‹ Histoire de l'égliseChapitre 20 sur 38 · ONDATlOiN 1:T l'KOFAliA 1 [O.N UK LÉGl.ISE · texte numérisé non relu

ONDATlOiN 1:T l'KOFAliA 1 [O.N UK LÉGl.ISE

exemple contre saint Ignace, évèque d'Antioche, qui, jeté dans les chaînes et traîné à Rome, fut dévoré par des lions dans leColisée. Ce grand homme, qui avait écrit sept lettres pendant son voyage, et conjuré les Romains de ne rien faire pour sa délivrance, car il se réjouissait d'être broyé par la dent des bètes, comme un froment de Dieu, afin d'être trouvé un pain sans tache, ce grand homme mourut avec une fermeté héroïque. Saint Siméon, deuxième évêque de Jérusalem, fut crucifié à l'âge de cent-vingt ans, en Palestine, à l'instigation des Juifs. A Rome, la jeune Flavia Domitilla, ainsi que les eunuques Nérée et Achillée, subirent la mort du martyre.

OIVIUGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITlQUEà SUR LE N" 53.

Les lettres de Pline le Jeune, lib. X, 97, 98, ont été révoquées en doute par Gibbon, Semler, Corrodi, Held, etc., et défendues par Haversaat. Gierig, Gieseler, Néander, etc. L'accord des manuscrits, les témoignages de Tertullien, ApoL, cap. ii, et d'Eusèbe, UT, 33, et des raisons internes parlent en faveur de leur authenticité. Tertullien relève en d'excellents termes l'équivoque et Tinconséquence du rescrit impérial : « Negat inquirendus ut innocentes, et mandat puniendos ut nocentes ; parcit etseevit; dissimulât et animadvertit... Si damnas, cur non et inquiris? Si non inquiris, cur non et absolvis? » A d'autres on applique la torture, « ad confitendum, » ici « ad negandum; « le coupable devient innocent en niant. La mort de saint Ignace (Eusèbe, III, 26, 32, 36; Acta mart. S. Ign.; Migne, t. V, p. 979 et suiv., d'après les lettres et le prologue; Mœbler, Patrol., p. 107), est fixée en 113-116 par Pearson, Lloyd, Pagi, Grabe, Smith, Le Quien, Routh, Gieseler; par d'autres, comme Usser, Ruinart, Tillemont, Ceillier, Corsini, Gallandi, Busse, Mœhler, en 107; par Borghesi (Ann. archeol., XVII, 331), Mozzoni (Ssec. II, not. 3), en 114; saint Siméon, Hégésippe, ap. Eus., III, 32; Acta sanct., 18 febr., cap. cvii; Domitilla, Nérée et Achillée, Krauss, Roma sott., p. 42 et suiv., 74.

Adrien.

54. Sous le règne d'Adrien (117-138), qui, sans adopter le syncrétisme religieux, sembla d'abord favorable aux chrétiens, la haine dés païens contre les fidèles fut poussée à un tel degré que, dans les fêtes publiques, les clameurs furibondes de la foule obligeaient les autorités de les faire mettre à mort sans information. Révolté de cette injustice, Serennius Granianus, proconsul d'Asie, en avertit l'empereur, et lui fit des représentations. Dans la réponse adressée à son successeur, Minucius Fuudanus, l'empereur défendit de mettre à mort les

2'(() nisjoiiu^ i»K ]/É<ii,isi:.

chrétiens sur les simples vociférations du peuple ; on ne devait le faire que pour des crimes démontrés (les hétéries étaient sans doute de ce nombre), et les faux accusateurs devaient être punis.

Sous son règne parurent les premières apologies du christianisme, et qui plus est à Athènes même, qui était encore le centre des mystères païens. Adrien s'y rendit en 124 pour se faire initier aux mystères d'Eleusis. Le philosophe iVristides, et Quadrat, évèque de cette ville, lui remirent ces apologies, et l'empereur en devint sans doute plus favorable aux chrétiens. Quadi'at affirme qu'il existait encore de son temps des personnes qui avaient été guéries ou ressuscitées par Jésus- Christ. Plus tard, ainsi que l'attestent différents actes de martyrs, Adrien se montra beaucoup plus hostile aux chrétiens et plus zélé pour le paganisme. Le récent soulèvement des Juifs y avait probablement contribué.

OUVR.\GES A COXSL'LTER ET REMARQUES CRlTIQrES SUR LE N° Ö0,

Cette assertion de Lampride, Iq Alex. Sev., cap. xliii, qu'Adiieu aurait eu l'intention de recevoir des chrétiens au nombre des dieux est combattue par Spartianus, lu Hadr., cap. xxii (sacra l'omana diligentissime curavit, peregrina contempsit). Il n'admettait le christianisme que comme un des éléments du mélange religieux tel que l'entendaient les alexandrins (Ep. ad Serv. Cos. Vopisc, cap. vin). Les sibylles l'appellent Ttavâpi<7To; àv^p. Voir l'édit à Min. Fundanus, dans Justin, Apol., I, n. 69; Eusèbe, IV, 9. Le texte latin de Rufin est probablement l'original de la version grecque. Mazochi, Disq., ap. Gallandi, Bibl. Patr., t. I, ap. II, p. 728 et seq.; Palma, Prcelect. I, p. 68 et seq.; Néander, I, p. 36, défend bien son authenticité, récenmient attaquée, sans raisons décisives, par Keim (dans Theol. Jahrb. von Baur u. Zeller, 1856, III, 387 et suiv.); Sulpicc Sévère, Chron., II, xxx, p. 86 : « Quarta sub Adriano persecutio fuit, quam tamen postea exerceri prohibuit, injustum esse pronunciaus, ut quisquam sine crimine reus conslituerelur. » Cf. Orose, VU, 13. Cet édit, passablement vague, les gouverneurs l'appliquèrent diversement, les ims en faveur des chrétiens. TertuUien, Ad Scap., cap. v. Sur Quadrat et Aristide, Hier., Cat., cap. xix, xx: Ep. ad Magn., Lxx, n. 4, t. I, p. 426, éd. Veron.; Eusèbe, IV, ni, 23; V, 17. Eusèbe et saint Jérôme avaient sous les yeux l'apologie de Quadrat, et sans doute aussi Eusèbe, évêque de Thessalonique au sixième siècle (Phot., Bibl., cod. 162, p. 452, éd. M.). Elle est ]terdue aujourd'hui, sauf le fragment conservé dans Eusèbe, IV, 3 (Routh, Rel. sa>c., I, p. 73, éd. Oxon, 1814). Eustache et ses compagnons font partie des martyrs sous le règne de Trajan. Acta sanol., 20 sept.: Lurnper, Hist. crit., II,

l'ONUA TIO.N I:T rU01'A(jAlluN L»E l/liOLlSli. 2 i7

p. 43i)-442; sainte Symphorose et ses sept fils. Gallandi, Bibl. Pair., i, 329 et seq.; Acta sanct., t. IV, jun., p. 350; Mozzoni, loc. cit., nota 24.

Révolte des Juifs.

55. Les Juifs n'avaient pas seulement sévi contre les chrétiens rentrés plus tard à Jérusalem et contre leur évêque Siméon ; ils en avaient fait autant contre les païens dans diverses régions, dans la Cyrénaïque, en Egypte, dans l'île de Chypre, et ils avaient toujours été sévèrement réprimés. En Palestine même, une grande insurrection éclata l'année 131, lorsque Adrien eut interdit la circoncision et ordonné de construire une cité païenne avec un temple dédié à Jupiter. Un faux Messie parut alors, nommé « fils de l'étoile *, » et fut reconnu comme tel par Rabbi Akiba, qu'on honorait comme un second Moïse, puis sacré roi et couronné dans la forteresse de Bether (Bitther). Toute la population juive courut aux armes, et Jérusalem retomba pour un instant entre ses mains. Le général Julius Severus, envoyé contre elle par l'empereur, occupa d'abord les villes situées sur la côte et les défilés, s'empara de Jérusalem et rendit la Palestine semblable à un désert.

Rabbi Akiba fut fait prisonnier et mis à mort. Quant au sort de l'imposteur Bar-(]ochba, « fils du mensonge >> (aujourd'hui Bar-Cosiba), il est inconnu. Environ mille villages, cinquante villes et quatre cent quatre-vingts synagogues furent détruits par les Romains. La terre promise ne s'est jamais relevée de cette défaite. Le plan de l'empereur de construire une ville païenne, ^lia Capitolina, à la place de Jérusalem, fut alors exécuté. Non-seulement on imposa aux Juifs, dont plusieurs furent vendus comme esclaves, un tribut qu'ils devaient acquitter à Jupiter Capitolin ; on les frappa encore d'un lourd impôt personnel, et il leur fut défendu sous peine de mort d'entrer dans la nouvelle ville. On leur permit seulement dans la suite d'aller, le jour anniversaire de la ruine du temple, pleurer et gémir dans le voisinage de leur ancien sanctuaire, et encore leur fallut-il pour cela payer les soldats romains.

Les Juifs, cependant, ne perdirent point leurs institutions

' D'après Nombres, xxiv, 17-19.

fîiS IIISIOIUF. ItK L ÉGMSi: .

nationales ; le rabbinisme avait encore des asiles à Césarée sur la mer, à Sepphoris, en Galilée, mais surtout à Tibériade, où résida plus tard un patriarche Juif; tandis que les Juifs des empires orientaux étaient gouvernés par un prince de la captivité.

Dio Cass., Lxvi, 4 et seq.; lxviii, 32; lxix, 12 et seq.; Spartian., In Hadr., cap. xiv : « Moverimt ea tempestate et Judœi bellum, quod vetabantur mulilare genitalia. » Justin., Apol. I, n. 31, 47 ; Dial. c. Tryph., cap. XVI ; Tertul., Apol., cap. xvi; Adv. Jud., cap. xm; Eusèbe, iV, ii, 6; Hilai\, In psal. LViii, n. 12; Hier., In Sophon., cap. u: Epist. xli ad Pammach. et Océan.; Sulpice Sévère, II, 31 ; Zornei, Hist. fisci judaici sub imperio vett. Rom., Alloua, 1734; Munter, Der jiid. Krieg unter Trajan u". Hadrian, Altona et Leipzig, 1821 ; F. Gregorovius, Gesch. des rœm. Kaisers Hadrian, Kœnigsberg, 1851 ; Dœllinger. Heidenth. und Judenth., p. 856-839.

56. La profanation s'étendit aussi aux lieux sacrés des chrétiens, lesquels furent cruellement persécutés par les partisans du faux Messie. Près du tombeau de Jésus-Christ, une statue de Yénus fut érigée à Jupiter, sur le mont Calvaire. Les judéochrétiens avaient là pour centre religieux une petite église construite sur la montagne de Sion. Après Siméon, ils eurent treize évêques qui se succédèrent promptement dans la tombe ; ils étaient tous issus « de la circoncision » et adonnés aux rites traditionnels de la loi. Mais aujourd'hui qu'aucun Juif ne pouvait plus pénétrer dans la nouvelle ville, il se forma une communauté de pagano-chré tiens, et Marc, leur nouvel évêque, était, ainsi que ses successeurs, d'origine païenne. Ils furent désormais sous la juridiction du métropolitain de Césarée.

L'antagonisme était devenu de plus en plus prononcé entre les Juifs et les chrétiens ; les Juifs maudissaient les fidèles dans leurs synagogues et excitaient contre eux les païens. La séparation de principe qui existait entre les Juifs baptisés et les Juifs non baptisés s'accentuait de jour en jour. Hors de Palestine, les judéo-chrétiens s'étaient facilement mêlés avec les païens. Selon Hégésippe (vers 150), ils n'avaient aucun homme important, et ne jouaient qu'un faible rôle dans la littérature chrétienne. Les docteurs de l'Église con-

lONUATION ET PROPAGATION UE LÉdLISK. 2-40

tiuuaient leurs efTorts pour convertir les Juifs et abattre leurs préjugés.

Justin., Apol., I, 31; Eusèbe, IV, 12; Kpiphane, De pond, et mens., cap. XIV, XV ; Sulpice Sévère, loc. cit., p. 86. Sur les relations des Juifs avec les chrétiens, Justin, Dial. xvii, cviii. Le traité « Birkath Hamminim -> (minéens, chrétiens) a dû être écrit par Rabbi Samuel le Petit, à l'instis^ation du jeune Gamaliel, neveu de l'aîné. Parmi les écrits contre les Juifs, nous citerons : 1° le Dialogue de Justin avec Tryphon (Otto, De Justino M., léna, 1841, § 13, p. 27 et seq.; Néander, I, 367, n. 3; 2° TertuUien, Adv. Judœos; 3° Cyprien, Testimonia ad Quirinum libri III. Le dialogue d'Ariston de Pella est perdu, Eusèbe, IV, 6; Orig., Contra Gels., IV, o2, 33; Maxime, Schol. in op. de myst. theol., cap. i; Hier., Com. in Gai., m, 13; Qucest. hebr. in Gen., t. II, p. 507. Parmi les écrits des judéo-chrétiens du deuxième siècle, on connaît surtout Testamenta Xn Patriarch. (Grabe, Spicil., I, 143 et seq.); celles par Origène, Hom. XV in Jos. (Op. II, 433, éd. Par.).

Antonin le Pieux.

57. Antonin le Pieux (138-161) abolit la loi, si odieuse aux Juifs, qui défendait la circoncision et usa d"indulgence envers les chrétiens, poursuivis par la populace païenne à l'occasion d'un tremblement survenu en Asie et à Rhodes, et pour d'autres calamités. Un philosophe de Flavia Néapolis (l'ancienne Sichem), converti au christianisme, Justin, lui présenta en faveur des chrétiens une longue apologie, qui paraît avoir été bien accueillie ; du moins Antonin adressa-t-il différentes ordonnances à plusieurs villes de la Grèce en faveur de ces hommes si cruellement opprimés.

Déjà tous les moyens étaient mis en œuvre pour rendre les chrétiens ridicules et odieux. Le cynique Crescens, le rhéteur Fronton, le satirique Lucien et le philosophe Celse ne cessaient d'aiguillonner la foule, rivalisant en cela avec les Juifs et les goètes, dont l'un, Alexandre dAbonoteichos, parcourait le pays et excitait le peuple à expulser les chrétiens.

Jul. Capitolin., Vita Antonini P., cap. ix; Néander, I, 363 et suiv.; Ledit •tpc.ç TÖ xoivov -tr,? 'ÀT-a;, en appendice dans Justin, ApoL, I, n. 70. Eusèbe, IV, 13, lattribuc à tort au successeur d'Antonin Baronius, Halloix, Papebrocke, Tillemont, Pr. .Maran, Hegelmann (Tuh., 1777i,

iîoO HISTOIRE DE LÉULISE.

Gallandi, Muralori, défendent son authenticité, d'autres la rejettent, tels que Haffner (De edicto Antonini pro Chr., Argent., 1781j; Néander, 1, p. 57. Plusieurs le croient interpolé. Mœhler-Gams, I, 234.

Marc-Aurèle.

58. Ces espérances des païens aigris parui'ent devoir s'accomplir sous l'empereur Marc-Aurèle (161-180). Ce prince, à la fois partisan de la philosophie stoïcienne et de la rehgion d'État, ne voyait dans les chrétiens que des fanatiques ennemis de Tordre social. Non-seulement les officiers du gouvernement, les accusateurs, avaient pleine liberté contre les fidèles, mais ils étaient autorisés par des ordres impériaux à les rechercher et à les vexer. Dans lapologie adressée à cet empereur par Méliton, évèque de Sardes et l'un des plus éminents écrivains du christianisme, il était dit que des accusateurs impudents, des hommes avides de pillage, sous prétexte de nouveaux édits, pillaient et tourmentaient jour et nuit les chrétiens : « Ce ne sont pas là sans doute les intentions de l'empereur; mais il doit, en juge équitable, se convaincre de la faute des accusés et ne pas les vouer à un traitement qui ne convient pas même pour des barbares et des ennemis. »

Et il ajoute à propos du christianisme : « Il est vrai que l'école philosophique à laquelle nous appartenons a d'abord commencé chez les barbares; mais depuis qu'elle a fleuri parmi tous les peuples de votre empire, depuis le règne glorieux d'Auguste, votre prédécesseur, elle est devenue pour tout votre empire, dans un rare degré, une source de prospérité, car c'est depuis lors que la majesté du nom romain s'est étendue et illustrée... Néron et Domitien sont les seuls qui, trompés par des hommes malveillants, aient essayé de flétrir notre rehgion; ils ont accueilli sans examen des rumeurs mensongères répandues par une foule crédule et propagées jusqu'à nos jours. Mais les fautes qu'ils ont commises par ignorance, vos pieux ancêtres les ont rachetées en blâmant dans plusieurs décrets ceux qui osaient propager de nouvelles inventions contre les chrétiens. C'est en ce sens que votre aïeul Adrien a écrit à diverses personnes, ainsi qu'à Fundanus, proconsul d'Asie. Votre père, dans le temps où vous régniez avec lui, a notifié aux villes, notamment aux Larissiens. aux Thessaloniciens. aux Athéniens et à tous les

l'OM)AllüN Kl l'[;01'A(iAII0N DK L'l'XiLISJi. 2.M

Grecs, la défense de rien entreprendre de nouveau contre nous. Pour vous , qui avez de nous une opinion non pas semblable, mais beaucoup plus humaine et plus conforme à la sagesse, nous sonmies pleins de confiance dans le succès de toutes nos demandes. »

Monologue de M. Aurel, sU iamôv, lib. XI, 3; Xll, 28; Capitolin,, lu vita M. Aur., cap. xiii, 21. Épigrammes sur ses sacrifices ou boucheries, Am- Marcellin, XXV, 4; Néander, ,1 57 et suiv.; Melito, ap. Euseb., IV, 26; Routh, Rel. sacr., 1, p. 109 et seq.

59. Ni cette apologie, ni les autres qui parurent alors en grand nombre, — la seconde de Justin, celle de Claude Apollinaire, évêque d'IIiérapolis, celle de l'Athénien Athénagore, etc. , — ne purent émouvoir le cœur glacé de cet empereur philosophe. Miraculeusement sauvé dans une bataille contre les Marcomans, grâce aux prières de la Légion fulminante des chrétiens, Marc-Aurèle attribua sa délivrance à Jupiter, dispensateur de la pluie. Non content de violer à l'égard des chrétiens l'ancienne loi romaine qui défendait d'arracher aux esclaves un aveu contre leurs maîtres, on en publia une nouvelle qui, sans les concerner exclusivement, les avait surtout en vue ; cette loi voulait qu'on reléguât dans une île « quiconque ferait une chose qui pourrait inspirer aux esprits mobiles des hommes une crainte superstitieuse de la divinité. »

Il est également probable qu'une autre loi, propagée plus tard sous le nom d'AuréJien, appartient à cet empereui', car elle respire le même esprit : cette loi commande de saisir les chrétiens comme contempteurs des lois de l'État et de leur faire subir diverses tortures, s'ils refusent de sacrifier aux dieux, de telle sorte cependant que la justice s'allie à la sévérité, et que, le but une fois atteint, le châtiment cesse d'expier le crime.

Justini ApoL, II (dans Eusèbe, II, 12 ; IV, 12, 17, la première); Claud. Apoll.; Eus., IV, 26 c. not. Vales. Athenag.; Gallandi, t. II, p. 3 et seq.; Proleg., p. V. L'histoire de la légion fulminante se trouve dans TertuL, Apolog., cap. v; ad Scap., cap. iv; Claude Apollin., ap. Euseb., V, 5;

loi IIISIOIIŒ liE LEGI.iSE.

Greg. Nyss., Or. II iu xl Mart. (Migne, t. XLVI, p. 757 et seq.); Oros.. VII, 1Ö. Les récits païens sont d'accord sur la substance du fait, à savoir cjue le danger de mort fut écarté, mais ils l'attribuent à la prière de l'empereur (Jul. Capitol., In M. Aur., cap. xxiv; Claudian, In VI Cons. Honor., carm. xxviii; Themist., Or. tîç r, ßacriXtxwTarn twv àpExwv) , ou à Arnuphis, mage égyptien iDio Cass., lxxi, 8). Une colonne érigée à l'empereur par le sénat, ainsi que des monnaies, célèbrent Marc-Aurèle comme le sauveur de son armée.

Du reste, le nom de légion fxdminatrix , ou plutôt fulmlnata, subsistait depuis longtemps (Dio Cass., lv, 23); il ne date pas de là, comme le croyait Claude Apollinaire, qui peut-être n'avait lu Eusèbe que superficiellement. On peut admettx-e en toute cei^titude que la légion contenait beaucoup de chrétiens, et que l'orage demandé par d'ardentes prières fut considéré par eux comme une faveur divine, tandis que les païens l'attribuaient à leur Jupiter ou à leurs mages. L'édit impérial, en appendice dans Justin, Apol., I, 71, est apocryphe selon Scaliger, Baumgarten, Mosheim, Semler, Eichstœdt, Otto, Prud. Maran (Pra^f. in Just, part. III, cap. v, n. 5; Migne, t. V, p. 137 et seq.). Voyez aussi Baronius, an. 176, n. 1 et seq.; Tillemont, Mémoire des empereurs; Marc-Aurèle, § 1 5 et suiv., t. II, p. 405 ; Muratori, Ann. d'Italia, an- 174 ; Rauscher, I, p. 338 et suiv.; Borghesi, Ann. archseol., XI, 159; Mosheim, De mirac. leg. fulm. in Diss. ad s. dise, pertin., Lips., 1733, p. 622 et seq.; Néander, I, p. 63 et suiv. Parmi les lois, les suivantes appartiennent à notre sujet : Dig. XLVni, tit. xvm. De quaestionibus, lib. V et seq., 12. Cf. Cic, Pro Dejotaro, cap. i; Eusèbe, IV, 26; V, \, — 1. 30; Dig., XLVIII, tit. XIX, De pœnis Modestinus : « Si quis aUquid fecerit, quo levés hominum animi superstitione numinis terrerentur, D. Marcus hujusmodi homines ia insulam relegari rescripsit. » L'édit d'Aurélien se trouve, Acta S. Symphor.; Lumper, Hist. crit., II, oOo et seq.; .Néander, p. 50 et n. 9.

60. C'est à Rome surtout, puis dans l'Asie-Mineure et dans les Gaules, que la persécution faisait le plus de ravages. A Rome, une femme avait embrassé le christianisme, après avoir mené autrefois une vie désordonnée avec son mari, qu'elle s'était vainement efforcée de corriger. Il devenait de plus en plus vicieux et elle ne pouvait vivre avec lui sans pécher gravement, d'autant plus qu'à Alexandrie ses désordres allaient chaque jour croissant. Elle se sépara de lui par un libelle de divorce, ou plutôt en usant d'un droit qui appartenait aux fidèles '. Son mari l'accusa d'être chrétienne. Le procès fut ajourné, parce quelle avait obtenu un rescril

* / Cor.. VII. 15.

FONrtATIO.N ET PROPAGATION DE l/ÉfiLISE. 253

impérial qui l'autorisait à mettre ordre à ses affaires de fortune et de famille. Sur ces entrefaites, son mari accusa Ptolémée, qui Tavait instruite de la religion chrétienne. Ptolémée s'avoua chrétien, et fut, pour ce seul fait, condamné à mort par le préfet de la ville, 0. Lollius Urbicus, après une longue captivité. Comme on le conduisait au supplice, un autre chrétien, nommé Lucius, reprocha au préfet d'avoir condamné un homme qui n'était convaincu d'aucun crime. Interrogé par Urbicus s'il était chrétien, il le confessa et fut aussi exécuté. Un troisième, eut le même sort. Justin, qui, dans son apologie, rapporta à l'empereur, en termes indignés, ce qu'il avait vu à Rome, se vit menacé par les embûches de Crescens le Cynique, et ne tarda pas à être condamné à mort avec plusieurs autres chrétiens (106-167). Un grand nombre d'autres subirent la mort du martyre : telle fut probablement sainte Cécile, née d'une famille illustre.

OUVRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N° (jO.

Justin., ApoL, II, 1-3; Eusèbe, IV, 16 et seq.; Acta S. Justini, Gallandi, t. I, p. 711-716; Mazochi, Disquis., ibid., p. 717 et seq. Balois, Mozzoni, etc., placent la mort de Justin sous Antouin le Pieux; Baronius, Labbe, Pagi, Tillemont, les BoUandistes sous Marc-Aurèle, et quelques-uns, comme Stieren (Ztschr. f. bist. Tbeol., 1842, I, 21), Ritter (I, 80), en l'an 162; la plupart en 166-167 (Semisch, Ueber das Todesjahr Justins. Stud. u. Krit., 1835, IV, p. 942 et suiv.). L'évêque Urbain mentionné dans la légende de sainte Cécile n'est pas probablement le premier pape de ce nom, mais plutôt un évêque étranger qui se trouvait à Rome. De Rossi, Roma sott., II, 147 ; Ki^auss, Roma sott., p. 150-164.

61. Dans l'Asie -Mineure mourut en 167-168 (selon d'autres en 155) le magnanime Poly carpe, évêque de Smyrne et disciple de l'apôtre saint Jean. Il expira sur un bûcher, victime de la fureur du peuple, en se proclamant avec joie témoin de Jésus-Christ, qu'il avait servi pendant quatre-vingt-six ans. D'autres martyrs lavaient précédé, entre autres Germanicus. Les chrétiens avisés et prudents ne se présentaient pas d'euxmême aux juges et aux bourreaux, comme le fit le Phrygien Quintus, qui, s'étant déclaré chrétien, sans y être invité, sacrifia ensuite aux divinités païennes et apostasia par crainte des bêtes féroces, auxquelles il allait être jeté. C'était un devoir sacre de ne pas renier la foi quand on était interrogé

i2o4. HISTOIRE DE L EGLISE.

par le juge ; mais c'était une témérité fanatique de se précipiter follement dans le péril, quand on pouvait s'y soustraire par la fuite.

La fureur des persécutions, ralentie à Smyrne par la mort du saint évêque, continua de sévir sur plusieurs autres points de l' Asie-Mineure , et nous ne connaissons qu'une faible partie des événements qui s'y sont accomplis.

Ep. de mart. Polyc; Eusèbe, IV, 13, et in éd. Pair,, ap. Neander, I, Ü0 et suiv. Pearson et Gallandi plaçaient la mort de Poljcarpe en 147 ; la plupart lui assignent, avec Tillemont, l'an 166-168. D'après les recherches plus récentes de Cavedoni, Mozzoni (note 41), et Gebhardt (Zeitscrift. f. hist. Theol., 1875, p. 3b3), ce serait l'an 133.

62. La persécution fut surtout opiniâtre dans les Gaules, notamment en 77, dans les Églises de Lyon et de Vienne, qui en adressèrent uu long récit aux Églises de l'Asie- Mineure. Ici l'autorité païenne et la masse du peuple agissaient de concert. Partout où les chrétiens se montraient en public, ils étaient insultés, maltraités, pillés dans leurs maisons. On s'empara des plus qualifiés et on les conduisit devant l'autorité. En l'absence du gouverneur de l'empire, ils furent soumis à une captivité douloureuse. Quand il fut de retour, on commença l'enquête par la torture, afin d'arracher aux fidèles l'aveu quils commettaient des crimes contre natm^e.

Révolté de cette procédure, un jeune homme nomme Yettius Epagathus, alla protester devant les juges de l'innocence de ses frères en Jésus-Christ et demanda d être entendu. Il fut repoussé et mis en prison comme défenseur des chrétiens. Des esclaves soumis à la torture imputèrent à leurs maîtres tous les crimes qu'on leur suggéra; on mit tout en œuvre pour entraîner les accusés dans l'apostasie.

Pothin, évêque de Lyon, âgé de quatre-vingt-dix-ans , expira après avoir enduré tous les mauvais traitements ; Sanctus, diacre de Vienne, le néophyte Matm'us, Attale de Pergame, l'esclave Blandine, un enfant du nom de Ponticus, attestèrent leur héroïsme clu*étien ; plusieurs de ceux qui étaient tombés par faiblesse, confessèrent hautement quils étaient chrétiens, afin d'expier leur prévarication. Un grand

lONDAJION Kl PROPAGATION DE l/ÉCiLISE. 255

nombre furent livrés aux bêtes féroces ; d'autres, qui étaient citoyens romains, furent décapités. Les cadavres des chrétiens, demeurés six jours sans sépulture, furent ensuite livrés aux flammes et leurs cendres jetées dans le Rhône. Le nombre des martyrs de la Gaule fut considérable. Le consul lléraclius s'étonnait qu'Un jeune chrétien d'Autun , Sympliorien, qui n'avait rendu aucun honneur à une statue ambulante de Cybèle, et apparaissait comme perturbateur du culte, eût échappé à l'attention de l'autorité. Le jeune homme, encouragé par sa mère, s'avoua chrétien, et le consul le fit décapiter.

Ep. Eccl. Lugd. et Vienn., Eus., V, I et seq.; Routh, I, 267-296; Gallandi, I, 693-706; Néander, p. 61 et suiv.

ADDITION DU TRADUCTEUR

Il faudrait pouvoir citer en entier l'éloquente relation que les Églises de Lyon et de Vienne adressèrent aux Églises d'Asie, d'où plusieurs de ces martyrs étaient originaires. Voici du moins la partie qui concerne saint Pothiu.

« Cependant on se saisit du bienheureux Potliin, qui gouvernait l'Église de Lyon. Il était alors malade et âgé de plus de quatre-vingtdix ans. Comme il pouvait à peine se soutenir et respirer, à cause de ses infirmités, quoique le désir du martyre lui inspirât une nouvelle ardeur, on fut obligé de le porter au tribunal. La caducité de l'âge et la violence de la maladie avaient, à la vérité, déjà dissous son corps; mais son âme y demeurait encore attachée, pour servir au triomphe de Jésus-Christ. Pendant que les soldats le portaient, il était suivi des magistrats de la ville et de tout le peuple, qui criait contre lui comme s'il eût été le Christ même. Alors ce vénérable vieillard rendit un glorieux témoignage à la vérité. Le président lui ayant demandé quel était le Dieu des chrétiens, il répondit : Si vous en êtes digne, vous le connaîtrez. Aussitôt il fut accablé de coups, sans aucun respect pour son gi'and âge. Ceux qui étaient proches le frappaient à coup de poing et de pied; ceux qui étaient plus éloignés lui jetaient ce qu'ils pouvaient trouver sous la main. Tous se seraient crus coupables d'un grand crime, s'ils ne s'étaient efforcés de l'insulter, pour venger l'honneur de leurs dieux. Le saint évèque fut jeté à demi-mort dans la prison ', où il

* On voit encore la prison de saint Pothin dans le monastère des religieuses de la Visitation, qu'on nomme l'Antiquaille. Saint Eucher, dans rhomélie sur saiule Blandine, dit que saint Pothin, après avoir olterl le sacrifice du corps de Notre-Seigneur, fut porté aux tribunaux profanes;

-lo6 HISTOIRE DE l'ÉGUSE.

expira deux jours après, comme un bon pasteur qui donne sa vie en

combattant à la tête de son troupeau.

» On vit alors un effet bien singulier de la divine Providence, et un

grand miracle de l'intinie miséricorde de notre Sauveur Jésus-Christ.

Ceux qui avaient apostasie étaient gardés dans le même cachot que les

confesseurs; car leur apostasie ne leur avait servi de rien. Au contraire,

ceux qui avaient généreusement confessé la foi n'étaient détenus

prisonniers que comme chrétiens; c'était là tout leur crime, au lieu

qu'on retenait les apostats comme des homicides et des scélérats. Or,

en cela, ils avaient beaucoup plus à souffrir que les autres, car l'attente

du martyre, l'espérance des promesses, la chai'ité de Jésus-Christ,

l'onction de l'Esprit saint remplissaient de joie les saints confesseurs.

Les apostats, au contraire, étaient tellement bourrelés par les remords

de leur conscience que, quand ils paraissaient devant le peuple, on les

distinguait à leur air triste et consterné. Ainsi on voyait les grâces et

la majesté briller avec une sainte gaieté sur le visage des uns : ils étaient

parés de leurs chaînes, comme une épouse est parée de ses oi'nements,

et ils exhalaient une odeur si douce qu'on croyait qu'ils s'étaient oints

de parfums précieux. Pour les autres, la confusion, la tristesse et les

remords étaient peints dans tout leur extérieur; les païens même les

insultaient comme des hommes lâches et efféminés, et parce qu'ils

avaient renoncé au nom de chrétien, on ne leur donnait plus que le

nom d'homicides. C'est ce qui ne servait pas peu à confirmer les fidèles

dans la foi : aussitôt qu'ils étaient pris, ils commençaient par la

confesser. »

Commode.

63. Sous le règne de Commode (180-492), qui offrait peu de ressemblance avec son père et préférait le rôle d'athlète à celui de philosophe, aucun décret ne fut rendu contre les chrétiens, dont plusieurs résidaient à la cour. Marcia, la femme de l'empereur, était de leur nombre, ou du moins leur était très-favorable. Cependant plusieurs gouverneurs continuaient de persécuter les fidèles, tel que le proconsul d'Asie Arrius Antonin. A Rome même, le sénateur Apollonius fut Uvré à la mort à titre de chrétien, avec l'esclave qui l'avait accusé. Les troubles politiques qui suivirent la mort de Commode, les guerres civiles entre Pescennius Niger en Orient, Clodius

pour y être offert lui-même comme une victime, ce qui semble marquer qu'il fut pris après avoir célébré nos saints mystères. Saint Eucher et Ruffin le nomment Fotin ou Phothin, qui répond au nom latiti Lucidus ou Lucianus, au lieu que Photin a la même signification que Desiderius.

FONDyVTION ET PROPAGATION hE LV.fiUSK. '2o7

xVlbinus dans les Gaules et Seplime-Sévère, nuisirent considérablement à la cause des chrétiens. On continuait de les exiler, de les crucifier ou décapiter '.

h-en., IV, 30; Hippol., Philos., IX, xii, p. 287, 288; Dio Cass., lxxu, 4. Voj'ez Dœllinger, Hippolyt. und Kallistus, p. 187 et suiv. On appelait aussi <i coacubina » la femme illégitime, qui n'avait pas les mômes droits que l'épouse. Lih. III, Cod. v, 27; 1. 144; Dig. de V. S.; 1. 3i'; Dig. de donat.; Bingham, Orig., Il, v, H ; XVI, xi, 5. Apollonius, Eus., V, 42; Hier., Cat., cap. xii; INéander, p. 63. Autres persécutions. Clément d'Alexandrie, Strom., II, 20; Tertullien, ad Scap., cap. ii; Apol., cap. XXXV.

Septime-Sévère.

64. Septime-Sévère (193-i2il), qui était parvenu à régner seul, fut d'ajjord favorable aux chrétiens. Un esclave converti, Proculus, l'avait guéri dune maladie et vivait dans son palais. Dans plusieurs circonstances l'empereur prit sous sa protection des hommes et des femmes chrétiennes. Mais il y avait dans les provinces des gouverneurs qui se montraient cruels et tyranniques, et le zèle imprudent de quelques chrétiens excitait encore çà et là les païens à des actes de violence. En 202 ou 203, l'empereur défendit par une loi sévère et sous des peines rigoureuses d'embrasser le christianisme aussi bien que le judaïsme.

La persécution devint si violente en certaines contrées, qu'on croyait à l'avènement prochain de l'Antéchrist. Souvent l'exécution à mort était accompagnée de la confiscation des biens, et les chrétiens étaient en outre victimes des plus infâmes exactions.

Mais nulle part la persécution ne sévit avec autant d'intensité qu'en Afrique : les douze martyrs scyllitains, les saintes femmes Perpétue et FeUcité, et en Egypte Léonidas, père du savant Origène, la vierge Potamienne, avec sa mère, ainsi que plusieurs autres; dans la Gaule, saint Irénée, évêque de

^ Commode, rencontrant un homme d'une corpulence extraordinaire, le coupa en deux pour prouver sa force et jouir du plaisir de voir se répandre les entrailles de la victime : « Obtiuisi oneris pinguem hominem medio ventre dissecuit, ut ejus intestina subito fuuderentur '. » [Hist. Aug.}. il se disait Hercule; il voulut que Rome changeât de nom et prît le sien; de honteuses médailles ont perpétué ce caprice. (Note dulrad.J l. — HIST. HK LHCiLISE. 17

2o8 HISTOH'.K JtE hÉGLlSE.

Lyon, acceptèrent joyeusement la mort du martyre, et glorifièrent l'Église par de brillants exemples.

ADDITION DU TRADUCTEUR

Sévère eut deux fils, Caracalla et Gita, qui furent ennemis dès l'enfance. Sévère, se sentant malade à York et voyant approcher sa fin, dit : (( J'ai été tout, et rien ne vaut. » Omnia fui et nihil expedit. (Aurel. vict.).

TertuUien composa pendant son règne l'éloquente et célèbre apologie où il disait : « Nous ne sommes que d'hier, et nous remplissons vos cités, vos colonies, l'armée, le palais, le Sénat, le forum : nous ne vous laissons que vos temples, sola relinquimus templa. » Il publia son Exhortation aux martyrs, ses traités des Spectacles, de l'Idolâtrie, des Ornements des femmes et son livre des Prescriptions, admirable ouvrage qui a servi de modèle à Bossuet pour son chef-d'œuvre des Variations. (Chateaubriand, Études historiques.)

TertuUien, ad Scap,, cap. iv et in fine; De cor. mil. Sparlian., in Sev., cap. XVII ; Eus., VI, 1,4, 5; Oros., VII, 17; Acta mart. Scyll., ap. Ruinart, p. 73 ; Acta Sanct., d. 17 jul., t. IV, p. 204; Acta Perpet. et Felic, Gallandi, II, 174 et seq. Sur saint Irénée, Hier., in Isa., cap. lxiv; Resp. ad orthod., q. cxv; Greg. Tur., De gloria mart., I, 5; Hist. Franc, 1, 29 ; Massuet, Diss. II in Iren., a. 1, n. 31 et seq., p. xc et seq.

Caracalla et ses successeurs. — Alexandre Sévère.

6o. La situation extérieure fut plus heureuse sous Caracalla (211-217), qui était personnellement favorable aux chrétiens. Macrin, dont le règne fut court, défendit de condamner quelqu'un pour mépris envers les dieux. Avitus Bassianus, qui se nommait Héliogabale (218-222), tolérait tous les cultes, parce qu'il songeait à les fondre tous avec le culte que les Syriens rendaient au soleil et qui était le sien. Alexandre Sévère (222-235), âme noble et généreuse, pratiquait une sorte d'éclectisme religieux et estimait aussi le christianisme. En môme temps que ses dieux , il honorait Jésus-Christ comme un être supérieur, plaça son image dans son lararium, à côté de celles d'x\braham, d'Orphée et d'Apollonius de Thyane, fit graver sur les murs de son palais ces mots de l'Évangile : « Faites aux hommes ce que vous voulez qu'ils vous fassent', » et donna aux chrétiens plus d'une marque

' Lmc, VI, 31.

FONDATION El' PUOI'AGATION OE l/ÉGLISE. 2.')0

(le bienveillance. Julie Mammée, sa mère, manda auprès d'elle, à Antioche, le célèbre Origène, qui profita sans doute de la circonstance pour entretenir ses bonnes dispositions à regard des fidèles. Cependant, quelque disposé que parût l'empereur à permettre officiellement l'exercice de la religion chrétienne, il ne prit aucune mesure effective. Ce fut même sous son règne (233) que le juriste Domitius Ulpien recueillit, dans le septième de ses dix livres sur « la charge de proconsul, » les décrets impériaux qui avaient été rendus contre les chrétiens ou qui pouvaient du moins les concerner. Ces décrets étaient applicables non-seulement à ceux qui professaient un culte interdit et participaient à une société défendue, mais encore au crime de lèse-majesté et au sacrilège, et, dans ce dernier cas surtout, le juge était libre de les punir par les peines les plus sévères. Pour le crime de lèse-majeste et le sacrilège, les hommes libres étaient égalés aux esclaves, soumis à la torture et à tous les genres de mort imaginables. On pouvait aussi accuser quelqu'un d'exercer la magie, surtout dans les événements merveilleux, et de posséder des écritures de magie, et les païens n'étaient que trop tentés de mettre dans ce nombre les Écritures sacrées des chrétiens.

Le vice qui gouverna parti culièi'ement le monde sous Héliogabale fut rimpudicité. Ce prince rhoisissait les agents du pouvoir d'après les qualités qui les rendaient propres à la débauche , dédaignant les distinctions sociales et les avantages du gf-nie, il plaçait la souveraineté politique dans la puissance qui tient le plus de l'instinct de la brute.

Homme et femme, prostitué et prostituée, il n'aurait pas été plus pur quand il se serait consacré au culte de Cjbèle, comme il en eut la pensée. Il donna un siège à sa mère dans le sénat auprès des consuls, et créa un sénat de femmes, qui délibéi'aient sur la préséance , les honneurs de cour et la forme des vêtements.

Poursuivi par le pressentiment d'une courte vie, il avait fait préparer à tout événement des cordons de soie, un poignard d'or, des poisons renfei'més dans des vases de cristal et de porphyre, une cour intérieure pavée de pierres précieuses, sur lesquelles il comptait se précipiter du iiaut d'une tour.

Ces ressources lui manquèrent, il vécut dans des lieux infâmes et fut tué dans des latrines avec sa mère. (Chateaubriand, Études hist.)

'lau HISTOIKi: bK LhtiUSE.

Dio Cass., Lxxv, 13; lxxviii, 12; Ael. Lainprid., in Vita Heliogab., cap. ni; iu Alex. Sev., cap. xxii, xxviri, xxix, xliu et seq., l; Euseb., VI, 21, 28; Oros., VII, 18 ; Néander, p, 69. Contre les « Collegia ilJicita, » Suétone, in Cses., cap. xlii; Octave, cap. xxxii; Cajus, IIb. 111 in 1. 1 ; Dig. III, 4. — Lactance, Inst., V, 11, dit d'ülpien qu"il a recueilli « rescripta principum, ut doceret, quibus oportet eos pœnis afßci, qui se cultores Dei confiterentur. » Fragments, Dig., lib. I, tit. xvi ; lil). XVII. II, 1. 2; lib. XLVIII, iv, 1; xiii, 6. Voyez Thiel, Altrœm. Rechtsanschauung bezüglich der polit. Stellung der christl. Rel. (Tüb. Qu.-Schr., 18oo, II); Le Blant, les Bases juridiques des poursuites dirigées contre les martyrs, compte-rendu de l'Académie des Inscriptions, Paris, 1868. et l'Accusation de magie dirigée contre les premiers chrétiens, Nogentle Rotrou, 1869; Krauss, Lehrb., I, 55 et suiv., n° 3.

Maximin de Thrace; ennemis extérieurs de l'Église.

66. Le meurtrier et successeur d'Alexandre, Maximin de Thrace (235-238), haïssait les chrétiens par cela seul qu'ils étaient attachés à son prédécesseur et qu'ils les soupçonnait de vouloir venger sa mort '. On leur imputait aussi les nombreux tremblements de terre qui avaient lieu à cette époque. De là une nouvelle persécution, mais qui ne s'étendit point aux provinces, parce que le tyran n'était point partout reconnu. On poursuivit partout les évêques et les prêtres. Origène écrivit alors son Exhortation au martyre en faveur de ses deux amis cruellement éprouves, le diacre Ambroise et le prêtre Protoctète de Césarée, qui furent ensuite mis à mort. Sérénien, gouverneur de Cappadoce, se signala par sa barbarie envers les chrétiens.

Après le meurtre de Maximin, Pupiénus et Balbinus ne régnèrent que peu de temps, de même que les trois Gordiens.

^ Maximin, le premier barbare sur le trône, avait huit pieds et demi de haut; il traînait seul un charriot chargé, brisait d'un coup de poing les dents ou la jambe d'un cheval, réduisait des pierres en poudre avec ses doigts, fendait des arbres, terrassait 16, 20 et 30 lutteurs sans prendre haleine, courait de toute la vitesse d'un cheval au galop, remplissait plusieurs coupes de ses sueurs, mangeait quarante livres de viande et buvait une amphore de vin dans un jour, bibisse illum sœpe in die vint capololinam amphoram constat (Hist. Aug.).

Grossier et sans lettres, parlant à peine la langue latine, méprisant les hommes, il était dur, féroce, hautain, rusé, mais chaste et amateur de la justice... On sent ici une nouvelle race d'hommes, laquelle avait trop de ce que l'ancienne n'avait plus assez. (Note du trad.J

l'OMtArio.N lir l'Hoi'AOAiio.x i>i; !/r:<iLisK. 2GI

Pliilil)pe Arabs (244-249) fut si favorable aux chrétiens que le bruit se répandit qu'il était entré lui-même dans l'Eglise. Que l'évêque d'Antioche, Babylas, Tait exclu de l'office divin pour n'avoir pas fait pénitence de ses crimes passés (tel que l'assassinat de son prédécesseur), et que Philippe ait fini par se soumettre à la pénitence, ce n'est là probablement qu'une ancienne légende.

Eusèbe, Vl, 28; Orig., Com. in Matth. (t. 111, p. 8b7 delà Rueh Exhortât, ad inaiiyr. (t. I, p. '274 et seq.); Firmilian. Cœs., Ep. lxxv, ap. Cypr. Le martyre de sainte Ursule et de ses compagnes est placé sous ce Maxime; d'autres le rangent sous Maximin, au quatrième siècle, ou dans le temps d'Attila. (Voyez Floss, Aschbachs Kirclienlexicon, IV, H02; de Buck, Acta sanct., 21 oct.; Kessel, St. Ursula u. ihre Gesellschaft, Cœln, 1863; Friedrich, K.-G. Deutschl., I, iii-166. On ne considère comme certain que le martyre des vierges aux environs de Cologne, dans le temps des Romains, d'après l'inscription clématiMnienne. Le reste est souvent rejeté comme légendaire. Au moyen âge, on croyait à la conversion de l'empereur Philippe (Eusèbe, VI, 34, 36 ; Hier., Chron., an. 246; Néander, p. 67 et suiv.). Voyez Ord. Vitalis, I, XIX, p. 70 : « primus omnium imperatorum christianus factus est. " Petr. Blés., Ep. xlvii (Migne, t. CCVH, p. 139) : « Phil. inter Rom. principes primus fuit fidei christianae professor. »

67. Dans ce temps de calme, plusieurs hommes imbus d'idées mondaines entrèrent dans l'Église sans y être appelés , et la longue durée de la paix favorisa le relâchement de ses membres anciens. Les chrétiens jouissaient en fait, sinon en droit, de la liberté rehgieuse. Le savant Origène , tout en constatant ce fait, prévoyait de nouvelles épreuves, car les païens attribuaient à la cessation des mesures de rigueur la multiplication des chrétiens et imputaient à ce nombre grandissant les insurrections, les guerres et en général tous les malheurs de l'empire. Cependant il était fermement convaincu que l'ÉgUse sortirait victorieuse de tous ces orages.

« Comme les chrétiens ont observé le précepte doux et humain qu'ils avaient reçu de ne se pas venger de leurs ennemis, ils ont obtenu de Dieu, qui toujours combat pour eux et impose le repos en temps opportun à ceux qui les attaquent et les veulent extirper, ce qu'ils n'auraient pu obtenir s'il leur eût été permis de faire la guerre et qu'ils eussent

262 lU-sioiuE DE l'égi.isi;.

disposé de toute la force nécessaire. Afin qu'ils se souvinssent quïls devaient être plus vaillants et mépriser la mort à la vue du petit nombre des martyrs de la religion , il y eut des moments où une poignée d'hommes faciles à compter moururent pour la religion chrétienne : c'est que Dieu ne voulait pas que le peuple chrétien fût entièrement extirpé, mais plutôt qu'il se conservât, afin que toute la terre fût remplie de sa sainte et salutaire doctrine.

» Et, d'une autre part, afin de laisser respirer les faibles devant la crainte de la mort, Dieu a veillé sur les fidèles en dissipant par sa seule volonté toutes les embûches dressées contre eux, de sorte que ni empereur, ni gouverneur, ni multitude populaire ne pouvaient plus exercer sur eux leur fureur... De même que la Providence divine, lorsqu'elle voulut faire cesser le culte juif et ses sacrifices, les supprima; de même elle élève constamment la religion chrétienne et lui procure une plus grande extension, de sorte que maintenant on peut l'annoncer librement, malgré les obstacles infinis qui entravaient sa propagation. Et comme Dieu a voulu que les païens profitassent aussi de la doctrine de Jésus, toutes les entreprises des hommes contre les chrétiens ont été confondues, et plus les empereurs, les gouverneurs et les masses populaires ont essayé de les écraser, plus ils sont devenus nombreux et puissants.

» Il est vraisemblable que la paix et la tranquillité extérieures accordées aux fidèles auront bientôt une fin. car ceux qui calomnient de mille manières notre doctrine prétendent que les troubles et les guerres actuelles viennent de la multitude des fidèles et de ce qu'ils ne sont plus comme autrefois persécutés par les gouverneurs. La parole de Dieu nous apprend en effet et à ne point nous assoupir dans la paix, et à ne point nous déconcerter quand le monde nous persécute, et à ne point permettre que rien nous sépare de l'amour de Dieu, créateur de toutes choses. Quand Dieu permet et donne la force au tentateur de nous persécuter, nous sommes persécutés; quand il ne le permet pas, il arrive, par un effet merveilleux, que nous trouvons la paix au sein même d'un monde qui nous déteste, et nous avons confi^ance en Celui qui a dit : « Rassurez- vous, j'ai vaincu le monde ^> [Jemt, xvi, 33).

rOM'AIION ET l'ROl'AGATION r»E l.'liGLlSE. 2«»;}

Ce inonde, il l'a vaincu en effet, car il na de puissance que celle que lui laisse Celui qui la vaincu et qui a reçu du Père le pouvoir de le vaincre. Nous avons confiance en sa victoire. Veut-il au contraire que nous luttions et combattions de nouveau pour la religion, les contradicteurs n'ont qu'à se lever; nous leurs dirons : « Je peux tout en Celui qui me fortifie, Jésus-Christ Notre-Seigneur » {Phil., iv, 13). Viendra le jour où la religion chrétienne seule régnera, car la vérité divine gagne chaque jour un plus grand nombre d'àmes. »

ADDITION DU TRADUCTEUR

« La conduite des chrétiens et principalement des martyrs pendant les persécutions intéresse l'histoire tout entière, de même que le martyre est intimement lié à la conservation du. christianisme. Sans le martyre, point de christianisme ni d'Église. Supposez un instant que les fidèles eussent cédé aux vexations et aux pousuites des gentils, qu'ils eussent renié Jésus-Chi'ist, que serait-il arrivé? Evidemment les païens n'auraient conçu pour la religion chrétienne et pour les chrétiens eux-mêmes que le plus profond mépris. Ils seraient arrivés à cette conclusion naturelle, que le culte des chrétiens pouvait bien suffire aux heures de sérénité, et tant qu'il ne s'agissait que de couler des jours heureuxj mais qu'il ne résistait pas à l'épreuve du feu, qu'il était incapable de donner la conviction profunde de sa vérité, en un mot qu'il ne s'emparait pas de la vie totale de l'homme et qu'il était impuissant à la pénétrer tout entière. Les chrétiens eux-mêmes auraient été forcés de se mépriser. On voit déjà que, sous ce rapport, le christianisme sans le martyre se serait anéanti lui-même de la façon la plus ignominieuse. Il a vaincu par le martyre, et l'on verra combien sublime a été son triomphe.

» Quelle est la cause principale qui détermina les martyrs à supporter les dernières extrémités, des tortures sans nom et sans exemple, plutôt que de renoncer Jésus -Christ? La raison qui prédomine dans tous les actes des martyrs, c'est que les chrétiens entendaient donner une preuve de leur reconnaissance et de leur nmour envers Jésus-Christ, et qu'ils ne craignaient point de mourir l)our confesser son nom.

» Nous ne nous en tiendrons point toutefois à celte réponse générale. 11 est remarquable, en effet, que tous les chrétiens qu'on interrogeait sur leur religion ne confessaient pas Jésus-Christ, mais seulement une classe particulière de chrétiens. Ceux-là seuls qui appartenaient à l'Église catholique avaient le courage de résister vaillamment à la persécution et de proclamer joyeusement le nom du Rédcmpeur. Ce

204 IIISTOIKE .DE l'église.

courage, les sectes contemporaines ne l'avaient point. Sitôt qu'éclatait la persécution, la lâcheté les envahissait, et, interrogés sur leur croyance, ils niaient qu'ils fussent chrétiens. Les hérétiques, disait Tertullien, profitent des temps de persécution pour attirera eux les fidèles par lappàt d'une existence plus heureuse que celle qu'ils trouvent dans leur Église, où ils ont à endurer de si cruelles persécutions.

» Dieu, disaient ces hérétiques, ne demande à l'homme qu'un culte purement intérieur; connaître Dieu, c'est en même temps l'honorer. S'il a horreur du sang des taureaux et des boucs, à plus forte raison du sang humain. Jésus-Christ est mort pour notre salut : faut-il donc que nous mourrions aussi pour le sauver? — Ce sont là, dit Clément d'Alexandrie, les sophismes de la lâcheté. Au deuxième siècle, Justin disait expressément que les Romains ne persécutaient que des membres de l'Eglise catholique. 11 leur suffisait de savoir qu'un tel appartenait à une secte pour lui laisser pleine liberté. Les actes des martyrs confirment cette assertion. En plusieurs endroits, nous y voyons le proconsul demander au patient : « De quelle Église es-tu? » et chaque fois qu'on lui répond : « De l'Église catholique, » le signal de la persécution est donné.

Il est constant, d'une part, que les membres de l'Église étaient seuls poursuivis par les Romains, et, d'autre part, qu'ils avaient seuls le courage d'aflronter la persécution. Pourquoi? uniquement parce que l'Éghse catholique seule a reçu la charge de porter le christianisme à travers tous les orages des siècles, avec ou sans effusion de sang. Serrons encore la question de plus près. Les hérétiques disaient que le culte intérieur suffit : c'était une conséquence naturelle de leur principe, qu'une Église invisible ne demande qu'un culte invisible aussi. 11 n'en est pas de même de l'Église catholique. Sachant qu'elle est une institution extérieure, visible, positive, elle doit nécessairement exiger un culte. Aussi tout chrétien 'qui reniait sa foi dans une persécution était exclu de l'Église comme n'ayant jamais eu véritablement la foi dans le cœur ou comme l'ayant perdue.

» Ce fut précisément parce que les païens se lassèrent de tuer avant que les chrétiens se lassassent de se faii'e tuer que ceux-ci étouffèrent le paganisme, et qu'à la fin du troisième et au commencement du quatrième siècle, le christianisme s'élevait triomphant au-dessus de ses ennemis i. »

0UVR.A.GES A CON'SULTEK SCR LE .N° 67.

Orig., Contra Cels., 111, viu, p. 4.Ö2, éd. delà Rue; et Vll,xxvi,p. 712, 713; 111, XV, p. -i.36; VIII, Lxiri, lxx, p. 793 et seq.; Néander, p. 70 et

' Mœhler, histoire de l'Église, t. I, page 198, trad. de l'abbé Bélet.

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