I. — mST, DE r.'l^GUSE
Rothe (A. 4), § 20, p. 142 et suiv.; Lechler, p. 160 et suiv. L'£xy.),Yi<T(at xat' olxîav, Rœm., xvi, 4 et siiiv.; I Cor., xvi, 19 ; Col., iv, 15.
Rapport de i'Églige à la Synagogue, Aug., ep. lxxxii, n° 16; Op. ii, 195, éd. Ven., 1731 : « Sicut defunctorum corpora necessariorum officiis deducenda erat (lex V) quodammodo ad sepulturara, nec simulate, sed religiöse, non autem deserenda continuo vel inimicorum obtrectationibus tanqiiani canum morsibus objicienda. » Jean Spencer, De Hebr. leg. rit., Tubingue, 1732, p. 660 : « Est arcanum naturœ, sensim et occulte res omnes immutare et dum res novas molitur eanidem externam speciem retinere. Sapientiff- et pietati consentaneum est existimare, Deum ritus aliquos antiquos tolérasse et pertinacem populum ad cultum novum leniter et sub externa veteris specie perducere studuisse. » Sur les prescriptions légales, Neubauer, Theol. Wirccb.. t. Vn ; Tract., De legibus, cap. ii, an. 2-4, p. 59 et seq.
21. Ajoutez que la politique juive donnait au rituel mosaïque une consistance solide et garantissait sa durée. Or, tant que cet état politique continuait de subsister avec le temple, quoique sous la domination étrangère; tant que la masse du peuple n'entrait pas d'un seul coup dans l'Église, il ne fallait pas songer à une abolition totale de la loi cérémonielle, qui avait en même temps le caractère d'une loi civile. Jésus- Christ lui-même n'avait pas demandé qu'on rompît avec l'organisation politico-religieuse du judaïsme, à laquelle les Juifs de la dispersion étaient encore fermement attachés. Les premiers Juifs convertis devaient donc continuer d'observer la loi rituelle, tant que les desseins de Dieu n'avaient pas été plus clairement énoncés ; ils devaient demeurer Israélites dans l'entière acception de ce mot, et ne se distinguer que par la foi au Messie arrivé.
De leur côté, les apôtres ne devaient rien faire qui put paralyser la grande mission, non encore pleinement abdiquée par le peuple juif, d'être le soutien et l'instrument du royaume messianique. Le temps fixé à cette nation n'était pas encore écoulé.
Les apôtres, en tâchant d'éviter tout ce qui pouvait sans nécessité écarter la masse des Juifs de la société des nouveaux fidèles, continuaient eux-mêmes d'observer la loi et approuvaient qu'elle fût observée dans la première communauté des judéo-chrétiens. Les liens de l'Eglise avec la Synagogue ne
FONDATION ET PROPAGATION l»h I. KUJ.ISL. 17V>
devaient être complètement rompus que sur un signal d'en haut et devant une impossibilité absolue, quand la masse des Juifs aurait entièrement renoncé à sa haute mission, quand l'autorité de la Synagogue, jusque-là respectée, aurait repoussé le salut en consommant son hostilité et se serait frustrée elle-même de toutes ses prétentions.
Les Apôtres devant le grand-conseil.
22. Dans le principe, le grand-conseil des Juifs, les pharisiens et les sadducéens ne sïnquiétèrent point des progrès rapides de la nouvelle communauté. Jésus mis à l'écart, le chef mort sans que ses disciples eussent pris en main ses intérêts, que pouvaient-ils craindre ? La nouvelle secte ' semblait trop insignifiante et n'ofTrait point de péril, tant que l'ancien culte- subsistait et n'était point menacé dans son existence. Elle était du reste en faveur auprès du peuple et il neùt pas été prudent de la persécuter sans nécessité. Mais lorsque Pierre, qui prêchait dans le temple, vint à qualifier Jésus de saint et de juste, lorsqu'il déclara qu'il était l'auteur de la vie et que sa mort pesait sur le peuple comme un crime affreux, on le fit saisir avec Jean son compagnon et conduire le lendemain devant le conseil. Pierre confessa hardiment qu'il n'y avait de salut qu'en Jésus-Christ rejeté par la Synagogue. Comme on ne pouvait nier le miracle opéré par Pierre, on se contenta de lui défendre de prêcher en ce nom odieux ; mais les apôtres déclarèrent unanimement, en invoquent la volonté de Dieu, qu'ils ne pouvaient se conformer à cet ordre.
Les apôtres, après une nouvelle effusion du Saint-Esprit, rendirent témoignage de la résurrection de leur Maître avec une force merveilleuse et une immense succès. Pierre paraît partout comme le chef et exerce le don des guérisons dans une large mesure. On descend dans leurs lits les malades sur les places publiques, afin que Pierre, venant à passer, les touche de son ombre seulement. Emprisonnés une seconde fois par ordre du grand-piètre, les apôtres sont déUvrés par un ange et continuent d'enseigner dans le temple. Rappelés devant le grand conseil, ils déclarèrent avec la même fermeté
' Actes, XXIV, -o; xx, 22. — ■' Ibid., ii. il.
i80 HISTOIRE DE I.'ÉGLISE.
qu'il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. Déjà on méditait de les faire mourir, lorsque le pharisien Gamaliel conseilla d'attendre, afin qu'on eût le temps de se convaincre si leur cause était vraiment la cause de Dieu. Son avis prévalut. Le grand-conseil les fit battre de verges et les congédia, en renouvelant sa défense de parler au nom de Jésus.
Les apôtres la dédaignèrent et se réjouirent des affronts qu'ils enduraient pour le nom de leur Maître. Quelques prêtres entrèrent dans leurs rangs * .
Dœllinger, ouvrage cité, p. 4.0-47, 58 et suiv.
Persécution et dispersion des premiers fidèles. — Réception
des païens.
23. L'orage de la persécution était imminent. L'Église eut son premier martyr dans le diacre Etienne, qui, dans un discours énergique, déclara que l'Ancien Testament était aboli, que Jésus était glorifié auprès de Dieu son Père, et parla de l'endiu'cissement des Juifs. Il fut lapidé et mourut en priant pour ses ennemis.
Les pharisiens et les sadducéens s'unirent pour extirper la nouvelle doctrine à Jérusalem. Plusieurs fidèles se dispersèrent en Judée et en Samarie et jusque dans la Phénicie, la Chypre et la Syrie, tandis que les apôtres demeurèrent dans la capitale sans qu'il leur arrivât rien de fâcheux. Cette dispersion même amena des conversions nouvelles. Le diacre Philippe déploya son zèle parmi les Samaritains et baptisa un Éthiopien, prosélyte de la porte et trésorier de la reine de Méroé. Pierre et Jean firent plus tard un court séjour à Samarie et donnèrent la confirmation à ceux qui avaient été baptisés par Philippe. Les effets en furent si merveilleux, que Simon le Magicien voulut acheter à prix d'argent le pouvoir de produire ce qu'il attribuait à la magie. Cette demande lui attira de vifs reproches de la part de saint Pierre. Les conversions opérées à Samarie firent rompre aux chrétiens les barrières de la nationalité juive. Les desseins de Dieu sur la conversion des païens n'étaient pas inconnus des apôtres, mais ni le temps ni les conditions n'en étaient déterminés ;
* Actes, IV, 1 et suiv.; v, 12 et suiv.; vi, 7.
lONDATION ET PROPAGATION DE l'ÉGLISE. 184
ils ignoraient surtout ce qu'il fallait exiger à propos de la circoncision requise sous l'Ancien Testament et les conditions qu'ils devaient poser aux païens convertis. Les impressions reçues de l'ancienne loi et surtout la distinction entre les choses pures et les choses impures agissaient encore puissamment sur les esprits. Saint Pierre, qui, à la suite d'une vision, avait baptisé le centurion Corneille, prosélyte de la porte, avec toute sa famille, apaisa le mécontentement des fidèles de Jérusalem en leur faisant voir qu'il avait agi aussi en vertu d'une révélation divine, et en leur assurant que ces païens avaient reçu les dons du Saint-Esprit avant même d'être baptisés.
Conversion de Saul.
24. L'Église chrétienne allait bientôt olitenir, dans son ancien persécuteur Saul, qui reçut plus tard le surnom de Paul, lui nouveau et valeureux champion. Originaire de Tarse, en Cilicie, pharisien, mais familiarisé avec la culture hellénique, disciple de Gamaliel, Saul avait montré à Jérusalem, pendant qu'on lapidait Etienne, le zèle qui l'animait en faveur de la loi; il avait recherché non-seulement à Jérusalem, mais en divers endroits, les confesseurs de Jésus-Christ pour les faire punir comme des apostats.
Tandis qu'il se rendait à Damas dans ce dessein, muni des pleins pouvoirs de grand-prêtre, il fut entièrement transformé par un miracle éclatant de la grâce divine et les reproches que lui adressa le Sauveur ressuscité ; frappé de cécité dans son corps, mais éclairé au dedans, le disciple Ananie lui rendit la vue au bout de trois jours. Saul se fit baptiser et pendant quelque temps annonça dans la synagogue de Damas que Jésus était le Fils de Dieu.
De là il passa en Arabie pour s'y recueillir dans la solitude et se préparer à sa haute vocation. Cette vocation lui fut révélée par le Seigneur lui-même, qui fut son maître et son guide. Revenu ù Damas et menacé de perdre la vie par les Juifs aigris contre lui, il s'échappa pendant la nuit avec l'aide des fidèles, qui favorisèrent sa fuite, il se rendit à Jérusalem (c'était la première fois depuis sa conversion) pour conférer avec le chef des apôtres, el fut introduit par Barnabe. Il y
182 HISTOIHK ItE LKGLISE.
séjourna quinze jours, puis il alla à Tarse, son lieu natal, et ensuite à Antioche, où il avait été appelé par Barnabe.
Baur, De orationis habitsc a Stephano consilio, Tubingue, 1839; le même, Paulus, p, 41; Jakobi, K.-G., I, p. 46; Dœllinger, p. 47-51; Chrys., Hom. xix, xx, in Act. (Migne, t. LX, p. 152;; Ord. Vital., I, 6 et seq., p. 123. Il est impossible, comme le veulent J. Simon, J.-G. Eichhorn, Hegel, Heinrich, etc., d'expliquer naturellement l'apparition de Jésus-Christ et la conversion de Saul (belle description dans Dœllinger, p. 52-34) ; les Actes et les Épîtres même de saint Paul (I Cor., ix, 1; XV, 8) sont trop explicites (J.-T. Hemsen, Der ap. Paulus, Gœttingue, 1830 et siiiv.). Le nom de Paul semble être une forme hellénique de Saul ou Saulus 'Dœllinger, p. 52). Dautres croient (Bengel, Olshausen) que Paul adopta lui-même le nom du gouverneur Sergius Paulus converti par lui (Act., xiii, 7 et suiv.), selon la coutume des rabbins et l'exemple de Pierre. Cf. Aug., Conf., \1I1, 3 ; Hier., Cat., c. v; Com. in ep. ad Philem. Saint Chrysostome, Hom.- xxviii in Act., u. i (Migne, loc. cit., p. 209), fait cette remarque (sur Actes, xui, 9) : « Son nom est ici changé après l'acte de consécration (cheirotonie), suivant ce qui arriva à Pierre. » Sur Gai., i, 18, Tei tull., De praescr., c. 23 : « Venit Hierosolymam cognoscendi Pétri causa ex officio et jure ejusdem fidei et pr<edicationis. » Théodoret, in h. loc. : •:rjv 7:pi7to'ji7av àTîovijiEi xw xopy^atw tiiaî^v. De même Théophylacte, sur saiut Chrysostome, Hom. lxxxvii in Joan., n. 1 (Migne, t. LIX, p. 478) : sxxptTO? f^v (Petrus) twv àTtocrrôXwv, (rrô|ji.a w/ [xa9r,Ttt)v xai xop-j^v) xoù xopoù • Sià xoüxo y.al IlaùXo; mißt] xôx£ aOxôv t(rxopr,<7ai Trapà xo'j; à).),o\j;. Cf. Hier., Lib. 1 in Gai. h. 1.; Allât., De Eccl. or. et occ. pcrp. consens., Col. Agr., 1648, lib. I, c. 4, n. 1; Reithmayr, Galat. Br.. p. 92 et suiv.
Antioche et Jérusalem. — Jacques le Majeur est décapité.
25. Antioche, cette capitale de l'Orient romain, possédait déjà une communauté de païens convertis. C'était la seconde Église-mère des chrétiens, dont le nom se rencontre ici pour la première fois'. Barnabe et Paul y prêchèrent avec beaucoup de succès. Ils se rendirent ensuite à Jérusalem, pour y remettre le produit d'une collecte à leurs frères visités par la famine. Les fidèles y jouissaient de quelque repos, car le grand-prêtre et son conseil avaient été privés du droit de mort, et ils étaient tenus en haleine surtout par le changement des grands-prêtres et par la jalousie qui existait entre pharisiens et sadducéens. Sur ces entrefaits, l'empereur Claude avait établi Hérode Agrippa I" (41-14) roi de Judée et de
' Actes, II, 26.
FONDATION ET PROÏ'AGATION DE LÉGLISE. 183
Samarie. Ce nouveau roi sacrifia les chrétiens à la haine des prêtres et du peuple, et suscita une nouvelle persécution, dans laquelle l'apôtre Jacques le Majeur', frère de Jean, périt par le glaive. Saint Pierre lui-même fut jeté en prison et devait également été sacrifié pour la clôture de la fête de Pàque. Mais la communauté des fidèles priait pour lui sans relâche, et, délivré de sa prison par un ange, il apparut au milieu de leur assemblée. Bientôt après il quitta Jérusalem avec les autres apôtres, et Jacques, fils d'Alphée, y demeura seul en qualité d'évêque.
Le nom de « chrétiens » aurait été donné d'abord par la population païenne et par celle qui parlait latin aux fidèles, appelés d'ailleurs galiléens ou nazaréens (Dœlliuger, p. 51). Voyez aussi Lipsius, üeber den Ursprung u. eeltesten Febrauch des Christennamens, léna, 1873. Sur la mort de Jacques le Majeur, Clémeul d'Alexandrie, Hypoth., lib. Vil, ap. Enseb., Il, 19, rapporte que son accusateur, admirant sa fermeté, se déclara chrétien et subit avec lui le martyre. Suivant une ancienne tradition (Apoll., apud. Euseb., V, 18; Clem., Strom., VI, 3). .Jésus-Christ aurait ordonné aux apôtres d'attendre douze ans avant de se disperser dans le monde (F'estum divisionis apostol., 15 juiL). Avant leur séparation, les apôtres auraient déjà rédigé le Sj^mbole des apôtres; quelques-uns font dériver ce mot de o-yjAgà),),£tv (Rufin, Hist. eccl., I, 9, Expos. Symb. ap.).On peut du moins admettre que notre Symbole des apôtres, dans son fond et dans ses traits principaux, remonte jusqu'au temps des apôtres. 11 était connu sous le nom de « tessera » et w régula Pidei. » Iren., I, ix, 4; x, 1 ; TertulL, De virg. vel., c. i; De preescr., cap. xin; c. Prax., cap. n; Leo M., Ep. xxxi ad Pulcher., cap. iv : c Si quidem ipsa catholici symboli brevis et perfecta confessio, qua? duoderim apostolorum totidem est signata sententiis, tam instructa sit monitione cœlesti, ut omnes hœreticorum opiniones solo ipsius possint uMadio detruncari. x Voyez Natal. Alex., loc. cit., dissert, xii ; Acta SS. Boiland., 15 juillet; Pétri Kingii, Hist. Symb. apostol.; Meyers, De Symboli ap. titulo, origine et de antiquiss. Eccl. temp. auctoritate, Trov., 1849; Caspari, Theol. Ztschr. von Christiania, t. X et suiv. Mœhler, Ganis, I, p. 343 et suiv. L'institution par les apôtres de Jacques le Mineur comme évêque de Jérusalem est mentionnée par Hégésippe, ap. Eus., II, 1; l'institution par Pierre, Jacques le Majeur et Jean, dans (élément d'Alexandrie, apud Euseb., II, 1. Sur la mort d'Hérode, voy. Joseph., apud Euseb., ü, 10.
Élection de saint PauL ^6. Paul n'avait eu jusque-là dans l'Église qu'une position subordonnée. A Antioche, en présence des autres prophètes
ISi îiisioif<E iji-: i.'éi;mse.
et maîtres, tels que Barnabe, Simon Niger, Lucius deCyrène, Manahen, il était demeuré à l'arrière-plan ; mais il était appelé à de plus grandes choses, à la dignité de l'apostolat ; il allait devenir le maître des gentils. Il y était destiné, autant par sa connaissance de la loi que par sa culture hellénique , par ses aptitudes philosophiques , par sa longue expérience de la vie, par sa soudaine et éloquente conversion, mais surtout par les grâces extraordinaires qui lui furent départies. Possédant le don d'enseigner à un degré éminent, réunissant en lui la science naturelle et la sagesse surhumaine, il était dans toute la force du terme un vase d'élection.
A la suite d'une révélation céleste, Paul et Barnabe reçurent la vertu d'en haut par la prière et l'imposition des mains, et furent investis de leurs pleins pouvoirs. Ils devaient compléter le collège apostolique et remplacer les deux Jacques, dont l'aîné avait subi la mort du martyre et dont le plus jeune restait à la tête de l'Église-mère de Jérusalem. Bans le temple de cette ville, il avait été révélé à Paul qu'il était spécialement appelé pour convertir les païens. Barnabe lui fut associé comme compagnon. Cependant, afin de reconnaître le droit des Juifs, qui étaient les premiers appelés, ils commencèrent toujours par les synagogues, où se trouvaient plusieurs prosélytes de la porte qui pouvaient transmettre l'Évangile aux païens.
Dœllinger, ouvrage cité, p. 56-38.
Premier voyage de saint Paul. — Assemblée des apôtres.
5!7. Paul et Barnabe inaugurèrent (45) leur apostolat par im voyage en Chypre, où ils obtinrent de grands succès; ils y convertirent le gouvernem- Sergius Paulus. De là ils allèrent à Perge, en Pamphylie, où leur compagnon Jean-Marc les abandonna pour retourner à Jérusalem ; puis en Pisidie et en Lycaonie, où les Juifs incrédules les persécutèrent, tandis que les païens, à la suite d'une guérison miraculeuse, les prirent pour des dieux. Après leur retour à Antioche. une dispute éclata sur la question de savoir si les païens convertis devaient être astreints à la loi mosaïque, notamment à la circoncision, s'ils devaient devenir des prosélytes de la Justice.
FONDATION KT PROPAGATION I>E J/Krw.lSE. l8o
La réception de Corneille n'avait été qiiun cas exceptionnel et isolé, auquel la communication miraculeuse de la grâce avait imprimé le cachet d'une sanction divine.
Mais quand on vit se former des communautés tout entières de fidèles issus du paganisme, les zélateurs judéo-chrétiens de Palestine, qui n'avaient pas encore déposé leurs préjugés judaïques, en furent effrayés, et lorsqu'ils arrivèrent à Antioche, ils exigèrent des païens convertis, comme une condition nécessaire au salut, qu'ils se fissent circoncire et observassent ponctuellement le rituel mosaïque. Une grande confusion s'ensuivit.
C'est pourquoi Paul et Barnabe, accompagnés de Tite, un Grec converti, et de quelques autres, se rendirent à Jérusalem auprès des apôtres. Sur la proposition de Pierre et de Jacques, l'assemblée des apôtres, des prêtres et des fidèles décida qu'on n'imposerait pas la circoncision et la loi aux païens convertis, qu'on leur défendrait seulement de manger des viandes offertes dans les sacrifices des païens, du sang et des chairs étouffées, et qu'on leur interdirait l'impudicité, devenue si commune parmi eux. Saint Paul, dans un entretien privé, avait exposé aux apôtres sa manière de procéder, afin de solliciter leur approbation, bien qu'il eût agi par inspiration divine. Les apôtres l'approuvèrent et conclurent avec lui une alliance fraternelle. Il s'occuperait surtout des païens, tandis que Pierre et Jacques s'adresseraient aux Juifs. Cette assemblée fut tenue entre les années 50 et 52 de notre ère.
Voyage apostolique de saint Paul, Act., xiii, xiv; controverse sur l'observation de la loi, ibid., xv, 1 et suiv.; décret des apôtres, voyez Walch, Hist. ceci, sœc, I, cap. iv, sect. m, § 5; Liimpcr, 0. S. B., Hist. theol. crit., VIII, 220-231 ; Friedlieb, Oesterr. Vierteljahrsschr. f. Theol., 1863, p. 135 et suiv.; W. Sclienz, Hist. exeget. Abhdlg. über das erst, allgem. Concil in Jerusalem, Regensb., 1869. On dispute s'il y avait alors à Jérusalem d'autres apôtres que Pierre, Jacques, Paul et Barnabe, et quel était leur nombre, Dœllinger, p. 61, ne connaît que ceux-ci, les seuls qui soient nommés dans les Actes.
Controverse à Antioche.
28. Le décret apostolique n'avait rien statué en ce qui concernait les judéo-chrétiens, et on continuait à se demander
18G HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
par quel moj'en on pourrait faire vivre en commun et comme des frères les circoncis et les incirconcis. On semblait admettre tacitement que les judéo-chrétiens et les apôtres eux-mêmes continueraient d'observer la loi; mais les esprits pouvaient aisément s'émouvoir, car les Juifs tenaient pour impurs même les païens convertis et croyaient se souiller en mangeant avec eux. Les apôtres, sans doute, n'hésitaient pas à donner à la charité fraternelle la prééminence sur la loi rituelle ; mais en Judée, où il ne se trouvait que des judéochrétiens, il n'y avait pas d'occasion de le prouver par des actes. Une occasion se présenta lorsque Pierre (car c'est l'apôtre et non un disciple de ce nom que Paul appelle Céphas) arriva à Antioche, où la loi judaïque n'était plus la loi du pays ; il n'hésita pas à loger chez les païens convertis et à manger avec eux. Sur ces entrefaites, des judéo-chrétiens de la communauté de saint Jacques arrivèrent de Jérusalem. Pour éviter un scandale et conserver son influence parmi les Juifs de Palestine, Pierre crut devoir se retirer de la société des pagano-chrétiens; son exemple fut suivi par les judéo-chrétiens d' Antioche et par Barnabe lui-même. Ce n'était pas là une violation du décret du concile, car il n'avait rien décidé sur la question présente; ce n'était pas non plus un acte de pusillanimité, car Pierre avait assez témoigné de ses sentiments contraires ; c'était une mesure de prudence dictée par de graves raisons. Comme il avait principalement en vue la conversion des Juifs, il lui semblait moins compromettant de se retirer de la société des pagano-chrétiens. De plus, la loi judaïque était la loi nationale de tous les citoyens et de tous ceux qui habitaient la contrée ; ajoutons qu'il n'y avait pas à Antioche, comme il y avait eu pour la conversion de Corneille, le don du baptême de feu, et qu'il n'existait pas de révélation divine touchant tous ceux qui étaient nés dans le judaïsme.
Dœllin.aer a donné une excellente explication du chap. n de l'cpître aux Galates, p. 62, 63. Comp. Aug., C. Faust., XXVIII, iv; Quœst. av., II, q. XL, n« 3; Windischmann, Galalerbrief, p. 53. Les auteurs suivants : A. Pighe, Al. Carrerius, Hardouin, Vallarsi (Op. S. Hier., VII, i, p. 407, annot d.); H. Kilber (Theol. Wirceb., t. I, disp. ii, cap. ni,
FONDATIOx>' ET PROPAGATION DE LÉGLISE. 187
II. 1 , 11° 1 et seq.; Inst, m ad m, p. 404); Zaccaria (Diss. su Cefa ripresso da S. Paolo Diss. var., I, p. 19S, Rome, i780); M. Molkenbuhr (Quod Ceplias, Gai., ii, 11, non sit Petrus ap., Monast., 180.3); A. -F. James (Dissertations où il est irréfragablement prouvé que saint Pierre seul décida la question de foi soumise au concile de Jérusalem, et que Céphas, repris par saint Paul à Antioche, n'est pas le même que le prince des Apôtres, Paris, 1846); et de nos jours A. Vincenzi (ci-dessus § 7), part. U, p. 87 et suiv., ont essayé de prouver que le Céphas repris par Paul n'était pas l'apôtre saint Pierre, mais le disciple Céphas. Ils s'appuient : a. sur ce que cette opinion, loin d'être étrangère à l'antiquité chrétienne (elle était connue de saint Jérôme, Hier., Comment, in Gai., Il, 1 1 ; de saint Grég. le Grand, In Ezech., lib. 11, hom. vi, n° 10; Op. I, 1368, éd. Maur.; de saint Chrys., Hom. in illud :«In faciem ei restili, » u° 15; Op. m, 383 et seq.; Œcum. in h. 1., p. 731, 2° loco), était déjà admise par Clément d'Alexandrie (Hypot., lib. V, ap. Euseb., I, 12). Dorothée de T}t, la Chronique alexandrine (ci- dessus § 6), Eusèbe, citent expressément Céphas parmi les soixante-douze disciples; de même, les anciennes constitutions apostoliques, dans Pitra (A. 15, h), l, 77; les monologies grecques, Salomon de Bassora (dans Assémani, Bibl. or., m, p. 319 et seq.); 6. sur ce que le nom de Pierre se présente cent cinquante fois dans le Nouveau Testament, quelquefois avec le surnom de Simon, tandis que celui de Céphas n'apparaît que huit fois seulement, et chaque fois on peut l'entendre d'une personne tout-à-fait distincte du prince des apôtres, excepté dans Jean, i, 42; mais dans ce cas, le nom de Pierx'e est aussitôt ajouté.
Voyez ICor., i, 12; lu, 22 (où Céphas est mis après Apollon); ix, 5 (où sont cités les apôtres, les frères du Seigneur, puis Céphas); xv, '6. Plusieurs appliquent ce passage à Luc, xxiv, 13 et suiv., et mettent les disciples qui y sont cités en contraste avec les onze. Les passages controversés sont Gai., n, 9, 11, 14. Comme le mot Pierre se trouve expressément aux versets 7 et 1, 18, il semble qu'ici encore Céphas soit distinct de lui. La leçon de Petrus pour Céphas, dans la Vulgate, Gai., 11,9, H, 14, provient peut-être de l'opinion que professait saint Jérôme. Le commentaire attribué à Pelage (Op. Hier., IX, p. 835, éd. Veron.), porte ici Céphas; la même chose se voit dans plusieurs Grecs, Euthalius, Didyme (Trin., H, 6, 13), Chrysost., tandis que les manuscrits grecs varient. La traduction arménienne concorde avec la Vulgate.
c. On invoque le rapport de Gai., ch. ii, avec les Actes, ch. xv, rapport déjà admis par les anciens (TertuUien, Cont. Marc, v, 2, 3; Ambr., In Gai. Com., cap. iv), etc., jusqu'à Grotius, et on cherche à établir que si la personne blâmée par Paul était l'apôtre Pierre, il y aurait contradiction entre Gai., ch. ii, et les Actes. Mais cette contradiction disparaît devant l'explication exacte des deux textes. Les autres arguments ne sont pas décisifs, et le sentiment contraire a pour lui la majorité des Pères et des théologiens, notamment les exégètes depuis
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saint Jérôme, saint Chrysostome et Théodoret. Saint Irénée, XIV, 12, et Origène, t. XXXII In Joan., n° 5 (Migne, t. XIV, p. 7b3), entendent par le Céphas repris l'apôtre Pierre. Passaglia (57), lib. I, cap. xxiv, p. 217 et seq., 223 et seq., et le pieux Mozzoni (A. 33 b.), t. I, nota 66, rejettent également l'opinion ci-dessus.
Selon TertuUien, De prsescript., cap. xxiii; Cent. Marc, i, 20; iv, 3; V, 3, les hérétiques, surtout Marcion, invoquaient le blâme de Pierre par Paul, tandis que Julien et Porphyre en profitaient pour accuser les deux apôtres. (Hier., loc. cit.; Ep. lxxv ad Aug., cap. v; Cyrill. Alex., C. Jul., lib. IX fin., ap. Migne, t. LXXVI, p. 1000 et seq.) En faveur de son sentiment, que le blâme de Pierre par Paul était un tempérament, « dispensatio honesta, » saint Jérôme cite Origène, Apollinaire de Laodicée, Didyme, Eusèbe d'Émèse, Théodore d'Héraclée. Une dispute à ce sujet éclata entre lui et saint Augustin. Celui-ci (Ep. lxxxii ad Hier.; ep. xxviii, xl; De bapt, c. Don., II, 1 ; Com. in Gai., cap. u), à l'exemple de saint Cyprien (Ep. lxxi ad Quint., Op., éd. Hartel. part. II, p. 773, c. m); de Zozime de Therassa au concile de 236 (ibid., part. I, p. 454), de saint Ambroise (in h. 1.), rejetait cette manière de voir (Nat. Alex., Seec. I, diss. xi; Mœhler, Ges. Sehr., I, p. 1 et suiv.). L'opinion de saint Augustin continua de prédominer. Fac. Herm., Defens. HI, cap. I, 9. Les Pères citent ici en exemple l'humilité de saint Pierre : Cypr., loc. cit. : « Nam nec Petrus, quem primum Deus elegit et super quem fundavit Ecclesiam suam, cum secum Paulus ... disceptaret, vindicavit sibi aliquid insolenter aut arroganter assumsit, ut diceret, se prima tum teuere et obtemperari a novellis et posteris sibi potius oportere, nec despexit Paulum ..., sed concilium veritatis admisit et rationi legitimse, quam Paulus vindicabat, facile consensit, documentum scilicet nobis et concordiœ et patientise tiùbuens. « Aug. in h. I. : '< Objurgationem talem posterions pastoris libentissime sustinebat. Nam erat objurgatore suo ipse, qui objurgabatur, mirabilior et ad imitandum difficilior. » Ep. lxxxii cit., n° 22 : « Est laus itaque justa^ libertatis in Paulo et sanctse humihtatis in Petro. » Les Pères font éclater de mille manières leur respect pour la dignité de Pierre, soit qu'ils fassent tomber le blâme sur son disciple Céphas ou sur luimême. Dans ce dernier cas, quelques-uns admettent un tempérament, .' œconomia; » ceux qui le rejettent exaltent plutôt la douceur et la modestie de Pierre, que la hardiesse et la fermeté de Paul.
29. Cependant Paul n'hésita pas à le blâmer et à traiter sa conduite d'hypocrisie ; Pierre avait contre lui sa propre déclaration au concile des apôtres, et la conduite qu'il avait tenue jusque-là et dont il s'écartait subitement, protestait contre lui. Dans la position élevée qu'il occupait dans l'Eglise , il semblait user de contrainte morale pour imposer l'observation de la loi aux païens convertis, et les zélateurs pharisiens
FONDATION ET PROPAGATION DE l'ÉGLISE. 189
pouvaient abuser de cet exemple. Nous ne connaissons pas la réponse de Pierre. Paul ne défendait que son sentiment personnel ; sa désapprobation ne tombait point sur une vérité dogmatique, mais sur un procédé pratique ; aussi n'eut-elle point de suite. La loi, indifferente eu elle-même, Paul l'observa lors de la circoncision de Timothée et quand il se fit nazaréen '.
OUVRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE n" 29.
Qu'il ne s'agisse pas d'une dispute dogmatique, l'expression de oOx opOoTiateiv suffirait à le prouver (voyez Windischmann, loc. cit.), ainsi que le blâme même de Paul, qui objecta à Pierre ses propres principes, et enfin le sentiment des Pères. Cyrill. Alex., lib. X Contra JuL, fin., p. 4001; Aug., Quaest. ev., lib. II, q.xi; ep. Lxxxiicit., al. xix, ad Hier.; S. Thom.. 11 11, q. xxxiu, art. 4; Lect. in ep. ad Gai,, ii, H.
Deuxième voyage de saint Paul. — Ses premières Êpîtres.
30. Peu de temps après, Paul commença avec Silas son second voyage à partir d'Antioche; tandis que Barnabe, accompagné de son cousin Jean-Marc, retournait à Chypre, son lieu d'origine, Paul visita les fidèles de Syrie, de Cilicie et de Lycaonie. A Lystres, il prit pour compagnon le jeune Timothée, qui dut se soumettre à la circoncision, à cause des Juifs auprès de qui il allait exercer son ministère. Tous les trois continuèrent ensuite leur route vers la Phrygie, la Galatie et la Mysie. Encouragé parmi vision, Paul passa pour la première fois en Europe, en commençant par la Macédoine. A Philippes , il convertit la famille de Lydie et celle de son geôlier, passa par de grandes épreuves, mais obtint beaucoup de succès.
A Thessalonique , l'Apôtre prêcha dans la synagogue des Juifs, convertit une multitude d'hommes et de femmes, surtout parmi les païens, mais ne tarda pas à être persécuté. Le même sort lui échut à Béroé, où il laissa Silas et Timothée
^ Pierre fit-il bon accueil à ces représentations de l'Apôtre? Le sentiment général des anciens Pères est que saint Pierre reçut avec calme et modération le reproche de saint Paul, et saint Augustin a grand soin de faire remarquer que celte conduite, digne et patiente, est beaucoup plus admirable que l'impétuosité naturelle du censeur : saint Pierre, ajoutet-il, nous a donné un magnifique exemple. Pour nous, nous répéterons après un historien célèbre de nos jours : « C'était là une de ces complications dont on peut dire, chose rare sur la terre, que chacune des parties avait raison à son point de vue. » (Note du trad.j
pour se rendre lui-même à Athènes. Les outrages ne lui furent point ménagés. Cependant son discours devant l'Aréopage, où il parla du Dieu inconnu à l'occasion de l'autel qui lui était consacré, fit une profonde impression. Quelques conversions eurent lieu, entre autres celle de Denis TAréopagite, premier évêque de cette ville. Le succès fut grand dans la voluptueuse Corinthe; Paul logea dans la maison d'Aquila, faiseur de tapis et converti du judaïsme. Les Juifs, qui l'accusèrent auprès du proconsul Gallion, furent congédiés. Une autre conversion fut celle du chef de la synagogue, Crispus, et de toute sa famille.
Pendant ce séjour à Corinthe, Paul écrivit ses deux premières épîtres adressées aux Thessaloniciens. Ceux-ci avaient une situation religieuse régulièrement établie; mais, dans leur préoccupation du second avènement de Jésus-Christ, qu'ils croyaient prochain et moins favorable aux morts qu'aux vivants, ils négligeaient ou abandonnaient les devoirs de leur vocation. Paul combattit ces erreurs dans la première de ses deux épîtres , et comme on avait sur ces entrefaites répandu à Thessalonique une prétendue lettre de l'Apôtre qui confirmait cette attente, il essaya, dans sa seconde épîtrc, de ramener les esprits surexcités à des sentiments plus réfléchis, en indiquant les signes qui devaient précéder l'avènement de Jésus-Christ.
Act., XV, 36-18, xvii; Dœllinger, ouvrage cité, p. 65-68. Sur le discours d'Athènes, Photius, Amphil., q. cciu, p. 943; q. xcii, p. o80, éd. Paris, (q. ce, p. 279; q. xci, § 2, p. 156, éd. Athen.).
31. Après un séjour de dix-huit mois, Paul quitta Corinthe, et, passant par Ephèse, se rendit à Jérusalem pour y accomplir un vœu. 11 ne demeura que peu de temps dans cette Église-mère, puis il visita Antioche et les communautés de Galatie; il fit ensuite un long séjour à Éphèse. Un juif d'Alexandrie, l'éloquent Apollon, formé d'abord par des disciples de Jean, avait achevé de s'instruire auprès des amis de Paul, Aquila et Priscille. Muni de lettres de recommandation, il alla à Corinthe et y enseigna avec beaucoup de succès. Plus tard, il se rencontra de nouveau à Éphèse avec Paul, qui avait fait baptiser en ce lieu environ douze disciples de Jean, sur
lesquels le Saint-Esprit fit de nouveau éclater la puissance de ses dons. Plusieurs, qui s'étaient jusque là occupés d'arts magiques, s'y convertirent; tandis que d'autres, largement entretenus par le culte des idoles, notamment par le fameux temple de Diane, essayèrent de soulever le peuple. Cette tentative n'eut point de succès.
A Ëphèse, Paul écrivit son épître aux Galates et sa première épître aux Corinthiens. Les communautés fondées par lui en Galatie se composaient en grande partie de païens, mêlés de judéo-chrétiens. Les maîtres juifs y excitèrent le trouble en déterminant plusieurs fidèles à se soumettre à la circoncision et autres usages judaïques. S'ils prétendaient faire adopter dans la pratique, non pas la loi tout entière, mais plusieurs de ses prescriptions, ce n'était point par opposition contre le décret des apôtres , mais pour des raisons de sûreté ; car les chrétiens incirconcis n'étaient pas moins persécutés par les païens que par les Juifs ; cependant les circoncis , en tant que Juifs, jouissaient d'un plus grand repos. C'était aussi par respect envers les principaux apôtres de la Judée qui observaient la loi. Ils considéraient cette observation comme une chose agréable à Dieu, méritoire et plus parfaite'. Ajoutons qu'ils suspectaient le ministère apostolique de Paul, parce qu'il n'avait pas, comme les autres, vécu dans l'intimité de Jésus et n'avait commencé que plus tard à prêcher l'Évangile.
Paul leur démontre : 1" qu'il a été directement appelé à l'apostolat et que son enseignement est d'origine divine; 2° qu'il ne peut pas sacrifier la liberté évangélique à la servitude de la loi ; 3° que les dons du Saint-Esprit s'obtiennent non par les œuvres de la loi, mais par la foi.
Les événements de Corinthe réclamèrent également l'intervention énergique de l'Apôtre. Différents partis s'y étaient formés, les uns attachés à Céphas, les autres à Paul ; ceux-là à Apollon, ceux-ci à Jésus-Christ seul, qu'ils avaient personnellement connu. Ce défaut d'unité ecclésiastique, qui du reste n'empiétait point sur le terrain du dogme, saint Paul le flétrit avec une grande vigueiu*. Son langage, où il se propose à
' Galates, v, 1:2, 13.
la fois de réprimander ceux qui ont failli , de rectifier les erreurs et d'instruire, s'adresse tour-à-tour et aux partisans d'Apollon (intimement lié avec lui), qui se prévalaient de son érudition, de sa facilité de parole et de sa dialectique, et à ceux qui interprétaient allégoriquement la doctrine de la résurrection et surfaisaient la sagesse humaine en général, et aux hommes voluptueux, surtout aux adultères, encore fréquents dans l'élégante Corinthe, et à ceux qui intentaient des procès devant les tribunaux des païens, et participaient à leur festin, où l'on mangeait des viandes offertes aux idoles, et à ceux qui se servaient de l'éloge qu'il avait fait de la virginité pour déprécier le mariage.
Troisième voyage de saint Paul.
32. Pour échapper aux nombreux dangers qui le menaçaient à Éphèse, Paul se rendit en Macédoine, en passant par Troade, et visita les fidèles de ce pays. Les renseignements que lui apporta Tite sur l'accueil que les Corinthiens avaient fait à sa première épître, le décidèrent à en écrire une seconde, qu'il composa de concert avec Timothée. Il y recommande de faire des collectes en faveur des chrétiens pauvres de Jérusalem. Des hérétiques juifs avaient attaqué sa qualité d'apôtre et cherché à ébranler la confiance qu'on lui témoignait. Il lui fallait donc justifier à la fois son ministère et sa personne. Il établit son autorité apostohque en rappelant ses travaux et ses souffrances, les grâces et les révélations dont il a été l'objet.
Peu de temps après la composition de cette épître, saint Paul, qui avait déjà déployé son zèle jusque sur les côtes de la mer Adriatique , entreprit le voyage de Corinthe , afin d'apaiser complètement les troubles qui venaient d'y éclater. Son séjour dans cette ville et à Hellas fut de trois mois; puis il écrivit son épître aux fidèles de Rome. Il n'avait pas encore visité en personne cette capitale du monde. C'était la première fois qu'il écrivait à une communauté de païens et de Juifs convertis qui lui était personnellement étrangère, et dont il n'était pas le fondateur, bien qu'il y comptât de nombreux amis, tels que Aquila et Priscihe. Aucun danger sérieux ne s'y était encore produit. Paul n'avait qu'à prémunir ses lecteiu's contre les séductions possibles et à consolider les
FONDATION' KT PROPAOATION DE l'ÉGLISE. 103
liens qui les unissaient. 11 y développe avec beaucoup de méthode et de profondeur l'état de l'humanité pécheresse, il indique la véritable voie du salut et déplore l'endurcissement de la plupart des Juifs.
Act., xviu, 18, 19, 40; DœUinger, ouvrage cité, p. 68-75.
33. De Corinthe, Paul traversa Philippe, où il rencontra Luc, puis se rendit à Troade, où il trouva Timothée et quelques-uns de ses compagnons de voyage. A Milet, il prit congé des chefs qui dirigeaient les communautés de l'Asie-Antérieure et qu'il ne devait plus revoir, les prévint que des hérétiques ne tarderaient pas à surgir même dans leur sein, leur prédit les tribulations qui lui étaient réservées, et que le prophète Agabus annonçait aussi à Césarée, puis il arriva pour la cinquième fois à Jérusalem, apportant le produit dune collecte.
Bien que, selon le conseil de Jacques, Paul se fût présenté dans le temple pour répondre au reproche qu'on lui avait fait si souvent de mépriser la loi, et pour y participer au sacrifice, des Juifs de l'Asie-Mineure , contre lesquels on l'avait mis précédemment en garde, ne laissèrent pas d'exciter contre lui une violente émeute. La garde romaine du temple l'arracha aux mains de la multitude soulevée. Le discours que Paul lui adressa ne fit qu'exciter une nouvelle tempête lorsque, après avoir raconté sa conversion, il parla de sa mission parmi les peuples païens. Les Juifs, pour qui ce langage était intolérable, demandèrent sa mort. 11 échappa au supplice que lui réservait le gouverneur romain en invoquant son droit de citoyen de Rome. Dans l'apologie qu'il prononça devant le grand-conseil , il insista principalement sur la résurrection des morts et souleva une dispute entre les pharisiens et les sadducéens.
Lysias, tribun de la cohorte romaine, informé de la conjuration tramée contre lui, le fit conduire avec une puissante escorte auprès du proconsul Félix, à Césarée. Là, le grand-prêtre Ananie et plusieurs membres du sanhédrin se firent ses accusateurs ; mais le procureur Félix et son successeur Festus ne voulurent point l'abandonner à la haine des
Juifs ; ils espéraient que l'Apôtre se délivrerait à prix d'argent, mais ils furent déçus. Paul essaya vainement de convertir le roi Agrippa II, qui était là en visite; ce prince se contenta de rendre hommage à sa facilité de parole et à son caractère. Paul ayant appelé à l'empereur, fut, après deux ans de captivité à Gésarée, conduit à Rome en qualité de prisonnier.
Act., xx-xxvi; Dœllinger, ouvrage cité, p. 73-77.
Première captivité de saint Paul à Rome.
34. Après une navigation extrêmement périlleuse et un séjour à Malte, Paul aborda sur la côte d'Italie au printemps de l'année 61 (ou 62). Les chrétiens de Rome allèrent à sa rencontre jusqu'aux Trois-Loges. A Rome, il fut retenu prisonnier dans une maison particulière, avec permission de recevoir des visites. Les accusateurs juifs ne parurent point et l'enquête traîna en longueur. Paul avait dans son entourage Luc, Timothée, Tychique, Marc, Démas et deux compagnons de captivité, les deux Macédoniens Aristarque et Épaphras. Pendant ces deux années de captivité, saint Paul écrivit à Philémon et intercéda en faveur de l'esclave Onésime, qui avait pris la fuite. Il écrivit aussi à la communauté de Colosses, fondée par Épaphras, et dont la foi était menacée par des zélateurs juifs et autres hérétiques; puis aux Éphésiens, ou plutôt à diverses Églises de l'Asie-xVntérieure, auxquelles il expüqua la grandeur de la grâce divine, l'unité de l'Église, l'importance de son apostolat et les devoirs sublimes des fidèles. Pendant cette captivité, la première des communautés qu'il avait fondées en Europe, celle de Philippes, « sa joie et sa couronne, » lui envoya, par l'entremise de son chef, un secours en argent. Paul répondit par les protestations de la plus ardente charité et les mit en garde contre ses adversaires judaïques et autres séducteurs.
Que Paul soit sorti de cette première captivité romaine, c'est une ancienne tradition confirmée par de nombreux témoignages. Ici se terminent les Actes des apôtres, écrits par saint Luc (avant 67). Ils se bornent à dire que cette captivité dm^a deux années : elle eut donc une fin; si elle s'était terminée par la mort de l'Apôtre, il n'est guère croyable que son
FONDATION FT PROPAGATION HF. l'ÉGLISE. IDo
fidèle compagnon n'en eût point parlé. Il est certain que les Juifs, s'ils poursuivirent à Rome leur accusation, ne pouvaient point lui imputer un crime digne de mort, ainsi que l'avaient reconnu Félix et Festus en Palestine. A Rome, Paul était parvenu à convertir jusqu'à des membres de la cour impériale ' .
Act., XXVII, xxviii; Niceph. Cailixt., Il, 31-33: Dœllinger, p. 77-80. L'épitre aux Éphésiens est citée par Marcion comme adressée aux Laodicéens, et les anciens savaient déjà qu'elle était destinée à plusieurs communautés. Tertull., Contra Marc, V, 11, 17; Basil., lib. II Contra Eunoni., n° 19 (Migne, t. XXIX, p. 612). Sur la succession des Épitres de saint Paul, saint Chrysostome remarque, Arg. in ep. ad Romanos (Migne, t. LX, p. 292 et seq.), que les deux aux Thessaloniciens précèdent celles aux Corinthiens, et celles-ci, ainsi que l'épitre aux Galates, l'épitre aux Romains; viennent ensuite les épîtres aux Hébreux, aux Philippiens et à Pliilémon, puis les épîtres pastorales. Voy. E. Meister, Krit. Ermittel, der Abfassungszeit der Briefe des hJ. Paulus, Regensb.,
Mart3rre de saint Jacques. — Son Épître.
35. Sur ces entrefaites, lapôtre Jacques, demeuré à Jérusalem en qualité d'évèque, avait tout fait pour amollir les cœurs des Juifs endurcis et les gagner à la joyeuse nouvelle de l'Évangile. Son ascétisme, inattaquable même au point de vue des pratiques rigoureuses du judaïsme, son admirable esprit de sacrifice, son étonnante sainteté inspiraient le respect même aux Juifs les plus malveillants. Nazaréen, il observait un jeune austère; il avait reçu le surnom de Juste, faisait rougir par sa conduite les pharisiens eux-mêmes, et était un exemple éclatant pour les judéo-chrétiens.
La lettre qu'il écrivit aux douze tribus de la dispersion, aux judéo-chrétiens qui vivaient hors de Palestine, cette lettre dont le style agréable et hmpide fit supposer à plusieurs qu'il avait pris pour interprète un juif helléniste, cette lettre où abondent les images grandioses et magnifiques et dont les pensées rappellent le discours de Jésus sur la montagne, relevait les erreurs sur la justification par la foi et montrait que la foi sans les œuvres est insuffisante pour le salut. Le crime
' Pltii, I, 13; IV, 22.
affreux dont son peuple s'était souillé en rejetant le vrai Messie l'excitait à prier pour lui sans relâche. Quoique chrétien, il avait Tàme d'un vrai Israélite ; il tenait aux formes de l'Ancien Testament par toutes les racines de sa piété, et tout l'ensemble de sa vie rappelait l'ancienne alliance, à laquelle il demeurait fidèle jusqu'à la limite du possible.
Malheureusement, la malice et la réprobation du peuple juif allait se révéler dans toute sa profondeur, et Jacques fut condamné à subir le martyre dans cette même Jérusalem qu'il affectionnait si tendrement. On le somma de renier Jésus- Christ, et on lui demanda d'expliquer quel était Jésus et ce qu'il fallait faire pour entrer dans la vie éterneUe. Sa réponse : « Jésus est assis à la droite de Dieu le Père et il viendra dans les nuées du ciel, » exaspéra les esprits. Il fut précipité du pinacle du temple et lapidé même après sa chute. Et comme il vivait encore et priait pour ses bourreaux, un foulon l'acheva en lui donnant sur la tète un coup de levier. Ananus fit encore lapider d'autres chrétiens, puis il fut destitué par Hérode- Agrippa II. C'était la troisième persécution qu'essuyait cette Église et il était à craindre que plusieurs de ses membres ne fussent entraînés dans l'apostasie.
On a discuté si l'apôtre Jacques Alphée était le même que le frère du Seigneur et l'évêque de Jérusalem, cité Galates, i, 19. D'après les Constitutions apost., II, oo, VI, 16, VIII, 40, et autres apocryphes, plusieurs Grecs, puis les BoUandistes, Henschen, Florentiui, Combéfis, Mazocki, Zaccaria (Diss. de rebus ad Hist. eccl. pertinent., t. I; Diss. i de tribus Jacobis), Rothe (p. 264, n. 134), Lindner (I, p. 21), Vinceuzi (§ 7), Luc, n, p. 159 et suiv., croient qu'il s'agit de deux personnes. L'identité est admise par Baronius, Pétau, Péarson, Cotelier, Noël-Alexandre, Casinos, Tillemont, Gardesboschi, Orsi, Hugues, Schleyer (Freiburg. Zeit.-Schrift,, t. IV, 11-63); Guericke, Einleit. in das N. Testament., p. 483 ; Windischmann, op. cit., p. 31 ; DœUinger, ouvrage cité, p. 104 et suiv., etc. Sur la piété de Jacques, Hégésippe, ap. Euseb., Il, 23; Epiphan., hom. xxix, 4; Lumper, t. III, p. 110 et suiv., not. m.; Rothe, p. 270; Lechler, p. 170-177. Jacques était surnommé le protecteur du peuple, Sîxaioc, et 'Si6>iaç, "^^ ^^^, rncioyi] xoù ).aoü xai ôixaioaijvYi. Dans cette question : ik^ôûpa 'lri<jo\>; le mot 6ûpa est ordinairement expliqué par 13?ttr (en rabbin, estimation, valeur). Sur son genre de mort, Clément d'Alexandrie, ap. Euseb., II, 1. Selon Josephe, Antiq., XX, IX, 1, il serait mort l'an 62-03, après le décès de Festus
IONISATION ET l'ROI'.UiATION I»K l/liGI-ISt:. !07
et l'aiTivée de son successeur Albiiius ; seloii Eusèbe, III, 1 i , peu de temps avant la ruine de Jérusalem, vers 69. Cet auteur est suivi par Roth, p. 274 et suiv. Mais la plupart s'en tiennent à Josephe. Dœllinger, p. 103-108; Kœssiug, De anno quo mortem obierit Jacobus frater Domini, Heidelb., 1837.
Épître aux Hébreux.
36. Vers le même temps (an 63), Paul écrivit aux judéochrétiens de Palestine, dont le premier chef, un modèle de fermeté, venait de mourir. A la génération naissante qui se sentait incliner i^ vers l'apostasie par la haine des Juifs non convertis et par la crainte d'être exclue du temple, saint Paul expose la sublimité de la nouvelle alliance et de son sacerdoce, sa supériorité sur l'Ancien Testament, où tout n'était que figure. Il l'encourage à la persévérance, à la soumission envers ses chefs en lui montrant la récompense glorieuse qui l'attend dans l'autre vie. Les pensées de cette épître sont bien de saint Paul, encore qu'il se serve d'un autre comme d'interprète, notamment de saint Luc.
Dœllinger, ouvrage cité, p. 84-86. L'auteur de l'épitre aux Hébreux serait, d'après Tertullien, De pudic, cap. xx, Barnabe ; d'après Origène, apud Euseb., VI, 23, et saint Jérôme, Catal., cap. v, l'évangéliste saint Luc.
Quatrième et cinquième voyages de saint Paul.
37. Le grand orateur des nations, dont le zèle ne connaissait point de bornes, avait recommencé ses courses apostoliques. Selon un désir qu'il avait autrefois exprimé ', il visita probablement l'Espagne, dont la plupart des villes situées sur la cote renfermaient des prosélytes juifs. Puis il gagna Éphèse, où se trouvaient des hérétiques, et bientôt après la Macédoine et la Crète, où il laissa Tite. Il lui donna, ainsi qu'à Timothée, qui était à Éphèse, des instructions et des conseils sur la manière d'exercer le ministère épiscopal et de combattre différentes hérésies. Il séjourna en divers endroits, à Corinthe et à Nicopolis, puis il fut de nouveau saisi et emmené à Rome. Cette seconde captivité romaine est mentionnée dans la seconde épître à Timothée. Elle fut beaucoup plus rigoureuse que la première ; toute relation lui fut inter-
' Rom., XV, U, 28.
dite ; on le chargea de chaînes et le traita comme un malfaiteur.
Convaincu qu'il marchait à la mort et touchait à son terme, il y écrivit en quelque sorte son testament.
Le voyage de saint Paul en Espagne se déduit de Rom., xv, 24; Clem. Rom., Ep. i ad Cor., cap. v; Fragm. Muratori (Rel. sacr,, IV, 4); Théodoret, In Ps. cxvi, vers. 1 (Migne, t. LXXX, p. 180S : xoà elç Siravîav àçîxeTo), et autres données. Baron., an. 61, n° 2 ; Natalis Alex., Diss. XV, pr. 1, t. IV, p. 372; Dœllinger, p. 80 et suiv.; Gams, K.-G. Span., I, I, p. 29 et suiv.; Fr. Werner (Œsterr. Vierteljahrsschr. f. kath. Theol., 1863, p. 320 et suiv.). Sur d'autres voyages et lettres pastorales, Danko, Hist. revel., p. 456; Dœllinger, p. 81-84.
38. On serait presque tenté de croire que l'activité prodigieuse de Paul avait rejeté à l'arrière-plan le chef même des apôtres. Saint Luc, compagnon de saint Paul, ne parle que de celui-ci dans toute la seconde partie des Actes. Pierre, miraculeusement délivré de prison, avait recommencé ses courses apostoliques à partir de Jérusalem, et était allé visiter d'autres communautés. Il fut longtemps à la tête de l'Église judéochrétienne d'Antioche, qui vénère en lui le premier fondateur de sa foi.
ADDITION DU TRADUCTEUR
Saint Pierre fonde à Antioche la première communauté chrétienne. Chassé de Jérusalem et dispersés par la persécution, les chrétiens allèrent bien au-delà des frontières de la Palestine, afin de n'être plus à la portée des violences des Juifs. « Ceux qui avaient été disséminés » par la persécution exercée contre saint Etienne, « passèrent jusqu'en Phénicie, en Chypre et à Antioche, et annoncèi'ent aux Juifs seuls la parole de Jésus-Christ. » Or, nous savons par les Actes que tous les iidèles furent dispersés, à l'exception des apôtres'. Des milliers de chrétiens se répandirent au loin sur le vaste territoire qui s'étend de Jérusalem à Damas, à Antioche et m Chypre, et un grand nombre de petites communautés s'établirent en divers endroits. C'était là le second et précieux fruit de la première persécution : le ^christianisme 'se voyait répandu dans la Judée tout entière et bien au-delà des confins du judaïsme. Le sang du premier martyr était devenu une semence féconde d'où sortirent une multitude innombrable de communautés chrétiennes.
^ Act., VIII, 1, i; XI, 19.
FONDATION ET PROl'AGAIIOX DE J. ÉGLISE. 199
Nous pouvons encore placer dans l'année 35 l'arrivée à Anlioche des premiers chrétiens dispersés. Pierre, le prince des apôtres, y arriva l'année suivante, qui était la quatrième après l'ascension du Sauveur, et y institua la première communauté de judéo-chrétiens. Ce fait est beaucoup mieux attesté que la plupart des autres événements historiques, car voici ce que nous lisons dans la Chronique d'Eusèhe : « Lorsque Pierre eut fondé à Antioche la première Éghse, il partit pour Rome afin d'y annoncer l'Évangile ; après avoir été le premier évêque d'Antioche, il devint le premier évèque de l'ÉgUse de Rome. » Dans son Histoire ecclésiastique, Eusèbe désigne également saint Pierre comme le premier évèque d'Antioche, Évode comme le second, ou le premier après saint Pierre, Ignace comme le troisième K Quant à l'année de l'arrivée de Pierre à Antioche ou de la fondation de la première conmmuauté de judéo-chrétiens, Eusèbe ne la marque point.
Voici, au contraire, ce que nous lisons, sur l'année 3G, dans le Chronicon paschaîe, dont l'auteur a exploré quantité de som'ces aujourd'hui perdues, et dont il a souvent tiré un heureux parti : " Les premiers évêques furent élus : Pierre, premier évèque de Rome ; Marc l'évangéliste, premier évèque d'Alexandrie, Jacques, frère du Seigneur, évèque de Jérusalem; Pierre déjà mentionné, premier évêque d'Antioche.
A ceux qui objecteraient que ces allégations ont besoin d'être établies sur l'autorité précise des Actes des apôtres, nous demanderions d'abord de prouver que l'auteur des Actes, saint Luc, avait pour but de rechercher les œuvres des autres apôtres aussi minutieusement que celles de saint Paul, dont saint Luc était le compagnon? La plupart des travaux accomphs par les autres apôti"es étaient ignorés de saint Luc, et il n'entrait pas dans son plan d'en rapporter quelques détails. Aussi ce ne sont point les Actes des apôtres qui nous apprennent que saint Pien'e séjourna à Antioche et à Corinthe, ce sont les Êpitres de saint Paul, qui le rapportent fortuitement. Saint Luc le savait probablement, mais il n'en voulait point parler.
Le Chronicon met le baptême du trésorier de la reine de Candace dans la seconde année qui suivit l'ascension de Notre-Seigneur, l'année même où le centurion Corneille fut baptisé à Césarée. Nous croj-ons que c'est trop tôt, du moins pour ce dernier; en revanche, la lapidation de saint Etienne est beaucoup trop reculée. Quoi qu'il en soit de notre opinion, voici comment il s'exprime :
« La quatrième année après que le Seigneur fut monté au ciel, l'apôtre Pierre, venu de Jérusalem, annonça la parole du Seigneur dans la grande métropole d'Antioche, et après avoir été promu à l'è-
< Hist. eccles., lib. III, oh. xxxvi.
•200 HI6r01HE DE l'église.
piscopat, il s'y établit comme évêque; mais au lieu d'accueillir les fidèles qui sortaient du paganisme, il les renvoya et partit de nouveau pour Jérusalem, »
Les Récognitions de saint Clément, qui datent de la seconde moitié du deuxième siècle, attestent qu'à cette époque on croyait généralement que Pierre avait séjourné à Antioche '. Dix mille Antiochiens auraient été baptisés de sa main. L'illustre Théophile (celui-là peutêtre qui était évêque d'Antioche du temps de l'auteur des Récognitions) fît transformer sa maison en basilique, et une chaire y fut érigée à Pierre par toute la nmltitude du peuple d'Antioche, in qua Petro apostolo constitnta est ab omni populo cathedra ; chaque jour le peuple y affluait par torrents. Dans Vltineranum Willebrordi ab Oldenburg, il est dit : In sancta Ecclesia Antiochise monstratur cathedra sancti Pétri K
Suivant l'opinion traditionnelle, qu'aucune raison suffisante ne nous autorise à rejeter, l'épiscopat de saint Pierre à Antioche aurait duré sept ans ; c'est alors seulement qu'on lui aurait nommé un successeur. De ce temps, il est clair que Pierre n'en passa qu'une partie à Antioche, puisque ses voyages apostoliques eu Palestine et sa captivité à Jérusalem coïncident avec cette période. Cependant comme il n'avait pas abdiqué formellement la direction des fidèles d'Antioche, on le considérait encore comme évêque de cette ville. Il fit certainement encore un second voyage à Antioche, mais nous ignorons si ce fut pendant l'intervalle de ces sept années.
Il se peut que l'évèque Nestorien de Bassora soit tombé juste lorsqu'il a dit, en s'appuyant de documents qui nous font défaut : « Simon de Bethsaïda prêcha d'abord à Antioche et y construisit une éghse dans la maison de Cassien (au lieu de Théophile), dont il avait ressuscité le fils; il y demeura un an. )» Pierre serait ensuite retourné à Rome et y aurait passé vingt- sept ans ^.
Ce qu'il y a de plus important dans le récit d'Eusèbe se trouve dans ce passage : ITéTpo; ... ttiV èv 'AvTioy£Îa TtpwTiov 8£[i.£>,iw(ya; £xx),Y)(TÎav'*, que ni saint Jérôme, ni la version arménienne de la Chronique, ne rendent exactement quand ils traduisent : Petrus Apostolus cum primus An-
' Récognitions, x, 68-71. — '^ Cotelier, ad hune loc. — Sepp, d'après Baronius et d'autres, attribue cette construction à Théophile, Hist. des apôtres, p. 111. — Gesta Dei per Francos, IV, ix.
3 ^ulomonis, episcopi Bassorensis, liber Apis. — Syriac. arabicumque texl. vertu J.-M. Schsenfelder, Bamberg, 1866, cap. XLVin De preedic. aposlvlor.
* Eusebii Chronicon libri II, Chron. canoJium quse supersunt, éd. Alfr. Scbœue. Berolini, 1866.
fONDAliÜN El l'UOl'AUAllOiN DE LÉGLISE. 201
tiochenam Ecclesiam fundasset K Saint Pierre n'a pas seulement fondé la première communauté chrétienne d'Anlioche, mais encore la première communauté où il n'y eut que des Juifs de naissance. Ce n'est point ici une comparaison entre Pierre et Paul, mais entre la première communauté juive et les communautés qui furent établies ensuite et qui se composèrent de païens convertis. Cette observation a été faite bien avant nous par J.-I. Ritter : « A Antioche, dit-il, il y eut une double institution, la première, créée en 36, immédiatement après la persécution de Jérusalem, était une communauté de Juifs de naissance, etil est vraisemblable que Pierre fut délégué à cette fin, de même qu'il le fut H Samarie, à moins qu'il ne s'y soit rendu spontanément; la seconde, qui était une communauté de païens convertis, fut établie vers l'an .39, et organisée par Paul et Barnabe "^. »
A l'ancienneté de cette date fixée pour l'épiscopat de saint Pierre à Antioche, on ne peut opposer qu'une difficulté apparente tirée des Actes des apôtres, où il est dit qu'après la persécution d'Etienne tous les chrétiens, à l'exception des apôtres, furent dispersés de Jérusalem. Mais on peut interpréter ce passage en ce sens qu'il ne resta à Jérusalem que le plus grand nombre des apôtres, ou que les apôtres, après un éloignement momentané, retournèrent à Jérusalem et qu'ils y avaient leur domicile ordinaire. Or, cette dernière supposition est réelle en ce qui est de Pierre, car il se trouvait à Jérusalem lorsque saint Paul l'y alla visiter pour la première fois ^. Il se trouvait à Jérusalem, lorsque les apôtres l'envoyèrent avec Jean à Samarie. Ce fut de Jérusalem qu'il alla à Lydde, à Joppé, à Césarée, d'où il retourna à Jérusalem.
Enfin, c'est à Jérusalem qu'il se trouvait lorsqu'il fut jeté en prison par Agrippa. Or, puisqu'il est dit dans les Actes que Pierre avait visité toutes les communautés chrétiennes, en commençant par celles de la Judée, de la Samarie et de la Galilée ^, il est tout naturel de conclure qu'il visita aussi (plus tôt ou plus tard) celle qui existait à Antioche depuis la dispersion des Juifs de Jérusalem. Lors donc que les apôtres, à la nouvelle que l'Évangile avait été répandu à Samarie, y déléguèrent Pierre et Jean ^, Pierre qui s'y trouvait déjà, n'avait plus besoin d'y être envoyé; ou, si l'on admet que cette mission eut lieu l'an 33 ou
' Léon I«r traduisit ainsi : Jam antiochenatn Ecclesiam fundaverat (In natal Apost.J.
* Voir sur Tépiscopat de saint Pierre à Antioche la Revue de philosophie et de t/iéologie catholique, livr. 66, p. 161 (année 1848). Ritter, Hist. eccl., p. 51, 5« édition.
3 Act. y IX, 27; Gai., i, 18. — * Aieç>xô[i.tyo^ ôià Ttàvtwv {Act., IX, 32). — ^ Ad., viu, 14.
202 HISTOIRE DE l/ÉGLISK.
36, on peut croire qu'il continua sa mission en allant de Samarie à Antioche •.
Que saint Pierre soit allé de bonne heure à Rome, sous l'empereur Claude, c'est une ancienne tradition qui n'est pas contredite par les Actes des apôtres. Mais ils ne disent rien de Pierre depuis le baptême de Corneille jusqu'à son incarcération par Hérode- Agrippa % ce qui peut comprendre un intervalle d'environ trois années. Après son élargissement, ils ne parlent de son départ pour un autre lieu* que pour mentionner encore une fois sa présence au concile des apôtres*. Si Théophile, à qui saint Luc dédia son récit, vivait réellement à Rome, si saint Luc lui-même écrivit dans cette ville, ce dernier n'eut point d'occasion de parler longuement de saint Pierre ; peut-être aussi voulait-il user de prudence.
Saint Marc rédigea avec le concours de saint Luc son évangile pour les fidèles de Rome, en se rattachant surtout aux faits et en commençant au baptême de saint Jean. Il avait principalement en vue les païens convertis. Le même saint Marc alla de Rome à Alexandrie, où exista bientôt une Église florissante, qui se glorifiait de devoir son origine à saint Pierre par l'entremise de saint Marc. Tandis que ce dernier séjournait près de lui, saint Pierre écrivit de Rome à difTérentes communautés, la plupart pagano-chrétienne, du Pont, de la Cappadoce, de la Galatie, de l'Asie et de la Rithynie, dont le plus grand nombre avaient été fondées par saint Paul. Dans cette première épître, pleine des plus magnifiques pensées, il les exhorte à la fermeté et à la persévérance au miheu des persécutions qui avaient éclaté et de celles qui les attendaient. Après un assez long intervalle, il leur envoya sa deuxième épître, pour les mettre en garde contre les hérétiques qui s'insinuaient parmi eux, et pour leur faire ses adieux en prévision de sa mort prochaine. Les tergiversations qui existaient autrefois dans ces Églises et qui avaient excité le zèle de saint Paul avaient depuis longtemps cessé; partout la concorde régnait entre les apôtres, et on ne trouve aucun vestige de ce qu'on a appelé plus tard les pétriniens et les pauliniens.
1 Le P. Gams, Saint Pierre et saint Paul, année de leur martyre. » Actes, XI, 18; xii, 13. — ' Ibid., xii, 17. — ■» Ibid., xv, 7.
FONDATION ET PROPAGATION DE l/ÉGLISE. 203
ADDITION DU TRADUCTEUR
Saint Pierre lit au moins à deux reprises le voyage de Rome, sous le règne de Claude et sous celui de Néron. Nous en avons pour preuve le témoignage d'Eusèbe, la durée de 25 ans qu'on attribue à son épisoopat à Rome, lequel se placerait difticilement dans le règne de -Néron, la fête qui se célébrait dans l'origine sous le titre de : Cathedra ^ancti Pétri, qua primum Romœ sedit, tandis que celle qui se célébrait à Antioclie le 22 féviùer était simplement intitulée : Apud Antiochiam cathedra sancti Pétri. Qu'on se rappelle aussi le titre analogue donné à la fête qui se célèbre à Rome, dans l'octave de la fête des apôtres Pierre et Paul, sous le nom de Première entrée de l'apôtre saisit Paid à Rome ' .
On a cru très-longtemps que le voyage de saint Pierre à Rome avait été effectué en 44, parce que, dans les Actes des apôtres, le récit de la mort d'Agrippa est immédiatement suivi du récit de la persécution de l'Église et de l'emprisonnement de saint Pierre. Mais d'abord saint Luc ne dit nullement que sa mort soit survenue immédiatement après; en second lieu, saint Luc place immédiatement les uns à la suite des autres les faits qui se ressemblent, sans se soucier de l'ordre chronologique. Ainsi, il raconte le premier voyage de saint Paul à Jérusalem comme s'il avait eu lieu aussitôt après la fuite de Damas, quoiqu'il y eût un intervalle de trois années. Si, dans le cas présent, il raconte la persécution immédiatement après avoir parlé de la mort d'Agrippa, c'est parce que celle-ci eut lieu vers l'époque du second voyage de saint Paul à Jérusalem, qu'il raconte - : « Aussitôt, dit-il, l'ange du Seigneur frappa de mort Agrippa, parce qu'il n'avait pas voulu l'endre gloire à Dieu '^. » Il ne dit pas que l'ange du Seigneur le frappa aussitôt parce qu'il persécutait l'Église. Conclure toujours du crime à un châtiment instantané, c'est raisonner faussement; Dieu, pour punir comme pour récompenser, dispose tout à la fois du temps et de l'éternité.
Les anciens ^ sont d'avis que Pierre fit le voyage de Rome sous le règne de Claude, dans le but de poursuivre le magicien Simon. C'est là, ce nous semble, interpréter un peu naïvement le voyage tout providentiel du prince des apôtres.
S'il se rendit dans la capitale du monde païen, c'est parce qu'il y
^ Voir les BoUandistes, sur le 23 juillet, et le docteur Windischmann, Vindiclse Petrinse, Ratisb., 1836, p. 114. Weiseler, p. 129; Pressensé, les trois premiers Siècles. — Hake, dans ses Actes des apôtres, 1867, se prononce pour Tan 44.
* Ad., XI, 30; XII, 1-23. — ^ Act., xii, 23.
*Hieron., De vir. illustr., cap. i, Ad expugnandum Simonem Magum Rotnampergit. Cf. Eusèbe, II, xiv.
50 i lilSTOIKE DE l'église.
était poussé par le Saint-Esprit et que Dieu avait d'avance destiné cette ville à devenir" la métropole d'un empire spirituel qui allait embrasser l'univers entier, en sorte que, selon une belle parole du pape Léon 1^'', les limites de sa puissance spirituelle s'étendent bien au-delà des bornes de son autorité temporelle'.
Un peu plus tard, et presque dans la même époque que le voyage de saint Pierre à Rome, la Chronique et l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe annoncent l'institution du premier (c'est-à-dire du second) évèque d'Antiocbe, Évodius. Or, il est clair que si, après sa délivrance, saint Pierre était demeuré dans le voisinage, s'il n'avait fait qu'un simple voyage de mission dont il fût revenu bientôt, on n'aurait point nommé à sa place un second évoque : si on lui donna un successeur, c'est parce qu'il était loin et absent pour longtemps.
Cependant les Actes des apôtres, après avoir dit qu'il fut délivré par l'entremise d'un ange, ajoutent simplement : « Il se rendit dans un autre endroit 2. » Pourquoi ne nomment-ils pas cet endroit? Si saint Luc avait écrit ses Actes en 67 et non en 63, comme cela est probable, alors que Pierre vivait encore, alors qu'on avait vu déjà et qu'on devait voir encore de sanglantes persécutions, il aurait dit sûrement que « Pierre se rendit à Rome. » Le bienheureux apôtre, désormais en possession de la félicité céleste, n'aui'ait plus couru aucun danger. Il n'en était pas ainsi en 63 ; la révélation de son séjour eût gravement compromis son existence, et l'Église elle-même eût été exposée à perdre son chef. Certes, les chrétiens savaient bien où il était ; mais trahir ce secret eût été de leur part une grande imprudence. Une sorte de discipline de l'arcane empêchait, du vivant de saint Pieri'e, de faire connaître sa résidence. Après que Dieu l'avait accordé aux prières de son Église et conservé à la vie par un si grand miracle, il ne devait pas être permis de révéler le lieu de sa retraite ^.
Comme la persécution même n'avait qu'une cause et un caractèi'c local, et que les récits qui retendent hors de Borne ftelle que ïitiscription espagnole^, comme on l'appelle), sont manifestement controuvés, nous croyons qu'elle fut restreinte dans l'enceinte de la ville, mais que saint Pierre y perdit la vie. Nous ne connaissons rien de plus précis sur le commencement de la persécution. Tacite lui-même l'ayant
^ Regia per sacram beati Pétri Sedem caput orbis eflFecta, latius prœsideres religione divina, quam dominatione terrena ; Sermo Leon. I, in nalali ap. Pétri et Pauli.
* Act., XII, 17. Meyer, p. 2ol. Baumgarteu, t. I, p. 287. Selon Cornélius à Lapide, Pierre reçut du ciel l'ordre de se rendre à Rome. Hake, p. 103-106.
' Le P. Gams, Saint Pierre et saint Paul, année de leur martyre.
* Gams, Hist. de l'Espagne, 1. 1, 387.
FONDATION ET PROPAGATION DE l'ÉGLÏSE. 205
placée dans l'année 64, il faut au moins qu'elle ait commencé cette année-là. Saint Pierre fut une de ses dernières victimes, et la plus noble de toutes.
1 . Saint Clément de Rome exhortant à la paix les Corinthiens récalcitrants, leur présente pour modèles les apôtres saint Pierre et saint Paul : saint Paul reçoit de plus grands éloges, mais saint Pierre est nommé le premier : « Jetons les yeux, dit-il, sur les saints apôtres : n'est-ce point par une envie pleine d'injustice que Pierre a été exposé <i des combats continuels, et qu'après avoir souffert le martyre, il est allé prendre possession de la gloire due à ses travaux * ? » De saint Paul il dit qu'il a été martyrisé par les puissants, « les chefs, » Yiyoujjiévwv. Si ce mot devait s'appliquer aux préteurs (lesquels auraient alors porté une sentence régulière), ou bien, ce qui est l'explication commune et naturelle, s'il désignait les lieutenants de Néron pendant son voyage en Grèce, en 67, le genre comme l'époque de son martyi^e seraient tout autres (les martyrs de 64 furent exécutés sans enquête juridique); et comme saint Paul arriva encore aux frontières de l'Occident, sa mort aurait eu lieu plus tard.
2. L'auteur du Fragment (de Muratori) des livres canoniques du Nouveau Testament (vers 165 après Jésus-Christ) rapporte que saint Luc, l'auteur des Actes des apôtres, a terminé cet ouvrage sans avoir encore annoncé le martyre de saint Pierre et le voyage de saint Paul en Espagne, semote (semota)? i^assionem Pétri, sed et profectionem Pauli ab Urbe ad Spaniam proftciscentis. Pourquoi ne place-t-il pas le martyre de saint Paul à côté de celui de saint Pierre? La réponse la plus simple et la plus naturelle est de dire que le récit de la fin des Actes des apôtres coïncide avec deux événements qui sont plus rapprochés l'un de l'autre que le martyre des deux apôtres ; ces deux événements sont le martyre de saint Pierre et le voyage de saint Paul en Espagne-.
3. Denis de Corinthe (vers 170) raconte ce qui suit dans sa lettre aux Romains : « Tous deux (Pierre et Paul) arrivèrent dans notre Corinthe, et tous deux aussi y répandirent la semence de la doctrine chrétienne. L'un et l'autre arrivèrent également en Italie, et après avoir été vos maîtres, ils furent martyrisés dans ce temps, £(j.apTupriö-av xam tôv xpévov'. Traduire ce passage en latin par les mots eodem tempore serait non-
'J Ad Cor., y.
* Cette coïncidence serait encore plus parfaite en admettant que saint Paul n'arriva à Rome qu'au printemps de l'an 62, et fut délivré de sa captivité au printemps 64. Mais, dans ce cas, sa captivité à Césarée aurait duré trois ans, ce qui est contraire au texte des Actes.
' Euseb., Hist. eccl., II, xxv. — Derniers voyages de saint Pierre et saint Paul, d'après Clément de Rome et Denis de Corinthe. — Revue trim. de Tub., 1830, art. de Wocher.
â06 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
seulement inexact, mais fautif, quoique eodem tempore ne signifie pas « le même jour, » mais peut-être « la même année, » surtout dans la pensée d'un écrivain qui vivait un siècle plus tard. Lorsque nous disons, par exemple, que tels et tels moururent pendant la persécution de Dioclétien ou dans le temps de cette persécution, nous savons fort bien qu'il peut y avoir une grande distance entre ces différentes morts.
Cette locution : « vers le même temps » est encore plus vague et admet un plus long intervalle. Ce qui est certain, c'est qu'elle ne signifie pas : la même année et le même jour de cette année, autrement Denis aurait écrit : Tvi aùrvi ir;jx£pa xai èv tw aÙTw èviaÙTw.
4. Sous Néron, nous ne connaissons qu'une seule persécution chrétienne : nulle part il n'est parlé d'une seconde. Si l'on en a adopté ou plutôt imaginé une seconde, c'est parce qu'on a cru que saint Pierre et saint Paul avaient été martyrisés ensemble l'année 67. La présence simultanée des deux martyrs à Rome est l'unique cause qui a fait admettre cette seconde persécution. Une opinion sans fondement a servi d'appui à ime opinion insoutenable. Or, saint Paul n'a pas été victime de la vraie et unique persécution néronienne, car il était absent de Rome et on ignorait sans doute où il était; en tout cas, il était trop éloigné de Rome pour l'incendier, tandis que saint Pierre, qui s'y trouvait alors, fut entraîné dans la tourmente et y perdit la vie. Tout s'expUque donc naturellement. Tacite lui-même, en disant que quelques chrétiens furent crucifiés, patibulo affixi, confirme indirectement le genre de mort que subit saint Pierre et que le Seigneur lui avait prédit; il savait qu'il atteindrait à un âge avancé, et que dans cet âge il deviendrait semblable à la « passion du Christ, » comme s'explique TertuUien. Si l'on prétendait que la mort de saint Pierre eut lieu en l'an 66 ou 67, il faudrait ou supposer une captivité de plusieurs années, ou admettre, sans motif, une seconde persécution.
5. Le Catalogue du pape Libère, ainsi nommé parce qu'il arrive jusqu'en 354 et qu'il est le plus ancien de tous les catalogues encore existants des papes, s'exprime ainsi sur saint Pierre : Petrus annis vigenti quinque, mense uno, dicbus novem. Fuit temporibus Tiberii Cœsaris et Caii, et Tiberii Claudii, et Neronis; a consulatu Vinicii et Longini îisque Neronis et Veteris {Nervse et Veri, dit le manuscrit de Boucher). Passus autem cum Paulo die tertia calendas Julias Consulibus I, I. imperante Nerone K
' F. Kunstmann, l'Épiscopat de l'apôtre saint Pierre à Rome, d'après le plus ancien catalogue de l'Église rom., dans les Feuilles hisl. et polit., 1837. — Origines de l'Église de Rome, par les membres de la communauté de Solesmes, Paris, 1836, t. I, p. 10. — Fasti consulares. — Romnnorum Recogn. J.-G. Baiterus, Tur., 1837 (t. VIIl op. Ciceronis, ed Orelli). Th. Lewin, Chronology of the New Testam. (69 avant J.-G. à 70 après J.-C.)-
FONDATION ET PROPAGATION DE LÊaUSK. 207
Sans doute, nous ne pouvons pas savoir si saint Pierre a été martyrisé en même temps que saint Paul ; mais ce que nous savons, c'est qu'il a exercé le souverain-pontiticat sous quatre empereurs; c'est que, en admettant comme valable le suffrage de toute l'antiquité, le Sauveur est mort l'an 29, sous le consulat de Rubellius Geminus et de Fusius Geminus, et que saint Pierre prit le gouvernement de l'Église l'an 30 sous les consuls Vinucius Quartinus et Cassius Longin. En l'an 60 étaient consuls : L. Telesinus et Gains Suétone ; en 67 : Fontejus Capito et Julius Rufus. Dix années plus tôt on voit figurer un consulat sous le titre de Nei^onis et Veteris, mais c'est Nervse et Vestini qu'il faut lire très-certainement, car les consuls de l'an 65 étaient Licinius Nerva Silianus et Vestinus Atticus, auxquels succèdent, le 1«' juillet, Claudius Lateranus, assassiné avant son entrée en fonction, et Anianus Cerealis.
Cette version défectueuse : Neronis et Veteris, peut être mise sur le compte des copistes. Cependant, comme l'auteur est exact lorsqu'il indique l'année 30 pour la première du règne de saint Pierre, à Rome, nous croyons qu'il est exact aussi (juand il indique l'année 63 comme la dernière, d'autant plus que nos autres recherches aboutissent à ce résultat. Sans pouvoir adopter tous les renseignements du Catalogue, nous suivons cette maxime : examinez tout et retenez ce qui est bon. Nous croyons donc à l'exactitude de cette date, soit que l'auteur ait calculé lui-même soit qu'il l'ait trouvée écrite quelque part.
6, Voici ce qu'on lit, sur le 14 mars, dans le petit Martyrologe romain (appelé le Parvum d'Adon, qui nous l'a conservé) : Romse, mavtyrum quadraginta et octo, qui baptizati sunt a beato Petro apostolo, cum teneretur in custodia, qui omnes Neronis gladio consumpti sunt. Ces quarante-huit étaient sans doute des catéchumènes qui, de même que saint Pierre, tombèrent victimes de la persécution de l'an 64 à 63. Pierre était donc en prison en même temps qu'un grand nombre d'autres chrétiens : par conséquent, il n'est pas possible de placer sa mort après l'an 63, à moins qu'on n'admette sans motif qu'il était entré en prison clandestinement et qu'il en était ressorti après y avoir donné le baptême : explication qui ferait sourire la plupart des lecteurs. Il est bien plus simple d'admettre qu'il subissait alors, avec les autres martyrs, sa dernière captivité ; et cette fois, il ne devait pas être délivré
Kunstmann assigne l'an 65 à la mort des deux apôtres ; Lewin place la mort de saint Pierre dans l'année 65, et dit avec nous que « dans le récit (de saint Clément) la mort de saint Pierre précède celle de saint Paul ; » il assigne à la première la date du 13 octobre 65, ü la seconde celle du 29 juin 66 ; ils seraient donc morts tous deux dans la douzième année du règne de Néron (p. 337 et 341). Cf. Orose, VII, vn; Sulp.-Sév., II, xlixui; TerlulL, Prsescript., cap. m; Lact., De morte persec , cap. u.
comme il l'avait été vingt-quatre ans auparavant, par un ange du Seigneur; car il avait achevé sa carrière terrestre et accompli l'œuvre que le Seigneur lui avait confiée. Parvenu à un âge avancé, il était temps qu'il étendit ses mains : un autre survint qui les lia et qui le conduisit là où il ne pouvait pas aller * (par ses forces naturelles).
Que saint Pierre ait été martyrisé le 29 juin (65), je ne vois aucune raison d'en douter. L'office de ce jour est son office, et non celui de saint Paul, ce qui veut dire que si l'on ne célébrait pas anciennement la mémoire de saint Paul ce jour-là, on y faisait toujours la mémoire de saint Pierre. Nous ne trouvons rien qui indique qu'elle ait jamais été célébrée im autre jour.
Mais alors la captivité de saint Pierre a dû être bien longue ; elle a dû se prolonger au moins du 14 mars au 29 juin. On croit généralement qu'elle fut de neuf mois. Nous pouvons supposer qu'on fut longtemps sans le découvrir, et que les chrétiens ne voulant point trahir sa retraite, il fallut recourir à bien des tourments pour le produire au grand jour, qu'il fut prié et conjuré de se conserver le plus longtemps possible, dans ces temps calamiteux où les fidèles avaient tant besoin de son appui, et de prendre au moins toutes les mesures pour n'être point découvert; qu'il se tint caché au moins quelque temps, qu'il changea souvent de résidence, qu'on espérait, à force de questions et de tortures, lui arracher des aveux, d'autant plus précieux qu'il était la tête des chrétiens. On s'empara d'abord, dit Tacite, de ceux qui s'étaient avoués chrétiens, et sur leurs indications, une multitude immense fut convaincue de christianisme. Nous ignorons les détails de la persécution, mais il est fort possible que la retraite de saint Pierre ait été révélée par quelque chrétien pusillanime, plusieurs mois seulement après que la persécution eut éclaté.
Quant à saint Paul, Félix l'avait retenu longtemps prisonnier parce qu'il espérait lui soutirer de l'argent. L'opinion que les chrétiens regorgent de richesses est aussi ancienne que l'Église ; les païens ne pouvaient pas s'expliquer autrement les prodiges de leur charité. Cette idée que les chrétiens sortaient tous des plus pauvres classes de la population est un préjugé. Or, la communauté de Rome était la plus riche de toutes, et voici le témoignage que lui rend Denis de Corinthe : « C'a toujom's été votre coutume de rendre à tous les frères tous les services imaginables, d'envoyer des subsides aux Éghses de toutes les villes et d'adoucir par là la pauvi'eté des malheureux; vous avez toujours envoyé des secours aux frères condamnés aux mines 2; c'est un
' Jean, xxi, 18.
* Saint Clément trouva dans la Chersonèse, où il avait été exilé, 2,000 chrétiens voués au même sort ; car sous l'empereur une multitude considérable de chrétiens avaient été condamnés aux mines, ad metalla. Nous
FONDATION ET PROPAGATION DE l/ÉGLISE. 209
usage que les Romains ont hérité de leurs pères. » La charité de l'Église envere les Églises pauvres et envers ses propres enfants est aussi ancienne que l'ÉgUse elle-même*. Néron et ses satellites ne devaient pas l'ignorer. Étrangers à lesprit de la bienfaisance chrétienne, ils étaient portés à croire que les chrétiens possédaient d'immenses richesses, et qu'il serait possible d'arracher à leur chef, saint Pierre, des sommes considérables.
A cette époque, il fallait de l'argent à Néron, et il lui en fallait beaucoup. Quant à la fortune des chrétiens mis à mort, il était naturel qu'elle fût confisquée; quand on tuait tant de milliers d'hommes d'une manière si barbare, comment aui'ait-on pu, par sentiment de justice ou d'humanité, laisser passer leur fortune à des héritiers ab intestat ?
Tout cela parait très-croyable quand on songe aux déprédations sans bornes qu'on exerça sur l'Italie et sur l'empire afin de reconstruii'e la ville de Rome. « Sur ces entrefaites (pendant le massacre des chrétiens), l'Italie fut anéantie, les provinces sucées. Les dieux mêmes se laissèi'ent piller, A Rome, on vida les temples et on enleva tout l'or que le peuple romain, dans la prospérité et pendant de longs temps, y avait déposé En Asie et en Achaïe, on pilla nonseulement les ornements du temple, mais encore les statues des dieux 2. »
Origène est le premier qui rapporte que saint Pierre fut crucifié la tête en bas. Nous préférerions volontiers la version de TertuUien, qui dit simplement que saint Pierre devint semblable au Seigneur par ses souffrances 3. L'intervalle de loO ans et de quati'e générations qui sépare Origène du crucifiement de Pierre nous semble trop considérable, et la tradition verbale penche toujours vers les extrêmes.
Saint Clément de Rome ne dit rien du genre de souffrances qu'endura saint Pierre, non plus que Denis de Corinthe et Muratori dans
avons vu que 4,000 jeunes Juifs avaient été exilés en Sardaigne. Martia, femme de Commode, racheta les chrétiens exilés en Sardaigne. (Phil. Orig. — Dœllinger, Hippol. et Callixte, p. 121.)
< Dionys., apud Eiiseb., IV, 23. G. Phillips, Droit ecdémastiqxie, t. VI, p. 17.
» Sueton., Nero, xxxviii. Dio Cassius, Lxn, § 8. En 67, Néron étendit ses dilapidations jusqu'en Grèce, et enleva SOO statues au seul temple de Delphes. [Pausankts, VI, xxv, 5; xvi, 3; IX, xxvii, 23; X, vu, 1. Dio Cassius, Lxni, 8; xi, 13. Sueton., Nero, xxxn: Tacit., Annal., XV, xlv; XVI, xxui; Agricol., vi.)
' Orig., apud Euseb., III, i (II, xxv). — (Pseudo-) Tertull., De praescrip., cap. XXXVI ; Ado. Gnost., scorp., cap. xv. Petrus ab altera cingitur, cum cruci adstringilur. De môme Eusèbe, Demonstr. evang.,111, ni (Cf. Epiph., Hxres., xxvn ; Oros., VII, vu).
210 IIISIÜIRE DE L EGLISE.
son Fragment. Sur ce point, la première et la meilleure source est l'Évangile de saint Jean : « Le Seigneur indiqua par quelle sorte de mort il glorifierait Dieu '. » Celui qu'on crucifiait étendait ses mains; un autre le liait et le conduisait là où il ne voulait pas aller. — Il se peut que l'Évangile de saint Jean ait été écrit dix années seulement après la mort de Pierre, et l'on a plusieurs raisons de croire que la collection des écrits du Nouveau Testament est l'œuvre de cet apôtre ; car il a toujours mis ses propres écrits au dernier rang, autant par modestie sans doute que parce qu'ils avaient été composés les derniers.
C'est au bout de trois siècles seulement, et grâce à l'auteur du Catalogue de Libelle, que nous apprenons que saint Pierre a été pendant vingt-cinq ans évêque de Rome, et, afin de donner plus de poids à son témoignage, il complète les vingt-cinq ans en y ajoutant un mois et neuf jours. Nous serions plus disposé à le croire s'il avait dit : vingtquatre ans, un mois et neuf jours. Saint Jérôme dit vingt-cinq ans en chiffre rond ; Rufin, historien plus exact, donne la véritable date, vingtquatre ans. La version arménienne de la Chronique d'Eusèbe reste en deçà de la vérité, elle ne porte que vingt années. Ce complément de un mois et neuf jours éveille des doutes. Où commence le calcul ? D'ordinaire, on le commence à la prise de possession de la chaire, ou à l'intronisation, ou enfin à l'élection. — Or la chaire n'était pas encore érigée; la communauté romaine n'était pas encore réunie; l'élection, c'était Dieu lui-même qui s'en était chargé. Où commence donc le calcul ? A la résolution de saint Pierre d'aller à Rome ? au commencement de son voyage ? à son arrivée à Rome ? Mais comme il n'y avait pas encore de communauté romaine, il faudrait dire ou que saint Pierre a pris note du jour de son arrivée et qu'ensuite il l'a signalé à d'autres. Tout cela, on le voit, est bien incertain et invraisemblable. Nous ne saurions donc admettre cette version, parce qu'elle est beaucoup trop exacte et trop tardive.
La date de vingt-cinq ans, au contraire, n'est nullement inexacte; seulement elle ne repose pas sur la tradition, mais sur le calcul. Le plus juste, ce semble, serait d'admettre avec Rufin vingt-quatre ans.
Les sept années de l'épiscopat de saint Pierre à Antioche peuvent se placer soit entre les années 33 (34) et 41, soit entre les années 36 et 43 2. La première année, il alla à Antioche pour la première fois, et
' Jean, xxi, 18-19.
* Hake se rapproche de ce calcul (Hisl. des ap., 1867, p. 91, Paderb.) : « Tant que Pierre resta en Orient, l'Église d' Antioche le considéra comme son évêque. De là vient que la tradition qui assigne sept années à son épiscopat d'Antioche se concilie parfaitement avec le récit des Actes. » (.37-43 ap. J.-C.)
FONDATION ET PROPAGATION DE I, 'ÉGLISE. 21 i
en 43 on lui donna Évode pour successeur, sans doute après qu'il eut expliqué de Rome qu'il ne pouvait plus retourner en Orient et occcuper le siège d'Antioche.
L'opinion que saint Pierre fut, de même que saint Paul, martyrisé en 67 a rencontré deux difficultés séiùeuses : on lisait que saint Pierre et saint Paul avaient été martyrisés le même jour, mais on oubliait tout-à-fait que ce n'était pas dans la même année : cette distinction est pourtant essentielle; c'était bien le même jour en effet, mais non la même année. Et comme les fêtes de l'Église ne se célèbrent pas d'après les années, mais d'après les jours, et que la solennité des deux apôtres devait tomber le 29 juin, on était tout disposé à conclure qu'ils étaient morts le même jour de la même année.
On trouvait ensuite que le pontificat de saint Lin, premier successeur de saint Pierre (nous suivons ici l'ordre chronologique : saint Lin, G8-80; Clet, ou Anenclet et non Anaclet, 80-92; saint Clément 92-dOd) avait commencé en 68, et qu'il ne pouvait pas y avoir eu une vacance de trois ans (65-68). Cependant, on a vu dans la suite d'aussi longues vacances, car entre la mort de Clément V (20 avril 1314) et l'élection de Jean XXII, couronné le 5 décembre 1316, trois ans moins quatre mois s'étaient écoulés. Or, si saint Lin devint pape au commencement de 68, l'intervalle n'est pas plus considérable. 11 y eut de même, sous les grandes persécutions de Dèce et de Valerien, comme sous Dioclétien, de longues vacances du siège, que l'inceiiitude de la chronologie ne permet pas de préciser. L'Église romaine, qui n'avait point encore fait d'élection papale, ne pouvait pas en faire sous Néron; du reste, le cofondateur de l'Église romaine, saint Paul, était encore là, et tant qu'il vivait, on pouvait plus aisément se passer d'un successeur. Les deux papes Lin et Clément étant des disciples de saint Paul, leur élection autorise à conclure que l'influence de l'esprit de saint Paul prédominait dans la communauté de Rome'.
^ Le P. Gams, Saint Pierre et saint Paul, année de leur martyre, en allemand et en français (Ratisbonne et Paris, Gaume).
J.-G. Walch a énuméré, dans sa Bibliotheca theolog. selecta, t. III. p. 457, les auteurs qui ont écrit contre le séjour de saint Pierre à Rome. Voir aussi P. -F. Foggini, De romano divi Pétri itinere et episcopatu, ejusque antiquissimis imaqinibus exercitationes historicœ , Flor., 1741. (Dans un sens contraire : J.-C. Leo, Comm. de Pétri itinere et episcopatu , a Foggin. nuper vindicato, Leips., 1743.) Cortesius, De rom. itinere gestisque principis Apost. ,Romsd, 1770. Herbst, Sur le séjour de Pierre à Rome, dans la Revue trimest. de Tub., 1820, p. 567-6'26. Voyages et destinées dernières des apôtres Pierre et Paul, d'après Clément de Rome et Denis de Corinthe, ibid., 1830, p. 621-648. Stenglein, Sur les 25 années d'ép'iscopat de saint Pierre II Rome, ibid., 1S40, p. 231-281, 425-663 (avec indication de nom-
21â HISTOIRE DE l/ÉGLISE.
Ord. Vitalis, lib. II, cap. v, p. H7 et seq.
Sur la première visite des Églises par saint Pierre, Act., ix, 32, saint Chrysostome dit (Hom. xvi in Act., n" 2 ; Migne, t. LX, 16b) : xaôdcTOp xiz orpaTriYoç 7tepir]£t "zàç Taleiç twv £7:t(7x67rwv. Phot., Amphil., q. XLill, cap. VI, p. 309; q. cxxviii, p. 204 : y.a9uii:aT£uwv.
Sur l'épiscopat de l'Apôtre à Antioche, Eusèbe, Chron., lib. II, éd. Schœne, Berol., 1866, p. 152; Hist. eccl., lu, 36, coll., c. xxii; Hier., De vir. illustr., cap. i; Chrys., Hom. in inscript. Act., II, n° 6 (Migne, t. LI, p. 86 et seq.); Léon le Grand, Serm. lxxxii, cap. v; Grégoire le Grand, lib. VI, ep. xxxvii; Ritter, Bonner Ztscbr. f. Pbil. u. katb. Theol., livrais, lxai, p. 161.
Pischler (Gesch. der kirchl. Trennung, II, p. 620 et suiv.) essaie vainement de discréditer les témoignages sur le séjour de saint Pierre à Rome, sous Claude; voy. Eusèbe, Chron., loc. cit., p. 132; Hier., loc. cit.; Oros., lib. VII, cap. iv, 6; Chrys., Hom. ii in Rom., I, vm, n° 1 (Migne, t. LX, p. 602). Les paroles de Lactance, De morte persec, cap. II, sur le second séjour de saint Pierre à Rome, n'excluent pas le premier. Il est vraisemblable que Pierre quitta Rome lorsque Claude en chassa les Juifs (Sueton., In Claud., cap. xxv, col.; Act., XAiii, 2), pour se rendre à Antioche et à Jérusalem. Sur les travaux de saint Pierre à Rome, voyez Mamachi, Ant., lib. IV, part, n, cap. i, § 3; t. V, p. 282; Foggini, De romano D. Pétri itinere et episcopatu, Flor., 1741; Windischmaim, Vindiciee petrinae, Ratisb., 1836; Patrizi, De evang., lib. I, cap. II, n° 23 et seq.; S. Sanguinetti, De Sede romana B. Pétri Com. hist. crit., Rome, 1867; Dœllinger, p. 95 et suiv.; Hundhausen, Commentar z. I Brief Pétri, Mayence, 1873, p. 16 et suiv., 21 et suiv. Sur Marc et son Évangile, Papias, Clém. d'Alex., Eusèbe, 11, 13, 16; VI, 14; m, 39.
Que saint Marc ait subi le martyre avant saint Pierre, on l'infère d'Eusèbe, H, 24. Annianus lui succéda à Alexandrie. Voyez encore
breux ouvrages). Windischmann, Vindiciae Petricx, Ratisb., 1836. Origines de l'Église romaine, par les membres de la communauté de Solesmes, Paris, 1836, Ginzel, dans la Revue théol. de Pletz, année XI. Sur IVpiscopat de Pierre à Antioche, dans la Revue philos, et théolog. de Bonn, livraison Lxvi , p. 161. Hagemaun, l'Église romaine, Frib., 186i. Dœllinger, Christianisme et Église, p 95-103. Fr, Kunstmann, l'Épiscopat de l'apôtre saint Pierre à Rome d'après le plus ancien catalogue de l'Église romaine, dans les Feuilles histor. et polit., t. XL, p. 583-599. Allies, The See of S. Peter, Lond., 1866. Dom Bartolini, Sopra ianno 67 deW era volgare, se fosse quel del martirio dei gloriosi principi degli apostoli Pietro et Paolo; osservaz storico-cronologiche, Rome, 1866, p. 47. Herman Vicari. arch. de Frib., la Papauté dans l'histoire : a l'occasion du 18= centenaire dumartyre de saint Pierre, 1867. Ch. Brandes, Saint Pierre à Rome et Rome sans Pierre: écrit festii'al. Einsiedeln, 1867.
FONDATION ET PROPAGATION DE l/ÉGLlSE. 213
Iren,, DI, i, 1; Clément d'Alexandrie, Op., Il, p. 1007, éd. Potter.; Epiph., Hom. li, 6; Hier., Cat., cap. viii; Niceph. Call., H, 13. La Babylone de Pierre, v, 13, n'est pas : 1" ja Babylone sur l'Euphrate (comme le veulent encore Cosmas Indicopleustes, lib. II; Migne, t. LXXXVIII, p. H4; Érasme, Calvin, Gerhard, J. Scaliger, Basnage, Steiger et des modernes); 2° ni la nouvelle Babylone de Séleucie sur le Tigre (Michaelis); 3* ni la Babylone d'Egypte, non loin de Memphis Pearson, Wall, Horn, etc.); 4° ni Jérusalem (Spannheim, Hardouin); c'est 0° Rome même, qui est appelée ainsi au figuré, comme l'atteste déjà Papias, d'après une ancienne tradition (Eusèbe, II, 14), et comme les autres Pères l'enseignent ou l'indiquent (Tertull., Adversus Jud., c. IX ; Contra Marc, 111, 13; Aug., Civ. Dei, XVllI, n, 1; Hieron., loc. cit., Ep. XLVi, al, 17, lib. 11; (Contra Jovin., Catenagr., éd. Cramer, Oxon., t. Vlll, p. 82; Beda, Œcumen. Theophyl., etc.). C'était aussi le sentiment du moyen âge (par exemple de Gerbach, De investig, Ant,, lib. I, m, 31, p. 19, 71, éd. Lentii, 1873). 11 est cei'tain que Rome est ainsi appelée dans Apoc, xvii, 5, 18; Orac, Sibyl,, V, 143, 158 et suiv. Ce titre convenait du reste à la cité universelle (voy. Tacite, Ann. XV, 44); il était surtout bien placé dans la bouche des Juifs (Buxdorf, Lexic. chald. talmud., Basil., 1640, p. 2230 et seq.; Otto, Lex rabbinico-philol., Genève, 1673, p. 323). La mention de Marc et de « Ecclesia collecta » convient parfaitement à Rome, Voy, DœUinger, p, 99; Hundhauseu, p. 82 et suiv.
La prétendue différence dogmatique entre les pétriniens et les pauliniens se réfute : o, par l'accord qui régnait entre les apôtres (Gai., Il, 9), et qui, étant donnée leur rigueur dogmatique (Gai., i, 8), n'eût pas été possible sans leur consentement dans la foi. De même que Paul reconnaissait Pierre et les autres apôtres (1 Cor,, xv, 7-9; II Cor,, viii, 28; XI, 22 et suiv.); de même Pierre (Il Pierre, m, 15 et suiv.) reconnaissait le plus cher de ses compagnons. Les apôtres s'opposèrent toujours à toute espèce de parti; b. par le consentement dans la doctrine, attesté soit par les discours des deux apôtres contenus dans les Actes, soit par leurs lettres (Lechler, p. 92 et suiv.; 117 et suiv,); c, soit par l'accord qui régnait entre les divers disciples, tels que Jean Marc, Act,, xni, 5; Col., iv, 10; Philem,, xxiv; II Pierre, v, 13; Papias, apud Euseb., m, 39; Iren,, III, 1; Clem. Alex., apud Euseb., II, 13; M, 14; Tertull., Contra Marc, IV, 13; et Silas, — Silvanus, Act., xv, 40; xviii, 3; II Corinth., i, 19; I Pierre, v, 2; Clément, Phil., XLi, 3; Eusèbe, III, 4; Clément, Ep. i ad Corinth,, c. v; Orig,, Philocal,, c, xxii In Joan,, i, 29 (Op., IV, 133); Tertull., Prœscript,, xxxii; Hier,, Cat., c, xv; Adv, Jov., 1, 7; Epiph,, Hom, xxvn, 6; Phot., Cod, cxiii,
Dœllmger trouve qu'il est douteux si le passage de Philém,, iv, 3, se rapporte au fameux Clément de Rome, d. De même que les apôtres ne connaissaient pas deux Églises (celle des circoncis et celle des incirconcis), mais une seule Église, un seul peuple, un seul olivier (Rom,, xi,
214 HISTUIKE DE L ÉGLISE.
24), la tradition ne dit rien d'une pareille séparation. Vers 130, où l'on aurait dû en apercevoir encore des traces, Hégésippe trouva le plus grand accord dans toutes les Églises qu'il visita (Eusèbe, IV, xxii). Saint Irénée et les Pères se glorifiaient de l'unité constante de l'Église.
e. Toute la différence entre les judéo-chrétiens et les pagano-chrétiens consistait en ce que les premiers, tant que la religion et l'État juifs continuèrent de subsister, observèrent la loi nationale, tandis que les derniers en étaient affranchis. La séparation de l'apostolat chez les Juifs et chez les païens n'était pas absolue; ce n'était qu'un partage transitoire du travail, sans aucune exclusion. De même que Pierre reçut dans l'Église les premiers païens, écrivit encore plus tard à des communautés pagano-chrétiennes et convertit des païens; de même Paul, quoique pinncipalement occupé des païens , travailla aussi chez les Juifs et fut pour eux comme un Juif, car il se faisait tout à tous (I Cor., IX, 20 et suiv.).
39. Il est certain aussi que saint Pierre avait entrepris de longs voyages apostoliques. Il avait prêché à Corinthe, ainsi que l'atteste, au deuxième siècle, Denis, évêque de cette ville, et nous voyons dans saint Paul qu'il y était personnellement connu'. L'un et l'autre, ainsi qu'ils avaient fait à Rome, avaient ailleurs travaillé de concert, et tous deux se trouvaient dans la capitale de l'empire lorsqu'une grande persécution y éclata contre les chrétiens. L'empereur Néron, à la fois cruel et voluptueux, imputa aux chrétiens, souvent en butte aux attaques des païens et des Juifs, le vaste incendie que luimême avait allumé dans la ville de Rome et qui lui semblait une image de Troie embrasée. Le sinistre dura six jours et six nuits (19 juillet 64) ; des quatorze régions de la ville quatre seulement demeurèrent intactes. Terrible fut la fureur de la multitude et la barbarie des autorités. Plusieurs chrétiens, cousus dans des peaux de bêtes féroces, furent dévorés par les chiens ; d'autres jetés dans le Tibre, d'autres, enduits de poix, furent brûlés aux coins des rues pour éclairer la nuit. Partout régnait la terreur. Les deux apôtres Pierre et Paul furent saisis. Le premier, suivant une ancienne tradition, fut déterminé par les fidèles à prendre la fuite ; rencontrant le Seigneur sur son chemin : « Seigneur, où allez-vous ? » lui dit-il. Domine, quo vadis? — « Je vais à Rome, répondit le Seigneur, pour y être de nouveau crucifié. » Pierre, à ces mots,
' l Cor., I, 12; m, 2-2.
rONDAIION ET l'ROl'AGATION DK l/ÉGLISE. 21 0
serait rentré dans Rome et se serait livré à ses persécuteurs. Les deux apôtres furent martyrisés le même jour, 29 juin 67. Saint Paul, en sa qualité de citoyen romain, fut décapité sur la voie d'Ostie ; Pierre, au contraire, selon le désir qu'il en avait exprimé, fut crucifié la tête en bas. L'un et l'autre sont honorés dans l'antiquité comme les fondateurs de l'Église romaine; leurs reliques étaient en grande vénération et se montraient comme des trophées. Les Orientaux les réclamèrent vainement des chrétiens de Rome. Cependant, si illustre que fût saint Paul par sa qualité de docteur et son titre de cofondateur de l'Église romaine, les anciens chrétiens ne les ont jamais mis sur le même rang, excepté en ce qui regarde la mission immédiate qu'ils avaient reçue d'en haut.
ADDITION DU TRA.DUGTBUR
Martyre de saint Paul.
On ne donte point que saint Paul fut décapité sur la route d'Ostie. Il ne reste plus qu'à déterminer l'année et le jour.
Pour iixer l'année de sa mort, il faudrait comprendre le sens précis de cette expression de saint Clément de Rome, êitl twv :?iyouiji£vwv, dans sa lettre aux Corinthiens (I, v). Autrefois, on entendait sous ce nom ceux qui furent chargés du gouvernement de Rome pendant l'absence de Néron en l'an 67 (l'affranchi Hélius Ceesarianus et Polyclet, et, selon d'autres : Tigellinus et Nymphidius Sabinus). De nos jours, on a expliqué iiyoinLvm (principes) par officiers de justice. Cette explication admise, il faudrait encore prouver que èuî twv ... signifie parmi les officiers de justice; car les officiers de justice n'exerçaient aucun pouvoir, ce qu'indiquerait pourtant le mots ini twv ... : « Au temps,
sous les )> Ni Galba ni ses successeurs immédiats n'ont porté le
titre de principes. Quiconque gouvernait à Rome était empereur; or Néron ne resta qu'une année en Grèce, depuis la fin de 66 jusqu'à la fin de 67 ; son voyage dans la Campanie, en mars 68, ne fait point partie de ce voyage. Le martyre de saint Paul doit donc coïncider avec l'an 67.
Après les pressantes invitations de saint Paul, il est à croire que Timothée partit immédiatement pour Rome avec Trophyme, qui se trouvait à Milet, éloigné d'Ephèse de douze milles seulement. Trophyme, selon toute apparence, ne tarda pas à être envoyé dans les Gaules, tandis que Timothée resta auprès de son maître bien-aimé. — Si l'on nous demande quel jour mourut saint Paul, nous pouvons citer on le 29 juin, ou le 2 juillet, ou le 22 août 67.
C'est au 2 juillet que le plus ancien martyrologe romain place la
mémoire des trois soldats qui souûrirent avec saint Paul *. Il est possible que l'Apôtre ait subi le martjre le même jour, et que la raison pour laquelle on en célèbre la mémoire le jour de la fête de saint Pierre, le 29 juin, c'est parce qu'il tombe dans l'octave de cette fête. Mais on peut combattre cette opinion en disant qu'on célèbre bien, le 6 juillet, la fête de la première entrée de saint Paul à Rome, quoiqu'elle ait eu lieu au milieu du mois de mars 61, ou du moins au printemps. Il semble également que la mémoii"e de ces trois soldats ait été placée au 2 juillet parce que ce jour figure pendant l'octave de la fête de saint Paul.
Le 22 août, on célèbre la mémoire de Timothée, martyrisé sur la route d'Ostie ^, où il fut inhumé. Il a donné plus tard son nom à une catacombe de ce pays. Il figure même dans le catalogue des saints de l'Eglise d'Afrique. Le jour de sa fête, il y a station dans la basilique de saint Paul, statio ad sanctum Paulum, où son corps est déposé. Sainte Brigitte fit restaurer son autel.
Plusieurs raisons portent à croire qu'il s'agit ici de Timothée d'Éphèse 3. Tillemont, selon son habitude, reste indécis; les Bollandistes conservent des doutes par ce motif, entre autres, qu'en 356 le corps de saint Timothée fut transporté d'Éphèse à Constantinople^.De tels arguments ne sont jamais péremptoires. Que d'erreurs, que de bévues n'a-t-on pas commise en cette matière, notamment celle de prendre une partie des reliques pour la totalité.
Du reste, quand nous saurions que ce Timothée fut le disciple de saint Paul, ces simples paroles : Depositio Timothei, ne nous permettraient pas de conclure qu'il fut certainement martyrisé le 22 août, nous ne saurions pas s'il fut martyrisé le même jour que saint PauH.
Tout nous ramène donc à fixer le 29 juin pour la mort de l'Apôtre. Peut-être entrait-il dans les desseins du Seigneur que les deux fondateurs de l'Église romaine obtinssent le même jour la palme du martyre. A Rome, il semble qu'on a toujours célébré leur mémoire le même
^ Parvum Martyrol. rom., sive Parvum Adonis, ad 29 junii : Roma>, apostolorum Pétri et Pauli ; ad 2 julii : et trium qui cum Paulo apostolo passi sunt,
^ Romse, via Ostiensi, Timothei martyris. — ' Nous savons par VEpitre aux Hébreux, xiii, 23, que Timothée fut le coprisonnier de saint Paul, quoique la plupart rapportent ce passage à la première captivité de l'Apôtre.
* Acta sanctorum, ad 22 august. — ^ L'auteur du Martyr. Pauli a D. 396, admet l'année 36 après la mort du Seigneur, et l'an 69 après sa naissance {Martyr. Pauli, ante Œciimen., éd. Veron., f. 5). Saint Epiphane, Hseres., XXVII, vi, pense que les deux apôtres sont morts la douzième année du règne de Néron (13 oct. 65 ou 13 oct. 66).
jour. Cette oraison : Deus, qui hodiernam diem apostolot-um Pétri et Pauli martyrio consecrasti, ne nous oblige pas sans doute d'admettre qu'ils sont morts la même année, mais seulement le même jour. Nous ne pourrions rejeter ce sentiment que si nous avions un témoignage positif en faveur d'un autre jour. Mais comme nous n'avons rien de semblable, nous concluons que :
L'apôtre saint Pierre a été martyrisé le 29 juin de l'an 6ö après Jésus-Christ;
L'apôtre saint Paul, le 29 juin de l'année 67 après Jésus-Chinst (a).
C'est donc le même jour qu'il sont entrés tous deux dans la gloire du Seigneur '.
Nous avons de grandes raisons de croire, dit le P. Gams, que saint TrophjTiie d'Arles et Crescent de Vienne furent envoyés de Rome dans les Gaules par l'apôtre saint Paul, et nous pensons que ce fut après la mort de saint Pierre, A en juger par ce qui s'était passé en Espagne, cette mission supposerait que saint Paul lui-même avait été auparavant dans le midi de la Gaule.
Dans sa première Epître à Timothée, saint Paul assure que « Crescent voyagea dans la Gaule ^. » Chez les Grecs, le mot de Galatie désigne à la fois la Gaule et la Galatie orientale, de même que le mot Ibérie s'applique à l'Espagne et au pays qui touche le Caucase : c'est par le contexte qu'on voit de quelle Ibérie ou de quelle Gaule il s'agit. Dans le cas présent, plusieurs manuscrits de la Bible portent ra),Xîav ou TcôlioLiK Saint Irénèe écrit Galatiam'', mais nous n'avons ici que sa version latine; dans son texte grec, Galatie désigne l'Orient et l'Occident '". Quant à Eusèbe, il dit positivement que Crescent voyagea dans
(a) Ce sentiment, on le verra plus loin, n'est pas celui de notre auteur.
(Note du Irad.)
' Conybeare and J. S. Howson, The Life and Epistles of S. Paul, Lond., iSbO, 2 vol. — Vidal, Saint Paul, sa vie et ses œuvres, 2 vol.. Par., 1863. — Ferd. Chr. Baur, Paulus, des Apostel Jesu Christi, sein Leben und Wirken, seine Briefe und seine Lehre, 2= éd., par Ed. Zeller, Lips., 1866-1867. — Ch. J. Trip., Das Leben und die Briefe des Apostels Paulus, Leyden, 1866.
* // Tim., IV, 10 : Kç,TtiTx.r\z (sc. iTtopeOOY)) elç TaXaTiav (ra).Xtav). Dio Cass., LIII, XII (vii), dit TTiv TaXaTiav rôv uepl Nàpêwva (Narbonne) ; et plus loin, LIV, IV, 7 : raXXia Napgwvîuîa. Ph. Buttmann, Recensus omnium lectionum quibus codex Sinaiticus discrepat a textu editionis N. Testamenti cui tituhts est : N. Testam. grasce ad fidem potiss. codicis Vaticani B. recensuit, etc. Pb. Buttmann, Eist., ed. 3^, 1863, p. 108 (FaUiav au lieu de TaXaiiav).
' Codex 23, 31, 39, 73, 80. Griesbach, Apparat., ad hunc loc — * Adv. hseres., III, xiv, § 1 — ^ Const. apost., VII, xlvi. Rettberg, Hisl. eccl. d'Allemagne, l, p. 83, 1846. Héfelé, art. Mayence, dansVEncycl. de la théol. cath. (éd. Gaume). Du même : Introd. du Christian, dans le sud-ouest de l'AUem., Tub., 1838, p. S3. J. Friedrick, Hist. eccl. d'Allem., I, 1867, p. 80.
218 HISTOIRE UE l/ÉuLISE.
la Gaule, III, iv : Kpyjffxriç eî? Tàç raXXiaç (neiXajxevoc ; de même saint Jérôme : Creseens in Galliis prœdicavit K Le Chronicon paschale ^ porte el; TaXXîaç. Saint Epiphane et Théodoret ^ se prononcent résolument pour la Gaule. 11 y faut joindre de nos jours l'autorité décisive du Codex Smaiticus, dont nous sommes redevables au docteur Friedrich : ce manuscrit a le double avantage d'émaner du quatrième siècle et de fournir le texte de la plus ancienne version latine de la Bible *.
Il ne restera plus aucun doute sur la mission de Crescent dans les Gaules si nous considérons en outre, premièrement, que saint Paul, qui avait fait auparavant un long séjour à Éphèse, qui de Rome avait adressé à Éphèse une lettre à Timothée, ne pouvait pas, de si loin, envoyer dans un pays près duquel il venait de séjourner, un disciple qui, à en juger par son nom latin intraduisible en grec, ne possédait que la langue latine, et qui pour ce motif fut envoyé dans les Gaules. D'autre part, si Crescent fut envoyé par saint Paul dans les Gaules, il devient tout-à-fait probable que l'Apôtre lui-même a visité ces contrés *.
■• Catal sa-ipt., append. i. — " Olymp., ccxx. — ' Epiph., Hœres., LI, XI ; Theod., In II Tim., iv, 10, — * Le texte du Sinaï présente avec la plus ancienne version latine des analogies si surprenantes qu'on peut le considérer comme étant d'accord, pour l'essentiel, avec le texte qui a servi, peu après le milieu du deuxième siècle (!), de modèle au premier traducteur latin, l'auteur de la version italique. (Tischendorf, p. 63.)
^ La France du dix-septième siècle professait des opinions par trop modestes sur l'époque de l'introduction du christianisme dans les Gaules : Quo sseculo, dit Labbe, m Gallùts venera Martialis dictus Aquilaiwrum
apostolus, primone an tantum tertio controverlitur et adhuc sub judice
lis est (De Script, eccles., t. II, p. 59, 60). Massuet, l'éditeur de saint Irénée (sur Adv. hser., III, i), va jusqu'à dire qu'après saint Irénée le christianisme était presque éteint dans les Gaules, et qu'il fallut l'y annoncer de nouveau vers l'an 230. Rien ne justifie une pareille assertion. Le christianisme ne fut pas introduit dans les Gaules par saint Pothin et saint Irénée, et il n'y fut ni menacé ni ébranlé par leur martyre. Depuis 1848, les historiens français sont revenus aux traditions primitives, et les résultats positifs oii ils ont abouti, c'est que l'introduction du christianisme dans les Gaules remonte au premier siècle et à la période apostolique. Dans cette direction, le branle a été donné par les Monuments inédits sur l'apostolat de Marie-Madeleine en Provence, et sur les autres apôtres de cette contrée, saint Lazare, saint Maximin, sainte Marthe, et les saintes Marie, etc., par Paillon, Paris, 1848, 2 vol. in-4o. L'auteur de cet ouvrage étudie les origines des évêchés d'Aix, Arles, Avignon, Autun, Fréjus, Marseille, Orange, Bourges, Paris, Le Puy, Périgueux, Tours, Clermont, Toulouse, Narbonne, Trier, Limoges, etc. M. Faillon, et c'est peut-être là le grand mérite de son livre, ne cite pas moins de 362 documents et pièces justificatives. Quant à en démêler la valeur et le fond historique, ce soin est réservé à l'avenir. L'auteur pense que saint Denis.
lONDATION ET PROPAGATION DE l/ÉGLISE. 219
Saint Trophyme, justement honoré à Arles comme disciple des apôtres, était probablement le même que ce disciple de saint Paul qu'on présume être retourné à Rome après sa guérison, et qui, envoyé par saint Paul dans les Gaules peu avant son martyre, se fixa à Arles.
Arles conserva mieux le souvenir de Trophyme que Vienne celui de Crescent, et c'est par là qu'elle obtint la primauté sur les Églises
évêque de Paris (non pas le Denis d'Athènes, bien entendu), saint Saturnin, premier évêque de Toulouse et martyr, de même que Paul, premier évêque de Narbonne, furent envoyés par Clément I" dans les Gaules vers la fin du premier siècle. En tout cas, il est impossible que saint Trophyme, premier évêque d'Arles, ne soit arrivé dans les Gaules que vers l'an 2o0, sous l'empereur Dèce (comme le veut Grégoire de "Tours, Hist. franc, I, xxvm), puisqu'il est dit de Marcien, évêque novatien d'Arles, que vers l'an '233 il occupait depuis longtemps le siège épiscopal. Une lettre adressée par dix-neuf évêques de la Gaule au pape Léon I", porte que la Gaule tout entière, ainsi que l'Église romaine, sait que saint Pierre a envoyé Trophyme sur le siège d'Arles. Ils voulaient donner à entendre que l'Église d'Arles était plus ancienne que celle de 'Vienne.
Cet oiivrage de Paillon a exercé une influence considérable sur les écrivains qui l'ont suivi : Paul Piolin, Hhloire de l'Église du Mans, t. I-VI, Paris, 1831-18oo, Introduction. Voir surtout : Origines chrétiennes de la Gaule; Lettres au R. P. dorn Paul Piolin à Solesmes, en réponse aux objections contre l'introduction du christianisme dans les Gaules aux deuxième et troisième siècles, précédées de lettres sur la nécessité d'un examen de l'ouvrage intitulé : Monuments inédits sur l'apostolat de sainte Marie-Madeleine en Provence, Paris, I800-I806, 2 vol. in-80.
Le dernier auteur qui ait écrit sur l'Église de Toulouse (Histoire générale de l'Église de Toulouse, par l'abbé Salvan, t. I-IV, Toulouse, 18Ö6-1861), soutient que Paul de Narbonne arriva du temps de Caracalla, que saint Saturnin était évêque de Toulouse dans la même époque (vers 213), mais ne fut matyrisé que sous l'empereur Dèce. Il convient que Martial de Limoges et Trophyme d'Arles arrivèrent plus tôt dans les Gaules, et que Denis et Saturnin furent seuls martyrisés, ce dernier vers l'an 253. « Martial de Limoges, Austremoine de Clermont, Paul de Narbonne parvinrent à une haute vieillesse ; mais nous ignorons s'ils furent martyrisés avant ou après la persécution de Dèce » (t. I, p. 89). Il ne faut pas exagérer l'importance de la propagation du christianisme dans les Gaules, du premier au deuxième siècle, puisqu'un concile célébré à Lyon sous saint Irénée ne réunit que douze évêques, et peutêtre moins encore.
Les récents historiens des évêchés de Vienne et d'Arles, de tout temps rivaux, s'efforcent de justifier les prétentions historiques de ces deux anciens sièges, aujourd'hui supprimés (Histoire de la sainte Église de Vienne jusqu'à la suppression du siège en 1801, par F.-Z. CoUombet, Lyon, 1847, 1848, 4 vol.; Hist. de la saiîite Église d'Arles, par l'abbé J.'^-M. Trichaud, Arles, I808, 1865, 4 vol.).
Une critiqiic saine et une vaste étude des sources , telles sont les
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des Gaules, au détriment de Vienne. En 417, le pape Zozime concéda à l'Église d'Arles, en même temps que cette prééminence, le droit de sacrer les évéques de Vienne, par la raison que son premier évêque, saint Trophyme, y avait été envoyé de Rome et que c'était d'Arles que la lumière de la foi s'était répandue sur toute la Gaule. D'autres diocèses cependant, tels que Marseille, Vienne, Lyon, Narbonne,
qualités qui distinguent la Dissertation sur Vapostolat de saint Martial (premier évêque de Limoges) et sur l'antiquité des Églises de France, par l'abbé Arbellot, Paris, 1835, complété six années après par les Documents inédits sur l'apostolat de saint Martial et sur l'antiquité des Églises de France, Limoges, 1861, qui ont acquis en France une légitime autorité. M. Arbellot cherche à prouver, par le témoignage de tous les siècles, que saint Martial fut envoyé dans les Gaules par les apôtres ; avec la tradition, il place sa mort dans l'année 73. 11 admet aussi et cherche à établir que Tropyhme fut envoyé à Arles par saint Pierre, que Paul de Narbonne était disciple des apôtres et fut sans doute institué premier évêque de Narbonne par saint Paul, lors de son voyage en Espagne. Arbellot estime aussi que les autres évêques de France, Denis de Paris, Saturnin de Toulouse, Austremoine de Clermont, et même Gatien de Tours (l'auteur ne nous semble pas l'avoir prouvé. Dissert., p. 152), Ursin de Bourges, Eutrope des Saintes, « peut-être » aussi Fronton de Périgueux et Georges de Velay, furent envoyés dans les Gaules par Clément 1".
Après ces travaux préparatoires, dont, chose étonnante, il fait peu d'usage, le nouvel éditeur de VHistoii-e de l'Église gallicane, de Longueval, 1550-1539, Paris, 173Ü-1749, 18 vol. in-i», l'abbé Jager, dans son Histoire de l'Église catholique en France, depuis son origine jusqu'au concordat de Pie Vil (jusqu'ici 13 vol., Paris, 1862-1866), admet que saint Pierre envoya dans les Gaules : Martial de Limoges, Paul de Narbonne, Clément de Metz, Savinien et saint Potentien de Sens, Trophyme d'Arles, Crescent de Mayence et saint Luc, dont le siège est inconnu. Cf. Histoire de l'Église d'Auvergne, depuis saint Austremoine jusqu'en 1560, par L.-E. d'Ambert, Clerm., 1865, 3 vol. — Ravenez, Recherches sur les origines des Églises de Reims, de Soissons et de Chdlons, 1836. — Essai sur les origines religieuses de Bordeaux, 1862. — Pergot, Vie de saint Front, apôtre et premier évêque de Périgueux. — Histoire du diocèse d'Avignon et des anciens diocèses dont il est formé, par l'abbé Granget, Avign., 1862, 2 vol. — Histoire et description de Notre-Dame de Reims, par Cerf, 2 vol., Reims, 1862. — Cerf pense que la première cathédrale de Reims fut construite dès le premier siècle, par l'évêque Sixte. Des Origines chrétiennes de la Gaule, par Arbellot, dans le Monde, 6 juin 1860. Rome et les premières Églises des Gaules considérées daiis leur origine, ibid., 16, 18, 24 avril 1862, par F. Gaydou, S. J. (Le P. Gaydou considère Lyon comme le foyer du christianisme dans les Gaules.)
La collection, aujourd'hui terminée, des Inscriptions chrétiennes de la Gaule antérieures au huitième siècle, réunies et annotées par Le Blant, ouvrage couronné par l'Institut, Paris, 1836-1865, 2 vol. in-i" avec 552 inscript, sur 92 planches, nous montre effectivement que le christianisme
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Toulouse, contribuèrent aussi pour une bonne part à cette extension de la foi. On reconnaît généralement que le pape Zozime était allé beaucoup trop loin : un pape qui donne à un évèque le droit exclusif de sacrer tous les évêques de son pays prépare aux papes futurs un rival et un adversaire. Cette querelle se prolongea longtemps. Aujoui'd'bui les deux diocèses d'Arles et de Vienne ont été emportés
s'est répandu dans les Gaules en suivant le cours du Rhône. A Marseille et à Aubagne, on trouve des inscriptions qui datent de Marc-Aurèle ou de ses successeurs immédiats. Arles en possède neuf, probablement du temps de Constantin. Sur le Rhin et dans le centre de la France, on ne trouve aucune pierre dont l'origine remonte sûrement aux trois premiers siècles. Les inscriptions ne favorisent pas ce sentiment qu'une grande troupe de messagers de la foi se soient répandus simultanément en France, à moins qu'on ne dise qu'il y avait eu extinction subite de la foi, suivie d'une renaissance. Deux opinions contraires (sur les commencements du christianisme) sont en face l'une de l'autre, dit Le Blant, et sont défendues avec le même zèle et le même talent. Effectivement, l'école de la tradition ancienne ne le cède point à ses adversaires en savoir et en perspicacité.
Il y a quelques années, l'abbé Salmon, prenant pour base l'ouvrage suivant de Maceda devenu très-rare : De céleri propagatione Evangelii in itniverso mundo, i, 3; acced. Comment. Bolland. de sanclo Firmino ep. et mart., etc., Romae, 1798, publiait une Histoire de saint Firmin, premier évéque d'Amiens, 1861, oii il cherchait à prouver que Firmin fut le premier évêque de Pampelune et d'Amiens. Son argumentation a été attaquée par Dufour et Maury. Après dix années d'études, Ch. Salmon a édité ses Recherches sur l'époque de la prédication de l'Évangile dans les Gaules et en Picardie, et sur le temps du martyre de saint Firmin, premier évéque d'Amiens et de Pampelune, Am., 1865. Il éclaircit les passages contraires de Sulpice Sévère {Hist. sacr., II, xxxii; — sub Aurelio ... primum inter Gallias martijria visa, serius trans Alpes Dei religione suscep(a) et de Grégoire de Tours [Hist. Franc, I, xxviu), suivant lesquels les sept messagers de la foi ne seraient arrivés dans les Gaules que sous l'empereur Dèce, vers 2o0. Il cite ensuite les autorités favorables sans oublier les plus anciennes liturgies. Il traite enfin des plus anciennes Églises, Marseille, Arles, Limoges, Aix, Orange, Lyon, Sens, Paris, Chartres, Reims^ Soissons, etc. Suivant lui, saint Saturnin fut martyrisé dans le premier siècle, et saint Firmin dans le commencement du deuxième.
Au milieu de toutes les incertitudes, deux faits paraissent vraisemblables ; le premier, c'est qu'il n'y eut ni sept ni un plus grand nombre démissionnaires qui arrivèrent simultanément de Rome dans les Gaules; le second, c'est que Trophyme d'Arles et Martial de Limoges (au moins ces deux-là) appartiennent au premier siècle chrétien. Comment Grégoire a-t-il obtenu son chiffre sept? C'est une question qu'on n'a pas su résoudre en France. Pour nous, nous n'avons jamais douté que Grégoire, sachant que sept évêques avaient été envoyés de Rome en Espagne, avait trouvé là une raison suffisante de revendiquer le même nombrQ
par le tlot révolutionnaire et par la civilisation moderne, et la querelle n'offre plus qu'un intérêt historique. Pour nous, nous estimons que les prétentions des deux Églises sont également justifiées, c'est-à-dire que Trophyme et Crescent furent tous deux envoyés de Rome dans les Gaules, l'un à Arles et l'autre à Vienne (et à Mayence ?).
Dionys. Cor., apud Euseb, II, 24 (le çoiT^fravtei;, al. çuteûffavTeç, a été souvent mal entendu). Persécution de Néron, Tacite, Annales, XV, 44; Suétone, In Nerone, cap. xvi; Sulp. -Sévère, Chi-on., II, 28 et seq., p. 82 et seq., ed. Halm.; Oros., VII, 7; Mœhler-Gams, I, 226 et suiv. Sur le martyre des apôtres, Clem. Rom., I Cor., cap. v; Iren., III, 3 ; Dionys. Cor., loc. cit.; Cajus, ap. Eus., II, 23 ; TertuU., Praescr., c. xxxvi Contra Marc, IV, 5; Scorp., cap. xv : « Tune Petrus ab altero cingitur, cum cruci adstringitur. » Orig., t. III in Gen., ap. Eus., III, i (Migne, t. XII, p. 92); Eus., UI, i, 31 ; Hier., Cat., cap. i. On alléguait souvent la prophétie de saint Jean, xxi, 18 et suiv.
La plupart des savants admettent le séjour et le martyre de Pierre à Rome : Hundhausen, p. 20, n° 5; Rothe, § 40, p. 434, n" 53 ; Néander, K.-G., I, 317 : « C'est outrer la critique que de mettre en doute le séjour de Pierre à Rome, attesté par les renseignements unanimes de l'antiquité chrétienne. » Guericke, I, p. 39, 9"= éd. : « La nouvelle du martyre de Pierre à Rome, déjà répandue au loin dans le deuxième siècle, même avant l'époque où la manie d'écrire s'introduisit dans la hiérarchie romaine, ne s'explique naturellement que par l'existence de ce fait. » Or, c'est précisément ce fait contre lequel les prédicateurs protestants ont élevé leurs principales attaques, depuis la conquête de Rome, le 20 septembre 1870. Voyez Rœmische Disputation zwischen Kathohken u. Protestanten über die These : War Petrus in Rom? Munster, 1872.
Que Pierre et Paul soient morts la même année, nous le savons de Denis de Corinthe, loc. cit. L'année 64 a été admise par Cave, Dupin, Wieseler; l'année 66 par Pagi, Constanzi, Schlestratc, les DoUandistes (d'après le Catal. Liber. j, Tillemont, Foggini (d'après Epiph. et Eus.], l'année 67 par Raronius, Combéfis, les auteurs de l'Art de vérifier les dates, Pétau, Patrizi ; l'année 68 par Mazzochi, Ritter, etc.
pour la Gaule. (Trophyme, Paul, Saturnin, Martial, Denis de Paris, qui était déjà de son temps la capitale du royaume de France, puis Austremoine pour l'Auvergne, la bien-aimée patrie de Grégoire, et enfin saint Gatien, pour son diocèse de Tours). Nous n'appellerons pas ce stratagème une pieuse fraude, mais seulement une invention patriotique. Pourquoi, après avoir envoyé sept missionnaires en Espagne, n'aurait-on pas fait de même pour la Gaule ?
Au lieu de Gatien de Tours, Grégoire aurait mieux fait de placer Crescent de Vienne et de Mayence au nombre des hommes apostoliques qui furent envoyés de Rome dans les Gaules. (Gams. Cil. du (rad.)
Les raisons suivantes militent en faveur de l'an 67 : a. les apôtres moururent quand Néron était absent de Rome, « sous les dépositaires de l'autorité » (Clem. Rom., loc. cit.); or, c'était en 67, alors que Néron se trouvait en Achaïe, d'où il ne rentra à Rome qu'en 68; b. saint Jérôme, Catal., dit de Sénèque : « Hic ante biennium, quam Petrus et Paulus coronarentm" martyrio, a Nerone interfectus est. » Selon Tacite, Ann., XV, 48, Sénèque mourut, « Silio Nerva et Attico Vestino coss., » c'est-à-dire en 65, par conséquent les apôtres en 67.
c. Selon Eusèbe et saint Jérôme, les apôtres moururent cette dernière année, la i4« de Néron, c'est-à-dire en 67-68. Or, Néron mourut le 9 juillet 68, les apôtres le 29 juin, et non certainement en 69, car alors leur mort ne tomberait plus sous Néron, mais en 67. Si l'on compte les années de Néron, non depuis le 13 octobre, mais depuis le l«' janvier 34, l'année 67 tombe dans la 14'^ année.
d. Selon saint Jérôme, on assignait vingt-cinq ans à l'épiscopat de saint Pierre à Rome, et on le datait du 2 janvier du règne de Claude; il devait donc tinir en 67. Voyez Dom Bax-tolini, Sopra l'anno 67 dell' era volgare, se fosse quel del martirio de' gloriosi Apostoli, Rome, 1868; Dœllinger, p. 101. Autres ouvrages dans Gams, Das Jahr des Martyrertodes der Apostel., Regensb., 1867. D'après ce dernier, Paul ne serait mort qu'en 67, tandis que Pierre aurait cessé de vivre en 6è) déjà, contrairement à Denis de Corinthe, au décret sur les livres de Gélase (49o) et Horraisdas (320), où il est dit : « qui (Paulus) non diverso, sicut hceretici garriunt, sed uno tempore uno eodemque die gloriosa morte cum Petro in urbe Roma ... coronatus est >• (Thiel, Epist. rom. Pont., p. 433, 932). Les deux apôtres apparaissent comme fondateurs de l'Église romaine dans saint Ignace, Rom., cap. v; Iren., III, i, 1; ni, 2, 3; Euseb., V, vi, 8. Cajus, loc. cit., rappelle les trophées des apôtres. Saint Chrysostome, Contra Jud. et Gent. : « Quod Christus sit Deus, » n° 9 (Migne, t. XLVIll,p. 823), enviait le bonheur des Romains d'avoir possédé les apôtres, et il exaltait l'honneur qu'on rendait à leurs tombeaux. Une inscription de Damase porte que les chrétiens d'Orient voulurent emmener avec eux les corps des princes des apôtres, mais qu'ils en furent empêchés (Grégoire le Grand, Ep. ad Constantinam). Leurs corps reposèrent alors quelque temps prés de Saint-Sébastien iKrauss, Roma sotter., p. 117-120, 529). Les païens connaissaient le culte qu'on rendait à ces tombeaux, et croyaient que saint Jean l'Évangéliste avait trouvé là un prétexte pour glorifier Jésus comme Dieu.
Julian., apud Cyrill. Alexand., lib. X, Contr. Jul. (Migne, t. LXXVI, p. 1004).
Sur la personne de saint Paul, voyez le beau portrait tracé par Dœllinger, p. 86-93. Le rapport mutuel des deux apôtres est parfaitement décrit par Hugues de Saint-Victor, Serm. lxiv : « Petrus cseteris emineutior exceiientia potestalis, Paulus excellentia prœdioationis. Petrus
â24 HisTomE DE l'église.
sol, Paulus luna; Petrus sol per collatam sibi divinitus potestatem, Paulus luna per collatam sibi divinitus sapientiam. » De nombreux détails dans Léon Allatius, De Eccles. Occident, et Orient, perpet. consensione, Col. Agr., 1648, lib. I, c. ui-viii, p. 19-158. La iproposition qui affirme l'égalité des deux apôtres a été souvent censurée, notamment en la personne de de Dominis, De republ. divin., I, iv, lequel prétendait aussi que Pierre n'était destiné que « pro ovibus domus Israel, » proposition déclarée hérétique par les facultés de Paris et de Cologne. (Du Plessis d'Argentré, II, ii, p. 103, 106, prop. 9; t, lu, ii, p. 199.) Dans la suite, plusieurs ouvrages parurent en France où l'on affirmait l'égalité de Pierre et de Paul dans la primauté (la Grandeur de l'Église romaine établie sur l'autorité de saint Pierre et de saint Paul, 1645; de l'Autorité de saint Pierre et de saint Paul, qui réside dans les Papes, successeurs de ces deux apôtres), outre des lettres latines dans le même sens. Le 24 janvier 1647, l'Inquisition romaine condamna la doctrine des deux chefs, ou de l'égalité de Pierre et de Paul dans la primauté. Denziger (A. 15, d), p. 315 et seq., n. 90, éd. 4. Contre ce décret parut un nouvel écrit qui fut brûlé par ordre de la cour de France (6 mai 1647). Du Plessis d'Argentré, 111, ii, p. 248, t. I, App., p. xliv et suiv. Ce sentiment fut combattu par Léon Allatius, loc. cit., le théatin J.-Aug. de Bellis, Isaac Habert, Théophile Raynaud, Pierre de Marca, Claude Morelli, etc. Cette circonstance que, sur les tableaux, Paul figurait à la droite et Pierre à la gauche, ne prouve rien. Pierre Damien l'explique (Opusc. XXXV, Migne, Patr. lat., t. CXLV, p. 589 et suiv.) par cette raison que Paul, fils de Benjamin, se nommait « filius dexterae. »
Les autres apôtres.
40. Tandis que l'Église romaine recevait la consécration du baptême de sang, les chrétiens d'Asie avaient eux-mêmes de violents combats à soutenir, surtout contre les sectes naissantes des gnostiques et desantinoméens. C'est contre eux et contre leurs idées charnelles que l'apôtre Jude Thaddée, surnommé Lebbée, et frère de Jacques le Mineur, écrivit, probablement après la mort de Pierre et de Paul , une courte épître aux fidèles de l'Asie-Mineure, où il se rapprochait de la seconde épître de saint Pierre. Cette épître, dont l'authenticité est du reste étabhe par les auteurs ecclésiastiques, ne provoqua des doutes que parce qu'on faisait alors circuler deux écrits apocryphes, le livre d'Hénoch et l'Ascension de Moïse. Déjà des mesures avaient été prises pour introduire une plus grande exactitude dans l'enseignement et combattre certaines erreurs touchant la vie et les travaux de Jésus- Christ.
FONDATION ET PROPAGATION DE f/ÉGLISE. 22.S
L'apôtre Matthieu, surnommé Lévi ', autrefois péagersurle lac de Tibériade, vivait dans une rare sobriété et ne mangeait jamais de viande; il avait d'abord prêché aux judéo-chrétiens et après de vaines tentatives ' écrit pour les fidèles de Palestine l'Évangile de Jésus-Christ en langue araméenne ; mais la traduction grecque ne tarda pas à prévaloir dans l'Église. En s'appliquant à convaincre de leur aveuglement les Juifs incrédules et à justifier les fidèles qui s'étaient séparés d'eux, il fait vivement ressortir la dignité messianique de Jésus- Christ, la liaison qui existe entre sa vie et les prophéties de l'ancienne alliance. Il expose les événements selon leur succession logique plutôt que dans l'ordre chronologique, et il est plus attentif à consigner les discours du Seigneur qu'à raconter les faits. Cet Évangile, le premier par la date, fut utilisé par les autres apôtres , surtout par Barthélémy ou Nathanaël *, de Cana en Gahlée, qui l'emporta avec lui dans l'Arabie du sud (les Indes). Il y fut trouvé cent ans plus tard par Pantène, savant de l'école d'Alexandrie et missionnaire.
D'autre part, saint Luc, le fidèle compagnon de saint Paul, avait écrit son Évangile pour un chrétien du nom de Théophile et il le continua dans les Actes des apôtres. Il y traite surtout de la vocation des gentils, qui était le grand objet de saint Paul. Le même rapport qui existe entre saint Marc et saint Pierre se retrouve entre saint Luc et saint Paul.
Jude (Matth., x, 3; Marc, m, 18; Jean, \tv, 22 (mourut avant la persécution domitienne. Les renseignements dans Nicéph. Call., II, 40; Assémani, Bibl. or., I, 3t8; III, i, p. 299, 302; Dœllinger, p. 108 et suiv. — Hug, Haneberg, Ad. Mayer admettent un rapport inverse entre lepître de Jude et la ii« de Pierre. Sur saint Matthieu et son Évangile voyez Iren., III, i; Clem. Al., Pœd., II, i: Papias, ap. Eus., III, 39 Pantcen., ibid., V, 10; Orig., ibid., VI, 25; Euseb., III, 24; V, 8 Epiph., Hom. \xx, 3; Hier., Prœf. in Matth.; Ambros., In Ps. xlv Isid. Hispal., De sanctis, cap. Lxxvii; Nicéph. Call., II, 41; Patrizl, De Evang., I, I, 13 ; Dœllinger, p. 131 et suiv. Socrate assigne (I, 19) à Barthélémy les Indes , voisines de l'Ethiopie; selon Nicéph. Call., II, 39, il prêcha quelque temps avec Philippe en Phrygie, et fut crucifié à Eranopolis, en Cihcie. Cf. Rutin, I, 9; Philost., il, 6. Sur saint Luc, voy. II Tim., iv. 11; Iren., loc. cit.; Euseb., III, 4; V, 8. Grégoire de
' Marc, n, 14 ; Luc, v, 27. — • Luc, i, 4. — * Jean, i, 45.