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I. — HIST. DE L'ÉdUSE

5Ji HISTOIKE DE L EGLISE.

prunte toute sa valeur à son origine divine, prière enfin la plus agréable à Dieu en même temps que la plus efficace. Les fidèles y joignaient le chant des psaumes, sublimes effusions d'une poésie tour-à-tour prophétique, didactique et lyrique ; les cantiques des jeunes hommes dans la fournaise, de Zacharie, de la sainte Vierge (si souvent représentés dans les catacombes), qui enlevaient les cœurs et que l'antiquité employait déjà dans ses grandes solennités.

Temps de la prière, Const. ap., II, 59; VIII, 34, 39 ; Tert., De orat., cap. xxv; De jejun., cap. xi; Cypr., De domin. orat., c. xxxv, p. 292.

— Prière du Seigneur, Dœllinger, p. 357. 11 faut citer iciles excellents ouvrages de Tertullien, De oratione; d'Origène et de saint Cyprien. TertuUien, De orat., cap. i, dit du Pater : « Quantum substringitur verbis, tautum difFunditur sensibus. Neque enim propria tantum orationis officia complexa est, venerationem Dei aut hominis petitionem, sed omnem pœne sermonem Domini , omnem commemorationem disciplinée, ut rêvera in oratione breviarium totius Evangelii comprehendatur. » — Belle exhortation à la prière, Cypr., ep. xi, p. 495. Chant des psaumes. Const. ap., II, 54, 57 (Pitra, I, 200, 204). « Canticum trium puerorum, » Dan., m, 24 et suiv., 51 et suiv., de Cypr., De dorn, orat., cap. viii, p. 271. Cf. Orig., De orat., cap. xm.

§ 3. lues temps et les lieux saints.

Les fêtes des chrétiens.

212. La vie du chrétien est une fête continuelle, et tous les jours lui sont également saints '. Cependant il convenait que, sous le Nouveau Testament, les grands actes de Dieu au sein de l'humanité fussent célébrés par des fêtes particulières, comme ils l'avaient été sous l'Ancien; il convenait de rappeler d'une manière particuhèrement sensible la vie de l'Homme- Dieu, de solenniser la mémoire de sa passion et de sa résurrection.

Les judéo-chrétiens, comme avait fait le Seigneur lui-même, solennisaient encore l'ancien sabbat comme un jour de repos, bien qu'il eût perdu sa signification pour les chrétiens*. Quant à rÉghse, elle avait résolu dès le temps des apôtres que le premier jour de la semaine, le dimanche, serait consacré au

' Ecdl-, m, 7 el suiv. — ' Coloss., u, IG.

COISSTlTUTIOiN, CULTE ET YIE RELIGIEUSE. 515

Seigneur en souvenir de sa résurrection. C'était le jour de la prière et du repos sacré ; rien n'y rappelait les frayeurs des juifs; on n'y jeûnait point et on s'abstenait du travail servile. Le mercredi et le vendredi, consacrés au souvenir de la passion et de la mort du Sauveur, on observait un demi-jeùne (jusqu'à trois heures après midi; jours de stations).

Il y avait donc dans chaque semaine des jours de fêtes et des jours de jeûnes, et comme la vie de l'Église et la vie des fidèles sont mêlées de joies et de tristesses, chaque semaine rappellait des souvenirs analogues, car tout devait se rapporter à la vie du Rédempteur. Les jours où l'on se représentait l'Époux comme absent' étaient des jours de jeûne ^; les jours de sa résurrection et de sa manifestation glorieuse, des jours d'allégresse.

Tous les jours sont sacrés pour les chrétiens. Col., ii, 16 ; Gai., iv, 9 et suiv.; Rom., xiv, 3; Clem., Strom., VII, 7 init.; Orig., Contra Cels., VIII, 22. — Le dimanche (xupiaxr; sciL rijAÉpa) est indiqué dans Apoc, i, lOj Act., XX, 7; I Cor., xvi, 2 col.; Matth., xxviii, 1; Joan., xx, 26; Barnab., Ep., cap. xv; Ignat., Magn., ix; Justin, Apol., I, 67 : tyi toû r,Uov ),£Yoix£vr) ■^,\itçia. Tert., De orat., xxiii ; De Cor., m; Anol., cap. xvi ; Ambros., Serra, lxi. Méliton de Sardes écrivit Ttspl xuptaxyic. Dionys. Cor., apud Euseb., IV, 23, mentionne ttiv xypiaxTiv àyiav i?i[A£pav. Voyez Hengstenberg, Der Tag des Herrn, Berlin, 18b2. — Quant au jeûne du samedi (superpositio jujunii), il paraît, d'après Victorinus Pet. (Gallandi, Bibl. pair, gr., t. IV; Routh., Rel. sacr., III, 237), avoir eu pour raison d'être la préparation à la communion du dimanche, et, selon Innocent I^f, Ep. ad Décent., la tristesse des apôtres au sujet de la sépulture du Seigneur. — Sur l'ancienneté de l'usage de Rome, voy. Asseniani, Bibl. jur. orient., I, p. 427 et seq., 434. Le jeûne du samedi était également prescrit par le concile d'Elvire, cap. xxvi (Héfelé, I, 38), tandis qu'il était défendu en Orient, où le samedi était souvent un jour de fête. Const., II, 59; V, 18; VIII, 33; Socr., VI, 8; Soz., Mil, 8; Augusti, Hdb. der Archœol., 1, 51 ö. Stationes (cf. Herm., Past., lib. III; Sim., V, c. m) : Tertullien les explique, De orat., c. 14, par Vexemplum militare. Jeûnedu mercredi et du vendredi, Orig.,Hom.x in Lev.,u.2; c. ap., 69.

Les fêtes.

213. Les fêtes étaient également connues de l'Église primitive. Les plus anciennes étaient Pâques et la Pentecôte, qu'on

1 Matlh., IX, 13. — ' TerluU., De jejun., cap. ii.

célébrait selon l'usage de la Synagogue, mais avec une signification différente, en souvenir de la résurrection de Jésus- Christ et de la descente du Saint-Esprit. Ces deux fêtes étaient étroitement liées ensemble, et l'intervalle qui les séparait était un temps de réjouissance. Elles étaient précédées d'une longue préparation consacrée au jeune. Ce jeune, d'après les exemples de l'Ancien Testament et de Jésus-Christ même ', durait quarante jours (jeune quadragésimal). Il cessait complètement à Pâques, et on célébrait alors les quarante jours que Jésus passa au milieu de ses disciples *. Ainsi, au troisième siècle, la fête de l'x^scension se rattachait déjà à celle de Pâques.

En Espagne, quelques-uns terminaient la solennité en ce même jour; mais le concile d'Elvire (305 ou 306) ordonna (canon xlui) qu'on célébrerait aussi le cinquantième jour après Pâques (la Pentecôte).

En Orient, la première fête qui fut célébrée est celle de l'Épiphanie (6 janvier) ; mais il est douteux si ce furent les basilidiens ou les catholiques qui commencèrent. Au quatrième siècle, cette fête fut adoptée par l'Église occidentale, tandis que les Orientaux lui empruntèrent la fête de Noël (25 décembre). Les Occidentaux ne célébraient pas l'Epiphanie en mémoire de la naissance du Sauveur, mais en souvenir de son apparition aux païens (aux trois mages), de sa manifestation quand il fut baptisé par saint Jean et de son premier miracle connu de nous.

Ces grandes solennités commençaient le plus souvent dès la veille au soir par les vigiles (nocturnes, pannychides). Quelques Églises célébraient aussi avec beaucoup de pompe l'anniversaire de la mort des martyrs (natalüia), jour de leur naissance à une vie meilleure) et celui des jeunes innocents massacrés à Bethléem.

Tert., Décor., cap. m : Die dominico jejunium nefas ducimus vel de geniculis adorare. Eadem immunitate a die Paschœ in Pentecosten usque gaudemus. Cf. Orig., Contra Cels., VIII, 22; Const. ap., V, 17- 19; VIII, 33. Le carême (TeffuapaxoffTi^), qui, selon Léon le Grand,

' Matlh., IV, 2. — * ActeSji, 3.

CONSTITITION, CULTE ET VIE RELIGIEUSE. oi7

Serm. xliii de Quadrag., n. 6; Hier., Ep. xxvii, al. 34 ad Marc, serait d'institution apostolique, est mentionné par Origène, Hom. x in Lev., n. 2; Const. ap., 69; Const. ap., V, 14-18; Eus., V, 24. Cf. J. Filesac, Qiiadragesima sive de prisco et vario ritu observataî apud christ, gent. Quadrag., Lutet., 1340; Natal. Alex., Diss. IV ad ssec. II de jejun. Montan, et cath. contra Dallseum. — Fête de l'Ascension (àv(x),r,'^i; toû xyp(o\j), Const. ap., V, 19 (23), VIII, 33; Aug., Ep. cxviii ad Jan., cap. i. Sur Conc. Elib., 43, voyez Héfelé, Conc, 1, 145. — Epiphanie, voyez ci-dessus § 118 a, e. Const. ap., V, 13, où il est aussi parlé de Noël. Cette dernière fête, d'après le discours prononcé à Antioche par saint Chrysostome le 25 décembre 386 (Op., II, 355), ne s'y célébrait pas encore depuis dix ans; à Rome, selon saint Ambroise, De virg., III, 1, on la célébrait déjà sous Libère, et même longtemps avant, suivant une ancienne tradition (Aug., Trin., IV, 5; Const. apost., loc. cit.). Voy. Casse), Weihnacht, Berlin, 1861. — Il n'est nullement démontré que la fête de Noël fût un complément des brumalies païennes [natales invicti salis), auxquelles se seraient rattachées les saturnales du 17 au 24 décembre, et les sigillaries du 24 de ce mois (fête d'images et de poupées, Dœllinger, Heidenth., p. 548).

Les Pères ont toujours expliqué et relevé la fête de Noël indépendamment de tout autre ; ils ont dit qu'elle tombait au solstice d'hiver, parce que la naissance du Christ avait eu lieu au temps des plus longues nuits (à cause de l'incrédulité régnante), et des plus courts jours (parce que la science était encore faible et à son crépuscule}. Greg. Nyss., Op., III, 340 ; Aug., Serm. cxc, n. 1. — Vigiles (Ttawjytoô;), Tert., Ad ux., II, 4: Lact., Inst., VII, 19; Const. ap., V, 19; Hier., in Matth., XXV, 6. — Fête des martyrs (Y£V£e>,ta), Ep. Eccl. Smyrn. de mart. S. Polyc; Eus., IV, 13. Cf. Vita Const., IV, 23; Tertul., De cor., cap. III ; Cypr., Ep. xxxix (al. 34), cap. m, p. 583.

La controverse pascale.

21i. Plusieurs discussions éclatèrent au deuxième siècle sur la fête de Pâques et le jeune qui la précède. Les fidèles de l'Asie-Mineure avaient une pratique différente de celle de Rome et des autres Églises. Comme les ébionites, avec lesquels ils n'avaient d'ailleurs rien de commun, ils célébraient la mort du Seigneur (pasclia staurosimon) le 14 nisan, quelque jour de la semaine qu'il tombât, et la résurrection le 16 du même mois. A Rome, au contraire, et dans les autres Églises, Pâques était toujours célébré un dimanche, et le jour de la mort du Sauveur un vendredi ; quand ce vendredi ne tombait pas au U nisan, on renvoyait la fête au vendredi suivant. A Rome, cétait le jour de la semaine qui décidait ; dans

l'Asie-Mineure, c'était le jour du mois (hébraïque). Ici, on terminait toujours le jeune au 14 nisan; à Rome, il ne finissait que le jour de Pâques (pascha anastasimon), ce qui offrait de nombreux inconvénients pour les chrétiens en voyage.

Ce n'était pas seulement la durée du jeûne, mais encore la manière de jeûner qui variait dans les différentes Églises, Lorsque saint Polycarpe, évêque de Smyrne, se rendit à Rome (160-162), sous le pape Anicet, il fut question de ces divergences, mais on ne parvint pas à les concilier. La communion n'en fut point troublée et Anicet permit à l'évèque de l'Asie- Mineure d'offrir solennellement le saint sacrifice. Plusieurs années après, vers 170, àLaodicée, après le martyre de l'évèque de ce lieu, Sagaris, on vit naître un parti qui célébrait le 14 nisan la fête de Pâques, absolument à la manière des juifs et des ébionites, par l'immolation d'un agneau (hérétiques quartodécimans). Cet usage provoqua un long échange de lettres, auquel participèrent Méliton, Apollinaire et d'autres encore. Mais si les Asiatiques dont nous venons de parler célébraient la mort du Seigneur le 14 nisan, et, qui plus est, comme une fête joyeuse (à Rome, c'était le vendredi saint qui était considéré comme le jour de deuil), leur culte n'avait rien de commun avec le rite judaïque. Ce rite, un prêtre du nom de Blastus essaya de l'implanter à Rome, et ce fnt probablement ce qui détermina l'Église romaine à se montrer plus sévère contre la manière dont les Asiatiques célébraient la Pâques, car elle semblait favoriser les tendances judaïques. Le pape Victor ordonna de tenir des conciles et d'y faire accepter la pratique de Rome (196-198). La plupart des évêques, dans leurs assemblées, se prononcèrent en sa faveur, tels que Palmas, évêque d'Amastris dans le Pont, les évêques de l'Achaïe, de l'Egypte, de la Palestine et de la Gaule. Ils déclarèrent que c'était une règle de l'Église de ne célébrer que le dimanche la fête de la Résurrection.

Cependant Polycrates, évêque d'Éphèse, et ses sufTragants se prononcèrent pour la coutume des Asiatiques, en invoquant la traditions des apôtres Philippe et Jean^ celle de plusieurs saints de l'Asie-Mineure, y compris saint Polycarpe. Les Romains répondirent en opposant la tradition de saint Pierre et de saint Paul. Le pape Victor menaça d'excommunier les

CONSTITUTION, CULTE ET VIE RELIGIEUSE. 6i9

Asiatiques s'ils persévéraient dans leur résistance. Saint Irénée, évèque de Lyon, lui fit des représentation en s'appuyant do la conduite d'Anicet à l'égard de Polycarpe, et en alléguant ce principe que la diversité des rites, celle du jeune notamment, loin de troubler l'unité de la foi, la mettait dans une plus vive lumière. Le saint évêque, qui du reste observait la pratique de Rome, paraît avoir obtenu gain de cause, et il est très-vraisemblable que Victor s'abstint de toute autre mesure contre Polycarpe et les siens. L'usage de Rome fut adopté par quelques évoques de l'Asie-Mineure et universellement prescrit par le concile de Nicée (325); il était déjà observé auparavant dans la majeure partie de l'Église.

ADDITION DU TRADUCTEUR

Voici la lettre que saint Irénée, évêque de Lyon, écrivit à ce sujet au pape Victor au nom de quelques autres évèques de la Gaule ' : « Il ne s'agit pas seulement de la Pâques dans cette dispute, mais encore de la manière de jeûner : les uns croient qu'ils doivent jeûner un jour, les autres deux, les autres davantage; plusieurs comptent pour leur jeûne quarante heures du jour et de la nuit 2. Cette diversité d'usages dans la manière de jeûner n'a pas commencé de nos jours, mais dès le temps de nos Pères, qui paraissent avoir reçu, sans examen suffisant, des coutumes introduites par simplicité, ou par un esprit particulier. Ils ont cependant gardé la paix entre eux, comme nous la gardons encore. Ainsi cette diversité d'usages dans la manière de jeûner ne donne pas atteinte à l'unité de la foi. Ceux qui ont gouverné votre Église avant Soter, je veux dire Anicet, Pie, Hygin, Télesphore et Sixte, n'ont pas suivi l'observance des Asiatiques, et ne l'ont pas permise à ceux qui étaient auprès d'eux; ils ont néanmoins communiqué avec les évoques de ces Églises qui venaient à Rome, et leur ont envoyé l'Eucharistie ^. Le bienheureux Polycarpe s'étant rendu en cette ville sous le pontificat d'Anicet, ils conférèrent ensemble de certains points sur lesquels ils avaient quelque léger différend, et furent bientôt

' Il y a dans le grec, au nom des frères de la Gaule à la me desquels il était; par où on peut entendre les évoques ou le? simples fidèles.

* Saint Irénée ne parle pas de la durée du Carême, mais de la diverse manière d'en observer le jeûne. Les uns ne jeûnaient qu'un jour de suite; les autres prolongeaient leur jeûne plusieurs jours de suite sans prendre aucune réfection. C'est le sens du texte, selon l'édition de M. do Valois, qui est la plus exacte.

' Les évoques s'envoyaient autrefois l'Eucharistie en signe de communion, surtout à la fête de Pûques; cet usage fut défendu par le XIV' conon du concile de Laodicée.

d'accord. Mais, pour l'article en question, ils ne rompirent pas les liens de la charité, quoique Anicet ne pût résoudre Polycarpe à quitter la pratique qu'il avait reçue de Jean, disciple du Seigneur, et des autres apôtres avec qui il avait vécu, ni Polycarpe persuader à Anicet de changer la coutume observée par ses pi'édécesseurs. Ils continuèrent de communiquer ensemble, et Anicet permit à Polycarpe de célébrer publiquement dans l'Église nos saints mystères. »

On a beaucoup écrit sur la fête de Pâques, notamment Gabriel Daniel, S. J., 1724; Chr.- A. Heumann, Mosheim, "Walch (Ketzerhist., I, f566 et suiv,; Rettberg (Illgens Ztschr. f. hist. Theol., 1832, II); Weitzel (Die Christi. Passahfeier, Pforzheim, 1847); Ritschi (A 31), p. 248 et s.; Hilgenfeld (Der Paschahstreit der alten Kirche, Halle, 1860); Steitz (Stud. u. Krit., 1836, III), etc. Voyez surtout Héfelé, Freib. K.-Lex., VII, 871 et suiv.; Conc. -Gesch., I, 286 et suiv.

Le mot îtàffx«) que quelques-uns voulaient faire dériver de m<jxziv, répond à l'hébreu nOS, de la »sriDS, Exod., xii, 21, 27; Siagaryipta, Orig., Contra Cels., VIII, 22; Jésus-Christ l'employait aussi pour signifier agneau pascal (I Cor., v, 7). Les habitants de l'Asie-Mineure distinguaient également le ■Jràcrxa txvaa-Taatjiov du axauptoaisiov. Suicer, Thés, e Patr. gr., I, 304; II, 621 et seq. Pascha désignait tantôt la semaine de la Passion (semaine sainte, êêo. [XcyàXr,), tantôt toute la solennité de la fête, tantôt l'un ou l'autre jour seulement de la semaine. TertuL, De jejun., xiv; De orat., xiv; Eus., Vita Const., III, 18; Epiph., Hom., L, 3.

Les diverses sortes déjeune sont traitées par saint Irénée, ap. Eus., V, 24; Dion. Alex., Ep. ad Basil. (Pitra, I, 541-345). Le jeûne rigoureux durait jusqu'au soir {plenijejunium); l'autre jusqu'à trois heures [semijejunium). U y avait un troisième jeûne, Ouspôea-t;, superpositio, facultatif dans le principe, et que les montanistes rendaient obligatoire. Cf. Eliber, cap. xxiii-xxvi.

Au temps de saint Irénée, quelques-uns jeûnaient vingt-quatre heures, d'autres quarante et même davantage ; ce jeûne rigoureux, xérophagies, n'était guère observé en Occident que le vendredi saint. Voy. Binterim, Denkw., V, 2, p. 63. Bœhmer, Christi. Alterth., t. II, 98; Liemke, Die Quadragesimalfasten, Paderb., 1854; A. Linsenmayr, Entwicklung der kirchl. Fastendisciplin bis zum Concil v. Nicaea, Munich, 1877. Anicet et Polycarpe, Iren., ap. Eus., V, 24; Hier., De vir. ill., cap. xvn; quartodécimans de Laodicée, Euseb., IV, 26. Que Méliton ait été combattu par Clément d'Alexandrie, Eusèbe, loc. cit., col. VI, 3, ne le dit point; mais seulement que celui-ci écrivit sur ce sujet à l'occasion de Méliton (Ritschl, p. 249 et suiv.). Il n'est pas démontré non plus que Claude Apollinaire s'écartait de Méliton (Ritschl, op. cit.: Héfelé, Conc, I, 299). Il est dit de Blaslus (Euseb., V, 15).

Sil

Àppend, ad Tert. praescr., cap. un : « Blastus, qui latenter vultjudaismum introducere... Pascha eiiiin dicit non aliter custodiendum esse nisi secundum legem Mojsi XIV" mensis. » Selon Pacien, Ep. i (Gallandi, VII, 257), il était montaniste; selon Tliéodoret (Hser. fab., II, 23), valentinien. Controverse entre Victor et Polycrates, Eus., V, 23-25; Vita Const., III, V, 18 et seq.; Soor., V, 21 ; Äthan., De syn., cap. v. Que quelques Églises de l'Asie-Mineure aient cédé à Victor, cela' est prouvé par Valois, Not. in Eus., Hist. eccl., V, 23; Massuet, Op. S. Iren., II, p. 73, n. 19.

Autres divergences

215. Il y avait encore d'autres divergences. A Rome, le vendredi saint ne pouvait jamais tomber avant le 14 nisan, tandis qu'il n'en était pas de même chez les Alexandrins. On agita ensuite la question si ce 1-4 nisan {i^') devait être placé avant ou après l'équinoxe du printemps. Les anciens juifs l'avaient toujours célébré à la première pleine lune qui suit l'équinoxe ; il fallait donc placer aussi la résurrection du Sauveur après cette équinoxe. Mais après la ruine de Jérusalem les juifs célébrèrent ce jour avant l'équinoxe du printemps. Or il s'agissait de savoir (la question était surtout astronomique) comment on pourrait accorder la date de la lune du l-i'' jour du mois de nisan, premier mois des juifs, avec l'année solaire.

La plupart des chrétiens s'en tenaient à la coutume traditionnelle des juifs* et ne suivaient plus l'usage des juifs actuels. D'autres, au contraire, c'étaient les moins nombreux, prenaient la supputation des juifs pour modèle et, contrairement à la pratique du reste de la chrétienté, faisaient tomber leur fête de Pâques avant l'équinoxe du printemps. Ils se nommaient protopaschites. Ainsi naquirent les différents cycles de Pâques ; ils ne furent pas universellement adoptés. Hippolyte plaçait l'équinoxe du printemps au 18 mars, Anatole au 19, d'autres alexandrins au 21.

En 314 le concile d'Arles (canon i) statua que la fête de Pâques serait célébrée le même jour et dans le même temps par toute la terre, et que le pontife romain, selon l'usage accoutumé, enverrait des lettres dans ce sens à toutes les Églises de l'univers. Cependant, comme les plus célèbres astronomes

' Can. apost. viii, al. 7; Hippolyte, Denis d'Alexandrie.

o22 HISTOIRE DE L ÉGLISE.

se trouvaient parmi les alexandrins, il fut décidé plus tard (325), au concile de Nicée, que l'on confierait à l'évêque d'Alexandrie la supputation du temps pascal et qu'il en informerait ensuite le pape. Ce dernier concile défendit de faire la Pâques avec les juifs, ordonna qu'elle serait toujours célébrée le dimanche qui suit le 14 nisan, et que ce jour serait placé après l'équinoxe du printemps, afin que cette fête ne tombât pas deux fois dans la même année solaire. Si le 14 nisan était un dimanche, la fête de Pâques serait renvoyée huit jours plus tard.

Voy. ci-dessus § 178; Hippel., Cycl. pasch.; Migne, Pair, gr., t. X, p. 875 et seq.: Rossi, Inscript, urb. Rom., t. I, p. lxx et seq., lxxx et seq.; Epiph., Hseres. lxx, n. 12 et seq. — Sur le décret de Nicée, Äthan., loc. cit.; Eus., Vita Const., III, 28; Socr., I, 9; Theod., I, 10; Cyrill. Alex., Prolog, pasch. (Petav., Doctrina temp., t. 11; Append., p. 502; Bûcher, Doctr. temp., p. 481) prouve que la commission fut donnée à l'Église d'Alexandrie à cause de ses clercs versés dans l'astronomie. C'est au Saint-Siège qu'il appartenait d'indiquer le jour où devait se célébrer la fête de Pâques. Voy. Leo M., Ep. cxxi, al. 94, t. I, p. 1228, éd. Bail.

Les églises

216. En ce qui concerne les lieux saints, les chrétiens commencèrent à se réunir dans des édifices privés ', dont plusieurs étaient fort spacieux; on les convertit plus tard en oratoires, et on leur donna le nom d'églises à partir du troisième siècle. Dès que les chrétiens pm'ent se mouvoir avec quelque liberté, ils en construisirent eux-mêmes d'après les règles qui furent établies avec le temps ; ils prirent pour modèle le temple de Jérusalem et la description qu'on en ht dans l'Apocalypse. La maison de Dieu devait être tournée vers l'orient, et autant que possible composée de trois parties : le vestibule (pronaos, aulé), le vaisseau (naos) et le sanctuaire, avec une place exhaussée où se trouvait la table de l'autel (trapeza) et le trône de l'évêque, aux deux côtés duquel les prêtres étaient assiS;, tandis que les diacres restaient debout.

Les hommes et les femmes étaient séparés dans le vaisseau et entraient à leurs places par des portes différentes. Les

< Actes, II, 46; xx. 7; Rom., xvi, 5.

catéchumènes et les pénitents, partagés en diverses classes, étaient séparés des fidèles. Du haut de l'ambon, qui s'élevait entre le clergé et les laïques, le lecteur récitait des passages de l'Écriture sainte.

Des églises de cette sorte, les chrétiens de Rome en possédaient plusieurs au troisième siècle ; Édesse, l'an 202, en avait une magnifique. Sous Dioclétien, alors que plusieurs églises furent abattues, Rome comptait quarante églises ou basiliques. Dans le temps des persécutions violentes, les chrétiens tenaient leurs assemblées religieuses et célébraient leur culte dans d'obscm'es retraites, dans les forêts et les cavernes, surtout dans les lieux de sépulture, cimetières, catacombes, qui à Rome étaient fort étendues. On en faisait le même usage à Alexandrie, en Afrique et ailleurs. C'étaient de vastes corridors, des chambres souterraines, qui servaient à la fois de cimetières pour les morts, de refuges et d'oratoires pour les vivants. On y voyait aussi des autels (arcosolies) érigés sur les ossements des marîyrs, car c'était là en général que les autels devaient être établis. Les païens reprochaient aux fidèles de n'avoir ni temple, ni autels : cela vient probablement de ce qu'on les soustrayait à leurs regards. Comme les chrétiens considéraient Tunivers entier pour le temple du Très-Haut, que, dans la nécessité, ils pouvaient se réunir partout, qu'ils n'avaient point enfin le même culte que les païens et les juifs, ils laissaient subsister ce reproche.

Le terme à'ecclesia pour désigner les maisons de Dieu, dans Clem. Alex., Paed., III, xi, p. 110; Strom., VII, vi, p. 303, dans Tertul., De idol., vu; De cor. mil., cap. m. Cf. Adv. Val., cap. ii; Cypr., Ep. lix, al. 00 ad Cornel., cap. xvm, p. 688; Ep. lvii, cap. ii, p. 652. On trouve aussi les expressions de xà xypsaxà, Const. ap., Il, 59, ôpriTOcvaifioi tÔTtot, TtpoffeyxTYipta, npoiâvi/at (cf. Philo, Leg., apud Euseb., II, 6), tôtvo; eOyjriç, ta ywpîov TV); ÈTil TÔ aÙTÔ Twv 7ii'7T£uôvTwv irJV£),î'ji7îW(;, Orig., De Orat., C. XaXI,

p. 269, lat., dominica, et plus tard templa. — Description d'une église, Const. ap., II, 57. Cf. Eus., X, 4, sur l'église du Tyr. Les églises de Home, Lamprid., in Al. Sev., cap. xlix; Optât, De schism. Donat., II, 4. Celles d'Édesse, Assemani, Bibl. or., I, 691. Voy. Mctsmer, Die Rasilika, Leipzig, 1854; Orig., t. XXVIII in Matth., sur les églises détruites sous Maximin. — Lieux destinés au culte pendant la persécution. Dion. Al., ap. Eus., VII, 22. — Catacombes de Rome, Rossi

o24 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

(A 16, 3). Les païens reprochent aux chrétiens de n'avoir ni temples ni autels, voy. Minuc, Fel., Oct., cap. x; Orig., Contra Cels., III, 34; VIII, 17; Arnob., lib. VI, I ; Lact., Inst., II, 2. Voy. Car. Ruaeus, Not. ad Orig., loc. cit., VIII, 17.

L'ornementation des églises.

217. Les chrétiens avaient également à cœur de parer les lieux où ils se réunissaient, autant que le permettaient les circonstances et qu'ils ne risquaient pas de tomber dans les usages du paganisme. L'art fut mis de bonne heure au service de l'Église, principalement dans les catacombes romaines. Les symboles qu'ils employaient de préférence étaient le poisson (ichthys), l'agneau, la colombe, le palmier, la lyre, le vaisseau, l'ancre, la vigne, l'olivier, etc. Ils y joignaient des figures emblématiques de l'Ancien et du Nouveau Testament, qui rappelaient le dogme consolant de la résurrection (Jonas, Lazare) , les mystères de l'Église (guérison du paralytique , l'eau que Moïse fit jaillir du rocher), la vie du Sauveur (adoration des mages, Jésus au temple à l'âge de douze ans, son baptême au Jourdain). Jésus-Christ était le plus souvent figuré sous l'image du Bon Pasteur*, quelquefois aussi sous celle d'Orphée.

Sa Mère , la vierge Marie , était représentée tantôt avec l'Enfant Jésus, tantôt avec un prophète', tantôt dans l'attitude d'une femme en prière. On rencontrait aussi les images des apôtres Pierre et Paul et des principaux martyrs. Les calices et les verres, les lampes et les anneaux portaient également difîérents emblèmes chrétiens.

Les artistes, tout en empruntant les procédés techniques et les formes de l'art profane, suivaient des règles précises tracées par l'Église; de là cette uniformité de méthode, cette réserve préméditée qu'on remarque dans leurs travaux. La sculpture était rarement employée, on préférait la peinture. Sauf la statue du Christ à Panéas\ on ne trouve que peu de sarcophages à dater du troisième siècle.

Parmi les anciens auteurs ecclésiastiques, plusieurs se prononçaient contre les images, soit à cause des pratiques idolâtres et des divers abus qui en résultaient, soit à cause

^ Jean, x, 1 et suiv. — ' Isaïe, vu, 14. — ' Eusèbe, Hist. eccl., VII, xv;n.

cüNsrrnjriON, culte ei vie religieuse. o2o

des dangers qu'elles offraient pour les fidèles , soit qu'ils fussent eux-mêmes imbus de préjugés et obéissent à des principes trop rigides. Le canon xxxvi du synode d'Elvire, en Espagne, selon lequel il ne doit point y avoir de peintures dans les églises, de peur que les objets du culte et de l'adoration ne fussent peints sur les murailles, ne contenait point une defense générale et fondée en principe. 11 avait été rendu pendant la persécution dioclétienne, alors que tant d'églises étaient profanées et détruites , et les peintures murales exposées à la profanation. Il ne toucbait point aux emblèmes figurés sur les vases de l'Église, ni aux tableaux symboliques. En tout cas, cette mesure n'avait qu'un caractère local. Les anciennes images ou tableaux ne représentaient pas encore le crucifix, bien que le signe de la croix fût partout en usage et en bonne ur.

Orig., Hom. x in Jus., n. 3 (Op. II, 423), sur les chrétiens, « quorum fides hoc tantummodo habet ut ad ecclesiam veniant et inclinent caput suum, sacerdotibus officia exhibeant, sei'vos Dei honorent, ad ornatum quoque altaris vel ecclesix aliquid conférant, non tamen adhibeant Studium, ut etiam mores suos excolant. » Clem., Peed., III, xi, p. 106; Tert., De pudic, cap. vu; Piper, Garrucci, etc. De Garrucci : Vetri anlichi, Roma, 1848, 1864; F.-X. Kraus, Die Kunst bei den alten Christen, Francfort, 1868. Sur Elib., cap. xxxvi, vues diverses dans Natal. Alex., Seec. 111, diss. xxi; Biuterim, Katholik, 1821, II, p. 436; Héfelé, Conc, I, 141 ; Nolte, Tüb. Q.-Schr., 1865, p. 311 ; Kraus, Roma sott., p. 181 et suiv. Signe de la croix, « frontem crucis signaculo terere. » ïert.. De cor., cap. in.

§ 4. La vie rclig-icnse.

L'ascétisme.

218. Les chrétiens avaient surtout à cœur de combattre les plaisirs de la chair', de mortifier leurs sens, de se renoncer eux-mêmes par les pratiques d'un ascétisme rigoureux, afin d'acquérir une grande pureté de mœurs et de mériter le nom de « saints*. » Ils avaient en horreur tout ce qui amollit le corps et dégrade le caractère de l'homme. Persuadés que le retranchement de la nourriture, soit pour la quantité, soit pour la quahté, que le jeune, déjà usité sous l'ancienne loi,

< Eusèbe, Uist. eccL, VII, xyin. — » Hom., xai, 14; Gai, v, 17, 24.

b!2Ö HISTOIRE DE L EGLISE.

était un excellent moyen d'assujétir la chair à l'esprit ' et de neutraliser les influences du démon', ils observaient, outre les jeûnes ordinaires prescrits par l'Église, des jeûnes qu'ils s'imposaient dans des circonstances particulières et même dans toute affaire importante. On voyait des ascètes chrétiens qui, non contents de donner aux pauvres ce qu'ils épargnaient par le jeûne, supportaient pendant très-longtemps toutes les privations imaginables, se retiraient de la société, vivaient dans le célibat et la virginité perpétuelle. On voyait des chrétiens mener jusque dans un âge très-avancé, pour le nom de Jésus-Christ, une vie toute de privations, faire vœu de virginité perpétuelle, se vêtir de haillons, employer enfin tous les moyens capables de les conduire à la plus haute perfection. Pareils aux gladiateurs, qui se préparaient aux combats de l'arène par une diète et une abstinence rigoureuse, afin de gagner une couronne périssable, ils se soumettaient à tous les genres de mortifications afin de conquérir une récompense immortelle ^

Autant on favorisait l'ascétisme véritable, basé sur les principes de l'Évangile, autant on combattait le faux ascétisme, issu de l'orgueil pharisaïque, du mépris que les gnostiques et les esséniens affectaient pom" les choses de la matière, d'une observance exagérée du rituel mosaïque, surtout en ce qui concernait les lois sur les aliments. Quelques-uns, en effet, s'abstenaient de certains objets parce qu'ils les tenaient pour mauvais en soi et de nature à corrompre les mœurs. Ce que demandait l'ascétisme chrétien, c'était qu'on s'abstînt de choses bonnes en elles-mêmes. L'Église eut beaucoup à lutter contre ces sortes d'exagérations,, car tous ne concevaient pas en quoi consiste la perfection chrétienne '*.

Quelques évêques, tel que Pinytus, dans l'île de Crète, allaient trop loin dans leurs efforts pour conduire les fidèles au sommet de la perfection ; leurs exigences au sujet de la chasteté étaient excessives. Denis de Corinthe réclama contre ces abus et conseilla d'avoir égard à la faiblesse de la foule. Les Pères donnaient de grands éloges à ceux qui embrassaient volontaii'ement la virginité, quand ils n'agissaient point par

• Matlh., XVII, 20. ~ » / Cor., ix, 27. — ^ Ibid. — * Matth., xix, H.

CONSiriUTlOM, CULTE El Vit RELIGIEUSE. Sa?

une confiance excessive dans leurs forces et qu'ils employaient les moyens requis pour garder la chasteté.

T,e nom d'ascète fut d'abord donné aux athlètes, Plato, De repub., lib. III, p. 297; Philo, De praîm. et po'.n., p. 914, 917, 920; Arrian., Diss. in Epiclet., JII, cap. xii, Tiepl à^x^deo);. Aitemid., c; Oneirocr., IV, 33. L'antiquité connaissait à.(yy.r,xai, àdxVjTpiai, iyy^ç,a.xsX(;, (laxxo^ôpoi, cttcouôaïûi, àTîoxaxTixoî ; leur genre de vie était appelé « philosophie » par antonomase. Ascètes chrétiens dans Justin, Apol., I, 65; Athen., Leg., cap. xxviiT, xxxiii; Tert., De cnltu fem., cap. xi; Dœllinger, p. 366 et suiv.; Zœckler, Krit. Gesch. der Ascèse, Fi'ancfort, 1863; De Eckstein, Geschichtl. über die Askesis, Fribourg, 1862. — On jeûnait : avant le baptême (§ 192) et l'ordination (Act., xni, 2 et suiv.; xiv, 22 et suiv.), avant la réunion des conciles (Tertull., De jejun., cap. xiv), au commencement des persécutions (Cypr., Ep. xi, cap. i, p. 490), pour se morliher (II Cor., vi, 4 et suiv.; xi, 27j. 11 est souvent parlé de vierges qui se sont consacrées à Dieu, Conc. Elib., cap. xiii, de ceux qui Ttapôsvtov è-Kayye\16\Lt\oi, Ancyr., cap. xix, qui xaxà TipôOeciv sOvoy^iaç, ont fait vœu de ne se point marier, dans Clem., Strom., IV, 23. Que les àôe),<poî mentionnés par Denis et Pinytus (Eus., IV, 23), ne soient que des ecclésiastiques, cela est faux, car : 1° tous les chrétiens portaient alors le nom de frère; 2° Denis conseille d'avoir égard à àcoéveta twv TToUwv, et 3° Pinytus, dans sa réponse, parle des chrétiens en général, du peuple, Oir'aùxoû ).a6v. Sur la virginité, Ign., Ep. ad Polyc, cap. v; Method., Conviv. X virg.; Cypr., Ep. iv, p. 472 et seq.; De habita virg., et Auct., De bono pudic. (Op. Cypr., part. III, p. 13 et seq.).

Les ermites.

219. La persécution de ûèce suscita une classe particulière d'ascètes qu'on appela ermites , anachorètes ou moines. Plusieurs chrétiens , pour échapper aux poursuites , se réfugiaient dans les déserts et les solitudes d'Egypte, puis s'affectionnaient tellement à cette vie retirée, qu'ils ne rentraient plus dans leurs foyers et persévéraient dans la vie contemplative.

Saint Paul de Thèbes (né vers 228) avait cherché dès ses jeunes ans une grotte située dans une montagne écartée, où le palmier lui fournissait à la fois de quoi se vêtir et se nourrir ; il y passa quatre-vingt-dix ans dans la prière, la méditation et l'ascétisme. Peu de temps avant sa mort (340) et parvenu à l'âge de cent treize ans, il y fut découvert par saint Antoine (né en 281), le fondateur même de la vie

monastique, qui devait prendre une si merveilleuse extension dans le monde chrétien. Tels furent les hommes qui allaient assurer à l'esprit sur la chair, à la grâce sur la nature, à la vertu du christianisme sur la corruption du monde un si glorieux triomphe. Ces ermites , dont le nombre s'accrut pendant la persécution dioclétienne, observaient surtout le conseil du Seigneur touchant la pauvreté volontaire ', et en cela encore ils surpassaient les philosophes païens les plus célèbres par leur abstinence.

Dion. Al., ap. Eus., VII, H ; Hier., in Vita S. Pauli Er. (Op. II, p. 1- 14, éd. Vall., t. IV, p. 68 et seq., ed. Marl.); Acta sanct., d. 13 jun.; Chrys., Hom. xxiv in Act.; Soz., I, 13; Baronius, an. 253, n. 114; Pag., h., a. n. 0.

Les inart3nrs.

220. La patience et la fermeté chrétienne éclatèrent principalement dans l'héroïsme des martyrs, ces glorieux témoins de Jésus-Christ. Tels furent saint Etienne', Antipas* et en général tous ceux qui versèrent leur sang pour le nom de Jésus.

Le martyre passait pour le plus grand honneur dans l'estime des chrétiens; ils se souvenaient de ces paroles de Jésus- Christ : « Qui ne me confesse point devant les hommes, je ne le confesserai point devant mon Père qui est dans les cieux *. » Ils savaient qu'il « ne faut pas craindre ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l'âme; mais plutôt celui qui peut jeter et l'âme et le corps dans la géhenne ^ ; que celui qui perd la vie pour l'amour de Jésus-Christ la retrouvera^. » Ils avaient présentes à l'esprit ces paroles de saint Paul : « Si nous mourons avec Jésus-Christ , nous ressusciterons avec lui ; si nous soufirons avec lui, nous régnerons avec lui ; si nous le renonçons, il nous renoncera à son tour^ » Ils savaient que le disciple n'est pas au-dessus du maître ^ qu'il n'y a pas de plus grande marque d'amour que de mourir pour celui qu'on aime ^ que rien ne contribue autant à la gloire et au triomphe

» Matth.. XXX, 21. — » Actes, xxii, 20. — ' Âpoc, ii, 13. — ♦ Matlh., x, 32; Luc, IX, 26. — ' Mallh., x, 28. — « Ibid., x, 29; Lue, ix, 24; xvii, 33. Cf. Jean, xii, 23; Matth., xvi, 2S; Marc, vin, 35.-7 // jm., ii, 11 et suiv. .- 8 Jean, xv, 20; Matth., x, 24. — » Jean, m, 16; x, 11. 17 et suiv. \

de l'Église que le sang de ses enfants, que rien n'est aussi favorable à son accroissement et à sa prospérité.

Nous avons ici le conlrepied direct du paganisme : « Un chrétien, disait Origène, donne plutôt sa vie pour sa foi qu'un païen ne donnerait un pan de son manteau pour tous ses dieux '■ ; » l'opposé du gnosticisme, qui permettait de renier Jésus-Christ en temps de persécution, distinguait une profession extérieure et une profession intérieure, considérait le martyre comme un suicide, tandis qu'au contraire on cessait d'être intérieurement uni à Jésus-Christ lorsque, par crainte des hommes, on le renonçait au dehors. « Les opprobres de ceux qui souffrent persécution pour la justice % qui endurent tous les tourments, qui se dévouent à la mort pour l'amour de Dieu et pour confesser son Fils, voilà ce qui seul maintient l'Église dans sa pureté ; elle est souvent affaiblie, mais ses membres se multiplient toujours \ »

Les martyrs n'avaient rien de commun avec les criminels qu'on mettait à mort; la cause pour laquelle ils mouraient décidait de tout. La barbarie païenne avait beau s'ingénier pour découvrir de nouveaux instruments de martyre , de nouvelles tortures : on voyait des chrétiens de tout âge, de tout sexe , de toute condition, des enfants mêmes et des vierges délicates, souvent plus occupées du soin de leur pudeiu" qu'effrayées à l'aspect des supplices, affronter en grand nombre, par milliers, ce combat glorieux. Ils ne s'y précipitaient pas en téméraires et en aveugles ; ils l'évitaient autant que possible ; mais ils ne le fuyaient point quand il était inévitable et qu'il ne leur restait d'autre alternative que la mort ou l'apostasie. Une gloire immense entourait ces combattants : on les appelait bienheureux, bénis, athlètes fidèles et magnanimes ; on invoquait leur intercession, on conservait leurs restes, on recueillait les gouttes de leur sang, on visitait leur sépulcre, on écrivait leurs actes, on érigeait des autels sur leurs ossements , on célébrait leur anniversaire, on les glorifiait par des discours et des poésies.

On distinguait les martyrs proprement dits , qui étaient morts en combattant, et les confesseurs (homologètes, d'après

' Contra Cels., VII, xxxix.— KVallh., v, 10.— ' S. Irénée, IV, xxxix, 19.

Matth., X, 32), qui, sans perdre la vie, rendaient témoignage à Jésus-Christ, même au péril de leur honneur et de leurs biens ; quelquefois cependant on leur donnait aussi le nom de martyrs et ils l'étaient le plus souvent à certains égards. On ne considérait pas comme témoin quiconque avait été mis à mort par les païens. Celui qui, sans autre motif que l'ardeur de son zèle, brisait les statues des dieux et payait son audace de sa vie, ne devait pas être honoré comme tel\

Sur le martyre, Tert., ApoL, l : « Sanguis martyrum semen christianorum. » Leo M., Serm. lxxxii in nat. B. Pétri, cap. vi : « Non minuitur persecutionibus Ecclesia, sed augetur, et semper domiuicus ager segete ditiori vestitur, dum grana, quœ singula cadunt, multiplicata nascunlur. » Cf. Cypr., Ep. vi, p. 480; Ep. x, p. 490 et seq.; Ep. XXXI, p. 539, éd. Vind. Martyrs des hérétiques, Justin, ApoL, I, 26; Tert., Scorp., cap. i; Cypr., Ep. lxi, cap. ui, p. 697 : « Neque enim persequitur et impugnat Christi adversarius nisi casti'a et milites Christi ; haereticos prostratos semel et suos factos contemnit et prœterit; eos queerit dejicere quos videt stare. » Diverses espèces de martyres, Gallonius, De sanct. mart. cruciatihus, Rom., 1394; Mamachi, Ant., III, p. 167 et seq.; Gasz, Das christL Mart. (Ztschr. f. hist. Th., 1859). Crainte des vierges chrétiennes, Aug., De civ. Dei, I, 26-29. L'opinion de Dodwell (De paucitate martyr. Diss., Cypr., XI, XII), réfutée par Ruinart (A, 13g), est combattue : 1° par les auteurs ecclésiastiques : Irénée, IV, xxxiii, 9 (où il est pai'lé « de la multitude des martyrs »); Euseb., Hist. eccL, VIII, 4 et suiv.; De martyr. Palœst.; Lact., De morte persecut., cap. x; 2° par les fêtes des martyrs des différentes Églises ; 3° par les actes authentiques des martyrs; 4° par le nombre des reliques découvertes, surtout dans les catacombes de Rome. Sur leurs critérium, voy. Victor de Buck, S. J., De Phialis rubricatis, quibus mart. Rom. sepulcra dignosci dicuntur, observ., Rrux., 1933; Le Blant, la Question du vase de sang, Paris, 1838; F.-X. Kraus, Die Blutampullen der rœm. Katakomben., Francfort, 1868. Martyrs et homologètes, Const. ap., VIII, 23 (ancien fragment, De mystico min., cap. vu, p. SB, éd. Pitra); Petrus Alex., cap. viii (ibid., p. 334 et seq.); Cypr., Ep. xiii, cap. ii; Ep. XVI, cap. i, p. 503, 517. Les chrétiens accusés à Édesse 30US Dioclétien : Samonas, Gurias et Abibus (Migne, Patr. gr., t. CXVI, p. 128 et seq.), qui fortifiaient les fidèles et apparurent après leur martyre comme vengeurs du parjure, se nommaient, par antonomase, homologètes, en qualité de âitoutai xai lAeiïTai ûiAoXoytwv. Photius, Amph., q. ccxlvi, p. 1032, éd. Par.

^ Concile d'Elvire, can. lx.

La charité fraternelle.

221 . L'héroïsme des chrétiens éclatait encore dans les touchants exemples de charité qu'on remarquait parmi eux et qui seuls pouvaient amener la fusion de tant d'éléments étrangers, savants et ignorants, juifs et païens , riches et pauvres, hommes libres et esclaves, Grecs et barbares. Nonseulement les chrétiens s'aimaient entre eux comme des frères, comme des enfants d'un même Père céleste, et s'entr'aidaient de mille manières ; les infidèles eux-mêmes ressentaient les effets de leur amour et de leur dévouement, surtout dans les temps d'épidémie, par exemple à Alexandrie sous Denis et à Carthage sous saint Cyprien. Les indigents et les délaissés, les malades et les captifs étaient l'objet de leur tendre sollicitude. Ils entraient dans les moindres nécessités des pauvres, pourvoyaient à leurs besoins extraordinaires, faisaient des collectes pour les captifs. Ils profitaient de toutes les circonstances, ils écrivaient des ouvrages particuliers pour recommander aux fidèles les œuvres de miséricorde, en leur rappelant que Jésus-Christ considère comme fait à lui-même ce qu'on fait au plus petit d'entre ses frères '. Les pauvres, disait saint Laurent, diacre de Rome, sont le trésor del'Éghse; les diacres et les diaconesses étaient principalement chargés de les servir.

Aux œuvres de miséricorde corporelles, il fallait joindre les œuvres de miséricorde spirituelles, car l'Église est la société des saints. Un seul souvent agissait au nom de plusieurs. On venait au secours de ses frères en intercédant pour eux et en se sacrifiant soi-même. Il y avait des œuvres surérogatoires qui pouvaient être appliquées aux autres. Mais il ne fallait pas que rien vînt altérer l'humilité, la plus belle des vertus chrétiennes, et celui qui avait tout fait devait encore se considérer comme un serviteur inutile. *. En dehors du vœu baptismal, on faisait, à l'exemple de saint Paul ^ d'autres vœux particu- Uers, comme le vœu des jeunes veuves \

IJLVRAGKS A CONSULTER SUa L£ N° 221,

Tert., Apul., cap. xxxix; Diünys., ap. Eus,, VII, 22; Cypr., De mor-

^ Mallh., XXV. 40. — ' Luc, xvii. 10. — ^ Act., xviii, 18. — W Tim.. v, 11, 12,

talitale, p. 297 et s.; De op. et eleemos., p. 373 et s.; Ep. vu, p. 48o; Ep. LXii, p. 698; Ep. xli, p. 588; Orig., in Malth., xxiv, 46; Op. III, 879; Pontius, in Vita Cypr., cap. ix, 40; Justin, ApoL, I, 67; Polyc, Ep., cap. IV, 10 et seq.; Barn., cap. xix, xx; Tert., Ad ux., II, 4 et s.; De fuga, cap. xii; Ratzinger, Gesch. der christl. Armenpflege, Frib., 1868, p. 13 et suiv.; Opera supererogatoria, Herrn., Fast., Sim. V, n. 3; Orig., in Rom., lib. III, n. 3 ; Op., IV, 507.

Changement dans les mœurs.

222. Le christianisme changea de fond en comble les mœurs de la société. Il fut véritablement le chemin de la vie pour ceux qui gardèrent la discipline, et il les préserva des égarements \ Les nouveaux convertis demeuraient dans leurs carrières et leurs occupations diverses, tant qu'ils pouvaient les conserv^er sans péril de tomber dans l'idolâtrie et sans faillir à leurs devoirs. Dans le cas contraire, ils y renonçaient. Envers les autorités païennes, ils faisaient preuve d'une soumission inébranlable, d'une patience invincible ; ils payaient les impôts et remplissaient scrupuleusement tous leurs devoirs de citoyens. Mais dès qu'on exigeait d'eux des choses contraires à leur conscience et à leur religion, ils aimaient mieux obéir à Dieu qu'aux hommes ' ; ils préféraient le service du Roi des cieux au service d'un roi ou d'un empereur terrestre. Ils revendiquaient alors la liberté chrétienne, la hberté qui affranchit du péché ; c'est là qu'ils trouvaient la force en même temps que le droit de ne plier, dans les choses de la conscience, que sous la volonté de Dieu.

Cette liberté morale prépara insensiblement les voies à la liberté civile ; elle brisa le despotisme de l'ancien monde, relâcha et adoucit les chaînes de l'esclave, pour les rompre un jour définitivement. Sur ce point, les anciens chrétiens inclinaient plutôt à dépasser ce que prescrivait la profession de leur foi qu'à rester en-deçà, et ils tenaient pour illicites une foule de cérémonies en usage, d'actions prescrites en l'honneur des empereurs. Plusieurs aimaient mieux sacrifier leur vie que de donner le nom de Dieu à Jupiter et surtout de jurer par le génie de l'empereur ; ils s'offusquaient des couronnes qu'on décernait aux soldats dans certaines circonstances, et refusaient de donner une approbation même indirecte au culte

< Actes, IV, 19; v, 29.

CONSTITUTION, CULTE ET VIE RELIGIEUSE. ü33

des idoles ; mais ils évitaient par-dessus tout les théâtres païens, les combats de gladiateurs, les danses et les solennités publiques. La sévérité des mœurs dépassait quelquefois la mesure rigoureusement prescrite par l'esprit du christianisme.

Sans doute il se rencontrait aussi parmi les chrétiens des hommes vicieux, lâches, indifférents, et un assez grand nombre d'apostats ; cependant les fidèles de celte première époque l'emportaient généralement de beaucoup, par la pureté de leurs mœurs et leur eminente piété, sur tous leurs contemporains ; ils faisaient voir qu'ils étaient vraiment le sel de la terre et la lumière du monde.

Justin, Apol., I, 14 et seq.; Ep. ad Diogn., cap. v; Tert., Ad nat., I, 4; Orig., Cont. Cels., I, 67; III, 29; Mamachi, De' costumi dei primitivi cristiani; nouvelle édition, Fir., 1853 (en allem., Augsb., 1796, t. III); Fleury, Sur les mœurs des chrétiens : C. Schmidt, Essai historique sur la société dans le monde romain, Strasbourg, 1853 ; Reischl, Ueber das sociale Verhœltnisz der aeltesteu Christen zum heidn. Staate, Progr., Regensb., 1833. Horreur pour le paganisme, Tert., De idol., De spect., De cor. militis; Cypr., Ep. ii, p. 467 et seq. Contre les histrions, Minuc. Fel., cap. xxxvii, p. 53; Auct., De spectaculis, inter Op. Cypr., part. III, p. 3-13, éd. Vindob.; Conc. Elib., cap. lxii; Arel., cap. iv, v. Le concile d'Elvire, ch. lvi, décida que les chrétiens qui remplissaient des fonctions païennes revêtues d'un cai^actère païen, seraient excommuniés tant que dureraient leurs fonctions. Plus tard, sous Constantin, le concile d'Arles, 314, exigea seulement (ch. vu) que les évêques reçussent des fonctionnaires nouvellement élus des lettres de communion données par leurs précédents pasteurs. Origène (Contra Cels., I, 2Ö) assure que les chrétiens aimaient mieux mourir que d'appeler Dieu Jupiter; il dit la même chose, VIII, 65, de l'obhgation de jurer par la fortune de l'empereur. Voy. TertulL, Ad nat., ii, 17. Sur le rigorisme dans la vie et les idées des anciens chrétiens, voy. Héfelé, Supplém. à l'Hist. eccL, I, 16 et suiv. Sur l'obéissance (jamais absolue) envers le pouvoir civil, voy. Justin, Apol., l, 17, 68; Tatian., Or., cap. iv, etc. (§ 87, a. 2); Iren., V, xxiv, i et seq.; Tert., De idol., cap. xv; Orig., Contra Cels., VIU, 65; lib. IX in Rom., n. 25 et seq.; Minuc. Fel., cap. xxxvu, p. 52; Lact., De Inst., IV, vui, 10; Aug., Civ. Dei, V, 21 ; XIX, 17; Chrys., Hom. xxiu in Rom., cap. xiii; Hom. lxx, al. 71, in Matth., n. 2.

Effet du christianisme sur l'individu, la famille et l'Ëtat.

2^2.3. Le christianisme sanctifiait l'individu en lui enseignant

o3i niSToiPxE DE l'Église.

à vivre et à mourir pour Jésus-Christ ; la famille, en pénétrant dans la vie domestique et en la transfigurant par le parfum de la piété ; les époux, les enfants et les serviteurs, en les unissant entre eux par les liens de la charité ; la société tout entière, en la transformant peu à peu au dedans et au dehors, en lui inculquant de nouvelles idées et en l'armant de vertus nouvelles. L'Église fut l'instrument et le canal d'une moralité et d'une civilisation jusque-là inconnues. Elle rendit à l'esclave sa dignité d'homme, ennoblit le travail manuel, si méprisé naguère, plaça le pauvre et le fedble à côté du riche et du puissant comme un frère investi des mêmes droits, enseigna à vaincre les préjugés du monde et à surmonter les terreurs de la mort. Elle mit en honneur l'humilité et le renoncement, la continence et la chasteté ; elle produisit et éleva des hommes nouveaux, des citoyens consciencieux, des époux fidèles, des ûls aimants, des serviteurs dévoués, de grands et généreux caractères dans toutes les conditions de la vie. Elle fit reluire en eux l'idéal dont Jésus-Christ était le modèle et la réalité; toujours appliquée à corriger, aussi bien qu'à secourir, elle ouvrit aux malheureux et aux opprimés une source inépuisable de consolations, et l'on peut dire en toute vérité qu'elle renouvela la face de la terre.

Aug., Ep. V ad Marcellin. (Sandelius), De prise, christ, synaxibas extra eedes sacr., Venet., 1770; Neander, Denkw., II, 235 et suiv.; Mœhler, Verm. Sehr., II, 54 et suiv.; DœUinger, p. 399 et suiv.

§ 5. Cousorvallon de runhé ecclésiastique.

Moyens de la conserver.

22i. L'Église ne fut jamais, même dans son origine, une aggrégation d'Églises indépendantes ; elle savait au contraire qu'elle constituait un tout organique, une seule Église catholique, un seul corps, composé de plusieurs membres et gouverné par un seul chef, Jésus-Christ. Elle ne devait pas, comme les sectes, se prêter à la division et au morcellement, mais conserver avec soin la cohésion entre tous ses membres. De même que les branches d'un arbre partent d'une seule racine, dont elles reçoivent toutes leur vie , ainsi les Églises

particulières doivent se réunir en une seule société, afin de garder l'unité dans le lien de la paix , de ne former qu'un seul corps et un seul esprit'.

Les principaux moyens qui servaient au maintien de la concorde étaient: i° les relations entretenues par des lettres de paix et de société, transportées par les chrétiens voyageui'S ; 2° les relations entre les églises-mères et les églises succursales, d'où est sortie la constitution métropolitaine ; 3° la fréquence des entrevues et des délibérations entre les chefs des églises (synodes), et principalement A" la subordination du tout au centre de l'unité établi par Jésus-Christ dans la personne de Pierre et de ses successeurs.

r.ypr.. De catli. Eccl. unitate, p. 209 et seq.; Ep. lxix, cap. ii, p. 750 et seq. Voy. Peters, Lehre des hl. Cyprian von der Einheit der Kirche, Luxemb., 1870. Les diverses Églises sont comprises xatà Ttàvxa totiov tîj; àytaç xal xaôoXixîiç èxxXr,(TÎaç (même expression dans Ignat., Smyrn., c. vin ; Clem., Strom., VII, 17, p. 325), irapotxtai (titre de l'Ep. Eccl. Smyrn.; De mart. Polyc; Migne, Patrol. grsec, t. V, p. 1029); Rom., xvi, S : TYJç èxxXr.TÎaç öXr,;. Le nom à'Ecclcsia catholica correspond, soit en ce qui regarde l'universalité dans le temps et dans l'espace, soit en ce qui concei'ne l'unité organique, contrairement à l'épai^pillement des sectes, aux idées de la Bible, Matth., xxviii, 19; Jean, xvii, 21 ; Marc, xvi, 15; I Cor., XII, 12; Éphés., iv, 11-13.

Correspondance des chrétiens.

225. Les nouvelles ecclésiastiques importantes, notamment sur les élections épiscopales, sur les martyrs les plus illustres, sur les hérésies naissantes, sur les censures fulminées, étaient transmises à d'autres Églises, tandis que les chrétiens en voyage , des ecclésiastiques même , devaient s'informer si l'unité ecclésiastique n'avait pas été troublée. Pour cela il leur fallait être munis d'une autorisation épiscopale qui les fît reconnaître, les recommandât aux évêques étrangers et, quand ils voulaient séjourner au dehors, qui rompît d'une façon honorable les liens qui les unissaient à leur Église. La confection de ces sortes de lettres était si bien du ressort des évêques qu'on ne la confiait pas aux confesseurs. On donnait à ces écrits le titre général de litterœformatœ, et on ran-

^ Éphf's., IV, 3, 4.

geait dans cette classe les lettres de recommandation, de paix et de communion, et les lettres dimissoriales.

Parmi les lettres adressées non à des personnes privées, mais à des Églises, on remarque celle que l'Église de Smyrne envoya sur la mort de saint Polycarpe aux Églises du Pont et à d'autres Églises ; celle des Églises de Lyon et de Yienne aux Églises de l'Asie-Mineure.

Ferrari, De antiquo epistol. eccl. génère, MedioL, 1613, 10-4"; Kiessling, De stabili primit. eccl. ope litter. communicat. connubio, Lips., 1744; Selvaggio, Ant., lib. I, cap. xiii, § 3, t. I, p. 226 et seq., ed. Mog., 1787; Phillips, K.-R., I, § 43, p. 393 et s. rfâ|j.[AaTa (rjtrzaxixi sont mentionnés dans Const. ap., II, 58, can. ap. 13, à l'occasion des clercs étrangers, can. ap. 34. Les Utterse communicatoriae , simples lettres de communion, sont citées Conc. ElLberit., cap. xxv, 38; Arelat., 314, cap. IX. Des conciles ultériem's répètent que nul étranger ne doit être admis sans lettres de paix, que ces lettres doivent être données par les évèques, les chorévêques et non par les simples prêtres (Conc. Ant., 341, cap. vn, 8); nul clerc ne doit voyager ou être reçu sans lettres de recommandation de son évèque. Sard., cap. xiii, 15; Carth., 343-348, cap. v; Laod., cap. xli (Héfelé, Conc, I, 777, 784, 137, 151, 179, 496, 610, 745). Les scholies grecques sur les canons distinguent Ypà[jL(i.axa <rj(na-ixi et £lpr,vty.a (Pitra, t. I, p. 422 b; t. II, p. 642. Mon ouvrage, Photius, t. III, p. 122, n. 81). Les xoivwv.xà, ou lettres de communion à un nouvel évêque, sont mentionnées dans Ep. Synod. Antioch., apud Euseb., VII, 30. Cf. Vales., in h. loc. Tout ce que renferme dans la suite VEpistola formata n'est pas originel ; cependant, au quatrième siècle, sa forme était déjà fixée quant à l'essentiel.

Selon la prétendue lettre de l'évêque Atticus (Leo M., Op., t. III, p. 730 et seq., ed. Migne; Mansi, XVI, 885 j Pitra, II, p. 176 et seq. Cf. Gratian., cap. i, ii, d. 73) : elle émanerait des Pères de Nicée. Mais afin de prévenir les falsifications dont on se plaignit de bonne heure (Dion. Cor., ap. Euseb., IV, 23; cf. Cypr., Ep. ix, cap. ii, p. 489), on remplaça les chiffres par des lettres grecques, on les additionna et on donna le chiffre total. Il y avait certains chiffres qui revenaient toujours, comme les lettres initiales des trois personnes divines, ir, u. a, îï = 80, 400, l, 80; puis les lettres de àjAriv = 1, 40, 8, 30 = 99. Outre le chiffre permanent de 660, on ajoutait : la lettre initiale du nom de l'auteur, la seconde lettre du nom du destinataire, la troisième du nom du porteur, la quatrième du nom du lieu d'où venait la lettre, puis le chiffre de l'indiction. Aux numeri com7nune< on ajoutait les numeri proprii, par exemple e, a, 5, u, et l'indiction ô = 5, 1, 4, 400, 4 = 414, avec la première 1074. Il fallait que le chiffre total fût trouvé juste par le destinataii'e.

Les métropoles. — Le schisme de Mélèce.

226. Les Églises qui en avaient fondé d'autres étaient, par rapport à celles-ci, des églises-mères ou matrices (métropoles), et leurs évèques conservaient une certaine suprématie sur les églises plus récentes ou succursales. Comme les premiers messagers de la foi devaient principalement s'appliquer à convertir les capitales des provinces et que c'était là surtout qu'ils travaillaient, ces capitales, souvent métropoles, exerçaient déjà une grande influence sur les petites villes du voisinage ; de là vient que les églises-mères coïncidaient souvent avec les métropoles politiques. Mais ce n'était point à cause de leur importance civile, c'était comme églises-mères et à raison de leur importance religieuse qu'elles conservaient cette prééminence.

Les Églises apostoliques étaient en haute vénération; on distinguait celles qui étaient immédiatement apostoliques (fondées par les apôtres mêmes), comme Rome, Antioche, Éphèse, et celles qui ne l'étaient que médiatement (unies avec elles par le lien de la foi). Les apôtres, peut-être en souvenir des liens qui existaient entre les sanhédrins juifs et les synagogues placées sous leur dépendance, avaient posé les bases de la réunion de plusieurs Églises sous un seul chef, l'évèque de l'église-mère. Jérusalem était déjà dans le principe l'Église principale de la Judée, de la Samarie et de la Galilée. Après la ruine définitive de Jérusalem, cette dignité passa à Césarée. Les Églises de Syrie étaient placées sous Antioche, et celles d'Egypte sous Alexandrie, leurs métropoles.

De là vient qu'Héraclas d'Alexandrie (mort en 247) avait le droit de déposer Ammonius, évêque de Thmuis, et d'instituer un autre évêque; qu'en 306, Philéas de Thmuis et trois autres évèques blâmèrent énergiquement Mélèce, évêque de Lycopolis, dans la Thébaïde, pour avoir blessé l'honneur du « grand évêque et père » Pierre I" d'Alexandrie.

Mélèce fut l'auteur d'un schisme qui dura près de soixante ans. Il s'insurgea contre la suprématie de Pierre, conféra les orc'res dans son diocèse et refusa de se rendre aux avertissements de ses collègues. Coupable de plusieurs crimes, il fut déposé par un décret général des évèques égyptiens, mais il

continua de braver Pierre et ses successeurs en instituant de nouveaux évoques et en sappuyant sur un parti qui se mêla plus tard avec les ariens. Ce parti schismatique fut en horreur dans toute l'Église.

Thomassin, De vet. et nov. Eccl. dise, part. I, lib. I, cap. xxxix et seq.; Blanchi, Délia potestà e pollcla délia Chiesa, t. IV; Phillips, K,-R., Il, p. 25 et suiv.; Dœllinger, Lehrb, I, p. 47. Voy. aussi Pichler, Gesch. der kirchl. Trennung zw. Orient u. Occid., II, 610 et suiv. Le nom de [j.r,Tpo7i:oX{Tyiç, Nie, cap. iv, coll., cap. vi; Conc. Ant., 341, c. ix, suppose le lien métropolitain xa^à tôv àp^aiov xpaTYJcravTa xwv Traxépwv ■^JliMv xavova. Tcrtullien, De prsescript., cap. xxxi, parle des Églises immédiatement apostoliques et y rattache celles qui furent fondées plus tard comme également apostoliques, pro consanguinitate doctrinse. Les hérétiques, dit-il, ne sont pas admis ab Ecclesiis quoque modo apostolicis.

Position de Jérusalem, Heges.,ap. Euseb., 111,33. Le fait d'Héraclas, Phot., Collect, et Dem. (Migne, Patr. gr., t. CIV, p. 1229). — Schisme de Mélècp, voy. Dœllinger, Hippolytus, p. 2S4; Phileœ ep., ap. Maffei, Osserv. lett., III, ll-{8; Opusc. eccl., Veron., 1738, p. 2o4 et seq.; Routh, Rel. sacr., III, p. 381-383; Pétri I ep., Maffei, p. 17; Routh, loc. cit., p. 348-349; Äthan., Apol. c. Ar., n. 59 (Migne, t. XXV, p. 356); Ep. ad Ep. Afr. et Lib., n. 22 et seq.:.Theod., Hist. eccl., I, 8; Haïr, fab., IV, 7; Socr., I, 0; Epiph., Hœr., Lxvni (de sources trèsmèlées); Héfelé, l, 327 et suiv. Le terme de (Txio-[J.a (de oxtî^w, scindo, cf. Joan., vir, 43), souvent employé dans le sens de atpsffir, désigne fréquemment une séparation qui n'imphque pas la rupture de l'unité dogmatique. Contre la séparation des clercs d'avec leur évèque, voyez Const. ap., VI, 1 et s-, p. 303, ed, Pitra, can. ap., 32; Héfelé, I, 783.

Les provinces.

227. Ces groupes d'Églises réunies sous un évèque éminent s'appelaient des provinces (éparchies). La constitution métropolitaine, quoique déjà formée au quatrième siècle, n'était pas encore partout uniforme, et plusieurs évêques des églisesmères avaient une juridiction beaucoup plus étendue. En Afrique, l'évêque de Carthage était grand métropolitain (primat), tandis que les plus anciens évoques d'une province étaient à la tète de cette province comme évêques du premier siège. Ici donc, le pouvoir métropolitain n'était pas attaché à une ville particulière. Il y avait aussi de grandes métropoles qui présidaient à plusieurs Églises; c'est là que se trouvent

r.ONSTITLTION, CILIE ET VIE RELIGIEUSE. o30

les éléments de ce qui allait devenir plus tard la constitution patriarcale. L'évèque d'Alexandrie dirigeait en outre la Thébaide, la Pentapole et la Libye, et nous le trouvons plus tard établi sur neuf provinces. Si nous n'avons pas de données plus précises sur la formation des diverses métropoles, la mention fréquente qui en est faite au quatrième siècle, sans que rien indique qu'elles aient été récemment créées, prouve qu'elles existaient depuis longtemps.

'Euapxîa, provincia; Conc. Nie, cap. iv, v. Voy. Héfelé, I, 365 et s.; Ttïpoixîa, diocèse, can. ap., 14; Ancyr., cap. xviii. Sur l'Afrique, Héfelé, I, iol et suiv. Commencements du système patriarcal, voy. mon ouvrage, Photius, I, p. 26 et suiv.

Les synodes.

228. Le développement de l'institution synodale allait de pair avec les progrès de la constitution métropolitaine. De même que l'évèque était assisté du conseil de ses prêtres, le métropolitain l'était par le synode provincial, la plus ancienne forme des conciles. Ces sortes d'assemblées devinrent de plus en plus fréquentes depuis la seconde moitié du deuxième siècle, à cause des hérésies et des schismes (les montanistes, la controverse pascale). Elles avaient pour modèle l'assemblée des apôtres tenue à Jérusalem, ainsi que les amphictyons et autres institutions du monde païen. On y détermina nettement les relations qui existaient entre les Églises et les évêques, et on combattit iïnfluence pernicieuse des hérétiques, en opposant aux adversaires communs l'action commune des évêques.

Depuis le troisième siècle, les assemblées épiscopales se tenaient le plus souvent une fois, et, dans quelques provinces, deux fois dans l'année. Les évêques seuls y avaient voix décisive. Les prêtres et les diacres pouvaient y assister, ces derniers debout , tandis que les évêques et prêtres étaient assis. Les laïques eux-mêmes n'étaient pas absolument exclus.

Les décrets des conciles étaient presque toujours communiqués aux autres évêques par des lettres-ch'culaires. Les évêques empêchés de s'y rendre en personne pouvaient se faire remplacer soit par d'autres évêques, comme à Carthage en

oiO HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

256, ou par des clercs de leur Église, comme à Arles en 3i4. Les évêques de haut rang, presque toujours les métropolitains, signaient seuls les décrets. On s'occupait aussi, dans les conciles, des accusations, des délits des évêques , et on y rendait des jugements*. Nous n'avons plus les actes des plus anciens, à l'exception de quelques-uns tenus en Afrique sous saint Cyprien et de celui d'Antioche en 269. Du concile d'Ancyre, en 314, il nous reste vingt-cinq décrets disciplinaires et quatorze de celui de Néocésarée, tenu vers la même époque.

Ouvrages a consulter et remarques critiques sur le n* 228. Conciles provinciaux, Eus., V, 16, 23; Tertul., De jejun., cap. xiii; Firmilian., Ep. (Cypr., ep. lxxv); Nie, cap. v, can, ap., 36. Les premiers conciles connus furent célébrés par Apollinaire d'Hiérapolis et Sota d'Anchialus. Héfelé, I, 59-72. Voy. ibid., p. 94 et 170, concernant les conciles de 256 et 314. Sur les souscriptions, Polycrate d'Ep., apud Euseb., V, 24, dit que s'il inscrivait les noms des évêques qui étaient avec lui, leur nombre serait par trop considérable. Us ne furent donc pas enregistrés. Il en fut de même à Rome, sous Victor P"" (voyez Héfelé, I, 75). Sous Félix II (al. lu), 485, un concile de Rome en fit la remarque expresse.

La primauté romaine.

229. Les premiers et les plus éminents d'entre les évêques étaient ceux de Rome, universellement reconnus comme successeurs de Pierre et investis de la primauté que Jésus- Christ a conférée au prince des apôtres. Sans doute, dans les premiers siècles, toutes les conséquences impliquées dans la notion de primauté n'étaient pas encore développées, mais elles allaient avec le temps apparaître toujours plus nettes et plus visibles. En soi et sans nécessité, les papes n'aimaient pas à tirer ces conséquences. Dans un corps aussi bien ordonné que le fut l'Église dès son origine, avec le zèle que déployaient les chefs subalternes, avec les dons de la grâce dont ils étaient remplis, les papes avaient rarement l'occasion et le devoir de déployer leur autorité ; ils pouvaient d'autant plus se borner à une surveillance indirecte des Éghses particulières, à côté de la surveillance directe de leur diocèse, qu'ici même ils n'agissaient presque jamais qu'au péril

' Const. apost., lxxiv.

CONSTITUTION, CULTE ET VIE RELIGIEUSE. 54l

constant de leur vie. Mais le principe était toujours le même; l'Église ne laissait pas d'avoir dans la primauté de Rome le centre de son unité, un lien de cohésion indispensable, une étoile polaire qui répandait ses rayons sur toutes les parties de la chrétienté. Nous avons peu de renseignements sur les évêques de Rome dans les trois premiers siècles, mais ils suffisent pour montrer leur zèle et leur influence au sein de rÉghse.

Aux yeux de saint C.yprien, Fabiani locus est synonyme de locus Pétri (Ep.Lv, cap. VIII, p. 630); communiquer avec le pape Corneille, c'est communiquer avec l'Église catholique (ibid., cap. i, p. 624); l'Église romaine est « Ecclesia principalis, unde unitas sacerdotalis exorta est » (Ep. Lix, cap. IV, p. 683), « matrix et radix Ecclesiœ catholicœ » (Ep. XLViii, c. III, p. 607); l'Église a été « a Christo D. super Petrum origine unitatis et ratione fundata » (Ep. lxx, cap. m, p. 769). Le De cath. Ecclesiœ unitate est un excellent traité, et quand même on supprimerait les passages efTacés par Fell et Baluze, le reste n'établirait pas moins, ainsi que le montre Maran, Diss. in op. Cypr., § 3, la primauté du Saint-Siège. En'314, les Pères d'Arles appellent l'Italieparfes in quitus apostoli quotidie sedent. Sur la puissance du pape dans les premiers siècles, voy. Ritter, K.-G., 1, 149, ß'^ édit.; Beidtel, Das canon Recht, p. 108; Dœllinger, Kirche u. Kirchen, Munich, 1861, p. 31 ; Hagemann, Die rœm. Kirche., Fribourg, 1864, surtout p. 46 et suiv., 675 et suiv ; Schrœdl, Gesch. der Peepste u. der rœm. Kirche in der Urzeit des Christenth., Mayence, 1873.

Premiers successeurs de saint Pierre.

230. Saint Pierre eut pour successeur immédiat saint Lin ', qui occupa le Saint-Siège de l'an 12 à l'an 13 et fut suivi de Clet ou Ânaclet. L'Éghse de Corinthe, du vivant même de l'apôtre saint Jean, s'adressa à saint Clément, un des papes les plus renommés de l'Église primitive, glorifié par de nombreuses légendes, honoré même en qualité de martyr, au sujet d'un schisme qui venait d'y éclater. Clément lui écrivit (96) une lettre remai-quable, qu'on lisait encore longtemps après dans la plupart des Églises ; il y blâmait énergiquement les désordres signalés, démontrait que le royaume de Dieu établi sous l'ancienne loi se continuait dans l'Église de Jésus-

' Probablement celui qui est nommé // Tim., iv, 21.

542 HISTOIRE UK l'ÉGUSIi:.

Christ, et il faisait ressortir la subordination hiérarchique, instituée par les apôtres avec qui il avait été eu relation.

A Clément succédèrent Évariste, Alexandre I", Sixte I", Télesphore, dont saint Irénée a célébré le glorieux martyre, Hygin, Pie I", Anicet (mort en 168), sous le règne duquel le judéo-chrétien Hégésippe et saint Polycarpe se trouvaient à Rome ; Soter, dont la lettre à l'Église de Corinthe était lue en public, comme celle de Clément, et dans la personne duquel, Denis, évêque de Corinthe, vantait la bienfaisance accoutumée de l'Église romaine, surtout sa générosité à secourir les Églises pauvres. C'est ainsi que la grande Église de Rome, dont la foi, au témoignage de saint Paul, était célèbre dans l'univers entier ', prouvait qu'elle était aussi la première dans l'exercice de la charité \

La succession des papes, d'après Iren., III, 3; Eus., III, 4; V, 6 (qui avait encore sous les yeux Hégésippe); Hier., Catal., cap. xv; Optât, lib. II De schism., p. 36, éd. Par., 1679; Epiph., Haer. xxvii, 6; Aug., Ep. CLXv; Chrys., Hom. x in II Tim., cap. iv, est certainement préférable à celle de l'Épitre apocryphe ad Jacobum, également adoptée par Tertullien, De prœscript., cap. xxxii, et autres, et qui fait de Clément le successeur immédiat de Pierre.

A côté de ce sentiment, on peut à peine nommer les essais de conciliation tentés (d'après les Constitutions apostoliques; Epiph., loc. cit.) par Péarson, Hammond, Cave, Bingham (Ant., II, i, 4), et cette autre opinion que Lin aurait été ordonné ou nommé par Paul, et Clément par Pierre.

Selon quelques-uns, Lin et Clet auraient été ordonnés par Pierre, atin de l'aider quand il serait présent, et de le remplacer en son absence (Bianchini, Not. ad lib. Pontif., II, p. 15). Après leur mort, Pierre aurait institué Clément (Uufm, Prœf. in Recogn. Clem.; Migne, Patr. gr., t. I, p. 1207). Même chose dans Bède, Raban, Haymon, l'auteur du Chronicon episc. Metens. Et cependant, il est sûr que Pierre mourut avant Lin (cf. Euseb., III, 2; Cotel., ad Const. ap., loc. cit.; Migne, loc. cit., p. 1052 et seq., note 52).

Il n'est pas vraisemblable que Lin et Clet, de même que Clément, aient été ordonnés évèques avant d'être placés à la tète de l'Église romaine, et qu'ils aient été les coadjuteurs de Pierre. Goffrid. Viterb. (Migne, Patr. lat., t. CXCVIII, p. 1031) : « Isti duo, Linus sc. et Cletus, fuerunt coepiscopi et coadjutores Pétri. » Clet et Anaclet ( 'AvéYxXr,TOî = Innocent) sont sans doute la même personne ; le premier nom serait

^ Rom ; I, 8. — ' S Ignace, Lettre aux Romains.

coxNsutltion, culte et vie religieuse. 543

une abréviation du second. Leur distinction était inconnue d'Irénée et d'Eusèbe, et, quant au « Catalogue de Libère, » il mérite peu de confiance avant 230. Dœllinger, Christenth. u. K., p. 313 et suiv., l'^ éd.; Clément est mentionné par Irénée, III, m, 3; Origène, De princip., II, m, 6; saint Jérôme, Catal., cap. xv. Clément d'Alexandrie le qualifie d'apôtre, Strom., IV, xvii, p. 221. Voy. Euseb., II, 13, 38; IV, 23 ; Dœllinger, p. 319; Hagemann, p. 682, etc.

La lettre de Clément a été éditée d'une manière plus complète qu'autrefois par le métropolitain Philothée Briennius (Constantinople, 1873), et d'après lui par Hilgenfeld, etc. Voy. Bickell, Innsbr. Ztschr. î. Kath. theol, 1877, p. 309. Contre le martyre de Clément, attesté par Rufin, le pape Zosime (Ep. ad Afr., 417)), le concile de Vaison, 442, et un ancien canon de la messe, on ne peut invoquer le silence de saint Irénée, d'Eusèbe et de saint Jérôme. L'ancienne tradition a été confirmée par la translation de ses reliques sous Adrien II, par l'histoire des apôtres des Slaves et par l'antique basilique clémentine à, Rome.

Consultez mon ouvrage, Photius, II, p. 35. Voyez, sur les papes suivants, Iren., III, m, 3; Heges., ap. Eus., IV, H, 22; Dion. Cor., ibid., c. XXIII. Cf. Hieron., Catal., cap. xxii. Comme saint Ii^iée parle du martyre de Télesphore à raison de sa célébrité, on n'en peut rien conclure contre le martyre de ses prédécesseurs et de ses successeurs. Ces paroles de saint Cyprien, Ep. lix, cap. xiv, p. 683, sont très-significatives pour l'Église romaine : « Quorum (Romanorum) tides Apostolo prœdicante laudata est, ad quos perfidia habere non possit accessum. » Sur le sentiment de saint Ignace, voy. Kirschl, Katholik, 1868, II, 152.

Le pape Ëleuthère.

231. Éleuthère, ancien diacre du pape Anicet (Hégésippe), fut le douzième successeur de saint Pierre. C'est à lui que les martyrs de l'Église de Lyon envoyèrent le prêtre Irénée, avec une lettre où ils racontaient la persécution qui sévissait parmi eux et recommandaient chaleureusement au pape le prêtre chargé de la lui remettre.

Saint Irénée commença encore sous le pontificat de ce pape le grand ouvrage (cinq livres) où il réfutait les gnostiques. Il y expose la tradition de l'Église romaine fondée par les glorieux apôtres Pierre et Paul, et assure que cette tradition seule suffit pour confondre toutes les hérésies, parce que c'est avec (ou dans) cette Église que toutes les Églises et tous les fidèles qui sont par toute la terre doivent s'accorder (ou se réunir). C'est un fait attesté de toutes parts depuis le deuxième siècle que, dans tous les doutes concernant la doctrine, on

S44 HISTOIRE DE LÉGLISË.

s'adressait d'abord à cette Église, que c'est là que les hérétiques cherchaient par-dessus tout à faire reconnaître leur doctrine ' .

ADDITION DU TRADUCTEUR

Saint Cyprien, dans ses écrits contre l'antipape Novatien, expose ainsi les prérogatives du pontife romain :

« Il n'est pas chrétien, celui 'qui n'est pas dans l'Église de Jésus- Christ. Il a beau s'en flatter, et employer la philosophie et l'éloquence pour le prouver; car il s'est détaché de la charité fraternelle et de l'unité ecclésiastique.

» Jactet se licet et philosophiam et eloquentiam suam superbis vocibus preedicet, qui nec fraternam charitatem, nec ecclesiasticam unitatem retinuit, etiam quod prius fuerat amisit... Cumque jam pridem per omnes provincias et per urbes singulas, ordinati sunt episcopi in œtate antiqui, in fide integri, in pressura probati, in persecutione proscripti; ille super eos creare alios pseudoepiscopos audeat, quasi possit aut totum orbem novi conatus obstinatione peragrare, aut ecclesiastici corporis campagiuem discordise suae seminatione rescindere, nesciens schismaticis semper initia fervere, incrementa vero habere non posse, nec augere quod illicite cœperint, sed statim cum sua prava œmulatione deficere. » [Epist. lv.)

Ep. Lugd. eccl., Eus,, V, 4. Cf. Hier., Cat., cap. xxxv. J'ai examiné ailleurs le passage si souvent discuté de saint Irénée, III, m, 2 (Kath. Kirche u. christl. Staat, Fribourg, 1872, p. 948-032). Il fait encore aujourd'hui le désespoir de la théologie protestante ancienne et nouvelle, qui essaie vainement de l'affaiblir. Les auteurs suivants ont beaucoup contribué à repousser les objections des adversaires : Massuet, Diss. m in Iren.; Dœllinger, Hdb. der K.-G., 1, i, p. 256 et suiv.; Hagemann, p. 614 et suiv.; Nolte, Tüb. Q.-Schr., 1862, p. 302 et s.; Schneemann, S. Iren. De Eccl. Rom. principatu testimonium, Fribourg, 1870. Que

' Lucius, roi de la Grande-Bretagne, supplia par ses lettres le pape Éleuthère de lui envoyer des missionnaires pour l'instruire dans la foi. Le saint pontife lui en envoya deux qui le baptisèrent avec la reine, son épouse, et presque tout son peuple :

« Hic (Eleutherius) accepit epistolas a Lucio, britannico rege, ut christianus efficeretur per ejus mandatum. » (Pontifie, rom. in Eleuth.)

« Sanctos Damianum et Fugationum in Britanniam misit, qui Lucium regem, una cum usore et toto fere populo baptizarunt. » {^Martyr, rom., 26 maii ; Beda, In VI miind. set.)

« Lucius, Britannorum rex, missa ad Eleulherium, Romae episcopum, epistola, ut christianus, afficeretur, petiit. » (Adon., in Chron. suh. Marc. 4nt. Vero.; Martyrol., vjii kal. jun.) (Not. du trad.J

CONSTITUTION, CULTE ET VIE RELIGIEUSE. 54o

ce dernier travail ait complètement manqué son but, cela n'est nullement démontré. Le passage propter potiorem (al. potentiorem) principa- Utatem, est ainsi traduit en grec : 8tà rà OTrépTepov TrpwTeTov (Massuet). 8ià trjv 8ia«£pou(7av TtpwTctav (Thiersch), ôià ti^v IxavwTÉpav aCiÔevxi'av (Armellini et Nolte).

Victor 1er, Zéphyrin, Calixte 1er.

232. A dater de ce moment, les som'ces deviennent plus abondantes. Victor I", un Africain, célébra dans Rome un concile touchant la fête de Pâques ', insista pour que de pareilles réunions eussent^lieu partout, menaça les fidèles de FAsie-Mineure d'excommunication et bannit de l'Église Théodote de Byzance. « Son épiscopat, remarque Schwegler*, renferme tous les éléments de la papauté. » Son successeur, Zéphyrin (202-218), combattit avec une égale fermeté les théodoliens, les artémonites et autres sectaires, opposa aux rigoristes qui ne voulaient pas qu'on admit les impudiques à la pénitence, un édit péremptoire % qui fut combattu par Tertullien, alors montaniste, reçut à la pénitence l'évêque Ihéodotien Natalis et se montra partout l'organe de la tradition romaine. Qu'il ait été ignorant et cupide, ce n'est là que l'opinion d'un ennemi fanatique, qui accuse également son meilleur conseiller et son successeur, Calixte I", d'avoir été un homme fourbe et vicieux, un perturbateur de la discipline, un hérétique, tout en fournissant lui-même les moyens de réduire ces accusations à leur juste valeur. Si Calixte avait été un esclave souvent malheureux, il est honorable pour lui d'avoir reçu du pape Victor des secours en argent, d'avoir été envoyé àAntium pour le soustraire à ses persécuteurs, d'avoir été chargé par le pape Zéphyrin de l'administration du grand cimetière situé sur la voie Appienne, qui devait prendre son

' Victor I«r ordonna dans ce concile qu'on observerait les décrets de ses prédécesseurs et célébrerait toujours la fête de Pâques le dimanche qui suivrait le treizième jour de la lune de mars jusqu'au vingt-unième : « ut a décima tertia luna paucis mensis usque ad 21 die dominica custodiatur sanctum Pascha. » [Ponlif. Dam. in Victore.) (Note du trad.)

* Les temps postérieurs aux apôtres (en allem.), t. II, p. 214.

' J'apprends, disait Tertullien, alors montaniste, qu'on a publié une loi décisive, un décret absolu. Le souverain-pontife, l'évêque des évêques déclare qu'il y a pardon dans l'Église pour les adultères et les fornicateurs. Ces paroles de Tertullien prouvent que de son temps les noms de souverain-pontife, d'évôque, étaient déjà donnés aux évoques de Rome. et par conséquent que le pape en exerçait les pouvoirs. (Note du trad.) I. — HiST. DE l'Église. 35

nom dans la suite et dans lequel treize papes furent inhumés ; d'avoir été nommé évêque sans la moindre résistance du clergé et reconnu comme tel dans toute l'Église.

Ce ne fut que plus tard qu'un prêtre ambitieux et savant, Ilippolyte , qu'on pourrait appeler le premier antipape, s'éleva contre lui, l'accusa de professer sur la Trinité des erreurs dont lui-même était imbu, attaqua la pratique mitigée qu'il observait dans la discipline pénitentiaire et se donna luimême pour le pape légitime. Ajoutons qu'il n'eut aucun succès, qu'il expia sa faute et subit le martyre en 235, après s'être réconcilié avec le deuxième successeur de Calixte.

Ce dernier pape, sans égard pour les lois civiles, déclara pleinement valides les mariages contractés par les filles issues de parents libres et nobles ou de parents nés dans l'esclavage, défendit qu'on imposât le célibat aux clercs des ordres inférieurs , s'éleva contre les rigueurs des montanistes , et , s'appuyant sur l'Écriture, admit à la pénitence les hommes les plus criminels, les assassins mêmes et les apostats, usa d'indulgence même envers les évêques coupables, en refusant de déposer quiconque avait commis un péché mortel, comme le lui reprochaient ses adversaires. Sur la Trinité, il était aussi éloigné du modahsme des sabelliens que du dithéisme, qui mettait une séparation entre Dieu et le Verbe. On prétend que Calixte fut précipité d'une fenêtre à la suite d'une insurrection du peuple, que son cadavre fut jeté dans une fontaine et inhumé, non pas dans le cimetière de son nom, comme l'avait été son prédécesseur, mais dans le cimetière avoisinant de Saint-Calépodius.

OUVRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRIIFQUES SUR LE iN° 232.

Polycrate d'Éphèse déclarait contre Victor qu'il valait mieux obéir à Dieu qu'aux hommes; il reconnaissait donc le devoir de l'obéissance, et de fait il se rendit à Tinvitation de tenir un concile. Victor ne songeait pas seulement à refuser la communion de l'Église romaine, mais

aussi à exclure de l'Église (àxocvwvTriTOu; uàvxaç äpSiQv èxeio-e toù; àvaxripÛTTwv àSexçouç, dit Eusèbe); saint Irénée ajoute qu'il l'avertit comme il le devait, (b; (i9i àTioxÔTîToi ö),a; ÈxxXiQata; ; Pbotius, cod. 120, parle également en termes absolus de l'àTToxYipûxTeiv rô; £xx),r,aîaç. Saint Jrénée ne contestait nuUemeut le droit de Victor, il le supposait au contraire. Mais il ne croyait pas la question de la Pàque assez importante pour qu'il fallût exclure les Asiatiques de l'Église, d'autant plus que les pap^s précédeuls

CONSTITUTION, CULTE ET VIE RELIGIEUSE. o47

ne l'avaient pas fait. Dans les Philosophumena, IX, 12, Victor est appelé (Aaxâpio; et il est repi'ésenté plein de douceur. Voyez encore Eus., V, 23, 24, 28 ; Socr., V, 22; Libell. synod., ap. Voell. et JustelL; Bibl. jur. can. vet., Par., 1661, in-fol.; II, 1161. Sur Zéphyrin, Philos., IX, 7, 17; Tertullien, De pudic, cap. i, en sa qualité de montaniste, l'appelle, jion sans ironie, po7itifex maximus, episcopus episcoporum, apostolicus papa. Il est vrai qu'Orsi et Morcelli, parmi les catholiques, Munter (§ 97), Gieseler, etc., parmi les protestants, croient qui] s'agit de l'évêque de Carthage, mais ils ont certainement tort. Non-seulement Baronius, Chr. Lupus, Pétau, Tournemine, Fleury (t. II, liv. V, n. 46, p. 94), Benoit XIV (S. D., V, iv, 3), Lumper (Hist. th. crit., VI, 427), mais aussi Néander (Antignosticus, p. 263, 2^ édit.) et Ritschl (p. 527) entendent le pontife romain. Dœllinger réfute les objections d'Orsi (Hippol., p. 126, n. 11); Hagemann, p. 54, 146, p. 70, prouve parfaitement que le passage De jejun., cap. x, xvi, xvii, est dirigé contre le pape Zéphyrin.

Sur Calixte, voy. Philos., IX, 7 et seq.; Dœllinger, Hippol., surtout p. 115 et suiv.; Hagemann, p. 91 et s.; Kraus, Roma sotter., p. 87 et s.

Urbain 1er, Pontien, Antère, Fabien, Corneille, etc.

233. Les papes qui suivirent furent la plupart martyrs, ainsi que lavaient été leurs prédécesseurs. Nous nommerons : Urbain I" (223-230), Pontien, qui en 235 fut déporté en Sardaigne avec Hippolyte rentré dans le sein de l'Église, et y mourut par suite de mauvais traitements; Antère, qui n'occupa que quelques mois le Saint-Siège (21 nov. 235 — 3 janvier 236); Fabien (236-250), qui écrivit une lettre contre révêquè Privat, chargé de crimes, et fut exécuté sous l'empereur Dèce. La persécution qui survint amena une vacance de dix-huit mois.

Dèce, si nous en croyons saint Cyprien {Ep. xxv), trouvait la nomination d'un anti-empereur plus supportable que l'institution d'un nouveau pontife romain. Le vertueux prêtre Corneille, issu dune famille noble de Rome, fut élu à l'unanimité, malgré l'opposition qu'il rencontra. Il avait successivement passé par toutes les charges de l'Église. Il eut pour compétiteur Novatien, prêtre ambitieux, qu'il excommunia dans un concile de soixante évèques. Il déposa aussi les évtques qui lavaient consacré. L'un d'eux fit pénitence et fut admis à la communion laïque ; les deux autres, Corneille leur consacra des successeurs qu'il envoya dans leurs diocèses.

Des neuf lettres connues du pape Corneille, trois seulement ont été conservées ; deux sont adressées à saint Cyprien , évèque de Carthage, qui lui était uni par les liens de l'amitié, et dont il confirma les décrets synodaux relatifs aux laps. En T6i déjà, ce pape, inébranlable dans la foi, fut relégué par l'empereur à Cività-Yeccbia, où il subit le martyre (14 septembre 252).

Sous son règne, Rome possédait déjà un clergé considérable : 46 prêtres (dont un sur deux, problablement, était en titre), 7 diacres et autant de sous - diacres , 42 acolytes, 52 exorcistes, lecteurs et portiers, plus de 1,500 veuves et indigents entretenus par l'Eglise. Lucius I", qui écrivit sur la paix ecclésiastique en faveur des laps, fut également exilé en 253, puis reçut la couronne du martyre. Etienne , précédemment prêtre de Rome (253-257) , conserva , dit Denis d'Alexandrie, l'ancienne gloire de son siège par sa sollicitude pour les besoins spirituels et corporels même des plus lointaines Églises, rétablit la paix dans l'Église d'Arles en déposant, sur la demande de saint Cyprien, l'évêque schismatique Marcien, rendit ses fonctions à l'évêque espagnol Basilides, qui s'était réfugié à Rome, et, en vertu de ses droits de primat, invoquant la succession de Pierre, maintint la tradition romaine contre les Asiatiques et les Africains rebelles, en rejetant leurs décrets synodaux. Saint Cyprien, sans combattre la primauté du pape, qu'il reconnaissait pleinement, représenta à Etienne l'exemple de Pierre, qui avait cédé à Paul, quoique élu apôtre après lui ; il voulait qu'au lieu de la tradition on fit prévaloir ce qui lui semblait la vérité, ce qu'il croyait fondé sur la doctrine de l'Église et sur le caractère de l'hérésie.

Etienne demeura inflexible dans son sentiment, qui était le véritable, et fut martyrisé l'an 257. Le 26 août 258 il était déjà rejoint dans le tombeau par Sixte II, qui fut saisi dans la catacombe de Prétextât par une bande de soldats païens tandis qu'il célébrait le saint sacrifice, et décapité sur son siège avec quatre de ses diacres. Le souverain-pontificat demeura vacant jusqu'au 21 juillet 259.

CONSTITUTION, CULTE ET VIIÎ RELIGIEUSE. oi9

ADDITION DU TRADUCTEUR

Le pape Cyriaque * .

Le pape Cyriaque a été inséré dans la liste des pontifes romains vers la même époque que la papesse Jeanne, et comme elle, il s'est maintenu longtemps à la place qu'il avait usurpée. La fourberie calculée, l'esprit de fantaisie enthousiaste et une inconcevable légèreté ont conspiré ensemble pour forger un pape qui n'a pas plus de raison d'être que la papesse Jeanne.

Il y avait au milieu du douzième siècle, dans le couvent de Schœnau, au diocèse de Trêves, une religieuse nommée Elisabeth, qui jouissait au loin d'une grande réputation. Le nombre de ses visions était incalculable, et chaque fois qu'on faisait l'ouvertui-e d'un tombeau, qu'on découvrait des ossements ou des restes humains inconnus, un ange ou un saint quelconque ne manquait pas de lui révéler le nom et l'histoire du défunt. C'était là, on le pense bien, une grande tentation pour les personnes en quête de quelques nouvelles reliques de saints pour une chapelle ou une église où elles voulaient attirer la foule. Déjà Elisabeth s'était occupée de la légende de sainte Ursule et de ses compagnes, et depuis Ho3 on avait exhumé aux alentours de Cologne des miUiers de cadavres, qui tous devaient faire partie du cortège de sainte Ursule. Dans cette multitude de cadavres, il s'en rencontra quelques-uns du sexe masculin. On trouva également, ou plutôt on prétendit dans la suite avoir trouvé des pierres tumulaires couvertes d'inscriptions indiquant un archevêque de Ravenne, Simplicius, un évêque de Milan, Marin, Pantule de Bâle, outre plusieurs prêtres et cardinaux. Enfin, un de ces monuments aurait porté l'inscription suivante : S. Cyriacus Papa Romanus qui cum qaudio suscepit sacras virgines et cum iisdem rcversus martyrium suscepit et S. Alina V. Cette pierre funèbre fut envoyée par l'abbé G erlach à Elisabeth, alin qu'elle décidât, à l'aide des visions dont elle était favorisée dans son étnt magnétique, s'il fallait y ajouter foi ; car il avait quelque soupçon, c'est lui-même qui l'avoue, qu'il n'y eût là une falsification dictée par l'espoir du lucre ^ Elisabeth résista d'abord, mais elle finit par céder aux instances ^, et voici l'histoire qui en résulta :

* Dœllinger, Die Papstfabeln.

* Les inscriptions et la légende de sainte Elisabeth se trouvent aux Actn Sanclorum, tom. IX, p. 86-88. Cette découverte de pierres funèbres a été probablement imaginée pour expliquer la présence de tant d'ossements du sexe masculin sur un terrain (le champ d'Ursule) où l'on se lîgura't ne rencontrer que les ossements de ces prétendues vierges, et pour sauver l'honneur de celles-ci.

ä « Par de longues supplications, dit-elle, ils triomphèrent de mon refus. »

ri50 ÏIISTOIKE DE l'église.

Lorsque Ursule se rendit à Rome, Cyriaque, le dix-neuvième pape, avait déjà régné un an et onze semaines. Pendant la nuit, il reçut du ciel l'ordre d'abdiquer le souverain-pontificat et de partir avec les vierges, attendu qu'ils allaient tous subir ensemble la mort des martyrs. Cyriaque remit sa dignité entre les mains des cardinaux, qui nommèrent à sa place le pape Antère. Mais le clergé de Rome fut tellement offensé de cette abdication, qu'il raya le nom de Cyriaque de la liste des papes.

Par ce moyen, se trouvait réfutée d'avance toute objection qu'on aurait pu puiser dans les sources antérieures; aussi les chroniqueurs du treizième siècle n'eurent pas le moindi'e doute qu'ils devaient placer entre les pontifes Pontien et Antère (238) le pape Cyriaque qu'on venait de découvrir. Le premier qui le fit fut un religieux prémontré, Robert Abolant, d'Auxerre, auteur d'une Chronique générale rédigée au commencement du treizième siècle. Il fut suivi par les dominicains Vincent de Beauvais et Thomas de Chantimpré, puis par le cistercien Albérich. Ici encore Martin le Polonais fut adopté dans l'époque suivante comme une autorité décisive ; or Martin se prononce clairement sur la cause pour laquelle Cyriaque ne ligure point dans le catalogue des souverains-pontifes : Credehant enim plerique eum non propter devotionem, sed propter oblectmnenta virginum papatum dimisisse. Son opinion a été embrassée par Léon d'Orviéto. Aimery du Peyrat ' et Bernard Guidonis^ mettent Cyriaque dans la catégorie des papes, tandis qu'Amalaire Augérii le passe sous silence. La plus ancienne chronique allemande (vers 1330) dit de lui : « Parce qu'il déposa la papauté et renonça à sa dignité contre la volonté des cardinaux, qu'il se dirigea vers Cologne avec onze mille vierges et fut martyrisé, les cardinaux effacèrent son nom du livre des papes ^ » Il est également cité dans ÏEulogium historiurum, recueilli vers 1366 par un moine do Malmesbury, avec cette remarque : « Celui-ci abdiqua la papauté contre le gré du clergé *. » Au quinzième siècle, comme on a le droit de s'y attendre, Cyriaque se rencontre dans tous les ouvrages historiques de quelque importance, notamment dans Antonius, Philippe Bergamo, Nauclerc, et il a passé de même dans les plus anciennes éditions du Bréviaire romain ^.

Déjà sur la fin du treizième siècle, l'histoire de Cyriaque avait acquis une importance considérable et provoqué l'attention des ju-

< Notices et extraits, vi, 77. - ' Maï, Specil., vi, 29.

5 Chronique du Haut-Rhin, pubL par Grieshaber, 1830, p. S.

* Ed. Scott Haydon, Londr., 1858, I, 180.

5 Berti [Raccolla di Dissertazion von Zaccaria, II, 10) fait remarquer qu'il figure encore, avec les actes fabuleux d'Ursule, dans le Bréviaire de 1326. Launoi prétend même qu'on le voit encore dans celui de 1530.

CO.NSTITLTIO.V, Cl JvTE ET SIE RELIGIEUSE. ool

risconsultes. La résignation de Célestin V, qui amena l'exaltation de Boniface VIII, avait eu un immense retentissement. Plusieurs étaient d'avis qu'un pape n'avait pas le droit d'abdiquer, attendu qu'il n'avait pas de supérieur ecclésiastique pour le délier, et que personne ne peut se dispenser soi-même. Les nombreux adversaires de Boniface VIII s'étant emparés de cet argument, on ne songea plus qu'à chercher des exemples de papes ayant réellement abdiqué. Aussi voyons-nous déjà l'auteur de la Glose ordinaire du Décret, dans lequel Boniface VIII confirma le droit de résignation, s'appuyer sur l'exemple indubitable de Cyriaque *; et depuis lors presque tous les canonistes ont fait usage de cette prétendue autorité, sans parler des théologiens, tels que ^Egidius Colonna ^ et Sylvestre Prierias. On citait ordinairement trois papes do l'ancien temps qui avaient résigné la charge pontificale : Clément, Marcellin et Cyriaque ^; méprise d'autant plus singulière que ces trois exemples étaient apocryphes. Car la prétendue résignation de Clément n'avait été imaginée que pour concilier les assertions contradictoires de ceux qui prétendaient, les uns qu'il était le successeur immédiat de saint Pierre, les autres qu'il avait succédé à saint Lin et à saint Anaclet.

Fabien, qui n'appartenait pas à l'Église romaine, se trouvait là à la mort d'Antère et lors de l'élection de son successeur. On dit qu'une colombe descendit tout-à-coup sur lui et qu'il fut aussitôt élu par acclamation. Eus., VI, 29; cf. JafTe, Reg., p. 3 et seq.; Cypr., Ep. lix, cap. X, p. 677; Ep. ix, p. 488; Ep. xxx, p. ö33; Ep. lxix, cap. lu, p. 7Ö2; Coustant, p. 118; Eus., VI, 39. Sur Corneille, Eus., VI, 43, 47; VII, 2; Hier., Cat., cap. lxvi : Cypr., Ep. lv (surtout cap. viii, ix, p. 629, 630); Ep. xlix, cap. II, p. 611; Ep. xliv, p. 597 et seq.; Ep. xiv, xlviii, Lviii, LIX, LXi, Lxvn, Lxvni, éd. Vindob.; Lucii ep. De pace lapsis danda; Cypr., Ep. Lxi; Kraus, loc. cit., p. 173 et suiv. Sur Etienne, ci-dessus

^ « Nous avons un exemple certain dans le pape Cyriaque, au sujet duquel on lit qu'il fut martyrisé avec Ursule et onze mille vierges. » Puis vient la suite du récit comme dans Martin le Polonais. La môme chose se voit dans les anciennes éditions des Décrélales, liv. \'I, ch. Renunciat., Lugdun., 1520, 1530, 1353. Ce passage a été omis dans les éditions plus récentes.

* De renuncialione Papœ, dans la Biblioth. Max. Pont., de Rocaberti, H, 61.

' Augustin d'Ancone {Summ., quœst. iv, art. 8) résout ainsi une objection qu'il se fait à ce propos : « Vous répondrez que les canons et les gestes des souverains-pontifes racontent que quatre papes ont renoncé à la papauté : Clément, Cyriaque, Marcellin et Célestin. » Albéricus de Rosate, Dominicus a S. Geminiano, J. Turrecremata, Antoiiinus Cucchus, Barlhol. Fumus, et d'autres font le môme raisonnement.

§ 193; Voell. et Just., loc. cit., II, 1172 ; Mœhler, Patrol., p. 8S9 et suiv. Gerdil, Confutazione di due libelli, Op. XII, p. 69-77; Natal. Alex., s£ec. III, cap. III, an. 5, §§ 4, S; Coustant (A 15, a. Diss.de Steph. sent., p. 227-255); Denzinger, Kritik der Vorles. v. Tiersch, I, p. 88-90; Pr. Maran, loc. cit. L'authenticité des lettres violentes contre Etienne a été dû bonne heure révoquée en doute, et elle l'a été davantage dans la suite (Aug., Ep. xciii ad Vinc; Walch, Ketzerhist., II, 323); par R. Missori et M. Molkenbuhr, en dernier lieu par Tizzani (La célèbre contesa fra S. Stef. e S. Cipriano, Roma, 1862), mais c'est à tort. Saint Cyprien, Ep. Lxvii, p. 735 et suiv., désapprouve pour dés raisons de fait que le pape ait rétabli l'évêque Basilides. Sur l'évêque Marcien, voyez ibid., Ep. Lxviii. On rapporte justement à la mort de Sixte II (Cypr., Ep. lxxx, p. 840), que Pontius appelle « bonus et pacificus sacerdos» (Vit. Cypr., cap. xiv), une inscription posée par Damase. Kraus, loc. cit., p. 143 et suiv.; Jaffé, p. 10.

Saint Denis.

234. Une grande célébrité s'attache au nom de saint Denis (259-269), d'abord prêtre et lié d'amitié avec son homonyme l'évêque d'Alexandrie. Ce dernier, accusé auprès du pape pour sa doctrine sur la Trinité et invité à se justifier, rétracta les expressions inexactes dont il s'était servi. La lettre dogmatique du pape se distingue par une précision et une netteté aussi favorables à la foi qu'à la science et tient toujours le miheu entre les opinions extrêmes. Denis consola également par ses lettres les chrétiens de Cappadoce, gravement éprouvés par les incursions des barbares, et chargea ses envoyés de la délivrance des captifs.

Saint Basile, un siècle plus tard, attestait encore que les papes avaient constamment relevé le courage des Orientaux par leurs lettres, que l'Eghse de Césarée conservait avec une respectueuse reconnaissance la lettre du pape Denis. On savait partout que c'était en Italie , à Rome, qu'il fallait chercher le centre de la chrétienté, et Aurélien lui-même, un empereur païen, après la déposition de Paul de Samosate et l'institution de Domnus, assigna la maison contestée d'Antioche au parti qui recevait des lettres de communion des évêques d'Italie, et surtout de l'évêque de Rome. Cette décision fut envoyée par le concile d'Antioche à Denis de Rome, et les autres évêques lui en donnèrent également communication. Quand la lettre arriva à Rome, le pape avait cessé de vivre.

Son successeur, Félix I" (269-274), y répondit dans une lettre où il faisait ressortir la divinité et l'humanité parfaite de Jésus-Christ. Une partie de cette lettre a été insérée dans les actes du troisième concile œcuménique. Félix mourut après un pontificat de cinq ans. De ses successeurs immédiats Entychien et Caius, nous ne connaissons guère que les noms.

Eus,, VII, 9, 26, 30; Athen., De syn., cap. xliii, xlv; De sent. Dion., cap. XIII ; De decr. Nie. syn., cap. xxv et seq.; Op. I, 181, 198, 605, éd. Maur.; Basil., Ep. i.xx (Migne, t. XXXII, p. 433); Hagemann, p. 532 et suiv.; Felic. I ep.; Constant, p. 298; Mansi, I, 1114 ; Hagemann, p. 480. Les deux successeurs de Félix, Eus., VII, 32; Jaffé, p. II, 12.

Le pape Marcellin.

235. Le pape Marcellin fut martyrisé en 304, pendant la persécution dioclétienne. Qu'il ait sacrifié aux idoles, c'est là un mensonge qui fut plus tard inventé par les schismatiques donatistes et reconnu pour tel. La même accusation se retrouve dans un prétendu synode de Sinuesse, imaginé vers la un du cinquième siècle. Il y eut aussi à Rome, au temps de cette persécution dioclétienne, plusieurs apostats, et, sous les successeurs de Marcellin , on vit renaître sur la pénitence les mêmes controverses qui avaient été agitées sous le règne de Calixte et de Corneille. Héraclius, qui avait lui-même apostasie dans les jours de paix, ne voulait pas que les apostats fussent admis à la pénitence ; il y eut de vives discussions. C'est pourquoi Maxence exila Marcel (jusqu'en 308 ou 309), nommé après une longue vacance du Saint-Siège, puis son successeur Eusèbe, qui mourut en Sicile (310 ou 311). Cet empereur paraît n'avoir agi que dans l'intérêt de la paix, car il exila aussi le sectaire Héraclius.

L'élection du prêtre Melchiades (à cette époque on nommait plus souvent des prêtres que des diacres) ou Miltiades (SU- SI 4) tomba dans des temps plus paisibles. Déjà il pouvait envoyer des diacres, munis de lettres de l'empereur et du préfet Prétorio, au préfet de la ville, pour solliciter la restitution des biens de l'Église enlevés pendant la persécution. Le 2 octobre 313, il célébrait un concile avec onze évèques. Melchiades fut le premier des papes qui résidèrent à Latran

a,)! HISTOIRE HE L EGLISE.

et le dernier qu'on inhuma dans les catacombes. La Rome chrétienne minait som'dement la Rome païenne, prenait librement sa place au soleil et bâtissait de splendides basiliques. Elle reçut dans Sylvestre I" un chef qui a été glorifié à la fois par l'histoire et par la légende ; rien ne lui manquait pour présider aux temps nouveaux qui allaient s'ouvrir.

ADDITION DU TRADUCTEUR

Le pape Marcellin.

La fable relative au pape Marcellin, comme celle du concile de Sinuesse, avec laquelle eUe se trouve consignée, a été admise comme un fait historique pendant près de mille ans, et les théologiens aussi bien que les jurisconsultes l'ont souvent rappelée dans leurs théories et leurs discussions; on peut la résumer ainsi :

Au début de la persécution de Dioclétien, le pontife du Capitole représenta au pape Marcellin qu'il pouvait sans scrupules offrir de l'encens aux divinités païennes, puisque les sages de l'Orient en avaient offert à Jésus-Christ. Ils convinrent de faire décider la question par Dioclétien, qui se trouvait alors en Perse. Celui-ci, comme on pouvait s'y attendre, ordonna de sacrifier aux dieux. Marcellin fut donc conduit dans le temple de Vesta, et là, en présence d'une grande multitude de chrétiens, il sacrifia à Hercule, à Jupiter et à Saturne. A cette nouvelle, tx'ois cents évêques quittèrent leurs diocèses et se réunirent en concile dans une grotte située près de Sinuesse; mais comme il n'y avait place que pour cinquante, ils s'assemblèrent dans la ville même. Trente prêtres se joignirent à eux. Dans ce concile, quelques prêtres et diacres furent déposés uniquement pour être partis quand ils avaient vu le pape entrer dans le temple païen. Quant au pape même, les trois cents évêques déclarèrent d'une seule voix qu'en sa qualité de chef suprême de l'Église, il ne pouvait être jugé par personne que par luimême.

Marcellin essaie d'abord de justifier sa conduite, mais se voyant accusé par soixante-douze, il se reconnaît coupable, et le 23 août de l'an 303, il se déclare lui-même déposé. Les évêques restèrent ensuite en repos.

Contre la prétendue chute de Marcellin, Aug., De un. bapt. c. Petil., cap. XVI ; C. lit. Petil., K, 282: Theod., Hist. eccl., I, 2. Sur le concile apocryphe de Sinuesse, souvent cité dans la suite, notamment par Gerbert (Neander, K.-G.,1I, 202), Gerhoch de Reichersperg (De inveslig., Antichr., I, 64, p. 130); Jean de Salisbury (Polycr., VII, 19, p. 683): Gerson (Schwab, Gerson,p.233),et même par le pape Nicolas T"", Ep. ad

CONSTITLTIOX, CULTE ET VIL RELIGIEUSE. OOO

Mich. Imp., dans le passage cite par Gratien, cap. vu, d. 21, et souvent discuté, voyez Baron., Pag., an. 302, 304; Natal. Alex., Ssec. III, diss. xx; Papehroch, Acta sanct. Propyl., maii t. VIII; Honorât, a S. Maria (A 7), t. I; Héfelé, Conciles, t. I, p. H8; Dœllinger, Papstfabeln, p. 48 et s. Cette fable parait avoir sa source dans une calomnie des donatistes (II, § 32). Al. Galimberti, Apologia pro Marcellino R. P., Roma, 1876. Sur ce qui se passa sous Marcel et Eusèbe, deux inscriptions du pape Damase : «Veridicusrectorlapsis quiacrimina flere,» et « Heraclius vetuit, » etc.; Kraus, op. cit., p. 167, 171. Cf. Tillemont, Mémoires, t. V, p. 100; Acta sanct., t. III; Aug., p. 166. Sur Melchiades, Aug., Brev. collât., d. ill et ad Donat. post. collât. Op., éd. Par., 1842, t. XXXIII, p. 70 et seq., 79-84, 109, 151 ; Optât, De schism. Don., p. 23, éd. Antw., 1702; Const., Ep. ad JEiaî.; Mansi, II, 46ü; Euseb., X, 5, Légendes sur le pape Sylvestre, Dœllinger, Papstfabeln, p. 32 et suiv.; Décret. Gelas., 493 ou 496 (Tbiel., Ep. Rom. Pont., p. 460) : « Item actus B. Sylvestri, ap. Sedis prcesulis, licet ejus, qui conscripsit, nomen ignoretur, a multis tamen in urbe romana catholicis legi cognovimus, et pro antiquo usu multse hoc imitantur Ecclesiœ. » De même Hormisdas, 320 (ibid., p. 933).

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