‹ Histoire de l'égliseChapitre 6 sur 38 · L'ère persane · texte numérisé non relu

L'ère persane

p. L'ère malaléenne,

q. L'ère mahométane.

r. Beaucoup plus générale est la chronologie qui commence à la ciéation du monde (de l'homme); elle est surtout ré-

IDKF. F.T NATI'RE DE l.'flTSTOIRK F.r.rLl^.SIASTIOT'E. ili

pandue chez les Orieutaiix, bieu qu'ils ne s'accordent pas pour l'indication des temps. Les anciens employaient déjà une triple supputation. Selon la première, qui est de Panodore, moine d'Egypte, suivi par Georges Syncelle, Jésus-Christ serait né l'an du monde 5467 ; selon la seconde, adoptée par Georges Syncelle, Nicéphore et Théophane, l'an ooOO-ooOl; selon la troisième, représentée par la chronique pascale d'Alexandrie, il serait né l'an 5508. La dernière, l'ère de Constantinople, commence le 1" septembre 5508 ; elle continua de prédominer dans l'empire grec et ne fut abolie par les Russes que dans le dernier siècle. Les Occidentaux portent ordinairement à 3943 les années écoulées depuis la création du monde jusqu'à Jésus-Christ.

5. Le cycle des indictions comprenait un cercle de quinze ans, incessamment renouvelé ; il tirait son nom du paiement annuel des tributs, et fut introduit à partir de Constantin ou de Constant. On ne comptait que les années de lindiction courante, et non les indictions mêmes. On commençait d'ordinaire à l'an 312 (ou 313, 314, 315) après Jésus-Christ. Il y avait trois sortes d 'indictions :

«. L'indiction constantinopolitaine , qui commençait le 1" septembre. Elle était usitée dans l'empire grec, en Italie (chez les papes, depuis Pelage II jusqu'à Victor III, 584-1087); elle le fut aussi pendant quelque temps en France.

p. L'indiction césarienne ou constantinienne commence le 25 septembre 312. Elle était usitée en Angleterre et en France.

7. L'indiction pontificale ou romaine commença d'abord le 25 décembre, puis généralement le 1"' janvier (3 ans avant Jésus-Christ). Ces deux dernières se rencontrent souvent chez les papes avec la première, à dater de 1088. Entre Urbain 11 et Celestin III, il y a des papes qui suivent tantôt l'une, tantôt l'autre. On place ordinairement la première année de notre ère dans la quatrième indiction. C'est à dater du sixième siècle seulement que la supputation d'après les indictions devient plus rare.

t. L'ère chrétienne ou diouisienne ne fut guère employée que dans les siècles subséquents. Introduite en Italie vers 526 par Denis le Petit, elle se répandit en France à dater

32 HISTOIRE DE I.'ÉftLISE.

du septième siècle et finit peu à peu par l'emporter sur les autres, bien qu'elle retarde de quelques années la naissance de Jésus-Christ. Sur ce point encore, il y avait différentes supputations :

a. Anni Incarnationis vulgares; ils commençaient le 25 décembre (plus tard le 1" janvier) :

p. Anni Incarnationis Pisani ; ils commençaient neuf mois avant la naissance de Jésus-Christ ; ainsi l'an 1000 s'étendait du 25 mars 999 au 24 mars de l'an 1000.

y. Anni Incarnationis Florentini; ils commençaient trois mois après la naissance de Jésus-Christ. Ainsi l'an 1000 allait du 25 mars de l'an 1000 au 24 mars de l'an 1001.

La supputation d'après les années « de la grâce » est encore rarement employée par les papes avant Nicolas II ; de 968 à 1088, il semble quils emploient les années vulgaires; seulement Nicolas II y ajoute çà et là les années florentines. Depuis Urbain II jusqu'à Luce II (1088-1145), les trois sont mélangées. A partir d'Eugène III, les années florentines occupent le premier rang, du moins dans les bulles et les diplômes ; tandis que, jusqu'à Urbain 111, en 1187, les -lettres ordinaires ne portent l'indice d'aucune année. Même après que les rois eurent commencé d'employer la chronologie chrétienne dans leurs documents (Charlemagne le premier), le début de l'année demeura encore longtemps incertain. Plusieurs commençaient l'année à Pâques ; en France, ce fut en 1565 seulement qu'un ordre royal prescrivit de commencer l'année civile le 1" janvier ; la Sorbonne et le parlement ne s'y conformèrent que plus tard. Cet usage ne devint général qu'au sixième siècle. On désignait ordinairement l'année chrétienne par ces mots : l'an du Seigneur, l'an de grâce, l'année de la naissance ou de l'incarnation de Jésus-Christ.

u. Une autre ère conforme à celle-là et usitée au douzième siècle, c'était l'ère secundum certiorem Evangelii probationern; elle précède l'ère ordinaire d'environ vingt-trois ans;

V. Puis lère d'après les années de la Passion du Sauveur, 33, 34 ou 32 ans après sa naissance ;

X. Et enfin la computation d'après les « années du recensement, » qui commencent trente -neuf ans après Jésus- Christ.

IDÉE ET NATURE DE l'hISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE. 33

y. L'ère d'Antioche anticipe de quarante-huit ans sur notre ère chirétienne. Elle commence le l""" septembre de l'an 49 avant Jésus-Christ.

Il en est de même de la supputation et de la dénomination des mois ; elles diffèrent sensiblement chez les Romains, les Grecs, les Hébreux et les Égyptiens. Souvent, presque toujours, dans les bulles des papes, les jours étaient indiqués d'après le calendrier romain (calendœ, nome, Idus), et depuis Grégoire I" et le roi Childebert, d'après notre calendrier et le calendrier romain. Souvent aussi les auteurs ecclésiastiques et les chroniqueurs se contentent d'indiquer les fêtes de TËglise, mobiles et immobiles. Unie voit, la connaissance du calendrier ecclésiastique est également indispensable à un historien de l'Église.

a. Jules Africain (ci-dessous § 18) pense qu'il s'est écoulé 1,020 années depuis la sortie des Israélites d'Egypte jusqu'à la première olympiade, et il place la mort de Jésus-Chinst circa Olymp, ccii, 4; de même le Ckronicon paschale (§ 19).

b. Le Chronkon met la construction de Rome à l'olympiade vu, 4, la dixième année du roi Achaz; Caton le Censeur, à l'olympiade vu, \; ïérence Varron, à l'olympiade vi, 3.

c. Onuphre, Sigonius, Noris, Pagi, Borghesi, Rossi ont fait des travaux méritoires pour établir les fastes consulaires, Voy. Clinton, Fasti romani, Oxon., 1843 et seq.; Zumpt, Annal, vet. regnor., Berol., 1819 ; Rossi, Inscript, urbis Rom., t. 1, prcef., p. xi et seq., liy et seq. Sur les papes, voy. Riganti, Comm. in regul. Cancell. apost., xvii, n' 35, t. Il, p. 229.

Avant la promulgation des nouveaux consuls, ou quand il n'y en avait point, on employait la formule post consulatum.

d. Sulpice-Sévère {Chron., ii, 27) indique pour l'année de la naissance de Jésus-Christ la trente-troisième année du règne d'Hérode (avec les consuls). Plusieurs chronologistes chrétiens comptent d'après les années des empereurs. Les papes, depuis Vigile jusqu'à Adrien P»' (Ö30-772), supputent d'après les années des empereurs grecs ; voyez Blanchi, Délia potestà e polizia délia Chiesa, t. I, lib. II, § 16, p. 408 et suiv., et depuis Léon III jusqu'à Clément II (802-1047), d'après celles des emperem's d'Occident, avec des interruptions. A partir d'Adiien I^"" (781), ils adoptent les années de leur propre règne; ces années, Léon III les joignit à celles de Charlemagne jusqu'en 800. Pendant la vacance de l'empire, les papes n'inscrivaient dans leurs actes que les années de leur pontificat; sans cela, ils les joignaient presque toujours aux années

Mi msTOiRE DE l'Église.

des empereurs. Depuis 1049, à l'exception de l'an IIH, où ne se trouvent que les années de l'empereur, ils citent seulement les années de leur pontificat. JafTé, Regesta rom.pont., Berol., 1851, prsef.

e. Censorin., De die natali, cap. xx; Pline, Histoire naturelle, xvm, 2o; Macrobe, Saturn., i, 14; Daude, Tract, chronolog. in hist. univ., Wirceb., 1748, p. 4 et seq.

f. Hagenb.,ap. Orelli, Inscripf., ii, ili; Atti délia po7itificia accademia di archeoh, ix, 274 et seq. (Cardinali), Isid., Etymol., \, 36 ; Graf Baudissin, Eulogius und Alv., Leipzig, 1872, p. 208 et suiv.

Un concile de Tarragone, en H81, décida qu'à l'avenir tous les documents porteraient la date des années du Seigneur. Héfelé, Conciles, V, 641 . — On trouve l'année de l'ère espagnole en ajoutant 38 ans aux années de notre ère (716 Ü. C. Appio Claudio Pulchro et Norbano Flacco Coss.).

g. Henzen, Imcript. lat., m, 30 ; De Rossi, lac. cit., t. I, p. v, vi, sur l'inscription sitifensienne de 452, expliquée par Victor de Buck.

h. L'ère des Séleucides est employée dans les deux livres des Macchabées, mais de diverses manières; au 11*= livre, les années commencent sept mois plus tard que dans le I'''. Voyez les preuves dans Patrizi, De' consensu utriusque libri Macchabœorum, Rome, 1836, p. i; Prodrom., c. i.

i. De Rossi, loc. cit., p. iv et seq., soutient, contre Ideler (i, 433 et suiv.), que l'ère dioclétienne n'a pas pour auteurs des chrétiens, et que c'est depuis le septième siècle seulement qu'elle a été appelée « ère des martyrs. » Letronne, Mémoires de l'acad. des inscriptions, x, 214; Chron. Syr., ap. Wdi, Nov. Bibl. Pair., vi, 1-146. Au huitième siècle, elle se nommait encore ère dioclétienne, comme le prouve une pierre qui date de 707 [Corp. inscr. grœc, IV, n. 9134); c'est après 640 seulement qu'on la rencontrerait sur les monuments funèbres des chrétiens.

k. Samuel Aniens., Chron., Migne, P. gr., XIV, p. 683 et seq.; Fréret, Mémoires de l'Académie des inscriptions, xix, 83 et suiv.

/. Ideler, i, 471 et suiv., cite pour exemple des conciles d'Orient, comme celui de Tyr, septembre 318 (aer. Tyr. 543).

m. Ideler, Chronol. der Chaldœer, dans ses Untersuchungen über die astronomischen Beobachtungen der Alten, p. 143-174.

n. Euseb. et Idacius, in Chron.

o-q. Les Perses commençaient leur chronologie au roi Isdegerd HI, le dernier des Sassanides, qui monta sur le trône le 16 juin 632 après Jésus-Christ. Cette ère, jusqti'en 1075, avait des années de 363 jours. A partir de là, le sultan Dschelaleddin Malecschah, sous les Turcs seldjoucides, introduisit Tannée julienne avec six jours bissextiles à la lin de l'année.

Les mahométans commencèrent leur chronologie (hégire, hedschra) le jour où leur prophète s'enfuit de La Mecque à Médine, le 16 juillet 622, et ils comptèrent des années lunaires de 334 jours en moyenne.

Veut-on convertir les années de l'ère chrétienne en années de l'Iié-

IDÉE ET NATIRF. DE l'hISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE. 3f)

gire, on ôte 62i au chiflFre des années de cette ère, divise le reste par 32 et ajoute le quotient au reste.

r. Déjà Jules Africain (Routh, Reliq. sacr., ii, 193), et Hippolyte {In Daniel, n° 4, éd. Rome, 1772) plaçaient l'année de la création du monde à l'an 3,500 avant Jésus-Christ; Théophile d'Antioche et Clément d'Alexandrie la mettaient avant; Flavius Josephe et Eusèhe, après ce terme. La différence des chiffres dans le texte hébreu et dans le texte grec de l'Ancien Testament a sensiblement accru les difficultés chronologiques, ainsi qu'on le reconnaissait déjà autrefois. Ord. Vitalis iHist. eccL, i, i) remarque que, d'après l'hébreu, 3,9o2 années se seraient écoulées depuis le commencement du monde jusqu'à la naissance de Jésus-Christ, et 3,134 d'après Isidore de Séville et autres savants.

En Orient, ce fut l'ère de Constanlinople qui prévalut; loin d'avoir été abolie par les Grecs en 692 (Alzog), elle est au contraire constamment employée par le concile in Trullo, et dans la suite par Photius, de même que dans les documents des empereurs et des patriarches.

Voyez, sur la différence du calcul, Petav., De doctr. temp., vin, 1, ix,2 ; Goar., In Theophan. Chronograph., t. II, p. 298, éd. Bonn.

s. Fahret, Not. ad Theod. Balsam. Collect, constit. ceci., lib. I, tit. ii, I. V (Voell. et Justell, Bibl. jur. can. vet., II, p. 1381); indictiones sunt annonx velpensiones anniversarise, èTtix),aff[iot ; Glossse : èutxXàaat, indicere. Cf. Aug., in Ps. XLix : « Inde cœperunt anni per indictiones numerari, quas vocant èniveiAriaretç, ut scribit Cujaccius ad tit. de indict. »

La disposition du canon prescrivant ce qu'il fallait fournir en argent et en nature s'appelait imvz\Ly)iyi(i, mais les Grecs préféraient le latin IvoixTtwv. Pagi croit que le nombre des années était de 15, à cause des « solennités quinquennales, décennales et vicennales » des empereurs, dans lesquelles les tributs étaient soumis à un nouveau règlement et souvent abaissés.

Quelques-uns croient [Chronic. Pasch., p. 187) que les indictions ont été introduites par Jules César, d'autres par Auguste (Photius, Amphil., q. cxxxiv, c. I, éd. Paris., Cod. Coislin., 177, ap. Montfaucon, Bibl. Coislin, p. 610, où ce nom est expliqué par àpxri çôpou). D'après saint Ambroise {De Noe et arca : « quia etsi a sept, mense annus videatur incipere, sicutindictionum prsesentium usus ostendit«), il semble cependant qu'on les employait au quatrième siècle comme quelque chose qui n'était pas très-ancien. Dans le Cod. Theod., elles se trouvent sous Constance. Voyez encore Petav., loc. cit., xi, 41 ; Noris, Ep. cons., p. 466 et seq.; TiWevtioni, Histoire des empereurs, Constantin, an. 30; Morcelli, Kalend. Cpl., 1; Savigny, Serm. Schriften, II, 130 et suiv.; Mommsen, Abhdlgn. des hist.-phil. Cl. der k. sœchs. Ges. der Wissensch., I, 378 et suiv.

Sur les indictions chez les papes, voy. Jaffé, loc. cit. Voici la règle qu'on emploie pour trouver les indictions : « Si tribus adjunctis Doraini

Mi HISTOIRE DE l/ÉGLISE.

diviseris annos ter tibi per quinos, indictio certa patebit, » par exemple : 750 -f- 3 : iö, le reste 3 donne Vindiction III.

t. Mabillon, De re diplom.; Pag., Brev. gest. Rom. Pontifie.; Vita Leon. IX, n. 59; Urbani II, n. 67; Rigant., loc. cit., t. U, p. 229, où il est dit fort justement qu'on a tort de soutenir que c'est sous le règne d'Eugène IV seulement que les bulles des papes comptent d'après la naissance de Jésus-Christ [Paulus Ep. Forosempr. Paulin., lib. XIII, 6 : « A paucis ante actis annis pruesidente Eugenio IV, adhortante Blondo Forojuliensi, pontificii coUegii a secretis notario, in bullis atque rescriptis pontificalibus annorum a Christi incarnatione supputatio scribi primum cœpit»). Ce qui est vrai, c'est qu'à dater de là on indique régulièrement l'année de l'ère chrétienne, souvent omise jusqu'alors. Sur les papes précédents, voy. JafFé, loc. cit.; sur le commencement de l'année à Pâques, pour la France, Du Plessis d'Ai'gentré, Collectio judiciorum, t. Il, p. i, p. 390; Ideler, II, 202 et suiv.

En Espagne, la coutume de commencer l'année à Pâques dura jusqu'en 1575 ; en Angleterre, où depuis le quatorzième siècle on commençait l'année le 25 mars (Annunc), elle fut maintenue, pour les affaires civiles, jusqu'en 1752. A Venise, on commençait l'année le 1^"^ mars. Ce fut Innocent XII qui décida que l'année commencerait le 1^"^ janvier.

u. Cf. Sigebert, Gemblac. Chron., an. 532, 1076; Marian. Scot., au. 532; Paul. Forosempr., x, 2.

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