‹ Histoire de l'égliseChapitre 8 sur 38 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

l'humanité avant Jésus-christ.

Principal ouvrage : Dœllinger, Eeidenthum u. Judenthwn, Regeusb., 1857. Ajoutez : Th. Katerkamp, Gesch. der Religion bis zur Stiftung einer allg. K. Z. Einl. in die K.-G., Munster, 1819; Sepp, Das Heidenth. u. dessen Vorhedeutung für das Christenth., 3 vol., Regensb., 1833; Lücken, Die Traditionen des Menschengeschi., Munster, 1855; Stiefelhagen, Theol. des Heidenth., Regensb., 1858; Mœller, Die Vrgengesch., Frib., 1862; Gcerres, Mythengesch. der asiat. Welt, 2 vol., Heidelb., 1810; Kuhn, Gegens. des Heidenth. u. Christenth. in der sittl. Weltansicht (Tüb. Q.-Schr., 1841, II); Moehler- Garns, Hist. de l'Église, 1, p. 164; B. Picard, Cérémonies et Coutumes relig. de tous les peuples, Amsterd., 1723, 9 vol. in-fol.; F. -H. Saint-Delaunaye, Hist. gén. et part, des religions et du culte de tous les peuples du monde, Paris, 1791, in-4°, t. II; G.-J. Voss, De theologia gentili et physiologia christ, libri IX, Francf,, 1673; S.-J. Baumgarten, Gesch. der Religionspar tein, herausgegeben von J. S. Semler, Halle, 1766, in-4°; E. Meiners, Allg. krit. Gesch. der Religionen, Hanovre, 1806, in-8°, 2 vol.; Benj. Constant, la Religion considérée dans sa source, ses formes et ses développements, Paris, 1824, t. II, en allemand, avec des remarques par Pétri, Berlin, 1824-29, 3 vol.; Kreuzer, Symbolik der Mythologie der alten Vœlker, Leipzig, 1810, 19, 37; Stuhr, Die Rel. -Systeme der heidn. Vœlker, 2 vol., Berlin, 1836 ; Nitzsch, lieber den Religionsbegriff der Alten [Studien und Kritiken, I, p. 527); Eckermanu, Lehrb. der Rel.-Gesch. und Mythologie der vorziiglichsten Vielker des Alterth. Nach der Anordnung K.-O. Müllers, Halle, 1845, 2 vol.; Tholuck, lieber das Wesen und den sittl. Einflutz des Heidenth. (Néander, Denkwûrd., t. I); F. Jakob, Heid. und Christenth. [Verm. Schriften, VI, Leipzig, 1837); Gfroerer, Urgesch. des Menschengeschi., Schaffhouse, 1835, 2 vol.; Fabri, Entstehung des Heidenth. u. Ausgabe der Heidenmission, Bonn, 1859; Fischer, Heidenth. u. Offenbarung, Mayence, 1878.

§ 1"'. Orig-inc et forme du pagfauisme.

1 . Dieu s'est révélé à l'homme dans la création et par la voix de la conscience. Il lui a parlé dans le paradis terrestre et Ta élevé à la vie surnaturelle. Mais le péché a été cause de sa perte; son esprit s'est obscurci, sa volonté affaiblie; déchue de la vie surnaturelle, l'humanité fut abandonnée à ses propres ressources et de plus chargée de la malédiction

du péché, bien qu'une rédemption lui eût été promise dès l'origine. Le fratricide de Gain, le mélange des descendants de Setli avec les descendants de Caïii, l'effrayante catastrophe du déluge attestée par les traditions de tous les peuples, la confusion des langues et la séparation des peuples qui en fut la suite, la corruption profonde de la race de Cham, ce sont là autant de preuves des progrès du mal et de son empire tyrannique. Le paganisme existait par le seul fait que les hommes s'étaient éloignés de Dieu ; à mesure que les anciennes traditions s'évanouirent, il se traduisit par le polythéisme, par les ténèbres croissantes de l'intelligence et par un asservissement de plus en plus complet de l'homme à la nature extérieure.

L^homme dégénéré eu vint au point de tout adorer, hormis le seul vrai Dieu \ et de se donner tout entier à la créature. Or, Dieu est un et simple, tandis que la créature est multiple. L'unité de l'Être suprême fil donc place à la pluralité. L'homme rechercha dans les forces et les phénomènes divers de la nature ,. les choses supérieures et divines , et il les conçut sous des formes qui correspondaient aux conditions des heux et des climats, mais surtout au degré de culture où il était parvenu et à son caractère national. La notion d'un Être suprême, saint et tout-puissant, s'évanouit; le culte de Dieu, devenu purement extérieur, fut destitué de tout motif moral ; la dignité de l'homme lui-même fut méconnue et sacrifiée. Le plus bas degré de la dégradation est le fétichisme, qui se prosterne devant une pierre, devant une masse informe, etc. (litholâtrie, dendrolàtrie).

Plus haut est le culte des éléments, qui fait du ciel, de la terre, du feu, de l'eau, un objet d'adoration. Dans les contrées où les corps célestes, surtout le soleil et la lune, brillent de tout leur éclat, nous rencontrons principalement le culte des astres (astrolàtrie, sabéisme). Quand les impressions du ciel et des astres sont moins sensibles et que la nature déploie sa luxuriante végétation, c'est le culte de la terre (géolàtrie), auquel se rattache le culte des hommes (anthropolâtrie, apothéose). Les forces physiques, la beauté sensible, les actions d'apparat, souvent les plaisirs de la chair, ont été l'objet d'un

' Sag.j, XIII, 1 et suiv ; Rom., i, 23, :25.

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culte divin : et ce culte ne s'est pas arrêté aux hommes vivants, il s'est étendu aux productions des arts, aux figures mythologiques, où l'on cherchait à imiter les plus belles formes humaines fanthropomorphisme)

Les esprits abstraits et méditatifs, partant de cette hypothèse que la personnalité et l'être absolu sont inconciliables, ont donné naissance au panthéisme, au culte de l'univers, de rhumanité et de l'État, A côté de lui s'est élevé le dualisme, qui admet deux êtres fondamentaux, distincts entre eux et opposés l'un à l'autre. La prédominance appartient au matérialisme, qui cherche à satisfaire le besoin instinctif d'honorer Dieu, en divinisant la nature extérieure; puis au fatalisme, qui soumet toutes choses, les dieux eux-mêmes, à un destin aveugle et à une nécessité inéluctable. Ce culte universel, cette idolâtrie aux formes multiples qui dominait dans l'ancien monde, voilà la cause, le commencement et la fin de tous les maux ' .

Sur le déluge, Noël-Alexandre, t. I, Diss. x, a. 4, p. 210; Félix Nève, de l'Origine de la tradition indienne du déluge, Paris, 1849, Tùb. Q.-Schr., 1851, II, p. 332. Puis les ouvrages sur les récentes découvertes en Assyrie et à Babylone de Smith, Oppert, Lenormant, Kaulen, Scholz, etc. Il est controversé si l'idolâtrie avait déjà pénétré dans l'humanité avant le déluge. La conclusion affirmative que cpielques-uns déduisent de Gen., IV, 26, manque de certitude. Phillips, Kirchenrecht, II, § 91 et suiv., 93, p. 3o4. D'autres la font venir de Cham, lils maudit de Noé. Lactant., Biv. institut., lib. n. Sur l'idolâtrie, voy. Athanas., Cont. gent., n. i et seq., n. 9 et seq., Op., I, p. 1 et seq., ed. Maur.; Greg, ^'azianz., Or., xxviii, n. 12 et suiv,;Op., I, 506, 670 et suiv.

Deux vues sur le paganisme.

2. Deux opinions extrêmes se sont fait jour à propos du paganisme. L'une soutient qu'il n'y a dans le paganisme rien qui le rapproche de Dieu, qu'on n'y saurait trouver aucune aspiration vers les choses d'en haut, que tout y est le produit des influences sataniques, parce que l'Écriture affirme que tous les dieux des gentils sont des démons ; que la dépravation des mœurs, les sacrifices, les usages des païens ne proviennent que du démon. L'autre sentiment, au contraire, relève

' Sag., XIV, 27.

(i-i HISTOIRE DE I. ÉGLISE.

le côté idéal du paganisme et le place même au-dessus du judaïsme ; il le considère comme une phase naturelle et nécessaire, comme une préparation au christianisme et l'âge d'or de la pure nature.

Ces deux opinions sont également fausses. Deux choses, en effet, sont à distinguer dans le paganisme : 1° le bien naturel, le bien purement rationnel, qui émane du Verbe divin, et 2° ce qui a été altéré et corrompu par l'erreur. Sans doute, le paganisme était une déplorable aberration de l'humanité, une suite du péché ; Dieu, cependant, dans sa miséricorde, y laissa les énergies et les semences du bien. L'Écriture dit, il est vrai, que les dieux des gentils sont des démons, mais elle ne dit point que tout chez les païens soit démoniaque, et l'Église a condamné cette proposition que toutes les œuvres des gentils sont des péchés. Si plusieurs autem^s ecclésiastiques, Tatien, Tertullien, Lactance, Arnobe, font ressortir le côté odieux et satanique du paganisme, il en est dautres, Justin, Théophile, Clément et Origène d'Alexandrie, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, saint Chrysostome, saint Augustin, qui y trouvent un pressentiment des choses divines, des semences répandues par le Verbe divin, des rayons épars de la vérité, des pensées nobles et élevées, des côtés par où les païens pouvaient se rattacher aux idées chrétiennes, aux vérités que Dieu avait déposées dans le peuple juif, et que les païens auraient utilisées dans une certaine mesure. Ces deux aspects du monde païen sont aisés à reconnaître quand on étudie les religions diverses des peuples anciens.

Mœhler, Patrol., p. 219, 225, 266, 30Ö, 421, 443, 467, 803. Le concile de Trente, sess. vi, can. 7, De justif., Pie V, Const. du l'^'" octobre 1567, Baj., prop. 25, et Alexandre VID, Const. du 7 décembre 1690, prop. 8, ont expressément condamné cette doctrine des protestants et des jansénistes, que toutes les œuvres des païens sont des péchés. Les auteurs suivants croient que des savants du paganisme ont utilisé l'Ancien Testament : Aristobul., ap. Euseb., Prœp. ev., XIU, xn; Joseph., Cont. A^., II, p. 1079; Justin., ApoL, I, c. xliv; II, x; Clem. Alex., Strom., 1, xvi, 26; II, v: VI, v, 8: cf. NalaL Alex., t. III, p. 20 et seq.; diss. x, prop. 2.

l'hUMANITK avant JÉSrS-CHRIST. 60

La Chine.

3. En Chine, d'où le Japon dépendait sous le rapport intellectuel depuis l'an 57 avant Jésus-Christ, il semble que, dès les temps les plus reculés, la doctrine d'un premier être régnait encore à côté de la forme patriarcale des institutions politiques. Cet être était conçu sous la notion d'éternité, de vide infini, d'où sont sortis tous les êtres par le mélange des éléments, pour y retourner ensuite par voie de dissolution. Nul signe, nulle expression ne peut désigner l'être suprême personnel; c'est pourquoi on se sert des deux termes Tien (ciel) et Tao (raison). Ce dernier se développe dans les étoiles, dans la terre et dans l'homme. Tien et Tao forment le contrepied des phénomènes passagers de la terre ; ils sont impérissables, immuables; ils n'apparaissent en qualité de personnes que dans Jao (l'empereur), qui est l'image du ciel. De la dignité suprême de l'empereur (appelé aussi Hoangti), dépend la nature aussi bien que l'histoire. Il est le principe qui meut et dirige toutes choses, sans être réellement dieu.

La philosophie de la nature et les idées morales sont représentées par différents systèmes. Les plus anciennes notions rehgieuses auraient été apportées aux Chinois par Fohi (né vers 3370 avant Jésus-Christ), et dans le sixième siècle avant Jésus-Christ par le philosophe Lao-tsé, qui le premier fit connaître la doctrine de Tao et devint le représentant d'un système spéculatif, mêlé d'éléments étrangers, surtout d'éléments indiens et panthéistes.

Confucius (Cong-fu-tsé, 350-479 avant Jésus-Christ) jouissait d'un immense crédit. Exclusivement tourné vers le côté pratique de la vie, il proclama une morale plus pure et plus élevée, une sorte de morale bureaucratique. Sous un moraliste subséquent, Mencius (Meng-lsé, fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ), des divisions éclatèrent; le boudhisme indien pénétra dans le pays, et le culte des images, jusque-là inconnu, fut adopté. La religion populaire était le polythéisme, farci de cérémonies superstitieuses ; mais les esprits cultivés s'en tenaient à la morale utilitaire de Confucius.

Une grande vénération pour les ancêtres, l'amour des parents rigoureusement obligatoire, la croyance à l'immortauté de l'àme, lattenle d'un futur Rédempteur qui viendrait de I. — H IST. lit l'église. 5

(iß HISTOIRE DE l/ ÉGLISE.

rOccident, la mémoire d'une multitude de traditions anciennes, voilà ce qu'on trouve dans les différentes sectes qui se partagent la Chine.

Windischmann, Gesch. der Philosophie im Fortgang der Weltgesh., 1, livrais, i; H.-J. Schmitt, Uroffenbarung,ha.üdsh., 1834; Gfrcerer, op. cit., -I, 211 et suiv. Les Grecs et autres peuples donnent ordinairement le nom de Jao au tétragraramaton des Hébreux. Macrobe, Saturn., I, 18, cite un oracle d'Apollon : çpcxî;£o twv TtàvTwv ÜTiatov ôsôv £(a[X£v 'I«w. D'après Porphyre, Sanchionathon donnerait à Dieu le nom de Jao. Cf. Diod. Sic, Bibl. h., l, ii, c. 59; Zeitchr. f. hist. Theol., 1875, I, p. 309.

L'Inde.

4. L'Inde possédait une civilisation et une littérature fort anciennes. Sa langue sacrée, le sanscrit, aujourd'hui éteinte, était très-flexihle et se prêtait aux idées les plus abstraites. Les livres sacrés (les Yédas, en quatre parties), les lois de Manu et une multitude d'œuvres poétiques témoignent d'une richesse d'idées qu'on ne trouve point chez les autres peuples de l'antiquité. On a beaucoup disserté sur la question de savoir lesquelles de ces deux grandes rehgions, le brahmanisme ou le boudhisme, était la plus ancienne. La priorité est généralement attribuée à la première. La plus ancienne religion des Indiens était le culte de la nature, surtout des animaux. Dans les Yédas, nous trouvons trois divinités principales : Indra, le dieu de la région aérienne, de la pluie et du tonnerre; Varuna, le dieu du firmament extérieur, et Agni, le dieu du feu, tous les trois nantis de femmes, qui sont Indrani, Yarunani et Agnani.

Au second degré figurent les dieux de la lumière, présidés par le dieu-soleil, dont les noms différents expriment ses œuvres et ses attributs. Les vents, qui sont du domaine de l'air et placés sous le dieu Indra, apparaissent aussi comme des divinités ; Rudra (le destructeur, qu'on retrouve plus tard dans le brahmanisme) est le dieu des tempêtes.

Cette rehgion natm'elle donna heu dans les Indes à une philosophie de la nature, à laquelle se mêlèrent plus tard divers éléments empruntés à d'autres systèmes religieux de l'Orient. L'opposition entre l'infini et le fini, le désir de la voir cesser, puis la doctrine de la migration des âmes sont ici très-

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vivement accentués. L'être suprême, Brahm ou Brahma, était conçu comme informe et impersonnel, puis comme une personne sous le nom dé Parabrahma, premier principe de toutes perfections. Le trait dominant du brahmanisme, c'est lémanation panthéiste, destinée à combler l'abîme qui sépare le fini de l'infini. De la substance infinie de Brahm émane une série d'êtres qui s'échelonnent dans un nombre infini de degrés.- Les premières émanations sont encore des divinités, mais les suivantes ne sont plus que des hommes, des animaux, des plantes, de plus en plus bornées et imparfaites. La matière est pour les êtres des degrés inférieurs une prison qu'ils ont mérité en apostasiant Brahma, dont l'esprit a vivifié et produit (non engendré) toutes choses. Les êtres subalternes retournent à l'être primitif par la métempsycose, qui purifie l'àme de ses souillures et la rapproche de la substance divine.

Les brahmanes, qui aspirent à être dégagés de la matière, se retirent du monde, vivent dans la contemplation et dans un ascétisme rigoureux, se soumettent aux plus affreuses tortures, s'abstiennent des aliments chauds, de la viande et du mariage. Ils voient dans l'intérieur de l'homme une lutte perpétuelle. Le Parabrahma vivant est à leurs yeux la juste et sainte Providence ; en lui se forme une sorte de trinité (Trimurti) composée de Brahma, Yischnou et Schiva (créatem*, conservateur, destructeur); chacun d'eux a conscience de sa personnalité et est pourvu d'un élément féminin. De même que Paraschatti (la mère primitive) est l'épouse de Parabrahma, Saraswadi (la sage) est l'épouse de Brahma, Rakschim (la féconde; celle Wischnou, Paravadi (la puissante) celle de Schiva. Wischnou, le libérateur, est soumis à neuf ou dix incarnations (avatars); de l'animal il passe dans l'homme en qualité de Sakya Mouni(plus tard identifié avec Brahma). Dans ces incarnations successives, l'élément divin se ravale profondément dans le monde fini ; des désirs impurs régnent dans les générations des dieux, et rien ne subsiste plus de la différence qui sépare le bien du mal ; c'en est fait du libre arbitre des créatures, comme de la gravité morale qui fait le propre des dieux. La séparation en quatre castes est rigoureusement maintenue par les brahmanes.

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Lassen, Ind. Alterth., Bonn, 1843; Paul Wurm, Geisch. der indischen Relig. im Umritz dargestelt, Bàle, 1874. Sur les brahmiues (brahmanes), Hippol., Philosophum, lib. I, p. 28-30, éd. Miller; Clem. Alex., Strom., I, 15, m, 7, p. 130, 132, 193; Isid., Phil., auctore Damascio, ap. Phot., in Bibl. cod. 242, p. 340.

5. Quatre ou cinq siècles avant Jésus- Christ parut le boudhisme. qui adoptait la même cosmologie que le brahmanisme , tout en développant un système diamétralement opposé. Il nie que l'Être primitif divin soit la cause du monde, lequel, selon lui, n'a pas eu de commencement, et il croit que la destruction de toute misère humaine est le but qui doit être atteint par l'anéantissement aussi complet que possible du monde et de soi-même. L'existence et la douleur étant inséparables, il faut empêcher le renouvellement de l'être et prévenir la douleur en étouffant la passion qui tend à une reproduction incessante.

Cette doctrine, en rompant les barrières qui séparaient les différentes castes, en mettant au premier rang la morale et l'ascétisme, sans introduire une théodicée particulière , en se présentant non comme une religion opposée au brahmaïsme, mais plutôt comme une école philosophique, devait gagner de nombreux adhérents et se répandre longtemps sans rencontrer d'obstacle.

On considère comme l'auteur de cette doctrine Gautama, fils d'un roi, contemporain de Selon et de Pythagore, de Cyrus et de Confucius. Renonçant au trône, ü aurait passé six ans dans la solitude, se mortifiant et méditant selon la méthodes des brahmines pour obtenir la faveur d'un ravissement. Initié sous un figuier à la connaissance suprême et absolue (Bodhi), il enseigna dès lors publiquement sa doctrine. Peu de temps après sa mort (543 avant J.-C), U devint l'objet d'un mythe.

Selon lui, le bien suprême consiste à s'affranchir des misères de l'existence, à s'anéantu* (Nirvana). Le moyen d'y parvenir est de se détacher de tous les objets, de toutes les affections terrestres, d'être à leur égard dans une indifférence et une apathie complète. Tant qu'on n'y est pas ai'rivé, les transformations et les émigrations se continuent.

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