‹ Histoire de l'égliseChapitre 17 sur 38 · IllSiUlKli DE LÉGLlSli · texte numérisé non relu

IllSiUlKli DE LÉGLlSli

III, p. 167. Le discours attribué à saint Jérôme, Do domiiite assuiupt. (Op. \l. H, p. i 27-1 54), fut justifié par Hincmar contre un moine de Corbie qui en attaquait l'authenticité. Flodoard (A. 23), III, 5; Mabillon, Ann. 0. S. B., III, lib. XXXV, n" 100. Il existe aussi un discours attribué à saint Augustin sur l'Assomption de Marie. Quant au Liber de assumtione B. Mariée (Op. Aug., t. YI; App. ed. Maur), il appartient, selon toute vraisemblance, à Fulbert de Chartres, au onzième siècle, lequel, ainsi qu'Ildefonse de Tolède (Serm. de assumpt.) et Pieri'e Damien, représentait la tradition.

Elle fut également soutenue par Pierre de Blois, Hugues de Saint- Victor, Thomas d'Acjuin et les autres scolastiques. Au temps de Pierre le Chantre (v. 1176), quelques docteurs de Paris niaient« beatam Virgiginem in corpore assumptam fuisse ; » ils furent hautement désapprouvés. Thom. Cantiprat., lib. Il De apibus, c. xxix ; Bulœus, Hist. univer. Paris., II, 418; Du Plessis d'Argentré, I, i, p. 112. Alain de Lille (mort en 1203) prétendait que les Églises particulières ne sauraient rien de précis à ce sujet tant qu'il ne plairait pas à la sainte Vierge de s'expliquer, « donec ipsa velit » (Cant. Cant., m, oj; il ajoutait cependant : « Sicut supex'ni cives admirantur Virginem assumptam in cœlis, ita fidèles in Ecclesia Dei eam collaudant in terris » (Elucid. in Cantic. Cantic, Migne, t. CCX, p. 74, 75).

La croyance à Tassomption de Marie fut professée par les évêques arméniens au concile de Sis, 1342 (Mansi, t. XXV, p. 1185), et par ceux de la Grèce au concile de Jérusalem, sousDosithée, 1672 (Hardouin, XI. 171 et suiv.). Le 22 août 1497, le dominicain Jean Morcelli, sur un ordre de la Sorbonne, rétracta des propositions censurées par la Faculté, celles-ci notamment, prop. m : « Christum occurrisse V. Marice in sua assumptione, apocryphum est. » (Censure : « Prop. falsa, contra scripta doctorum, impietati favens, piarum auriuni oiîensiva, detractiva populi a devotione quam habet ad V. Dei Genitricem, ideoque revocanda.) » iv : « Nos non tenemur credere, sub pœna peccati mortalis, (juod Virgo fuerit assumptain corpore et anima, quia non est articulus lidei.« (Censure : « Ut jacet, temeraria, scandalosa, impia, sc.devotionis populi ad V. diminutiva, falsa et hseretica, ideo revocanda publice.) » Les théologiens subséquents furent unanimes sur ce point. Voy. Pierre Canisius, De Maria Virg. incomparabili, Ingolst., 1577; Tract, de Maria? in cœlos assumptione, lib. V, c. v; Natahs Alex., Sœc. I, c. i, an. 3; Bened. XIV, De festis, II, vui, 1 et suiv.; Binterira, Denkv., V, i, p. 425, vn, I, p. 84 ; Vaccari, 0. S. B., De corporea Deipara^ in cœlum assumptione; L. Buselli, 0. S. Fr., La Vergine Maria vivente in corpo ed in anima in cielo; Gasp. de Luise (ord. dei Pii Operarii), l'Assunzione di Maria; J. Cozza Luzi, Ord. S. Basil., De corporea Assumptione B. Mariai Deiparae testimonia liturgica Grœcorum selecta, Roma?, 1869; Le Hir, Études bibliques, Paris, 1869. IL 90-185.

FüNDAllON El PROPAGATION DE LÉGLISE. 233

Nouvelle séparation des Juifs baptisés et des Juifs non baptisés.

43. Cependant, de nouveaux et graves événements se préparaient. Depuis le martyre de saint Jacques, leur évêque, la position des chrétiens de Jérusalem s'aggravait de jour en jour. Le terme fixé à la nation juive pour se convertir au Messie semblait approcher de sa fin ; le zélotisme pharisaique gagnait du terrain. Les Juifs austères croyaient que le mosaïsme devait durer éternellement, et plusieurs même d'entre les judéo-chrétiens ne comprenaient pas bien le caractère transitoire de la loi. Il fallait toute la puissance des événements qu'avait ménagés la divine Providence pour calmer les préjugés héréditaires et amener l'entière séparation des chrétiens et des Juifs. Le caractère même et l'attitude de la nation juive dans sa grande majorité en fournirent euxmêmes la première occasion.

Guerre judaïque.

U. Sous la sévère domination romaine, le peuple, sucé jusqu'à la moelle, gémissant sous l'oppression , blessé en outre dans ses sentiments les plus intimes et dans son orgueil, était prêt à se révolter dès qu il en trouverait l'occasion. Sous Judas le Gaulonite et le pharisien Sadoc, un parti s'était formé qui prétendait que Dieu seul devait régner sur la nation sainte, que la loi mosaïque n'était valable que pour elle, qu'il fallait tout sacrifier, sa vie et sa fortune, pour secouer le joug des Romains , et qu'on pouvait sûrement compter sur l'assistance divine. Le zèle de la rehgion servit bientôt de couverture à tous les excès. Une insulte infligée aux Juifs par les soldats païens qui gardaient le temple, la combustion d'un rôle de la loi par un soldat, produisirent sous le procureur Cumanus, de violents tumultes, et amenèrent, après une attaque des Juifs contre les Samaritains, un hideux massacre parmi les zélateurs exaspérés. Sous Pilate, les Juifs avaient difficilement obtenu que les boucliers consacrés à Tibère , qu'il leur avait fallu suspendre dans le temple de Jérusalem, fussent transférés à Césarée dans un temple dédié à cet empereur. L'ordre de Caligula d'ériger sa statue dans le temple, jeta l'épouvante parmi les Juifs; la mort seule de

•im HISTOIKE DE l.'ÉGLISE.

l'empereur empêcha lexécution de cette mesure et prévint une guerre de religion.

On continuait toujours à considérer le Messie comme le vengeur des affronts qu'on avait essuyés, le vainqueur des fiers païens, le restaurateur du trône de David; on était convaincu qu'il allait récompenser par toutes sortes de prospérités terrestres la fidélité de son peuple à la loi. Le sévère parti des Schammaïs dominait la majeure partie du peuple, de plus en plus poussé au désespoii' par la dureté, la barbarie, les exactions systématiques des gouverneurs, qui avaient pillé eux-mêmes le trésor du temple.

Le tyran Gessius Florus, favori de Néron, sm'passa tous ses prédécesseurs, et l'insurrection éclata sous son gouvernement. Les Juifs furent encouragés dans leur révolte par une défaite des troupes impériales sous Cestius Gallus et par les prédictions des Goètes, annonçant l'avènement du céleste libérateur.

Dœllinger, Christenth. und K., p. 109 et suiv.: Joseph., Antiq., XVIU. I, 3, 8; Dœllinger, Heidenth. und Judenth., p. 768, 848 et suiv.

Ruine de Jérusalem. — Ses résultats.

45. Les Juifs entamèrent une lutte inégale avec toute la fougue du fanatisme et sans égard à lern' faiblesse physique et morale. Ils n'avaient point d'armée régulière, point d'alliés, et ils étaient détestés même des peuples voisins. Animés de sentiments égoïstes, ils souffraient de plus de leurs propres divisions intestines.

Vespasien, nommé par Néron commandant de ses troupes en Judée, entra dans la Galilée en 67, et, après une résistance acharnée qui dura quarante jours, s'empara de Jotapata, la première des places fortes. Vingt miUe Juifs fm'ent mis en déroute; Flavius Josephe périt dans la mêlée. Toute la Galilée dut se soumettre. Plusieurs se réfugièrent à Jérusalem, où quatre partis s'entredéchirèrent en dévorant les provisions.

Les Romains eurent la prudence de temporiser. Vespasien était devenu empereur, et l'aîné de ses fils, Titus, ayant conduit ses troupes devant la capitale des Juifs (70), il s'ensuivit une confusion inexprimable et une véritable terreur. Les chrétiens.

l-OiNDATION ET PKUl'AGAJION DE LÉGLISL. •235

instruits par les prédictions et les avertissements du Sauveur, ou par quelque révélation -particulière, avaient quitté Jérusalem et s'étaient fixés dans la ville de Pella en Pérée, colonie grecque, où ils vivaient en toute sécurité. La fête de Pâque n'avait fait qu'accroître le nombre des Juifs à Jérusalem.

La disette augmenta encore lorsque Titus eut entouré la ville d'un fossé. Les Romains s'emparèrent successivement de toutes les parties de la ville, tandis que les Juifs eux-mêmes profanaient le temple par l'assassinat. Le 17 juillet de l'an 70, le sacrifice quotidien fut interrompu ; le 10 août, le temple fut pris d'assaut, et, malgré le dessein qu'avait Titus de l'épargner, réduit en cendres par une torche enflammée qu'y lança un soldat. La partie supérieure de la ville tomba le 2 septembre.

Tout fut égalé au sol; il ne resta debout que trois tours et quelques maisons. Josephe estime à un milhon le chiffre des hommes qui, pendant le siège, moururent de la faim, du glaive et du feu. 97,000 furent emmenés captifs, presque tous vendus comme esclaves, et employés aux travaux des mines ou dans les amphithéâtres. En un seul jour, dans les jeux sanglants de Césarée, Titus obligea 2,500 Juifs à s'entretuer en combattant les uns contre les autres, et lors de son entrée triomphale à Rome, il emporta avec lui les trésors du temple, la table d'or, le chandelier d'or à sept branches, le livre de la loi et les voiles du sanctuaire. L'arc-de-triomphe de Titus à Rome rappelle encore aujourd'hui cette lamentable catastrophe du peuple juif.

Joseph., De belle jud., surtoutn, 17 et seq., V, 1 et seq., VII, 4; Tacit., Hist., V, 1-13; Euseb., III, 5-8; Epiph., De pond, et mens., c. v; Hist., XXIX, 7; Sulpic. Sever., Chron., II, 30, p. 85, éd. Halm.; Dœllinger, op. cit., p. 853; Christenth. und K., p. 110; Feuerlein, De christianorum migratione in oppidum Pellam, léna, 1694.

46. La situation des Juifs était effroyable. Ils n'avaient plus de sacrifice, plus d'autel, et ils étaient obligés d'acquitter aux païens (au Capitole) l'ancien tribut du temple. Les registres de famille, tenus en si haute estime, ayant péri dans les flammes. « la force des sages était brisée et la lumière de leurs yeux

-230 lUSlUlKlL DE ]/ÉGLlSE.

changée en ténèbres. » Ils furent encore plus dispersés et plus haïs qu'auparavant.

Cependant, un grand nombre de docteurs de la loi et de zélateurs faisaient encore de vains efforts pour entretenir l'espérance que Dieu restaurerait son temple par un miracle. En Palestine, la garnison de Masada fmit en 72 par le suicide, tandis qu'une troupe d'assassins juifs s'enfuyait en Egypte et y organisait une nouvelle révolte. Plusieurs des chefs de l'insurrection furent livrés aux autorités romaines par des Juifs égyptiens et les autres massacrés. Vespasien fit fermer le temple d'Onias à Léontopolis, et les Juifs perdirent ainsi leur dernier centre religieux. Une rébellion, fomentée dans la Cyrénaïque par le zélateur Jonathan , qui promettait des miracles, fut noyée dans le sang de ces énergumènes et son auteur brûlé à Rome.

Cependant, la passion insurrectionnelle des Juifs n'était point encore étouffée. Le rabbinisme prit de nouvelles forces, et un sanhédrin s'assembla à Jamnia, sous la présidence d'un maître général (Rabban). Les prières allaient maintenant remplacer les sacrifices; on se livrait avec une ardeur inquiète à l'interprétation de la loi, et les espérances messianiques étaient plus vives que jamais. Les Juifs aveugles, qui attribuaient leurs malheurs non point à leur répudiation du Messie et à la malédiction qu'ils avaient appelée sur leurs têtes \ mais au défaut de zèle pour la loi, tenaient encore aux privilèges et aux prérogatives anciennes qu'ils avaient hérités d'Abraham, et se montraient haineux et vindicatifs envers les incirconcis.

Dœllinger, Heidenth., p. 854-836. Sur la destruction par le feu des registres de généalogies, Talmud. Babylon., Tract. Pesachin, c. i, f. 62.

47. Pour les chrétiens aussi, la ruine du temple était un événement d'une haute importance. L'observation de la loi rituelle, dans ce qu'elle a d'essentiel, était devenue impossible; non-seulement le sacrifice^ mais encore le sacerdoce d'x\aron était aboli. Les judéo-chrétiens ne se faisaient pas d'illusion et ne partageaient nullement l'espoir que le temple serait

' Matth., XXVII, 2o.

FONDATION KT PRoPA(iATION Dl: f.KGLISE. '231

restauré par un miracle ; ils étaient témoins de la réprobation du peuple élu, si souvent annoncée par les prophètes, et de l'accomplissement de la prophétie du Sauveur sur la ruine de Jérusalem. Longtemps repoussés par la haine des Juifs non convertis, mis en contact intime avec les pagano-chré tiens de Pella, séparés par une intervention de Dieu même de la société nationale et politique des Juifs, dont ils voyaient l'entière destruction, ils étaient de plus en plus attirés vers les paganochrétiens et tentés de se confondre avec eux, si l'on excepte quelques fanatiques, qui demeurèrent à l'écart et formèrent un certain nombre de sectes. L'Éghse se voyait donc journellement plus affranchie des liens de la Synagogue, et ce résultat était puissamment favorisé par le nombre prépondérant des païens convertis à Jésus-Christ.

OUVR.\GE A CO.NSULTER SLR LE N» 47.

Dœllinger, Christenth. und K., p. ilO et suiv.

48. Huit mois avant la destruction du temple de Jérusalem 1^19 décembre 69), dans une guerre civile entre les partisans de VitelUus et ceux de Vespasien, le Capitole avait été réduit en cendres par des Romains, avec les sanctuaires si hautement vénérés de Jupiter, Junon et Minerve. Cet événement semblait à Tacite le plus honteux qui fût survenu depuis la fondation de la Yille éternelle, une suite de la colère des dieux irrités de ses forfaits ' . Ainsi , périrent dans les flammes les plus fameux sanctuaires du paganisme et du judaïsme, comme pour attester qu'un culte plus parfait allait prendre leur place. Déjà, en effet, ce culte avait triomphe de tous ses persécuteurs, dont la iin avait été misérable. Hérode le Grand avait succombé dans les tortures; Pilate exilé avait péri par le suicide ; Hérode Antipas avait été précipité du trône et banni ; Hérode Agrippa était mort subitement à Césarée, où il se faisait rendre des honneurs divins ; l'empereur Tibère avait été étranglé ; Néron, dont plusieurs attendaient le retour en qualité d'autechrist, condamné par le sénat, s'était donné la mort pour échapper à un sort plus ignominieux. Les mêmes faits allaient souvent encore se reproduire dans la suite.

^ Histoires, m, 72.

238 HISTOIRE DE LEGUSR.

Tacit., Ann,, HI, 72; Dœllinger, Heidenth., p. 733. Pilate demeura, dit-on, dix ans en Judée et en sortit l'an de Rome 788. Joseph., Antiq., XVm, n, 2 ; xiv, 2 ; De hello jud., II, ix, 2 ; Philon., Op. not., c. Ad leges, t. Il, p. 590; Patrizi, De Evangel., lih. III, diss. 40, n. 3 et seq. Sur les divers Hérodes, Joseph., Antiq., XVII, viii, XVIII, \ii; Act., xii, 25; Sanclemente (§ 2), lib. III, c. i. Mort de Tibère : Tacite, Ann., VI, 50; Suétone, In Tiber., c. lxxiii; In Calig., c. xii; Dio Cass., lviii, 28. Mort de Néron: Suétone, In Néron., c. XLix, 57; Dio, lxiii, 22-29; Eutrop., Vil, 15; Sulp. Sever., loc. cit., p. 84. Néron comme antechrist, Orac. sibyl., rV, 116 et seq. (composé vers 80). Cf. Aug., De civitate Dei, XX, xix, 3: Sulpic. Sever., Hist. sacr., 11, 29 tin.; Chrys., Hom. iv in n Thess., ii, 7, n. 1 (Migne, t. LXII, p. 485), Theodoret., Theophylact., Œcum., in h. 1. Sur le tout, voyez Lactant., De mort, persecutorum ; Rauscher (A. 33), I, p. 106 et suiv.

L'apôtre saint Jean.

49. Dans les trente années qui succèdent à la destruction de Jérusalem, nous voyons au premier plan le plus jeune et le dernier survivant des apôtres, le doux et vii'ginal Jean, fils de Zébédée et frère de Jacques le Majeur, depuis longtemps couronné par le martyre, avec qui il partageait le surnom de fils du Tonnerre (Boanerges, Marc, in, 17). Protectem' de la sainte Vierge après la mort du Seigneur, il était natiu-ellement désigné pour cet office par sa candeur et la pureté de son âme. Étroitement lié avec saint Pierre et captif avec lui à Jérusalem, Jean vécut dans la suite (vers 58) presque toujours dans l'Asie-Mineure et résidait à Éphèse. Il y forma plusieurs disciples , entre autres Papias, évêque d'Hiérapolis ; Ignace, évêque d'Antioche; Polycarpe, évêque de Smyrne, qui demeurèrent inviolablement attachés à ce témoin des actions du Seigneur. Après avoir longtemps dirigé les Églises de l'Asie-Antériem-e, il fut conduit à Rome sous le règne de Domitien (81-96). Cet empereur, qui se faisait appeler dieu et seigneur, persécuta le christianisme, soit parce qu'il y voyait un mélange d'incrédulité et de superstition judaïque, soit par rivahté politique et par suite des idées inexactes qu'il se faisait du Messie, soit enfin par cupidité, car il trouvait son compte dans la confiscation des biens des accusés.

Le nombre allait croissant des personnes riches et considérables qui avaient embrassé la doctrine chrétienne. Parmi

FONDATION El PROPAGATION DE LÉuLlSK. 239

elles se trouvait un parent de l'empereur, l'ancien consul T.- Flavius Clement et sa femme Flavia Domitilla; celui-là fut mis à mort, celle-ci exilée. Cette persécution fit en outre de nombreuses victimes à Rome et dans les provinces; dans l'Asie-Mineure , Antipas de Pergame', tyran soupçonneux, se fit amener de Palestine deux descendants de David (neveux de Judas Théadelphos) , qui prouvèrent leur innocence en montrant leurs mains durcies parles travaux de la campagne. D'autres membres de la famille de David furent mis à mort par ses ordres. L'apôtre saint Jean, plongé à Rome dans une chaudière d'huile bouillante, en sortit intact et fut rélégué dans l'île de Patmos (95).

Les ordres donnés par Domitien pour sa propre apothéose sont attestés par Suétone, In Domit., c. xiii, 18; Pline, PanegjT., c. xxxiii, 52. Sa persécution, Xiphilin., In epit. Dion. Cass., lxvji, 14; TertulL, Apol. c. IV, v; Clem. Alex., I; Cor., c. vi; Euseb., Cbron., lib. II; 01. 218 Hist. eccles., III, 17 et seq.; Oros., VII, 10; Acta mart. S. Ignat., c. i Hier., Ep. xcvi, al. 27; Quellius, Prolusio de persecut. Domit., Krider.. 1763 (de même, Prol. de persec. Néron., ibid., 1762). Sur les descendants de David envoyés à Rome, Heges., ap. Euseb., III, xii, 19, 20. Travaux de saint Jean à Éphèse, Polycr., ap. Euseb., V, 21; Iren,, Hl, m, 4; Euseb., III, xxiii. Le récit dans Tertullien, Prsescript., c. xxxvi; Hier., Contra Jovin., I, 26 ; Com. in Matth., xx, 22. Le martyre de saint Jean à Rome, « ante portam Latinam » (le 6 mai), est admis, entre autres protestants, par L. Mosheim, Diss. hist. eccles., vol. I, p. 497.

50. Il y rédigea son Apocalypse (vers 96)), avec le sentiment des persécutions présentes et de celles qu'il prévoyait dans l'avenir. Il décrit la puissance de l'Agneau immolé, les afflictions de ses partisans, les châtiments réservés à ses persécuteurs et le triomphe final de l'Église militante, avec des images presque toujours empruntées aux prophètes de l'Ancien Testament. Les sept lettres aux Églises de l'Asie- Mineure, placées au commencement, dépeignent la situation, les périls de ces Églises et de leurs évêques. Les visions suivantes retracent les épreuves de l'Église sur la terre, avec la perspective des splendeurs de l'Église triomphante. Il marque, par des chiffres symboliques, trois périodes dans le développement du royaume de Dieu et du jugement qui éclatera sur

^ Apoc, II, 9.

ses ennemis : 1" la période de persécutions actuelles du paganisme (trois ans et demi, la moitié du chiffre 1) ; 2° la période de la victoire extérieure de Jésus-Christ, pendant laquelle Satan sera lié et son pouvoir sur les princes de ce monde enchaîné ; 3° la période pendant laquelle Satan paraîtra avec une nouvelle puissance et où l'ordre actuel du monde sera détruit. Aux témoins affligés de Jésus-Christ et à ceux qui leur succéderont encore en grand nombre , l'illustre voyant ouvre les perspectives de la Jérusalem céleste , de l'épouse éclatante du Seigneur, de lÉglise au sein de son triomphe, là où il n'y aura plus ni affliction ni douleur ' .

Ce livre prophétique, qui termine les Écritures du Nouveau Testament, est une histoire voilée , figurative de l'Église de Jésus-Christ ; elle ne sera bien comprise qu'après la consommation de toutes choses.

h'en., V, XXX, 3 ; Sulpic. Sev., II, xxxi, p. 85 : « Quo tempore (Domit.) Johannem ap. atque evangelistam in Pathmum insulam relegavit, ubi ille arcanis sibi mysteriis revelatis librum sacrée Apocalypsis, qui quidem a pierisque aut stulte aut impie non recipitur, conscriptum edidit. » L'authenticité du livre est attestée par Justin, Dial. c. Tryph., p. 297, éd. Sylb. Cf. Euseb., IV, 18; Méliton de Sardes, dans son ouvrage perdu sur l'Apocalypse de saint Jean, Euseb., IV, "26; Hippolyt. (ap. Hier, in Catal., cap. lxi; G. Syncelle, p. 358, et à Rome par une inscription en marbre. Voyez Lucke, Einl. in die Offenb. Joh., p. 317 et suiv.: Commentar uber das Joh.-Ev., I, p. 77); Fragm. Murât.; Clem. Alex., Strom., VI, 13; Pœd., il, 12; Orig., ap. Eus., VI, 25; Apollon., ibid., V, 18; Aug., Civ. Dei, XX, 7-9. Comp. Dœllinger, p. 115-125.

51. Lorsque, sous le règne de Nerva (96-98), les actes de Domitien, son prédécesseur, eurent été annulés et que les exilés purent rentrer, saint Jean retourna à Éphèsc, dans un âge fort avancé. Il mourut sous le règne de Trajau (100 ou 101).

Saint Jean combattit énergiquement l'hérésie de Cérinthe, avec lequel il ne voulut pas même habiter momentanément sous le même toit, car il le tenait pour un ennemi de la vérité.

Ce fut principalement pour le combattre, mais aussi pour compléter lesanciens récits, qu'il pubUa son Évangile, à Éphèse,

^ Cf. Hébr., xiu, 14.

FONDATION ET PROPAGATION DE l/ÉGLlSE. 2 il

vers 97 ; peut-être l'avait-il déjà auparavant écrit en partie sur l'invitation de plusieurs évèques et fidèles, auxquels il avait demandé un jeûne de trois jours avant de le publier. Son récit suppose évidemment les trois autres Évangiles ; il met plus de précision dans l'ordre chronologique, plus de vivacité dans sa narration ; il relève les discours que le Seigneur a prononcés dans la capitale des Juifs, et s'occupe principalement de sa divinité. Dans une sublime introduction, qu'on a de bonne heure comparée au vol de l'aigle, il traite de la doctrine du Verbe qui était en Dieu et qui était Dieu lui-même, mais qui s'est fait chair et a résidé parmi les hommes.

Dans la suite de son récit, il nous montre le Fils du Père éternel en unité avec son Père, dispensateur de la vie et juge de toutes choses ; il le dépeint dans toute sa grandeur. Il pouvait parler de tout comme témoin oculaire et auriculaire ; il pouvait rendre témoignage de ce qui était dès le commencement, de ce qu'il avait vu et entendu avec d'autres, de ce qu'il avait perçu par les sens, de la vie éternelle qui était auprès du Père et qui était apparue aux hommes, ainsi qu'il le disait dans son épître d'accompagnement adressée aux fidèles ', qu'il mettait en garde contre les hérétiques, comme autant d'antechrists.

En sa quahtô de dernier survivant des apôtres, saint Jean adresse une seconde lettre à une Église qu'il nomme « élue ', >' dont les membres marchent dans la vérité, mais qu'il veut afTermir dans la charité et préserver des séducteurs.

Dans une troisième, à Cajus, qui demeurait ferme dans la vérité, il se réjouit de sa persévérance dans la foi, loue le bien qu'il a produit, blâme l'évèque Diotréphès, qui lui était hostile et qui, non content de ne pas recevoir les frères envoyés par cet apôtre, avait défendu aux autres de l'accueillir sous peine d'être exclus de l'Église. Il annonce qu'il se rendra lui-même dans cette Eglise. Déjà l'apôtre avait régularisé la situation de plusieurs communautés de l'Asie-Mineure et institué de nombreux évêques. Imitateur parfait de son divin Maitre, le bon Pasteur, il courait après la brebis égarée, et

' Jean, i, 1-3.

Page 1