‹ Histoire de l'église latine de ConstantinopleChapitre 10 sur 21 · JUSTITIA ET PAX ET GAUDIUM IN SPIRITU SANCTO · texte numérisé non relu

JUSTITIA ET PAX ET GAUDIUM IN SPIRITU SANCTO

La bénédiction de l'église restaurée a été faite par Mgr Brunoni, le dimanche 31 décembre 1865. Aux jours de solennité» on arbore le pavillon français à droite du fronton; et le drapeau pontifical à gauche (1).

Devant l'église, et donnant sur la grande rue de Pancaldi, Mgr Hillereau avait fait construire aussi un grand corps de logis dont il fit, pendant un certain temps, la résidence archiépiscopale, et qu'il destinait à un séminaire diocésain.

La paroisse du Saint-Esprit est desservie par le clergé séculier diocésain ; elle a une école gratuite de quarante jeunes enfants (2) •

La procession de la fête- Dieu, qui sort à l'extérieur, se fait à cinq heures, le dimanche dans l'octave.

(1) Voyez au chap. II, g Saint-Pierre,

(â) Vers la fin de 1870, les écoles des Frères, à Péra, ayant été détruites par le précédent incendie, Mgr Plu^rni aflecta à cet usa^^e certaines constructions sises derrière réalise du Saint-Esprit, et appartenant au vicariat apostolique, avec les annexes qui y ont été ajoutées, sous la direction de M. l'abbé Giorgiovich; TédiUce contient maintenant deux écoles gratuites. Tune pour les garçons, diriKée par les Frères, l'autre pour les filles, confiée aux daines de Siou. Au-dessus de la porte d'entrée on lit : « JuventiUi utriusque sexustnreligione ac liUeris instituendœ . Anno 1871. »

Saint-Jean Curysostome (1) (chapelle archiépiscopale).

Cette église, sise dans la grande rue de Péra, à gauche, en allant vers le Taqcim, presque en face de la rue Ha va, fut construite 13ar Mgr Hillereau, qui en fit l'inauguration en 1854. Sa Grandeur avait désiré l'ériger en paroisse; mais certaines oppositions ayant été produites à la Propagande, contre Texécution de ce projet, l'archevêque fut invité à Pajourner. Le vaisseau de l'édifice se composait de trois nefs, dont une, celle de gauche, tronquée; il avait plusieurs tribunes. Cette église qui, d'ailleurs, n'était portée qu'à la moitié de sa longueur projetée, ne donnait pas sur la rue, comme cela est d'usage en Orient, elle était précédée d'un corps de logis contenant la résidence de l'archevêque, le secrétariat, la chancellerie.

C'est là que Mgr Hillereau rendit son âme à Dieu ; et c'est dans cette église que ses obsèques furent célébrées. M. le chargé d'affaires de France y assistait avec une partie du personnel de l'ambassade; la dernière absoute a été donnée par Mgr Trioche, archevêque de Babylone, de passage à Constantinople.

L'église Saint-Jean Chrysostôme a été détruite parle feu, dans l'incendie du 5 juin 1870; la toiture s'est effondrée sur le sol; les quatre murs seuls sont restés debout; la résidence archiépiscopale a entièrement disparu; elle contenait une bibliothèque ecclésiastique importante, dont on a à regretter la perte. Au moment où le feu se déclarait à l'une des extrémités de Péra et s'avançait avec une rapidité effrayante, le vicaire apostolique, Mgr Pluym, officiait à l'église du Saint-Esprit, dont c'était la fête patronale (le jour de la Pentecôte); informés du danger que courait l'archevêché, M. Tabbé Testa, vicaire général, Don Antonio Giorgiovich et le frère passioniste attaché à la personne de Monseigneur, se portèrent en hâte sur le lieu du danger; parleur zèle et leur courage,ils parvinrent à sauver des flammes les saintes Espèces, une grande partie des ornements sacerdotaux et pontificaux, ainsi que les objets les plus précieux servant au culte (2).

(!) S. Jean Clirysoslôme fut élu patriapcliti de Constantinople en 397. Voyez sur cet illustre docleur, Montalembert, /es Moitiés d'Occident^ I, lil et suiv.

(2) Selon le rapport lu par le président du conseil municipal de Péra^dans la sé«Dce du jeudi 10 novembre i870,rincendie du 5 juin aurait détruit le quart de lacirconscripiiou municipale, consumé 3000 maisons, et laissé âO,000 âmes sans pato ni asile

Saint-Jean Chrysostôme, résidence du vicaire apostolique, éU*^,desservi par les prêtres séculiers du diocèse, au nombre de six et de huit prêtres en tout, répartis entre cette église et celle du Saint-Esprit. Saint-Jean Chrysostôme n'avait pas d'école gratuite; mais le vicariat contribuait, de différentes façons, à l'instruction d'un certain nombre d'enfants pauvres, tant chez les frères de la Doctrine chrétienne que chez les sœurs.

Saint-Louis (chapelle; paroisse de l'ambassade de France).

Capucins.

Cet édifice religieux fut le premier qui ait été placé, à Constantinople,sous l'invocation du saint roi, dont le nom^en d'autres temps, eut un si grand retentissement dans les contrées de l'Orient, et que les historiens orientaux désignent eux-mêmes par le titre de Melik elafrendj a le Roi des Francs, » el Francis a le ^^^'•'^ '^^^ ou même Rè dé Frans a le Roi de France (1). » ;ie du diocèse de Paris (prose des vêpres de la férié) .ans une éloquente brièveté, les hauts faits de l'illustre chrétien (2) :

.it monarque ! la gloire de Dieu t'appelle à de nouveaux .ts ! Tu vas porter la guerre aux infidèles, sous l'étendard ;sus-Christ; la Croix est le gouvernail de tes vaisseaux, la te espérance en est l'ancre inébranlable ; «En mourant, tu triomphes; la mort t'enlève, mais en même temps t*assure la victoire; avant même la sépulture, ton corps est couvert de lauriers!... Mais le ciel te réserve un triomphe bien plus glorieux : les astres forment ta couronne.

a Tes cendres rendues à la patrie seront pour elle une égide; et pendant que ton àme, au milieu des lis immortels, repose dans le sein de Dieu, tes regards bienveillants ne cesseront de protéger la Gaule! »

L'hôpital de Saint-Benoit parait n'avoir été placé sous le même vocable de Saint-Louis qu'en 1697.

(1) Cr. Hinoriens des croisades; Kitâh lataifulakhhârti\c mon ms.\ A boul (Cda^ éd. de CoDSlantiDOple, 11], p. 189.

(2) « Te saucie rursus Ludovice prxiia, etc. »

IS

- -- Dès ravénement de Louis XIII, M. de Salignac, on Ta vu au paragraphe Saint' Benoit j axait fait célébrer lafête de S.Louis<( avec grand appareil, comme solennelle pour la nation française. »

Le renouvellement du vœu par lequel Louis XIII plaça la France sous la protection de la sainte Vierge (1638) fut-il célébré le 15 août de chaque année dans la chapelle nationale de Saint-Louis (1), comme cela se pratique encore de nos jours dans la mère-patrie, ainsi que l'attestent les deux dernières strophes de la prose de la messe du jour (liturgie du diocèse de Paris)?

Ad Deum ut adeant Per te vota transeant ; Non fas matrem rejici.

Amet tuam Galliam; Régi det justUiam , Plebi pacem supplie! !

Dans son beau et patriotique mandement du 11 août 1870, relatif aux événements militaires qui, déjà, présageaient de plus grands malheurs, Mgr Darboy, archevêque de Paris, a rappelé le vœu de Louis XIII. Aujourd'hui, plus que jamais, renouvelons ce vœu séculaire et national; et disons de cœur: a Notre-Dame de France, n'abandonnez pas vos enfants; secourez-les! intercédez en leur faveur, pour obtenir de Dieu l'oubli de leurs iniquités, et le souvenir seul de ses miséricordes!

« Notre-Dame des Victoires! priez pour la France! !! » LesRR. PP. Capucins (2) acquirent en 1636, à Péra, l'emplacement dit CahonUy agrandi en 1651-52, par d'autres achats, où se trouvent actuellement la chapelle Saint-Louis, le couvent des Pères et des maisons particulières, propriété du couvent; le tout formant un Ilot, enclos et fermé, sis au-dessous de la légation de Hollande, et à droite de la cour d'honneur du palais de l'am-

(1) La procession du vœu de Louis XIII avait lieu soleonellement au consulat de France d'Alep, en 1681, selon le rapport du chevalier d'Arvieux, consigné dans ses Mémoires (VI, 177), lequel reproduit le teite entier de la Déclaration du roi Louis XUI^ par l^uelle il met son royaume sous la protection de la très-sainte Vierge, Avant la procession faite pour cette solennité, le consul d'Arvieux faisait lecture de cette Déclaration à la nation assemblée. Jusqu'à 1830, cette procession, à laquelle la famille royale assistait, se rendait solennellement de Téglise Saint- Germain TAuxerrois de Paris à Téglise métropolitaine.

(2) Selon le Dictionnaire des Ordres religieux (U 619), Tordre des Capucins aurait été établi, en 1525, par Mathieu de Bassi, observantin, auquel la véritable forme de Phabit de S. François aurait été révélée par le saint patriarche.

bassade de France , en venant de la grand'rue de Péra. Ce palais a a été bâti parle roi Henri, quatrième du nom (1). »

En 1673, la chapelle des Capucins fut déclarée « chapelle ministérielle, » et dédiée à S. Louis, le 25 août même année, par Mgr Ridolfi (2).

Dans Vannée 1686, Haramer (3), d*après les bailes vénitiens, cite l'autorisation accordée à M. de Girardin, ambassadeur de France, relativement aux inhumations dans cette église.

Par procès-verbal du 2 décembre 1725, la nation se chargea de rentre tien des enfants trouvés, à la porte de la chapelle Saint -Louis.

En 1736, les Capucins reçurent officiellement de H. de Maupas la direction du collège des « Enfants de langues à Constantinople [k) ; » et leur chapelle fut entretenue aux frais de la nation.

Cette chapelle, qualifiée par Carbognano (5) de « chapelle royale de France, » fut reconstruite en pierres, en 1788, par Mgr Goffredo de la Porte, alors custode de la mission; «l'église était assez vaste; le maitre-autel était en marbre, et on lisait sur la muraille, des deux côtés de l'église, les épitaphes de quatre ambassadeurs de France. Détruite, sinon plus tôt, au moins dans Vincendie de Péra de 1831, les pierres funéraires dont il vient d'être fait mention n'existent plus. Après sa réédification, la chapelle fut bénite le 1" mai 1846, par le préfet d'alors, le R. P. Mauro d'Alconesso, en présence de M. de Bourqueney, ambassadeur, et d'une nombreuse assistance.

Sur la paroi extérieure de l'église, donnant sur la cour d'honneur de l'ambassade, on lit l'inscription suivante :

D. 0. M. SUB iNv. nrvi Ludovici Franclï: régis aiwo Do-

MINI 1846, REGNANTE LUDOVICO PhILIPPOP AD PRiEFULGlDAM PORTAH LEGATO F. A. 6AR0NE DE BOURQUENEY, JEDIFICAVIT P. L* LaURE- CfSQUE, PARISIENSIS.

Sur la façade extérieure, donnant sur la terrasse réservée, on lit, dans le triangle symbolique, léhovah ; et au-dessous : D. 0. M. SUR INV. Divi Ludovici Francise régis anno D. 184-6.

(1) D'Arvieux, Mémoires, IV, 492.

(2) Cf. sur les privilèges du cliapelain, d'Arvieux, IV, 432. ^3) Loc. laud.y XII, 490.

(4) Ces entants étaient au nombre de douze. Cf. procès-Yerl)aux des Délib. nation, des 22 août 1736 et 21 novembre 1742.

(,•5; Loc. îaud.^ p. 63.

Autour de la frise du chœur,court rinscription : Domine salvdm

FAC DOMUS SUB INVOCATIONE DIVI LUDOVICI ANNO MDCCCXLVil

[sic; date de Tachèvement intérieur deVéglise) iEDincATUM.

Deux tribunes, donnant sur le chœur, sont réservées pour l'ambassade : celle du côté de Tévangile pour l'ambassadeur, et celle du côté opposé pour le personnel.

Le maltre-autel , depuis la reconstruction, était en bois; par les soins du R. P. Pierre, préfet actuel, qui, nommé procureur général de l'ordre, en a exercé la charge, puis est revenu, en juin 1870, reprendre ses anciennes fonctions à la grande satisfaction de la colonie latine, cet autel a été remplacé par un bel autel en marbre, au moyen d'un subside accordé à la mission durant l'ambassade de M. Thouvenel.

En outre du maltre-autel, cette église n'a que deux chapelles : celle de la Sainte-Vierge à droite, celle de Saint-Joseph à gauche.

Sous la tribune de droite, près la grand'porte, se trouve la sépulture des Capucins de la province de PariSy anciens desservants, morts de la peste, transférée en cet endroit, en 1864., lors de la translation du cimetière latin des Grands-Champs à Ferikeuï. Cette sépulture est recouverte de l'ancienne pierre funéraire portant cette inscription : séries cappucinorum sub iïoc tumulo

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