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Jésus-Christ avait envoyé ses apôtres pour instruire

' Ephés., IV, 14.

AiO HISTOIRE DE L'ÉGUSE.

l(!.s nations et faire observer tout ce qu'il leur avait prescrit*. Il ne dépendait donc pas des fidèles de choisir les doctrines qu'il leur plairait de croire. Ce que voulait le Sauveur, ce n'était pas des partis religieux, des écoles, mais une seule Église pour tous. Il n'avait pas chargé ses apôtres d'écrire (bien que quelques-uns l'aient fait sous l'impulsion du Saint-Esprit), mais d'enseigner de vive voix. La tradition' (paradosis) est antérieure à l'Ecriture, et comme « la foi vient d'entendre ^, » la parole vivante ne pouvait jamais être remplacée, pas même par les Écritures du Nouveau Testament ; car elles sont postérieures à la fondation de l'Église, supposent toujours l'enseignement verbal, ne traitent que des points de doctrine particuliers et n'entendent donner ni un système théologique ni un code de loi proprement dit.

Ainsi, quelque estime que l'Église fît de* ce trésor vraiment divin, si riche des pensées sublimes et profondes ; bien qu'elle fût convaincue de l'inspiration divine de ses auteurs, elle le tenait pour insuffisant et n'y renfermait pas tout le dépôt de la foi*. Ce dépôt était quelque chose de vivant, destiné à un accroissement organique, composé de falls, de principes, de germes et d'indications dogmatiques, contenant en puissance la plénitude du dogme, appelé à un développement progressif conforme à la marche historique du christianisme même. La conscience ecclésiastique se développait de plus en phis dans la lutte contre les attaques du dehors ; nulle proposition de foi ne pouvait plus se perdre, nulle assertion contraire au dépôt ne pouvait prévaloir contre une vérité de foi. L'Église était elle-même le trésor où les apôtres déposaient tout ce qui faisait partie de la vérité, afin que chacun put aller à son gré se désaltérer aux sources de la vie ^

Aïpeaiç vient de alpéw, eligo, capio. Tert., Prasser., cap. vi : « Hsereses dictée graîca voce ex interprelatione electionis, qua quis sive ad instituendas sive ad suscipiendas eas iititur; » Ps. Äthan., Qusest. in N. T.. q. xxxvm (Migne, t. XXXVIII, p. 274) : aipso-ii; X^yerai àizo toû alpsïaôat -rt tStov xai TouTw â^axôXoyOeïv. Cf. Hier., in Gai., cap. vi; Isid. Hisp., Orig..

' Matth., xxviii, 19. — * Gai., i, 8; // Thess., ii, 14, \b. — ^ Rom., x, 17; / Cor.. II, -4 et suiv. — * / Tini.. vi, 20; // Tim.. m, \l. — ' Irénée. fil. iv, 1; cf cap. -xxiv, \.

LES HÉRÉSIES ET LE PROGRÈS DU DOGME. 4'2l

VIII, 3. Chez les anciens « Hœresis » ne signifiait pas seulement choix, mais encore le genre de vie qu'on avait choisi, la tendance vers un parti religieux ou politique, par exemple dans Flavius Josephe, Act., V, Il ; XV, Ö; XXVI, 3; voyez I Cor., xi, 10; Gai., v, 20. Dans le sens strictement religieux, «secta? perditionis, »alpédei; ànw^eta;,!! Petr.,ii, 1. Dans Clém., Strom., VII, 15, les oiarpiêat sont opposées à l'Église. Les hérétiquess'appellent aussi £T£pooo|oüvr£;, âTepôooÇoi (Op.,xà aÙT« Sô^avxeç, Justin, Dial., cap. xlviu). Dans saint Ignace, Smyrn., vi, ÉTcpooioâcTxaXo'.; Heges., ap. Euseb., lil, 32; £T£po&'.oa'jxa).oüvT£:, Dionys., ibid., VII, 9. Les auteurs snivants prouvent que les hérétiques n'ont pas le droit de se servir des saintes Écritures , et ils établissent l'antériorité de la tradition et de la Bible : saint Irénée, III, i, 2 et seq.; IV, 26 ; Tertullien, De preescript., cap. xvii, 1, 38. Les Pères attestent souvent la croyance à l'inspiration de l'Écriture (fondée sur l'ÈTrtirvoia xoû àytoy Tr/sûjxa-co;;. Les apôtres passent pour les instruments de Dieu, pour 6£o;opoû(j.£voi. Athen., Leg., cap. vu. Justin, Apol., I, 33; Theophil., 111, 12; Clem., Strom., VI, 17. On parlait de l'Ancien Testament et du Nouveau dans les mêmes termes; Clément de Rome, I Cor., cap. xui, xvi, xlv, xlvii, xxiv, xxxn, xxxv (Lumper, Hist. crit., I, p. 36-61); Cypr., De op. et eleem., cap. ii et seq., emploie cette formule : « Loquitur in Scripturis Spiritus sanctus, » d'après Prov., \vi, 6; Eccli., ui, 30, etc.; cap. ix : « Paulus, dominicee inspirationis gratia plenus, inquit » (II Cor., i\, 10 et suiv.); ces mots de Jean, xix, 23 et suiv., sont pour lui « Scriptura divina » (De unit. EccL, cap. viiV Voy. Clément d'Alexandrie, Coh., cap. i; Pœd., I, 5 et seq. L'Écriture s appelle : r, bzix TpaqpT), y.ypiaxal ypaçai, ÔEÔTtvEycrcat yp. Clem., Coll., C. IX ; .Strom., VII, 16. Le ternie 6£Ô7r/£y(rto; se trouve déjà dans II Tini., ni, J6. Passages particulièrement beaux dans Iren., 11, xxviii, 2; IV, 32 et seq.; Orig., Hom. xxvu in Nuni., n. 1, 4; Justin, Dial., cap. vu. Voyez Lumper, II, p. 30 et seq.; Rodhe, Justini M. De theopneustis libr. sacr., Lund., 1830; Semisch, Justin, H, p. 11 et suiv. Sur la Tradition, on trouve les expressions suivantes : r) âira? iTapaôo6£ï<7a toïç àyiot; ■7tî<7Tt; (Jud., V. 3), xà TtapaooôÉvT« (Ep. ad Diogn.. c. Xl), ô I? àp/ïi; fijjiïv TiapaooÔEl; ).ÔYo; (Polyc, Ep., c. vil), ■/] à7t),àvrjC Tiapocoocrt; xoû à-oaxoÀ'.y.oû XTipÛYjjLaxoç, ri 6 yY'*lî ^avwv xoû çwxTjpîo'j xr,p"JY[jLaxo; ■/.. x. ),. Clem., Strom., VII, 17, fin. : \i.ioL lïâvxow yéyo^t xtov àTîorTxô'/wv, wiritcp SioarntaXîa, oîixw oï xai -^ Trapâcociç. Sur la doctrine des apôtres, Dœllinger, op. cit., p. I't2; sur le « deposilum lidei, »ibid., 162.

158. Déjà dans l'Ancien Testament, l'Écriture et la tradition subsistaient l'une à côté de l'autre. Or, Jésus-Christ n'a pas reconnu seulement la loi et les prophètes, mais encore la tradition dogmatique de la Synagogue; il na rejeté que les écarts de quelques personnes et de quelques écoles. C'est de la tradition que dérivait tout ce qu'on cn.seignait .siu' la résurrecliou,

le jugement, le paradis, l'enfer, les anges déchus. En même temps que l'Écriture, elle passa dans le domaine de l'Église sans rupture violente et sans abdication [formelle. Les prescriptions morales qui reposaient sur une base purement naturelle et divine continuèrent d'être en vigueur, tandis que la loi rituelle, les institutions civiles et politiques, n'ayant qu'une valeur transitoire, tombèrent en désuétude.

L'Église seule, vivant au temps de l'accomplisssement et jetant de là un regard rétrospectif sur le temps de la préparation , l'Église seule pleinement initiée au plan de Dieu, était capable de bien expliquer les figures et les prophéties de l'ancienne loi^ qui demeurèrent voilées pour le juif charnel et grossier. Saint Paul a souvent relevé le sens allégorique (mystique) de l'ancienne aUiance ', dont la légitimité fut toujours reconnue dans l'Église; les docteurs chrétiens n'ont disputé que sur l'étendue qu'il fallait donner à l'interprétation allégorique et mystique et sur ses rapports avec l'interprétation littérale. De savoir si elle s'appliquait aussi au .Nouveau Testament, c'était là un sujet de discussion entre les partisans et les adversaires du millénarisme, surtout en Egypte.

Dœllinger, p. 136 et suiv. Sur la loi de l'Ancien Testament et sa valeur dans l'Église, Iren., IV, xii-xvu ; TertuL, Adv. Marc, I, 20 et seq.; IV, 1 et seq., Origène, Hom. vi in Gen., n. 3 (Op., 11,77 et seq.), Justin, Dial., cap. xxxiir, xlvi, xcn. Le sens mystique, enseigné surtout par l'Épître de Barnabe, par Justin (Dial., cap. cxxxviii et seq.), et les alexandrins (Clém., Strom., VI, 13 : « Quis div, salv., » n. 3); Guericke ici-dessous § 172), part. II, p. 33-56. Sur la typologie, qu'il ne faut pas confondre avec l'allégorie ordinaire, voyez Patrizi, De Interpret. SS. Scripturar., Rom., 1844. t. I, cap. lx et seq., p. 172 et seq. Ancienneté de l'interprétation allégorique chez les païens et chez les juifs, Thomasius, Origène, p. 311 et suiv.

Le canon de l'Ancien Testament.

159. La collection des Écritures de l'Ancien Testament n'était pas encore définitivement terminée du temps des apôtres. Les Juifs eux-mêmes n'étaient pas d'accord sur les hagioçjrapha (Kehibim). On discutait encore après la ruine de Jérusalem sm' les Proverbes, le Cantique des cantiques, l'Ecclé-

< GaJ.. IV. 2.3 et suiv.; I Cor., x. 1-4.

siaste et Esther. Les livres qui n'existaient qu'en grec (deutéroranoniques] , comme ceux des Machabées, de la Sagesse, etc., et qui comblaient les lacunes de la collection hébraïque de Palestine entre Texil à Babylone et la domination des Romains, passèrent dans l'Église avec la version alexandrine, qui contenait tant de locutions grecques pouvant servir d'enveloppe aux idées chrétiennes. Cette version fut utilisée par 'es apôtres, sauf en quelques points (un septième des citations) et ne put être supplantée par d'autres versions, faites la plupart dans l'intérêt des Juifs et des ébioniles. L'Église, trouvant dans cette version les formules grecques dont nous venons de parler, en fit un fréquent usage.

En général, l'ancien canon de la Synagogue, souvent cité par les auteurs chrétiens, n'était pas le canon de l'Église, qui s'élevait librement au-dessus des idées restreintes du judaïsme. Cette version alexandrine, après avoir contribué, dans les vues de la Providence, à débarrasser peu à peu l'esprit judaïque de ses idées étroites de nationalité, servit de lien entre l'hébraïsme de la Palestine et le christianisme. Les citations empruntées à l'Ancien Testament par le Nouveau étaient presque toujours hbres, faites de mémoire et avec combinaison de divers passages. C'est ainsi généralement que les Pères citaient les textes de la loi et des prophètes.

Dcellinger, p. 148 et suiv. Au deuxième siècle, Méliton de Sardes se rendit eu Palestine pour se bien renseigner sur le canon des Juifs, Euseb., IV, 26. La différence entre le canon juif et le canon chrétien est attestée par 0 ri gène, Prolog, in Cantic. (Op. III, 30). Dans Hom. XXVII in Num., n. 1 (Op. II, 374), pour la « lectio divin, voluminum, » il cite Esther, Judith, Tobie, Sagesse, et il justifie, Ep. ad Jul. Afr. (Gallandi, II, 341 et seq.), l'histoire de Suzanne, que saint Irénée, IV, V, 2; xxvi, 3, déclare canonique, ainsi que l'histoire de Bel. Sur Clément, voy. Gucricke, part. II, p. 7 et suiv. Haute estime pour les LXX, voyez Justin, Coh., cap. xiii; ApoL, I, 31 ; Dial., lxxi ; Iren., III, xxi, 1, li; Clem., Strom., I, 22. L'Épitre de Barnabe cite aussi presque toujours d'après les LXX; cap.'vi, Is., xxvm, 16; cap. xv, Gen., ii, 22, d'après l'hébreu.

Le canon du Nouveau Testament.

160. Le canon du .Nouveau Testament n'était pas encore fixé au début du oremier siècle. Il se forma dans le cours du

deuxième par l'exclusion de nombreux écrits falsifiés ou interpolés, tandis qu'on en perdit quelques-uns qui étaient authentiques (peut-être deux Épîtres de saint Paul). Comme les Écritures qui composent le Nouveau Testament ne se conservaient dans le principe que dans quelques Églises, dans quelques cercles particuliers auxquels elles avaient été d'abord destinées; comme elles ne furent pas uniformément propagées, des doutes nombreux devaient surgir au sujet de quelques-unes, surtout des Épîtres (antilegomena), par exemple sur la seconde de saint Pierre, puis sur l'Apocalypse, bien qu'on les attaquât pour des raisons dogmatiques plutôt que critiques. Au commencement du quatrième siècle, la plupart de ces doutes avaient disparu, et l'accord qui existait depuis longtemps dans toutes les Églises, en ce qui concerne les quatre Évangiles, les x\ctes des apôtres et la plupart des Épîtres, s'étendit également aux autres Épîtres et à l'Apocalypse de saint Jean. Dès les temps les plus reculés, on en lisait déjà des extraits pendant les offices, on les expliquait soit dans des leçons publiques soit dans les divers ouvrages suscités en partie par les interprétations arbitraires des hérétiques. De même que pour l'Ancien Testament, l'interprétation se heurtait ici à des difficultés, comme saint Pierre le reconnaît à propos des Épîtres de saint Paul*. Saint Paul, de son côté, renvoyait ses disciples à ses instructions verbales*, de sorte que la Tradition, ici encore, servait de commentaire et d'interprète; les Pères apostoliques se rattachaient étroitement aux apoti-es et formaient une tradition certaine et vivante. Papias, saint Ignace et saint Polycarpe tenaient leur doctrine de saint Jean, saint Irénée tenait la sienne de saint Polycarpe, lequel transmit la sienne à Caïus et à Hippolyte.

OUYR.\.GES A CONSLLÏEU ET RE.MAliyLES CRITIQUES SLR LE X" 160.

Dœllinger, p. 154 et suiv. Le Nouveau Testament est ordinairement partagé en Évangiles et en Épitres des apôtres. Ignat., Philad., v ; Iren.. I, ni, 6; Tert., Adv. Prax.. cap. xv ; Clem., Strom., V, 6; VI, 11 ; Vil, 3; Orig., in Num. loe. cit.; ïlom. xix in Jer. ^Op. III, 264). Hippol., De antichr., n. o8. Sur les Antilegomena, Eus., 111, 25; VI, 14, cum notis. Cf. IV, 22; VI, 25; Lindner, K.-G., I, p. 61). Justin utilisait

1 // Pierre, iii. 16. — * // r»w., u, 2.

déjà nos Evangiles (Semische, Die apost. Denkward. Justins, Hamb., 1848); il cite l'Apocalypse comme étant de l'apôtre saint Jean (Dial., c. i.xxxi ; Eus., IV, 8), et il connaît les Épîtres de saint Paul (Otto, De Justino M., p. 122, 123 not.). Le Fragment de Mul'atori, après l'an loO, allègue la plupart de nos Écritures du Nouveau Testament. Collection des sources renfermant les témoignages des Pères sur le canon du Nouveau Testament par Kirchofer (Zurich, 1842). Les conciles africains de 393, 377 et 419 contiennent tout notre canon. Voyez aussi Friedlieb, Schrift, Tradition und. kirchl. Erklœrung, Breslau, 1854.

La Tradition et l'Église.

161. L'importance de la tradition ecclésiastique fut mise de bonne heure dans une pleine lumière. De même que la doctrine des apôtres était la doctrine de Jésus-Christ', la doctrine de l'Église était celle des apôtres, qui l'avaient fidèlement transmise à leurs héritiers, les évêques, avec leur succession ininterrompue et le consentement unanime des diverses Églises. Si leur enseignement n'eût pas été véritable, l'unité qui se remarque pendant et après la période des apôtres eût été impossible. L'Église, dirigée par le Saint-Esprit, est la gardienne de la vérité ; qui ne l'a pas pour mère ne saurait avoir Dieu pour Père; Épouse immaculée du Christ, elle ne peut jamais devenir infidèle à son céleste Époux. Toutes les hérésies, au contraire, portent la marque de leur origine humaine; on constate parmi elles une diversité choquante et des variations infinies : tout y est arbitraire ; de là vient que le salut ne se trouve point chez elles, mais dans la seule Eglise catholique. Divine et apostolique dans son origine, l'Église est universelle, indestructible, infaillible en vertu de l'influence divine qui agit en elle; elle est partout égale à elle-même : c'est le corps unique de Jésus-Christ, qui ne peut être divisé ; la robe sans couture du Seigneur, qui ne peut être partagée'. Elle maintient la vérité qu'elle a reçue en présence de toutes les inventions humaines, de la mobilité incessante des opinions, des falsifications qu'on fait subir à la doctrine du Sauveur. Sa tradition, publique et constante, n est pas communiquée secrètement à quelques privilégiés et ne change pas .selon les temps et les lieux. Quelques-unes de

* Lui . X. 10: Mallh., X, iO; Jean, xiu, '20,— ■ Jean, xix, 2:3.

426 HISTOIRE DE LÉGLISE.

ses parties ont été successivement fixées par l'écriture, soit dans les symboles de foi et les décrets des conciles, soit dans les différents ouvrages des auteurs ecclésiastiques depuis Papias et Justin.

Iren., I, 10; IIF, 3, 4, 10, 23 et seq.; Tert., De prœscr., cap. xvii et seq., XXIX et seq., xxxii et seq.; Adv. Prax., cap. ii; Clément, Paed., I, 6; Strom., iïl, 6, 17; II, H; VII, 5, H et seq.; Cypr., De imit. Eccl., cap. Yi et VII (tunica inconsutilis). Différentes foi'mules de cette maxime : «Extra Ecclesiam nulla salus, » dans Iren., IV, xxvi, 2; xxxiii, 7 ; Lact., De inst., IV, 14 ; Cypr., loc. cit.; Clem., Psed., I, 6; Orig., Hom. m in Jos., n. 5 (Op. II, 404); Theod., Quaest. ii in Josue (Op. I, 304). Sur chaque dogme, Petav., Dogni. theol., t. I et seq.; G. BuUns, Defensio iidei niccenge; Prud. Maran., D. N. J. Chr. divinitas, Paris, 1746; Klee, Dogmengesch, vol. I, lI;Mœhler, Athanase, Mayence, 1827; Ginoulhiac, Histoire du dogme chrétien pendant les trois premiers siècles, Paris, 1852, 2= éd., 1853, 3 vol.; Schwane, Dogmengesch. der vornicœn. Zeit, I, p. 49 et suiv.; Werner, Gesch. der apol. und polem. Litt., vol. I; Zobl, Dogmengesch., Insbi'uck, 1865.

La théodicée.

162. Oue la simple raison puisse connaître l'existence de Dieu par le moyen des créatures, tous les anciens docteurs de l'Église l'admettent avec l'Écriture *, et ils considèrent l'oubli du vrai Dieu où étaient tombés les païens comme la plus triste aberration de l'esprit humain. Ils maintiennent résolument l'unité de Dieu en face du polythéisme païen, de l'émanatianisme gnostique et du dualisme manichéen. Ils rejettent l'anthropomorphisme professé par un grand nombre de païens et de Juifs, le partage de l'Etre divin en différentes substances, la séparation des attributs de Dieu, que des hérétiques élevaient à la dignité d'hypostases; ils démontrent que le monde a été créé par Dieu et ne peut être que son ouvrage , qu'il était bon en sortant de ses mains, que la matière n'est pas le siège du mal, que le mal n'est venu que par l'abus de la liberté des créatures, que les hommes sont entre eux naturellement égaux.

L'Écriture déclare que la création a été tirée du néant', et les Pères le proclament non moins clairement. On a toujours

' Boni., I, 19 et suiv.; Saçj., xiii, 1 et suiv.; Ps. xviii, 1. — ' 11 Mcch., vu, 28; liom., iv, 17; Jean, xvii, 5; Matth., xnr, 35 et suiv.

cni aussi que Satan était bon quand Dieu le créa. Mais si l'existence de Dieu pouvait être connue de l'homme, sa nature lui était impénétrable. « Dieu, disait Minuce Félix, ne peut être vu ni compris ; lui seul se connaît dans toute sa grandeur. Pour le saisir, notre cœur est trop étroit, et nous ne l'apprécions dignement qu'en le disant inappréciable. (]elui qui croit connaître la grandeur de Dieu l'amoindrit ; quiconque ne veut pas l'amoindrir ne la connaît pas '. »

Existence de Dieu: Theophil., I, ö et seq., 24; II, 10; Orig., Contra Cels., I, IV, 23; Iren., Il, vi, 1 ; IV, vi, G; Tertul., Adv. Marc, I, 10, 18: II, 16 j ApoL, cap. xvii; De test, anim., cap. vi; Minut. Fel., In Oct., cap. XXXII ; Clem., Cohort., cap. vi; Strom., V, 13 et seq.; VI, 15; Just., Apol.. H, 6; Arnobe, Contra gent., I, 32. — Unité de Dieu : Hermas, Pastor., IIb. II, Mand. I; Athen., Leg., cap. iv, viu: Ignat., Magn., viii; Tertul., Ad Scap., cap. ii; Apol., loc. cit.; Justin, Cohort., cap. xxxvi. .Iiistin et saint Irénée écrivirent donc l'un et l'autre Tiepl [Aovapyîa;. Eus., IV, 18; V, 20; Cypr., De idol. vanit.; Clem., Pfed., I, 8 ; Orig., De princ.

1, I, 6. Beau passage dans Tertul., Contra Marc, I, 3 : « Dens, si non unus est, non est. » — Attributs de Dieu : Iren,, II, 13 et seq.; III, 23 ; Clem., Paîd., I, 8; Orig., De princ, I, 2 ; Tertul., Contra Marc, II, 9 et seq.; Lact., De ira Del, cap. vi et seq.

Contre les anthropomorphismes : Orig., Hom. xviii in Jer., n. 6; Dt orat., cap. xxiii, t. XIII in Joann., n. 23; De princ, I, i, 6; H, ii, 2; Contra Cels., IV, 71 ; VU, 33; Clem., Strom., II, 16; V, 11. La création : Just., Cohort., cap. xi; Dial., v, 11 ; ApoL, I, 20; II, 6; Iren., II, i, 2: Method., De hbero arbitrio; Tertul., Adv. Hermog.; Theoph., I, m, 3. — Pastor Hermse: Iren., IV, xx, 2; Phil., X, 32, 33; Clem., Cohort., c. iv: Strom., V, 14; \T, 16. — Origine du mal, Iren., III, 22; IV, 37; V, vi, 20; Tertull., De anim., cup. xu; Justin, Apol., II, 7; Clem., Strom., I, 17 ; Philos., X, XXXIII, p. 336 et seq. — Sur Satan: Athen., Leg., xxv; Tatien, Adv. Graec, xvi ; Iren., III, 23; V, 21. Isaie, xiv, M, appliqué à Satan !jar Tertullien, Contra Marc, V, 11, 17; Orig., De princ, I, v, 3; IV,

2, etc., dans De la Rue, Op. Orig., t. I, p. 68, note. Incompréhensibilité de Dieu : Justin, Dial., iv, 128; Apol., I, 61, 63;

H, 6; Cohort., cap. xxi; Hermas, Past., lib. II, Mand. i; Athen., Leg., cap. x; Ii'en., IV, 19 ; Xovat., De Trin., cap. ii.

163. Avec l'unité de Dieu, les Pères professent la trinité de ses personnes, qu'ils trouvent énoncée dans la formule du baptême*. Le nom de Trinité (Trias, Trinitas) qsX en usage dès le deuxième siècle ; les alexandrins parlent d'une triade

' Oriav., ch. -sviii. — » Malth.. xiixii, 19

i28 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

adorée. Avec Dieu le Père, le Fils, qui se dit un avec lui ' fpar nature), est reconnu comme vrai Dieu par saint Jean ' et par saint PauP. L'Ancien Testament parlait déjà de la Parole divine ou Sagesse de Dieu *. C'était dire que le Logos forme une personne distincte. Ce terme de Logos, qui se trouve aussi dans Philon, saint Jean crut qu'il pouvait servir à exprimer la doctrine chrétienne et il s'en empara.

Sur le Saint-Esprit, l'Ancien Testament est moins explicite ; Jésus-Christ seul nous Ta dépeint comme le véritable Consolateur, qui procède du Père, le glorifie, enseigne à l'Église toute vérité, continue l'œuvre commencée par l'incarnation du Fils, descend sur les hommes et habite en eux '. L'Écriture attribue au Saint-Esprit la connaissance de toutes choses ^ saint Pierre ' et saint Paul ^ l'appellent Dieu. Les trois personnes divines sont désignées dans le Nouveau Testament par les expressions les plus diverses ^ Le terme d'Esprit [pneuma] est employé même par les plus anciens Pères, tantôt pour exprimer l'essence de la divinité '", tantôt pour indiquer la troisième des personnes divines. Les Pères joignent ordinairement les trois personnes ensemble, et la même chose se voit dans une ancienne hymne que les chrétiens chantaient dans leur office du soir; ils confessent ce qu'il y a de commun dans la divinité : la puissance dans l'unité et l'égalité de nature ; ce qu'il y a de particulier : la distinction dans l'ordre, la pluralité des personnes. Saint Denis, évèque de Rome, énonce avec clarté et précision la croyance de l'Église sur le dogme de la Trinité.

Allusion à la formule du baptême dans Justin, ApoL, I, 61 ; Tertul., Adv. Prax., cap. xxvi, fin.

Le mot trias se trouve déjà dans Théophil., III, 13, où les trois jours avant la création de la lumière sont appelés image de la triade. Orig., ia Psal. cxxxvii, 3 : irpo(7xyvr,Tri -piâ;. Cf. in Joan., yi, 47; in Matth., xv, 31 ; Selecta in Psalm, cxxii (U, 607); in Ps. cxliv, 3 (ibid., 844); Trinitas se trouve dans Tertul., Adv. Prax., cap. m, iv, xii; De pud., cap. xxi;

^ Jenn, x, 30. — * / Jean, iv, li, et v, S et suiv. — ^ fiom., ix, 5; P/i//., n, 6-8; Coloss., ii, 9; Tit., ii, 13. — « Prov., vni, 23 et suiv.; Sag., vu, 22; vui, 1 et suiv. — ^ Jean, eb. xiv-xvi. — « / Cor., n, 10. — ' Act., v, 3, 4.

— * / Cor., III, 16, 17. - ' Ibid., xii. 1-7; // Cor., xnu 13; / Pierre, i. 2.

— *" .fean. iv. 21.

i.ES HÉRÉSIES ET LE PROGRÈS t)U DOGME. i^O

Cypr., Ep. Lxxni ad Jubajan. Sur le mot « Dieu » chez les Juifs chaldéens, voy. Lücke, Comni. zum Joh.-Ev., 1, 249 et suiv., 283. Sur la révélation obscure du Saint-Esprit dans l'Anciêu Testament, voyez Orig., De priuc, I, i, 3; m, I et seq.; Nazianz., Or, xxxi, p. 360. Mon ouvrage : Die Lehre von der gœttl. Dreieinigkeit nach Greg. v. Naz., Regensb., 1830, p. 202 et suiv., n. 13, et Fholius, t. III, p. 388 et suiv.; Justin, Apol., I, 39 et seq., prétendait trouver la Trinité dans Platon. Clément de Rome, ap. Rasil., De Spiritu sancto, cap. xxix, n. 72 : Zf, 6 0£Ô; xat ô xûpio; I. Xp. /.cd lo mtü\ia. tô aviov. Saint Ignace, Magn., xni, met les trois degrés de la hiérarchie en parallèle avec les trois personnes divines. Cf. Epiph., ix; Athénagore, Leg., cap. x, mentionne TTiv êv zfi vjuinn 0'jvap.iv xai Tr,v âv ir, -râ^si ô'.aîpsiTiv, et prouve que les chrétiens ne sont pas athées, eux qui annoncent le Père, le Fils et le Saint- Esprit. Justin fait de mêiue, Apol., I, 6, 13. Clément, Pœdag., III, xii, p. 3H, éd. Potter, veut qu'on honore les trois personnes comme un seul Dieu. Hymn. vespert., ap. Routh, Rel. sacr., III, 299 : âxeovte; inï TOÜ :?;).îo"j oOcïiv, lôôvis; çw; écTiEpivôv, 0(j,voû[X£v TraTSpa xat uîov xai äyiov Ttveùixa Weoù. Denis de Rome, Fragm., ibid., p. 199-201. nv£Ù|ji.a est accompagné tantôt de o-jctiwowç, tantôt de ûTîOdTaxtxw;. Cf. Clém. de Rom., II Cor., cap. ix; Herrn., Past.; Sim. V, n. 3 et seq.; Constant, Praîf. gen. in Op. S. Hilar., n. 62 et seq. Callixte désignait aussi la divinité du Fils paritv£Ü(ia. Dœllinger, Ilippol., p. 237; Hagemann, Rœm. K., p. 94 et suiv., 98, 103, 120. Dans saint Ignace, Smyrn., m; Eph., vu, adip; signilie la nature humaine, et 7r;sü[xa la nature divine. L'Esprit comme personne est appelé dans Clément, I Cor., xlvi, esprit de la grâce, ou Ostov Ttveûtia. Justin, Apol., I, 9, 10, 32; Tatien, Or., cap. xiii; Athen., Leg., X, 24. Cf. Ign., Eph, ix; Pastor Herrn., II, 10; Iren., III, 17; Clem., Pced., lib. III, lin. Ilippol., Contra Noet., cap. xii-xiv; Orig., Hum. VIII in Jer. (Op. III, 170), entend par « Spiritus principalis, rectus et sanctus » du psaume i, les trois personnes divines.

164. Le défaut de netteté et d'exactitude dans Texposition de ce dogme avait sa source, d'une part, dans une terminologie vague et non encore fixée ; d'autre part, dans les formules elles locutions empruntées à la philosophie et à Philon. Sous le premier rapport, c'était le nom de personne qui allait susciter des malentendus. Le mot de prosopo?î était pris par les sabelliens dans le sens de masque, qui en soi était peut-être le véritable ; ht/postasis, avant le quatrième siècle, était confondu avec ousia (substance, essence, nature). Aristote distinguait deux sortes d'oitsies : la première désignait l'individu, la personne; la seconde, la substance ou le genre. Plus tard, quand la terminologie devint plus rigoureuse, l'usage général voulut qxïhypostase dé.signàt la personne, el

ousia Tessence, la nature. Le terme de physis fut aussi pendant longtemps indéterminé. A propos de ce dernier terme, la distinction que l^hiloii établissait entre le Logos qui réside au dedans et le Logos qui se révèle au dehors, amena bien des confusions. 11 était peu convenable, même en le modifiant dans le sens chrétien. Les Pères faisaient en outre ressortir que le Logos n'est point une parole qui jaillit au dehors et disparaît comme la parole humaine; que ce n'est point une pensée non subsistante par soi, et qu'en procédant du Père il ne se sépare point de lui. Ces expressions, ajoutaientils, ne marquent que deux relations différentes du Fils : son immanence dans le Père, son repos dans la divinité, puis ses opérations parmi les hommes comme créateur, libérateur et Sauveur. C'est également au Yerbe qu'on attribuait les apparitions de Dieu sous l'ancienne loi.

OUVRAGES A CONSrLTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE X° 164.

Sur îtpoffWTTov, voy. Nottebaum, De personse vel hypost. apud Patres theologosque uotione et usu, Soest, i8o3 ; Braun, Der BegrilF« Person » in sein. Anwendung auf Trinitœt u. Incarnation, Mayence, 1876. OOc-îa, Aristüte, De categ., cap. v, § 1 ; Damasc, Dialect., cap. xxx ; Photius, Amphil., q. cxxxvui, § 3 (Migne, t. CI, p. 772 et seq.); Passaglia, Comm. theol., Rom., 1850; part. II De eccles. signifleatione vocis TYJç oùffîa;.

Sur Origène (cf. Gels., VI, 71; in Matth., xvir, 14 coll.; in Joan., u, 2, 6 ; X, 21). Huet, Origen., p. 117 ; Thomasius, p. 280. La confusion de où(7ta et yir6(7Ta(jiç a donné lieu à de faux raisonnements sur Tidentité de ces deux termes : a. doctrine des modalistes : en Dieu, un seul Être, et partant, une seule personne ; h. doctrine des trilhéistes subséquents : en Dieu, trois personnes, par conséquent trois natures; c. doctrine des subordinatiens : les trois personnes sont distinctes d'hypostase, par conséquent de nature.

De même dans la cbristologie : d. il y a deux natures en Jésus- Christ, par conséquent deux personnes (nestoriens); e. en Jésus-Christ, il n'y a qu'une personne, par conséquent qu'une nature (monophysites).

Les expressions de ).ÔYOi; ÈvoiàôeToçet >.. irpocpopixé;, d'api'ès Pbilon, De vita Mosis, II, 154; De confus, ling., I, 412, éd. Mang., dans Theophil., Il, 10, 20, 22; Clem., Strom., V, 1. Cf. Justin, Dial., lxi; Tatien, Or., cap. v; Clem., Hom. xi, 22; XVI, 12; Epiph., Heeres., lxu ; Iren., II, xxvm, 4 et seq. Quand Athénagore, loc. cit., dit du Fils qu'il est Àôyoç "toù îtaxpc»; èv ISsa xal èvspyeîa, il veut marquer à la fois sa vie dans la divinité et ses opérations au dehors. La terminologie de Philon se trouve aussi dans les Philosophumena, où il est dit que le Logos no

procédait du Père qu'avant la création, qu'il n'existait pas personnellement de toute éternité, que la Trinité n'est devenue que par des actes successifs de la volonté du Père.

Origène, qui s'écarte beaucoup moins du langage correct, emploie aussi la termmologic de Pliilon, par exemple 6 Sîû-spo; Oeô?, Contra Cels., V, 39. Tliéoplianies dans l'Ancien Testament, Justin, Dial., lvui, LX, cxxvif; Apol., 1, 62; Theophil., II, 22.

Doctrine de l'Église sur l'incarnation et la rédemption.

16-5. L'incarnation du Verbe ou Fils de Dieu ' était un de.s plus grands mystères de la foi. Le Verbe en tant qu'homme se nomme Jésus-Christ, et il réunit en lui la divinité et l'humanité. Jesus-Christ est donc vrai Dieu. Celte croyance des fidèles, les païens tels que Pline et Celse ne l'ignoraient pas ; les martyrs Symphorien, Féhcité, Perpétue, Félix, Saturnin, Épipode la publiaient solennellement; l'Église la déclarait contre les artémonites, et elle était impliquée dans l'origine même de l'hérésie modahste; les plus anciens Pères la proclamaient d'après 1 Ecriture sainte. Le Fils de Dieu était le médiateur de Dieu et des hommes*, par la mort qu'il avait volontairement acceptée ^ En même temps qu'il manifestait la miséricorde de Dieu, il satisfaisait à sa justice '. C'est par lui que l'homme a obtenu la rémission de ses péchés. L'Écriture nous le montre à la fois comme Dieu et comme homme, elles saints Pères justitient sa divinité et son humanité; ils prouvent que s'il est mort il est aussi ressuscité. Jésus-Christ se présente comme le nouvel ancêtre du genre humain, le second Adam, et sa mère selon la chair, la glorieuse vierge Marie qui fut saluée par l'ange, nous apparaît comme la seconde Eve, l'avocate de la première, dont elle expie la révolte par son obéissance'. C'est d'elle que Jésus-Christ a pris sou humanité "; elle est la cause de notre salut ', et, comme elle l'avait prédit, toute l'Église l'exalte et toutes les générations la proclament bienheureuse ^

OUVRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE n° 16o.

Jésus-Christ est appelé théanthrope (Orig., De princ, II, vi, 3), Dieu

' < Jean, i, 14. — » Hébr., ix, 15; / Tim., n, S. — ^ Jean, x, 17 et suiv.; / Cor., XI, 25; // Cor., v, 18 et suiv.; Gai., iv, 4, 5; Hébr., vn, 22 et suiv.: vni, 5; IX, 15; Rom., \, 1 ; I Jean, iv, 10. - ♦ liom., m, 25. — ^ Irénée, V. XIX, I. — « Ibid., m, XIX, o. — ^ Ibid., cap. xxn, 4. — s Luc, i, 48.

432 mSTOIRE DE LÉGLISË,

et homme (auct. Parv. Labyr., ap. Eus., V, 26), 6 {a6voç àiiçw, 0e6ç te xal <xv6pw7to; (Clem., Cohort., cap. vu, cf. cap. x; Pœd., I, 7; III, i); Justin, Apol., Il, 8; I, 0, dit que le Logos est le même que le Christ; dans Clément, Cohort., cap. x : ô çaveptÔTaTo; ovtwç 0£Ôc, Ep. ad Diogn., cap. vu : Seigneur et créateur de toutes choses; Iren., III, 19 : « Deus et Dominus, et rex aeternus. » Saint Cyprien, Ep. viu, lx, lxiii, lxxiv, De orat. Dom., dit généralement : « Christus Deus, » ou « Dominus noster. " Doxologie de Jésus-Christ dans Clém. Rom., I Cor., cap. xx.

Jésus-Christ est encore appelé Dieu quand il est parlé de la Passion de Dieu. Saint Ignace, Rom., VI, parle de « la Passion de mon Dieu, » d'après Act., xx, 28. Clément de Rome, I Corinth., cap. ii, mentionne xà Tta6?i[Aa-i:a 0eoü (contre cette leçon ixaôynjLata, voy. Gallandi, Proleg., 1. 1, cap. I, sect. 1, p. xvm et seq., et il appelle le Christ xo (îxf,T:TpovTf,ç \t.syak(id(rjyr]Ci io\) öeoü. Son élévation est décrite comme ses abaissements (Is., cap. lui; Ps. xxii); ibid., cap. xvi, et on répète ces mots: Hebr., i, 3 et suiv. Voy. Ignat., Ep. vu; Barnab., Ep. v, 12, 16. Ici se rapporte également cette parole de Méliton de Sardes, citée par Anastase, Hodeg., cap. xii, et employée plus tard par les gaïnites (ci-dessous § 2, 181) : ô 0-àç 7t£7tovÖ£v uTici Se^iàç 'I(Tpa-o>iTi5oç. Selon Routh, Rehg. sacr., I, 139, elle doit èti-e combinée avec Irénée, V, 17 (Migne, t. V, p. 1221).

Acta Mart. S. Felic. et S. Symphor., Gallandi, II, 329, 674.

Sur la vraie humanité du Christ, Ign., Magn,, ix (voyez ci-dessus § 107); Justin, Apol., I, 63; Iren., III, 18 et seq.; Orig., Conti'a Cels., m, 28; De princ, II, vi, 1, 2; t. I in Joan., n. 30; Hippol., Contra Noet., cap. xvu; Tert., De carne Christi; Clem., Cohort., x; Strom., VII, 17 (cf. Lumper, t. IV, p. 244 et seq.).

Sur la rédemption, Clement. Rom., I Cor., cap. vu, xu, xxi, xi.ix; Justin, Dial., xcv et seq.; Iren., V, i, 17, 1 et seq.; Tertul., De fuga, cap. xu; Adv. Jud., cap. x, 13; De carne Chr., cap. v, ix, xiv; Orig., Rom. XXIV in JNum., n. 1; in Lev. hom. m, n. 8 (Op. II, 198, 362); Clem., Cohort., x. « Quis div. salv,, » cap, xxxvii; Strom., II, 13; IV, 24; V, H, 14; VII, 2, 17.

La Mère de Dieu, Justin, Dial., c; Tertull., Adv. Jud., xiii; De carne Chr., xvu; Iren., III, xx, 4; Orig., Hom. viu in Luc, p. 941 ; Contra Cels., I, 33; Hippol., De Chr. et Antichr., cap. iv; Method., Conviv. X virg., ni, 5 ; XI, 2 ; Massuet, Diss. m in Iren., a. 6, n. 63 et s., p. cxxxv et seq. — Images de la Mère de Dieu, Rossi, Immagini scelte délia B. V. M., Roma, 1863. Invocation de la Mère de Dieu par Justine, Naz., Or. xvm, n. 19; Tillemont, Mém., S. Cjl^v. et S. Justine, a. 3, n. 6, t. V, p. 723.

166. Déjà sous rAncien Testament, on croyait à la culpabilité générale des hommes par suite de la faute qu'ils ont héritée d'Adam '. L'homme, sans perdre ses aptitudes natu-

< Rom., ch. V et vn ; Éphes., ii, 3; l Cor., xv, 21 et suiv.

relies*, fut singulièrement affaibli parle péché de son premier père ; destitué de ses dons surnaturels, en même temps que son àme perdait la vie de la grâce, son corps était soumis à la mort '. L'image de Dieu s'obscurcit en lui, sa volonté fut affaiblie ; il fut en proie à la convoitise des passions et aux assauts du démon. Mais si le mal avait été général, il en fut de même du remède apporté par Jésus-Christ. Tous peuvent être sauvés par sa grâce, et non pas leurs mérites et leurs œuvres. Selon saint Clément de Rome ^ les bonnes œuvres opérées avec la grâce, les témoignages de la charité sont inséparables de la foi. Dans l'Écriture, la foi est presque toujours présentée comme le résultat de l'opération de la grâce et le concours de l'activité humaine. Quelquefois, cependant, l'Écriture ne fait ressortir que l'activité humaine. Entre saint Jacques, qui reconnaît deux agents de la justification, la foi et les œuvres accomplies par la foi, et assure que la foi sans les œuvres est morte, et saint Paul qui, réduisant ces deux agents à un seul, exige la foi qui opère par la charité et met la charité au-dessus de la foi, il n'y a pas contradiction*. Il n'y en a pas davantage chez les anciens Pères ; toujours ils insistent sur la nécessité de l'un et de l'autre, en montrant que les bonnes œuvres sont le fruit de la foi, que la foi est le principe qui les provoque et les vivifie. Ils exaltent la grâce divine, sans laquelle l'homme ne peut faire aucune bonne œuvre '; mais, tout en reconnaissant sa puissance, ils ne la croient pas irrésistible, puisque l'homme, même après la chute, conserve son libre arbitre. Ils la placent surtout dans les sacrements de l'Église, où l'on distingue l'opération invisible et spirituelle du Yerbe des éléments sensibles qui la représentent, et ils la comparent aux miracles du Sauveur qui guérissaient l'âme en même temps que le corps.

Péché originel : Iren., II, 34; III, xx, xxii, 4; cap. xxxiii; V, 1, 3; cap. XIV, n. i et seq.; cap. xvi; IV, 2, 7; cap. v, 37 et seq.; Tert., Adv. Marc, I, 22; n, 3 et seq.; V, 17; De bapt., cap. xxviu; De anim., c. x,

' hom., i, 19; ii, 14 et suiv.; vu, 7 et suiv. — * Coloss., ii, 13; Éphés., u, 1; Rom., VII, o. — ' / Cor., xxxii, xxxiii; cf. cap. xux. — * Gai., v, 6; / Cor., xui, 2. — 5 Jean, xv, 4 et suiv.

i3i HISTOIRE DE l/ÉGLISE,

xvi et seq., xl et seq.; Metliod., De res., cap. x, ap. Phot., cod. ccxxxiv; Justin, Apol., I, 61; Dial., lxxxviii, xcv; Theophil., H, 17, 23, 27: Clem., Strom., II, 19; III, 17; V, 11; Lumper, loc. cit., IV, p. 316-334. — Sur imago Doi : Iren., V, 6, 1 et seq.; Clem., Strom., II, 22. — Grâce et justification: Ign. Smyrn., xi; Justin, Dial., vu, 119; Apol., I, 62; Ireu.,111, XVII, 2, 3; Clem., Strom., 1,28; V, 13; VI, 18; VII, 10. — Contre la grâce irrésistible ; Tertul., De anim., cap. x, xvi, xix, xxi, xli. Libre arbitre : Justin, Apol., I, 17, 24; II, 7; TheopbiL, II, 27; Iren., IV, iv, 3; cap. xxxvii et seq.; Clem., Strom., I, 17; II, 4; III, 9; IV, 20,24; Athen., Leg., cap. xxiv; Tertul., Adv. Marc, II, fi, 7 ; Method., De libero arbitrio. — Sur les sacrements : Lindner, K-G., I, p. 88.

L'homme.

167. Plusieurs sectes gnostiques transformaient la théologie en anthropologie et ravalaient la divinité aux proportions de l'homme. 11 fallait donc expliquer en quoi consiste la vraie nature de Ihomme, prouver qu'il n'est qu'une créature et qu'il ne porte en lui que l'image de Dieu ; que tout ce qu'il a, y compris la faculté de connaître Dieu et le don de l'immortalité, il ne le tient que de son Créateur. Selon les Pères, l'homme est composé d'un corps et d'une âme. Si quelques auteurs ecclésiastiques adoptaient le ternaire (tn'chotomie) de l'àme, du corps et de l'esprit, si cher aux gnostiques, il« s'appuyaient uniquement sur des textes de Platon, renforcés par quelques passages de l'Écriture '. L'àme humaine est la plus haute substance spirituelle ; elle est douée de connaissance et de volonté (nous); inférieure aux anges, elle se rapproche de Dieu, son Créateur, et est destinée à trouver en lui sa félicité.

Iren., IV, 37; Tertul., Adv. Marc, II, 10; Mœhler-Gams, I, p. 350 et suiv. — Immortalité de lame : Justin, Apol., I, 18; Dial., cap. m, iv, V, xl; De resur., cap. viii; Iren., V, vi, 1 ; Tertul., De anim., cap. xiv; De res. carn., cap. xxxv. — La trichotomie platonicienne, dans Justin, Dial., VI (cf. Otto, De Justino M., p. loO); Tatian., Or., cap. xii, xiii ; Tertullien la rejette. De anim., c. x; Clément d'Alexandrie distingue de temps en temps, mais non toujours, psyché et pneuma (Guericke, loc. cit., II, p. 139). Saint Irénée, V, vi, 1 ; ix, entend par pneuma les dons de la grâce. Sa trichotomie est moral.- et théologique. Cf. IV, 39.

* Par exemple, Hébr., iv, 13.

Les anges. — L'Église.

168. Les anges sont toujours conçus comme des esprits d'un ordre supérieur, ornés de la grâce divine et partagés en différents ordres*. Ils servent Dieu et les hommes. Michel est la sentinelle de TÉglise ', et chaque individu a son ange tutélaire*. Les bons anges assistent l'homme et les mauvais cherchent à le séduire. A leur tête se trouve Satan, le diable, dont Jésus-Christ a détruit les œuvres % qui n'est pas demeuré dans la vérité ^ et qui a été homicide dès le commencent, le prince de la mort^ et de ce mondée Lui et ses démons régnaient dans le paganisme**, et sans cesse il rode comme un lion rugissant en quête d'une proie à dévorer'*. Cet éternel ennemi du royaume de Dieu ne cesse de poursuivre les amis de Dieu, mais sans parvenir à les vaincre. L'Éghse, qui des païens et des juifs a fait une seule société ; l'Église, une et indestructible, forme un vaste empire qui dure à jamais et brave tous les assauts. " Telle qu'un vaisseau qui navigue sur la haute mer, dit saint Hippolyte *", l'Église, ballottée de çà et de là par les vagues en fureur, ne périt point, grâce à son pilote expérimenté, Jésus-Christ. Elle est victorieuse de la mort, parce qu'elle porte sur elle la croix du Seigneur. »

Ainsi, quand toute la nature serait renversée, que votre espérance demeure ferme ; la parole de Celui qui a dit que notre tristesse sera changée en joie sera éternellement immuable; si quelque fléau tombe sur vous, ne croyez jamais que Dieu vous oublie. '< Le Seigneur sait ceux qui sont à lui ", et son œil veille toujours sur les justes '^ » Quoique mêlés avec les impies, désolés par les mêmes guerres, emportés par les mêmes pestes, battus enfin des mêmes tempêtes. Dieu sait bien démêler les siens de cette confusion générale. « Le même mouvement, dit saint Augustin, fait exhaler la puanteur de la boue et la bonne senteur des parfums '\ »

Si l'Église a ressenti un seul moment la mort d'où Jésus-

« // Pierre, ii, 11; Apoc, i, 1 et suiv.; / Thess., iv, IS; Jud., vers. 6, 9. — « Apoc, xii, 7. — 3 Matth., xviii, 10. — " / Jean, m, 8. — s Jean, vui, i. — « Uébr., II, 14. — ' Jean, xii, 41; xrv, 30. — » / Cor., viii, 4-6; cf. x, 19 et suiv. — ^ / Pierre, v, 8. — '« Le Christ el l'Antéchrist, n. S9. — '< // Tim.. II, 19. - " Ps. XXXIII, 16. — ^3 De civit. Dei, lib. I, cap. vin.

Christ l'a tirée, doutez des promesses de la vie future. Mais vous voyez au contraire que cette Église, née dans les opprobres et parmi les contradictions, chargée de la haine publique, persécutée avec une fureur inouïe, premièrement en Jésus- Christ, qui était son chef, et ensuite dans tous ses membres, environnée d'ennemis, pleine de faux frères, et un néant, comme dit saint Paul, dans ses commencements, attaquée encore plus vivement par le dehors et plus dangereusement divisée au dedans par les hérésies dans son progrès, dans la suite presque abandonnée par le déplorable relâchement de sa discipline, avec sa doctrine rebutante, dure à pratiquer, dure à entendre, impénétrable à l'esprit, contraire aux sens, ennemie du monde, dont elle combat toutes les maximes, demeure ferme et inébranlable.

Angélologie et démonologie : Barnab., Ep,, cap. xiv; Herrn., Pastor, üb. Il et III; Ign., Trall., v; Srayrn., vi; Justin, Dial., lxxxviu, cm, cxxviii, cxLi; ApoL, I, 6, 28; Iren., III, xxiii, 3 ; IV, xli, 2; V, xxiv, 4 ; Min. Fel., cap. xxvi et seq.; Clément, « Quis dives salv., >> cap. xxix; Pœd., II, 9; Sti'om., V, 13; VI, 17; VU, 7. Les èypYîYopoi ou Vigiles (voy. Dan., IV, 10, 13, etc.) mentionnés dans Lib. Henoch, I, 6; Test. XII, Patr., cap. i, § 3; cap. v, § 3 ; Clém.,P3ed., loc. cit.; Coteler., in Const. ap., Vin, 12. — Aphtharsie de l'Église; Ign., Eph., vu.

Théorie des fins dernières.

d69. A la fm des jours, l'Église sera glorifiée et exaltée après avoir livré un dernier combat à l'homme du péché, l'Antéchrist, qui précédera le dernier et décisif avènement du Sauveur. C'est la pensée qu'on inculquait surtout aux fidèles, en les invitant à se tenir prêts pour le jour du Seigneur, que personne ne connaît. Les apôtres eux-mêmes n'avaient làdessus aucune révélation particulière; ils ne connaissaient que la ruine future de Jérusalem, figure du second avènement du Seigneur '. Jésus-Christ reviendra donc en qualité déjuge, entouré de force et de magnificence'. Les morts sortiront de leurs tombeaux ^ ceux qui auront fait le bien ressusciteront avec un corps glorieux et transfiguré .. ceux qui auront fait le mal, avec un corps impérissable aussi, mais pour leur châti-

< Matth., XXIV, U, 36 el suiv., 40-al; xxv, 1 et suiv.; Luc, xxi, 24. — « Act., I, 11; ilatth., xxv, 31 et suiv.; Jean, v, 22, 27. — ' Jean, v, 28, etc.

LES HÉRÉSIES ET LE PROGRÈS DL' DOGME. iol

ment. La résurrection du Christ est le gage de la résurrection universelle * . La récompense des bienheureux dans le ciel ' comme la punition des impies en enfer ' dureront éternellement et différeront par leurs degrés. L'enfer', la géhenne, est un feu perpétuel, une fournaise*, un abîme*' plein de tourments ^ une mort éternelle ^ Il est distinct des limbes (hadès, schéol) où descendit le Christ^ pour annoncer aux défunts la joyeuse nouvelle de leur délivrance '".Comme rien d'impur" n'entrera dans le ciel et ne sera admis à la vision béatifique de Dieu ", unique partage des justes, qu'il n'y a point de société entre la lumière et les ténèbres ", l'Église croyait à un lieu de purification pour les justes qui sont morts sans avoir entièrement expié leurs fautes, car le Seigneur suppose qu'il y a une rémission des péchés dans l'autre vie "", lorsqu'il parle d'une prison d'où l'homme ne sortira qu'après avoir payé jusqu'à la dernière obole ". L'Église a toujours prié pour les défunts '^ et offert pour eux le Saint-Sacrifice. La loi de mort pèse sur toute l'humanité"; mais les fidèles la considéraient comme un sommeil'*, une sortie de cette habitation terrestre", comme l'abandon d'une tente '"; car ceux dont Jésus-Christ était la vie envisagaient la mort comme un gain". On savait que les œuvres finissent à la mort, et que la nuit survient où nul ne peut plus agir"; que le sort futur de chacun est fixé pour jamais et que l'àme entre alors ou dans le ciel, ou dans l'enfer, ou dans le lieu de purification.

Voy. Dœllinger, Christenth. u. Kirche, p.2o7 et suiv., et sur I Thess., II, 1 et suiv,), p. 422 et suiv. — Sur l'Antéchrist, qui devait l'égner trois ans et demi : Justin, Dial., xxxii et seq., XLix, ex; Iren., V, 23-30; Hippol., De Chr. et Antichr. — Résurrection et jugement : Barnab., cap. xix-xxi; Justin, Dial., cxvn-cxxv; ApoL, I, 8, 18-20, ö2; De resurr.

• / Cor , XV, 20 et suiv.; Philip., m, 10 et suiv. — • Jean, xiv, 2 ; / Cor., XV, 40 et suiv.— ^ Marc, ix, 42 et suiv.; Malih., xxii, 13; xxv, 46; Apoc, XXI, 8. — ♦ Matlh., V, 28 et suiv ; xviii, 9; x, 28. — ' Mallh., xiii, 50. — * Apoc, IX, 1. — ' Mallh., ix, 42 et suiv. — " Apoc, xxi, 8. — ' AcL, a, 27; Apoc, I, 48; xx, 13. — '" / Pierre, m, 19 et suiv.; iv, 6; cf. Hébr., xi, 39 et suiv. — ^' Apoc, xxi, 27. — '* / Jean, m, 2, 3; / Cor., xiii, 12. — " li Cor., VI, 14. - "> Mallh., xii, 32; Luc, xii, 10. — ^5 Mallh., xvm, 34 et suiv.; V, 26. — '" D'après // Mach., xn, 4o et suiv. — ^' Hébr., ix, 27. — '" // Thess., IV, 13 et suiv.; / Cor., xv, 18, 20. — '" // Cor., v, 1-4. — »» U. Pierre, i, 21. — *' Phil, i, 21. — " Jean, ix, 1

i3f^ HISTOIRE DE l'ÉGLISÊ.

Athen, de res., Iren., II, xîix, 2; V, 13-15, 32 et seq.; Tert., De praescr.,* xiii; De resurr. carn., Polyc, Ep., cap. vu; Tatian., Orat., cap. vi; Clem., Peed., I, 4, 6; II, 10; III, i ; Strom., I, 19; VD, 2; Orig., Contra Cels., V, 14; Method., De res. Const., ap. V, 7. — Degré de béatitude : Clém., Strom., IV, v, 18. — Éternité des peines de l'enfer : Ign., Eph., xvi; Justin, ApoL, 1, 8, 12, 17 et seq., 21, 28, 4o, 32; ApoL, II, 1, 7 et seq.; Dial., xxxv, xiv; Iren., II, xxvui, 2, 7; IV, xl, 1 ; Tert., De anim., cap. xxxiii; .\pol., cap. xviii, xlv; Min. Fel., cap. xxxv; Lact.,Inst. VII, 21, 25. — Lieu de purification : Tertul., De anim., cap. lviii; Cypr., Ep. LU, éd. Baluz.; Clem., Strom., VI, xiv, p. 329, cum not.; Vu, 6, 12, p. 308, éd. Migne. (Cf. Lumper, loc. cit., p. 473-477.) Orig., Hom. xv in Jer., n. 3 et seq.; Hom. vi in Exod.; Hom. xiv in Lev.; Hom. xxiv in Luc; Acta S. Perpet., ap. Riiinart, § 8, p. 84; Aug., De anima et ejus orig., I, 10; III, 9. — Christi descensus ad inferos : Clem., Strom., VI, 6, p. 762 et seq. Cf. Lumper, loc. cit., p. 260-269; Guericke, loc. cit., part. II, p. 149 et seq.

§ 10. La science (héologique. — Les écoles et la lUtératare théolog'iques.

La science ecclésiastique.

470. Les savants chrétiens, désireux d'utiliser leurs connaissances philosophiques et historiques pour élucider et approfondir les richesses dogmatiques de l'Église, avaient entrepris avec des succès divers d'exposer soit quelques vérités particulières, soit l'ensemble des vérités chrétiennes, sous une forme appropriée aux esprits cultivés de leur époque. Ils continuèrent d'édifier sur les bases posées par le Nouveau Testament, où se trouvaient déjà indiquées différentes directions de l'esprit : en saint Jean, l'amour de la contemplation ; en saint Paul, le goût de la dialectique ; dans les trois premiers Évangiles, dans saint Jacques et saint Jude, le goût des choses positives et pratiques. Ils étudièrent ensuite avec ardeur la tradition des premiers Pères et des plus illustres Éghses, parcoururent avec avidité les Écritures de l'Ancien Testament, où ils trouvèrent l'annonce du Nouveau ; et tout en considérant la loi nouvelle comme supérieure à l'autre, dont elle était la consommation, ils furent loin de méconnaître l'importance de la loi ancienne comme institution préparatoire et pédagogique '. S'ils recouraient aux idées de la philosophie, princi-

' Jérém., xx:xi. 31: As., Li. 4,

LES HÉRÉSIES Kl LK PROGRÈS IJL DOGME. 430

paiement à celles de Platon et de Philon, la plupart se bornaient à leur emprunter la forme d'exposition, la terminologie, les procédés dialectiques; quelques-uns, il est vrai, faisaient un emploi plus ou moins large de leurs principes philosophiques, mais ils n'entendaient point généralement les faire adopter. S'il y en eut parmi eux qui puisèrent des erreurs dans leur commerce avec la spéculation hellénique, l'Église s'empressa de les rejeter.

OUVRAGES A CONSULTER tT REMARQUES CRITIQUES SUR LE N° 170.

Le christianisme, nova lex : Justin, Dial., xi et seq., xiv, xviii, lxvii ; Iren., IV, xix, 2. — Sur le platonisme des Pères : Can., De loc. theol., VII, 2; Petav., De Trin., I, 3. — Contre Souverain (le Platonisme dévoilé. Cologne, 1700, traduit par F.-C. Lœfller, 2^ éd., ZüUichau, 1792); Baltus, Défense des Pères accusés de platonisme, Paris, 1711, in-4° ; Mosheim, De turbata per rec. Platon, eccl., Helmst., 1725. Ouvrages sur cette controverse dans Keil, Opusc. acadeai., p. 439 et seq. Voyez Kuhn, Th. Q.-Schr., 1830, p. 249 et s.; Freib. K.-Lex., VIII, 498 et s.

Les principes.

171. Voici les principes qui servaient de guide aux docteurs chrétiens : 1° La matière de la foi vient du dehors, l'esprit humain peut la saisir, se l'approprier, Télucider ; mais il ne peut ni en augmenter ni en perfectionner la substance; il ne peut la transformer ni la changer. 2" La certitude delà foi, la matière de la foi ne peut être agrandie et élevée par la science ; la forme sous laquelle elle se présente à l'esprit est seule susceptible de perfectionnement. 3° La foi est la base immuable, la règle et la barrière de la science ; elle est le point de départ de la connaissance ecclésiastique; c'est elle qui lui fournit ses principes, et ces principes n'ont pas besoin d'une autre preuve. La foi est la condition préalable de la connaissance scientifique; sans la foi, point d'intelligence*. C'est elle qui démêle' et juge à leur véritable valeur les rayons de vérité épars dans le paganisme, et qui les place dans leur véritable jour : c'est donc sur le fondement de TÉcriture et de l'enseignement de l'Église que se déploie la science vraiment divine. i° La vérité révélée et la connaissance rationnelle ne sauraient se contredire, car elles ont une seule et même source, le Verbe de Dieu.

' Is.. vu, 9, flaprès la version alexandrine,

La différence entre la philosophie et le christianisme consiste : 1° pour le fond, en ce que la philosophie ne contient que des parcelles de vérité, mêlées d'erreurs; tandis que le christianisme renferme la vérité totale ; 2° pour la forme, en ce que la philosophie, par ses procédés artificiels, par sa méthode inaccessible à la foule, ne peut jamais devenir le bien commun de tous ; 3° par les effets, en ce que le christianisme rend l'homme meilleur et le sanctifie, ce que la philosophie n'a jamais pu obtenir. La science profane n'est qu'une école préparatoire : il ne faut ni la surfaire ni la déprécier.

Mœhler, Einheit der Kirche, p. 129 et suiv.; Patrologie, p. 464 et s.; Kuhn, Theol. Q.-Schr., 1841, I; Kling, dans Stud. u. Krit., 1841, p. 831 et suiv.; Bonner Ztschr. f. Phil. u. kath. Theol., 1844, II. Les principes dans Clem. Alex., Strom., I, 20; II, 2, 4, 6; III, 4; V, 1 et seq.; VII, 10; Theophil., I, 8; Iren., I, 3, 6 ; x, 1 et seq.; Orig., De princ, praef., et I, m, 1 ; Contra Gels., I, 9 et seq.; III, 40, 81 ; V, 1 ; VI, 2, 4, 13; VII, 46, 59 et seq.; Vin, 51 ; Hom, xii, n. 7, in Levil.; Ep. ad Greg. Thaum. (Op. I, 30); Hom. xiv in Gen., n. 3 : « Philosophia neque in omnibus legi Dei contraria est, neque in omnibus consona. »

Les écoles ecclésiastiques. — L'école d'Alexandrie.

172. L'Église a toujours vu des disciples avides de savoir se presser autour de ses savants et pieux docteurs. Une foule d'hommes pleins de zèle s'étaient groupés autour de saint Paul et de saint Jean, puis autour de saint Polycarpe, disciple de ce dernier. Justin institua dans Rome une école où il eut pour auditeur Tatien (avant sa chute), qui compta Rhodon parmi ses disciples. La science orientale hellénique y était particulièrement florissante. Les occidentaux s'appliquèrent dès le début aux questions pratiques, et les orientaux aux études spéculatives, surtout les partisans de l'école d'Alexandrie, qui renfermait une foule d'es pritsinitiés à la philosophie et devint bientôt célèbre par l'école catéchétique qu'on sentit le besoin d'y établir. Cette école initiait à ses principes une multitude de savants venus du paganisme, formait des maîtres capables d'enseigner ses propres doctrines, travaillait en un mot à fonder une science chrétienne, et cela au foyer de l'érudition païenne, à Alexandrie même, ou florissait la philosophie néo-

LES HÉRÉSIES ET LE PROGRÈS DU DOGME. i41

platonicienne et où la science hellénique offrait plus d'un péril pour la jeunesse chrétienne.

Institution privée, mais placée sous la direction de l'évêque, qui nommait son chef, cette école cultivait depuis longtemps les sciences sacrées et profanes, suivait une direction rigoureusement morale et ascétique, essayait de fonder sur les bases du platonisme une philosophie rehgieuse, qui, dans plusieurs de ses membres, inclinait par trop vers le panthéisme, cultivait l'interprétation mystique et allégorique de l'Écriture, souvent jusqu'à l'excès, tout en acquérant dans les études bibhques et dans les études théologiques en général une grande et durable renommée.

Guericke, De schola, qiise Alex, floruit, catechetica, Hal., 1824, p. 1, li (il indique aussi les anciens ouvrages). Hasselbach, De schola, quae Al. fl., cat., Stett., 1826, part. 1 ; J. Simon, Hist. de l'école d'Alex., Paris, 1843; Vacherot, Hist. crit. de l'école d'Al., Paris, 1846. L'école s'appelle : TÔ Upôv ôi5a<r>ta),£Ïov twv lîpwv (jLaOrijAaTwv 'Soz., III, 15), tô xr^; /tatri^^iQcreWi; (■twv lepwv ),6ywv) ôt5a(7xa).£ïov (Eus., V, 10; VI, 3, 26); schola ecclesiastica ou calecheseon). Hier., Catal., xxxviii, lxix. D'après Eusèbe, V, 10, elle se composait è? àpyaîoy êOou;. Hier., Cat., cap. xxxvi : « Juxta veterem in Alexandria consuetudinem, ubi a Marco Evangehsta semper ecclesiastici fuere doctores. » D'après Phil. Sidetes (mort en 420; Fragm., ap. Dodwell, Diss, in Iren., Oxon., 1689, p. 488 et seq.), Athénagore aurait enseigné dans l'école avant Pantène; mais cet auteur mérite peu de créance (Socr., VII, 27 ; Phot., Bibl. cod., 33), quand même quelquesuns croient pouvoir le suivre en ce point (Guericke, loc. cit., part. I, p. 4-7, 13-26).

173. Le premier et le plus connu des maîtres de cette école fut Pantène, d'abord philosophe stoïcien, puis instruit par un disciple des apôtres. Il exphquait l'Écriture sainte soit dans des leçons verbales, soit dans des commentaires (aujourd'hui perdus); on était alors sur la fin du deuxième siècle et au commencement du troisième. Plus célèbre encore fut son disciple Titus Flavius Clemens, né également dans le paganisme et fort versé dans les lettres grecques. Après avoir recueilli de ses voyages en Grèce, dans la basse Itahe, en Palestine et en Syrie, une foule de connaissances, il avait, en sa qualité de prêtre d'Alexandrie, d'aide et de successeur de Pantène, formé un grand nombre d'hommes capables. Il quitta Alexandrie

4i:2 HISTOIRE DE l'église.

pendant la persécution de Sévère (202), séjourna en Cappadoce et en Palestine, revint probablement dans la suite à Alexandrie, où il mourut encore avant 217. Outre plusieurs opuscules et lesHypotyposes (perdues), il composa trois autres ouvrages qui ont entre eux une grande affinité. Dans son Exhortation (Protrepticos), il montre l'absurdité du paganisme; dans son Pédagogue, il prépare les voies de la morale chi'étienne, et dans ses Stromates ou tapisseries, il se propose d'initier ses lecteurs à la perfection de la vie et de la science catholique, d'après les trois degrés indiqués par les anciens sages, purification, initiation, contemplation ; son dessein est de prouver que le vrai gnostique est en même temps un chrétien accompli. Penseur spirituel et savant, mais nullement systématique, Clément, tout en faisant de la foi le dépositaire de toute vérité, et ne voyant qu'une dilï'érence formelle entre la foi et la science, tombait souvent dans cette bévue des platoniciens, qu'il y a une différence entre « l'opinion de la foule » et la religion que les savants acquièrent par le moyen de la science, et surfaisait l'ancienne littérature classique, surtout les écrits des philosophes. Il donnait une attention particulière à la morale, qu'il prétendait exposer dans toute sa pureté. Dans une dissertation spéciale, il examine comment et à quelles conditions le riche peut être sauvé. Ses plus remarquables disciples furent Alexandre, évêque de Flaviades, puis coadjuteur et successeur de saint Narcisse, évêque de Jérusalem; Origène, qui le surpassa par ses travaux comme docteur et comme écrivain.

Sur Pantène, Eus., V, 10; Hieron., loc. cit.; Phot., Bibl., cod. cxviii; Cléni., Strom., I, i, p. 322 et seq.: Fragm., ii, ap. Routli, Relig. sacr., I, 339 et seq. Sur Clément, Euseb., V, H ; YI, 3, 6, 13 et seq.; Praep. evang., II, 3; VI, 1, 3 et seq.; Chroii., II, 295, éd. Aucher., Ven., 1818; Hieron., Catal., cap. xxayiii; Epiph., Hist., xxxii, 6; Socr., II, 33; Phot., Cod., cix et seq., cxviii; Niceph., IV, 23; Clem., Op., éd. Sylb., cum not.; Heinsii, Lugd. Bat., 1616; éd. Potter., Oxon., 1715, iu-fol.. t. Il (d'après celle-ci, Venet., 1733; Wirceb., 1778 et seq.); Migne, t. VllI, IX; Hofstede de Groot, De Clem. Alex., 1826; Daehne, De y^'waet Clem. Alex., Lips.. 1831; Eylerl, Clem. v. AI. als Philosoph u. Dichter, 1832; Reinkens, De Clem. prosb. Alex., liomine, scriptore, philos.. Iheol., Vratislav., 1831 : Cognac, Clément d'Alexandrie, sa doctrine et

Sa polémique, Paris, 18S9. — Clément a été fort loué comme savant par saint Jérôme, Ep. lxxxiii, ad Magn., Catech., loc. cit.; Socr., II, 35; Theod., Hœr. fab., I, 6; Cyril. Al., lib. VII, in Julian., p. 231, éd. Lips., 16%, etc.; Fabricius, Bibl. gr., V, 103. Plusieurs le qualifiaient de saint; 1p Martyrologe d'Usuart le cite au 4 décembre. Après Benoît XIV, il fut rayé du Martyrologe romain. Martyrol. rom., éd. 1751, Ep. prœvia Postquam intelleximus. Cf. Lumper, loc. cit., IV, p. 73-75.

Origène.

174. Origène, né à Alexandrie en 185, reçut une excellente éducation de son père Léonidas, qui fut son premier maître de philosophie. Il eut aussi pour professeur Ammonius Sakkos, et fut initié à la théologie par Pantène et Clément. 11 montra dès sa jeunesse une activité prodigieuse et un zèle infatigable pour la défense de la foi. Il voulait partager le martyre de son père Léonidas, mais il en fut empêché par une ruse de sa mère. Après que les biens de sa famille eurent été confisqués, il chercha dans l'enseignement un moyen de soutenir sa mère et ses six sœurs.

Informé des heureuses dispositions et des connaissances variées de ce jeune homme de dix-huit ans, l'évêque Démétrius le nomma professeur et chef temporaire de l'école catholique. Dans cette position, Origène sut conquérir l'estime générale et mériter l'attachement profond de ses nombreux disciples; il convertit de nombreux païens et rédigea une foule d'écrits. Seulement, il commença trop tôt, dans son De principiis, la tentative hardie de réduire en système les dogmes du christianisme; car les impressions qu'il avait reçues de la philosophie païenne étaient encore trop vivaces; aussi se fourvoya-t-il plus d'une fois. Non content d'être irréprochable dans sa conduite, il voulut écarter de lui tout soupçon, tout danger de souillures dans ses rapports avec le monde. Animé d'excellentes intentions, mais interprétant mal le passage de l'Évangile où il est parlé de ceux qui se sont faits eunuques ', il se mutila de ses propres mains. Cet acte lui attira de vives objurgations de la part de son évêque et lui fut reproché dans la suite comme crime énorme. Vou«' à toutes les rigueurs de l'ascétisme, supérieur à la crainte,

Ui HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

Origène accompagnait souvent à l'échafaudles martyr», dont plusieurs étaient ses disciples.

Vers 212, sous le pape Zéphyrin, il se rendit à Rome afin de visiter la plus ancienne Église ; mais il fut bientôt rappelé à Alexandrie. Ses disciples étant fort nombreux, il les partagea en deux classes et se fit aider pour la classe inférieure par son disciple Héraclas. A l'âge de vingt-cinq ans, il se mit à étudier l'hébreu dans l'intérêt de ses études bibliques, et commença son grand ouvrage sur l'Écriture sainte (les Héxaples). Pourvu d'abondantes ressources par son ami Ambroise, qu'il avait ramené du gnosticisme, et invité à écrire de nombreux ouvrages, il reçut d'Ambroise une quantité suffisante de calligraphes et de tachygraphes pour l'aider dans son travail.

La réputation d'Origène se répandit dans les plus lointaines contrées. En 215, il fut appelé en Arabie pour y instruire un général. Peu de temps après son retour à Alexandrie, il fut obligé, en 216, de fuir devant les soldats de l'empereur Caracalla, irrité contre la ville. Il partit pour Césarée en Palestine, où il fut honorablement accueilli. Les évêques l'invitèrent, quoique laïque, à faire dans les églises des conférences publiques sur l'Écriture sainte. Son évêque Démétrius en fut mécontent et exigea son retour. Origène obéit, mais il fut bientôt appelé à Autioche par la mère de l'empereur Alexandre Sévère, puis en Achaïe. Pendant son retour, il reçut, en 228, le sacerdoce à Césarée de Palestine des mains de l'évêque Théoctiste. Cette ordination conférée par un évèque incompétent à un étranger, et qui plus est à un eunuque, était contraire aux lois de l'Église. Aussi, quand Origène, passant par Éphèse et Antioche, fut rentré à Alexandrie, l'évêque Démétrius prescrivit une enquête, en suite de laquelle Origène quitta la ville et alla vivre à Césarée auprès de l'évêque qui lui était favorable.

En 231, un synode d'Alexandrie prononça sa déposition. A Césarée, Origène ouvrit un école qui prit sous sa direction un prodigieux essor; Grégoire le Thaumaturge et son frère Athénodore furent ses disciples. Pendant la persécution dioclétienne, il s"eiifuit en Cappadoce, auprès de l'évêque FirmiUen. et y séjourna longtemps, caché dans la maison d'une chré-

LES HÉRÉSIES ET LE PROGRÈS OU DOGME. 44b

tienne nommée Julienne, où il travailla à différents ouvrages. Rentré à Césarée en Palestine après la chute de Maximin, il reprit son enseignement et le continua, sauf quelques interruptions occasionnées par des voyages en Arabie, jusqu'à la persécution de Dèce, à laquelle il ne survécut pas longtemps, car il fut emprisonné à Tyr et affreusement tourmenté. Il y mourut en 254, âgé de soixante-neuf ans et fut inhumé dans la cathédrale.

Euseb., VI, 2 et seq., 8, 14 et seq.; Chron., Il, 295 et seq.; Greg. Thaum., Or. Panegyr. in Orig.; Pamphil., Apol. pro Orig.; Hieron., Catal., cap. liv; Apol. contra Rufin.; Pallad., Hist. Laus., cap. cxlvii ; Epiph., Hier, lxiv; Soor., VI, 13; Sozom., VIII, 14; Phot., Bibl., Cod. Till, cxvii, cxviii; Niceph. Call., V, 1 et seq., xxxii et seq. Ouvrages dans Guericke, loc. cit., part. I, p. 37 et seq.; Thomasius, Origenes, Nuremberg, 1837; Redepenning, Orig., Ronn, 1841 et suiv., 2 vol.; Héfelé, Freib. K.-Lex., 1851, VII, 825 et suiv. Sur le Ilept àp-^wv (éd. Redepenning, Lips., 1836), voy. Schnitzer, Orig. über die Grundlehren der Glaubenswissensch., Stuttgard, 1835; Bonner Ztschr., t. XVI, p. 205 et suiv. Sur la mutilation d'Origène, Pétri Zornii Exercit. de eunuchismo Orig., Giss., 1708. Ce fait est révoqué en doute par Schnitzer, (loc. cit., p. 33), etBaur (Theoi. Jahrbücher, 1837, II, 6ö2); il est soutenu par Engelhardt et Redepenning. Origène, Hom. xv in Matth., n. 1 et seq. (Oper., III, 651, 653 et seq.) reconnut plus tard son erreur, d'après II Cor., m, 6.

Travaux d'Origène sur l'Écriture sainte.

175. Origène rendit à la science des services immenses, incalculables. Non-seulement il contribua pour une grande part à fixer le canon des saintes Écritures, mais il s'occupa avec succès, dans ses Héxaples, de la critique du texte de l'Ancien Testament. Il y établit, sur six colonnes : 1° le texte hébraïque non ponctué avec des lettres hébraïques ; 2" le texte hébraïque en lettres grecques , d'après la prononciation qu'il connaissait ; 3° la traduction textuelle d'Aquila ; 4" la traduction de Symmaque ; 5° la version alexandrine (les Septante) ; 6° la version de Théodotion. Quand les colonnes étaient ramenées à trois, le tout s'appelait tétraple.

Origène ayant trouvé sur plusieurs livres de la Bible trois autres versions grecques d'auteurs inconnus, plusieurs exemplaires reçurent de huit à neuf colonnes (octaples,

AAii HISTOIRE DE L ÉGLISK.

eiinéaples). Il y employa différents signes : l'obèle pour les passages des Septante qui manquaient dans l'hébreu ; l'astérisque, pour les passages omis dans les Septante, et il y joignit de courtes remarques (scholies). De cette entreprise grandiose, qui fut encore utilisée par saint Jérôme, il ne reste que des fragments. Origène se consacra en outre à l'explication des Livres saints, non-seulement dans ses nombreuses homélies, mais dans des commentaires particuliers (tomi), et il donna de courtes explications sur les plus difficiles passages (scholies). Il avait pour principe d'étudier toujours le sens des textes particuliers dans leur rapport avec l'ensemble, et il s'appliquait à établir le sens littéral. Sur ce point encore il rendit d'importants services, bien que, selon le goût de son école et de son temps, il s'efforçât de découvrir, par de là le sens littéral et historique, un sens plus élevé, mystérieux, applicable à la vie morale ou visant à une science plus profonde. Pour lui, l'Écriture sainte est un ouvrage divin dans ses détails comme dans son ensemble , même dans les passages les plus insignifiants en apparence ; elle est pleine des plus profondes pensées. 11 ne voit sous ce rapport aucune différence entre l'Ancien et le Nouveau Testament. Il distingue : l°le sens matériel (littéral et historique); 2" le sens psychique (moral et tropologique) ; 3° le sens pneumatique (mystique, anagogique et allégorique). Ses ouvrages, dont une partie seulement a été conservée, stimulèrent l'ardem' des époques suivantes et leur fournirent d'importants matériaux. Ses homélies sont devenues dans l'Église le modèle des leçons pratiques d'exégèse.

Orig., Hexaplorum quœ supersunt, éd. B. de Montfaucon, Paris,, 1713, in-füL, t. II; Bahrdt, Lips., 1769, t. II; Migne, Patrol. gr., t. XV, XVI, éd. Field., Oxon., 1867 et seq. Compar. Epiph,, De pond, et meus., c. xvii; Tillemont, Or., a. 8; Mém., t. III, p. oli ; Orsi, 1. VI, n. 53, 1. 111, p. 162; Guericke, loc. cit., II, p. 19. — Sur TÉcriture sainte : Orig., Hom. IV in Jer.; Comm. in Mattli., p. 428; in Joan., xiir, 46; xvi, 29; in Exod., i, 4; in Jer.,xii, 1. — Sur le triple sens : Deprine., IV, H, 13 ; Hom. V in Levit., n. 1, 5 (Op. II, 205, 209); t. XIX in Joan. (ib. IV, 305); Thomasius, p. 311 et suiv., 316; Redepenning, 1, 378, 284, 304. et cidessus, § 158.

Travaux ascétiques d'Origène.

176. Origène n'est pas moins remarquable par ses travaux ascétiques, notamment sur la prière ; par sa lutte contre les païens et les hérétiques. Sur ce point encore, sa renommée est impérissable. 11 a montré partout une aptitude au travail vraiment merveilleuse et qui lui a valu le sm'nom d'Adamantius et de Chalchenteros. Pour le dogme, malgré les excellents commentaires qu'on lui doit sur certaines parties, sa gloire a été obscurcie par un attachement trop étroit au néoplatonisme, auquel il a dû faire de nombreux emprunts. On lui reproche surtout : a. d'avoir cru à l'éternité delà création et à une pluralité infmie de mondes, correspondant à l'activité éternelle de Dieu comme créateur ; b. d'avoir expliqué l'origine du monde matériel par mie prévarication du monde des esprits antérieure au temps, et d'avoir admis la préexistence des âmes ; c. d'avoir enseigné que les anges ont un corps ; d. nié l'éternité des peines de l'enfer, sous prétexte que tous les châtiments ne sont que des moyens de correction et d'amélioration : e. de là cette autre opinion que Satan et les démons seront un jour pardonnes; / d'avoir prétondu qu'il y aura une restauration de toutes choses, et que les éléments corporels seront détruits; g. d'avoir combattu ou dénaturé le dogme de la résurrection , en disant que tout ce qui est corporel est destiné à périr; h. d'avoir ravalé le Fils de Dieu et méconnu son égalité de substance avec le Père (subordinatianisme) ; i. d'avoir rabaissé le Saint-Esprit et restreint son opération aux saints, tandis que celle du Fils s'étendi'ait a tous les êtres raisonnables et celle du Père à tous les êtres en général; y. d'avoir trop subtilisé sur le fond de l'Écriture par des allégories outrées, notamment sur le chapitre m de la Genèse, où il rapporte au corps humain ce qui est dit des peaux d'animaux.

Les suffrages, en ce qui concerne Origène, ont toujours été fort partagés. Tandis que Méthodius, évêque d'Olympe puis de Tyr, combattait comme émanant réellement d'Origène les doctrines sur la plurahté infmie des mondes, sur la préexistence des âmes, sur le corps en tant que la prison de l'âme, sur la destruction finale de la matière : d'autres, tels que

Grégoire de Néocésarée, Pamphile et Eusèbe de Césarée, ne lui ménageaient pas les éloges et le défendaient contre ses nombreux adversaires. On a soutenu de bonne heure que les hérétiques avaient falsifié ses écrits ; dans l'état défectueux où plusieurs des principaux nous sont parvenus , il est difficile de se prononcer avec sûreté sur chaque accusation. S'il est vrai, suivant ce qui paraît le mieux fondé, qu'il ait emprunté la plupart de ses erreurs aux doctrines néoplatoniciennes, il ne fut cependant jamais formellement et volontairement hérétique, car il se montra toujours disposé à se soumettre aux enseignements de l'Église.

'Aôa[j.àvTio; (l'homme d'acier), Eus., VI, 14; Hier., Cat., liv; Ep. xxix ad Paul.; Epiph. , Heer, lxiv, 1 ; Xa),x£VT£poi; (aux entrailles d'airain), Hier., Ep. cit. Le nombre de ses écrits lui avait valu le surnom de (rjvrdbcTr,;, (TvvTaxTtxo;, (TyvTaxTr,pio;. Huet, Origen., lib. I, cap. I, § 3. Editions : Huet, Gomment. Orig., Paris, 1679; Op., éd. De la Rue, t. IV; Migne, t. XI- XVII ; éd. Lommatsch, Berol., 1832 et seq.; Orelli, Orig. aliquot loci selecti, 1826. Comp. Redepenning, Das Hier, wiederaufgefundenes Verzeichnisz der Schriften des Orig. (Niedners Ztschr. f. hist. Theol., 1851, I, p. 66 et suiv.). On trouve surtout les erreurs d'Origène dans les dix livres (perdus) des Stromata (Hier., Ep. lxi, al. 38; Ep. lxv, al. 141); dans les deux livres De resur.; dans les quatre livres du De principiis (qui ne sont complets que dans la collection de Rufin), où quelques passages ont été ehangés sur la Trinité, la matière et la survivance de l'homme. De la Rue, Op., I, p. iv, 44; Thomasius, p. 88 et suiv. Voyez sur a. Thomasius, p. 111, 287 et suiv. (De princ, III, v, 3; H, ix, 4, 6; IV, 30; Hom. iv in Num., n. 2; in Matth., t. XHI, n. 1 ; t. XV, n. 33); sur b. et c. Thomasius, p. 163 et suiv.; sur d. De princ, II, v, 3; x, 6; Contra Gels., III, 73, 78 et seq.; V, 13 et seq.; in Ezech., hom. i, 2; in Exod. fragm., Op., III, 114 et seq.; e. De princ, I, vni, 3; III, vi, 5 et seq.; Hier., Ep. ad Avit.; f. in Joan., t. XXXII, n. 3; Selecta in Psalm., p. 576; De princ, I, vi, 1 et seq.; III, vi, 1 ; Contra Cels., VEI, lxxii in Rom., lib. II, n. 1 ; lib. IH, n. 1 ; Fragm. in Luc, Op. HI, 981. La doctrine de l'apocatastasis peut cependant s'expliquer dans un sens orthodoxe, g. Contra Cels., II, 77 ; Sel. in Psal., p. 332, 335; in Matth., XVII, 29. Voyez Mamers, Des Orig. Lehre von der Auferstehung, Trêves, 1851 . Thomasius reconnaît que, d'après Origène, les corps seront transfigurés, spiritualisés, et ressusciteront après avoir déposé la mortalité et la corruption; que le même eîSo;, sinon le même ù).ixèv viiroxEi'iJievov, sera rétabli. Voyez Viucenzi, ci-dessous, II, § 88.

h. Cependant Origène ne conçoit le Fils comme subordonné au Père que « ratione principii, et non « ratione naturee. » Or, sous le premier

rapport, le Père comme « premier principe » est plus grand que le Fils, même selon les Pères de Nicée.

i. Orig., in Joan., t. XXXU, 6; t. XXVIII, 13; Contra Cels., V, 1 , Ile princ, 1, 3, 5 et seq.; in Num., Hom. vi, 3; in Matth., Hom. xii, 40; Fragm. in Isai (Op., III, 103). Origène fut accusé d'erreur sur la Trinité par Baronin?, Pélau, Hiiet, Noël-Alexandre, Du Pin, Cave, Mesheim, etc., et justilié par De la Rue, Bullus, Maran, Walch. Voyez surtout Thomasius, p. 112-151, 278-284.

h. Contra Cels., IV, 40; in Joan., t. XX, XXI; t. II, 24; Hom. in Gen., m, 31; in Lev., m, 2. Cf- Hier., Ep. lxi (Mart. 38). — Method., Ilepl àvao-tâdïw;, Epiph., Hom. Lxiv, 12 et seq., Photius, cod. ccxxix; Uzfi Y£w,twv Phot., cod. ccxxxv; Migne, t. XVIII; Greg. Thaum., Pamphil., ap. Migne, t. X. Sur la falsification des écrits d'Origène, Ep. ad amie. Alex., Op., I, p. 5, 6; Rufin, Prolog, in lihr. De princ. et Apol. ad Anast. P. Les sentiments catholiques d'Origène sont attestés par ses 1° principes généraux sur le dogme (De princ, prœf., n. 2; Comm. in Matth., ser., n. 34, p. 832); 2° par sa lettre d'excuses au pape Fabien (Hier., Ep. xli, al. 63); 3° par ce qu'il dit de la manière dont les hérétiques traitent la doctrine de l'Église (Hom. vu in Jos., Op., II, 414), des embûches et des périls qui lui sont ménagés par le démon (Hom. vu in Ezech., Op., 111, 382).

Successeurs d'Origène. — Millénaires.

177. Après le départ d'Origène, 1 école catéchétiquo d'Alexandrie fut dirigée par son disciple Héraclas, nommé ensuite évèque et remplacé par Denis, qui le devint à son tour (depuis 248). Il ne paraît point, d'après ce que nous savons, que leur méthode denseignement différât beaucoup de celle d'Origène, dont ils avaient fréquenté Técole. Cela est vrai surtout des maîtres subséquents, de Piérius, surnommé le second Origène, auteur de plusieurs écrits, notamment sur le prophète Osée, et de son disciple Pamphile de Césarée, puis de Théognoste, qui écrivit entre autres ouvrages sept livres intitulés Hypotyposes. Ces deux maîtres paraissent avoir eu pour auxiliaires, sous l'épiscopat de Thomas, Achillas, qui fut plus lard évèque, et dont le siège passa ensuite au martyr Pierre I"'. Il est certain que parmi les thèses théologiques qu'avait soutenues Origène, plusieurs continuèrent, quoique sous une forme adoucie, d'être enseignées à l'école d'Alexandrie; il paraît même qu'elles soulevèrent de nombreuses disputes au sein de cette Église.

L'interprétation allégorique de l'Écriture avait pour prin-

450 HISTOIRE DE LÉGLISE.

cipaux adversaires les millénaires, qui, repoussés par les savants d'Alexandrie, trouvèrent de Técho en Egypte. L'évêquo d'Arsinoé, Népos, publia sa Réfutalion des allégorisles, à laquelle levêque Denis répondit en 255 par ses dix livres de Promesses. Une scission était imminente, lorsque Denis, dans deux conférences, parvint à ramener les millénaires, notamment leur chef Korakion. Comme un grand nombre, à l'opposé des millénaires , rejetaient l'Apocalypse , dont s'appuyaient ces derniers, Denis déclara qu'il aimait mieux croire que ce livre était au-dessus de son intelligence que de le rejeter ; que du reste il ne fallait pas le prendre à la lettre. 11 admettait bien que son auteur eût nom Jean, mais c'était un autre que l'apôtre, un prêtre de l'Asie ; tout, disait-il, proteste en faveur de ce sentiment, le caractère du livre, son style, son ordonnance, sans parler des raisons intrinsèques.

Le millénarisme , représenté par plusieurs anciens , fut combattu par les adversaires du montanisme et par les savants d'Alexandrie; cependant il eut encore dans la suite un certain nombre de défenseurs, tels que Métliodius, Lactance et Apollinaire, lequel essaya de réfuter les Promesses de Denis. Le millénarisme, encore qu'il eût pour champion des hommes tels que Papias, Justin, saint Irénée, Tertullien, etc., n'avait pas de fondement dans la tradition ; témoin cet aveu de Justin, que tous les fidèles ne partageaient pas sur ce point son opinion; il fut du reste combattu par Athénagore, Caïus, Clément, Origène. Il était, selon toute vraisemblance, d'origine judaïque.

C'était une entreprise difficile que d'étouffer les idées du millénarisme ; elles trouvaient de nombreux appuis soit dans les prophéties relatives au triomphe définitif du royaume de Dieu sur le mal, soit dans cette idée que le théâtre des souffrances de l'Église devait être aussi le théâtre de son exaltation, d'autant plus que l'Écriture annonçait un nouveau ciel et une terre nouvelle * ; les millénaires enfin étaient persuadés qu'il y a dans l'Église un principe qui doit transformer le monde et qui l'autorise seule à prétendre à l'empire universel. Tout ce que le millénarisme renfermait d'important s'est

1 // Pierre, m, 13

l.ES HÉRÉSIES ET LE PROGRÈS DU DOGME. 4ol

Conservé, tandis qu'on a vu tomber d'elle-même l'opinion selon laquelle le combat contre l'état païen continuerait jusqu'à l'avènement définitif du Christ, bien qu'elle se fût maintenue sous le poids des persécutions.

Une autre idée favorable au millénarisme , c'est que le monde ayant été créé en six jours, et mille ans n'étant devant Dieu que comme un jour', le monde doit durer six mille ans*, lesquels seront suivis de mille ans de repos sacré correspondant au sabbat.

Cette doctrine trouvait un autre appui dans le désir d'être bientôt réuni à Jésus-Christ , dans les exhortations du Sauveur et des apôtres à se tenir prêt pour le jour du Seigneur, puis dans l'interprétation littérale de l'Apocalypse, qui continua encore dans les siècles suivants à influer sur ces dispositions.

Successeurs d'Origène, Eus., M, 3, V6, 26, 29, 31, 35, 40 et seq.; VU, 1, 4 et seq., 20 et seq., 32; Hier., Cat., cap. liv, lxix, lxxvi. La méthode d'enseignement d'Origène se retrouve tout entière chez les alexandrins subséquents, a. 11 avait appelé le Fils xTtVtia, d'après Prov., VIII, 22, où, d'après les Septante, au lieu de âxTrjcraTo, accrédité par le texte hébreu (et la Vulgate), on lisait ëx-kje. La même expression est employée par Denis (§ lo4), et Théognoste. (Phot., Bibl., cod. cvi, ex lib. Il Hypotyp.).

6. On blâmait également ce dernier de répéter après Origène, TÔv ulov Twv loyr/Mi (jLÔvov iTTtoraTeTv, et autres doctrines sur le Saint-Esprit et les anges (Phot., loc. cit.).

c. Pierius enseignait aussi la préexistence des âmes, d'après Origène, et il employait des expressions qui faisaient le Saint-Esprit inférieur aux deux autres personnes (Phot., cod. cxix).

d. Comme Origène (Thomasius, p. 280), applique aussi le mot oùaia à la personne (Phot., loc. cit.). On cite encore parmi les disciples d'Origène, Tryphon, auteur de traités sur la Bible (Hier., Cat., cap. lvu). Denis contre Népos, dans Eus., VII, 24 et seq. Cf. 111, 28. Lücke, Comm. z. Offbr. des Job., § 34, p. 321-330; P.-J. Mœnster, De Dionysii Al. circa Apoc. Joan. sententia, Hafn., 1826 ; Kleuker, Ueber Ursprung u. Zweck der Offenb. Joh., p. 134 et suiv.; Hier,, in Isai., lib. XVIII, proœm. : «( Adversum quem (Iren.) Dionysius Alex. eccl. pontifex elegantem scribit librum, irridens mille annorum fabulam ... cui duobus voluminibus respondet ApoUinarius, quem non solum suœ sectse homines, sed et nostrorum in bac parte durataxat plurima seqiiitur multitudo. »

^ Ps. Lxxxix, 4. — » Épitre de S. Barnabe, ch. xv.

45a HISTOIRE DE J. ÉGLISE.

Le millénarisme fut soutenu par : Papias, ap. Iren., V, 33, et cap. ull.; Iren., Joe. cit.; Justin, Dialog., lxxx ot seq., cix et seq., d'après Isai., Lxv, 17-23; Apcical., xx, 4 et suiv.; Tertull., Contra Marc, I, 29; 111. 24; IV, 29; De res. carn., cap. xxv; Lact., Inst., VII, 14 et seq. On le trouve chez les convertis, soit du paganisme, soit du judaïsme. Ritschl, p. 61 et suiv., oOO. Aveux de Justin, Dial. lxxx. Contre le millénarisme, Athen., Leg., cap. xxxi; Caj., ap. Eus., III, 28; Clem., Strom., VII, 12; Orig., Contra C.els., IV, 22; De princ, II, 2. Sur son origine juive. Hier., Cat., xviii ; in Isa., liv, 1 ; Ammon., in Daniel., cap. vu (Mai, Nov. Coll., I, II, p. 207); Epiph., Hser., xvi; Heer., xxxiii, 9; Justin, Nov., 146; Raymund. Martini, Pugio fld., part. III, dist. m, cap. XV ; Galatin, X, 4. Voyez aussi Corrodi, Krit. Gesch. des Chiliasm., Zürich, 1794; Müascher, Dogmengesch., Il, 438 et suiv.; Klee, Tentainen Theul. de Chil., Mog., 1825; Wagnt-r, DerChiliams. in den ersten Jahrb. (Programm), Dillingen, 1849; Schneider, Die chiliast. Doctrin., Schaffliouse, 18ö9.

Savants d'Alexandrie.

178. Il nous reste mallieureusement peu de choses des travaux que les savants d'Alexandrie publièrent en faveur des opinions régnantes. Au nombre de ces savants figure un certain Ammonius, qui florissait à la fin du deuxième siècle et au commencement du troisième; on"a de lui un ouvrage sur l'accord de Moïse avec Jésus-Christ et une concordance des Évangiles, conservée dans la traduction latine de Victor, évèque de Capoue ; elle est basée sur le texte de saint Matthieu et cite les passages parallèles des autres évangélistes ; ce travail fut plus tard utilisé par Eusèbe. Un autre alexandrin, Anatohus , évèque de Laodicée en 270, composa un cycle pascal fort estimé ; il comprend dix-neuf années et coiTimence en 276. Il supplanta le cycle de huit ans composé par Denis. En général, les alexandrins prirent une part active aux controverses louchant la fête de Pâques.

Dans ces disputes, qui ne visaient pas seulement les quartodécimaux judaïsants '^14^6). mais qui agitaient aussi les catholiques, plusieurs savants problèmes étaient en question : 1° quel jour faut-il célébrer la fête de Pâques ? 2" quelle doit être la durée du jeune pascal? 3" le jour de la mort de Jésus- Christ doit-il être célébré comme un jour de deuil ou comme un jour de lète ? 4° Jesus-Christ a-L-il mangé l'agneau pascal le Il nisan, ou le 13 par anticipation? a-t-il été crucifié avant la

LES liJ'KÉSlKo ET LE PROGRÈS DU fiOG.ME. 453

fête des Juifs ? 5" comment peut-on concilier les textes de saint Jean, xvm, 28; xix, 14, avec d'autres textes des Evangiles, surtout avec saint Matthieu, xxvi, 18 et suiv. ? 6" dans quel temps et à quelle heure Jésus-Christ est-il ressuscité?

Les ouvrages de Clément et de Pierre sur la fête de Pà({ues sont perdus. La seconde et la sixième de ces questions furent élucidées par Denis dans une lettre à Basilides ; la quatrième (daprès un fragment), Clément l'avait résolue ainsi : Jésus- Christ est mort avant la célébration légale de la Pâques. C'était aussi l'opinion d'Hippolyte, qui composa pour 1" Église romaine un cycle de seize années. Ce cycle était parfaitement d'accord avec le sentiment de Rome, suivant lequel Pâques ne devait se célébrer qu'après l'équinoxe du printemps.

Amnionius, Hier., Cat., cap. lv; Baronius, an. 174, n. 8 et seq.; Gallaiidi, t. If, Proleg., cap. xix, p. ii et seq.; Harnion. Ev., ib., p. 531 et seq. Cf. Orsi, lib. Vil, n. 10; t. III, p. 2ö. On en a encore découvert de nos jours une ancienne traduction franque du neuvième siècle, faite d'après la version latine de Victor; Schiaeller l'a éditée [Animonii Alex, quaî et Tatiani dicitur, harmonia Evangeliorum in linçua lat. et inde ante annos mille in fi'ancicam translata, Vienn., 1841 ). La Versio canon. Eus., in 0pp. Hier., éd. Vallars.,X, Ö71-682; éd. Martin, I, 1429-1440. Anatole, Eus., VII, 32; Vers. lat. cjcli pasch., ap. Bûcher.; S. J. Doc- Irina tempor., Antwerp., 1634, p. 439 et seq.; Gallandi, III, 543-508; Cleni., De paschate; Euseb., IV, 26; VI, 3; Phot., cod. cxi ; Fragm. ex Cliron. Alex., Gallandi, H, 153; Dionys., Ep. can. ad Basil.; Harduin, Conc, I, 185; Gallandi, HI, 501 et seq.; Routh, Rel. sacr., H, 383-394. Cf. Eus., Vil, 20; Murin., Alex. Fragm. de ratione paschali, ap. Pitra, Spicil. Solesin.. 1, 14.

Ëcole d'Antioche.

179. L'Ëghse d'Antioche, dont les évêques Théophile et Sérapion se signalèrent comme écrivains, obtint plus tardivement que celle d'Alexandrie une école théologique. Il est probable cependant que les bases en furent posées dès le troisième siècle. Deux prêtres de cette Éghse, non moins savants que leur prédécesseur jMalchion, qui avait acquis une grande célébrité dans le concile tenu en cette ville (269) contre Paul de Samosate, y cultivaient les études bibliques et surtout la langue hébraïque. C'étaient Dorothée et Lucien; relni-ci, qui allait être martyrisé en Nicomédie (311-312), cou-

io4 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

sulta le texte hébreu pour corriger les Septante, et fournit une révision de la Bible qui fut généralement adoptée dans l'Asie-Mineure et la Grèce, depuis Constantinople jusqu'à Antioche. On y ajouta dans la suite une profession de foi, que quelques-uns interprétèrent dans le sens catholique, d'autres dans le sens du subordinatianisme (ou arianisme). Jusqu'à quel point l'évêque Méthodius et le chronographe Jules Africain, qui avait aussi étudié à Alexandrie, pouvaientils appartenir à l'école d'Antioche, la question est controversée. On remarqua de bonne heure une certaine opposition entre les deux écoles. Alexandrie cultivait surtout l'interprétation grammaticale et logique de la Bible, et en philosophie elle se rattachait plutôt à Aristote qu'à Platon. Au quatrième siècle, cet antagonisme devint plus prononcé.

Il y avait également à Édesse une importante école pour les Syriens; elle suivait une direction positive et pratique et s'adonnait aux études bibliques.

OUVRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N° i79.

Munter, Progr. de schola antiochena, Hafn., 1811; Staeudlin, dans Tzschirners Archiv f. alle u. neue K-G., I, i, p. 1 et suiv.; Lengerke. De Ephrœmi Syri arte hermen. Reg Pruss., 1831, p. 68; Kihn, etc. (1. D, § 96). Sur Lucien et Dorothée, Eus., VU, 32; VIH, 13; IX, 6; Soz., III, 5; Hier.,Cat., lxxvii; Prsef. in Parai., et lib. II, contra Rufin; Aug.. De civ. Dei, XVIIi, 43 ; Chron. Alex., p. 277, éd. du Gange; Hug (§ 102. 10), 1, 171, 176; éd. Tub., 1808. L'école d'Édesse enseigna de nouveau que Thaddée avait été délégué auprès d'Abgar. Ouvrages syriens : Didascalia apost. syriace, éd. Lagarde, Lips., 1854; Gureton, Spicil. syriac, Lond., 1853; Cureton and Wright, Ane. Syr. Documents, Lond,, 1864; Ane. Syr. martyrolog., ed, de Gureton, dans le Journal of s. lit.,

Maîtres occidentaux.

180. L'Occident comptait parmi ses principaux docteurs saint Irénée, évêque de Lyon, dont les plus fameux disciples furent les prêtres Caïus et Hippolyte. Ce dernier était, au dire d'Origène, le plus fécond écrivain de son temps. Les ouvrages et l'esprit de saint Irénée eurent une grande influence sur l'africain Q.-Septime-Florent Tertulhen, qui fit aussi un long séjour à Rome et devint le premier auteur de l'Eglise latine. Grave et austère, souvent mordant et sarcastique, serré et obscur dans son style , ennemi juré de la philosophie

païenne, très-versé dans le droit romain, Tertulliena fourni, dans ses nombreux écrits , d'abondantes ressources pour l'exposition de la doctrine chrétienne, malgré son passage au montanisme; les auteurs subséquents de l'Afrique, saint Cyprien lui-même, le considéraient comme un maître et un docteur.

Saint Cyprien, renommé pour son éloquence et sa clarté, fut imité par l'élégant Lactance et par Arnobe, diffus et déclamatoire. Saint Irénée et Hippolyte furent également imités, au moins pour le fond, par l'auteur d'un ouvrage sur la Trinité, publié sous le nom de Novatien. Les Occidentaux, tout en se bornant généralement aux choses pratiques, savaient au besoin se mêler aux spéculations savantes des Orientaux, et bientôt ils rivalisèrent avec eux sinon par le nombre et la fécondité , du moins par la valeur de leurs travaux.

ADDITION DU TRADUCTEUR

Des ouvrages de saint Irénée nous n'avons que ses cinq livres contre les hérésies, et ils ne. paraissent pas entiers. Il entreprit ce grand ouvrage pour détruire les erreurs des valentiniens et des novatiens, erreurs changeantes et mobiles, auxquelles il oppose la doctrine unanime de toutes les Églises du monde.

Ce traité a été fort loué par les anciens. Eusèbe vante surtout la sagacité avec laquelle l'auteur recherche les fautes les plus obscures des hérétiques, les ténèbres où ils se cachent, pour les traîner à la lumière du jour.

Érasme a douté si saint Irénée avait écrit en grec ou en latin. Aujourd'hui tous les bons critiques conviennent que ce fut en grec. De ses cinq livres, il ne reste dans l'original grec que le premier, cité presque tout entier par saint Épiphane. On trouve des fragments des autres livres dans Eusèbe, saint Basile, Théodoret, saint Jean de Damas et dans les Chaînes des Pères grecs.

La traduction latine est fort défectueuse. Des savants la croient plus ancienne que Tertullien; mais il n'est guère croyable qu'un latin aussi corrompu appartienne à cette époque. Des expressions telles que cellesci : suadenter, blasphémât io, quaternis, mysterialiter, impudorate, prœcoiiare.peredeivimus, adfationes, postrenatus fiei'is, efficabile, incapabiles. et autres semblables, qui se trouvent presque à chaque page, révèlent une époque où la bonne latinité avait été corrompue par la barbarie. Il est vrai que Tertullien, saint Cyprien et saint Augustin citent quelques passages dp saint Irénée. mais ils pp le font pas dans les mêmes termes,

ioO HisroïKE DE l'église.

et le traducteur a pu profiter de ce qu'il en a trouvé de traduit dans ces Pères.

Ces défauts, toutefois, n otent rien à la force du raisonnement, à la justesse des cumparaisous, à l'élévation de Tesprit. Peut-être si on pouvait lire l'original y trouverait-on autant d'éloquence que dans saint Jérôme '.

D'habiles critiques croient que saint Irénée fut l'auteur de la belle lettre des Églises de Lyon et de Vienne sur les souffrances de leurs premiers martyrs.

Parmi les points de doctrine qu'on peut relever dans ses cinq livres contre les hérésies, nous remarquerons les suivants :

On y trouve des vestiges de la confession des péchés secrets comme des péchés publics. Parlant des femmes que l'hérétique Marc avait séduites, il dit qu'après leur conversion elles confessèrent les péchés de la chair qu'elles avaient commis avec lui et l'excès de l'amour impur qu'elles lui portaient.

On y trouve Fexemple d'une pénitence prolongée jusqu'à la mort, donné par la femme d'un diacre qui s'était laissé corrompre par cet imposteur.

Il dit que saint Matthieu écrivit son Évangile en hébreu, quand saint Pierre et saint Paul fondèrent l'Église de Rome. 11 établit comme un principe incontestable que c'est dans l'Église romaine seule que se trouve la vérité, que c'est là que les apôtres ont déposé, comme dans un trésor, tout ce qui concerne cette vérité immuable.

n assure qu'il y avait de son temps, parmi les nations barbares, des Églises qui conservaient sans aucune écriture la pureté de la foi qu'elles avaient reçues des apôtres. Il mentionne les ÉgHses de Germanie et d'Espagne.

Il établit nettement le péché originel et ses suites. Les hommes, dit-il, ne sont guéris de l'ancienne plaie du serpent qu'en croyant en Celui qui, élevé de la terre sur le bois de la croix, a tout attiré à lui et donné la vie à tous les morts.

Il excuse l'inceste des tilles de Loth par leur simplicité. Il croit qu'Adam et Eve ont prévariqué le jour même de leur création, le sixième jour de la semaine, le même où Jésus-Christ serait mort. Le monde, selon lui, n'ayant reçu sa perfection que dans six jours, subsistera autant de milliers d'années.

Il confond l'Antéchrist avec la bête dont parle Daniel dans sa prophétie et saint Jean dans son Apocalypse. Quant à son nom, qui doit comprendre le nombre 666, il veut qu'on attende l'accomplissement de In prophétie avant de le déterminer. Avec saint Justin, il soutient q'ii'

' Hieronym., Epist. Lin.

LES HÉRÉSIES ET LE PKOGRÈS Dl' DOGME. 4o7

Satan ignorait sa condamnation avant l'avènement de Jésus-Christ. Frappé de l'autorité de quelques anciens, de Papias surtout, qu'il savait disciple de saint Jean, il embrassa le système des millénaires. Il admet après cette vie et avant le jugement dernier un règne terrestre pour les justes. Ce règne, dit-il, sera le commencement de leur incorruptibilité et comme un essai du royaume éternel. Ils y feront une sorte d'apprentissage de la gloire à laquelle ils seront un jour élevés'.

Saint Hippolyte est surtout célèbre dans l'antiquité ecclésiastique par la multitude de ses ouvrages. Parmi ceux qui sont conservés, le premier est le Cycle pascal, retrouvi^ en 1531 dans les débris d'une ancienne église dédiée à un saint du même nom.

Un de ses plus remarquable ouvrages est son traité de l'Antéchrist, tiré en 1661 de la poussière des bibliothèques de Reims et d'Évreux. Il veut prouver par l'Écriture quel sera l'avènement de l'Antéchrist, en quel temps et de quelle manière il se manifestera, quel sera son nom, comment il séduira les peuples et ce qu'il fera souffrir aux saints.

Parmi ses écrits perdus, on n'en cite pas moins de trente-deux : un Ilexaméron, ou traité Sur les six jours de la création; des Commentaires >ur la Genèse, l'Exode, les livres des Rois, les endroits de l'Écriture (jui traitent de Saul et de la Pythonisse, sur les Psaumes et le Cantique «les cantiques, etc., etc. Quant à sa manière d'écrire, saint Jérôme lui :ittribue une grande éloquence, malgré la simplicité qui règne dans ses écrits. Son style est grave, clair, net, concis, nullement embarrassé de choses inutiles, et tout-à-fait convenable à un interprète des sainte? Écritures-.

Massuet, Diss. II in Iren., n. 1 et seq.; Tillemout, Mém., III, 77 et seq.; Plat, Histoire de saint Irénée (en français et en allemand); Cajus, (Fragm., ap. Routh, Rel. sacr., II, 5 et seq.); Eus., III, 28, 31 ; II, 23 ; VI, 20; Hier., Cat., Lix; Phot., Cod. xlviii ; Lumper, Hist. crit., VII, 17 et seq. — Hippol., Op., éd. Fabr., Hamb., 1718, t. H; Migne, t. X, cidessus, § 100. — Tert., Op., éd. Rigaltii, Paris., 1633, in-fol.;ed. Priorii, 1664; éd. Ven., 1701, 1708; Col., 1716; Ven., cur. Giraldi, 1744; éd. vSemler et Schütz, Hai., 1770 et seq.; ed. Œhler, Lips., 1833 et seq.; Migne, Patr. lat., t. I-HI; Néander, Antignostikus, Berlin, 1823, 1849; Hesselberg, Tert. Leben u. Schriften, Dorpat, 1848; üllhorn, Fundamcnta chronolog. Tert., Gœtt., 1832; Baihr, Rœm. Lit.-Gesch., SuppL, sect. 2, § 3, p. 16 et suiv.; Ritter, Darstellung der ersten christl. Schriftsteller Afrika 's f Bonner Ztschr., t. VIII).

' Histoire littéraire de la France, par les bénédictins de Saint -Ma m t. I, art. S. Irénée (éd. Palmé). — ' Ibid., t, I. p. 301 et suiv., passim.

Cyprian., Hier, cat., cap. un; Cypr., Op., éd. Pamel, Antw., 1S68, 1589; éd. Rigaltii, Paris., 1648 et seq.; ed. Fell, Oxon, 1682; ed.Maran, Paris., 1726, 1733; Migne, t. IV, éd. Harlel (§ 86); Lactant., Op., éd. Biinemann, Ups., 1739; ed. Fritzsche, Ups., 1833 et seq. Cf. § 86. Arnob., Bibl. Patr. lat., cur. Gersdorf, vol. XII, ed. Hildebrand, 1844; Migne, t. V, ci-dessus § 86. — Novatien, Gallandi, IV, éd. "Wirceb., 1782; Hagemann, Rœm. K., p. 371-410.

La littérature chrétienne.

181. La littérature chrétienne occupe, dès cette première période, une place remarquable. Ses travaux avaient pour objet : 1° les traductions de la Bible en syriaque (la Peschito) et en latin (surtout pour l'Afrique et l'Italie : version italique) ; 2° les commentaires delà Bible commencés depuis le deuxième siècle, beaucoup plus nombreux au troisième ; 3° les lettres soit des Pères apostoliques (Clément, Ignace, Polycarpe, Fauteur de la lettre à Diognète), soit des évèques postérieurs, sur divers sujets ; 4° les nombreuses apologies contre les païens, les Juifs et les hérétiques ; 5° des dissertations spéciales sur différents sujets du dogme, de la morale et de la discipline ecclésiastique; 6° les discours et les instructions prononcés dans les cérémonies rehgieuses ; 7° les actes des martyrs; 8° les poésies didactiques, comme celles de Commodien, et les hymnes, comme celle que Clément d'Alexandrie adresse à Jésus-Christ à la fin de son Pédagogue; 9° un certain nombre de lois ecclésiastiques (canons) , parmi lesquelles les canons dits apostoliques, datent en partie du troisième siècle ; d'autres proviennent des conciles tenus au commencement du quatrième. Tels étaient les germes qui, fécondés par le temps , allaient fructifier sous l'influence du Saint- Esprit.

OUVRAGES A CONSULTER El REMARQUES CRITIQUES SUR LE N° 181.

1° Voyez les introductions au Nouveau Testament, Haneberg, Gesch. der Bibl. Offenb., Regensb., 1850, p. 743 et suiv., 747 et suiv. L'Italique, rédigée au deuxième siècle, contenait nos Écritures du Nouveau Testament, tandis que l'Apocalypse, la n^ épitre de saint Pierre, la ii'' et la ni^ de saint Jean, l'Épitre de Jude manquaient dans la Peschito.

2° Commentaires de la Bible par Candide d'Apion, sous Commode (Hexaméron, Eu?., V, 27; Hier., Cat., cap. xi.vin, xlix); par Judas, sous Sévère (sur Daniel, Eus., VI, 7; Hier., Cat., cap. lu); Heraclite (sur les

Épitres apostoliques, Euseb., V, 27; Hieron., cap, xlyi); Viatorin de Pettau, etc.

3» Pair, apost., éd. Coteler., Paris., 1672; éd. Cleric, Antw., 1692; Migne, Patr. gr., t. I et seq. Éditions spéciales par Héfelé, Reilhma}T, Dressel, Funk, etc. Clem. Rom., éd. Pliilothei Bryennii ex arch. Hier., Gpli, 1875. Eusèbe, Hist. eccl., a donné des extraits de plusieurs lettres d'évèques (voyez ci-dessous § 205). Celles de saint Cyprien sont les plus nombreuses que nous ayons. — 4° Ci-dessus §§ 56,86, 140, 155. — 5° Catalogue des livres de Méliton de Sardes, Euseb., IV, 26; Hier., Catal., cap. XXIV. Ouvrages de Tertullien et de saint Cyprien. — 6° La plupart des écrits d'Origène et son éloge par Grégoire de Néocésarée. — 1° Cidessus A, 15 g. — 8° §§ 86, 150. Sont perdues les hymnes de JNépos, évêque d'Egypte, et celles d'Anthénogènes ; apocryphes celles qu'on attribue à Tertullien et saint Cyprien. — 9° Héfelé, Conc. -Gesch., 1, 128 et suiv., 714 et suiv.; Pitra (A, § 15 h.), vol. I, où les constitutions apostoliques sont mises dans un nouvel ordre d'après une foule de manuscrits, et leurs parties principales mieux séparées. Voy.mon article dans Archiv, f. kath. K.-R., 1870, vol. XXIH, p. 185 et suiv. Les six premiers livres forment un tout complet; les deux autres ont été recueillis plus tard; mais la plupart se composent aussi de parties plus anciennes, qui se trouvent à part dans les manuscrits, par exemple : lib. VHL cap. xvi-xxxi, SiaTâ^siç irepî [i.\t(Tiiv.riz Xarpeta;. Voy. Bickell, Gesell, des K.-R., Giessen, 1843, I, 221. Outre les quatre-vingt-cinq canons apostoliques de la lin, dont les cinquante premiers, seuls reçus eu Occident, sont les plus anciens, on y trouve Constitutiones per dementem, et Ecclesiastici apostolorum canones, également en éthiopien et en arabe, du troisième siècle (Bickell, p. 96; Beil, I, p. 101-132; Lagarde, Reliq. jur. eccl. gr., Vindob. et Lips., 1856, n. xi, p. 74-79. Pitra, I, p. 77-86), puis neuf Canones synodi Antioch. Apost. (Bickell, Beil., III, 138-143 ; Lagarde, n. III, p. 18-20; Pitra, p. 91-93), Capita xxx ex constitut. ap. (Pitra, p. 96-100); Canones pœnitenliales apost. (ib., p. 103-106).

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