I-OMDAIIOA' ET l'KOl'AüAl lü.N L)E j/ÉGLISE
suiv. Voyez aussi la description de saint Cypr., De laps., cap. vi, p. 241 ot seq., ed. H.
Dèce.
68. Lorsque Dèce Trajan (249-251), monté sur le trône impérial après la défaite de Philippe Arabs, voulut affermir la puissance et la dignité de l'empire sur les anciennes bases, une persécution éclata contre les chrétiens qui surpassa toutes les autres en étendue et en cruauté. Persuadé que le christianisme était incompatible avec la durée de l'État, l'empereur crut que la nécessité l'obligeait de ramener au culte des anciennes divinités ceux qui l'avaient abandonné. Il fut donc ordonné par un édit que tous seraient tenus d'honorer les dieux ; que ceux qui refuseraient y seraient d'abord engagés par des exhortations et des menaces, puis contraints par des châtiments et des peines diverses. Un temps fut fixé pendant lequel tous avaient à comparaître devant l'autorité pour sacrifier aux dieux. Quiconque préviendait cette mesure par la fuite serait puni de la perte de ses biens, et il lui serait défendu de rentrer sous peine de mort. Ceux qui ne se présentaient pas volontairement, étaient amenés de force, interrogés et mis à la torture. Les fonctionnaires qui se montreraient indulgents étaient menacés des plus sévères châtiments.
La peine de mort fut dès le principe édictée contre les évéques, et atteignit Fabien de Rome, Babylas d'Antioche, Alexandre de Jérusalem et Achatius, évéque syrien. Lesévéques Denis d'Alexandrie, Grégoire de Néocésarée, Cyprien de Car- Ihage se sauvèrent par la fuite, afin de se conformer au conseil des apôtres et d'adoucir la détresse de leurs Églises. Toutes les inventions de la cruauté furent mises en usage contre les martyrs. Tandis qu'une multitude de chrétiens affrontaient courageusement la mort, d'autres poussaient la faiblesse jusqu'à renier leur foi à la vue des supplices (les laps), et consentaient à sacrifier (thurißcati, sacrificati); quelques-uns se faisaient donner par les autorités, à prix d'argent, des témoignages attestant qu'ils avaient sacrifié, ou du moins satisfait aux lois de l'État (lihellatici), ou bien ils faisaient inscrire leurs noms dans le registre officiel de ceux qui observaient les lois (acta facientes).
2(H) HISTOIRE m: i/)';gli8e.
Il y avait encore diverses catégories : les uns sacrifiaient dès le commencement, d'autres ne cédaient que dans les tortures; ceux-ci allaient d'eux-mêmes solliciter des certificats auprès des autorités, ceux-là se les faisaient apporter ou acceptaient ceux qui leur étaient procurés par des amis. On remarque parmi les victimes de cette persécution : Origène, qui fut affreusement torturé à Tyr et enfermé dans une prison; il mourut peu de temps après la persécution par suite des mauvais traitements qu'il avait endurés ; Dioscore d'Alexandrie, âgé de quinze ans, dont la fermeté dans les supplices, à un âge si tendre, surprit tellement le gouverneur païen qu'il lui rendit la liberté ; les chrétiens de Perse Abdon et Sennen, qui se trouvaient à Rome ; la vierge Agathe de Catane, en Sicile ; le prêtre Félix de Noie , Aurélius et Numidius en Afrique, le prêtre Pionius à Smyrne.
A Alexandrie, un an même avant la publication de l'édit, un devin païen avait irrité la foule contre les fidèles ; on y maltraita et lapida un vieillard nommé Métras, ainsi qu'une femme du nom de Quinta. La vierge Apollonie eut les dents fracassées, subit différents tourments et mourut dans les flammes ; Sérapion fut tourmenté dans tous ses membres et précipité d'une hauteur. Qu'on juge maintenant de l'effroi causé par l'édit quand il vint à paraître. Cependant l'apostasie de quelques-uns ne fit qu'affermir le courage des autres, tels que Julien et Cronion, qui furent brûlés publiquement; le soldat Besas, qui avait voulu les protéger contre les insultes du peuple et fut décapité; Macaire de Libye, Héron, Ater, Isidore, Épimaque, Alexandre, qui endurèrent le supplice du feu. Plusieurs autres martyrs sont mentionnés par Denis, évêque d'Alexandrie.
Dionys. Alex., ap. Euseb., VI, xl-xlii; Euseb., ibid., cap. xxxix; Greg, Nyss., in Vita S. Gieg. Tbaam. (Migne, t. XLVI, p. 944 et seq.); Cypr., loo. cit., cap. iii,-x; Ep. viii, xviii, xxi, xxvi, lu; Laclance, De mort, persec, cap. iv; Oros., VII, xxi; Néander, I, 71-75; Mœbler- Gams, I, 238 et suiv. Outre plusieurs autres martyrs (Actasanct. mari., III, 442, jun. 1, 31 jul. II, 671 et ailleurs), on place dans cette persécution les jeunes « dormeurs » d'Éphèsc.
l'0>JiAllON Kl l'K(M'A(;.\riO.\ UV. L'i'fiLISE. '2iu
Valerien.
69. En 251, Dèce ayant succombé dans sa lutte contre les Goths, la persécution se relâcha un peu sous le règne de Gallus et de Volusien (231-253); la guerre et les émeutes absorbèrent l'attention de l'empereur. Cependant on continuait de tourmenter les prêtres et les évêques, de confisquer les biens des fidèles. Valerien (253-200) leur permit quelque temps de respirer et les toléra même dans son palais ; mais il se laissa ensuite influencer contre eux par son favori Marcien, théurge d'Egypte, autant par politique que par superstition. Son premier édit leur défendait de se réunir pour l'exercice de leur culte, et ordonnait l'éloignement des évêques et des prêtres (257). Cette mesure n'ayant pas abouti, il fut statué par un second édit (238) que les prêtres seraient mis à mort, les sénateurs et les chevaliers privés de leurs charges et dépouillés de leur fortune ; s'ils demeuraient chrétiens , ils seraient décapités ; les femmes de naissance devaient être bannies après confiscation de leurs biens, les chrétiens qui servaient à la cour spoliés de leurs emplois et de leur fortune, et conduits enchaînés dans les divers domaines de l'empereur pour y travailler.
Cyprieu de Carthage , qui, après le premier édit, s'était déclaré chrétien et évêque devant le proconsul d'Afrique, Aspasius Paternus, mais avait refusé de donner le nom de ses prêtres, fut exilé à Curubis après que les assemblées du culte eurent été interdites. Quand le second édit fut publié, le nouveau proconsul Galère Maxime le condamna à mourir par le glaive. Il reçut cette sentence avec des actions de grâces, récompensa le bourreau et se prêta tranquillement à son exécution (14- septembre 258). A Utique, le même proconsul i^- . fit jeter cent cinquante-trois chrétiens dans une fosse de chauxi^<^>^ vive (de là leur nom de massa Candida). A Rome, le martyre d^s évêques Etienne et Xysle II fut suivi du martyre du diacre Laurent, qui, après avoir distribué aux pauvres les trésors de l'Église, fut rôti à petit feu. En Espagne, nous assistons au supplice de Fructuose, évêque de Tarragone ; à Césarée, en Palestine, Priscus, Malchus et Alexandre furent jetés aux bêtes féroces; Denis d'Alexandrie dut supporter avec
2G8 m.sruiiii': de j/èglisk.
ses prêtres les fatigues d'un exil plusieurs fois renouvelé, mais il y trouva cette compensation de pouvoir travailler au progrès du christianisme et de se conserver pour son troupeau. La persécution, extrêmement violente, toucha à son terme lorsque Valerien fut pris par les Perses et traité par eux comme un esclave jusqu'à la fm de ses jours.
ADDITION DU TRADUCTEUR
Pour fouler aux pieds la grandeur romaine , dit Lactance , Sapor faisait courber Valerien devant lui et s'en servait de marche-pied quand il voulait monter à cheval. La fm de sa vie ne fut pas celle de ses opprobres. On lecorcha après sa mort et sa peau fut suspendue dans un temple de la Perse, pour être montrée aux ambassadeurs comme un monument qui leur rappelât que Rome n'était pas invincible.
Parmi les victimes de la persécution de Valerien dans les Gaules, saint Paul fut une des plus nobles. Il fut tourmenté sur le chevalet et exposé à douze ours furieux. Déhvré miraculeusement du feu, il eut la tète tranchée. — Patrocle, homme de qualité, cité devant Aurélien et interrogé sur le Dieu qu'il adorait, répondit : « J'adore le Dieu vivant qui habite au haut des cieux et qui jette ses regards sur ce qu'il y a de plus bas en terre. » Aurélien dit : « Quittez cette folie et adorez nos dieux, qui peuvent vous combler d'honneurs et de richesses. » Patrocle dit : « Je ne connais de Dieu que celui qui a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qui y est contenu. » Aurélien dit : « Prouvez ce que vous dites. » Patrocle réphqua : « Ce que je dis est vrai, mais le mensonge hait la vérité. » Aurélien dit : » Je vous livrerai au feu jusqu'à ce que vous immoliez aux dieux. » Patrocle répondit : >< Je m'immole comme une hostie vivante à Celui qui, pour la gloire de son nom, a daigné m'appeller au martyre. »
Aurélien le fit charger de chaines qu'on avait rougies au feu et l'envoya en prison. Trois jours après il l'en fit retirer. Les souffrances avaient donné un nouveau courage au saint martyr : il parla encore avec plus de fermeté, et mena(;a des peines éternelles son juge, qui n'ayant pu lui faire adorer Apollon, Jupiter et Diane, le condamna à avoir la tète tranchée. Le saint fut conduit au supplice sur le bord do la Seine. Alors s'étant senti inspiré de demander à Dieu un miracle pour confondre les idolâtres, il passa la rivière sans enfoncer, et se mit en prière de l'autre côté, comme pour attendre les bourreaux, qui allèrent lui couper la tète. Deux pauvres vieillards enlevèrent son corps, et l'ai'chiprètre Eusèbe, assisté du diacre Libère, l'enterra la nuit suivante.
Pendant le séjour de Valerien dans les Gaules, un grand nombre de
FuNUAllON ET PROPAGATION DF. LÏ;uLISE. ^(It)
chrétiens se retirèrent dans l'Auxerrois, pour s'y soustraire à la persécution. Aurélien y envoya Alexandre, officier de ses gardes ' , qui surprit à Toussi-sur-Yonne saint Prisque au milieu d'une troupe de fidèles assemblés pour chanter les louanges du Seigneur. Traités de séditieux, ils répondirent : « Ce n'est pas l'esprit de révolte, c'est la religion qui nous réunit pour offrir de concert le sacrifice de nos prières au Christ, qui nous a rachetés par son sang. »Alexandre dit : «D'où vous vient cette audace de vous déclarer chrétiens en présence des envoyés même de l'empereur? » Les fidèles : « Celui qui donne la vie aux empereurs, nous inspire ce courage par sa grâce. '> Alexandre dit : « Vous êtes donc de notre religion, car c'est Jupiter qui donne la vie à nos princes. » Les chrétiens : « Vous vous trompez, en prétendant qu'un homme livré aux plus honteuses débauches puisse être l'auteur de la vie. Jupiter n'est-il pas le corrupteur de sa sœur? et sa passion ne l'a-telle pas souvent métarmorphosé en bête? « Alexandre transporté de colère dit : « Vous vous laissez fasciner par les mensonges de je ne sais quel crucifié, pour blasphémer le grand Jupiter... Confessez qu'il est le Dieu tout puissant, ou j'exécuterai à l'instant les ordres de l'empereur. » Les chrétiens dirent : « Faites ce qui vous est commandé; nous n'abandonnerons pas le créateur pour adorer la créature. "
Saint Prisque supplia l'officier de se retirer, comme pour donner la liberté aux fidèles de délibérer. Alexandre y consentit. Alors Prisque lit une vive exhortation pour animer toute sa troupe au martyre. Us lui répondirent d'une commune voix qu'ils étaient prêts à verser leur sang pour la foi. Alexandre étant rentré, et ayant su leur dernière résolution, fit couper la tète à Prisque et jeter son corps dans un puits. Il prononça la même sentence contre les autres. Un chrétien, nommé Cotte, s'enfuit dans la forêt voisine avec la tête de saint Prisque. 11 fut suivi et mis à mort. Les chrétiens l'enterrèrent au même lieu avec la tète de saint Prisque, et jetèrent les corps des autres martyrs dans une citerne voisine du puits qui servit de tombeau à saint Prisque : on le nomme vulgairement saint Prix ou saint Prez. Les reliques de ces saints demeurèrent jusqu'au temps de saint Germain, évêque d'Auxerre. Leurs actes, malgré la censure- de quelques nouveaux critiques, paraissent anciens et respectables.
On place àTroyes, en Champagne, sous Aurélien, le martyre de saint
Ml y a dans le latin proteclor sacri lateris : on nommait ainsi les gardes, ou plutôt les officiers des gardes de l'empereur. Car on voit, par une lettre de saint Paulin, que ces places étaient fort briguées.
' Tillemont prétend qu'il y a dans ces actes des expressions qui sentent le neuvième siècle. Il eu apporte pour exemple ce terme missi imperiales; mais» Grégoire de Tours, qui écrivait au sixième siècle, s'est servi d'une expression semblable, missi rei/nles.
'1H\ HISTOIRE UE l'église.
Savinien, frère de sainte Sabine, de saint Venevand, des saints Juste, Claude et Jucondin, de sainte Julie et de cinq autres. Mais peut-être ces martyrs soufirirent-ils en même temps que saint Patrocle, et lorsque Aurélien était gouverneur des Gaules. A Autun, on place sous le même empereur le martyre de saint Révérien * et de saint Paul, prêtre, avec dix compagnons. La cruauté d'Aurélien nous porte à croire qu'il en aura fait mourir bien d'autres ; et ce couplet de chanson qu'on fit sur lui, personne n'a bu autant de vin qu'il a versé de sang, on peut l'appliquer aux chrétiens plus justement qu'aux ennemis de l'empire.
Dionys., ap. Eus., VII, i, 10 et seq., 12; Cyprien, Lib. ad Demetr.: Ep. (éd. Hartel) lxxx, lxxxi; Pontius, in Vita Cypr., cap. xiv-xvui; Prudence, Peristephan., XIII, 67 et seq.; Aug., Serni. cccvi ; Lactance, loc. cit., cap. V.
Gallien.
70. Le fils de Valerien, Gallien (260-268), amoureux du luxe et des plaisirs, beaucoup moins soucieux de conserver la religion de l'État, mais aussi plus perspicace que son prédécesseur, fit arrêter la procédure contre les chrétiens et leur restitua les lieux consacrés à leur culte et à leur sépulture. Ils recouvrèrent donc au moins la position qu'ils avaient eue auparavant. Autrefois, on ne les empêchait pas d'avoir certaines choses en commun, de jouir de quelques droits de société. Trajan, en défendant les hétéries, avait fait une exception pour les réimions des pauvres (collegia tenuiorum), qui étaient placées sous le patronage des empereurs et assuraient aux esclaves et aux indigents une sépulture honorable. Leurs membres avaient le droit de s'assembler régulièrement , surtout pour recevoir les cotisations et célébrer des festins ; il leiu* suffisait d'en informer l'autorité et d'indiquer le nom du président.
Les chrétiens formaient leurs confréries sur le modèle des collèges païens (des adorateurs de Jupiter, d'Hercule, d'Antinous, etc.) ; ils se réunissaient dans les catacombes, où ils déposaient leurs morts, célébraient leur culte et leurs agapes. Le privilège de ces réunions fut étendu par Septime Sévère à toute l'ItaUe et aux provinces. Les chrétiens étaient généralement en sûreté dans leurs cimetières, bien que la populace
■ La fête de saint Révérien se célèbre à Autun le 1" juin.
FONDATION El PKOFAGATION 1)K I.'ÉGI.ISK. :27 1
païenne exigeât souvent qu'ils fussent fermés et détruits. La loi de Valerien, en 237, les atteignit comme centres de réunion. Depuis lors, les cimetières furent sujets à de fréquentes invasions et les chrétiens obligés à une grande réserve ; ils durent en dissimuler les entrées et changer souvent les lieux de rassemblement. Et comme il fallait indiquer les présidents aux autorités païennes, les évêques étaient toujours les plus exposés. Les sépultures des morts, devenues lasile des vivants, pouvaient aisément être envahies, profanées et bouleversées.
Gallien., ap. Eus., VII, 13; Pag., an. 261, n. 9 et seq.; Rossi (Roma sott., I, 104 et seq. Voyez Krauss, Roma sott., p. öö, 91, 93; Lebrb., I, p. 60, n° 6). Pagi a prouvé que les chrétiens « pouvaient » réellement avoir une existence corporative, et qu'ils l'avaient en fait. On pouvait invoquer en leur faveur ce qui se trouve dans Dig. XLVII, xxii, 1, 4; De colleg. et corp. (^Mommsen, De colleg. et sodal., p. 87). En vertu de ce droit, Alexandre Sévère rendit aux chrétiens une maison qui leur appartenait et qui était revendiquée par les popmarü (Lamprid., in Alex., cap. xLix). C'est du même point de vue qu'Aurélien vida plus tard la querelle relative à la résidence épiscopale d'Antioche (Eusèhe, VII, 30), que Maxime commença par faire restituer les biens confisqués de l'Église romaine, considérés par Constantin comme appartenant « ad jus corporis eorum (christianorum), id est ecclesiarum, non hominum singulorum pertinentes ■> (Eus., IX, 5; Vita Const., IV, 39; Lactance, loc. cit., cap. xLviii; Mamachi, Del diritto libero délia Chiesa di possed., lib. II, cap. II, § 2). Ce cri de la populace païenne : « Areœ non sint » (Tert., ad Scap., cap. m); les déclarations d'Émihen, gouverneur d'Égvpte (Eusèbe, VII, 11), la confiscation des cimetières romains en 303 et les suites qui s'y rattachent sont très-signiticatives pour la situation de l'Église romaine.
Âurélien.
71. Sous le règne d'un prince insouciant et dissipateur, livré tout entier à ses penchants favoris, et qui, loin de faire quelque chose pour délivrer son malheureux père, avait applaudi, dit-on, à son triste sort, les chrétiens jouirent du repos extérieur. Au milieu des abus sans nombre qui désolaient les provinces, quelques chefs d'armées (les trente tyrans) usurpèrent le souverain pouvoir. L'un d'eux, Macrin (Macrianus), continua la persécution en Orient et en Egypte jusqu'en 261; un soldat chrétien. Marin, fut décapité à Césarée
272 triSTOiRE DE l'église.
eu Palestine, pour avoir professé le christianisme. Le sénateur Astyrius lui fit faire une sépulture honorable. Marc- Aurèle-Flavius- Claude II , de l'IUyrie , vainqueur des Goths près de Naissus, dans la Haute-Mésie (de là son surnom de Goth), fut enlevé par la peste au moment d'entrer en campagne contre Zénobie, reine de Palmyre, veuve d'Odenath. Après le règne passager de Claude Quintillus, frère du précédent, le belliqueux Lucius Domitius Aurélien fut élevé à l'empire (270-27o) et vainquit Zénobie. Il venait de décréter une nouvelle persécution des chrétiens, lorsqu'il fut assassiné par l'armée, à l'instigation de son secrétaire Mnestheus.
OUVRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N° 7d .
Eusèbe, Vil, lö et suiv., 16, 23, 30; Lactance, loc. cit., cap. vi; Néander, p. 77 cl suiv. A propos des martyrs sous Claude le Gothique, voyez Lupi, Epitaph. Sever. Panorm., 1734. On place sous Aurélien le martyre de sainte Mustio'la in Chiusi (Clusium), Acta sanct., jul. 1, 638; Cavedoni, Cimit. Chius., Mod., 1833; Mozzoni, Sec. 11, citaz. 489.
Dioclétien.
72. Les chrétiens furent dès lors tranquilles pendant quarante années; car l'empereur Domitien ^depuis 284), par prudence autant que par humanité, ne songeait point à les inquiéter. Des chrétiens furent même nommés gouverneurs dans les provinces et plusieurs vivaient à la cour, quelquefois investis de hautes fonctions. En divers endroits, les fidèles érigèrent de splendides églises ; ils allaient et venaient passablement hbres et insouciants, et commettaient çà et là des fautes assez sérieuses. Lorsque les nôtres, dit Eusèbe, non sans exagération, mais avec vérité pour le fond, furent tombés dans la mollesse et dans une paresseuse somnolence par suite de cette liberté excessive ; lorsqu'ils en vinrent à se poursuivre mutuellement de leurs haines et de leurs injures; lorsque l'envie et le blasphème éclatèrent parmi eux et qu'il ne nous restait plus qu'à nous battre les uns les autres par la parole, par les armes et le glaive ; quand les évêques se commirent avec les évèques^, les Églises avec les Éghses ; quand la hideuse hypocrisie, la dissimulation eut atteint les derniers degrés do la mahce, le jugement de Dieu arriva, ainsi qu'il arrive d'ordinaire, lentement et progressivement; il vint nous visiter alors que les assemblées religieuses se tenaient encore
FONDATION ET PROPAGATION DE l'ÉGLISE. 273
librement : la persécution commença par nos frères de la carrière militaire. Mais comme nous ne nous sentions pas atteints dans leur personne, que nous ne faisions rien pour apaiser le courroux de la divinité, mais que , pareils aux impies, nous pensions que Dieu ne se souciait pas de nos crimes et ne les punirait point ; tandis que notre corruption allait croissant et que les péchés s'accumulaient, que ceux qui semblaient être nos pasteurs s'échauffaient dans leurs dissensions réciproques, qu'ils n'étaient occupés qu'à nourrir et envenimer leurs querelles, leurs menaces, leurs rivalités, leur haine et leur hostiUté, que chacun n'aspirait qu'à satisfaire son ambition de régner, ce fut alors que le Seigneur, selon la parole de son prophète Jérémie, obscurcit l'éclat de la fille de Sion, précipita du ciel en la terre la gloire d'Israël et ne se soucia plus de l'escabeau de ses pieds au jour de sa colère.
Et alors, ainsi qu'il est prédit dans les Psaumes, il renversa et détruisit l'alliance de son serviteur, il profana sur terre son sanctuaire par la ruine des Églises et abattit toutes ses murailles. Tout cela s'accomplit pendant la persécution de Dioclétien, la plus effroyable qu'il y ait eu jusque-là.
Eusèbe, Histoire ecclésiastique, VIII, l, 2.
73. Pour être en mesure d'arrêter la décadence de l'empire, Dioclétien , en 283 , associa au gouvernement le vaillant Maximien Hercule, à qui il conféra, en 286, avec le titre d'Auguste, la charge de défendre l'Occident. A ces deux empereurs se joignirent depuis 292 deux Césars, qui leur étaient étroitement unis par des liens de famille : Galère Maximien, pour l'IUyrie, et Constance-Chlore pour l'Espagne, la Gaule et la Bretagne.
L'empire reçut une nouvelle division : il fut partagé en préfectures, en provinces et en diocèses; les derniers vestiges des formes républicaines disparurent sous les splendeurs d'un despotisme asiastique, qui eut pour centre la résidence de Dioclétien à Nicomédie. Quant à Dioclétien lui-même , il essaya, il est vrai, de maintenir le culte païen comme religion de l'État, mais sans user de violence. Ces moyens-là souriaient davantage à son gendre Galère, excité par sa mère Romula,
l. — HlSl. DE LÉGl.lSE. j^
plein d'idées superstitieuses et de haine contre les clirétiens, alors vivement attaqués par le philosophe Porphyre et le gouverneur Hiéroclès. Maximien, lui, n'était qu'un grossier soldat, qui cédait ordinairement aux vues supérieures de Dioclétien, quand ses accès de colère ne l'entraînaient par à des actes de barbarie. Constance-Chlore honorait la vertu partout où il la rencontrait et se montra bienveillant envers les chrétiens.
Les augustes tenaient par-dessus tout à la subordination absolue de l'armée. On fit divers essais pour la .piu-ger de ses éléments chrétiens, et plusieurs soldats furent mis à mort pour avoir refusé de sacrifier. Les déserteurs de la religion de l'État devenant de plus en plus nombreux, Dioclétien luimême s'en émut et entra insensiblement dans les vues de Galère, que l'extirpation du christianisme était devenue une nécessité. Généraux et gouverneurs, juristes et prêtres des idoles, oracles et auspices, tout parlait dans ce sens. Galère triompha des répugnances de Dioclétien.
Vogel, Der Kaiser Diocl., Gotha, 1837; Ritter, De Dioclet. novar. in republ. instit. auctore , Bonn, 1862; Th. Bernhardt, Dioel. in s. Verhaeltn. zu den Christen, Bonn, 1862; Burckhardt, Die Zeit Constant, d. Gr., Basel, 1852; ^Vintersheini , Gesch. der Vœlkerwanderung, Leipzig, 1862 et suiv., III, 160 et suiv.; Th. Mommsen, Ueber die Zeitf. der in den Reichtsbüchern enthaltenen B. 0. Diocl. (Verhandlangen der Beii. Akad. der Wissensch., 1860, p. 339 et suiv.); Hunziker, Zur Regierung u. Christenverfolgung d. K. Diocl. u. s. Nachfolg., Leipzig, 1868; Ebert, Berichte der phil.-hist. Cl. der k. ssechs. Ges. d. Wiss,, 12 déc. 1870. Persécution dans l'armée, Eusèbe, VIII, 4. Sur la légion thébéenne, près d'Aguanum ( Saint-Maurice, canton du Valais), dont parlent la Vita S. Romani, Eucher. Lugd., Avit. Vienne, Greg. Tur., voy. Ruinart, p. 237; Acta sanct., 26; aug., t. V, p. 794; april., t. II, p. 212; Tillemont, Mémoires, IV, 421 ; Palma, Prailect., I, ii, p. S et seq.; J.-B. Semeria, Secoli cristiani délia Liturgia, Tor., 1843, II, p. 481 et seq ; W.-J. Braun, Zur Gesch. der theb. Legion, Bonn, 1835; Friedrich, K.-G. Deutschi., I, 107 et suiv.; Lütolf, Die Glaubensboten der Schweiz vor St. Gallus, Lucerne, 1871, p. 123 et suiv. Sur les soldats chrétiens de Maximilien en Numidie, Ruinart, p. 262; Tillemont, IV, 562; Néander, p. 80; sur le centurion Marcellus, Baronius, 298, n. 1 et seq.; Ruinart, p. 264; Néander, p. 81.
Il est absolument faux que les chrétiens aient provoqué une persécution en conspirant contre le trône et l'empire, comme le soutient
l'ONDATlON ET PROPAGATfON DE I/ÉGLISE. 275
IJurckhardl. Cela résulte encore moins de la lettre, si prudente et si calme, de Théognes, évèque d'Alexandrie, à Lucien, « prœpositus cubiculariorum » (Gallandi, IV, C9 et seq. Cf. Acta sanct., t. IV; Aug., p. Ö83 et seq.; Néander, p. 78 et suiv.), ou de cette inscription encore douteuse (Florez, (A. 33, a.), III, 135 : « nomine christianorum deleto, qui rempublicani evertebant, » qui ne pouvait provenir que des partisans de la persécution. Gams, K.-G. Span., I, 393 et suiv. Voyez sur le tout, Lactance, loc. cit., cap. vu et seq., xi et seq.; Eusèbe, Vita Const., II, 30.
Édits de persécution.
74. Le 24 février 303 parut à Nicomédie un premier édit qui ordonnait d'abattre toutes les églises chrétiennes, de brûler les Livres saints des chrétiens, de déposer de leurs charges ceux qui s'obstineraient dans leur religion et de les tenir pour infâmes, d'enlever la liberté aux particuliers et d'exclure les esclaves de l'affranchissement. Déjà le jour précédent la magnifique église de Nicomédie avait été renversée. Un chrétien fut puni de mort pom* avoir lacéré l'édit. On profita d'un incendie qui avait éclaté dans le palais impérial, des insurrections de Syrie et d'Arménie, de la résistance de quelques chrétiens pour les accuser en masse de conspirer contre l'empire. Plusieurs furent mis à la torture.
Bientôt un second édit ordonna d'emprisonner tous les chefs des Églises et de les obliger à sacrifier ; un troisième commanda d'élargir les captifs qui auraient sacrifié, et d'y obhger ceux qui refuseraient en les torturant jusqu'à la mort. La domesticité de l'empereur reçut l'ordre de sacrifier aux dieux; on y contraignit les femmes des deux souverains, Prisca et Yaléria, qui furent plus tard exilées et moururent misérablement. Parmi les fonctionnaires de la cour, Dorothée et Gorgonius regimbèrent et furent étranglés ; Pierre fut battu de verges et rôti à petit feu sm' un gril. L'évoque Anlhime de Nicomédie fut décapité ; plusieurs autres périrent par le feu ou furent jetés à la mer.
Dans les provinces, les édits impériaux excitèrent l'étonnement et l'effroi. 11 y eut sans doute des apostasies, mais dans une foule si nombreuse de chrétiens, elles ne doivent pas étonner; l'exemple de ceux qui demeuraient fidèles n'en était que plus éclatant. On ne consentait pas même à livrer les saintes Écritures, et plusieurs chefs ecclésiastiques furent
570 HISTÛIIŒ DE l'église.
mis à mort pour les avoir refusées, tel que Félix, évêque de Vénusie, en Afrique, qui mourut le 30 août 303. Ceux qui consentirent à les livrer furent appelés a traditeurs. »
Eusèbe, VIII, 2 et seq., 5, 6; Lactance, cap. xiii et seq.; Néander, p. 81 et suiv., surtout n. 2. Sur les traditeurs, Aug., De bapt. c. Don., VII, 2; Contra Crescon., III, 27; Optât., De schism. Donat., I, 15; Acta S. Felicis, Ep. ap. Ruinart, p. 311.
75. Ces mesures toutefois n'aboutissaient pas encore au résultat souhaité, et un quatrième édit (304) somma les chrétiens d'opter entre l'apostasie et la mort. La cruauté jusque-là avait été inventive pour vaincre l'obstination prétendue des chrétiens; désormais les autorités païennes allaient rivaliser d'efforts pour extirper le christianisme. Plusieurs chrétiens, enCappadoce notamment, eurent les jambes broyées; d'autres furent suspendus par les pieds sur un feu léger et étouffés par la fumée, comme en Mésopotamie; d'autres expirèrent sous la hache du bourreau, comme en Arabie : d'autres eurent les membres coupés les uns après les autres, comme en Egypte ; d'autres périrent dans leurs temples et leurs maisons incendiés, comme en Phiygie. Plus d'une fois les bomTeaux se lassèrent de tant de sacrifices humains. Dorothée et Georges furent martyrisés à Césarée, en Cappadoce. A Tyr, en Phénicie, des chrétiens furent d'abord jetés aux bêtes féroces, et comme ils demeuraient intacts, on les tua pai' le glaive. Il est grand le nombre des vierges qui figm-èrent parmi les victimes : Agnès à Rome, Lucie à Syracuse et plusieurs à Antioche. On y voyait aussi des personnes riches et de grande naissance, des fonctionnaires de haut rang, tels que Philorome, Adauctus et Sébastien. Anastasie la Romaine et les « quatre couronnés » étaient de ce nombre. A Augsbourg, la pénitente Afre endura le martyre du feu. Il n'y eut d'épargnées que la Gaule, l'Espagne et la Bretagne, régies par Constance-Chlore ; ou du moins elles ne fui'ent guère témoins que de l'incendie de quelques éghses.
ADDITION DU TRADUCTEUR
Portrait de Diodctien et de Galérius par l'auteur des Martyrs. « Dioclétien a d'éminentes qualités, son esprit est vaste, puissant, t
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harrii, mais son caractère, trop souvent faible, ne soutient pas le poids de son génie. Tout ce qu'il fait de grand ou de petit découle de l'une ou do l'autre de ces sources. Aussi, l'on remarque dans sa vie les actions les plus opposées : tantôt c'est un prince plein de fermeté, de lumières et de courage, qui brave la mort, qui connaît la dignité de son rang, qui force Galérius à suivre à pied le char impérial comme le dernier des soldats ; tantôt c'est un homme timide qui tremble devant Galérius, qui flotte irrésolu entre mille projets, qui s'abandonne aux superstitions les plus déplorables, et qui ne se soustrait aux frayeurs du tombeau qu'en se faisant donner les titres impies de Dieu et d'Éternité. Réglé dans ses mœurs, patient dans ses entreprises, sans plaisirs et sans illusions, ne croyant point aux vertus, n'attendant rien de la reconnaissance, on verra peut-être ce chef de l'empire se dépouiller de la pourpre par mépris pour les hommes, et afin d'apprendre à la terre qu'il était aussi facile à Dioclétien de descendre du ti'ône que d'y monter.
» Soit faiblesse, soit nécessité, soit calcul, Dioclétien a voulu partager sa puissance avec Maximin, Constance et Galérius. Par une politique dont il se repentira peut-être, il a pris soin que ces princes fussent inférieurs à lui et qu'ils servissent seulement à rehausser son mérite. Constance seul lui donnait quelque ombrage, à cause de ses vertus ; il l'a relégué loin de la cour, au fond des Gaules, et il a gardé près de lui Galérius. Je ne vous parlerai point de Maximin, auguste, guerrier assez brave, mais prince ignorant et grossier, qui n'a aucune influence, .fe passe k Galérius.
» Né dans les huttes des Daces, ce gardeur de troupeaux a nourri, dès sa jeunesse, sous la ceinture du chevrier, une ambition efl"rénée; tel est le malheur d'un État où les lois n'ont point fixé la succession au pouvoir : tous les cœurs sont enflés des plus vastes désh's ; ü n'est personne qui ne puisse prétendre à lempire; et, comme l'ambition ne suppose pas toujours les talents, pour un homme de génie qui s'élève, vous avez vingt tyrans médiocres qui fatiguent le monde.
» Galérius semble porter sur son front la marque ou plutôt la flétrissure de ses vices; c'est une espèce de géant dont la voix est eff'rayante el le regard horrible. Les prêtres descendants des Romains croient se venger des frayeurs que leur inspire ce césar en lui donnant le surnom à'Armmtarius. Comme un homme qui fut aS'amé la moitié de sa vie, Galérius passa les jours à table et prolongea dans les ténèbres de la nuit de bassé^s et crapuleuses orgies. Au milieu de ces saturnales de la grandeur, U fait tous ses efl"orts pour déguiser sa propre nudité sous l'efl'ronterie de son luxe ; mais plus il s'enveloppe dans les replis de la robe du césar, plus on aperçoit le sayon du berger.
» Outre la soif insatiable du pouvoir et l'esprit de cruauté et de
violence, Galérius apporta encore à la cour une autre disposition bien propre à troubler l'empire : c'est une fureiu' aveugle contre les chrétiens. La mère de ce césar, paysanne grossière et superstitieuse, offrait souvent, dans son hameau, des sacrifices aux divinités des montagnes. Indignée que les disciples de l'Évangile refusassent de partager son idolâtrie, elle avait inspiré à son fils l'aversion qu'elle sentait pour les fidèles. Galérius a déjà poussé le faible et barbare Maxiraien à persécuter l'Église, mais il n'a pu vaincre encore la sage modération de l'empereur. »
Euseb., De martyr. Pal., cap. m et seq.; Hist. eccl., VIÏI, 6-13; Vita Const., II, 32 et seq.; Lactance, Inst., V, 11 ; De mort, persec, cap. xv, XVI ; Ep. Donat. ad Const. M., ap. Opt. Milev., I, .22. Sur quelques martyrs : Philorome et Adaucte, Eusèbe, VIII, 9, il ; Sébastien, Ambros., In Ps. cxviii, n. 44; Acta sanct., 20 jan.; Tillemont, Mémoires, IV, 313; Anastase, Baronius, an. 300, n. 3 et seq.; « Quatuor coronati. » Acta sanct. Sur., 8 nov.; Afre, ouvrages à consulter dans Friedrich, I, 186- 199; Come et Damien en Cilicie, Baronius, an. 283, n. 14; Tillemont, V, p. 173; Diocl., art. 68 ; Nabor et Félix à Milan, Biraghi, Hist. Datiana, cap. XXV, p. 79; Janvier de Naplcs, Acta sanct., 19 sept.; Tillemont, V, p. 363; Fergola, Teorica sui miracoli, Napoli, 1839, §29; Pantaléon, Acta sanct., VI jul., 397.
76. Dioclétien abdiqua le 1" mai 303, et Maximien suivit son exemple. Des deux césars qui devinrent augustes, Constance-Chlore demeura renfermé dans son ancien domaine et Galère obtint toutes les autres contrées. Il créa césars son favori Sévère, pour l'Italie et l'Afrique, et son neveu Maximin pour l'Asie. Maxence, fils de Maximien Hercule, et Constantin, fils de Constance, furent complètement oubliés. Mais en 30G déjà, Maxence était proclamé empereur à Rome, tandis que Constantin, dont le père était mort, l'était en Angleterre. Ce dernier. Galère ne le reconnut que comme césar, et contre le premier il envoya Sévère, qui fut délaissé et assassiné par son armée (307). En Italie, Maxence partagea le pouvoir avec son père, rentré dans la vie publique, mais ils ne tardèrent pas à se brouiller. En 307, Galère associa Licinius à l'empire et le chargea de faire la guerre à Maxence. En Orient, (ialèrc continuait de persécuter les chrétiens, et son césar Maximin rivalisait avec lui.
Parmi les martyrs de ce temps, nous remarquons les évêques ^
FONDAI lOiN" KT l'ROPAGATION fiE l/ÉGLlSE. 270
Pierre d'Alexandrie et Philéas de Thmuis, trois autres évoques d'Egypte, Hésychius, Pachymius et Théodore, les prêtres Pelée et Nile , Pamphile de Césarée , Lucien d'Antioche , Zénobius de Sidon; Silvain, évoque d'Émèse, qui fut avec d'autres chrétiens jeté aux bêtes féroces; Tyrannio, évêque de Tyr; Silvain, évêque de Gaza, qui fut décapité avec trente autres chrétiens de Palestine ; les vierges Barbe, à Héliopolis on Phénicie, Catherine, à Alexandrie, Marguerite, en Pisidie; les évêques Méthodius de Tyr et Biaise de Sébaste, en Arménie.
Maximin Daïa commença la guerre contre le roi de ce dernier pays, devenu chrétien (311). Son plan était d'anéantir tout ce qui portait le nom de chrétien, et déjà auparavant (308) il avait ordonné d'asperger avec l'eau ou le vin qu'on offrait dans les sacrifices tous les comestibles qui se vendaient sur les marchés, afin de les rendre inaccessibles aux chrétiens. En Italie et en Afrique, la persécution se ralentit sous le règne de Sévère. Maxence, d'abord favorable, puis hostile aux chrétiens, à la fois tyran et voluptueux, fit mettre à mort plusiem's sénateurs romains. En Afrique, les autorités se bornaient le plus souvent à enlever les Livres saints et toléraient même volontiers qu'on y substituât des livres hérétiques. Plusieurs chrétiens s'attirèrent la mort par un excès de zèle.
Eusèbe, VIII, 9-13, 14; IX, 6; Acta sanol., 6 febr., I, 777; Tillemont, V, 446, 463, 466. De l'Afrique nous avons Acta Saturnini, Dativi et alioruin (Miscell. Baluz., t. II), où les accusations s'appuient encore sur le premier édit de Dioctétien. Comp. Néander, p. 83.
Maximin.
77. Il ne fallut rien moins qu'une maladie honteuse, suite de ses débauches, pour briser la dureté de Galère (311) et lui arracher un édit de tolérance. Ses plans politiques étaient déjoués; tout le sang qu'il avait répandu était en pure perte. Dans les angoisses de sa maladie, le tyran croyait sentir la main vengeresse du Dieu des chrétiens. Il mit donc un terme à la persécution, et déclara dans un édit que le dessein des empereurs avait été de ramener les chrétiens à la rehgion de leurs pères, qu'ils avaient foulée aux pieds pour se donner
280 HISTOIRE n?: l'église.
des lois arbitraires et former différentes sectes; mais que la plupart ayant persisté dans leurs sentiments et refusé l'honneur dû aux dieux, la bienveillance habituelle de l'empereur devait aussi s'étendre à eux ; il leur serait permis de rester chrétiens et de tenir leurs assemblées ; seulement ils s'abstiendraient de rien faire qui pût nuire à l'État et ils prieraient leur Dieu pour la prospérité des empereurs et de l'empire.
Galère mourut peu de temps après la pubhcation de l'édit. Les chrétiens s'empressèrent de rétablir leur culte. Maximin laissa le pouvoir à Licinius dans la partie européenne de l'empire et se réserva les contrées de l'Asie ; il s'efforça également d'abolir dans son territoire l'édit de Galère, adopté par Constantin et Licinius ; il fut cependant exécuté en partie par les gouverneurs. Maximin lui-même fut vaincu plus tard par Licinius (313) et mourut pendant sa fuite de mort violente. Lui aussi était un des plus fougueux persécuteurs des chrétiens ; même après la mort de Galère, il prêta main forte aux autorités publiques, qui demandaient la faveur de ne tolérer dans leurs murs aucun ennemi des dieux de la patrie, aucun culte étranger. Dans plusieurs villes asiatiques, les magistrats païens purent sévir en toute liberté contre les chrétiens. Les derniers martyrs de cette cruelle persécution furent les victimes de la haine de l'empereur, des gouverneurs et des autorités municipales.
Lactance, cap. xxxiv; Eusèbe, VIII, 17; IX, 1 et seq., cap. vu et seq.; Keim, Uebertritt Constantins z. Cliristenlh., Zurich, 1862, p. 14etsuiv. En comprenant Maximin, on peut compter dix persécutions, 303-313,
ou 298-308, comme dans Sulpice Sévère, II, 32 : « Acerbissima
persecutio, quœ per decem continuos annos plebem Dei depopulata est, qua tempestate omnis fere sacro martyrum cruore orbis infectus est; quippe certatim gloriosa in certamina rtiebatur, multoque avidius tum martjTia gloriosis mortibus cfuaerebantur, quam nunc episcopatus pravis ambitionibus appetuntur, »
Tolérance de Constantin.
78. Au commencement de l'année 312, les empereurs Constantin et Licinius publièrent un édit de tolérance universel qui renfermait encore des restrictions. Constantin partit pour ritaUe et marcha contre Maxence, qui l'avait personnelle-
FONDATION ET PROPAGATION DE l'ÉGLISE. 5S I
ment offensé et qui était devenu extrêmement odieux aux Romains. Il le vainquit le 28 octobre 312 près du pontMilvius, qui traverse le Tibre : Maxence y trouva la mort, et Constantin entra dans Rome en triomphateur. Il assura avec serment que, dans une apparition miraculeuse qu'il avait eue auparavant, il avait vu au firmament, au-dessus du soleil, une croix lumineuse et une inscription qui disait : (( Tu vaincras par ce signe. » La nuit suivante, Jésus-Christ lui apparaissant avec le même signe lui avait commandé d'en faire un drapeau (labarum) et de s'en servir qiiand il combattrait contre ses ennemis. Confiant dans le Dieu des chrétiens, Constantin avait remporté la victoire. Le sénat fit ériger en son honneur un arc de triomphe, et Rome lui éleva une statue, où il était représenté avec une longue croix à la main et avec cette inscription : « Par ce signe salutaire, emblème du vrai courage, j'ai délivré votre cité du joug de la tyrannie et j'ai rétabli le sénat et le peuple en son ancienne splendeur. »
Seul empereur désormais en Occident, Constantin partit de Rome au commencement de 313 et se rendit à Milan pour y marier sa sœur Constance à Licinius, son associé à l'empire. Ils publièrent en commun un édit qui accordait une pleine liberté de conscience à tous les partis religieux et ordonnait de restituer aux églises les biens qu'on leur avait ravis. Le christianisme , affranchi de ses entraves , pouvait donc se déployer librement au sein de cet empire romain qui pendant des siècles lui avait été si hostile.
Eusèbe ne parle pas de ledit de 312; les restrictions proviennent de ledit de 313 (Eusèbe, X, o; Lactance, cap. xlviii). D'après cet édit, le passage du paganisme dans l'Église semble encore interdit, et il paraît ne pas s'occuper des biens ecclésiastiques confisqués. Néander, p. 404; Keim, p. 83 et suiv. Sur l'opposition à Constantin, voyez Lactance, cap. XLiv; Eusèbe, Vita Const., I, 28, 29; Socr., I, 2; Sozomène, I, 3; Heinichen, Excurs. I in Eus., V; C. Lasari, De monogr. Chr. Constant., Rom., 1776; Palma, Prailect. I, part, n, cap. iv, p. 32; Eusèbe, Hist. eccl., IX, 9.
79. On porte communément à dix le nombre des anciennes persécutions du christianisme. On a vu dans ce chiffre une
282 HISTOIRE DE LÉGLISE'.
analogie avec les dix plaies d'Egypte ' et avec les dix cornes de la bête *, figure des dix empereurs qui combattaient contre l'Agneau et ont été vaincus par lui. Saint Augustin et Sulpice Sévère ne sont pas d'accord sur le nombre. Le premier énumère les dix suivantes : 1 ° la persécution de Néron ; 2° la persécution de Domitien; 3° la persécution de Trajan (Sulpice met la 4' sous Adrien); 4° la persécution de Marc-Aurèle (la o" dans Sulpice); 5" la persécution de Septime Sévère (la Q" dans Sulpice) ; 6° la persécution de Maximin le Thrace (elle manque dans Sulpice); 7° la persécution de Dèce (ici les deux auteurs sont d'accord); 8° la persécution de Valerien; 9° la persécution de Marc-Aurèle (manque dans Sulpice); 10° la persécution de Dioclétien. Lactance ne compte que six grandes persécutions.
Autrefois, les chrétiens se préoccupaient de savoir si d'autres persécutions sm-viendraient encore. Quelques-uns pensaient qu'il n'y en aurait plus avant l'avènement de l'Antéchrist. Saint Augustin combattit cette opinion, qui était également en vogue de son temps, en s'autorisant des paroles de Jésus- Christ et en se fondant sur la nature de l'Église. L'Éghse, disait- il, poursuit son pèlerinage au milieu des persécutions du monde et des consolations de Dieu ; depuis Jésus-Christ et les apôtres, avant Néron par conséquent, elle a souffert et combattu ; après ces dix persécutions il en a éclaté de nouvelles, et l'Église, soit dans un lieu, soit dans un autre, aura toujours à souffrir. — L'histoire de l'Église lui a donné raison.
OUVRAGES A Consulter et remarques critiqles sdr le n° 79. Aug., Civ. Dei, XVIII, 52; Sulpice Sévère, Chron., II, 29-30. Ce dernier dit, cap. XXXIII, p. 87 : « Neque ulterius persecutionem fore credimus, nisi eam quam sub une ScECuli Antichristus exercebit. » Voyez le contraire dans Aug., loc. cit., cap. li, lu. Les auteurs du moyen âge comptent aussi dix persécutions, mais un peu différemment, comme GoflFrid. Viterb., Panth. XX (Migne, t. CXCVllI, p. 1012 et seq.). Voyez Hugenholtz, «Undenam et quonam fundamento nixa est vêtus opinio de decem, quae dicuntur, persecutionibus? » etc., concours d'Utrecht, 1818. Autres ouvrages : Chr. Kortholt, Tract, de persecutione Eccl. primitiv«, léna, 1660, auct. Kil., 1689; B. Beverelli, Istoria délie persecuzioni nei primi quattro secoli, Venise, 1763, in-i", t. II; Th. Ruinart, Prœf. gen. in Acta mart. sine; C.-W.-F. Walch, De persee. christ. (Nov. Comment.
' Exode, ch. vn et suiv. — ' Apoc, xvii, 1-14.
FONDATION El rROI'AGAllON DE LÉOLISE. 283
Soc. Gœtting., t. H); Fr. Balduini, Comment, ad cdicla volt, princip. Rom. de christ., Hal., 1727; A. Mai-tini, Persecutiones christ, suh Imp. causae et effectus, Rost., 1802.