CHAPITRE PREMIER
FOXDATION ET PROPAGATION DE LÉGLISE. § l<'^ Le divin Fondateur, Jéuiis-Ciirist.
1. Jésus-Christ, à la fois Dieu et homme, est le noyau et le centre de toute l'histoire. Son existence historique est accréditée : 1° par tous les grands phénomènes qui ont signalé l'histoire du monde pendant dix-huit cents ans; 2" parle consentement, depuis cette époque, de tous les peuples civilisés; 3" par toutes les preuves qui démontrent Tauthenticité et la crédibilité des récits évangéliques ; 4° par le témoignage de ceux-mèmes qui vivaient hors du christianisme, les païens et les Juifs. La vie de Jésus-Christ (dont l'étude est devenue de nos jours une discipline théologique à part) est si grandiose, si riche d'enseignements, si universelle dans sa portée, que l'histoire de l'Eglise doit renoncer à la traiter en détails et se borner à quelques indications.
Les preuves de la crédibilité du récit évangélique sont fournies par les traités d'introduction au Nouveau Testament. Outre les païens Suétone, Tacite, Pline le Jeune, Celse (voy. Dietz, les Témoignages de? auteurs païens du deuxième siècle sur Jésus-Christ et le Christianisme, programme de gymnase, Hedingen, 1874, en allemand), et le Talmud juif, il faut citer notamment le témoignage de Flavius Josephe, Antiq., XVIil, m, 3. Plusieurs, il est vrai, l'ont attaqué comme apocryphe (les premiers : Hubert, Gifanus et Lucas Osiandre, au seizième siècle; puis : H.-J. Eichstœtt (léna, 1813); de nos jours, Gerlach (les Prophéties de l'Ancien Testament et les prétendus témoignages sur Jésus- Christ), mais sans raison sutlisante. Car : 1<* tous les manuscrits sont d'accord sur ce point; 2° Eusèbe, Hist. eccl., I, 11; Dem. ev,, III, 5 Sozomène, Hist. eccl., 1, 1 : Isidore de Péluse, hv. IV, ép. ccxxv, comme aussi les Grecs et les Latins subséquents (depuis Rufin) l'invoquent ; 3° Josephe devait nécessairement mentionner quelque part les chrétiens, dont le nombre était déjà important de son temps et les relations avec les Juifs remarquables, d'autant plus qu'il parle, ibid., n° 7, de Jean- Baptiste, dont le nom était moins célèbre; 4" le fond de ce passage
15â HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
est entièrement conforme à l'indifférentisme éclectique de Josephe; b° le silence d'autres auteurs, Cyprien, Chrysostome, etc., provient oii de ce que les Juifs qu'ils combattaient pouvaient aisément dédaigner Josephe comme un particulier méprisable, ou de ce que plusieurs (comme Cyprien et autres Latins avant Rufin), ne connaissaient pas l'ouvrage grec.
Aussi, depuis que le moyen âge eut employé ce témoignage sans difficulté (par exemple : Otto de Frising., Chron., III, H ; Petrus Blés., Tr. c. perfidiam jud., cap. xxiv; Migne, t. CCVII, p. 831 et suiv,), la plupart des savants (Natal. Alex., Fr. Roye, Huet, Tillemont, Pagi, Usser, Hornejus, Voss, Cave, Schœdel, Flav. Jos., De J, Chr. testatus, Ups., 1840), et Langen (Tüb. Theol. Q.-Schr., 1865, I, Das Judenth., p. 442) ont défendu son authenticité et son intégrité; d'autres, comme Friedrich (dans Œster. Vierteljahrsschr. für Theol., 1862, I, 505), s'expriment d'une manière favorable.
Cependant, comme ces mots ô Xptaxoi; outo; r^v semblent trop forts pour un Juif converti, plusieurs (Blondel, Tan. Faber, Knittel, Le Moyne, Paulus, de Fontaines, Routh, Ittig, Heinichen, Gieseler, Lindner Ewald) croient à des interpolations. Quelques-uns pensent avec saint Jérôme qu'il faut lire : « Credebatur esse Chiistus » (Valois, Possevin, Noël- Alex.) ; mais cette leçon n'a pas de garants, et elle est contraire à la traduction de Sophi"one. D'autres pensent que Josephe a parlé ainsi « ex sententia christianorum. » Cependant, comme cet auteur, liv. XX, cap. IX, n° i, dit expressément : 'Ivitoù toù >,£yo[jl£vou Xpkttoû, et qu'en général le mot « Christus, » comme on le voit par Suétone, Pline, etc., était le plus connu des païens, il semble qu'il ait employé ce mot comme nom propre, pour désigner l'auteur, déjà bien connu alors, de la religion chrétienne.
Voy. Guericke, K.-G., t. I, p. 42, n° 4. Quand Origène, Contra Cels., Il, XLVii, t. X, in Matth., n° 17, qui connaissait les témoignages de Josephe sur Jean-Baptiste et sur Jacques le Juste, et trouvait répréhensible que la ruine de Jérusalem fût attribuée au meurtre de ce dernier et non au cruciliement de Jésus-Christ ; quand Origène dit de Josephe : àTcicrxuiv xu> 'Iridoû w? XpiuTw et TÔv 'Iviffoùv où xata8£?(X|j(.£vo; etvai XpiiîTÔv, passage où « Christus » signifie évidemment Messie, cela se rapporte principalement à ce fait que Josephe demeura juif et n'était pas chrétien; il ne s'ensuit point qu'Origène n'ait pas reconnu le double sens de XpifTto?.
Parmi les nombreux ouvrages sur la vie de Jésus, nous citerons : Mack, Bericht über das Leben Jesu von Strauss (Tüb. Q.-Schr., 1837); Hug, Gutachten über das Leben Jesu von Strauss (Freib. Ztschr. f. Theol., 1838); Sepp, Das Leben Christi, 2^ éd., Regensb., 1853 et suiv., 3 vol.; Heinrich, Christus, Maycnce, 1864; Hettinger, Apologie des Christenth, t. I, part. II, cap. xiv-xviii; Schegg, Leben Jesu, Frihourg, 1874 et suiv. Auteurs protestants : Néander, Leben Jesu, Gotha, 1864.
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6« édit.; Tholuck, Glaubwürdigk. der ev. Gesch., 2^ éd., Hamb., 1813; Hausrath, Neutestamentl. Zeitgesch., 1 vol., Heidelb., 1868.
Naissance de Jésus-Chxist.
2. Notre- Seigneur Jésus-Christ naquit à Bethléem de la vierge Marie, en l'an de Rome 747. Sa naissance fut sm^naturelle. Quoique issu par sa Mère de race royale et descendant de David, il se soumet dès sa naissance au plus extrême dénùment, afin de nous offrir en tout un modèle d'abnégation. Fils de Dieu par nature, engendré par son Père de toute éternité et avant que le monde fût, il s'abaisse vers les hommes, prend la forme d'esclave et voile la splendeur de sa divinité sous les dehors visibles de l'humanité. Il devient fils d'Abraham par la descendance charnelle et par la circoncision, et sujet de l'empereur par le lieu de sa naissance ; il veut appartenir à deux sociétés, à la société juive et à la société païenne. La vie cachée de sa jeunesse occupe la plus grande partie de son existence ; l'autre, la plus faible, est consacrée à la vie active et publique.
Sur l'annép. de la naissance de Jésu«-Christ, il existe, malgré des recherches nombreuses et très-méritoires, une grande divergence d'opinions. Voici les données chronologiques généralement admises :
I. Jésus-Christ naquit avant la mort d'Hérode le Grand (Matth,. cap. Il); or, celui-ci mourut au mois de Nisan, l'an de Rome 730 (.los., Ant., XVII, VIII, 1 ; Bell, jud., I, xxi; Sanclemente, De emendat. aer. vulg., Rom., 1703, III, cap. ix, 10).
Sont donc fausses les opinions qui admettent les années 751 -7o2 (Iren., III, xxi, 3 : an. 41 Augusti; Tertull., Adv, Jud., c. riii; Clem. Alex., Strom., I, xxi, p. 407, éd. P.; Eus., Hist. eccl., I, 5, Ord. Vital., Hist. eccl., I, 1 ; Migne, t. CLXXXVIII, p. 19; Petrus Comest., Hist. ev., cap, v; Migne, t. CXCVIII, p. 1340 : an. 732; Olymp, cxciii, 3, Herod., an. 30); ou 753 (Epiph., Hépr. li, n" 22; Oros., Hist., I, 1); ou 734 (Dionys. Exiguus et Panodor. : 3423 créât. Cf. SynceUi, Chronogr., Paris., 1632, p. 33, 320).
.\vant la mort d'Hérode, Jésus était déjà en Egypte, et en tout cas les événements accomplis depuis la mort de Jésus jusqu'au meurtre des enfants de Bethléem et à la mort du roi demandent un plus long temps (Patrizi, De evangel., lib. III, diss. xxxi, n° 2; diss, xxxiii, n° 18; diss. XXXVI).
D'a])rès cela, l'année de la naissance de Jésus est généralement placée entre 747 et 730. Seyffarth 'Chronol. sacr., Lips., 1846) est le seul
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qui se prononce encore pour 752 (2 avant Jésus-Christ). L'année 750 (4 avant Jésus-Christ) est adoptée par Wieseler (Synops. d. Ev., Hanib., 1843): 749 (5 avant Jésus-Christ), par Noël- Alexandre, Weigl (Theol. chronol. Abhdilg., Sulzb., 1849); Cari Ammer, 0. S. B. (Chronol. des Leb. Jesu, Straub., 1855); Friedlieb (Gesch. des Lebens Jesu, Breslau, 1855); Stawars (Tüb. Qu. -Sehr., 1866); Aberle (Theolog. Lit.-Bl., 1868, p. 662); 748 (6 de notre ère), par Daude (Bist, univ., I, p. 19); Nippel (Haîusle's Zeitschr. f. kath. Theol., 1852, III); Thomas Lawin (Fasti sacri, London, 1865); 747, par Sanclemente, Munter, Sepp, Patrizi, Mozzoni, Zumpt (Das Geburtsjahr Christi, Leipzig, 1869).
IL 11 i-ésulte du chapitre ii de saint Luc que Jésus-Christ commença son ministère public en même temps que Jean-Baptiste ou peu de temps après, vers l'âge de trente ans, et que Jean inaugura le sien la quinzième année de Tibère. Faut-il l'entendre de la quinzième année du gouvernement personnel de Tibère, ou de la quinzième année de son règne en général, avec le concours du gouvernement d'Auguste? Dion Cassius, Hist. rom., 55, 13, parle de l'adoption de Tibère par Auguste; Vell. Patei'culus, II, § 121, du gouvernement coUeclif; Cavedoni (Ap. alla numismatica biblica, p. 9), cite des monnaies d'Alexandi'ie qui comptent les années de Tibère depuis 757, année de son adoption. Tibère fut associé à Tempire en 764 de Rome (11 de notre ère). M. ^milio Lepido et T. Statilin Tauro Coss.; Auguste mourut en 767 (14 avant Jésus-Christ). Ce gouvernement collectif est démontré par Pagi, Muratori, Patrizi, Henschen, Znmpt. La quinzième année du règne collectif de Tibère tombait l'an de Rome 778-779 (24 et 25 de notre ère); la quinzième année de son règne personnel en 782 (28-29). Dans le premier cas, il faudrait placer la naissance du Christ vers 748 ; dans le second, vers 752. Mais comme cette dernière opinion contredit les résultats acquis n° I, il faut certainement préférer la première.
m. L'étoile des Mages était, selon Kepler (De Jesu Chr. Servat. anno natalitio, Francfort, 1604, in-4°, de vero anno ICI 4), une conjonction de Jupiter et de Saturne dans le signe des Poissons, qui eut lieu l'an de Rome 747, ce qui concorde parfaitement avec ce qui précède. Ideler, II, 406 et suiv.; Miinter, Der Stern der Meisen, Copenhague, 1827 ; Sepp, Leben Christi, I, 375, cap. v, 1" éd.
IV. La paix générale régnait au temps de Jésus-Christ; Hier., In Isa., cap. u; Aug., Civ. Dei, xvin, 46. Trois fois, sous Auguste, le temple de Janus fut fermé : en 725, en 729, puis en 746-750 pour cinq ans. Ce dernier résultat convient certainement ici.
V. En ce qui est du recensement de Quiriniis (Luc, ii, 1 et suiv.), les sentiments varient beaucoup (Vales., In Eus. Hist. eccl., I, v), quand même on peut admettre que Quirinus fut deux fois gouverneur en Syrie et en Cilicie (Gerlach, Die rœm. Statthalter in Syrien, u. Judœa von 69 V. Chr. bis 69 n. Chr., Berlin, 1865). Les paroles de Josephe (Ant., XVIII, I, 1), comme celles de saint Luc, sont fort diversement interprétées. Cependant il demeure toujours très-vraisembluble que ce
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recensement fut prescrit en 74fi et exécuté eu 747 (Sepp, 1, p. 9 et suiv., 17; Patrizi, Délia descrizione universale mentovata da S. Luca dissert'., Rome, 1876).
VI. On ne peut pas tirer des renseignements tout-à-fait sûrs de Luc, 1, 3 (De vice Abia), coll. 1, parai, xxiv, 10, à cause du retour fréquent des fonctions. Selon Tertullien, loc. cit.; Lactant., Inst., IV, x; Aug., Civ. Dei, XVIII, cap. ult.; Trin., fV, v, et le Catal. Liberian. (comparez Hist.-pol. Bl., t. XL, 1807, p. 'àSl et suiv.), Jésus-Christ mourut le VIII Kal. Apr. (25 mars) duobus Geminis coss. (C. Rubellio et C. Fufio), c'est-à-dire en 782 (29 de notre ère). Or, comme Jésus-Christ, après être entré dans la vie publique, n'agit plus que pendant trois ou quatre ans, ainsi que le monti-entles quatre fêtes de Pâques, Jean, ii, 13; v, i ; VI, 4; XI, i) (Patrizi, De evangel., lib. 111, diss. xlvii, n° 5), et que, selon l'opinion commune, il ne dépassait guère 33 ans, on est d'accord pour placer la naissance de Jésus-Christ en 747 (2ö de notre ère), son baptême en 778, et en 782 sa mort. Les anciens (Cl. Alex., loc. cit.; Orig., Cont. Cels., iv, 22), comptent quarante-deux ans et trois mois depuis la passion de Jésus-Christ jusqu'à la ruine de Jérusalem. Comme celle-ci tombe en l'an 70, nous sommes amenés à placer la Passion dans la vingt-huitième année de notre ère.
L'opinion de saint Irénée, ii, 22, qui donne 40 années au Sauveur, et celle des Alexandrins, qui, avef les valentiniens et les gnostiques, interprètent mal Is., LXi, 2 col., Luc. iv, 19, et restreignent son ministère public à une année, sont isolées. Ce dernier sentiment était déjà combattu par saint Irénée. On croit généralement que le Sauveur est né le 23 décembre. Cependant quelques anciens chrétiens acceptaient le 24 ou 25 pachom (19 mai), d'autres le 20 avril ;Clem. Alex., Strom., I, xxi). Le 23 mars passe pour le jour de sa mort. Ouelques-uns admettent le 23 phamenoth (20 mars) ; d'autres le 19 ou 23 pharmouth (3 et 7 avrili. Clem., loc. cit.; Epiph., Hœres.,Li, n° 26.
On croyait généialement que le Messie devait descendre de David (Matth., XXII, 42). Les généalogies des évangélistes parlent directement de Joseph et non de Marie, parce que ce n'était pas l'usage de dresser les généalogies par les femmes. Or, Marie était de la même race que Joseph. Hier., Com. in Matth., cap. i; Joan. Dam., F. 0. FV, xiv,p. 274. éd. Le Quien.
Les différences en saint Matthieu, ch. 1"=% et en saint Luc, m, 23 et s., s'expliquent par les mariages de lévii'at et par cette raison que saint Matthieu établissait la descendance légale du Sauveur à partir de David par Salomon, et saint Luc, sa descendance naturelle par Nathan; ou de ce que le premier a voulu montrer qu'il descendait légalement de Joseph, tandis que le second a décrit sa descendance mystérieuse et véritable. (Joan. Dam., loc. cit.; Haneberg, Bibl. Offend., p. 342; Kurtz, Lehrb. der hl. Gesch., 1833, p. 199.) D'après ses devanciers (Jules Africain, ap. Eus., Hist. eccl., I, 7, in fine; cf. Niceph., Call., I, xi); Théophylacte, In Luc, cap. m (^Lgue, t. CXXIIJ, p. 744;, appelle Joseph lils
de Jacob, selon la réalité, fils d'Héli (Luc, m, 33), selon la loi. La généalogie de Jésus a été de bonne heure un objet de controverses. (Orig., Contra Cels,, lib. III, cap. xxxn.)
Enfance de Jésus-Christ.
3. L'Enfant nouveau-né reçoit les hommages du ciel par l'entremise des anges, les hommages des fidèles humbles et innocents, par l'entremise des bergers de Bethléem; les hommages des païens qu'il convertira un jour, par l'entremise des mages; les hommages des prophètes et des prêtres, par l'organe de Siméon, de Zacharie et de son fils Jean; les hommages des femmes et des veuves, par l'intermédiaire d'Elisabeth et d'Anne.
Les apparitions merveilleuses qui précèdent et suivent la naissance de cet Enfant, le nom significatif qui lui est donné par l'ange (Jeschua pour Jéhosclma), sa délivrance miraculeuse des dangers qui le menacent, notamment de la part d'Hérode, qui tremble dans sa forteresse royale et fait massacrer par jalousie les enfants de Bethléem, sans pouvoir atteindre celui qu'il recherche ; son appai-ition dans le temple de Jérusalem à l'âge de douze ans, tout cela révèle un personnage vraiment extraordinaire.
Et pourtant ce merveilleux nouveau-né, sur lequel on accomplit, comme sur le moindre des enfants de son peuple, toutes les prescriptions de la loi, la circoncision le huitième jour, la présentation au temple accompagnée d'offrandes, il vit dans la petite ville de Nazareth, soumis à sa mère et à son père putatif, le charpentier Joseph ; de là son nom de Fils du charpentier*. Aux préjugés aristocratiques de l'ancien monde, à son mépris des ouvrages manuels, Jésus-Christ, tout en paraissant sur la terre, oppose l'humilité. La parole qui bientôt sortirait de l'échoppe du charpentier, allait abattre cet orgueil.
Jésus, à mesm^e qu'il croît en sagesse et en grâce*, manifeste au dehors, dans sa vie et par ses actes, la vertu divine qui repose en lui et y sommeille en quelque sorte. Il ne reçoit point d'instruction humaine proprement dite; les Juifs, qui dans la suite admireront sa sagesse, savent qu'il n'a pas appris
^ Marc, VI, 3. — ^ Luc, ii, 10, 50.
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l'alphabet. On ne saurait prouver qu'il ait eu des relations avec les esséuiens ; il ne prenait aucune part aux pratiques rigoureuses par lesquelles ils célébraient le sabbat, ni à leurs fréquentes ablutions, ni à leiu-s méthodes d'enseignement, ni à leurs spéculations. L'enseignement humain, tel qu'il se donnait alors, eût été incapable de faire de lui ce que nous le voyons paraître. Il réunissait, en vertu de l'union hypostatique, la science humaine et la science divine; la plénitude de la divinité résidait en lui avec tous les trésors de la sagesse et de la science'. Et toutefois, il se conforme aux usages de ses contemporains et ne commence son ministère pubUc qu'à l'âge de trente ans.
Les hommages rendus au Sauveur par les différentes classes sont magnifiquement décrits dans Ord. Vitalis, Hist. ecd., I, i, in fine (Migne, t. CLXXXVIII, p. 20). Sur les noms des trois Mages au moyen âge, Petrus Comest., Hist. ev., cap. viii (ibid., t. CXCVni, p. 1542). Le meurtre des enfants de Bethléem est mentionné par Macrobe, Saturn., II, IV, qui écrit Syrie pour Palestine, ou S)T"ia Paleestinse. Zacharie doit avoir été alors mis à mort par Hérode, parce qu'il avait soustrait son fils à ses ordres ^Petrus Alex., Ep. can., c. xiu; cf. Orig., Com. ser. in Matth.; Migne, t. XIII, p. 1630 et suiv.) Cette tradition, qui semble empruntée de Matth., xxiii, 35, et qu'adoptent encore Casaubon, Montacucius, Tillemont, est rejetée par saint Jérôme, Comm. in Matth., loc. cit. Sur la croissance de Jésus, voy. Joan. Dam., F. 0., 111, xxii, p. 246 et seq.; De duabus volunt., n"* 38, p. 3oO; Lieber, Leber das Wachsthum Jesu in der Weisheit, Regensb., 1850. 11 n'est pas démontré que Jésus enfant ait opéré des miracles, comme le veulent quelques apocryphes et comme le soutenaient divers auteurs contre les gnostiques, qui ne lui accordent le don des miracles qu'après son baptême. Sepp (Vie de Jésus, II, p. 61) le nie, mais ü exagère évidemment quand il traite l'autre opinion d'hérétique. Ce passage, Jean, ii, 11, peut aussi s'entendre du premier miracle « notoire. » Hausrath (ci-dessus, Ij, i, p. 370, nie également que Jésus ait eu des rapports avec les esséniens.
Saint Jean-Baptiste.
4. Avant Jésus-Christ parut le dernier des prophètes, son précurseur Jean-Baptiste, destiné à lui préparer les voies dans lesprit et la vertu d'Eue*. Imitant la vie mortifiée des Nazaréens, Jean flétrit de sa parole austère les vices dominants et
' Coloss., Il, 3, 9. — * Luc, I, 17; Marc, ix, 11 et suiv.; Matth., xi, 13; Malach., iv, 5 et suiv.
158 mSTOTRF DR l'église.
invite lés cœurs à la pénitence. Il administre le baptême de l'eau, symbole de la purification intérieure. Plusieurs, s'empressent autour de lui, persuadés qu'il est le Messie; mais il proteste qu'il est simplement la voix de Celui qui crie dans le désert, que le Sauveur a été avant lui, et qu'il paraîtra après lui '. Jésus va le trouver au Jourdain pour se faire baptiser : 1° Fils de Dieu, il veut imprimer au baptême de Jean un caractère surnaturel et divin; 2" fils de son peuple, il veut sïncliner devant le signe de la dette nationale ; 3° il veut montrer aussi qu'il a pour mission de remplir la volonté de Dieu et de s'abaisser lui-même, et 4" élever enfin le pressentiment de Jean-Baptiste à Tétat de certitude et le sanctifier lui-même. Lorsque Jean, après avoir hésité d'abord, eut baptisé Jésus, une révélation divine attesta que celui-ci était vraiment le Fils bien-aimé du Très-Haut ; elle le glorifia par le témoignage du Père et du Fils, et fit de Jean lui-même un témoin inspiré de Dieu, qui allait prêcher désormais l'Agneau qui efface les péchés du monde, annoncer l'accroissement de la puissance de Jésus et le déclin de la sienne ^
Plus tard, saint Jean fut emmené captif dans la forteresse de Machare par Hérode Antipas, qui lavait d'abord écouté lorsqu'il avait flétri son union incestueuse avec Hérodiade ; peutêtre Hérode voulait-il le soustraire à la vengeance de cette femme courroucée , peut-être aussi craignait-il son influence sur le peuple. Aux envoyés que saint Jean adressa de sa prison à Jésus, le Sauveur répondit en alléguant l'accomplissement des prophéties ^ et les miracles opérés par lui \ Dans la suite, plusieurs des disciples de Jean, qui fut enfin décapité dans sa prison par la méchanceté et la fourberie d'Hérodiade, se déclarèrent disciples de Jésus-Christ ; tandis que d'autres se tinrent à l'écart par suite de malentendus et formèrent longtedips un parti distinct (les chrétiens de Jean).
Buxdorf, Lightfoot, Welstein, Danz, Ziegler, Bengel, croyaient que le baptême de Jean était identique au baptême des prosélytes juifs, ou du m'Oins qu'il en était une imitation. Cette assertion est combattue par
' Jean, i, 19-"27. — ^ Jean, i, 29; m, 20. — ' /s., xxxv, 4 et suiv., LXi, 1 et suiv. — * Malth.j xi, 2 el suiv.j Luc, viii, 19 et suiv.
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Paulus, de Wette, Reich, Schneckenburger, etc., et par la plupart des catholiques (Dœllinger, Heidenth., p. 807). Que le baptême de Jean fût de beaucoup inférieur au baptême de Jésus-Christ, les Pères l'ont déclaré à diverses reprises. Cyrill., Catech., m, n° 9. Basil., Exhort. ad bapt., n" 1; Naz., Or., xxxix, n° 17, p. 688; Tit. Bostr., In Luc, cap. m; Aug., Tr. V in Joan.; C. Ut. Petil., II, 33 et seq.; De bapt., V, x, 12. Voy. mon Photius, Hl, b83 etsuiv. Cette assertion de Bucer, Mélanchthon, etc., que le baptême de Jean avait la même vertu que le baptême de Jésus- Christ, a été condamnée par le concile de Trente, sess. VII, can. i. De bapt. Sur le baptême de Jésus, voyez Dœlliuger, Christenth. u. K., p. 3. Des ouvrages hérétiques, tels que le Kerygma de Paul (al. Pierre), disaient : « Christum (qui se serait avoué pécheur) ad accipiendum Joannis baptisma pœne invitum a matre sua Maria esse corapulsura, item cum baptizaretur, iguem super aquam esse visum » (Auctor de rebaptismate, cap. xvii; Op. Cypr., éd. Hartel, part. III, p. 90). Sur les chrétiens joannites, Act., xviii, 23; xix, 1 et suiv.; Clem., Recognit., I, 54, 60 ; Vigil. Taps., lib. I, Contra Arium, Sabell. et Photinum, c. xx. Après 1650, des missionnaires carmes découvrirent encore à Basra et à Suster quelques hérétiques qui se nommaient Nazoréens ou Mendéens, et que les Turcs appelaient Zabiens (Sabsei). Ignatii a Jesu, Psarratio originis, rituum et errorura christianorum S. Joan., Rome, 1632, in-8°. Matth. Norberg publia à Londres en 1813 le Codex Nazaraeus, liber Adam appellatus, syriace transcriptus latineque redditus; nous possédons aussi des fragments de deux autres écrits du même Divan et du Liber Joannis (Aixhalhangelus a S. Theresia, Ep. ad Rob. Huntington, d. d., Bassorse, 28 nov. 1681 ; Fabricius, Cod. pseudepigr. V. T., p. 27- 29). La langue des quatre livres sacrés des chrétiens joannites est dans le dialecte araraéen, qui tient le milieu entre le syrien et le chaldéen. Ils se disent des bords du Jourdain et croient qu'ils en ont été expulsés par les mahométans. Voyez les notices dans Gieseler, Burckhardt (Strasbourg, 1840), et Dur (art. Zabier, Freib. K.-Lex., XI, 1231 et suiv.).
Les travaux de Jésus-Christ.
5. Après son baptême, Jésus se retira dans la solitude du désert, où, en sa qualité de second Adam, il fut tenté par le démon. Il avait commencé sa vie publique et témoigné par sa doctrine et ses œuvres qu'il était le vrai, le suprême idéal de l'humanité. Il annonce d'abord la vérité en Galilée, puis en Judée, et il l'annonce telle qu'il l'a reçue de son Père. Le Dieu unique et Père de tous les hommes, plein de sainteté, de bonté et de justice, et dont la providence s'étend aux moindres objets, l'a envoyé dans le monde pour appeler les pécheurs elles convertir, pour dissiper les ténèbres du monde, car il est la voie, la vérité et la vie. S'il demande qu'on croie
à sa dignité messianique et à son origine divine, il les démontre par des merveilles et des prophéties, par les témoignages de l'Ancien Testament, de saint Jean-Baptiste et de son Père céleste. Il commence sa lutte contre les vices des pharisiens, à qui il reproche de défigurer la loi. En sa qualité de seigneur et de maître, de législateur suprême ', il explique la loi qu'il est venu accomplir et transfigurer*. Élevé audessus de tous les partis juifs par la sagesse divine qui éclate dans la simplicité de son enseignement en forme de gnomes et de paraboles % il l'emporte infiniment sur toute la science humaine. Cependant il ne laisse pas de se soumettre personnellement à la loi mosaïque, de vivre dans l'abnégation et le renoncement. Sa vie et sa doctrine étaient en parfaite harmonie, et le monde jusque-là n'avait jamais vu une telle élévation unie à tant de grandeur morale.
Order. Vitalis, Hist. eccl., I, lu et seq. Les travaux de Jésus-Christ attestent clairement son triple ministère. Comme roi (Jean, xvni, 37), il manifeste sa puissance sur la nature, ou plutôt sur tout ce qui est au ciel et sur la terre (ibid., xxviii, 18; Jean, xvii, 2); cette puissance éclate par de nombreux miracles (les Évangiles en rapportent près de cinquante, ce qui est bien loin de la réalité), miracles de toute espèce, tels qu'en opéraient les prophètes, et par la communication des dons de la grâce à ses disciples (Mattli., x, 1,8; Marc, vi, 7, 13 ; Luc, ix, i ; Jean, xiv, 12). Jésus-Christ est désigné comme roi des Juifs par l'inscription de la croix (Jean, xix, 19); il apparaît comme roi dans son jugement, Matth., xxv, 31, 34, 40); comme Prince des rois de la terre, Roi des rois, Dominateur des dominateurs, dans l'Apocalypse, ii, 3 ; xvii, 14. Grand-Prêtre, il offre à son Père une parfaite louange et le sacrilice absolu de son obéissance (Jean, xvii, 4; viii, 29); il intercède pour ses disciples comme prêtre selon l'ordre de Melchisédech (Ps. cix, 4; Hébr., v, 5 et suiv.); il fait de ses disciples des prêtres (Luc, xxii, 19), etil termine sa vie par le sacrilice sanglant de la croix (Hébr., ix, 14).
Il se montre prophète non-seulement par la vérité qu'il enseigne, mais aussi par les prophéties les plus diverses. 11 prophétise : a. l'entrée de tous les peuples dans le royaume de Dieu, et l'exclusion de la majorité des Juifs (Matth., vin, 11 et suiv.; xxi, 43; b. la ruine de Jérusalem et la dispersion des Juifs (Luc, xni, 34 et suiv.; xix, 43; xxi, G, 24); c. la persécution des apôtres, les épreuves de son Église, sa victoire et sa propagation, Jean, xv, 18-21 ; Matth., xvi, 18; xxiv, 14; eu. la trahison de
> Matth., VII, 28. — » Ibid., v, 17. — ^ Ibid., xin, 34.
FONDATION F.T PROPAGATION DE l/ÉGLISE. 161
Judas, le renoncement de Pierre, le scandale des autres apôtres pendant sa passion (Matth., xxvi, 31 ; xxxiv, 73; e. le martyre de Pierre (Jean, XXI, 18); f. sa propre passion, sa résurrection et son apparition eu Galilée (Jean, ii, 19; ni, 14; xviii, 33; Matth., xx, 17 et suiv.; xxvi, 32 ; Marc, X, 32 et suiv.); g. la descente du Saint-Esprit (Jean, xiv, 26; xv, 26; XVI, 13; Luc, xxiv, 49; Actes, i, 8|; /*. la fin du monde et son avènement comme juge (Matth., xxi. 30; xxvi, 64; Marc, xiii, 24 et suiv.).
Fondation de l'Église.
6. Le Dieu-Homme ne voulait pas agir comme ferait un bienfaiteur ordinaire de l'humanité, d'une manière transitoire, en vue seulement de son époque et de son entourage. Son œuvre devait subsister dans tout le cours des siècles et fructifier pour tous les peuples, pour les païens comme pour les Juifs '. Il y pourvut par la fondation de son Église, société extérieiu'e et visible. Voici comment eut lieu son établissement : 1° Jésus assembla autoiu' de lui des disciples et des adhérents, un groupe considérable de pieuses femmes et autres personnes dévouées, un autre groupe plus restreint de soixante-douze disciples*, puis un autre plus restreint encore de douze disciples choisis, qu'il nomma apôtres ^ Il mit à les instruire une patience infatigable; ce furent les apôtres qu'il initia le plus complètement à sa doctrine, car il voulait en faire des pécheurs d'hommes *. Il leur conféra de plus un pouvoir social, en les autorisant à diriger les fidèles et à dispenser les mystères du salut. Comme il avait été envoyé par sou Père, ainsi il les envoya ; ce fut lui qui les choisit ^ et non pas eux qui se choisirent eux-mêmes ''. Le développement de son royaume devait donc se faire du haut en bas ; tout devait se rattacher à des personnalités vivantes et autorisées ; la société établie par Jésus-Christ était une société de membres inégaux entre eux, composée d'enseignants et d'enseignés, de chefs et de subalternes.
Les douzes apôtres, dont le nombre correspondait à celui des douze tribus d'Israël, répondait aussi aux diverses tendances intellectuelles de l'humanité. Les douze appartenaient tous aux conditions inférieures et n'avaient point reçu d'in-
' Jean, x, 16; Matth., xv, 24; xviii, 19; Marc, xvi, 16; Luc, xiv, 23. — » Luc, X, 1 et suiv.— ' Jean, i, 37 et suiv.; Luc, vi, 13 et suiv.; Matth., iv, 18 et suiv. —* Luc, v, 1-H. — • Jean, xx, 21. — « Ihid., xv, 16.
1<»2 HlSTOlKii: DE LKGLISK.
struction particulière ; car ce n'est pas la vertu humaine, mais la vertu divine qui devait se révéler en eux et agir par leur organe. En les envoyant, Jésus leur promit TEsprit de vérité et son assistance perpétuelle ; il leur donna le don des miracles, la mission d'enseigner, le pouvoir de lier et de délier, de remettre les péchés et de les retenir, de célébrer en mémoire de lui le festin sacré qu'il avait institué ; il leur communiqua même la gloire qu'il avait reçue de son Père'. Destinés à prendre sa place, leur parole sera sa parole, et il se tiendra pour honoré de l'honneur qu'on leur rendra ^
Phillips, Droit eccl., I, §§ 9 et suiv., p. ö7 et suiv. — Si les noms des douze apôtres sont exactement indiqués (Matth., x, 2 et suiv.; Luc, vi, 13-16; Act., I, 13), les anciens documents ne donnent point le catalogue des soixante-dix ou soixante-douze disciples. Eusèbe, Hist. eccl., I, 12, n'en connaissait point; il mentionne seulement Barnabe, Sosthènes, Matthias, Thaddée et Céphas. Des temps subséquents, nous n'avons que les catalogues du Chron. Alex, et de Dorothée de Tyr (Migne, Patrol. graec, t. XCII, p. 521 et seq., 1060 et seq.). Cf. lib. m, De vita et morte Mosis, éd. J.-A. Fabricius, App. En faveur du nombre soixante-douze, on cite : Tatien, Ammonius, saint Épiphane, saint Augustin (Qusest. ev., n, cap. XL\); Constit. ap., II, 59, etc.; Baron., an. 33, n° 38.
Primauté de Pierre,
7. Mais afin qu'il y ait un centre d'unité pour les apôtres quand lui-même aura quitté cette terre, et afin que son royaume subsiste tel qu'il l'a fondé et dirigé, le Sauveur institue un chef visible dans la personne de Simon et lui donne le nom de Céphas (roc)^ Simon-Pierre, après avoir confessé que son Maître est le Fils du Dieu vivant, reçoit en récompense de sa foi la promesse que le Seigneur bâtira sur lui son Église, qu'il lui confiera les clefs du royaume des cieux, la souveraine puissance au sein del'Éghse. Après avoir attesté trois fois son amour, Pierre reçoit la mission de paître les agneaux et les brebis, c'est-à-dire tout le troupeau du Seigneur, dont il tient la place en qualité de pasteur. Comme il avait été tenté par Satan, le Seigneur pria pour lui en particulier, afin que sa foi ne défaillit point, car il avait pour devoir de confirmer ses frères. Si Pierre, par faiblesse humaine et nullement parce
1 Jean, xvii, 22. — * Luc, x. 16. — ^ Jean, i, ii.
FONDATION FT PROPAGATION BF l'ÉGUSE. \(^'^
que la foi intérieure lui manquait, renia par trois fois sou Maître, ainsi quil lui avait été prédit, cette chute ne préjudicia en rien à sa haute vocation, car celle-ci ne devait commencer qu'après la mort du Seigneur. Il apprit ainsi à compatir à l'infirmité des autres et sentit d'autant mieux le besoin d'être assisté d'en haut. Il expia sa faute par les larmes de la pénitence et par une nouvelle profession d'amour. x\près la mort de son Maître, Pierre entre aussitôt dans l'héritage qui lui est pour jamais assuré ; il est reconnu dans les Évangiles comme le premier des apôtres et célébré par la postérité chrétienne comme leur coryphée, comme la tête, le fondement et la pierre angulaire de l'Église et le docteur de lunivers.
J. a Bennettis (capuc), Privilegiorum S. Pelri vindiciee, Rom., Höo et seq,, G vol.; Passaglia, De preerogativis B. Pétri, Ratisb., 1851 ; Bellarmin, De rom. Pont., lib. I ; Phillips, op. cit., t. 1, §§ H-17, p. 6.d et suiv.; Dœllinger, Cliristenth. u. K., Regensb., 1860, p. 30 et suiv. SurMatth., xvi, 16-19, voyez Hilar., Hier., Chrys., In h. loc; Leo M., Serra, m, cap. m; Serm, lxxxiii; Ep. lxxix ad ep. Vienn. Le texte ne pei'met aucunement, ainsi que le veut Calvin (Inst., iv, 6), de rapporter à Jésus-Christ même les paroles « super hanc petram, » car l'original poi'te deux fois Céphas ; la contextui-e du discours serait détruite, et '< l'ego dico tibi, -> qui précède, deviendrait inutile. (Bellarmin, loc. cit., c. X.) Les Pères rapportent ces paroles à Pierre et à sa foi, et ils l'appellent simplement « petra Ecclesiee. » Ainsi, Tertullien, De praescr., cap. xvi ; Cypr., De unitate Ecclesiœ, cap. iv (super unum aediticat Ecclesiam;; Hippolyt., In S. Theophan., n. 9; Orig., ap. Euseb., VI, 25; Hom. v in Exod., n. 4 (Migue, t. XH, p. 329 : « Magnum Ecclesise fundamentum et petra solidissima, super quam Christus fundavit Ecclesiam »); Hom. VII in Isa. (Migne, t. XIII, p. 247 : « Petrum, cui portœ inferi non invalescent »); Basil., Contra Eunom., II, 4, p. 240, éd. Maur.; Greg. >'az.. Or. xxviii, n° 19, p. ölO; Or., xxxii, n" 18, p. o91 : Tcâvtwv fXptaToù (j-aôr,- Twv) ôvTwv it'\ir,\ü>y ... ô (lèv Tûérpa xa),EÎTat xai to'j; ÔîixîXiou? rr,; £xy.),r,(7taç Tticr- TE-jetat. Aug., In Ps. LXix; Serm. xxix de Sanctis: C. Gaud., ep. ii, 23 ; De bapt., ii, 1. Sur le pouvoir des clefs, Isa., xxii, 21, 22; Apoc, i, 8; m, 7, et sur les rabbins, Sepp, Leben Christi, II, ii, p. 275 et suiv. Les Pères désignent communément saint Pierre par le titre de xXsiooûxo;, Cyrill., Calech., xvii, n° 27; Ephrem., In S. Apost., Op. gr., III, 464; Sur Jean, xxi, 5 et suiv.; Ambros., In Luc, lib. X, cap. xiv : « Clmstus ascensurus in cœlum « vicarium amoris » sui erga gregem Petrum reliquit et omnibus eum apostolis antetulit. » Sur le sens de « paitre » dans la langue de la Bible, voy. Ps. ii, 9; coll. Apoc, ii, 27; Mich., v, 2, coll. Matth., Il, 6: Ps. lxxvii, 70 et suiv.; Ps. Lxxrx, 1 et suiv.: II Rois,
Ib4 HISTOIRE DE l'ÉGLIS1£.
V, 2; Ezech., xxxiv, 23; Isa., xliv, 28; I Parai., xvn, 6; Jer., xxiii, 4; Ps. XXII d ; Act., XXII, 1, et Ghrys., Hom. lxv, al. lxvi, in Matth., n° 4. (Migne, t. LVIII, p, 622); Bern., De consid., II, 6, 10: Passaglia, loc. cit., lib. II, cap. xxvii, n" 240, p. 391 et seq.; Ad. Mayer, Comraentar. zu Joli., Fribourg, 1845, t. II, p, 415. La Faculté de Cologne disait en ICI 8 : « SS. Patribus pascere omnia complectitur quse ad Ecclesiae reginien requirnntur. » (Du Plessis d'Argentré, III, ii, p. 199). Sur Luc, xxii, 32, Cyrille d'Alex. (Migne, t. LXXII, p. 916j fait cette remarque :
y£voü GTTipiyijia xal St5à(rx.a)-o; twv oià 7i{<7T£w: 7rp0CTt,ôvTWv i\Loi. Saint Chrysostome, Hom. 111 in Acta, n° 3 (Migne, t. LX, p. 37), démontre, à propos de ce passage, que Pierre, en sa qualité de îïàvt«: ây/eipiffOst;, eut la baute direction dans l'élection de Matthias. Voyez encore Chrys.,Hom. lxxxu, al. Lxxxiii, in Matth., n° 3 (Migne, t. LVIII, p. 741); Aug., De corrept. et grat., cap. viu; Leo M., Serm. IV, cap. m; Gelas., 1; ap. Jaffé, Reg., p. 54, n° 384; Greg. M., lib. IV, ep. xxxii; lib. VI, ep. xxxvii. Saint Pierre est encore distingué des auti'es : 1° en ce que Jésus-Christ le fit marcher avec lui sur la mer (Matth., xiv, 28); 2° en ce qu'il monta dans sa barque et lui accorda une pêche merveilleuse (Jean, xxi, 2 et suiv.; Luc, v, 3 et suiv.). Aug., Tr. xxii in Joan.; Ambros., In Luc, loc. cit.; Ps. Ambros. de mirab., serm. xi; Greg. M., Moral., Vn, xxvi, 37); 3° en ce qu'il acquitta pour lui-même et pour Pierre le tribut du temple (Matth., xvii, 24-27; voy. Chrys., Hom. lxxxviii, al. lxxxix, in Matth., n« 2 (Migne, t. LVIII, p. 568) : elôeç xà Û7î£p6âUov ty)? TiiJi9i;. Dans les textes des apôtres (ci-dessus, 6, voy. Marc, m, 16-19), Pierre occupe le premier rang. 11 est dit : Pierre et les onze (Act., n, 14); Pierre et ceux qui étaient avec lui (Luc, vui, 45 ; ix, 32). En saint Matthieu, x, 2, il est appelé irptôxoç, bien qu'il ne soit pas le premier par la vocation. Eusèbe, Hist. eccl., II, 14, l'appelle xôv xapTcpôv xaè [xéyav xwv àTtoarôXwv, tov à.çzxr\i Evexa twv ),otT:wv àTravxwv upo^oyopov ; saint Athanase, In psal. xv,n" 8 (Migne, t. XXVII, p. 105), le coryphée; saint Cyrille de Jérusalem, Catech., xvii, n° 27, p. 997, le npoaTaTYiç des apôtres (cf. Catech., I, n° 19; II, n° 3; VI, n" 15); saint Épiphane, Hœr. LI, n° 17 : tôv àpxYiyôv des disciples; Heer, lix, n° 7 : tôv xopuyaiôxaxov Twv à7tO(Tx6),(<)v, o; yéyovEv rjjAtv à),r,8w; ffXtpsà Tîsxpa OcfjLsXioûca xr.v Ttiffxiv Toûxypîoy: Gi'égoire de Nazianze, Or., ix, n. 1, p. 235, éd. Maur. : tô xyj; £xx).r,<7ta; £p£i(T|j.a-, Chrysostome, Hom. de 10 mill. talent, debitore, u° 3; Hom. IV in Isa., cap. \i (Migne, t. LI, p. 20; t. LVI, p. 123); <rrü),o; et xpinitlç xYiç £xx),r|(7taç-, Hom. LXXXVIII, al. Lxxxvu, in Joan.. n"^ 1 : xr,? olxo^iiÉvriç 5i5à(7xa),oç.
On a prouvé plusieurs fois que Jésus-Christ, en fondant la primauté sur Pierre, avait établi une institution analogue au souverain-pontificat des Juifs. Voy. Al. Vincenzi, Lucubrationes bibhcae, Rome, 1872; Luc, 1, p. i-82; Macar. JEg., Hom. xxvi, cap. xxiii (Migne, t. XXXIV, p. 689) : nÉxpoç MwffÉa oieoéicno, xt)v xatvyjv IxxXïiaîav Xpi<7xoü xai xi^v àXyjOtvriv lepaxTÛvriv £yy£iff6£Îç. Dans les catacombes, Pierre est souvent représenté sous la figure de Moïse et identifié avec lui. Krauss, Roma sotterranea, p. 299.
FO.NDAl'ION JiT PHOI'AfiATION UV. L KGLTSK. Kl'i
Sainl fircgoire de Nazianze, Or. xxxix, n" 18, p. 68!J, od. Maiir., dit, à propos du renoncement de Pierre : « Jésus releva l'illustre Pierre, qui avait ressenti quelque chose d'humain dans la passion du Seigneur, et il guérit le ti-iple l'enoncement par la triple confession. » Origène rappelait déjà (Com. séries, in Matth., n" 15; Migne, t. XllI, p. 1762 et suiv.) qu'en ce moment le Saint-Esprit n'était pas encore descendu sur les apôtres; que Pierre pécha dans le vestibule de Caiphe, au lieu de la tentation, avant la pointe du jour et avant que la rédemption fût accomplie; qu'il fut puni de sa promesse faite à la légère et de sa présomption, mais qu'il en l'etira le plus grand avantage, en devenant vraiment fort et persévérant. Voyez t. XXXIl in Joan., n° 3 (Migne, t. XIV, p. 733); Leo M., Serm. lx, cap. iv : « Petrus, ancilla sacerdotis calumniante perterritus, ex infirmitate periculum negationis incurrit, ob hoc, sicut apparet, hœsitare permissus, ut in Ecclesiae principe remedium pœnitentise conderetur, et nemo auderet de sua virtute confidere, quando mutabilitatis periculum neque B. Petrus potuisset evadere. »
Propriétés de l'Église.
8. Ainsi fut assurée au royaume de Jésus-Christ, à l'Église, celte unité qui allait être dans tous les siècles la preuve irréfragable de la divine mission de Jésus-Christ '. La conservation de cette unité exigeait l'accord de tous les fidèles avec Jésus-Christ et avec les chefs institués par lui, avec Pierre et les autres apôtres, puis l'exclusion de toute doctrine opposée.
Ces chefs de l'Église devaient être sanctifiés dans la vérité % l'Église demeurer sainte et immaculée ^ soutenue par le génie héroïque de l'amour, animée d'une sainte ardeur pour la perfection dont le Père céleste lui a donné le modèle '\ Pour atteindre à l'universalité, il fallait veiller incessamment à la propagation de la doctrine céleste et garantir la succession du ministère apostolique, jusqu'à ce que la mission terrestre de l'Église fût consommée '. C'est ainsi que le royaume du Fils de Dieu, sans être de la terre ^ fut fondé sur la terre et pour la terre. Ce royaume, c'est l'Église catholique, dans laquelle seule se sont accomplies les prédictions des prophètes sur le règne impérissable du Messie '.
Les Pères démontrent souvent que les prophéties de l'ancienne loi
^ Jean, xvii, 20 et suiv. — * Ibid., xvu, 17, 19. — ^ Épli., v, 23 et suiv. — * Matth., V, 48. — ^ Éph., iv, M et suiv. — ^ Jean, xviii, 36. — ' Is., ii, 2 ; !X. 6; XLix, 6; li, 4; Dan.,, ii, U; Malach., i, 11,
Iü6 IllSlOllŒ DE l'église.
se sont accomplies dans l'Église, par exemple : saint Cyrille, Catech,, XVill, n° 25 el seq.: Aug., De unit. Ecoles.; Brevic. Collât., Contra Donat., die 111.
Jésus et ses ennemis.
9. La fondation de l'Église suivit une marche parallèle à la prédication du Sauveur. Deux disciples de Jean-Baptiste, André et Jean, furent les premiers qui s'attachèrent à lui et le reconnurent pour leur maître. Vint ensuite Simon, frère d'André et depuis surnommé Céphas, puis, sur le chemin de Gahlée, Philippe, qui fut suivi de Nathanaël (Barthélémy). Déjà le miracle de Jésus à Cana, en Galilée, faisait sensation ; les acheteurs et les vendeurs expulsés du temple avec une majesté toute divine et sans que personne osât y contredire, les nombreuses guérisons de malades accrurent encore son autorité. Cependant, l'opposition des pharisiens allait grandissant, et les douze apôtres choisis par Jésus-Christ étaient toujours timides et vacillants dans la foi.
Jésus opérait surtout dans la Galilée; il s'intéressa aux Samaritains, détestés des Juifs, se montra à Pierre, à Jacques et à Jean pour relever leur courage, leur donner un pressentiment de sa vraie grandeur, et aussi pour établir l'unité de l'Ancien et du Nouveau Testament. 11 leur prouva que le corps humain était susceptible d'être transfiguré, en se montrant entre Moïse et Élie dans le plein éclat de la transfiguration. Il leur prédit en même temps ce qui devait bientôt lui arriver. Moins il encourageait les espérances terrestres qu'on fondait sur le Messie, car il échappa au peuple qui voulait le faire roi *, plus il insistait avec force sur sa divine mission et son unité avec le Père, même au péril d'être lapidé par les Juifs aigris comme un blasphémateur -. Les espérances déçues d'un libérateur terrestre-, la haine du monde contre l'austérité de sa doctrine, la décadence de la religion juive, devenue tout extérieure, la colère des pharisiens hypocrites contre ses discours, l'inconstance et la créduhté du peuple soumis aux pharisiens amenèrent sa mort, et avec elle l'accomphssement des desseins de Dieu, le salut du monde, qui allait naître à la vie véritable.
^ Jean, vi, 15. — - Ibid., x, 20-39.
rONDATlON LT l'ROl'AdATlON l»li l/ÉGLISE. J (>7
Dœllinger, op. cit., p. 5 et suiv. Sur la mort de Jésus-Christ, voulue par lui-même et par les Juifs, Leo M., Serm. lxx, cap. i : « Quamvis ad salutem humani generis pertineret passio Salvatoris et seternse mortis vincula temporali sint Domini morte dirupta, « aliud » tarnen Crucilixi patientia, <■ aliud » crucifigentium egit insania, nec ad eosdem rerum exitus misericordia et ira tendebat, cum per ejusdem sanguinis effusionem Christus solveret mundi captivitatem, Judsei interficerent omnium Redemptorem. »
Résolutions du grand-conseil des Juifs.
iO. Déjà le grand-conseil des Juifs avait statué que quiconque reconnaîtrait Jésus de Nazareth pour le Messie serait exclu de la Synagogue '. La résurrection miraculeuse de Lazare ayant accru l'exaspération, ce décret fut suivi d'un second, qui allait amener l'arrestation du Sauveur et sa comparution devant le tribunal^. Jésus s'était retiré à Éphrem, près du désert. Mais le temps des précautions étant passé et son heure venue, plusieurs jours avant la fête de Pâque il sortit de ce lieu pour aller à Jérusalem en traversant Jéricho. Il annonce aux siens dans les termes les plus précis l'imminence de sa passion, de sa mort, mais aussi de sa résurrection. L'affluence du peuple à Jéricho était prodigieuse. Il arriva comme en triomphe dans la capitale des Juifs et fut accueilli par les acclamations de : « Hosanna au Fils de David ^! » Malgré les remontrances des pharisiens, il ne repousse point ces ovations de la foule ; il enseigne, il opère publiquement des guérisons dans le temple, sans que personne ose mettre la main sur lui; il écarte de son entourage les pharisiens et les sadducéens, et, pleurant sur Jérusalem et sur les péchés du peuple, le Fils de l'homme, qui est en même temps le Fils de Dieu, termine son enseignement public.
La dernière cène.
i I . Certain de la mort qui l'attendait, aussi bien que de son parfait triomphe, Jésus célèbre avec ses disciples le festin pascal prescrit par la loi ; il leur donne, dans le lavement des pieds, le plus touchant exemple d'humihté, et institue le sacrement de sa chair et de son sang précédemment annoncé * :
' Jean, ix, 22. — » Ibid., xi, 47, 33. - ' Matth., xxi, 8 et suiv. — ^ Jean, VI, 36.
I()S HISIOIHE JtJi LÉGLISE.
sacrifice sans tâche, sacrifice permanent de sou Église, centre du culte divin, festin de l'amour et gage de l'immortalité. A l'un des apôtres. Judas Iscariote, que l'avarice avait poussé à trahir son Maître, il témoigne une charité compatissante, et l'engage à se hâter d'accomphr son dessein. Après avoir rendu grâces, suivi de ses disciples inquiets et tremblants, il marche hardiment à rencontre du traître qui avait auparavant quitté la salle et amenait les archers.
Dœllinger, Paganisme et Judaïsme, p. 37. Voy. Ord. Vitalis, 1, 12. Jésus emmené captif.
12. Au jardin de Gethsémani, Jésus fut en proie à une violente angoisse^ car il se sentait, il se voyait chargé de la malédiction des péchés du monde entier. Cependant, résigné à la volonté de Dieu et raffermi par un ange, il se soumit en tant que homme à la plus douloureuse passion et fut obéissant jusqu'à la mort. La nature humaine se montrait en lui, mais relevée par une vertu surnaturelle.
Là, dans ce jardin, Jésus fut saisi par la troupe que conduisait Judas, lequel, retenu par la timidité, n'osa le faire connaître que par un simple baiser. Mais avant d'être lié, Jésus voulut faire sentir aux archers sa puissance surhumaine : ils tombèrent à terre, frappés par l'éclat de sa figure. Jésus, dans cette extrémité, n'a souci que de ses disciples, parmi lesquels Pierre montra seul une ardeur irréfléchie en tirant l'épée. Son divin Maître l'en reprit, guérit celui qui avait été blessé, puis s'abandonna volontairement à la bande envoyée contre lui par le grand-conseil.
Dœllinger, p. 39; Clirys., Hom. lxxxiii, lxxxiv, al. lxxxiv, lxxxv, in Matth. (Migne, t. LVIII, p. 743 et suiv.); Ord. Vitalis, I, 13. Le passage do Luc, XXII, 24, que quelques Syriens rejetaient, est admis par Photius, Ep. cxxxviiT, éd. Montac. (Amph., q. ccxix, p. 992), dans un sens atténué, ainsi que par d'autres Grecs et par des modernes (de Wette, ad h. loc., 1,128.)
Condamnation de Jésus.
13. La procédure du sanhédrin contre Jésus consista : 1" à employer la preuve du témoignage, qui échoua complètement
FONDAI M )X Kl l'ROl'AGATION DE LÉGLISE. IHO
par le défaut d'accord entre les témoins ; 2° à sommer Jésus de déclarer par serment s'il était le Messie et le Fils de Dieu ; sur sa réponse affirmative, il ne restait aux juges que l'alternative de le reconnaître comme tel ou d'avouer qull avait blasphémé Dieu : ils choisirent ce dernier parti et le déclarèrent digne de la mort'. Cette déclaration dénuée ée formes fut accompagnée d'outrages et de mauvais traitements. Cependant, pour ne pas assumer aux yeux du peuple l'odieuse responsabiUté d'une exécution, et afin de lui faire subir la mort ignominieuse de la croix, au lieu de le lapider, ainsi que le voulait la loi% le grand-conseil l'accusa de haute trahison auprès du gouverneur Pilate (sans mentionner le jugement déjà porté contre lui pour un prétendu blasphème). On se contenta de dire qu'il se donnait pour roi, défendait de payer le tribut à César et soulevait le peuple. Sur les réponses de Jésus, Pilate reconnut son innocence, et essaya d'échapper aux nouvelles instances des Juifs par des faux-fuyants. Informé que l'accusé était sujet d'Hérode Antipas, qui se trouvait alors à Jérusalem pour la fête de Pâque, il le lui envoya. Hérode se montra reconnaissant de cette attention; il espérait faire de Jésus le jouet de ses moqueries. Trompé dans son attente et n'ayant obtenu'de lui aucune réponse, il le congédia. Pilate essaya de lui faire rendre la liberté à l'occasion de la fête de Pàque. Mais comme le peuple, excité par les pharisiens, préférait à Jésus le meurtrier Barrabas et que la flagellation ne servit de rien, car la foule inhumaine ne fut nullement émue en voyant le Juste si horriblement maltraité, le faible procureur, menacé d'être accusé auprès de l'empereur, céda à la multitude déchaînée et ordonna le crucifiement.
A propos du texte, Jean, xviii, 31, on discute si, pendant la domination des Romains, le droit de vie et de mort fut enlevé au sanliédrin juif (c'est le sentiment de Wette), ad hune loc, p. 269, IV, etc.], ou s'il le possédait encore (Dœllinger, Append., II, p. 433-457. Voyez p. 40 et suiv.).
Mort de Jésus.
ti. Jésus donc, tel qu'une brebis qu'on s'apprête à égorger ^ fut conduit au lieu des exécutions, chargé du fardeau
' Mallh,, XXVI, 59 et suiv. — s Lécit., xxvi, 26.— * Is., lui, 7.
170 iiisToiuii Uli l'kglise.
de son supplice, et crucifié sur le Golgotha entre deux malfaiteurs'. Une soldatesque inhumaine se partage ses vêtements*; le peuple, les prêtres et jusqu'à un des larrons crucifiés avec lui le blasphèment, tandis que l'autre demande grâce et miséricorde ^. Ses persécuteurs joignent le sarcasme à l'insailte : s'il est le Fils de Dieu, qu'il descende de la croix*. On hii offre, pour étourdir ses sens, du fiel et du. vinaigre ^ mais il refuse d'en goûter, parce qu'il veut offrir son sacrifice dans la pleine possession de lui-même. Parmi les disciples, Jean seul est au pied de la croix avec la Mère de douleur. Jésus l'a recommandée à son disciple bien-aimé ®. Les souffrances augmentent sans relâche ; la nature humaine du Sauvem' en paraît accablée, et il laisse échapper ces paroles du Psalmiste qui avait prédit sa Passion : « Mon Dieu! mon Dieu, pourquoi m'avez- vous délaissé"? » Puis il annonce que « tout est consommé, » que l'ouvrage de la rédemption est accompli, et il remet son âme entre les mains de son Père.
Dœllinger, p. 41. Léon le Grand, Serm. lv, c. 4, explique ainsi le Consummatum est (.Jean, xix, 20) : <' Hoc est : completae sunt Scripturfe; non est amplius quod de insania populi furentis exspectem, nihil minus pertuli quam me passurum prœdixi. Peracta sunt mysteria intlrmitatis, promantur documenta virtutis. »
15. A sa mort des phénomènes étranges se passent dans la natm'e : le soleil s'obscurcit, la terre tremble, le voile qui couvrait dans le temple le Saint des saints se déchire, pour signifier que la mort expiatoire du Christ a détruit l'ancienne muraille de séparation et que l'accès du royaume de Dieu, du véritable sanctuaire, est ouvert à tous les hommes. Le Juste eut encore cet autre triomphe, que l'inscription posée par Pilate demeura à la croix, malgré l'opposition des Juifs. Le corps du Rédempteur, percé d'une lance pour plus de sûreté, rendit du sang et de l'eau, symboles de l'Eucharistie et du baptême. Le centurion païen confesse que Jésus est le Juste et le vrai Fils de Dieu^ Descendu de la croix, Jésus est confié
' Is., LUI, 12.— ï Ps. XXI ; Hébr., xxn, 19; Malth., xxvii, 35. — ' Luc, XXIII, 39-43. — * Ps. XXI, 8, 9; Sag., ii, 18 et suiv. — = Ps. lxvui, 22. — « Jean, xix, 26. - ^ Ps. xxi, 1, 2. — » Malth., xxvii, 51 : Luc, xxm, 47.
à un sépulcre nouveau creusé dans le jardin de Joseph d'Arimathie, qui avait sollicité cet honneur. Ce tombeau fut scellé et surveillé avec soin par des gardes, pour empêcher que les disciples ne vinssent enlever leur Maître.
Sur les phénomènes naturels qui accompagnèrent la mort de Jésus- Christ, Noël-Alexandre, Ssec. I, c. i, a. 5,n°C; Sepp, Heidenth., III, 268. Sur l'obscurcissement du soleil, Phlegon, Orig. c. Gels., II, xiv, 33, 59 ; Tract. XXXV in Matth.; Eus.,Chron., an. 2044; Tertull., ApoL, cap. xxi; Phot., BibL, cod. xcv; Suidas, Subv. «I'Xeyojv. Le soldat mentionné par saint Jean, xix, 44, devait s'appeler Longin; il mourut de la mort du martyre. Synaxar. gr., xvi; Oct., Acta SS. Mart., II, 376 et seq., 381 et seq,; Phot., Amphil., q. cccxi, p. 1160, éd. Migne ; Joseph d'Arimathie, Acta sanct., 17 Mart.; Phot., ep. xci, cxxii, éd. Montac. Il était facile, selon la législation romaine, d'obtenir le cadavre d'un supplicié pour l'inhumer. Dig. XLVIIl, xxiv, 2 : « Corpora animadversorum quibuslibet petentibus ad sepulturam danda sunt. »
Résurrection et Ascension.
16. On croyait avoir pour toujours extirpé de la terre ce Nazaréen détesté et anéanti sa doctrine ; on avait manqué le but. La mort ne pouvait retenir la vie ; l'Auteur même de la vie *, l'incorruptibilité, ne pouvait être sacrifié à la corruptibilité ^ Le Crucifié, ainsi qu'il l'avait prédit, sort du tombeau le troisième jour et fournit la preuve la plus convaincante de la dignité qu'il revendique. Le jour même de sa résurrection, il apparaît à Marie-Madeleine, puis à Céphas, aux deux disciples qui vont à Emmaiis, et bien avant dans la nuit aux disciples assemblés, qui osent à peine se fier à leurs sens. Ses autres apparitions ont presque toujours lieu dans la Galilée, qui renferme de nombreux fidèles et où il a commandé aux disciples de se rendre après la fête de Pàque. Là, près du lac de Tibériade, il est vu d'abord par sept disciples, et ensuite par plus de cinq cents autres. Un peu avant la Pentecôte, les apôtres, sur la demande du Sauveur, regagnent Jérusalem ; il leur apparaît à diverses reprises, leur montre son vrai corps, mais à l'état de transfiguration. Tous leurs doutes s'évanouissent. Thomas lui-même, qui avait été le plus longtemps incrédule, est pleinement convaincu de la vérité de sa
' Actes, m, 15. — * Ps. xv. 10; Actes, ii, 27, 31; xiii, 35,
11^2 ifisTüiHE im l'église.
resurrection et proclame Jésus son Seigneur et son maître*. Le Seigneur, après sa résurrection, demeure encore quarante jours auprès des siens, leur donne de nouvelles instructions pour la propagation de son royaume, leur commande d'attendre à Jérusalem la descente du Saint-Esprit, et, du mont des Olives, où il avait commencé sa Passion, il s'élève vers le ciel porté sur des nuages, d'où il redescendra un jour pour juger les vivants et les morts ^
Dœllinger, p. 41 et suiv. Les Grecs comptent dix ou onze apparitions (épiphanies) du Sauveur ressuscité j ils les rapportent un peu diversement. Voy. mon ouvrage : Photius, ITI, 544, et n° 52; Nicéph. Call., I, 34-36. On. en trouve dix aussi dans Ord. Vitalis, 1, xvi, p. 62 et suiv,; Petrus Comest., Hist. apost., cap. i, p. 1645. Sur les avantages que rinorédulité de Thomas valut à la postérité, voyez saint Grégoire le Grand, Hom. xxvi in Evang. Le titre de xOptoç, qu'Auguste et son fils adoptif Tibère avaient affiché (Dion. Cass., Hist. rom., lib. LV, § 12; Tacit., Annal., ii, 87), le Nouveau Testament le donne constamment au Sauveur.
17. Ce qui est compris dans ce court espace n'est rien moins que la vie d'un monde, et l'humanité ne connaît rien de comparable : c'est le centre de l'histoire pom* le passé comme pour l'avenir. Quel sentiment à la fois doux et puissant, une telle apparition n'a-t-elle pas dû laisser dans les cœurs ! L'art et la science n'ont point de tâche plus sublime que la reproduction de l'Homme-Dieu. Aussi les portraits du Sauveur ne faisaient point défaut chez les chrétiens des premiers temps; ils le représentaient presque toujours sous l'image du bon Pasteur. Au temps des persécutions, au contraire, plusieurs ne concevaient Jésus-Christ que défiguré par les souffrances , ou , suivant ce qui est dit en Isaie, lui, 2, 3, sans apparence extérieure, presque laid, portant sur lui la forme de l'esclave. Plus tard, quand l'Église triomphante eut vaincu ses ennemis, nous rencontrons le sentiment opposé (selon Ps. xliv, 3). Le seul récit de la vie de Jésus digne d'une entière créance se trouve dans les Evangiles canoniques, dont on ne saisit bien la noble simplicité et la véracité intrinsèque que lorsqu'on les compare aux descriptions heurtées et peu naturelles des
' Jean, xx, 24 et suiv. -- « Marc, xvi, 19 : Luc, xxiv, 51 : Actes, i, 9.
FONUATION El PROI'Ai.ATION UK I. KGI.ISK. 173
écritures apocryphes. Jésus- Christ hii-mème n'a rien écrit. Ses paroles pleines de vie et de vérité sont consignées dans les écrits de ses apôtres et de ses disciples, qui lui ont servi de mains, comme s'exprime l'évèque d'Ilippone '.
L'extérieur peu apparent de Jésus-Christ est attesté par Justin, Dial. contra Tryph., n. 8ö, 88; TertulL, De carne Christi, c. ix; Adv. Jud., c. xiv; Clém., Ptedag., 111, 1; Stromat., II, 5; 111, 17; VI, 17; Origène, Contra Celsum, VI, 75; tandis qu'au contraire saint Chrysostome, In Ps. xLiv, n. 2 (Migne, t. LXXXV, p. 185), saint Jérôme, Op., II, 6284, éd. Maur., relèvent sa beauté idéale. La différence des portraits de Jésus-Christ est constatée par saint Augustin, De Trin., VIII, iv; Phot., Ep. Lxiv (Amph., q. ccv, p. 948).
D'après Nicéphore Callixte, Hist. eccl., Il, xliii, qui décrit aussi l'extérieur de Jésus-Christ (lib. I, c. xl), le premier portrait du Seigneur aurait été peint par saint Luc. Édesse conservait, au huitième et au neuvième siècle, un portrait du Christ qui aurait été envoyé à .Vbgar (Ps. Damasc, ep. ad Theophil.; Le Quien, Op. Dam., I, 631 et seq.). Celui que mentionne Évagre, Hist. eccl., IV, 26, ne parait pas être le même.
Sur les portraits du Christ, voyez W. Grimm, Sage vom Ursprung der Christusbilder, Berlin, 1843; Héfelé, Freil). K.-Lex., II, 519-524; Glückselig, Christusarcheeologie, 1863. Sur les apocryphes (l.-A. Fabricius. Cod. apocr. N. T., Harnb., 1719 et suiv., ed. 2; Thilo, Cod. apocr. .N. T., Lips., 1832, t. I; C. Tischendorf, De apocryph. orig. et usu. Hall, 1850; Cod. apocr., 1850: Evangelia apocr., 1853; Hofmann, Leben Jesu nach den Apokr., Leipzig, 1851. Comp. Mœhler, Patrol., p. 934). Principaux évangiles apocryphes : l'Évangile de Nicodème, Historia Josephi fabri lignarii, en arabe ; l'Évangile arabe de l'enfance de Jésus, le protoévangile de saint Jacques, l'Évangile de saint Thomas. Us ont en partie une origine hérétique et ont été la plupart employés dans le (]oran (Augusti Christologiœ coranicée lineamenta, léna, 1799). Ils contiennent beaucoup de fables et quelques vérités (P.-J. Peltzer, Hist. u. dogmengesch. Clémente in den apokryphen Kindheitsev., Wurzb., 1864). Sont également apocryphes les lettres de Pilate à Tibère et à Claude (Thilo, loc. cit., p. 796; Tischendorf. Cod. apocr., p. 392, s. 411), qui paraissent être la source des àva-popà Hili-zoyj, phis détaillés. Justin (ApoL, I, 35, 48) et TertuUien (ApoL, c. viii, 21) mentionnent, il est vrai, des actes de Pilate; mais ils n'ont presque rien de commun avec ceux-ci. Eusèbe, Hist. eccl., IX^ v, se plaint que les païens aient fait circuler de faux actes de Pilate. Au lieu de ceux qui sont perdus et qui étaient authentiques, il est probable qu'on en propagea de faux, que les chrétiens arrangèrent ensuite à leur manière. Quelques quartodécimans invoquaient aussi ;
^ Aug., De consensu evany., III, cap. ull.
Epipli., H. L, n. {. Voy. en outre H.-P.-C. Henke, De Pilali actis probab., Helmst., 1784; I.-W.-I. Braun, De Tiberii Christum in deoruni numerum referendi consilio, Bonn, 1834. La lettre de Lentulus (prétendu ami de Pilate) au sénat romain (Fabricius, loc. cit., I, 301), avec une description de la figure de Jésus-Cbrist, est également apocrjpbe. Il y a plus de raisons en faveur de la correspondance d'Abgar, prince d'Édesse, avec .Jésus; Eusèbe, Hist. ecclésiast., I, xiii, la rapporte en grec, d'après les Archives de ce lieu (Original, de Cureton et Bright, Ancient Syriac documents, London, 1861, n. 11. Son authenticité est soutenue par Weite, Tüb. Q.-Schr., 1842, p. 335; Rinck, lUgens Ztschr. f. bist.j TbeoL, 1843, II, art.), et Scbœnfelder, Quart.-Scbr., 186.^. Voy. Moses, Choren. Hist. Armen., H, 29-31; Assemani, Bibl . or., î, p. 3o4, III, ,ii p. 8; Natal. Alex., Seec. I, Diss. m.
Cette courte lettre ne contient rien qui soit indigne de Jésus-Christ; mais l'ensemble soulève encore bien des difficultés. De tout ce que nous savons de Jésus-Christ en dehors de la Bible, le document le plus digne de créance est Ja lettre syrienne de Mara à son Sérapion (édit. Cureton, Spicil. syr., London, 1853), écrite de l'exil vers 73, lettre de consolation où Jésus-Cbrist, sage roi des Juifs, est comparé à Pythagore et à Socrate, et sa mort présentée comme la cause de la ruine de l'État juif. Différentes paroles de Jésus-Christ tii'ées des écrits des Pères et transmises dans un Cod. cantabr (voy. Hofmann , loc. cit., p. 317; Guericke, Hist. eocL, I, p. 43, n. 3, LX, etc.), sont en partie douteuses.
§ 2. Travaux des apètres.
La Pentecôte.
18. A l'Ascension du Seigneur, son Église comptait cinq cents frères en Galilée, et à Jérusalem cent vingt personnes, y compris les apôtres. Ceux-ci^, sur la proposition de Pierre, venaient de compléter leur collège, en élisant deux hommes à la place du traître et du suicide Judas, Joseph Barsabas et Matthias, ce dernier choisi par le sort. Dix jours après l'Ascension du Seigneur, à la Pentecôte des Juifs, le Saint-Esprit, ainsi qu'il avait été annoncé, descendit sur les apôtres et les disciples assemblés, au milieu d'un vent violent et sous forme de langues de feu. Par le don des langues accordé à ses apôtres, Jésus-Christ déclare que ses ministres seront aptes désormais à exécuter la haute mission qui lernest confiée, que la séparation des langues et des peuples est supprimée, et la nouvelle alliance étabhe par Jésus-Chiist définitivement scellée.
Les disciples, naguère si timides, sont animés d'un courage
FONDATION ET f'ROl'AGATION HE h ÉGLISE. 17,")
invincible. A la prédication émouvante de Pierre, trois mille personnes, accourues dans Jérusalem de diverses contrées à l'occasion de la fête, reçoivent le baptême. Quand on voudrait, contre le texte de saint Luc, interpréter natuellement le premier miracle de la parole en diverses langues, il resterait toujours le miracle de la conversion soudaine de ces milliers de personnes et du changement complet qui s'est opéré dans leurs esprits, miracle plus grand que ceux que le Seigneur lui-même a opérés*.
Voyez en général Néander, Gesch. der Pflanzung u. Leitung der christ). Kirche, Hanihourg, 1832 et suiv., 4« éd., 1847,2 vol.; Lechler (ci-dessus A. 31); Tiersch, Die Kirche im apostol. Zeitalter, Francfort, 1852; Hausrath ^ci-dessus I, 1), 2 vol., Heidelh., 1872; surtout Dœllinger, op. cit., p. 42 et suiv. Sur Act., i, 15-26 : Natal. Alex., Seec. 1, diss. VI ; Stronck, De Matthia in apost. ordinem sorte cooptato, Dord.,
Sur Act., 11, 1 et suiv. Ce don des langues n'est pas expliqué avec détail; c'est probablement le même que celui dont il est parlé I Cor., XIV. Il se peut, ou que chacun ait entendu les apôtres dans sa propre langue (sentiment de Schneckenburger), ou que les apôtres aient parlé successivement difl'érentes langues (sentiment de Dœllingei'); la dernière supposition est plus vraisemblable. Aug., Serm. clxxv de verb'. apost.; I Tim., I : « Loquebatur tune unus homo omnibus Unguis, quia locutura erat unitas Ecclesice in omnibus Unguis. » Serm. cclxvi in vigil. Peut., n" 2 : « Futura Ecclesia in omnibus Unguis preenuntiabatur. Unus homo Signum erat unitatis, omnes linguœ in uno homine — omnes gentes in unitate. » Saint Grégoire de Nazianze, Or. xli, n° 13, p. 743, éd. Maur., d'après Act., ii, 13, préfère admettre que le miracle s'opérait dans ceux qui parlaient, et non dans ceux qui écoutaient. De même saint Chiysostome, Hom. xxxv in 1 Cor., cap. xiv, n° 1 ; Hom. iv in Act., n° 2 (Aligne, t. LXI, p. 296 ; t. LX, p. 4o). Cf. Ord. Vital., Hist. eccl., i, 17; II, 1, p. 63, 202. Les Pères, dans l'expUcation du miracle de la Pentecôte, font intervenir l'ancienne confusion des langues, Gen., xi, 1 et suiv.; saint Grégoire de Nazianze, loc. cit., n° 16; Chrvs., In I Cor., loc. cit., Hom. ii de Pentec. (Migne, t. L, p. 467).
Premières institutions de l'Église.
19. A la suite de prédications réitérées et de nouveaux mi'-acles', notamment de celui qui guérit le paralytique de naissance à la porte du temple et qui fit grande sensation, le
' Voy. Jean, xiv, H. — » Ibid., m, 1 et suiv.
nombre des fidèles s'éleva bientôt à cinq mille * . La profession extériem'e de la doctrine de Jésus-Chi'ist était accompagnée d'une transformation complète dans les esprits. Les nouveaux chrétiens vivaient ensemble comme une seule famille; sans violenter personne, ils avaient introduit la communauté des biens, qui consistait en une caisse générale alimentée par les riches offrandes des personnes aisées *. On se montrait sévère sur la sûreté et la véracité des sentiments. Ananie et Saphire, sa femme, s'étant permis de frauder sm' le prix d'un champ qu'ils avaient vendu et ayant essayé de tromper saint Pierre par un mensonge, furent frappés de mort par une seule parole sortie de la bouche du chef de l'Eglise ^
Lorsque, la communauté des fidèles venant à s'accroître, on se plaignit que les veuves des Juifs hellénisants étaient moins favorisées que celles des indigènes, les apôtres, sur la proposition et l'élection des frères assemblés, instituèrent sept diacres, qu'ils chargèrent surtout de veiller à l'entretien des pauvres et de prendre soin des agapes, ce qui leur permettrait à eux-mêmes de vaquer librement à la prédication et autres fonctions de leur ministère. Ces diacres étaient des hommes remplis du Saint-Esprit et capables de remplacer les apôtres, au moins partiellement , même dans certaines fonctions élevées.
Le ministère des diacres était également sacré, car leur institution avait lieu par l'imposition des mains, et bientôt après ils administrèrent le baptême et instruisirent les fidèles. Jusque-là toute la puissance ecclésiastique avait été concentrée dans les apôtres; nous la verrons peu à peu s'épanouir dans la vie pratique et s'échelonner dans les différents degrés de l'ordre hiérarchique. L'ordination des diacres fut le premier pas dans celte direction *.
L. Mûsheiin, Comm. de vera natura communiouis bonorum in eccl. Hier. (Diss. ad Hist. eccl. pertinentes, II, p. 23, Alton,, 1743); Gaume, Gesch. der haeusl. Gesellschaft, trad. du français, Regensb., 1845, t. 1.
' Actes, IV, 4. — » Ibid., n, 44 et suiv.; iv, 3-2, 34 et suiv. — ' Ibid., v, 1 et suiv. —'^ Ibid., VI, 1-6.
FONDATION ET FHOI'AGAIION DE L EGLISE. J77
La liturgie. — Relations avec la Synagogue.
20. Le service divin des premiers fidèles était de deux sortes : iMe culte privé qu'on célébrait dans les maisons particulières et qui consistait dans la communion de la fraction du pain, de la prière et la prédication apostolique ' ; il comprenait ce qui distinguait les fidèles des autres Israélites, le germe du culte chrétien régularisé ; 2° le culte public que les fidèles célébraient dans le temple en commun avec les autres Israélites. On ne pouvait pas en effet rompre sur-le-champ et définitivement toute liaison avec la Synagogue juive, car les autres Juifs seraient demeurés dès le principe étrangers à rÉghse. Du reste, le temple que le Seigneur avait sanctifié de sa présence était encore debout ; Dieu n'avait pas encore entièrement aboli le culte lévitique, ni prononcé en fait la répudiation du peuple de l'ancienne alliance ; et , de plus , l'amour de leur propre nation devait engager les apôtres à partir de là poui' annoncer Jésus crucifié et ressuscité, afin de trouver un plus facile accès dans les cœurs endurcis. Rien ne devait se faire à limproviste et sans préparation.
La nouvelle alliance se fortifiait de toutes les pertes de l'ancienne. Le culte lévitique s'éteignait peu à peu et l'Église chrétienne marchait insensiblement à son indépendance. La Synagogue était la mère des apôtres, et cette mère, quoique dégénérée, ils entendaient la respecter et lui faire une sépulture honorable. Plus était grand le nombre des fidèles qui fréquentaient le temple en commun, plus le temple s'imprégnait des idées chrétiennes et plus il était aisé à la nouvelle alliance de se substituer à rancienne. Ce que nous disions du temple s'apphque également aux synagogues. Les apôtres, pour maintenir l'union avec l'ancienne alhance et aussi par amour de leurs compatriotes, pouvaient, à l'exemple du Sauveur, se rattacher aux sjnagogues, où il leur était facile de faire entendre la bonne nouvelle en se reportant à l'interprétation de la loi et des prophètes. L'Église emprunta à la Synagogue les différents temps assignés à la prière ainsi que le chant des psaumes.
• Acle.i, II, ii, 46.