I. — FIIST. DE l'ÉCI.IRK. IÎ
-im HISTOIRE DE LÉGLISK.
Nazianze, Or. xxxm, n° H, p. 6H, lui assigne l'Achaïe, et à Marc l'Italie; Photius rappelle, queest. cxxiii, Amph., p. 715, éd. Migne, que quelques-uns attribuaient les Actes des apôtres à Clément de Rome, d'autres à Barnabe, quelques-uns à Luc, mais que ce dernier finit la dispute en invoquant son Évangile.
41. De la plupart des apôtres et disciples du Seigneur, nous n'avons que des renseignements Lrès-incomplets. L'apôtre Philippe de Bethsaida (qu'il ne faut pas confondre avec son homonyme, un diacre qui vivait en Césarée), finit ses jours àHiérapolis, en Phrygie. Il fut, ainsi que ses trois filles, dont deux demeurèrent vierges, longtemps en odeur de sainteté dans r Asie-Mineure. Le frère de Pierre, André, qui était aussi de Bethsaida, et autrefois disciple de Jean-Baptiste, aurait prêché en Cappadoce, en Galatie et en Bithynie; puis, franchissant le Pont-Euxin, il aurait pénétré en Scythie et aurait été crucifié à Patras, en Achaie. Ce ne fut que tardivement, après la translation de ses reliques, qu'on le mit en relation avec Byzance. Thomas, surnommé Didyme, Simon le Zélateur et Matthias passent pour avoir prêché en diverses contrées ; nous n'avons du dernier qu'une maxime sur la mortification de la chair.
Barnabe, de Chypre, après s'être séparé de Paul, travailla d'abord dans sa patrie, où il mourut et où l'on découvrit ses restes mortels. Il est certain que son zèle ne s'arrêta pas aux confins de cette île et qu'il fit de nombreux voyages. On croit qu'il visita aussi la haute Italie. Un des soixante-dix disciples, Thaddée ou Adée, convertit le roi Abgar d'Osrhoène et affermit l'ÉgUse d'Édesse.
Philippe, Polycr.; Eph., ap. Euseb., V, 24; Papias, ibid., III, 39. Cf. cap. xxxiii; Theodoret., In Ps. cxvi, 1 (Migne, t. LXXX, p. 1008). André, Orig., ap. Euseb., III, 1 ; Theodoret, loc. cit. : 6 oeoTtéffio; 'Av8. t9iv 'EXXôSa lalç oeoYvwCTÎaç àxTïfftv xaxyiûyaffev. JNïceph. Call., loc. cit.; Grég. de Naz., loc. cit. (nomme l'Épire). L'Epist. presbyt. et diacon. Ach. de martyrio Andrese ap. (Gallandi, Bibl. patr., I), est considérée comme authentique par Bellarmin, Baronius, Schelstrate, Possevin, ^'oël-Alexandre, Labbe, L. Andruzzi, Sant' Andrea, du Saussay, Woog, Gallandi, Lumper, etc. Nouveau texte dans Tiscliendorff, Acta ap. apocr., Lips., 18bl, p. lOö et seq.; Migne, t. Il, p. H87 et suiv. Saint Épiphane, Hœr., lxiii, n" 2, attribue aux origénistes des actes apocryphes de saint André et autres.
FONDATION ET PROPAGATION HE l/ ÉGLISE. 227
Saint Thomas (Jean, xi, 16 ; xx, 24 ; xxi, 2) doit avoir prêché en Parthe, (Orig., ap. Euseb., III, 1 ; Clem., Recogn., IX, 29; Socr., I, 19); dans les Indes (Grég. de Naz., loc. cit.), et en Ethiopie (Niceph. Cal., II, 40j; Paulin. Nolan., Natal. H : « Parlhia Matthaeuni compleclitur, India Thomam. » Cf. Hier., Ep. cxLviii; Ambros., In Ps. xlv, 10; Baronius, an. 44, n° 33. Selon Micéphore Call., il mourut à Taprobane, dans les Indes, percé de lances. Selon saint Éphrem de Syrie (G. Bickeii, S. Ephr. Carmina Nisibena, Lips., 18Ö7; Carm. 42, init., p. 163), il serait mort dans les Indes, mais ses ossements auraient été plus tard transportés à Édesse par un marchand. Voyez Baronius, an. 252. De là vient que quelques-uns cherchèrent son tombeau dans les Indes, à Calamina, à Meliapur (.Martyrol. rom., xii kal. jan.); d'autres à Édesse. Saint Chiysostome (Hom. xxvi in Hebr., n" 2; Migne, t. LXIII, p. 179) remarque qu'on connaissait les tombeaux de Pierre, Paul, Jean et Thomas, mais non ceux des autres apôtres. Les anciens entendaient par Indes non-seulement nos Indes orientales, mais souvent aussi l'Arabie, l'Ethiopie et l'Ile Diu Zocotera, à l'embouchure du golfe arabique (Ritter, Erdkunde von Asien, IV, i, 603).
Sur les chrétiens de saint Thomas dans l'Inde méridionale, voyez des données, non à l'abri de la critique, dans Charles Swanston, Journal of Ihe Royal Asiatic Society of Great Brit., 1834, et M. Hang, Beil. zur Augsb. Allg. Zeit., 29 janvier 1874. Simon Zelotes, appelé aussi Cananites (Matth., x, 4), doit avoir prêché en Egypte, dans la C}'rénaïque, en Libye, en .Mauritanie et dans les Iles britanniques; selon d'autres en Babylonie et en Perse (Mceph. Call., ii, 40). L'Angleterre ne se glorilia de lui que plus tard. On ne peut guère admettre qu'il ait été le même que le second évêque de Jérusalem (voy. Lindner, I, § 5, p. 21). On croit que Matthias fut martp'isé en Ethiopie (Niceph. Call., loc. cit.). Si Clément d'Alexandrie (Strom., IV, ix , p. 502) ne contx^edit pa.s Héracléon, prétendant que Matthias, Philippe, Thomas et Matthieu moururent de mort naturelle, cela ne prouve rien. Voyez des paroles de Matthias dans Clément, loc. cit., III, iv, p. 436, éd. Paris.
Barnabe ne fut pas seulement apôtre dans le sens large de ce mol. mais dans sa véritable acception (I Cor., ix, 5; Act,, xv, 25; Hieron., Brev. rom.; Dœllinger, p. 56 et 140; Catholiq., 1875, sept., p. 251). Il remplaça Jacques le Mineur, demeuré à Jérusalem. La plupart attribuent l'épilre qu'on lui assigne à un Alexandrin du deuxième siècle. (Ouvrages à consulter, Alzog, Patrol.; Renseignements : Acta sanct.. H juin, p. 431 elsuiv. L'Église de Milan l'exaltait comme son fondateur. Baronius, an. 51, n" 54; Puccinelli, Vita de S. Barnaba, Milan, 1649; Saxii, Vindiciae de adveutu Mediol. S. Barn., Mediol., 1748.
Sous l'empereur Zenon, on trouva ses restes dans l'ile de Chypre, avec l'Évangile de saint Matthieu, soi-disant écrit par lui-même, et apporté dans l'éghse de Sainte-Sophie de Constanlinople (Theod.Lect., II, 2; Migne, t. LXXXVI, p. 184). Saint Jérôme nomme (In Matth.,
Û^S HISTÜlitE DE LÉliLISE.
cap. x) comme apôtre de la Syrie l'apôtre Thaddée, et Eusèbe, I, 3, le disciple de ce nom. Cf. Baronius, an. 43, n" 18, 21. Nicéphore Call., Il, 40, dit que cet apôtre prêcha en Arabie, puis à Édesse, mais qu'il y fut précédé par le disciple de ce nom.
Saintes femmes. — La Mère de Jésus.
42. Nous n'avons en général que très-peu de renseignements sur les apôtres et leurs compagnons ; les ouvrages apocryphes, quoique très-nombreux, ne sauraient suppléer l'absence de données authentiques. Le dessein des apôtres étaient de propager la nouvelle du salut, et non de répandre la gloire de leurs hauts faits. Jésus-Christ seul était le centre de leurs actions; eux nétaient que ses instruments. Les données certaines que nous avons sur Pierre et Paul peuvent également nous servir pour les autres. Leur histoire est une succession de prédications et de miracles, de vertus et de tribulations. Ainsi, nous n'avons point de détails sur les saintes femmes qui entouraient Jésus, comme Marie-Madeleine, pas même sur la mort de sa glorieuse Mère , la vierge Marie , qui , ainsi qu'elle l'avait annoncé, devait être bénie de toutes les générations.
Abdias (soi-disant premier évèque de Babylone), Hist. certaminis apostolici libri X, Paris, I06G; J.-A. Fabricius, Cod. apocr. N. T., Il, 388 et seq. (connu au septième siècle, Luraper, Hist. crit., I, 473); Dorothée de Tyr et Procope, De 23 prop. et 12 discipul. Domini, Rome, 1364, in-foL; Bibl. Patr. max., t. III. (Fragments grecs dans Chron. Pasch. et dans G. Cave, Hist. lit., I, 82 et seq.); Hip. Theban., De 12 apost., ap. Combefis, Auctar., t. II, Paris, 1648. D'antres dans Fabricius, loc. cit., p. 743 et seq.; Thilo, ActaThomse in notitia uberr,, p. LU et seq.; Tischendorf, Acta ap. apocr., Lips., 1851 (13), Apocal. apocr., Lips., 1866. Apocryphes de Pierre (Kerygma, Periodi, Evangelium, lettre à Jacques); de Philippe (Evangelium et Itinerarium); de Barthélémy et Matthias (chacun un Évangile); de Thomas ^un Évangile, Apocalypse, Itinerarium); de Jacques (Litui'gie, lettres, etc.); Notices sur les apôtres, Ord. Vitalis, lib. II, cap. ix-xxi, p. 139-183. Fr.-O. Stichart, Die kirch. Legende über die hl. Apostel, Leipzig, 1861. — Sur Marie-Madeleine, les ouvrages abondent. On a disputé si la pécheresse qui oignit le Seigneur était la même que la sœur de Lazare, et on s'est demandé quel était le nombre des femmes qui oignirent le Seigneur. Saint Chrysostome,Hom. i.xxx, al. 81, in Matth., n. 1 ; Hom.LXii in Joan., n. 1 (Migne. l. LVIII. p. 724; t. LIX. p. 342), en admet deuxj
FONDAI lUN l'/r l'UUFAüAlloN l»i; j/kGLISK. -i'I'.)
Photius, Amphil., q. xlviii, p. 3ö7, ed. Paris., essaya d'établir longuement qu'il y en avait trois; mais zVpoUinaire, Théodore de Mopsueste et la plupart des Latins n'en admettaient qu'une.
Petr. Comestor, Hist. ev., c. cxxxv, add., p. 1637 : « Communis opinio est unam tantum fuisse Magdalenam. » En 1321, la Faculté théologique de Paris prescrivit d'enseigner contre Fahre d'Étaples qu'il n'y avait qu'une Madeleine.
Du Plessis d'Argentré, III, i, p. vi et seq., 1 et seq.; Baronius, an. 32, n»* 18-29; Natalis Alex., Seec. I, diss. xvii, t. IV, p. 441 et seq. Selon des légendes orientales, la Marie-Madeleine citée Luc, vin, 2, se rendit, après la mort de la Mère de Dieu, à Éphèse, auprès de saint Jean, et y subit le martyre (Modest, hom. in mulieres unguenta ferentes ; Phot. , Bibl., cod. 275; Amphil., q. clvui, p, 833 et seq.).
Les Français la font venir à Maj'seille avec Marthe et Lazare. Baronius admet cette opinion, an. 35, n° 3, et Noël-Alexandre, loc. cit., p. 420 et suiv., la soutient résolument. Voyez mon ouvrage Photius, 111,295-297; Faillon, Monuments inédits de Marie-Madeleine en Provence; Paris, ^848, 2 vol. (mais ces trois cent suixante-deux documents ne sont pas tous authentiques). La Mère de Jésus, dans son enfance, aurait été élevée dans le temple. Grégoire de Nysse, In natal. Chr., Op. III, 546 ; Taras., Hom. de B. V. ducta in templum (Migne, t. XCVIII, ]). 1488 et seq., cap. vni); Audr. Cret. (GaUandi, t. XIII, p. 97); Phot., Or. in nativ. Virg. (ibid., p. 600); Amph., q. xxii, p. 163, éd. Paris.; Dam., F. 0., IV, 15; Niceph. Call., I, 7; II, 3. Ce fait n'a rien d'invraisemblable (Dœllinger, Heidenth. und Judenth., p. 784, § 81). Il y avait des femmes qui se consacraient volontairement au service du temple, Exode, xxxvni, 8; I Rois, ii, 22; Jos., Antiq., V, x, 1 ; Hieron., Taanith., cap, IV, hal. 2. Elles s'occupaient probablement à des ouvrages manuels pour les besoins du temple, et formaient une communauté où l'on recevait aussi des filles.
Que Marie ait été vierge non-seulement avant la naissance de Jésus, mais toute sa vie, c'est la tradition constante de l'Église. Ce qui est dit des frères de Jésus ne s'y oppose point (Matth., xii, 46; xiii, 33; Marc, ui, 31; VI, 3; Luc, viii, 19-21; Jean, ii, 12; vu, 3; Act., i, 14), car si l'hébreu porte riK, il est dit dans le grec, àSs^çôç =: àvé<^/ioç, <tuyY'''^; cf. Phot., Amph., q. xLv, p. 345; q. l, p. 380).
L'Écriture nomme comme frères de Jésus (Matth., xii, 35) Jacques, Joseph (Joses), Simon et] Judas; leur mère s'appelait également Marie (Matth., xxvii, 36), et leur père, Clopas (d'après Hégésippe, apud Euseb., m, di ; Epiphan., Homil., lxxviu, n» 7), était frère de saint Joseph. Clopas (Jean, xix, 23) est certainement le même que l'Alphée des synoptiques. La double orthographe grecque vient de la prononciation rude ou légère des lettres initiales dans les noms araméens; les Septante en offrent plusieurs exemples. Les deux frères Joseph et Clopas (Alphée) avaient sans doute épousé deux sœurs, appelées l'une
'ISO IIISTOUŒ DE LÉGLISK.
et lautre Marie. Après la mort de Clopas, Joseph prit chez lui sun neveu, et les deux familles ne formèrent qu'un ménage (Dœllinger, Christenth. u. Kirche, p. 103). Les expressions upwTOTÔxo; et ëw; (Matth., 1, 25) s'expliquent également par l'hébreu (voy. Gen., viii, 7; Il Rois, VI, 23; Psal. lxxi, 7; cix, 1 et suiv.; Hier., In Matth., cap. i; Epiph., loc. cit., n. 8 et seq.; Phot., Amph., q. CLXxi, p, 865; q. xxi, cap. i, p. 152; q. xxii, p. 164 et seq.; q. c, p. 616 et seq.).
Une autre cii'constance, c'est que Jésus mourant recommanda à Jean le Bien-Aimé Marie comme sa mère (Jean, xix, 25-27). U n'y a que quelques hérétiques qui attribuent à Jésus des frères et sœurs selon la chair, comme les ébionites, qu'Origène, Hom. vu in Luc, n° 2 (Migne, t. XIII, p. 1818) combattait déjà. Il admet positivement, xaxà to-j; uyiw? ■Kzçà a-jTYJç So^à!;ovTa;, qu'il n'y eut pas d'autre fils de Marie que Jésus (t. I In Joan., n. 6; Migne, t. XIV, p. 32), et il rejette cette opinion tirée des apocryphes l'Évangile de Pierre ou le proto-évangile de Jacques, et rapportée par quelques-uns, que les frèx-es de Jésus étaient les enfants d'un premier mariage de Joseph (t. X In Matth., n. 11; Migne, t. XIIL p. 876). Cette opinion était probablement partagée par saint Épiphane, Hom. Lxxviii, n. 7 ; mais saint Jérôme la rejetait comme une rêverie des apocryphes (In Matth., cap. xii, adv. Helvid.). Elle dissimulait seulement ce fait que Joseph était le père adoptif, le tuteur de ses neveux /"Dœllinger, p. 105), mais elle n'avait rien de contraire à la virginité perpétuelle de Marie. Théophylacte croyait encore (In Matth., cap. xiv, 27; In Marc, cap. xv; Migne, t. CXXIII, p. 294, 474, 672), que Joseph avait épousé la femme de son frère Clopas défunt, avant d'épouser Marie, qu'il avait eu d'elle les quatre fils et les deux filles dont il s'agit, mais il suivait pi'obablement l'opinion propagée par les ébionites et mentionnée par Origène (Huet, In Orig., loc. cit., p. 875 et seq., not. 13). Voyez aussi Schleyer, Freib. Ztschr. f. Theol., IV, 1-116; Kœster, Erlaiuterung der hl. Scrift aus Classikern, Kiel, 1833 ; Blom, Diss. de •ïoï; àSeX9otç xoü xupîo-j, Lugd. Bat., 1839; Langen, Bonner theol. Lit.-Bl., 1866, p. 40 et suiv. Quelques-uns soutenaient (d'après Luc, n, 35) que Mai'ie avait enduré le martyre; ce sentiment est contredit par la plupart des anciens. Orig., Hom. xvii in Luc (Migne, t. XIII, p. 1845): Ambros., Beda, Com. in Luc, loc. cit.; Isid. Hispal., De vita etobitu SS.; Phot., Amph., q. CLvui, p. 833, éd. Migne, Bibl., cod. 275, ex Modesto.
Selon quelques-uns, Marie serait morte de bonne heure, à Jérusalem (45-47); selon d'autres, elle aurait suivi saint Jean à Éphèse. Nicéphore Call., II, II, 3, rapporte, d'après Évode, que la Mère de Dieu aurait atteint l'âge de 59 ans, serait morte trois ans après la conversion de Paul (qui serait survenue sept ans et demi après la mort du Christ), et aurait séjourné onze ans auprès du disciple bien-aimé. Cette opinion soulève des difficultés et ne concorde pas de tout point.
De la Lettre du concile d'Éphèse Ad CpL, où il est dit que le théologien Jean et la sainte Mère de Dieu auraient été à Éphèse, il ne s'en-
rüNDATIU> Kl FKOPAdATlON DK LKGLISE. I'.W
suit point quelle ait été inhumée en l'église Notre-Dame de cette ville.
Polycrate, Eph., apud Euseb., V, 24, mentionne expressément une iille de Philippe qui reposerait à Éphèse ; or, si la Mère de Jésus y avait été inhumée, il n'eût pas manqué de le rappeler. C'est ordinairement sur les écritures apocryphes de l'apôtre Jean, el; xriv ■x.oi\Lr^a■iy T*i; Ouepayi'«; SeffTtoivYiç (qui est, d'après Thilon, de la fin du quatrième ou du commencement du cinquième siècle), et de Méhton (De transitu Virginis), qu'on fonde la tradition de l'enlèvement du corps de Marie dans le ciel. Mais la tradition de l'Église de Jérusalem, telle quelle existait précédemment, n'a rien de commun avec ces apocryphes (Augsb. Pastoralblatt, 12 février 1870).
Nicéphoi'e Callixte avait sous les yeux non-seulement le faux Denis (De div. nom., cap. m), mais encore le témoignage de Juvénal, évêque de Jérusalem, sur l'ancienne tradition (Hist. eccles., ii, 2i-23j xv, 14); il connaissait aussi l'Historia euthymiaca, m, 40, dont avant lui saint Jean Damascène avait donné des extraits dans les trois homélies sur le départ de Marie (Migne, t. XCVI, p. 699); Hom. ii, n. 18, p. 748.
La même tradition est attestée par Modeste de Jérusalem (Migne, t. LXXXVI, p. 3277 et seq.), André de Crète (ibid., t. LXXXVII, p. 1046, 1072, 1089 et seq.), Germain de Constantinople (t. LXXXVUI, p. 340, 348, 360 et seq.). On ne suivait point en aveugle le pseudo-Denis, quand il contredisait la conviction générale de l'Église, et il est trèsremarquable d'entendre dire à Épiphane, Hom. lxxxiii, n.4, que l'Écriture s'est tue sur la mort de Marie, à cause du miracle prodigieux dont elle fut l'objet. Saint Hilaire et saint Ambroise (De Cain. et Abel., I, 2) en disent autant de Moïse.
Théodore Studite (Catech. chron., Il; Migne, XCIX, p. 1701) parle plus longuement de ce miracle.
Selon Nicéphore Callixte, XVIII, 28, l'empereur Maurice avait déjà ordonné que la fête De dormitione B. V., fût célébrée le 15 août. Le mot àva>a(jL6iiv£cr9ai n'autorise à lui seul aucune conclusion, car Eusèhe l'emploie aussi en parlant de la mort de Constantin (De vita Constant., IV, 64).
En Occident, nous avons le témoignage de Grégoire de Tours, De gloria mart., I, iv. Les Kalend. Rom. saec. viii, éd. Fronto-Fabricius, p. 221, portent : " Solemnia de pausatione S. Mariae die xv mensis augusti, » tandis que l'Église franque célébrait la fête le 18 janvier. Mabillon, Liturg. gallic, p. 118 et seq., 211 et seq. Voy. Béda, De loc. sanct., cap. vu. Au concile de Mayence, 813, c. xxxvi (Mansi, XIV, 73), elle figure parmi les fêtes, et, d'après le Liber pontifie, Léon IV en prescrivit l'octave. Baronius, ann. 853. Le Martyrologe Wandelberti ad xviii kal. sept, porte : « Octava et décima mundi lux fiosque Maria angelico comitata choro petit œthera Virgo. » Hunfroi, évêque de Térouanne, introduisit la fête dans son diocèse (862). Annal. Bertin., ad h. ann.; Notker Balbui., Martyrol.; Canisius, Lect. ant., éd. Basnage, II,