.
Nous avons déjà parlé de la nécessité des miracles ; quel devait être leur caractère? Us ne devaient pas être de purs spectacles, mais démontrer que Jésus-Christ était le maître de la nature, en la mettant de nouveau au service de l'homme. Il change l'eau en vin, il commande à la tempête et aux flots de la mer, il multiplie miraculeusement de faibles provisions pour rassasier quatre et cinq mille hommes. Il délivre l'homme de toutes ses infirmités; il guérit les aveugles les sourds, les muets, les malades de toute espèce. Il ressuscite des morts et sort lui-même du tombeau avec un corps transfiguré.
Si le rapport primordial de la nature inanimée avec l'homme n'a
pas été rétabli, « si la nature gémit encoi'e dans les douleurs de l'enfantement et attend la gloire des enfants de Dieu ', » si tous les malades n'ont pas été guéris, si l'homme est encore sujet aux infirmités corporelles, si la mort physique n'a pas disparu, Jésus-Christ a cependant accompli des œuvres qui démontrent qu'il avait le pouvoir de délivrer de leurs maux physiques tous ceux qu'il a spirituellement rachetés, de rappeler les morts à la vie, de leur communiquer une vie immortelle et de replacer la natui'e dans son rapport primordial avec l'homme.
Tout ce qui précède entre dans les fonctions royales de Jésus-Christ, qui consomment l'ouvrage de la rédemption.
Aussi, 1° le chrétien, sorti du bain de la nouvelle naissance, a été réconcilié avec Dieu par la mort de Jésus-Christ, il est devenu enfant de Dieu et l'objet de ses complaisances. 2° En recevant le Saint-Esprit, il a recouvré sa ressemblance divine dans la justice et la sainteté ^. Le Saint-Esprit repose sur lui avec les dons de sa grâce, qui sont la lumière et la force céleste ^. 3° Devenu une nouvelle création, l'homme a reconquis les dons naturels de la connaissance et de la volonté ; il est devenu capable de connaître les nouvelles vérités révélées de Dieu et d'accomplir ses commandements. 4° L'harmonie est rétablie entre son âme et son corps, car la nouvelle naissance de l'esprit implique la parfaite régénération du corps ; à la résurrection il sera de nouveau réuni à lui, et le corps formera l'enveloppe lumineuse de l'esprit.
La nature elle-même est affranchie de la malédiction et régénérée, car lorsque l'homme, réuni au corps tiré de la nature, entrera transfiguré dans la gloire des enfants de Dieu, elle atteindra aussi au terme de sa transfiguration ; elle participera dans l'hounne à l'union complète avec Dieu, et rayonnera, comme nature transfigurée de l'homme, dans toute sa magnificence ^.
La puissance de Jésus-Christ a détruit l'empire de Satan; Satan n'a plus de part dans les élus, car ils ont le pouvoir non-seulement d'échapper à ses tentations, mais de le mettre en fuite au nom de Jésus-Christ.
6° Enfin Jésus-Christ a réuni ses enfants en une société sainte, qui forme le nouveau royaume de Dieu sur la terre, qui doit embrasser tous les peuples et qui a pour fondement le Fils de Dieu.
Si nous comparons ces résultats de la rédemption avec les suites du péché que nous avons décrites (p. 140), nous pouvons affirmer que l'humanité est rentrée, pour le fond, dans l'état piùmodial que Dieu lui avait destiné, qu'elle a été sauvée et sanctifiée.
< Rom., VIII, 19et suiv.— ^'ii'p., iv, 24.-3 Tit., ni, a. — M{o»i., vin, 19-20.
FONDATION ET PROPAGATION J>E L ÉGLISF. lot