Ces apologistes s'appliquèrent surtout à montrer liu
justice des mauvais traitements infligés aux chrétiens et l'inanité des accusations élevées contre eux. Ils ne demandent point que les crimes des leurs, s'ils sont démontrés, demeurent impunis, mais seulement qu'on ne les poursuive point à cause de leur nom et parce qu'ils s'appellent chrétiens. Ils prouvent que le refus de sacrifier à l'empereur, de jurer par son génie, n'est point une marque que les chrétiens soient un danger pour l'État ni qu'ils se révoltent contre lui. Dans toutes les choses permises, ils sont soumis aux autorités; ils acquittent consciencieusement les impôts et les tributs, prient avec ferveur pour la prospérité de l'empire et de ses chefs, s'intéressent au repos et à la sécurité des empereurs, souvent au prix de leur fortune et de leur vie, bien différents en cela de leurs accusateurs, qui souvent trament et exécutent sournoisement des plans de révolte contre les mêmes empereurs qu'ils ont fatigués de leurs adulations.
Ils démontrent encore que l'ignorance et la mahce peuvent seules attribuer aux sectateurs de Jésus-Christ les crimes les plus grossiers ; que les rumeurs les plus absurdes, propagées par des ennemis irréconciliables, sont accueillies avec avidité par une populace crédule; que les vrais fidèles, confondus avec les hérétiques, sont partout méconnus et mal jugés.
Ce qui suffirait à établir lern' innocence, c'est que la torture, qui sert à arracher l'aveu de leurs crimes aux malfaiteurs, on l'emploie pour forcer les chrétiens d'apostasier ; on ne peut les convaincre d'aucune faute grave, et on est obhgé malgré soi d'admirer leurs vertus. On ne saurait accuser d'impiété des hommes qui n'adorent point des idoles inanimées, ouvrage des mains des hommes, mais qui honorent et glorifient le seul vrai Dieu, le Créateur de toutes choses, d'une manière digne de lui; on ne saurait accuser d'inceste ceux qui sont tellement éloignés de l'immoralité qu'ils évitent avec soin tout ce qui pourrait porter la plus légère atteinte à la pureté de leur cœur (les théâtres, les fêtes bruyantes, etc.); qui pratiquent la chasteté jusque dans le mariage, dont plusieurs vivent dans la continence et la virginité, dont la sobriété et la tempérance éclipsent les actions les plus vantées d'es philosophes : n'est-ce pas là le plus éclatant éloge de ces hommes calomniés ? Comment imputer le
:iy4 HISTOIRE DE L ÉGLISE.
meurtre des enfants, les festins de Thyeste à ceux qui sont tenus de s'abstenir du sang même des animaux et des viandes étouffées, qui fuient les combats sanglants des gladiateurs, les lieux où l'on exécute les criminels, qui aiment leur prochain comme eux-mêmes et préfèrent mourir plutôt que de causer la mort à autrui ?
On dit que les chrétiens redoutent la lumière : a-t-on jamais reproché aux Hellènes et aux barbares de tenir leurs mystères secrets, et à la philosophie d'enseigner des doctrines ésotériques? Au reste, la doctrine des chrétiens n'est pas secrète; elle est connue du monde entier, elle est dans la bouche de tous, beaucoup plus que les systèmes des philosophes. Et il n'en est pas des chrétiens comme des païens : leurs actions sont conformes à leur croyance. Si l'on suspecte le christianisme à titre de nouveauté , les apologistes répondent en montrant sa liaison avec le mosaïsme, plus ancien que tous les philosophes helléniques ; en alléguant la religion primitive, défigurée par l'idolâtrie, mais où elle a laissé plus d'une trace encore reconnaissable ; les doctrines des meilleurs philosophes, qui offrent plus d'un rapport avec les enseignements du christianisme ; les oracles sibyllins et autres écritures anciennes, également utilisés par les païens.
On reproche aux chrétiens d'être la cause des malheurs de l'empire ; mais ces malheurs ne faisaient pas défaut avant la propagation du christianisme, et quant aux calamités présentes , elles ne prouvent qu'une chose , l'impuissance des dieux à protéger leurs ministres et leurs temples. Ces calamités, le nombre en a été notablement diminué par le christianisme, soit parce qu'on y commet moins de péchés, soit parce qu'il y a un plus grand nombre d'intercesseurs auprès de Dieu et que la miséricorde divine se montre plus compatissante.
a. 1° Athénagore, Leg., cap. i-iii ; Justin, Apol., I, 7; TertuUien. ApoL, cap. Il, vu.— 2° TertuUien, loc. cit., cap. xxx, xxxiii, xxxv et seq.. XLii ; ad Scap,, cap. ii; Justin, loc. cit., cap. xvii; Tatien, Or., cap. iv; Theophil., ad Aut., 1, d 1 ; Athenag., Leg., cap. xxxvii ; Origène, Contra Cels., m, 7, 8. Quand la loi écrite, dit Origène, loc. cit., V, 37, 40, ne contrarie pas la loi de Dieu, il faut l'observer: mais non quand la loi humaine et extérieure contredit la loi intérieure et naturelle. La loi suprême, pour nous, ce n'est pas la loi de chaque État, mais la loi
FONDATION ET PROPAGATION DK LÉGLISE. 295
divine. Pour défendre la vérité, on peut aussi s'obliger à agir contre des lois injustes (ibid., I, 1).
3" Athénagore, cap. m, xxxv; Minutius Félix, cap. xxv, xxx; Tertullien, Apol., cap. i, vi, vu; 4° Orig., loc. cit., I, v, xxiii; VIII, ix-xii; Justin, Apol., I, n. 6, 9; Théophile, I, \ et seq.; Athénagore, c. iv, x; TertuUien, Apol., cap. xxi et seq.; 10 et seq.; Minutius Félix, cap. xxni; 5° Athénagore, cap. xxxiii; Justin, I, 14 et seq.; Tatien, Or., cap. xxii; Orig., Contra Cels., praef.; TertuUien, Apol., cap. ix, xxxvni; ad Scap.. c. iv; Minutius Félix, c. xxxi; Théophile, lu, 15. — 6° TertuUien, Apol., cap. IX ; Minutius Félix, cap. xxx, xxxi; Athénagore, cap. xxxv; Théophile, loc. cit. — 7° Origène, loc. cit.,' I, 7, contre le xpycptov Sôyfxa. — 80 Justin, Cohort., cap. xxxviii ; Apol., I, 20, 44, 54; Théophile, III, 19 et seq., 33-36; Tatien, cap. xxx; TertuUien, Apol., cap. xix ; Lactance, Div. Inst., IV, 1Ö; Néander, 1, p. 96 et suiv.; Besançon, de l'Emploi que les Pères de l'Église ont fait des oracles sibjl., Paris, 1831. — 9° TertuUien, Apol., cap. xl, xli ; .lustin, Apol., II, 7.
88. Non contents de se tenir sur la défensive et de repousser d'injustes reproches, les apologistes se font les accusateurs du paganisme. Ils dévoilent le néant, la culpabilité et la folie du culte des idoles, l'immoralité des cultes païens en général, Tapothéose décernée aux vices par la mythologie, la cruauté et la barbarie des sacrifices humains, l'obscurcissement de l'esprit par le péché, les principes sataniques qui inspiraient la doctrine et la vie des païens, l'injustice des édits rendus contre les chrétiens, la violation de toutes les formes juridiques dans la procédure des tribunaux, les contradictions qui se rencontrent dans la législation comme dans la philosophie païenne. Ils citent en même temps des preuves positives en faveur de l'origine divine du christianisme et de la nécessité d'y adhérer. Ces preuves sont : 1° le caractère divin de son Fondateur, qui offre le plus parfait idéal de l'humanité ; il expire sur un gibet infâme et sa gloire ne fait que s'accroître, et telle est la vertu de sa mort qu'elle enlève à ses disciples la crainte d'une semblable destinée. II a été annoncé par l'Ancien Testament et il en réalise toutes les prédictions; il connaissait l'avenir et il a prouvé par ses miracles qu'il était le maître de la création ; 2° la transformation complète qu'il a opérée dans ses apôtres et les miracles qu'ils ont eux-mêmes accomplis; les fidèles disciples qu'ils lui ont procurés sans ressource humaine : .3° les enseignements et les institutions
296 HISTOIRE DE LÉGLISE.
du christianisme, qui surpassent infiniment tout ce qu'on a vu de semblable dans l'ancien monde, n'offrent rien qui ne soit digne du Dieu suprême, s'adaptent à tous les besoins de l'esprit et du cœur, à toutes les conditions de la nature humaine et ne sont mêlés d'aucune erreur; 4° les effets de la religion chrétienne, qui transforment, régénèrent et ennoblissent, du côté de la connaissance comme du côté de la vie pratique, les individus et l'humanité tout entière.
Ouvrages a consulter sur le n° 88.
b. Justin, .\pol., I, 9; II, 10; Tatien, Herrn.; Arnobe (passim). — c. a. Origène, Contra Cels., I, 30 et seq.; 66 et seq.; II, 9, 25, 48 et seq., 51, 68 et seq.; Justin, Apol., I, 30 et seq.; Dial., cap. xlviii et seq., LXix et seq.; Athénagore, cap. ix. — 6. Origène, loc. cit., I, 62 et seq.; II, 13. — y- Athénagore , cap. vi ; Minutius Félix, cap. xxxiv ; Justin, Apol., I, 3; Théophile, III, 5 et seq. — ô. Origène, loc. cit., I. 26 et seq.; III, 29.
§ 4. Propag-afion du christianisme dans les diverses contrées.
89. C'est un spectacle vraiment grandiose que d'assister à la propagation du christianisme dans trois parties de la terre, de le voir accueilli par les peuples les plus divers, par les grands et par les petits, par les savants comme par les ignorants; de constater enfin, du premier au quatrième siècle, ses progrès, chaque jour plus rapides, au sein même des persécutions. Cette universelle et admirable diffusion est expressément attestée non-seulement par les anciens auteurs ecclésiastiques, mais encore par leurs adversaires, les païens. Elle est également confirmée par le tableau des persécutions jusqu'à Diocletien, par l'histoire des sectes et des hérésies qui pullulèrent alors, et par un nombre considérable d'évèques. dont la succession est rapportée pays par pays, dans les plus anciens documents, bien que nous n'en possédions pas le catalogue complet. Des principales villes, telles que Rome. Ântioche, Ëphèse, Alexandrie, le christianisme se transplanta dans des cités moins populeuses, et des communautés chrétiennes s'établirent de bonne heure à la campagne. Comme les chrétiens de toute classe faisaient leur office de missionnaire sans bruit et sans tumulte, il est tout naturel que les noms des anciens prédicateurs de la foi nous soient peu
connus et que nous n'ayons que des renseignements incomplets sur leurs travaux. Le message du salut était répandu dans l'empire et hors de l'empire par les soldats et les prisonniers, surtout en temps de guerre. Des communautés chrétiennes s'établirent presque soudainement dans une foule de contrées, sans que nous connaissions leurs origines.
La propagation de l'Évangile parmi toutes les classes de la société et chez tous les peuples, dans les villes et les campagnes, dans les palais comme dans les chaumières, est décrite,' d'après Coloss., i, par : Justin, Dial., cap. cxvii; Clément de Rome, I Cor., cap. v; surtout par Iren., I, X, I ; TertuUien, ApoL, cap. i, 37; Adv. Jud., cap. vu ; Origène, De princ, IV, i; Contra Ceis., III, 9, 24; Lactance, De mort, persec, cap. ii; Inst., IV, 26; V, 12; Arnobe, Contra gent., II, 7; Hier., Ep. XXXV ad Heliod.; Ep. lvii ad Lîet.; Théodore, Gr. affect. cur., lib. X (Migne, t. LXXXIII, p. 1037). Celse dit des chrétiens qu'ils étaient peu nombreux au commencement, iç uXriÖo; cTrapîvTe; (Orig., Cont. Cels., III, 10); Lucien, De morte peregr., cap. xii, xiii. — Alex., Ps.proph., cap. XXV, suppose aussi qu'ils sont nombreux. Pline, lib. X, ep. xcvii : « Neqiie enim civitates tantum, sed vicos etiam atque agros superstitionis istius contagio pervagata est. » Des communautés à la campagne sont également citées par Clément de Rome, I, cap. xlii: Justin, ApoL, II; Orig., loc. cit., cap. ix. Elles avaient presque toujours à leur tête èztxwptot iTpîaêûTepoi, Conc. Neocses., cap. xiii.
L'Italie.
90. Il n'est pas douteux que c'est de Rome surtout que les Églises d'Itahe ont été fondées. La plupart conservent des traditions qui remontent jusqu'au temps des apôtres. Vers 251, nous voyons soixante évèques assemblés à Rome. Aurélieu n'ignorait pas qu'il existait plusieurs évêques en Italie. En 314, on indique les noms de ceux d'Aquilée, de Capoue et de Syracuse. L'Eglise de Ravenne se glorifie d'avoir eu pour premier évêque saint Apollinaire, disciple de saint Pierre; celle de Milan , Barnabe et Anatholon ; celle de Lucques . Paulin; celle de Fiesole, Romulus ; celle de Bari, Maurus; celle de Bologne, saint Zamas.
Les Églises de Naples, Bénévent, Palerme, Pise, Vérone, Padoue, etc., remontent certainement à la plus haute antiquité. Les îles de Sardaigne et de Corse, réunies en une seule
' Il est mentionné Rom., xvi, ;23; / Cor., l, 14.
298 HISTOIRE DE LÉGLISE.
province, reçurent la lumière de l'Évangile de chrétiens déportés, bien que la majorité de cette population grossière y résistât. Au quatrième siècle, Cagliari devint la résidence d'un évêque.
Ughelli, Italia sacra, éd. II, Venet., 1717, in-fol ; Selvaggio (A. 16, 6), lib. I, c. v-vii; t. I, p. 86 et seq., ed. Mog., 1787 ; Lami, Délie, erudit., t. VIII ; Prsef., p. 23 et seq., t. XI, praef. Concile de 230 d'Eusèbe, VI, 43; Cypr., Ep. lu; de 314, Eusèbe, X, o; Aurélien, Eusèbe, VII, 30.
La Grèce, la Macédoine et la Thrace.
91. En Grèce aussi et dans les îles grecques, nous trouvons de nombreux chrétiens et de florissantes Églises. Nous connaissons des évêques d'Athènes (Denis, le martyr Publius . Quadrat), de Corinthe (Denis, au deuxième siècle), d'Égine, et dans la Crète, Philippe, évêque de Gortyne, et Pynitus, évêque de Knosse. En Macédoine, nous avons l'Église de Thessalonique, dont Caius doit avoir été le premier évêque ' . celles de Philippe et de Béroé; en Thessalie, celle de Larisse. Au sud de la Macédoine, la Thrace avait les sièges épiscopaux de Debeltus, Anchialus, Héraclee, Philippopolis , puis celui de Byzance probablement avant la fin du troisième siècle.
Dionys. Cor., ap. Eus,, IV, 23. Cf. ibid., cap. xxi, xxv; Origène, In Rom., XVI, 23 (Migiie, t. XIV, p. 1289); Eusèbe, V, 19; Const., ap. VU. 46; Le Quien, Or. chinst., t. II, p. 3 et seq.; t. I, p. 1091 et seq. Les catalogues accrédités de Byzance commencent par Métropbanes sous Constantin I*"^. Voyez mon ouvrage Photius, 1, p. o-7.
92. En face de la naissante Byzance, du côté de l'Asie, était située laBithynie, avec Nicomédie pour capitale, dontl'eveque Anthime fut martyrisé en 303. Chalcédoine, Nicée, Césarée. Prusa, Apollonias eurent aussi probablement de bonne heure des sièges épiscopaux , et déjà sous Trajan le nombre des chrétiens semblait inquiéter les gentils. Gangres était la principale Église de la rude Paphlagonie, où les villes étaient rares, et Ancyre la principale de la Galatie, située davantage vers le sud. La Cappadoce voyait fleurir l'Église de Césarée (Mazaca), dirigée vers 233 par l'évèque Firmilien. Amasée, dans le Pont (Helenopontus), avait pour évêque, vers 240,
< Il est cité Bom.. xvi. 23: l Cor., i, U.
lONDAJIOM ET PROPAGATigK DE L EGLISE. 299
Phédime , qui institua évêque de Néocésarée Grégoire le Thaumaturge, disciple d'Origène. Grégoire, en arrivant à Césarée , n'y avait trouvé que 17 chrétiens ; il n'y laissa en mourant que 17 païens. Il avait également travaillé à répandre le christianisme dans son entourage. Il établit à Comane l'évèque Alexandre. Amastrès, qui faisait aussi partie du Pont (plus tard la Paphlagonie) , possédait à la fm du deuxième siècle un évèque du nom de Palma. Sinope et Sébaste dans la Petite-Arménie, Thyane et Mélitène étaient également des sièges épiscopaux. Les villes de l'exarchat du Pont, la plupart fondées par les Romains, avaient aussi une nombreuse population chrétienne.
Eusèbe, IV, 23; VI, 30; VII, 14; Grégoire de Nysse, Vita S. Greg. Thaum., cap. vu et soq. (Gallandi, III, 439 et seq.); Le Quicn, Oriens christ., I, p. 368 et seq.
93. Dans la province romaine de l'Asie si richement dotée par la nature et par les arts, Ëphèse, « l'œil de l'Asie, » était une des Églises-mères de la chrétienté et avait été illustrée par les travaux de deux apôtres. D'autres Églises également célèbres étaient celles de Smyrne, de Pei'game, de Sardes, de Thyatire, de Tralles, de Magnésie, de Philadelphie, de Cyzique ; en Phrygie, celles d'Hiérapolis (Papias, Apollinaire), de Laodicée (Sagaris), de Synnade et d'Euménie; dans la Pamphylie, celle de Side; dans la Lycaonie, celles d'iconium et de Laranda; dans la Lycie, celles de Patara, d'Olympus et de Myre. Ici, l'activité delà vie religieuse s'alliait à un commerce très-florissant. La vie civile s'anima d'une ardeur nouvelle, mais qui ne fut pas de longue durée; la langue et les mœurs grecques avaient supplanté la langue et les mœurs anciennes. En Cilicie , lancienne ville de Tarse était devenue métropole; Flaviopolis avait un évèque. Séleucie, dans l'Isaurie, était une île importante ; de même Salamine, dans l'île de Cypre.
Les détails dans Eusèbe, III, 36; IV, 26; V, 24; VI, 19; VII, 28; Le Ouien, Oriens christ., I, p. 663 et seq.
Oi. La Syrie avait sa principale Église dans la fameuse
Antioche, la première ville de « l'Orient. » Évode, institué par Pierre, eut pour successeur le martyre Ignace; jusqu'en 318. vingt évêques furent à la tête de cette illustre Église. Il y avait aussi de florissantes communautés à Bérée, Séleucie, Apamée , Samosate et Tyr. A Édesse, dans l'Osrhoène, un prince chrétien, nommé Abgar-Bar-Manu, régna, dit-on, de i60 à 170. En 228, une superbe église y était construite en remplacement d'une autre détruite en 202. La Mésopotamie avait les Églises d'Amide, Cascar et Nisibe. Chez les Chaldéens, l'Église de Séleucie , sur le Tigre , avait pour chef Maris, disciple de l'apôtre Taddée. Cette Église était la métropole de l'empire partho-persique (Séleucie - Ctésiphon). Les mœurs barbares du peuple, surtout la pluralité des femmes et l'inceste, cessèrent bientôt pour faire place à une disciphne plus sévère. Vers 251, Denis d'Alexandrie écrivit aux chrétiens de l'Arménie romaine sur la pénitence. L'Arabie, au troisième siècle, avait un évêché à Bostra, où des réunions d'évèques furent tenues dès cette époque. Un général (émir ou gouverneur de la partie romaine de ce pays) exprima le désir d'être instruit dans la religion chrétienne par le savant Origène.
Le Quien, t. II, p. 669 et seq.; Pair. Antioch., Église de Tyr, Eusèbe,
V, 25; X, 4; Ptolémaïs, ibid., V, 23; Tripolis, Const. ap., VII, 46; Édesse, Chron. Edess., ap. Assemani, Bibl. or., I, p. 391; Bardesan.,ap. Euseb., Prsep. ev., VI, 10 (Migne, t. XXI, p. 477); Dionysius, ap.Euseb.,
VI, 46; Origène en Arabie et évêché de Bostra, Eusèbe, VI, 19, 33.
95. La Phénicie possédait des Éghses florissantes à Tjt, puis à Sidon, à Ptolémaïs, à Béryte , à Byblos et à Tripolis. En Palestine, Jérusalem, avec ses évêques moitié païens et moitié chrétiens, eut peu d'importance depuis l'empereur Adrien; mais l'Église de Césarée, en Stratonide, en eut d'autant plus comme métropole; au troisième siècle, elle possédait une école savante et plusieurs évêques capables. Gaza eut aussi son Église épiscopale.
Le Quien, Oriens christ., t. II, p. 801 et seq.; t. III, Pair. Hieros.
96. L'Egypte avait son centre religieux à x\.lexandrie, d'où le christianisme s'étendit progressivement ; au troisième siècle
déjà , nous trouvons des sièges épiscopaux à Pélusium , Thmuis, Arsinoé, Nilopolis, Lycopolis et Hermopolis, dans le Thébaïde; à Bérénice, dans la Libye pentapolitaine ; et ce ne devait pas être les seuls, à en juger par le grand nombre de ceux qu'on y remarque dès le quatrième siècle. L'Église d'Alexandrie, fondée par saint Marc, était riche et prospère, et le nombre des conversions allait croissant, bien que les païens et les Juifs y poursuivissent les chrétiens avec une rare fureur. Les pasteurs zélés y abondaient et l'école catechétique obtenait de grands succès. Plolémaïs et Cyrène, deux villes considérables, comptaient également une nombreuse population chrétienne.
Le Quien, II, p. 329 et seq.; Patr. Alex., cf. Eusèbe, VI, 40, 42, 46; Vil, 10, 11, 26; VIII, 13. Vers 369, Athanase, Ep. ad Afros ep., n. 40 (Migue, t. XXVI, p. 1043) cite quatre-vingt-dix évêques égyptiens.
97. L'Afrique proconsulaire, avec la Numidie et la Mauritanie, avait pour principale Église la brillante Carthage, qui rivalisait d'éclat avec Alexandrie. Le christianisme y arriva de Rome et se répandit promptement dans l'intérieur du pays jusqu'aux Numides et aux Maures, population ardente et dédaigneuse de la mort. Vers 20-2 , Tertullien pouvait déjà parler du chiffre prépondérant des chrétiens dans les villes d'Afrique. En 256 nous voyons assemblés à Carthage d'abord soixanle-et-ouze, puis quatre-vingt-sept évêques, dont les uns avaient leurs sièges dans de grandes viUes, les autres dans de petites bourgades.
Morcelli, Africa christiana, Brix., 1816; Munter, Primordia Ecclesiae africanae, Hafn., 1829; De Rossi, De christ, titul. Carthag., in Spicil. Solesm., IV, 1858; Synodi Cvpr. 256; Routh, Rel. sacr., III, 88-107, ex Aug., De bapt. contra Donat., lib. VI, VII ; Cypr., Ep. lv ad Cornel.
L'Espagne.
98. L'Espagne, que les Romains avaient divisée en trois provinces (la Tarraconaise, la Bétique et la Lusitanie), et pourvue de nombreuses colonies, avaient embrassé le christianisme depuis le temps des apôtres et n'avait pas cessé d'y faire des progrès. Les villes que le génie romain avait surtout marquées de son empreinte deviennent de bonne heure des
sièges épiscopaux, telles que Léon (Legio), Saragosse (Cesar- Augusta), Mérida (Emerita-Augusta) , Tarragone. En 303 ou 306, nous trouvons dix-neuf évêques espagnols au synode d'Elvire, tenu à propos de la persécution des chrétiens, pendant laquelle l'Espagne compta de nombreux martyrs, mais aussi des apostats,
Cypr., Ep. Lxvii; Conc. Eliber.; voyez Héfelé, Conciles,!, 122 et suiv.; Fabricius, Salutaris lux evang., c. xvr, p. 475 et seq.; Florez (A. 33, a); Gams, K.-G. Span., Regensb., 1862 et suiv., t. I. Cette légende, rapportée dans la liturgie espagnole, que Pierre et Paul aurait envoyé en Espagne Torquatus et les autres messagers de la foi, est encore révoquée en doute. On a renoncé à l'inscription du temps de Néron, défendue par Walch, contestée par Muratori (Gruter, Tbes. inscript., n. 9, p. 238). On a souvent combattu la tradition qui prétend que l'apôtre Jacques le Majeur y prècba l'Évangile (voy. Acta sanct., t. I. april.; Diatr., t. VI; Jul., Appeud.; Fabricius, loc. cit.; Natalis Alex., Seec. I, diss. xv, prop. 2. Cf. Baronius, an. 816, n. 49 et seq.). On croit cependant que le corps de l'apôtre fut transporté à Compostelle ; Notker BalbuL, Martyrol., ad d. 20 julii.
La Gaule.
99. En deçà des Pyrénées, dans la Gaule soumise par Jules César après de laborieux combats, la foi chrétienne s'était répandue de l'Asie-Mineure et de Rome. Les Églises de Lyon et de Vienne, pendant la persécution de Marc-Aurèle, étaient parfaitement organisées et comptaient une nombreuse population. Vers le milieu du troisième siècle, le pape Fabien doit avoir institué des évêques à Paris, Narbonne, Toulouse, Clermont, Tours, Limoges et Arles '. Saint Cyprien mentionne un évèque de cette dernière ville, où plusieurs évêques de la Gaule furent assemblés en 314, notamment ceux d'Arles, de Lyon, dAutun et de Reims.
Eusèbe, V, 1 et seq.; Grég. de Tours, Hist. Franc, I, 28. Tert., Adv.
^ L'auteur suit ici l'opinion de Launoy et de ses disciples sur l'époque de la fondation des principaux sièges épiscopaux des Gaules ; mais il a été prouvé que le texte de Grégoire de Tours sur lequel ce système s'appuie, n'a aucune valeur propre, et de bons travaux sont venus démontrer, en ces derniers temps, que la thèse contraire d« l'apostolicité d'un bon nombre d'Églises des Gaules a pour elle la tradition et de sérieux documents historiques. (Voir notamment Dom Chamard, les Églises du monde romain et celles de la Gaule en particulier, Paris, 1877, in-S". (Note du trad.J
Jud., cap. i; Cyprien, Ép. lxviii s\ir Marcien d'Arles; Conc. Arelat., ap. Routh, Rel. sacr., IV, p. 83-9Ö. Le texte H Tim., cap. m, est ainsi rendu par le Codex Sinaiticus : KprjTxr;; el; TaXXiav, et par Eusèbe, III, 4 ; Chron. Pasch., Olymp., 220; Hier., Cat.; Tlieod., in h. 1. (Migne, t. LXXXII, p. 853); Mai'tyrol. rom., 27 jun.; de là vient que plusieurs rangent Crescens (premier évêque nommé de Mayence), parmi les plus anciens apôtres de la Gaule. Friedrich, I, p. 80, 167 et suiv. On cite sept disciples qui auraient été envoyés par les apôtres dans la Gaule et sur le Rhin (Gallia christ, in provincias eccl. distributa, Paris, 1715 et seq.; nov. ed., 1858 et seq., cura Piolin, 0. S. B., Paris, 1871). Les inscriptions chrétiennes de la Gaule ont été recueillies par Le Blant, (A. 16, 3;; P. de Marca, Diss. de tempore, quo primum in Gallia suscepta est Chr. fides (post. op. de concord. Sac. et Imp., Francfort, 1708, p. 415). Voyez les nombreux ouvrages cités dans Mœhler-Gams, i, 191-196, où sont également indiqués les ouvrages spéciaux sur les Églises de Toulouse, Vienne, Arles, etc.
La Bretagne.
100. Dans la lointaine Bretagne, nous savons de Tertullien qu'il existait des communautés chrétiennes non-seulement dans la partie assujétie aux Romains sous l'empereur Claude, mais encore dans la partie demeurée libre. Quelques-uns leur assignent même une origine apostolique, tandis que, selon Bédé le Vénérable, le pape Éleuthère aurait, au deuxième siècle, envoyé des missionnaires de la foi en Angleterre, sur la demande du roi Lucius. Saint Albain et d'autres chrétiens furent martyrisés pendant la persécution dioclétienne. Des évèques d'York, Londres et Lincoln se trouvaient à Arles en 314.
OUVRAGES A COXSULTEIl ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N° 100.
Tertullien, .\dv. Jud., cap. vu : « Britannorum inaccessa Romanis loca, Christo vero subdita. » Origines apostoliques, dans Eusèbe, Dem. ev., III, 7; Theod., Therapeut., lib. IX (Migne, t. LXXXIII, p. 1037); Martyrol. rom., 13 mart. (Aristobule, Rom., xvi, 10), et plusieurs documents syriens (Didascal. apost., ap. W. Cureton et Wright, Ancient Syriac. Documents, Lond., 1864, p. 33); Beda Ven., Hist. eccl. gent. Angl., I, 4, 6, 7.
La Germanie.
iOi. En Allemagne même, selon saint Cyprien, les chrétiens ne faisaient pas défaut, surtout dans les contrées du Rhin et du Danube. Les pays alpins, jusqu'au Danube, avaient été assujétis à l'empire romain par Drusus et Tibère, sous les
noms de Rhétie, Noriqiie et Pannonie. Les régions situées sur la rive occidentale du Rhin étaient divisées en haute et en basse Germanie. 11 y eut bientôt partout des colonies romaines ; des villes florissantes surgirent de terre, telles que Mayence, Cologne, Trêves, et dans les régions danubiennes Windisch (Argovie) et Augsbourg.
Vers 313 et 314, nous trouvons les évêques Materne de Cologne et Agroécius de Trêves. Les Églises de Mayence, Spire, Metz, Tongres, Strasbourg, sont certainement très-anciennes. A Petavio, sur la Drave, dans la Pannonie (Pettau, en Styrie), l'évêque Victorien fut martyrisé en 303. Sirmium, sur la rive gauche de la Drave, fut bientôt une importante place d'armes et une célèbre Église chrétienne. De nombreuses relations s'établirent de là avec l'Illyrie grecque et romaine, avec les villes de Macédoine et de l'Hellade. Au quatrième siècle, Sirmium, qui doit avoir eu Andronique pour premier évêque*, était un évêché important. Scisiscia (Sisseck) se glorifie d'avoir eu pour évèque saint Quirinus. Maximilien était honoré comme apôtre de la Norique, et saint Florien comme martyr de Lorch (304). •
Irén., I, 18; III, 4; Tertullien, loc. cit.; Arnobe, Contra gent., I, 6, Friedrich, I, p. o5 et suiv.; Victorin, Hier., Ep. xux ad Paulin.; Catal., cap. Lxxiv ; Optât, De schism. Don., I, 9; Sirmium, voyez Dubik, Msehrens allg. Gesch. Brunn, 1860, I, 187 et suiv.; Maximilien, voyez Friedrich, I, 203-206; saint Florien, Acta sanct., mai, I, 461.
§ 5. Causes et obstacles de la propag-ation du christianisme.
Causes de sa propagation.
402. On peut assigner à la propagation du christianisme des causes internes et des causes externes. Nous citerons parmi les premières la puissance interne de la vérité elle-même, le caractère positif de sa doctrine, accessible à tous; 2° les preuves de sa vertu divine fournies par les miracles et les dons du Saint-Esprit; 3° la vie édifiante des fidèles, dont les mœurs étaient le miroir de leur doctrine, leur charité fraternelle, leur chasteté ; 4° la sérénité, la conviction, l'héroïsme avec lequel les martyrs professaient leur croyance ; 5° le zèle
^ Rom., XVI, 7.
FÛM»ATIOX ET PROPAGAlION DE L ÉGLISE, 305
universel que les fidèles, et jusqu'aux femmes, mettaient à propager leur foi, les esclaves précepteurs à convertir leurs disciples ; 6° le caractère sublime du christianisme, qui en l'élevant au-dessus des particularités nationales et des formes extérieures, lui permettait de s'adapter à toutes les conditions sociales, de transformer le monde et de l'ennoblir, de contenter tous les besoins de l'esprit et du cœur; 7" la tolérance dont il fut d'abord l'objet de la part des autorités romaines, et plus tard, 8° le syncrétisme de quelques empereurs; 9° la facilité des relations qui existait alors dans l'empire romain ; 10° l'usage universel de la langue grecque; 11° le malheur des temps et le désir d'une vie divine inaccessible aux tribulations de la vie corporelle ; 12° l'inclination qui en résultait vers les cultes étrangers; 13° les restes des anciennes traditions et prophéties; 14° l'épuration progressive du polythéisme par des idées morales plus nobles et plus rapprochées du monothéisme ; 1 5° la préparation des païens par les meilleurs d'entre les philosophes ; 16° les nombreux points de contact qui existaient pour les Juifs entre le christianisme et le mosaisme, et les dispositions favorables des prosélytes de la porte et des Juifs hellénistes; 17° les femmes et les esclaves affranchis du joug qui pesait sur eux; 18° les témoignages que les païens avides de la vérité rendaient à l'innocence des chrétiens ; 19° le traitement moins rigoureux que les fidèles éprouvèrent de la part de quelques empereurs (Antonin le Pieux, Alexandre Sévère, Philippe Arabs); 20° les effets produits par les grandes apologies chrétiennes.
1° Tertullien, Apolog., cap. x, xvii, xlvi, l; De testim. animce; Justin, Uial., cap. vu; ApoL, I, 14, 16; Ep. ad Diognet., cap. vn; Athéuagore, Legal., cap. xi ; Iren., lu, iv, 1 et seq.; Cypiien, Ep. ad Donat. — 2° Iren., II, 31, 32, S7; Tertullien, Apol., cap. xx, xxi, xxiii ; De spectac, cap. xxix; De anima, cap. xlvii; Justin, Apol. II; Dial., cap. XI, XXXIX, Lxxxv et seq., cxxi; Pap., ap. Euseb., ni, 39; Cleni., Strom., VI, 15, 28 ; Orig., Contra Cels., I, 2, 10, 22, 46, 49; II, 21, 28 ; 111, 24, 28 ; Const. ap., VIII, 1 ; Lactance, Inst., V, 23.— 3° Ep. ad Diogn.; cap. v; Athénagore, Leg., cap. xi, xii, xxxiii; Justin, ApoL, I, 14, 13, 57; Minulius Félix, cap. ix; Tertullien, ApoL, cap. i et seq.; 39, 42; Ad Scap., cap. i; Orig., Contra Cels., I, 26, 43; III, 29; Cypr., Ad Demetr., cap. xxv; Lactance, III, 26; Euseb,, Prœp. ev., I, 4; Sozom., 1. — HIST. DE l'église. 20
Ilist. eccl., V, 16. — 4» Minutius Félix, cap. xxxvii, xxxviii; Justin, ApoL, I, 25, 45 ; II, 12; Dial., cap. xxxv, cviii, ex, cxix, cxxxiii, cxcui; ïertullien, ApoL, cap. l; Orig., loc. cit., VII, 39; Lactance, V, 13.
5° Justin, Dial., cap. vui ; Eusèbe, III, 37; TertuUien, Apol., cap. xlvi; Origène, loc. cit., III, 10, 50, 52 et seq.
6° TertuUien, loc. cit., et De test. anim. Voy. Néander, I, p. 38 et suiv. — 70 Voy. ci-dessus, § 51.-8° §§ 54, 65. — 9" Orig., Contra Cels.,
II, 30; III, 9; Eusèbe, Dem. ev., III, 6. — 10" Cicéron,Pro Archiapoeta, cap. x; Plutarch., Or. I de Alex, virtute et fortuna, cap. vi, x. Comp. Hug, Einleit. in das N. T., t. II, p. 31 et suiv., 3'= éd. — M" Néander, I, p. 6 et suiv. — 12° Plutai'cb., De superstit., cap. xxxui, ci-dessus B, 32. — 13° ci-dessus B, § 35. — 14° §§ 83, 84. — 15° Justin, ApoL, 1, 18 et seq., 24, 44, 46, 59 et seq.; II, 10, 13 ; Atbénagore, Leg., cap. v, vi; Minutius Félix, cap. xix, xx; Clém., Strom., I, 1 et seq., 12, 15; V, 3, 12; VI,
10, 17; Orig., Contra Cels., VII, 46. Voyez Cbr.-A. Pescbeck, Sxià tûv [jL£),).6vTwv apud Romanos, Lips., 1848, et son article dans Riedners Ztschr. L bist. TbeoL, 1848, III, p. 422 et suiv. — 10° Justin, Dial. contra Trypb.; Tei'tulL, Adv. Jud. apoL, cap. xviii et seq.; TheopbiL,
III, 17 et seq.; Clém., Pœdag., I, 7; Urigène, Contra Cels., I, 14-18;
11, 1 et seq.; Cypr., Testim., libri III; Lactance, Inst., IV, 17. Sur les prosélytes de la porte, Néander, p. 37 b, ci-dessus B., 53. — 17° B, § 33. — 18° Pline, lib. X, ep. xcvii, ci-dessus, § 65. — 19° §§ 57, 75. — 20° Voyez Orsi, Storia eccL, lib. V, cap. xxi; t. II, p. 337.
Les obstacles de la propagation du christianisme.
103. Si les forces attractives étaient grandes, les forces répulsives ne l'étaient guère moins. De nombreux obstacles contrariaient l'expansion du christianisme, car tout ce qui tend à l'amélioration de l'homme rencontre des difficultés. C'étaient par-dessus tout : 1° des préjugés invétérés et une incrédulité opiniâtre, l'effroi que la raison éprouve devant des doctrines qui la surpassent et qui exigent le renoncement ; la répugnance à se soumettre « aveuglément, » comme on disait, à un dogme incompréhensible; les altérations qu'on faisait subir à certaines vérités chrétiennes ; 2° les prodiges, les oracles que les païens opposaient aux miracles du christianisme, qu'ils cherchaient à expliquer par les arts de la magie. Ils refusaient d'entrer dans l'examen détaillé du christianisme, dont la simplicité les scandalisait, et essayaient de tout expliquer par le goétisme et par le fanatisme. 3° La conduite sainte et irréprochable des fidèles demeurait sans effet sur la multitude; confondant les catholiques avec les
hérétiques, on opposait aux premiers les turpitudes de quelques sectes gnostiques ; on s'autorisait des divisions qui existaient parmi les chrétiens et on tournait à mal les plus nobles actions, au moins dans les motifs qui les inspiraient. Plusieurs enfin étaient effrayés des rigueurs de la morale.
A° En même temps qu'on opposait aux martyrs la constance des philosophes, surtout des stoïciens, on décriait le martyre comme un fanatisme et un mépris aveugle de la mort. Les sacrifices contribuaient à irriter la fureur des peuples, et l'horreur que les hommes amoureux de plaisirs éprouvaient devant toute espèce de danger et de persécution les éloignait des chrétiens, les empêchait d'embrasser leur doctrine et même de l'examiner. 5° Le zèle des chrétiens pour opérer des conversions se heurtait à un sensusdisme grossier, aux subtilités du scepticisme, aux intérêts matériels des diverses classes, surtout à ceux des prêtres, des artistes, des statuaires, des marchands et des artisans. 6"" La tendance universelle du christianisme était contrariée par les idées nationales des Juifs, des Grecs et des Romains, par la haine de l'ancien monde contre les barbares, et par son obstination à maintenir son système égoïste et antidivin. La rehgion de la croix, scandale pour les Juifs, fohe pour les gentils \ froissait les idées et les mœurs régnantes ; on ne pouvait pas comprendre que la multitude fût appelée à « philosopher, » que des hommes étrangers, incultes, esclaves, dussent posséder les mêmes connaissances rehgieuses que les indigènes, les savants, les hommes libres. 7° Si, dans le principe, les chrétiens, considérés comme une secte juive, étaient demeurés inaperçus, le mépris qu'on ressentait pour l'origine juive et barbare, pour la pauvreté et le défaut de culture d'un grand nombre de fidèles, toutes ces choses, contraires aux vues aristocratiques de l'ancien monde, nuisaient à la cause du christianisme.
8" Le syncrétisme, pratiqué par plusieurs empereurs, fut plus favorable aux sectes qu'à lÉglise ; la notion du christianisme en était obscurcie ; on confondait la vérité avec le mensonge et on ne l'appréciait pas à sa juste valeur. 9'' L'unité de l'empire offrait sans doute de nombreux avantages ; mais elle
> / Cor., I, 23.
amenait aussi dans l'État romain le mélange de la religion et de la politique. Elle introduisait une religion d'État, et comme le christianisme semblait compromettre l'État lui-même, la persécution des chrétiens se trouvait justifiée, encouragée même.
10" La propagation de la langue grecque accroissait l'influence corruptrice de la littérature païenne, surtout dans l'éducation. Non-seulement la grossièreté des mœurs, mais aussi la culture raffinée du panthéisme et du matérialisme de l'ancien monde, sa poésie, sa mythologie, sa politique, toutes les sciences et tous les arts étaient étrangers, hostiles même au christianisme ; toutes les passions, escortées d'une armée de sophismes, se dressaient contre lui.
11° Malgré toute la misère des temps, plusieurs étaient éblouis par l'éclat du culte polythéiste, des temples et des autels, des divinités visibles , et on disait aux chrétiens : « Montrez-nous votre Dieu 1 » Tandis que les uns s'adonnaient aux plus grossières superstitions, d'autres étaient en proie à une incrédulité irrémédiable et plongés dans la nuit du désespoir. Cette détresse fut mise plus tard sur le compte du christianisme. 12° Le penchant de plusieurs pour les cultes étrangers, sacra -peregrina, était contrarié chez d'autres par l'attachement à la religion héréditaire, qui avait élevé si haut la fortune des Romains ; il était paralysé par la superstition, par le génie soupçonneux du despotisme et par toutes les aberrations du fanatisme, fortifiées par l'amour-propre et l'entêtement.
Tandis que les autres cultes s'accommodaient au culte indigène, le christianisme le bravait par sa prétention « intolérante » d'être le seul culte véritable et légitime. 13° Les anciennes traditions de l'humanité, en passant par différents canaux , s'étaient dénaturées et affaibhes , les prophéties avaient été diversement interprétées, et on ne cessait d'imaginer de nouveaux et mensongers oracles pour surexciter la foule.
14° Le paganisme ayant été épuré, on sentait moins le besoin d'une religion nouvelle ; on croyait trouver la même vérité, les mêmes avantages, avec des formes plus gracieuses, chez les philosophes de l'antiquité ; ou soutenait même que
FONDATION ET PROPAGATION DE l'ÉGLISE. 309
Jésus-Christ et ses disciples avaient puisé à cette source, lo" il était surtout très-difficile de dompter l'orgueil démesuré des philosophes et leur passion pour le bien-être. 16° Cette conviction générale que le judaïsme était la vérité absolue et immuable, les fausses idées qu'on se faisait du Messie, les haines de parti, le mécontentement causé par l'adoption des Samaritains dans l'Église, le rabbinisme, les spéculations rêveuses et fantaisistes des Hellènes qui se trouvaient parmi les Juifs, menaçaient la pureté de la foi.
47° En attirant à lui, en relevant les femmes et les esclaves, le christianisme donna lieu à cette opinion qu'il ne gagnait que des hommes sans valeur, méprisables, incultes, qu'il préparait une transformation dangereuse et nuisait à la souveraineté universelle de l'État romain.
18° On exploitait contre les chrétiens des aveux mensongers arrachés aux esclaves par la torture ; on suspectait les témoignages rendus en leur faveur; on était plus crédule aux calomnies qu'à tout ce qui se disait pour les atténuer.
19° Rien de plus grave que les crimes imputés aux chrétiens : athéisme, haute trahison, fanatisme, festins de Thyeste, inceste ; ils étaient les auteurs de tous les maux qui désolaient l'univers, ils adoraient une croix, un âne, etc. Et on le croyait d'autant plus volontiers que les chrétiens avaient soin de soustraire aux regards des païens les pratiques du nouveau culte. 20° Les apologies, malgré les choses excellentes qu'elles contenaient, n'avaient cours que parmi les esprits exempts de préjugés et qui savaient rompre le charme du mensonge. Les savants du paganisme ne négligeaient rien pour battre en brèche la nouvelle doctrine : outre la science, la raillerie et le sarcasme, ils avaient à leur service les arts, une infinité de ressources extérieures, la faveur des grands, et ils étaient de plus appuyés par toute la puissance des passions humaines. La vérité, voilà ce qu'on haïssait dans les chrétiens '.
1» Csecil., ap. Minnt. Fel., cap. m et seq.; Orig., Contra Cels., I, 7; IV, i seq.; V, i et seq.; Lactance, IV, 6. —2° Cels., ap. Orig., I, 6; Csecil., 'oc. cit., cap. vri. — 3° Csecil., loc. cit., cap. viii, ix, xii; Orig., loc. cit., m, iO; VI, 53; VII, 41 ; VIII, 21 j Tertullien, Apol., c. xxxix :
'Justin, /" Apologie, eh. xxiv-xxviii.
310 HISTOIRE DE l'ÉGLISK.
De spectac, c. ii. — 4" Tertullien, ApoL, cap. l. Les chrétiens étaient considérés comme de pauvres fanatiques par Marc-Aurèle, Mono!., XI, 3; Arrian., Diatr., IV, i. — Pline, loc. cit., trouvait chez eux «pervicaciam et inflexibilem obstinationem. » — 5° Néander, I, p. 51. Sur les sculpteui's, les mouleurs de cire, Plutarch., De superstit., cap. vi. — ()" Haine des barbares, dans Platon, Rep., V, 470; Démosth., Adv.'^Mid., XL. Cf. Miniit. Félix, cap. xni ; Gels., ap. Orig., I, 7; YIII, 72. — 7» Gels., loc. cit., I, 2; VI, i, 2. — 8° Les païens et les Juifs trouvaient souvent dans la diversité des sectes un puissant argument contre le christianisme; Gels., loc. cit., III, 10; V, 63; Glém., Strom., VII, p. 753, éd. Paris, 1641. — 9° Ci-dessus, § 6ö. Tertullien, ApoL, cap. x : « Sacrilegi et majestatis rei convenimur; summa haec causa, imo tota est. » Cf. cap. IV et seq., xxxvm; Minut. Félix, cap. iv, vu; Cels., loc. cit., I, i ; Arnobe, IV, 34; B, § 28; Sénèque, Ep. cvni; Maecen., ap. Dion. Cass., 111, xxxvi; Tacite, Ann,, II, 85; Cic, De leg., II, 8; Act., xvi, 21 ; Paul Sent., lib. V, xxix, 1; xxxvm, 18. — 10° Cf. Minut. Félix, c.| xxni, xxiv. — M« Minut. Félix, cap. x ; Origène, L. c. Vin, 17, 62 et seq.; VII, 21 et seq.; Théopb., ad Autol., lib. I, cap. n et seq.; Néander, p. 39, — 12" Origène, Contra Gels., V, 35 et seq.; Minut. Félix, cap. vi, viii. — 13° Justin, ApoL, I, cap. xx, ci-dessus, § 73. — 14° Origène, loc. cit., I, 4, 5; V, 65; VI, 1, 15; VU, 41 et seq., 58, 61 ; Aug., De civ. Dei, XIX, xxiii; De doctr. chr., II, 28. Néander fait cette juste remarque : « Les choses qui sont les plus propres à servir de préparation à un ordre de choses peuvent très-facilement tomber dans l'extrcme opposé , en voulant maintenir l'ancien point de vue contre la force d'un point de vue plus élevé qui se présente; c'est ainsi que nous voyons le platonisme, quoique fidèle à l'esprit de l'ancien monde, s'imprégner déjà d'éléments étrangers. » — 15° Justin, ApoL, I, 18 et seq., 24, 44, 46, 54, 59; II, 10, 13; Glém., Strom., I, 1 et seq.,passim. Sur le stoïcisme etle platonisme, Néander, p. 10 et suiv., 19. — 16° Justin, DiaL; Cypr, , Test, adv. Jud.; Théophile, III, 17 et seq. Les prosélytes de la justice étaient, selon Justin, les plus violents ennemis des chrétiens. Voyez Néander, p. 37. Les Juifs injuriaient Jésus-Christ de miUe manières; ils l'accusaient d'être le fruit de l'adultère (Cels., loc. cit., I, 28, 42; Tract. Tholedoth Jeschuach, et Midrasch Coheleth), tandis qu'ils rendaient leurs hommages à de faux messies. Orig., 1, 57; Socrate, VII, 38; Nicéphoi'e, XIV, 40; MalaL, Hist. chron., 11, p. 181, etc., et dans Basnage, Hist. des Juifs. — Origène, I, 54 et seq., combattait déjà ceux qui rapportaient les passages messianiques de l'Ancien Testament au peuple juif. Plus tard, cette théorie rationaliste fut principalement répandue par Spinosa et Mendelsohn. Le peuple juif, parvenu au plus haut degré de perfection et de puissance, voilà, disait-on, ce qui constituait le Messie (idéal). Au moyen âge, il fut défendu, sous des peines sévères, de supputer l'avènement du Messie. Les rabbins dénaturaient le sens des passages bibliques, et finirent par substituer le Talmud à la Bible.
lONDATION ET PROPAGATION DE L ÉGLISE. 3H
Le Talmud comprend la Mischnah (SeyTÉpwffi;, Just. Novell., 146), soidisant compilée vers 220 (éd. Gurenhus, Amst., 1698-1703), et la Gemara de Jérusalem (fin du troisième ou du quatrième siècle) et de Babylone (430-Ö21), éd. Venet., 1520; Vienne, 1806. On lui attribuait plus de valeur qu'à la loi (c'était l'or comparé à l'argent); cependant les caraïtes lui refusaient toute valeur canonique et n'admettaient aucune tradition. La Midrasch, qui n'avait qu'une valeur accessoire, fut enrichie de nouveaux commentaires depuis le deuxième jusqu'au onzième siècle. Wolf, Bibl. hebr., part. Il, p. 979 et seq.; Grsetz, Gesch. der Juden bis zum Abschlusz des Talmud, Berlin, 18ö3; Zunz, Goltesdienstl. Vortrsege der Juden, Berlin, 1832. Les frères Lehmann, Die Messiasfrage, en allemand, Mayence, 1870.
17. Origène, Contra Geis., HI, 51 (on y voit aussi, eh. ix, qu'un grand nombre de savants, d'hommes riches et considérables, entrèrent dans l'Église).
18. Wasserschieben, De quaest. per torment. apud Romanos, Berol., 1837, p. 18 et seq., 33, 78 et seq.
19. Athénagore, cap. m et seq.; Justin, Apol., I, cap. vi, xi et seq., xiv-xvii, xxvii-xxix, Lxi, Lxv-Lxvii; Théophile, II, iv; in, i-xvi; Tertul., Apol., cap. VII et seq., xvi, xxxix et seq., xlii et seq.; ad Nat., I, 7; Minutius Félix, cap. ix, x, xii; Cyprien, ad Demetr.; Arnobe, I, 1 et seq.; Origène, loc. cit., III, 14; Kortholt, Paganus obtrectator, Kil., 1683, Le crucifix dérisoire trouvé sur le mont Palatin en 1837, avec une tète d'àne, est longuement décrit par Garrucci, S. J., Il Crocif. graffito, Rome, 1837; F.-X. Kraus, Das Spottcrucifix vom Palatin und ein neuer.ldecktes Graffito, Fribourg, 1872. Les calomnies concernant le meurtre des enfants furent surtout propagées par les Juifs. Orig., VI, 28; TertuUien, ad Nat., I, 14. Les grands de Rome considéraient comme une « superstition » toute doctrine qui s'écartait de la religion de l'État. Tacite, Ann., XI, 13; XIII, 32; Pline, loc. cit.; Néander, p. 49. — Ci-dessus, §§ 80 et suiv.
Conciliation.
104. Suivant que les circonstances favorables au christianisme l'emportaient sur les obstacles et sur les forces répulsives, ou qu'elles cédaient à leur influence, la propagation extérieure de la nouvelle religion prenait un aspect tout différent ; ses progrès devenaient plus lents ou plus rapides. Si nous comparons entre eux les divers agents que nous avons énumérés, on reconnaitra manifestement que, sans une assislance particulière d'en haut, c'en était fait du christianisme; il n'aurait jamais obtenu le triomphe dont nous sommes les témoins. Le déploiement grandiose auquel nous assistons dès les temps les plus reculés est déjà une preuve éclatante
de l'institution divine de l'Église, et offre de nombreux arguments en faveur de sa crédibilité. Si l'Église eût vaincu sans miracle, c'eût été le plus grand des miracles; car l'abîme incommensurable qui existe (humainement parlant) entre des moyens si faibles et si insuffisants et de si prodigieux succès ne saurait être comblé par des causes humaines ; des forces purement naturelles ne sauraient produire de tels fruits dans de telles circonstances. Ce qui semblait être la ruine du christianisme, la persécution, fut précisément la cause de sa prospérité.
La vertu surnaturelle, la puissance surhumaine de la foi se révèlent à nous dans les témoins et les confessem's do Jésus-Christ; ils furent vraiment le sel de la terre, la lumière du monde ; on les reconnut à leurs fruits et on pouvait dire d'eux : « Ce que l'âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde. » « L'âme est répandue dans toutes les parties du corps S et les chrétiens sont dispersés dans toutes les villes du monde. L'âme est dans le corps sans en tirer son origine, et ils sont dans le monde sans être du monde. L'âme, quoique invisible, habite un corps sensible, où elle est établie en sentinelle, comme dans une forteresse : les chrétiens sont aperçus des yeux pendant qu'ils séjournent dans le monde , mais leur culte et leur religion sont invisibles. La chair, sans avoir reçu aucune injure de la part de l'âme, lui livre une guerre continuelle, parce que l'âme met un frein à ses mouvements licencieux et l'empêche de jouir des voluptés : le monde, sans aucune raison, déteste et persécute les chrétiens, parce qu'ils combattent ses penchants criminels. L'âme aime le corps qui la combat, elle chérit ses membres toujours soulevés contre elle : les chrétiens n'ont que des sentiments d'amour pour ceux qui les accablent de haine. L'âme, quoique renfermée dans le corps , ne laisse pas de le soutenir : les chrétiens , quoique captifs dans le monde, sont sa force et son appui. L'âme immortelle réside dans une enveloppe mortelle : les chrétiens habitent au milieu des choses passagères et espèrent dans le ciel un état immuable. L'âme, contenue par l'abstinence dans le boire et le manger, en devient plus parfaite :
^ Lettre à Dingnètc, ch. vr.
LES HÉRÉSIES ET LE PROGRES Dû DOGME. 313
les chrétiens, tous les jours persécutés, se multiplient dans les tourments. Dieu les a placés dans cet état, et ils n'ont pas le droit de s'y soustraire, »
Origène, Contra Cels,, T, 3; cf. cap. xxvi, xxvii, xxx et seq. — Sain' Clirysostorae, Contra Jud, et gentil, : « Quod Chr. sitDeus, » n. 13 et seq, (Migne, t, XL VIII, p, 831 et seq.), décrit la propagation de l'Église parmi tant d'obstacles, et il ajoute : « Si une vertu divine ne l'avait pas fait, tout cela n'aurait pas même pu commencer, » et il compare cette parole du Christ : Mdificaho Ecdesiam meam, au fiât de la création. Saint Augustin, De civ. Dei, XXII, v, fin.; cf. cap. vu, disait : « Si on ne veut pas croire aux miracles opérés par les apôtres, nous avons un miracle qui nous suffit, c'est que le monde ait pu croire sans miracle. » Cette pensée a été reproduite par saint Thomas (Contra geut., I, C). et par Dante (Inf., XXIV, 106).