I. LES PERSÉCUTIONS SANGLANTES
Situation des chrétiens dans l'empire romain.
52. La puissance du paganisme devenait de jour en jour plus menaçante pour les chrétiens. L'empire romain, qui ne reconnaissait point de droits généraux, point de liberté de conscience, ne voyait dans la religion qu'un établissement politique ; il défendait d'admettre des cultes étrangers sans sa permission et de faire des prosélytes. Il considérait l'Église comme une association illicite et le refus d'adorer les dieux de l'État comme un entêtement sacrilège, un crime de haute trahison. Il avait sans doute toléré des dieux populaires, mais seulement pour les ressortissants des nations vaincues ou en
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vertu d'un décret du sénat, et encore quand ils ne voulaient pas dominer à l'exclusion des autres. Les empereurs, dans leur despotisme jaloux, ne poursuivaient que des fins politiques ; la cupidité les poussait à user de violence envers les suspects, la cruauté et le fanatisme à opprimer les contempteurs de leurs di\inités de fantaisie.
Souvent aussi une populace aveugle et fanatisée imputait, dans sa superstition, tous les désastres de l'empire aux partisans détestés de la nouvelle doctrine, et, se déchaînant avec fureur, offrait les chrétiens en expiation aux divinités courroucées.
Dans ce premier siècle de l'ère chrétienne, il n'y avait point encore de loi spéciale contre les fidèles, et sous l'empereur Claude, on ne les distinguait pas encore des Juifs. Sous Néron, ils étaient surtout poursuivis comme fauteurs de l'incendie de Rome et comme conspirateurs secrets. Sous Domitien, ils fm'ent accusés de s'adonner à l'impiété et à des pratiques judaïques. Ces pratiques, Nerva, moins cruel que ses prédécesseurs, les interdit de nouveau. Le tribut personnel, rigoureusement exigé des Juifs sous Yespasien et Titus, fut aussi réclamé des chrétiens.
Néander, K.-G., I, p. 47 et suiv., 3« édit.; CoUegia illicita, Cic, De leg., II, 8; Paul, Sentent, rec, lib. V, tit. xxi, § 2; Tertul., Apol., cap. xni, 38. Fureur du peuple contre les chrétiens : Tertul., Ad Scap., cap. m; Apol., cap. xl; Orig., Contra Gels., lu, 15; In Matth. comment., ser., n. 39 (Migne, t. XIII, p. 1654); Nerva : Xiphilin., Ep. Dion., lxviii, i; Tert., Apol., cap. v; Lact., De mort, pei'sec, cap. m; Euseb., H!, 20, fin. La tolérance accordée aux Juifs (Jos., Antiq., XIX, v, 3) n'exclut pas les lois pénales contre le passage des citoyens romains au judaïsme (Tacit., Ann., II, 83).
Trajan.
53. L'empereur Trajan (^98-117) rendit contre les associalions défendues (ou hétéries) une loi qui fut surtout appliquée aux chrétiens. Pline le Jeune, gouverneur de Bithynie, le consulta sur la manière dont il faUait traiter les chrétiens, nombreux dans sa province, qui ne seraient trouvés coupables d'aucun crime, mais seulement d'une superstition excessive.
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ADDITION DU TRADUCTEUR
Voici un extrait de sa lettre : « On a proposé un libelle, sans
nom d'auteur, contenant les noms de plusieurs qui nient d'être chrétiens ou de l'avoir été. Quand j'ai vu qu'ils invoquaient les dieux avec moi, et offraient de l'encens et du vin k votre image, que j'avais exprès fait apporter avec les statues des dieux , et de plus qu'ils maudissaient le Christ, j'ai cru devoir les l'envoyer; car on dit qu'il est impossible de contraindre à rien de tout cela ceux qui sont véritablement chrétiens
» Voici à quoi ils disaient que se réduisait leur faute et leur erreur : ils avaient accoutumé de s'assembler un peu avant le soleil levé, et de dire ensemble, à deux chœurs, un cantique en l'honneur du Christ, comme d'un dieu; ils s'obligeaient par serment, non à un crime, mais à ne commettre ni larcin, ni vol, ni adultère, à ne point manquer à la parole et à ne point dénier un dépôt ; ils se retiraient ensuite puis se rassemblaient pour prendre un repas, mais ordinaire et innocent; encore avaient-ils cessé de le faire depuis mon ordonnance par laquelle, suivant vos ordres, j'avais défendu les assemblées! ...
» La chose m'a paru digne de consultation, principalement à cause du nombre des accusés; car on met en péril plusieurs personnes de tout âge, de tout sexe et de toute condition. Cette superstition a infecté non-seulement les villes , mais les bourgades et la campagne , et il semble que l'on peut l'arrêter et la guérir. Du moins il est constant qu'on a recommencé à fréquenter les temples presque abandonnés , ä célébrer les sacrifices solennels après une grande interruption, et que l'on vend partout des victimes, au lieu que peu de gens en achetaient. D'où l'on peut aisément juger la grande quantité de ceux qui se corrigeront si on donne lieu au repentir. »
L'empereur répondit qu'on ne pouvait tracer de règle générale et précise, qu'il trouvait bon que les chrétiens ne fussent pas recherchés ; mais que s'ils étaient dénoncés et convaincus, il fallait les punir, de telle sorte cependant que ceux qui renieraient la foi chrétienne et prouveraient en fait qu'ils honorent les dieux, seraient pardonnes pour le passé. Cette décision était sans doute répréhensible au point de vue moral, mais l'empereur n'envisageait que le côté politique et légal, et voulait qu'on réprimât sévèrement le mépris public de la rehgion de l'Etat.
C'était Uvrer les chrétiens à l'arbitraire des autorités et à la haine de leurs accusateurs. Il y avait des cas où Trajan prononçait lui-même contre les fidèles la sentence de mort, par