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II. l'église attaquée l'AR LES ARMES DE l'ESPRIT

L'opposition païenne.

80. Le christianisme n'a pas été attaqué seulement par le glaive matériel, mais encore parles armes de l'esprit. Cette lutte a été conduite de deux manières : 1° on a employé tourà-tour, sous les formes les plus diverses, la discussion sérieuse et la raillerie pour battre en brèche le christianisme, son Fondateur, ses partisans comme hommes et comme citoyens de l'État. 2° On s'est servi de la philosophie pour consolider le paganisme, pour l'idéaliser et le spirituahser, pour l'animer d'une vie nouvelle et le purger de ses éléments impurs ; on a donné aux mythes un sens allégorique et on a même exploité certaines notions empruntées du christianisme. La première tâche a été remplie au deuxième siècle surtout, par différents écrits émanés de philosophes païens ; la seconde, par les écoles néopytbagoricienne et néoplatonicienne.

OrVRAGES A CONSULTER SUR LE N" 80.

Tzscliirner, Fall des Heidenth., Leipzig, 1829; Kellner, Hellenism. und Christenth., Cœln, 1866; Mœhler-Gams, I, 263.

Celse et Lucien.

81. L'ouvrage le plus important peut-être qui ait été dirigé contre les chrétiens est le Discours de la vérité, en deux livres, par le philosophe Celse (ii" siècle). Ce que nous en connaissons par l'excellente réfutation qu'en fit Origène en 247 révèle, à côté d'un langage amer et passionné, beaucoup de sagacité et un grand talent d'exposition. La doctrine chrétienne, aux yeux de Celse, est un mélange d'extravagances judaïques, d'erreurs récemment inventées, et de quelques préceptes moraux, utiles sans doute, mais empruntés à la philosophie grecque. Non moins dangereuse à la science qu'à l'Etat, elle a pour organes des hommes frappés d'aveuglement, dont les extravagances ne peuvent guère séduire que des esprits ignorants et vicieux, des esclaves, des femmes et des enfants, qui finissent par s'éparpiller en différentes

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sectes. Celse fait d'abord parler un juif contre les chrétiens.

Ce juif ne voit dans le Christ qu'un goëte juif, issu d'un adultère, puis il s'étabht juge entre les chrétiens et les Juifs. Il soutient l'indifférentisme religieux, combat la doctrine de la résurrection générale et des fins dernières, de Satan et des anges, et donne la préférence à la philosophie, surtout au platonisme, et même au culte des idoles.

Aux yeux de Lucien, épicurien de Samosate (120-180), la cro^^ance aux dieux et le christianisme sont également ridicules. Il se moque des chrétiens qui méprisent la mort sous le vain prétexte qu'une vie éternelle leur est réservée ; il tourne en dérision leur charité fraternelle et leur bonhomie, qu'exploite le premier imposteur venu. Dans son Péregrin Protée, il met en scène un imposteur fort honoré des chrétiens malgré tous ses crimes, soigné par eux dans une prison et qui, repoussé ensuite pour avoir mangé quelque aliment défendu, cherche à se faire mourir par le feu. Sauf quelques détails accessoires, on ne trouve dans le christianisme que jonglerie et fanatisme, choses fréquentes en ce temps-là.

Arrian, Marc-Aurèle et son maître Corn. Fronton, traitaient aussi de fanatisme, de manie ou de simple habitude le mépris que les chrétiens faisaient de la mort. Fronton admettait comme fondées les débauches effrénées qu'on leur imputait. Du cynique Crescens, avare et adonné à la pédérastie, nous n'avons pas de renseignements particuliers.

Ouvrages a consulter et remarques critiques sur le n° 81. Cels., ap. Orig. c. eumd., lib. I-VIII ; Op., 1. 1, éd. de la Rue. Origèiie croit que Celse était l'épicurien ami de Lucien; Néander, I, 81, le prend pour un néoplatonicien ; Guericke, I, 96, n. 7, pour un épicurien qui combattait avec des armes néoplatoniciennes. Voyez Philippi, De Celsi philosophandi génère, Berol., 1836; Jachmann, De Celso, Regiomont., 1836 ; Bindemann, dans Ulgens Ztsclir. f. Theol., 1842.— Bonner Ztschr. f. Pliil. u. kath. Theol., h. 21.— Katholik, nov.-déc. 1863. — Luciani Op., éd. Lehmann, Lips., 1822, t. IX ; K.-G. Jakob, Charakteristik Lucians V. Samos., Hambourg, 1832; Planck, Lucian u. das Christenth. (Stud. u. Krit., 1851, IV, 826 et suiv.); Baur, Apollonius v. Tyana, Tubingue, 1832. Sur lui et Arrian, voy. Néander, I, 86 et suiv.; Guericke, I, 96; Fronton, dans Minuce Félix, Octav., cap. ix, 31 ; Crescens, voy. Justin, Apol., Il, 3; Tatian., Or., cap. xix; Eusèbe, IV, 16.

Philostrate.

82. Dans le premier siècle, le mage Apollonius de Thyane avait essayé sans beaucoup de succès de propager le néopylhagoréisme. Dans sa biographie (écrite de 220 à 230), Pbilostrate fait de lui un réformateur merveilleux, un demi-dieu, régal de Jésus- Clu-ist, l'idéal d'un être qui se rapproche de la divinité. Il entreprit de longs voyages, gagna les cœurs par sa doctrine et par ses actes et disparut d'une façon si étrange qu'on ne put retrouver son tombeau. Peu de temps après la composition de cet écrit, à la fois polémique et favorable au mouvement syncrétique qui dominait alors, Apollonius, ainsi idéalisé, fut honoré par des sanctuaires et des temples. Mais son culte fut aussi incapable que les anciens mystères replâtrés et que la reUgion d'État, farcie de cultes orientaux, d'exercer une sérieuse influence et de ralentir les progrès du christianisme. Ce qu'on avait fait pour la vie d'Apollonius, on le lit plus tard pour les vies de Pythagore, de Porphyre et de Jamblique.

Op. Philostrati quse supersunt, éd. G. Olearius, Lips., i709; Baur, up. cit.; Rieckher (Stud. d. würtemb. Geistlichkt., 1847); Müller, Zur Apollon. Cit. (Ztsclir. f. lut. Theol., 1865, III). Sur le culte d'Apollonius, Dio Cass., 77, 18; Vopisc, in Aureliano, cap. xxiv; Baur, op. cit., p. 132 et suiv. Hiéroclès invoquait déjà le parallèle d'Apollonius avec Jésus - Christ , et ce fut la seule cause de la réfutation d'Eusèbe (Ttpôç xà Û7:ô 4>i).o<rcpà'cou et; 'A7to).).wviov tôv Tuavéa Stà tyjv 'lîpoxXet TtapaXTjipxeïcav aÙTOù tô xal toû XpisTOÙ avY^-pK^tv, Philostr., Op. I, p. 428 et seq.; Migne, t. XXII, p. 795 et seq.). Des incrédules modernes se sont aussi occupés de ce parallèle, comme Ch. Blount, dans la traduction anglaise des deux premiers livres de Philostrate, avec des notes (London, 1680), et un allemand anonyme : Gewiszheit der Beweise des Apollonismus, Francfort, 1787, contre lequel Lüdewald a publié l'Anti-Hierokles (Halle, 1793). Voyez aussi Wieland, Agathodeemon,

Les néoplatoniciens.

83. Au troisième siècle, l'école néoplatonicienne s'attaqua au christianisme avec plus de chances de succès. Les accusations calomnieuses contre les chrétiens avaient perdu de leur intensité, et les païens étaient revenus à des sentiments plus religieux. Ce retour avait été provoqué surtout par Plutarque

i2S() HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

de Cheronée, Numénius d'Apamée, Maxence de Tyr, Apulée de Madaui'e, Epictète, etc. C'est dans le néoplatonisme que l'ancienne philosophie ramassa toutes ses forces pour relever le paganisme chancelant ; il se donna pour mission d'établir qu'il y avait, malgré la divergence des formes et des superfétations accessoires, unité essentielle dans les divers systèmes de la philosophie antérieure ; que la vérité était dans tous, qu'ils se complétaient les uns les autres et ne renfermaient point les contradictions que leurs adversaires croyaient y rencontrer ; que les différents cultes du paganisme n'étaient que des manifestations diverses de la même divinité ; que la seule et unique philosophie devait se fondre en un seul tout avec la seule et unique religion.

11 s'agissait seulement de purifier la croyance populaire : 1° par la réduction de tous les systèmes rehgieux aux vérités fondamentales qui sont communes à tous ; 2° par leur union intime avec la philosophie ; 3" par des emprunts faits au système chrétien; par l'interprétation allégorique des mythes, qui n'étaient que l'enveloppe poétique et ingénieuse de vérités cachées.

On considère comme le fondateur de l'école platonicienne d'Alexandrie Ammonius Sakkas (mort en 243), apostat du christianisme. Cette école exaltait surtout son disciple Plotin, né à Lycopolis, eu Egypte, vers 205, mort en 261, qui traça dans ses cinquante-quatre livres (6 ennéades), les vrais principes du système : c'est l'opposé direct du matérialisme, du scepticisme et même du gnosticisme. Son point de vue est l'idéalisme, avec agrandissement et dilatation de la philosophie platonicienne.

0LVR.iGE3 A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N° 83.

Ammonius Saccas (ou Saccophoros) doit avoir été précédé d'autres maîtres; d'après Suidas, il aurait eu pour devanciers Potamon, du temps de Néron, et Ammonius l'ainé sous Vespasien (Eunap. inProœm.). Sur son école, voyez aussi Photius, Bibl., cod. 214, 251.

84. Voici les grandes lignes de ce systèmes : 1° la perception sensible ne renferme aucune vérité; il n'y a de vrai que les choses .supra-sensibles reconnues par la raison. Or, la raison connaît les choses suprasensibles non par Texpé-

FONDATION ET PROPAGATION DE l'ÉGLISE. 287

rience externe, par le développement des idées et par le raisonnement déductif, mais par le sens interne, par une vue directe de l'esprit (intuitus immediatus, theoria). L'objet est produit par la pensée quand 1 ame, éclairée par l'intelligence divine (nous), se recueille et se tourne vers elle ; elle s'élève alors, se simplifie, et, sortant d'elle-même, devient un avec ce qu'elle contemple. Cette vision incompréhensible ne peut ni s'apprendre ni s'enseigner; elle vient de Dieu sous l'influence de l'ascétisme et de la théurgie. Par cette vue, la raison connaît le suprasensible et le divin.

2" Le bien absolu et suprême, la divinité supérieure, s'appelle l'unité, le principe de tout être et de toute pensée, la puissance absolue ; elle n'est ni l'individualité, ni la généralité; elle n'a ni qualité, ni forme, ni propriété; c'est l'être indéterminé et abstrait, l'être pur, innommé , incompréhensible. Tout vient de cet Un transcendant, qui s'appelle aussi le Bien. Il est le rien, mais il peut tout devenir; il est tout et il n'est rien ; il est la plénitude, la surabondance, mais encore renfermée en elle-même comme dans un point.

3° Mais en tant que principe de vie, l'être absolu doit produire quelque chose hors de soi, et l'esprit {7ioiis) émane de lui comme sa copie; c'est là le second principe divin, une sorte de reflet, pareil à l'éclat qui entoure le soleil, lequel demeure lui-même immobile. L'esprit est l'image de l'unité, la meilleure chose après elle est toujours unie à elle. L'esprit aussi possède l'unité, mais non plus l'unité absolue ; il est unité et dualité ; en lui réside la duplicité de la pensée et de l'être. Or, l'objet pensé est infiniment diversifié. Quand l'esprit regarde l'unité, qui est la possibilité de tout ce qui est réel , quand il la pense, le possible prend une forme déterminée et circonscrite ; de là naissent les idées (specîes, noeta), qui se distinguent entre elles, mais que l'esprit ramène à l'unité.

Cette conception de la diversité infinie de l'objet pensé et de l'être se nomme le monde ideal (cosmos noetos), la plénitude des idées qui est renfermée dans le second principe divin (nous).

4° Le troisième principe divin, c'est l'âme {psyché, àme primitive), image du nous, avec lequel elle soutient le même

rapport que le nous avec l'unité. Cette âme universelle du monde produit en se mouvant les âmes particulières, qui sont comme les espèces dont 1 âme universelle est le genre. L'âme universelle est l'architecte du monde sensible (cosmos aisthetos), de même que l'esprit est l'architecte du monde des idées (trinité de Plotin). Le monde sensible est le reflet du monde idéal, son type et son modèle. C'est lui qui renferme les types du monde des phénomènes. Tout ce que celui-ci contient se trouve en l'autre comme dans sa source.

5° Mais comme les idées particuhères, outre leur unité dans l'esprit, ont encore une existence à part, le monde idéal et intelligible est en même temps conçu comme monde des esprits.

Ce monde comprend : a. les dieux supramondains, invisibles, immatériels, purement spirituels ; les dieux qui habitent dans le monde, dieux cosmiques, visibles, sensibles, qui régissent comme ethnarques les diverses parties du monde et se nomment dieux partiels ; b. les démons, bons et mauvais ; c. les âmes humaines.

6° Le monde des sens provient de ce que l'âme du monde reçoit de l'esprit les formes intellectuelles et produit une image affaiblie (eidolon) des idées qu'elle voit en lui ; c'est l'âme inférieure, qui sent et qui perçoit (aisthesis). C'est d'elle que provient la force génératrice de la nature, la vie physique. L'âme descend de plus en plus bas dans les formes subordonnées, jusqu'à ce qu'elle se répande dans la matière, qui est la représentation extérieure des idées.

La matière (hyle) est le dernier terme de ce développement, l'élément négatif, vide, informe. L'âme devient mauvaise en entrant dans la matière et en sortant de l'absolu. Cette séparation toutefois, ce caractère fini quelle revêt est nécessaire au plus bas degré du développement. 7° L'homme a été produit lorsque l'âme , quittant son état antérieur et parfait (préexistence), a voulu être une chose à part et se distinguer de son origine. Cette chute est considérée tantôt comme volontau'e et tantôt comme involontaire ; mais le libre mouvement ne paraît exclure que la coaction extériem'e et non la nécessité interne. Quand l'âme se tourne vers la nature sensible, elle tombe dans son domaine. On distingue dans

FONDATION ET PKOI'AÜATIUN DE l'ÉGLISE. 289

l'homme une âme raisonnable et supériem^e, et une âme inférieure et physique. Sa destinée est de retourner dans le monde intelligible et du monde intelligible dans YUn. Le moyen d'y arriver est de fuir le corps et de se tourner vers le bien, vers la vertu, dont le plus haut degré est l'extase, l'union mystique avec Dieu.

Baur, Gnosis, p. 417 et suiv.; Néander, Ueber die welthist. Stellung Plotins' (Abhdlgn. der Berl. Akad., 184ö); Dsehne, Gesch. der alex. Rel. -Philos., Halle, 1834; K. Vogt, Neuplatonism. u. Christenth., 1836; Thomasius, Orig., p. 16 et suiv., 334-358; Reinhold, Gesch. der Philos., t. 1, p. 521 et suiv. — Massuet, Diss. I in Iren., cap. i, n. 29 et seq.; Wœrter, art. Neuplatonism., dans Freib. Kirchenlex., t. Vil, p. 339 et suiv. — Plotini Op. oninia, éd. Oxon., 1833, 3 vol.

Porphyre, Hiéroclès, etc.

85. S'il n'y avait pas encore chez Plotin hostilité contre le christianisme, elle ne devait pas tarder à se révéler, par cela seul que le christianisme ne se laisse pas traiter comme les autres religions, qu'il répugne à toutes les tentatives d'amalgame et se prétend seul légitime. Ajoutons que plus ce système panthéiste et mystique s'accommodait au polythéisme païen, plus il était amené à combattre la religion chrétienne. Aussi voyons-nous déjà le disciple dé Plotin, Porphyre de Tyr (mort à Rome en 304) , quoique imbu lui-même de plusieurs idées chrétiennes, composer un ouvrage en quinze livres contre le christianisme. Il emprunte la plupart de ses objections à l'Ancien et au Nouveau Testament, cherche à mettre les apôtres en contradiction avec eux-mêmes, combat le récit de la vie de Jésus et de ses miracles, les dogmes de la résurrection et de l'éternité des peines. Plein de haine contre le christianisme , qu'il aurait apostasie , suivant saint x\ugustin et d'autres, il s'efforce de prouver que la théodicée païenne, telle qu'elle se trouve surtout dans les sentences des oracles, est rigoureusement conforme à la raison et à la vraie philosophie ; quant aux impuretés mythologiques, il cherche à s'en débarrasser par des interprétations physiques et allégoriques.

Plusieurs néoplatoniciens tenaient Jésus-Christ pour un sage et un théurge, et le christianisme pour une altération

:iüO HISTOIRE DE l'église.

de sa doctrine, laquelle aurait été dans le principe entièrement conforme à celle de Platon. Cette doctrine du Christ, ses disciples l'ont mal entendue et ils ont eu tort de le faire passer pour un Dieu. Jésus-Christ n'aurait failli qu'eu se rattachant au judaïsme au lieu du paganisme.

Hiéroclès, gouverneur de Bithynie, puis d'Egypte, se montra plus acerbe encore et plus injurieux dans ses deux livres intitulés : Discoia^s véritables aux chrétiens; il y ravale la personne de Jésus-Christ et le met bien au-dessous d'Apollonius de Thyane (303). Un anonyme dont le livre est perdu, écrivit également contre les chrétiens.

A Plotin et à Porphyre se rattache Jamblique de Chalcis (mort en 333), et à ce dernier les rhéteurs et les sophistes Libanius, Himérius et Thémistius. Les païens essayèrent de puiser des arguments contre les chrétiens dans les écritures orphiques , également employées par les Juifs , puis dans Hermès Trismégiste et dans leurs propres oracles. On faisait aussi grand usage des ouvrages du Juif Philon. La spéculation alexandrine exerçait une puissante influence tant sur les sectes chrétiennes que sur quelques docteurs chrétiens, qui cherchaient à la purger des éléments hostiles à la foi. Ce néoplatonisme est indubitablement ce que le paganisme d'alors pouvait opposer de plus sérieux à la vérité chrétienne.

De Porphyre, Kaxa xpioTiavôiv ).6yoi d, nous avons des fragments dans Eusèhe, Hist. eccl., VI, 19; Preep. ev., I, 9; IV, 6; V, 3; X, 0; Dem. ev., III, 3, 6; et ailleurs, Aug., Civ. Dei, X, 26-28, 30, 32; XIX, 23 ; Tlieod., Graec. atïect. curat., lib. XII (Aligne, t. LXXXIII, p. 1152). Cf. Lactance, V, 2, 3; Ennap., Vita Porphyr., Soor., III, 23. Ce que ce dernier dit de l'apostasie de Porphyre se trouve aussi dans Nicéphore, X, 36, qui invoque Eusèhe et saint Augustin, Civ. Dei, X, 28. Voici comment saint Augustin interpelle Porphyre : « Quam (virtutera et sapientiam) si vere ac fideliter amasses, Christum Dei virtutem et Dei sapientiam cognovisses nec ab ejus saluberrima huniilitate, tumore intlatus vanœ scientise, résiliasses. » Les réfutations de Méthodius, Eusèhe, Apollinaire de Laodicée et Philostorge (Hier., Catal., cap. Lxxxni; Ep. lxxxiv ad Magn.; Ep. xliv, al. 63, ad Pammach.; Praef. in Dan.; Philost., VIII, 13) sont perdues pour nous, de même quo les quinze livres de Porphyre, que Théodose II condamna plus tard au ieu (4i9). Cf. Hülsten., De vita et scriptis Porphyrii, Rome, 1630; Fabrieius, Bibl. gr., t. IV, p. 207 et 9i>q.; Porphyr.. Ep. ad IMarcellam, éd. A. Mahis. Mediol., 1816; Néander,

FONDATION ET PROPAGATION DE I/ÉGI.ISE. 201

I, p. 93-95; Ullmann, Einflüsse des Christenth. auf Porphrrius fStud. u. Krit., i832, II, p. 376 et suiv.). Wolf, Porphyrii reliquiae, Berol., i8o6. Sur Hiéroclès, voyez Lactance, De mort, persec, cap. xvi; Inst., V, 2; Eus., C. Hierocl.

Les apologistes.

86. Devant ces attaques et ces efforts du paganisme, les représentants de l'Eglise ne restèrent pas inactifs Plusieurs chrétiens, savants et illustres, composèrent, en grec depuis le deuxième siècle, en latin depuis le troisième, des apologies qu'ils adressèrent soit aux empereurs et aux autorités, soit à leurs contemporains ; plusieurs nous sont parvenues. L'auteur de la Lettre à ûiognète, disciple des apôtres, réfute avec autant de tact que de simplicité et de noblesse les diverses objections élevées contre le christianisme; le philosophe Justin, dans un tableau lucide et attrayant, défendit la cause de l'ÉgUse devant les empereurs, et fut d'autant moins surpassé par son disciple Tatien, devenu plus lard hérétique, que celui-ci, par son acrimonie (Hermias seul le devança en ce point) aigrit les païens au lieu de les convaincre. IS'ous devons encore d'autres apologies au savant Âthénagore, qui écrivit en même temps un excellent traité sur la résurrection ; à Théophile d'Antioche, aux Alexandrins Clément et Origèue, puis aux Africains Tertulhen, Cyprien, Arnobe et Lactance, disciple d' Arnobe. Tertullien se dislingue par la rigueur lo-' gique et juridique de sa démonstration, de même que Minutius Félix par l'élégance de style qui caractérise son Octave.

Les Instructions de Commodien, en vers peu harmonieux, attestent l'énergie de sa foi, l'humilité et la piété de son àme.

ADDITION DU TRADUCTEUR

Minutius se promène un matin au bord de la mer, à Ostie, avec Octavien chrétien, et Cécilius, attaché au paganisme : les trois interlocuteurs regardfnt d'abord des enfants qui s'amusaient à faire glisser des cailloux aplatis sur la surface de l'eau; ensuite Minutius s'assied entre ses deux amis. Cécilius, qui avait salué une idole de Sérapis, demande pourquoi les chrétiens se cachent, pourquoi il n'ont ni temple», ni autels, ni images? quel est leur Dieu, d'où vient-il? où est-il, ce Dieu unique, solitaire, abandonné, qu'aucune nation libre ne connaît, Dieu de si peu de puissance qu'il est captif des Romains avec 9t8 adorateurs?

Les Romains, sans ce Dieu, régnent et jouissent de Tempire du monde. Vous, chrétiens, vous n'usez d'aucuns parfums; vous ne vous couronnez point de fleurs ; vous êtes pâles et tremblants, vous ne ressuscitez point comme vous le croyez, et vous ne vivez pas en attendant cette résurrection vaine.

Octave répond que le monde est le temple de Dieu, qu'une vie pure et les bonnes œuvres sont le véritable sacrilice. Il réfute l'objection tirée de la grandeur romaine, et tourne à leur avantage le reproche de pauvreté adressé aux disciples de l'Évangile. Céciiius se convertit.

Corp. apologet., éd. Maran., 0. S. B., Paris, 1742; Venise, Mil; éd. Otto, léna, 1847 et seq.; Migne, Patr. gr., t. VI; Mœhler, Patrol., I, p. 188 et suiv.; Werner, Gesch. d. apol. u. polem. Literatur, Schaffhouse, 1861, t. I. Sont perdues les apologies de Quadrat et d'Aristide (ci-dessus, § o4), de Claude Apollinaire, de Miltiades (Eusèbe, IV, 27; V, 17); de Méliton de Sardes (la version syrienne, publiée par Cureton, London, 1863; voyez Pitra, Spicil. Sojesm., t. II; Tiib.-Q.- Schr., 1862, p. 392), diffère du fragment donné par Eusèbe, ci-dessus, § 38. Sur Justin, voy. Arendt, Tüb. (J.-Schr., 1834, II; Semisch, Justin, Breslau, 1840 et suiv., part. II; Otto, De Justino M., léna, 1841; Bonner Ztschr. N.-F., 1841, III, p. 171 et suiv.; Stieren, Illgens Ztschr., 1842, I. Sur Tatien, Or. ad Grœc. (éd. Worth, Oxon, 1700), voy. Daniel, Tatian der Apologet., Halle, 1838. — Hermias (Diasyrmus s. irrisio gentil, philos.; éd. iMenzel, Lugd. Bat., 1840) explique le passage 1 Cor., ni, 19, à propos d'un examen qu'il fait des systèmes philosophiques. Quelques-uns, comme Menzel, veulent que cet écrit soit du cinquième siècle, et émane de l'historien Sozomène; mais il est probablement de la lin du deuxième siècle, ou du moins du troisième siècle. Mœhler, Patrol., p. 304; Alzog, Patr., 2^ éd., p. 83; Athenag., Legatio (gr. Tiçttaêcia) pro christ., et De resurr. mort. Cf. Mosheim, De vera œtate apol. quam Athenag., etc. (Diss., vol. I, 269). Clément (cidessous § 173); Origène, ci- dessus, § 81); Tertullien, Apologeticus — ad Psationes, libri II, — ad Scapulam, etc. Voy. Héfelé, Tertullian als Apologet, Tüb. Q.-Schr., 1838, I; Beitr. z. K.-G., I; Cypricn, De idolorumvanitate, — Üb. ad Demetrianum, etc.; éd. Hartel, Vindob., 1868, vol. m, part. I; Arnobe, éd. Œhler, Lips., 1846; éd. Reilfèrscheid, Vindob., 1875; Lactance, Gallandi, t. IV; Migne, Patr. lat., t. VI, VII; Cf. Hier., Ep. xiii ad Paulin.; Minutius Félix , Oclav., éd. Kayser, Paderb., 1862; éd. Halm., Vindob., 1867; Commodiani Instructiones, Gall., t. III; éd. Œhler, Lips., 1847. Rigaltius le place au quatrième siècle, mais la plupart (Dodwell, Saxe, Ba>hr, Mœhler), lui assignent le troisième. Voyez Ronsch, Ztschr. f. hist. Theol., 1872, U; 1873, IL

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