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CHAPITRE II

§ l^r. Hérésies du temps des apôtres.

Les hérésies et les schismes.

105. De même que les scandales sont nécessaires dans le monde ', les fausses opinions, les hérésies sont inévitable^i dans la société chrétienne; destinée^ ainsi que son Fondateur, à être un signe de contradiction ^ . Cette conséquence de la corruption humaine est nécessaire dans une certaine mesure, afin que la vertu soit mise à l'épreuve^. L'apparition du Fils de l'homme a produit un profond ébranlement dans les esprits, une fermentation puissante dans la pensée humaine. Les ennemis intérieurs de l'Église, les hommes qui entrèrent dans son sein sans avoir son esprit*, devaient, en formant des schismes et des hérésies, lui porter des coups plus funestes peut-être que ses ennemis du dehors. En considérant la doctrine par son côté purement extérieur, en essayant d'y mêler des éléments étrangers, juifs ou païens, ils se mirent

^ Matlh., XVIII, 7. — 2 LuC: n, 34. — ^ / Cor., xi, 19. — * / Jean, ii, V) et suiv.; // Jean, ix.

en opposition avec l'enseignement des apôtres ou du moins lui firent subir de graves altérations.

Les Épîtres des apôtres saint Jean, saint Pierre et saint Paul, de même que les lettres contenues dans l'Apocalypse du premier, attestent clairement qu'il y eut dès l'origine des hérésies qui défiguraient l'Évangile, y mêlaient des idées religieuses et philosophiques étrangères, des erreurs issues d'une science trompeuse, gnosis (Tim., vi, 20), qui allait se développer de plus en plus avec le cours du temps.

Les anciennes sources (Irénée, Tertullien, Clément, Origène, Eusèbe, Épiphane, etc.) se sont accrues des Philosophumena (éd. Oxon, 1851 ; Gœttingue, 1836 ; Migne, t. XVI, p. 3017 et seq.), que le premier éditeur, E. Miller, attribue à Origène; Baur (Tlieol. Jahrbücher, 1853, 1, II), et Fessier (Tüb. Q.-Schr., 1832, II, p. 299 et suiv.), au prêtre romain Caius; Jacobe, Duncker, Bunsen, etc., et moi (Tùb. Q.-Schr., 1832, III) à Hyppolyte. Ce dernier sentiment a été renforcé, après examen des diverses circonstances, par Dœilinger (Hjppolyt. u. Kal., Ratisbonne, 1833). En France et en Italie, on hésita à y souscrire. Le Normant se prononça pour Origène, Cruice pour Caius ou Tertullien ; Armellini (De prisca refutatione hsereseon, Rome, 1862). Voyez, sur ce savant ouvrage, mon article dans OEsterr, Vierteljahrschiùft f. Theol., 1863, t. II, livrais. 3, p. 289 et suiv.), pour Novatien; De Rossi (Bullet, di arch. crist., 1866, p. 97 et seq.), pour Tertullien.

L'opinion soutenue par les savants d'Allemagne et d'Angleterre n'est pas affaiblie, mais le problème n'est pas définitivement résolu. Le P. Grisar (Ztschr. f. kath. Theol., Insbruck, 1878, DI, p. öOö et suiv.) se pi'ononce aussi pour une révision des actes. Pour moi, il m'a été impossible jusqu'ici de revenir sur cet examen. Voyez encore Harnack, Zur Quellenkritik der Gesch. des Gnosticismus, Leipsig, 1873.

Deux hérésies principales.

106. Deux grandes hérésies se présentent à nous dès le temps des apôtres. L'une, dans laquelle prévaut le particularisme judaïque, essaie, sous des formes diverses, de prouver que la loi mosaïque est obligatoire dans tous les temps, et que les enfants d'Abraham l'emporteront à jamais sur les païens. Dans l'autre, nous assistons à une révolte ouverte contre toute espèce de loi (antinomisme) , jointe au relâchement des mœurs. A ces deux tendances se mêlèrent souvent des spéculations de pure fantaisie. Ces dernières, il est vrai, n'avaient guère d'écho dans le judaïsme proprement dit,

LES HÉRÉSIES ET LE PROGRÈS DU DOGME. 3i5

mais les Juifs hellénisants y trouvaient beaucoup d'attrait. Lautorité des apôtres avait sans doute empêché de plus grandes scissions, mais les germes de nombreuses dissidences existaient déjà de leur temps, et elles éclatèrent plus tard avec une singulière énergie.

A Colosses, saint Paul combattit les judéo-chrétiens qui demeuraient attachés à la loi et à la circoncision, exigeaient l'observation des lois mosaïques sur les aliments, les fêtes, les nouvelles lunes, les sabbats, et y joignaient, avec un ascétisme par trop rigoureux pour le corps, cette prison de l'âme, un culte superstitieux des anges, basé sur une fausse humilité. A l'exemple des païens, ils concevaient les anges comme des êtres intermédiaires entre les hommes et la divinité inaccessible, ravalaient la dignité de Jésus-Christ, qu'ils tenaient pour un simple prophète, à qui un ange d'ordre inférieur se serait révélé. Ils puisaient aux sources d'une philosophie qui avait germé sur le sol païen *.

A tlphèse aussi, il y avait des gnostiques juifs attachés à une doctrine ésotérique, que saint Paul a combattue dans ses lettres pastorales, aniles fabulas devita ^; ils s'occupaient de mythes et de généalogies interminables, « qui seivent plutôt, dit saint Paul, à exciter des disputes qu'à fonder par la foi l'édifice de Dieu^ » fables judaïques, fécondées par la spéculation païenne''. Ils défendaient le mariage et l'usage de certains aliments, surtout de la viande ^

Deux de ces hérétiques, Hyménée et Alexandre, soutenaient que la résurrection (résurrection purement spirituelle et bornée au temps présent), avait déjà eu lieu (cette résurrection consistait probablement dans la connaissance d'une vie antérieure et plus élevée et de la suprême destination de l'homme). La doctrine de la résurrection était combattue à la fois par les sadducéens et par les païens. Elle trouvait aussi dans Corinthe des adversaires auxquels saint Paul fait allusion, lorsfju'il dit : « Quel avantage trouverai-je d'avoir combattu à Éphèse contre des bêtes si les morts ne ressuscitent pas ** ? » Joignez-y en matière de morale une spéculation effrénée qui sacrifiait la liberté chrétienne à la licence.

1 Coloss., II, 8. — « / Tim.j iv, 7. — ' Ibid., -ii. — ^ TU., i, li. — ' I Tk' IV, 3. — « / Cor., IV, 32.

3l<i HISTOIRE DE L ÉGLISE.

Les hérétiques que saint Pierre combat dans sa seconde épître et saint Jude dans la sienne étaient adonnés aux plaisirs de la chair, dédaignaient toute espèce de loi sous prétexte de liberté, niaient le second avènement de Jésus - Christ et la fm du monde. Les nicolaïtes d'Éphëse, de Pergame et d'autres villes, contre lesquels s'élève saint Jean dans son Apocalypse, professaient les mêmes doctrines. Ils s'accommodaient au culte idolâtrique des païens, tenaient pour indifférent de manger des viandes offertes aux faux dieux et allaient jusqu'à admettre la communauté des femmes. Ils considéraient pour leur fondateur , probablement à tort , Nicolas, l'un des sept premiers diacres de Jérusalem.

Dœllinger, Christenth. u. K., p. 127 et suiv. Plusieurs trouvent les éons des gnostiques dans 1 Tim., i, 4. D'autres croient qu'on ne peut fixer sûrement l'époque de la première apparition des éons. On déduit ce nom àTio toü àel eïvai (Arist., De cœlo, I, 9), ou du persan (temps sans origine); on disait aussi alwv zr- Uhc., Epictet., ap. Arrian., lib. II, 53; Dion., De div. nom., cap. v, n. 4; Clem., Hymn. ad Chr., in calce Psedag., lib. III; Synes., Hymn., II, III.

Sur les nicolaïtes, Apol., ii, vi, xv; Iren., I, xxvi, 3. Suivant saint Irénée, le diacre Nicolas, Act., vi, 5, serait leur fondateur et il est dit de lui dans les Philosophumena, m, 36, p. 238, qu'il enseignait àôtaçopîav

êtou xal yvoôcrewi;.

Cf. Append. ad Tert. prsescr., cap. xlvi. Clément, au contraire, Strom., II, XX, p. 490 et seq.; III, cap. iv, p. 522, éd. Potter, absout le diacre de cette faute. Il rapporte l'explication qu'il donna à ceux qui lui reprochaient d'être trop jaloux de la beauté de sa femme : Quiconque la veut peut l'épouser, et cette parole mal comprise : öxi -napaxpriaaCTOai -tyi «rapxl Sei (où irapaxpriffaaôai, abuser, était pris dans le sens de concubitus immodicus, tandis qu'il devait signifier ota/pà^ôai, mortifier, comme le uape/pTic-avTo de Justin, Apol., I, cap. xxix. Il ajoute que des hommes immoraux s'en étaient servis pour justifier leurs débauches, et que des hérétiques s'étaient parés du nom du célèbre compagnon de saint Etienne.

Clément a été suivi par Eusèbe, HI, 19 ; Victorin. Pet., Com. in Apoc, cap. II ; Aug., De hœr., cap. v; Théod., Hser. fab., III,' 1; Nicéph. Call., m, 15, et saint Irénée l'a été par saint Épiphane, Hom. xxv, 1 ; Hilar. JNyssen., Philastr., Hier., Greg. M. Cf. Massuet, Diss. I in Iren., a. 3, § 8, n. 132 et seq., p. lxvi et seq. Clément, qui était sans doute mieux renseigné, rapporte que le fils et les filles de Nicolas vécurent dans la continence.

Dœllinger, p. 131, croit que les biléamites ou balaamites, Apoc, ii,

14; Jud., xi; II Petr., ii, 15, différaient des nicolaites; mais : 1° on ne montre en eux aucun caractère distinctif, et leurs doctrines sont absolument les mêmes; 2° le nom de nicolaites concorde exactement avec celui de biléamites (vtxàv -côv ).aôv, D!^ ^^2» Buxtorf, Lex. rabb.); 3° on pourrait très-bien, à côté des nicolaites, citer Bileam (Nombr., xxii, 5 et suiv.; ch. xxv, xxxi), comme séducteur des fidèles. Aussi la plupart des savants les prennent pour identiques,

Cériuthe.

107. L'apôtre saint Jean, dans ses Épîtres, s'élève contre les hérétiques qui niaient l'identité de Jésus et du Christ et la réalité de l'incarnation, comme le firent plus tard les gnostiques. Ils n'attribuaient au Seigneur qu'un corps apparent ; de là leur nom de docètes. Les mêmes hérétiques furent combattus dans la suite par saint Ignace d'Antioche, dont les arguments ont beaucoup d'analogie avec ceux de l'Apôtre. Peut-être l'hérésie des docètes provenait-elle de cette idée que l'impeccabilité du Seigneur n'était pas facile à concilier avec l'existence de son corps. Cette théorie de la séparation de Jésus et du Christ, qui laissait au premier la réalité de son corps, fut représentée par le juif Cérinthe, imbu des idées d'Alexandrie. Jésus, disait-il, est un pur homme, le Fils de Marie et de Joseph; il est seulement plus juste et plus sage que le reste des mortels. Le Christ (ou l'Esprit de Dieu) descendit sur lui quand il fut baptisé, et c'est dans la vertu du Christ que Jésus opéra ses miracles. Le Christ le délaissa dans sa passion, parce qu'il était lui-même purement spirituel et incapable de souffrir. Cérinthe, adoptant la théorie de Philon, concevait la divinité suprême comme élevée au-dessus de tout, invisible, innominable, séparée du monde terrestre par un abime infini. L'auteur de ce monde, ce n'est pas Dieu, mais une vertu distincte de lui et qui ne le connaît même pas , un ange, l'architecte du monde (démiurge) et l'auteur de la loi mosaïque. Cérinthe, tout en ravalant l'origine de cette loi, lui attribue cependant une certaine vertu obligatoire; il fait usage de l'Évangile selon saint Matthieu, rejette les écrits de saint Paul et ceux de saint Jean, qui le combattit encore en personne. On lui attribue surtout l'idée d'un règne de mille ans pendant lesquels Jésus-Christ reparaîtrait sur la terre, bien

3i8 HISTOIRE DE LEGLISE.

qu'on la rencontre sous une forme plus épurée dans Papias, Justin et saint Irénée (d'après Y Apocalypse, xx, 2-6).

I Jean, iv, 2, 3; II Jean, vu; Ignat., Smyrn., cap. ii : oO^ wcrus^i à-KiTzoi TÎvsç Xsyoufft, to ôoxetv aùtôv TCTtovÖs'vai. Cf. ibid., cap. I-VIli; Trall., IX, x; Eph., vii-xviii; Iren., lU, ivi, 8; Hug (§ 102, 10), U, p. 178. Sur Cérinthe, Iren., I, xxvi, 1 ; III, m, 4; Philos., VII, 33 (AlYyitrîtov TratoEtcf àcrxr,eEÎ;). Tliéodoret, Heer, fab., II, 3; Philastr., De haer., cap. xxxvi; Append. ad Tert. Prsescr., cap. xLviii; Epipb., Hom. xxvm, 1 et seq.; Hier., Catal., cap. ix; Nie, III, 14; Massuet, loc. cit., a. 3, § 6, n. 125 et seq.; Paulus, Hist. Cerinthi Judseochristiaui et Judseognostici, léna, 179Ö. D'après saint Épiph., loc. cit., n. 2, Cérinthe était l'adversaire des apôtres, et suscita le premier des troubles à Antioche ; ses partisans se nommaient mérinthiens (peut-être un sobriquet). Plusieurs le considèrent comme un éclectique judéognostique (Dorner, Lehre von der Person Christi, I, p. 38).

Les simoniens.

108. Simon le Magicien, de Githon, en Samarie, est généralement considéré par les anciens comme le père de l'hérésie. Cependant, bien qu'il se soit fait baptiser par le diacre Philippe, il mérite plutôt le nom de faux messie que celui d'hérétique chrétien. Par ses jongleries, auxquelles il faisait probablement servir ses connaissances en physique, il avait recruté de nombreux adhérents dans son pays natal. Il se donnait pour une « grande vertu de Dieu, » et le désir de surpasser les miracles opérés par les partisans de Jésus- Christ fut le seul motif qui le rattacha à eux. Il offrit de l'argent aux apôtres Pierre et Jean à la condition qu'il lui donneraient la vertu de communiquer le Saint-Esprit. Pierre le repoussa vivement ^ Quant à convertir sérieusement ce goëte, il n'y fallait pas compter. Plus tard, il s'éleva de nouveau contre saint Pierre , dans Rome même, où il trouvait beaucoup de crédit et se disait investi d'une mission divine supérieure, comme l'attestent d'anciens témoignages, qui se trouvent plutôt renforcés qu'infirmés par une foide d'anciennes légendes.

Simon se donnait pour le rédempteur (le voyant , hestos, Dent., xvm, 45), pour la plus parfaite émanation de la divinité.

< Actes, XVIII, 3-24.

Il prétendait s'être révélé aux Samaritains comme Père, aux Juifs comme Fils de Dieu et aux païens comme Saint-Esprit ; il était la manifestion de Celui qui subsiste éternellemento II se faisait accompagner d'une courtisane de Tyr, nommée Hélène, qu'il donnait pour la première idée (ennoia) qu'il avait eue lorsqu'il fut délivré de ses chaînes, pour la mère primitive au moyen de laquelle il avait créé les anges. Ses disciples étaient dissolus et considéraient l'impudicité comme la charité parfaite ; ils pratiquaient la magie et la théurgie, s'occupaient de libations de charité, d'exorcismes, d'incantations, et tenaient l'idolâtrie pour chose indifférente ; ils adoraient l'image de Simon sous la forme de Jupiter, et celle d'Hélène sous la forme d'Athénée. Rien, selon eux, n'était bon de sa nature; ce ne sont pas les bonnes œuvres, mais la grâce (charis), qui doit rendre les hommes heureux. Ces sectaires se nommaient aussi héléniens, du nom d'Hélène.

On a souvent nié de nos jours l'existence de Simon et de sa secte (par exemple : Baur, Gnosis, p. 3iO; Hilgenfeld, die clément. Recognitionen und Homilien, léna, 1848, p. 317 etsuiv.); mais les témoignages des anciens sont trop nombreux, trop concordants, pour que nous puissions les sacrifier à des hypothèses aventureuses et insoutenables. Jos., Ant., XX, vil, 1, 2 (d'après Hilgenfeld, Source de la légende de Simon). Justin, Dial., n. 120; Apol., I, 26, S6, ap. Euseb., Il, 13. (Selon Hilgenfeld, Justin aurait entendu par Simon l'apôtre saint Paul!) Hégésippe, ap. Euseb., IV, 22; Iren., I, xxiii, 1,2; xxvii, 1 ; IV, vi, 4; XXXIII, 3; II, IX, 2; xxxi, 1. Cf. Prsef. in lib. H et in üb. IH; Hippol., Philos., VI, VII et seq., p. 160 et seq.; Tertull., Apol., cap. xiii, de an., cap. xxxiv; Clem., Strom., H, U ; VII, 17 fin.j Orig., Contra Gels., V, 62; VI, 11; Arnob., Contra gent., H, 12; Const. ap., VI, 9; Euseb., H, 1, 13, 14; Gyrill. Hier., Gat., vi, n. 14; Gat., xvi, n. 6, 10; Epiph., Hom. XXI, 1 ; Sulpic. Sev., U, xxviii, p. 83; Arabros., Hexœm., IV, 8; Theod., Hser. fab., I, i ; Isid. Peius., lib. I, ep. xiii; Aug., De hœr., cap. i; Dam., De hœr., cap. i. La plupart des témoins n'ont rien emprunté à la littérature pseudoclémentine, qui n'eut jamais beaucoup d'autorité. Voyez Hilgers, Bonner Zeitschrift., liv. 21, p. 88, et son Exposition critique des hérésies, Bonn, 1837, p. 733. Chr.- W.-J. Walch, Ketzerhistorie, I, 135 et suiv.; Néander, Genêt. Entwickl. der gnost. Systeme, p. 338 et suiv.; Héfelé, Freib. K. -Lexikon, X, 154 et suiv.; Dœllinger, p. 129 et suiv. La dispute entre Simon et Pierre, à Rome, attestée par Justin, Irénée, etc., est confirmée par les Philos., VI, 20, p. 176. Selon Justin, Apol., I, 26, une statue fut

3â0 HISTOIRE DE L*ÉGLISE.

ùi'igée dans Rome à Simon avec cette inscription : Simoni deo sancto. En 1574, quand on y découvrit une statue portant ces mots : Simoni Sanco Deo Fldio sacrum, qu'on attribua au dieu sabin Semo Sancus (Ovid., Fast., VI, 213, 214), on crut que Justin, ignorant du latin, avait été trompé par la ressemblance des noms. C'est le sentiment de Du Pin, R. Simon, Castalion, Pagi, Valois, Grabe, Longuerve, Baur (Gnosis, p. 308), Otto (Justin, I, 192), etc. Mais Justin a été abondamment justifié de ce reproche par Baronius (an. 44, n. 55), Foggini, Tbirbly, Massuet, Maran, Boileau, Hammond, Tillemont, Braun (Apol. S. Just., Bonn, 1830), Stenglein (Tüb. Q.-Schr., 1840, p. 425 et suiv.), Kuntsmann (Hist.-pol. Bl., 1861, t. XLV[I, livrais. 7, p. 530 et suiv. 1" Quand il s'agit d'un fait notoire, il n'est pas si facile d'accuser Justin d'avoir péché par ignorance, ou de s'être énoncé à la légère avec tant de précision, en face de l'empereur et du sénat. Il voyait souvent la statue en passant sur l'île du Tibre, et il était trèsversé dans la mythologie païenne.

2° TertuUien, qui avait, lui aussi, longtemps séjourné à Rome et connaissait bien les divinités romaines, n'aurait pas non plus commis cette erreur; or, voici ce qu'il écrivait, Apol., xiii : « Simonem Magum statua et inscriptione sancti dei inauguratis. » Et quant à saint Augustin, familiarisé avec Tite-Live et Plutarque, il connaissait parfaitement le dieu sabin Sancus (De civ. Dei, XVIII, xix, 1).

3° Il n'est pas prouvé que les restes de la statue trouvés sous Grégoire XIII soient identiques à l'àvSpia; vu et décrit par Justin; on doit plutôt le contester : a. parce que le socle découvert est trop petit pour avoir pu s'adapter à la taille humaine ; b. l'inscription prouve qu'elle a été dressée par un particulier (S. Pompej. Sp. Mussianus), tandis que, selon les Pères, elle fut érigée par l'empereur et le sénat; c. le Deo Fidio manque dans Justin; d. ce dernier parle de la statue comme étant unique en son genre à Rome, tandis que plusieurs étaient dédiées à Semo Sancus (Baronius, loc. cit., n. 56; Gruter, Thés, inscr., p. 96-98).

Le culte des dieux étant si varié à Rome, il n'est nullement étrange qu'il y ait eu plusieurs statues, et les exemples d'apothéose décernée à des hommes vivants ne manquent point. Philostr., Vita Apol. Thyan., Vn, X, p. 346; VIII, ii, p. 376; IV, x, p. 188 et seq.; Athen., Leg., p. 29 et seq., ed. Par., 1636. Cf. Act., xiii, 10-17; Tillemont, Mémoires, t. II, note sur Simon.

Il est dit de Simon, Philosophum., VI, vu, p. 161, cap. xiv, p. 167 : ôsoTOiïiiTat êauTOv InexdçYiars^ ; et, cap. viii, c'est à Simon qu'on applique ce qui est dit du Libyen Apsethos, lequel, voulant se faire passer pour Dieu, laissa envoler une troupe de perroquets bien dressés, qui poussèrent ce cri : a Apsethos est dieu. » Apsethos fut confondu par un autre Grec rusé, qui apprit ces paroles à d'autres perroquets : « Apsethos nous a enfermés et forcés de crier qu'il était dieu. » Sur quoi Apsethos, jusque-là honoré comme un dieu, fut brûlé.

l.tS IIKRÉSIES ET LE l'HOCRÈS TtU DOGME. 321

Simon se nommait : ô èmùni, erràç, (miff6[i.evo;. Phil., loc. cit., cap. ix, p. 162. Cf. Clem., Recogn., I, 72; II, 7; Hom., II, 24. Les simoniens, dans leur baptême, faisaient paraître du feu aix-dessus de l'eau. Auct., De rebaptismate, cap. xvi (Cjpr., Op., éd. Hartel, part. III, p. 89, 90).

109. Les Philosophumena , d'après un ouvrage simonien intitulé Grande Révélation, attribuent à Simon le Magicien un système très-éteudu; il se rapprocherait du platonisme et servirait de prélude au système que Valentin devait développer dans la suite. Quoi qu'il en soit, il est difficile de distinguer ce qui est d'origine plus ancienne et ce qui est de date plus récente. D'après ce système, il existe un être primitif éternel et parfait \Deiitér., iv. 24), doué d'un élément visible et d'un élément invisible , caché dans un sens et visible dans l'autre. Ce qui est caché réside dans ce qui est manifeste, et ce qui est manifeste est issu de ce qui est caché. Ils sont l'un à l'autre ce que sont dans Platon l'intelligible et le sensible. De l'être primitif (du feu caché) émanent six puissances (racines), réunies par couples : Nous QiEpinoia, Phorie et Ononia, Logismos et Enthymesis. De ces couples ^syzygies), le premier correspond au ciel [h., i, 2), le second au soleil et à la lune, le troisième à l'air et à l'eau. Ces six puissances renferment la puissance illimitée et complète, non en réalité, mais en germe seulement. Cette puissance sans bornes, c'est Celui qui subsiste (subsistait, subsiste et subsistera); c'est la septième puissance, correspondant au septième jour du repos ', comme les six puissances correspondent aux six jours de la création. La septième puissance existait avant le monde ' : c'est l'esprit de Dieu qui planait sur les eaux \ Si elle demeure à l'état de simple puissance dans les six germes qui représentent le monde, si elle n'est pas empreinte et développée dans le monde, elle périt infailliblement. Si elle se développe dans le monde, elle est la même, quant à la grandeur, la puissance et la perfection, que la puissance incréée et illimitée de l'être primitif (émanation panthéiste). Il y a dans l'homme une image de cet esprit, de la septième puissance, et cette image doit être réellement développée. Cette dernière puissance, Celui qui subsiste, était conçue comme androgyne ;

' Qen., n, 2. - " Ps. cis. 3. — ' Cm., i, 3.

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