T. XIV
église, sollicita seuleaient en leur faveur Fautorisation de fonder un couvent de frères hospitaliers ou hospice (1) » .
Selon certain témoignage, qui, d'ailleurs, n'indique pas la localité, les Trinitaires se seraient établis, à Galata, en 1719; cet établissement n'aurait-il pas eu lieu dans la chapelle Saint- Sébastien, affectée, précédemment, aux Jésuites, dans les conditions rapportées plus haut, au chapitre II? L'usage des Trinitaires de célébrer annuellement, plus tard, à Péra, la fête de S. Sébastien parait donner à cette conjecture quelque apparence de probabilité. Selon une information, concordant, d'ailleurs, avec le rapport de Carbognano (2), les Trinitaires s'établii*ent, en 1722, à Péra, dans le couvent et l'église fondés par Fempereur Charles VI, qui régna de 1711 à 1740.
La paix de Belgrade, conclue sous la médiation de la France, « confirma les privilèges des religieux de l'ordre de la Trinité ou de la Rédemption des captifs, et stipula pour eux la liberté de reconstruire leurs églises (3). »
En qualité ce d'advocatus Ecclesiae Romande » , le comte Ulefeld reçut pour instructions de réclamer la protection et la suzeraineté des Trinitaires et des Franciscains (4) ; et, à Tavénement de l'empereur François l*', Penkler, son ambassadeur, faisant valoir la nécessité d'y construire une tribune pour lui et sa famille, obtint l'autorisation d'agrandir l'église des Trinitaires de Péra (5).
Détruite par le feu en 1762, la Trinité fut rebâtie en pierres ; puis, la sécularisation de l'ordre ayant été prononcée par la cour de Vienne, a l'église et les maisons comprises dans l'enceinte sont présentement affectées, dit Carbognano, à la résidence de l'internonce impérial et de sa nombreuse mission (6) v> .
Le frère de Mgr Fonton, vicaire apostolique, de 1799 à 1816,
acheta, de l'Autriche, le couvent ainsi que l'église des Trini-
' taires, restée fermée depuis le départ de ceux-ci, sous la réserve
de laisser les armes autrichiennes sur la porte d'entrée, ainsi que
la tribune de l'ambassadeur; et de conserver à cette puissance
(1) Voyez Hammer, lonie XI V, p. H.
(i) Loc. laud, p. 66.
(3) Hdramer, loc. laud., XIV, 404.
(4) Id. XV, 17.
(5) Id. XV, 90, 130.
(0) Carboguano, loc. laud,, éd. de 1794, p. 66.
le Jus patronatuSy même en cas d'incendie ou de reconstruction du temple.
NN. SS. Fonton et Corresi ont été inhuràés dans la Trinité, le premier sous la sixième dalle, en dehors du chœur; la pierre funéraire a été brisée dans Tincendie de 1831 ; selon l'usage, les deux barrettes épiscopales avaient été appendues à la voûte du chœur; mais, brûlées dans le même incendie de 1831, elles n'ont pas été replacées. L'inscription funéraire de Mgr Corresi se trouvait dans le chœur, du côté du trône archiépiscopal, ainsi qu'une autre inscription relative à la fondation de l'église ; mais, endommagées par l'incendie de 1831, ces inscriptions ont élé recouvertes d'un récrépissage. Quoique ayant assez souffert du feu, les murailles et la coupole ont pu être conservées, au moyen de réparations d'une certaine importance.
Desservie jusqu'alors par le clergé diocésain, l'église de la Trinité a été cédée aux arméniens catholiques^ vers le mois d'août 1857, durant la gestion intérimaire de Mgr Mussabini, archevêque de Snayrne. Par suite d'un accord, auquel la Sublime Porte aurait tacitement consenti, les armes d'Autriche et la tribune de l'ambassadeur ont été conservées, bien que l'église ait passé^ parle fait, sous la juridiction ottomane.
Les restes des deux vicaires apostoliques, inhumés dans cette église, y ont été laissés.
Enseignement ; Institutions de charité.
Les Mineurs de la Stricte-Observance, les Capucins, lés Conventuels, ont, chacun, une école de vingt à trente élèves; le Saint-Esprit entretient un certain nombre d'enfants chez les Frères ou dans d'autres établissements d'instruction (1).
Frères de la Doctrine chrétienne.
Etablis «d'abord, vers 1841, dans l'enclos de Saint-Benoit, où ils avaient été appelés par les Pères Lazaristes, les Frères de la Doctrine chrétienne montèrent à Péra, en 1852; et, sous la
(1) Cf. cMessus, S Saint-Esprit (paroisse).
direction du frère Albert^ ils ouvrirent une école dans Tune des maisons de l'enclos de Saint-Louis; puis, en 1857, ils fondèrent, dans le haut de la ville, rue Imam, au-dessus d*Aga-djamici, le (c demi-pensionnat de Saint- Joseph. »
En mai 1864, le frère Vauthier, visiteur, a créé, à Qadi- Keuï, un internat qui comptait cent à cent vingt élèves; fermé en mai 1869, à la Pâques orientale, ce bâtiment a été acquis par les mékilarisles de Venise, pour y fonder une école sous leur propre direction.
Les Frères avaient acheté , dans la même localité, sur les conseils de Mgr Brunoni, un terrain sur lequel ils furent autorisés, par firman daté de chaoual 1280, obtenu par l'ambassade de France, à bâtir un collège; mais il ne fut pas alors donné suite à ce projet.
Après la fermeture de leur collège de Qadi-keuï, les Frères, réunissant le personnel de cet établissement â celui du demi-pensionnat de Péra, augmentèrent ce dernier d'un internat.
L'établissement était dirigé par le frère Hugonis, assisté de vingt-huit frères, dont un certain nombre étaient chargés des écoles gratuites de Péra (rue Carnavouh) et de Galata (près Saint- Pierre). La direction spirituelle était confiée au vénérable abbé Maudonnet, ancien curé-doyen de Randan.
L'établissement de la rue Imam, qui comptait cent vingt élèves, a été détruit par le terrible incendie du 5 juin 1870, comme aussi l'école gratuite de Carnavoula, propriété de l'institut, ayant alors cent quatre-vingts élèves. Les Frères ont quitté leur maison, emportant seulement le vêtement qui les couvrait, et M. l'abbé Mandonnet, les saintes Espèces, qu'il se préoccupa, avant tout, de retirer du tabernacle de la chapelle. Les Frères ont reçu, d'abord, une généreuse hospitalité chez les PP. Lazaristes de Saint Benoit; puis, ils se sont retirés dans leur propriété de Qadi Keuï, où bientôt la situation créée par l'incendie du 5 juin 1870 a amené la réalisation du projet primitif; en effet, au bout de peu de mois, et grâce à leur dévouement personnel, les Frères, sous la direction du frère Hugoni*», ont élevé, au milieu de leur terrain de Qadi-Keuï, près Ligori-Tchechmèci, un collège d'une construction simple, mais non dépourvue d'élégance, dominant la mer de Marmara, et pouvant recevoir de cent vingt à cent cinquante élèves. S. G. Mgr le vicaire apostolique a fait, le 5 novembre 1870, la bénédiction du nouvel établissement, placé
SOUS le vocable de Saint-Joseph. Les Frères ont ouvert aussi une nouvelle école gratuite & Péra, rue Bâlyq, qui reçoit présentement quatre-vingts enfants (1).
Pères de la Compagnie de Jésus.
Postérieurement à l'expulsion des Jésuites de la Sicile, dans ces dernières années, les Pères qui, depuis longtemps d'ailleurs, recherchaient les moyens de rentrer à Constantinople, vinrent, finalement, ouvrir, dans cette capitale, le 1*' décembre 1864, un externat de garçons, sous le ti*re de a collegio di Santa Pulcheria» (2). Les Pères sont actuellement tous Italiens; dans les premières années, il leur fut adjoint, successivement, des Jésuites français, savoir, en novembre 1864 : le R. P. dufougerais et le frère Bonnat, devenu ensuite prêtre; en novembre 1866, les RR. PP. Richard et Marsille ; en novembre 1869, les PP. Marsille et Durasse ; ces dertiers ont quitté Constantinople en juillet 1869; ils n'ont pas été remplacés. Quiconque a connu ici ces révérends Pères, sait quel a été leur zèle et leur dévouement; le souvenir de leur passage restera longtemps dans la mémoire des catholiques latins de cette capitale.
Avec l'autorisation de la Propagande, MgrBrunoni a approuvé et confirmé, par décret du 28 mai 1867, l'établissement de la Compagnie à Constantinople, la déclarant canoniquement instituée, accordant aux RR. PP. la faculté de vivre en communauté, d'avoir une maison religieuse avec collège et église, réservant à l'ordinaire la désignation de l'emplacement ultérieur de ce dernier édifice.
Le coUéjje de Sainte- Pulchérie compte présentement cent dix élèves; il est dirigé par seize Pères, dont le supérieur porte le titre de a recteur » • ^
Les Jésuites ont établi, dans leur maison, pour les plus méritants de leurs élèves, la « congregazione ddla Beatissima Vergine e di San Luigi Gonzaga »; cette congrégation a un conseil, présidé
(1) Cf. c:-dessu«, § Saint-Esprit (paroisse).
(2) Sic Putchérie était fille de l'impératrice Eudoxie, célèbre par les persécuUons (lirelle exerça contre S. Jeao Cbrysostôme; c*est à Ste Pulchérie (V.plus liaut chap. I, § Madone de Conxtantinnple) qu'une autre Eu'îoxip, fomme de Th^orloso le Jeune, aunit duinio rima^çe de l:i madone rapportée <le Jérusalem par cette princess'f.
par un préfet, élu semestrielledient par les coiigréganîstes, sfur la propositiou du père directeur.
Us ont également introduit parmi leurs élèves la congrégation instituée par le pape Pie IX, sous l'invocation de « Saint-Jean Berchmans, » ayant pour but de dresser les enfants au service des offices sacrés.
Enfin, ils ont créé, à Péra, sous l'approbation du vicaire apostolique, V association de Notre-Dame des Bons-Livres, formée de dames et de personnes pieuses. Cette association, dirigée par le R. P. Ferrante, a son siège au collège même de Sainte-Pulchérie, où elle possède une bibliothèque de 1,500 volumes environ : le nombre des associés est, présentement, de 175; la rétribution annuelle des membres de l'association est de 60 piastres = 14. à 15 francs environ. Les deux fêtes patronales de l'œuvre : la Présentation de la très-sainte Vierge, et le Patronage de S. Joseph (troisième dimanche après Pâques) , étaient célébrées dans l'église archiépiscopale de Saint-Jean Chrysostôme,
Les jésuites ont encore fondé l'association ce délia Sacra Famiglia, » pour l'exercice de la prière en commun.
L'un d'eux est chargé de l'enseignement religieux au collège national austro-hongrois de Constantinople (1), établi dans les dépendances de l'ambassade.
DahesdeSion (2).
Mgr Hillereau avait eu le projet, on Fa dit plus haut, d'établir un séminaire diocésain dans les bâtiments élevés par lui en avant de l'église du Saint-Esprit, sur la rue; mais, n'ayant pu exécuter son dessein, il dit à M. l'abbé Hillereau, son cousin et son vicaire général, quelques jours avant sa mort, qu'il désirait offrir la location de ce corps de logis aux sœurs de St-Vincent, pour établir, dans ce quartier, le pensionnat créé par elles à Galata, Les sœurs accédèrent à ce désir et louèrent ce local pour la somme annuelle de 7 à 8,000 francs; elles transportèrent auSt-Esprit leur pensionnat, qui comptait alors quatre-vingt-dix élèves, et vingt-huit
(1) Cf. Letlera dei Padri del colleyio di Sla Pulcheria in CoslaniinopoLi al M. R, P. Beckx, générale, Roma, 1807. 32 pages in-8».
[2) Voyez, sur Torigine et le but primitif de la congrégation d^s religieuses de N. D. de Sion, DicU des Ordres religieux^ IV, 990.
autres inscrites pour une admission prochaine. Hais, à la suite d'un voyage à CP. du R. P. Th. Ratisbonne, supérieur de la communauté de Siion, eeiifi'-ei iSôllicHa et obtint du R. P. Etienne, supérieur général de la communauté des Lazaristes, la substitution , dans ce pensionnat , des religieuse^ de Notre-Dame de Sion aux Sœurs de charité; et ces dames arrivèrent ft Gàlatà en octobre 1857. Elles reçurent Thospitalité à Galata, dans la maison de la Providence, dirigée alors par la regrettable mère Lesueur, laquelle s^occupa d'aplanir certaines- difficultés relatives à l'établissement desnouvelles religieuses; et bientôt cellesci, dont la maison-mère est à Paris, rue Notre-Dame des Ghamps, furent mises en possession dit pensionnat du Saint-Esprit.
Grâce à la direction sage et intelligente de la première directrice, puis à celle de mère Rose, qui lui a succédé, le pensionnat, auquel, d'ailleurs, sont attachées quarante-deux religieuses, et qui s'est augmenté, récemment,^une maison annexe, acquise par la communauté, compte aujourd'hui cent cin<)ttaiite élèves, dont vingt sont élevées gratuitement.
Dans les dépendances du pensionnat, madame la supérieure a ouvert c( l'externat-ouvroir de Saint-Joseph, y> où cent cinquante enfants pauvres de la paroisse reçoivent l'instruction primaire, un repas par jour pour laplupart, et des vêtements pour les plus nécessiteux.
Une jolie chapelle a été b&tie, il y a peu d'années, dan» l'intérieur du pensionnat; Varchiconfrérie des Mères chrétiennes^ dont le siège principal se trouve à Paris, dans la maison-mère de Sion, tient ses pieuses réunions dans cette chapelle ; la fête principale de l'archiconfrérie a lieu le 4 septembre, fête de Notre-Dame des Sept-Douleurs. Erigée à Constantinople le 2 février 1852, l'archiconfrérie des Hères chrétiennes compte jusqu'à présent (1870), dans cette capitale, deux cent soixante-six associées.
Les dames de Sion ont formé, en outre, pour leurs élèves^ une sorte de congrégation de travail et de prières qui, sousle nom a d'Enfants de Marie ^ » compte actuellement (1870) cent douze membres.
Ces religieuses ont encore fondé à Cadi-keul une maison d'éducation dirigée par quatorze religieuses, et qui reçoit des internes et des externes (1).
(1) Cet établissement a été transporté dans une partie de Pbabitation archiépi-sco-
Soeurs de Saint-Vincent de Paul .
Les pieuses filles de la charité, dites aussi, dans Forigine, servantes des pauvres (1), comptent, dans Péra et ses environs, quatre établissements classés, comme suit, par rang d'ancienneté : L'hôpital civil et maritime du Taqcim; La maison de Bebek ; L'hôpital de la Paix; L'orphelinat de Tchoqour-Bostan .
Hôpital français^ civil et maritime du Taqcim. — L'origine de l'hôpital que, suivant un ancien document, « on avait transporté auprès des cimetières,» remonte au moins à 1719 ; il fut fondé, à cette époque, sous le titre c< d'hôpital des Français de Péra, » et transformé, en 1724, sous celui c< d'hôpital Saint-Louis, » ou « d'hôpital des Français de la peste, à Péra; » un aumônier était attaché à cet hôpital. L'aumônier du temps rapporte que, sur cinquante malades c< qui y étaient entrés en 1719, il avait vu avec douleur que trois ou quatre d'entre eux seulement avaient échappé au fléau pestilentiel. » L'hôpital, qui se composait, à cette époque, d^une seule chambre, était entretenu sur la caisse nationale de l'échelle de Gonstantinople (2).
En 1720, il est augmenté de quatre chambres; a une place est réservée à l'autel, dans la galerie, non-seulement pour la consolation des malades, mais aussi pour maintenir le droit de dire la messe dans Thôpital, selon les capitulations. » Dans la môme année, un directeur est adjoint aux deux députés-administrateurs.
Dès celte époque, l'aumônier avait la charge de curé, pour l'intérieur de l'hôpital, ce qui a été confirmé par décret de Mgr Mauri du 24 mars 1725.
En 1730, l'hôpital est augmenté par l'achat d'une maison contiguë; mais des réparations assez importantes ayant dû être faites
pale appropriée ^ cet objet, d'ordre de Mgr Pluym, par les soins et sous la direction de M. l'abbé Giorgiovicb, beureux de consacrer ses furces et ses talents aux œuvres pies et à tout ce qui peut contribuer à la ploirp et h Hionnenr de la religion (1S71).
(1) Voyez, sur la fondation, les dévelopj.eihents ta l'histoire do cet iiisiilut, Dicl. des Ordres religieuXy par le P. Helyot, 1, 810.
(i) Délibérai, nat., procès-verbal du 8 avril 17^0.
en 1766, M. de Vergennes, en vue de rétablir l'équilibre dans le budget, propose, le 25 mai 1767, de vendre, pour 3,000 piastres, c(à l'hôpital des catholiques de Péra, dont celui-ci n'était séparé que par un mur, » la maison enclavée dans l'hôpital Saint-Louis; la proposition fut adoptée (1).
En 1828, l'enclos de l'hôpital s'accrut d'un nouveau terrain de 2^1*6 pics, dans la partie longeant l'église arméno-catholique de Saint-Jean Chrysostôme.
Enfin, cet hôpital fut complètement transformé, le 13 octobre 18^0, par la translation, qui y fut faite alors, de l'hôpital français de Saint-Georges, à Galata.
Un relevé offlcielfait, en 1828, du terrain de l'hôpital, constate qu'il se composait à cette époque de trois parcelles, relevant de trois vacoufs dilférents, savoir : l'une de 1,683 pics, la seconde de 2)600 pics et la troisième de 270; soit en tout 4,553 pics; un irâdè impérial ordonna l'inscription régulière de ces immeubles au nom de l'ambassade de France.
Un médecin et un économe, sous la surveillance des députés du commerce, furent attachés à l'établissement; et ces derniers exprimèrent à M. de Bourqueney, ambassadeur, le 27 décembre 1843, le désir de voir la direction de l'hôpital confiée aux sœurs de charité; ce vœu fut réalisé, en 1846, par la signature d'un contrat emphythéotique, passé à Constantinople, le 31 décembre 1846, entre Mme la supérieure générale de la communauté et les députés du commerce, à Constantinople, contrat homologué plus tard par M. le supérieur général et l'ambassadeur de France.
En 1862, sous l'ambassade de H. Thouvenel, le gouvernement français racheta, pour la somme de 84,770 francs, le terrain vendu, en 1767, à « l'hôpital Saint-Jean des Peyrotes, » ainsi que le propre hôpital de ceux-ci; — l'étendue totale de ce terrain est de 1,300 pics environ, dont 500 vacoufs (2); ce qui porte l'étendue totale actuelle de l'emplacement de l'hôpital à 5,853 pics carrés.
Sœur Thérèse de (Merlis), supérieure, munie du consentement
(\) Dans le procès-verbal ries Délib, nation., dat^ du 23 décembre 1767, Tbôpital des Latios est dit : « Hôpital Saint-Jeau des Peyrotes; » et d*aprèsce même document, la contenance du terrain vendu aurait été de 618 pics.
(i) Le titre de propriété de la partie vacouf de ce terrain est du là rebievvel 1279 = 6 septembre 1862.
des députés du como^roe, a fait coustjruire, sur la rue, mp le nouveau terrain acheté en 1862, et durant ïéié et l'hiver de 1865, un corps de bàtiniept ayant magasins dans le bas, avec habitation au-dessus. Après extinction des frais de construction, le prix de location de ces immeubles sera une source de revenu pour Fentretiea de Thàpital.
. Avant la remise aux sœurs de Tadministraiion de Thôpital, le nombre des lits y contenus était de 12; en 1851, il fut porté à 36; en 1865, il était de 70 (1).
Le nombre des malades reçus a été : en 1861, de 542 ; en 1862, de 436; en 1863, de 427; soit, en moyenne, de 428 personnes par an.
Quatorze sœurs de charité desservent Thôpital, qui possède présentement une chapelle modeste, mais convenable.
Les sœurs ont établi, dans l'enclos de ce même hôpital, un externat'Ouvroir de 350 à 400 enfants, dont un bon nombre reçoit un repas par jour et des vêtements.
Elles ont aussi un dispensaire où Ton distribue des médicaments à une soixantaine de malades ou d'inQrmes par jour.
C'est dans cet hôpital qu'a pris naissance, sous l'inspiration de la respectable supérieure, sœur Merlis, V Association laïque des pauvres malades délaissés, rappelant tout à fait les motifs de la fondation de l'institut des filles de la charité par S. Vincent de Paul (2) ; ce due au zèle des jeunes élèves des filles de la charité du même hôpital, cette association a pour but de faire admettre les malades pauvres dans un hôpital et de pourvoir aux frais de leur maladie. La première réunion de cette association a eu lieu le 12 décembre 1852, sous la présidence de feu l'abbé Gamba, alors supérieur de Saint-Benoit. Depuis cette époque, Tassociation, dite aujourd'hui des dames de charité du Taodm^ en faveur des pauvres malades délaissés^ a assisté près de 800 malades; et elle compte quatre-vingt-dix dames associées (3). x>
Le compte-rendu de l'association, poilr 1869, offre les résultats suivants :
Recettes : 15,494 piastres. Dépenses 13,003; malades se-
(1) Eq I87i, juin, il est de même quantité.
(2) Cf. Dictionnaire des Ordres religieux^ par le P. Ilelyot, I, 810.
(3) Rapport sur les associations des dames de charité de Constantinople, par M. Tabbé Salvayre, préfet des lazaristes k Constantinople, 1870, p. 7.
courus : 70 (1); lesquels ont passé 1439 journées dans l'hôpital; décédés, après administration des sacrements : 10; conversipn d^hétérodoxes ; jeuaes filles ramenées à la vertu; jeunes apprentis rendus à la santé et à leurs travaux.
L^hôpital civil a été préservé des flammes de Fincendie du 5 juin 1870, gr&ce aux efforts des équipages des paquebots des Messageries, ainsi qu'au concours énergique de l'autorité locale et de plusieurs membres de la colonie française.
Maison de Bebek. — Cet établissement, qui formait une dépendance naturelle de 'l'ancien collège des Lazaristes, aujourd'hui supprimé dans cette localité, est desservi par cinq sœurs de charité, qui tiennent un externat-ouvroir de 25 élèves et un dispensaire.
Hôpital de Notre-Dame de la Paix y à Feri-Keuï. — Le terrain de cet hôpital fut donné à la France, par sultan Abdul-Medjid, durant la guerre d'Orient, pour construire dans cette localité, en mémoire de cet événement, un hôpital qui recevrait le nom d'^idpital général. Le terrain est d'une surface de 41,700 pics = 16 deunums, 7 pics (2). Sultan AbduUHedjid daigna ajouter aussi à ce premier don, celui d'une ^n^me de 50,000 francs, pour les travaux de construction ; de son côté, le gouvernement français consacra une dizaine de mille francs à l'élévation du mur d'enceinte entourant les sépultures des militaires français inhumés dans cet endroit. L'intendance de l'armée a fourni, lors de l'évacuation, une grande partie du matériel primitif.
L'hôpital est desservi par quatorze sœurs; il comptait, en 1863, trente lits; un hospice de 30 enfants trouvés; un orphelinat de 90 enfants mâles et 50 filles; une crèche de 22 petits enfants.
Dans l'année 1863, et gr&ce à un don remis par S. Â. Ismall pacha, vice-roi d'Egypte, à M. le marquis de Houstier, ambassadeur de France, a en faveur des catholiques latins pauvres, et des établissements de charité dirigés par les sœurs, » la vénérable mère Lesueur a fait construire, dans l'enclos de cet hôpital, un bâtiment affecté spécialement au traitement des aliénés latins. Jusqu'alors, la Latinité n'ayant pas d'établissement de ce genre^
(1) Le nombre des malades assistés avait été de 49 en 1861, de 48 en 1862. Selon le rapport de M. Salvayre, pour Tannée 1870, le nombre des associées était de 116; les recettes se sont élevées à 16,666 piastres, et les dépenses à 16,086 (juin 1871),
(2) Titre de propriété du 9 ramazan 1273 = 3 mai 1857.
devait placer ses aliénés pauvres dans les maisons ad hoc des autres rits. Le nouveau local peut recevoir dix malades (1).
Orphelinat de Tchoqour-Bostan {Péni). — En témoignage de sa haute satisfaction pour le dévouement des sœurs de charité, durant l'épidémie cholérique de 1865, S. M. sultan Abdul-Aziz a bien voulu donner à la France, au moment où M. le marqu's de Moustier, nommé ministre des affaires étrangères, quittait Constantinople, un terrain de 6,850 pics, sis à Tchoqour-Bostan, sur 'a lisière de Péra et deTophana, quartier de Toumtoum, derrière les bâtiments de l'ambassade ans tro- hongroise (2).
La première pierre de l'orphelinat a été posée le 7 août 1867; il a été inauguré le 12 octobre 1869.
Construit avec le généreux concours de S. M. le sultan luimême, du gouvernement français et des membres de la colonie, Torphelinat entretient, élève et instruit, sous la direction de douze sœurs de charité, 160 orphelines; ce chiffre s'est élevé à 200, depuis l'incendie du 5 juin 1870.
Hôpital allemand- catholique.
Fondé en 1869, par la c( Société allemande de bienfakance et de secours, » rue Hammal-bâchi, vis-à-vis le palais d'Angleterre, cet hôpital comptait une vingtaine délits, et était desservi par trois sœurs de charité (deux allemandes^ une française). Il a été détruit par l'incendie de Péra du 5 juin 1870! Les administrateurs, MM. Runzler (Gustave), Krebs (Antonio) et Seffelders, qui s'étaient portés sur le lieu du sinistre, pour sauver les malades, ont péri, ainsi que l'une des sœurs, victimes de leur dévouement! Le feu ayant déjà envahi la chapelle où se trouvait le saintsacrement, la sœur Marie, accourue de Tchoqour-Bostan au secours de ses sœurs en religion, invita la sœur Joséphine Ktlrth, fille de la charité, et la sœur Flora Angélina, ursuline, présentes, à faire, à genoux, leur acte de contrition, et à communier ensuite en viatique! ces saintes filles consommèrent ainsi les saintes espèces; bientôt la sœur Joséphine et les généreux ad-
(1) Cette partie de Thôpital, et cet établissement lui-même ont été l'objet de réparations et d*améliorations notables, exécutées aux frais de sœur Pages, sup'iieure, par les soins de M. l'abbé Giorgiovich (juin 1871).
(S) Le titre de cette donation est du 26 zilqydè li284 (il mars 1868).
ministrateurs étaient enveloppés par les flammes! ... ils trouvèrent bientôt la mort! ! !... Les restes de ces héros de la charité ont été pieusement recueillis, portés à Saint-Benoit, et transportés, après le service funèbre célébré à Sainte-Marie, au cimetière de Feri- Keuï. Quant à la sœur Marie, qui, prenant dans ses bras un enfant qu'elle sauva du feu, put rentrer à l'orphelinat, elle rendait son àme à Dieu cinq jours après, au milieu de souffrances qui ne purent dompter son courage et sa résignation !
Quatre malades, les nommées Fritschelschlager (Ida), Schick et sa fille Anna, et Anna Schneider, ont péri dans les flammes.
La colonie allemande catholique a rétabli son hôpital dans la rue Emin-djami.
Hôpital de Saint- Jean (confrérie de Saint- Jean- Baptiste).
Cet hôpital, le même que celui dit, autrefois, c< des Latins » ou « des Peyrotes, » et qui, aujourd'hui, n'existe plus, par suite de la vente faite à la France en 1862 (1), aurait été créé par la Comwnità di Péra vers 1669(2). Cet hôpital fut alors géré et administré par la confrérie de Saint-Jean-Baptiste, issue de celle de Saint-Anne, probablement à Tépoque où Thôpital San-Giovanni fut transféré de Galata à Péra.
Il reçut une nouvelle organisation en 1762 ; et, à cette date, un sieur Dantan (3) en fut le procureur ou syndic.
En 1767, il s'accrut de la partie de l'hôpital Saint-Louis, dont on fit l'acquisition (4).
Dans le rachat de cet immeuble par la France, en 1862, il est désigné, dans l'acte de transfert, sous le terme Khastalar odacy a les chambres des malades. » En 1793, cet hôpital était dit par la Comimità : « ospedale dei pestiferati, » ou a di San Giovanni, vicino al campo degli morti. » Il est désigné par les documents français du temps : « hôpital des catholiques de Péra ; hôpital Saint- Jean des Peyrotes; d et par Carbognano : « ospedale degli appestati del rito latino. »
(1) Voyez plus baat, § Hôpital civil.
(2) Cf. procès-verbal du i4 mars 1669. {Comunità di Péra,)
(3) La famille Dantan a fourni au drogmanat français du Levant plus d'un siget distingué.
(A) Voyez, plus haut, § HôpitaJ civil. i:^
La confrérie de Saini-J^ean-Baptiste qui, d'ailleurs, n'existait plus que de nom, depuis longtemps, s'est fusionnée, en 1856, avec celle de Sainte-Anne.
Association des dahes de la charité de Péra.
<( Ce fut vers la fin de 1842, sous la direction de M. Leleu, alors préfet apostolique de Saint-Benoit, dont la mémoire est restée en bénédiction à Constantinople, et sous l'inspiration de la vénérable sœur Lesueur^ au cœur si grand et si généreux, que se forma cette association; elle prit tout d'abord le titre mofleste de Petit Bureau de charité. Une première réunion, qui eut lieu le 11 février 184-3, ayant permis de constater le succès promis à l'œuvre, on établit que les réunions des associées seraient dorénavant mensuelles(l),et dans la seconde réunion, tenue le 11 mars suivant, M. Leleu promulgua le règlement de l'association. » Pe Galata, l'association se transporta à Péra, le 25 mars 1852.
D'après le rapport de M. l'abbé Salvayre, auquel les détails précédents sont empruntés, l'association des Dames de charité de Péra comptait, en 1869, cent douze associées; le compterendu de cette même année fournit aussi les détails suivants ; Recettes: 47,719 piastres ; dépenses : 44,820 piastres; familles secourues : 150; visites aux pauvres, faites par les Dames associées et les Sœurs : 3,924; malades assistés : 88; 26 d'entre eux décédés, inunis des sacrements; orphelins secourus : 6; layettes confectionnées par les associées, pour les familles secourues : 138; enfants baptisés : 30; enfants habillés pour la première communion : 15; mariages: 2 (2).
Association de Sainte-Anne et de Saint-Jean-Baptiste.
L'association ou confrérie de Sainte-Anne, issue de l'antique
(1) La première confrérie ou assemblée de charité créée par S. Vincent de Pau se réunissait également une fois chaque mois. {Dict. des Ordres religieux, 1, 811.)
(2) Selon le rapport et les états présentés, pour Tannée 1870, par M. Salvayre, dans la séance générale du 30 avril 1871, présidée par Mgr Franchi, le nombre des associées a été pour cette année de 127; les recettes se sont élevées à 64,293 piastres, et les dépenses à 64,248. Pour mémoire, nous rappellerons ici la conférence de Saiut-Vmcent dePaul, sur laquelle ou peut conférer ci-dessus, ghap. Il, Saint-Beaolt.
Gomunità di Pera^ a subi, selon les temps, différentes phases de prospépité^ de décadence et de renaissance. En dernier lieu, elle se serait éteinte en 1840, pour se reconstituer, sous une nouvelle forme, le 13 décembre 1856, jour de la première réunion de la nouvelle société (1).
L'association de Saint-Jean-Baptiste, chargée, après l'extinction de celle de Sainte-Anne, du soin de Y hôpital des pestiférés de PérUy au Taqcim, avait conservé une ombre d'existence par la perception du loyer de son ancien hôpital, loué aux sœurs de charité. Conservé scrupuleusement, puis accru, dans une proportion considérable, par le prix dé la vente de ce même hôpital, faite à la France en 1862, le montant de cette location finit par former un capital important qui permit à Fancienne société de se reconstituer à nouveau. Elle se compose, actuellement, de deux sections comjitant chacune dix-huit familles, l'une pour Galata, dite plus spécialement de Sainte-Anne, l'autre pour Péra, dite de Saint- Jean-Baptiste. Chaque section est dirigée par un syndic ou président-secrétaire, assisté d'un ôii deux délégués, chargés de la distribution des secours. Au moyen dé ses ressources, Sagement administrées, l'œuvre pourvoit à l'entretien des orphelins du choléra, au Soutien des aliénés, é l'éducation de jeunes filles placées dans les pensionnats religieux, â l'entretièn de malades, dans l'hôpital du Taqcim ; de vîeiliai'ds, dans l'hospice de YArtigiana^ et à l'assistance de pauvres honteux. Elle a acheté à Feri-keuï, non loin du cimetière catholique latin, un terrain où l'on avait projeté de construire lin hôpital; saris renoncer à ce projet, la société a fait élever, sur ce terrain, un certain nombre de maisonnettes bâties en briques, pour y donner asile, provisoirement^ aux victimes de l'incendié du 6 juin 1870.
Association gommërgialb Et ahtisane be pieté.
Fondée le 1" janvier 1838^ par les latins de Péra, à l'instigation zélée et efficace de M. Giacomo Ànderlich, cette association, entièrement séculièrej possède à Pancaldi, vis-à-vis l'École impériale militaire, un hospice composé de quarante-deux petites maisons
(1) V. ci-dessus, chap. H, articles ; Cémunità di Péra^ SainU^Ànnè (chapelle), chapelU Sainte- Anne (Saint- Benoit).
OÙ l'on reçoit les veuves chargées de famille, les vieillards et les infirmes hors d'état de gagner leur vie. L'association, selon les statuts, datés du 10 mars 1844, assiste toutes les infortunes, sans distinction de culte ou de nationalité ; et elle dispose d*un revenu annuel d'environ cent mille piastres. — En outre des cotisations d'admission et de chaque mois, les associés doivent faire la quête aux jours de fête, au moins une fois Tan^ en faveur de l'œuvre, à la porte des églises (1).
Cimetières.
Nous ne croyons pas que ce soit le lieu de revenir ici sur ce que nous avons dit ailleurs (2) des cimetières, ces lieux du suprême repos [kimitirion — dormitorium)y où les chrétiens attendent le jour de la Résurrection, du réveil (expression si bien rendue par le terme arabe elqyiâmè a se mettre debout), » non plus que sur l'histoire en quelque sorte diplomatique de la mort, et les stipulations internationales ayant pour objet d'assurer l'existence et le respect des cimetières, dans certaines contrées de l'Orient (3).
A Byzance, comme dans les autres parties de la chrétienté, les inhumations latines se faisaient autour des églises, dans V atrium, et même dans l'intérieur des temples (4). La délimitation de Galata pour 1303 constate que c< l'église Sainte-Irène servait, autrefois^ de sépulture aux Génois; » et unie lettre du pape Martin V, de 1427, rapporte que les Mineurs avaient un cimetière dans leurs deux églises de (ùonstantinople et de Péra (5).
Le sol, actuellement couvert d'un plancher, de l'église Saint- Paul [arab'djamici)y est encore formé de pierres tombales, antérieures, naturellement, à la transformation de l'église en mosquée (6) ; et cet usage s'est conservé, presque jusqu'à nos jours, dans les diverses églises de Galata et de Péra. Toutefois, il semblerait résulter des fouilles pratiquées durant ces dernières
(1) V. ci-dessus, chap. II» chapelle Sairte-Anne.
(2) Comptes rendus de Vadm, du cimetière catholique latin, exercice 1861-65.
(3) Cf. le même compie rendu, et sur les rites funèbres, notre Compte rendu pour 'exercice 1865-66.
(4) Cf. Fabbé Godard, Cours d'archéologie sacrée^ II, 213; Hornstein, les Sépultures^ Paris, 1868, p. 125 et suiv.; et enfin ies Antiquités chrétiennes de Tabbé Martigny.
(5) Storia universale délie missione francescane, IV, 472.
(6) Voyez Compte rendu 1864-65, p. 27.
années à Péra, qu'il y eut aussi, même à Fépoque génoise^ des inhumations faites en dehors des murs de la ville.
Durant la période ottomane, les inhumations eurent lieu dans Tenclos ou dans Tintérieur même des églises, sauf en temps de peste; et, d'après le texte de deux pierres tombales, l'une de 1561, celle du docteur Quackelbe, médecin de Busbecq, envoyé impérial à Constantinople (1), l'autre de 1585, celle des PP. Jésuites, les inhumations des victimes de la peste étaient faites au cimetière des Grands-Champs, dit de Beolo, Beaulou, Beï-oghlou (Péra}, devenu commun, dans certaines conditions, au moins dès 1615. C'est dans le même cimetière qu*à la suite de la perte de Saint-François de Galata, en 1697, on transporta les restes provenant de l'exhumation de celui de cette église : '< la nation française, dit un document contemporain, fit procéder, à ses frais, à l'exhumation des os des morts qui y estoient, et les fit transporter au semetière de Beaulou (2). »
Comme nous l'avons dit dans noive compte -rendu 1863-1864, la condition des inhumations latines de Péra et Galata peut se classer en trois périodes :
Époque génoise : inhumations dans les églises, hors et non loin des murs.
Époque ottomane : inhumations seulement dans l'enclos ou dans l'intérieur des églises, sauf en temps de peste.
Cimetière des Grands-Champs réservé aux pestiférés au moins dès 1561, devenu commun au moins depuis 1615, dates des pierres tombales les plus anciennes, pour l'une et l'autre période, inscrites sur notre inventaire des sépultures de ce cimetière (3).
L'insuffisance ultérieure de ce cimetière, non moins que des raisons de piété, avaient conduit Mgr Uillereau à s'occuper de la recherche d'un autre emplacement à affecter à la même destination; et, en 1852, le gouvernement ottoman offrit l'échange du terrain des Grands-Champs contre une autre localité de la contenance d'environ 44,000 pics carrés architecte (4), sise hors la
(1) Cf. Btisbequii episiola prima, Hanoviae, 1629, p. 78. Seloa le secrétaire du baile véniiieu à Constantinople, la peste de cette époque aurait emporté, du mois d'août lèMit) au même mois t5til, plus de KO.OOO personnes à Constantinople et k Péra {Relasioni veitete/6-' série, IW^-ÎOH; Négociations de la France dansleLevant^iltOU^.
(i) Registre des Délibérations nationales, procè&-ver|)al du 18 juin 1(597.
(3) Compte rendu 1863-64, p. 27.
(4) Le pic architecte équiTaut à 75 centimètres.
ville, Bur les hauteurs de Feri-keuï. Quoique ces ouvertures et les négociations qui en furent la conséquence, n'aient pas obtenu un résultat définitif immédiat, ce terrain, qui devait être partagé entre les catholiques et les protestants, fut assigné aux inhumations des militaires français décédés dans les hôpitaux de Péra.
A son arrivée à Péra, Mgr Brunoni reprit les projets de son prédécesseur; et, après entente avec les ambassades des puissances catholiques, une commission formée des délégués de chacune d'elles (1) reçut le mandat d'aviser aux moyens de constituer régulièrement le nouveau cimetière de Feri-keuï, lequel fut entièrement attribué aux catholiques, l'ambassade de France ayant obtenu, en faveur de ceux-ci, la concession de la parcelle primitivement destinée aux protestants (2).
Dans sa première séance, tenue à l'archevêché, sous la présidence du vicaire apostolique, le dimanche 20 mai 1859, la commission jeta les bases du programme qu'elle était chargée d'accomplir; et, le 2 avril 1860, un mandement archiépiscopal faisant appel à la piété des fidèles, en faveur de l'œuvre du cimetière, fut lu dans les églises latines de la capitale. Puis, les délégués des ambassades ayant recueilli chacun les offrandes de leurs compatriotes, le total de ces dons s'éleva, au 1" janvier 186i, au chiffre de 363, Sii* piastres, dans lequel le gouvernement français et la colonie française de Constantinople figuraient pour 24-3,320 piastres (3). En dehors de la souscription de leurs colonies respectives, les gouvernements d'Autriche, de Belgique, d'Espagne et d'Italie ont également contribué de leurs dons particuliers en faveur de l'œuvre (4).
Des statuts, mûrement délibérés, furent adoptés le 18 janvier 1861 ; après quoi, un comité permanent, pris dans le sein de la commission générale, fut chargé de Texécution des travaux et de l'administration. Le comité se réunit régulièrement le premier vendredi de chaque mois, sous la présidence de Mgr l'archevêque, statue sur les affaires courantes, et dresse le procès-verbal de chaque séance.
Tout d'abord, le comité a poursuivi la construction du mup
(1) L'auteur du présent travail, délégué par Tambassade de France, fut nommé secrétaire de cette commission.
(2) Les Frais de transfert de ce terrain, dont le titre est du 22 chaban 1282 =i6 janvier 1866, ont été acquiuôs par la France.
(3) Voyez noire Compte rendu 1861-62.
(4) Voyez Comptée rendus 1862, 1864.
— loi —
d'enceinte^ puis celle d'une maison d'habitation pour raum6oieF, aâministrateur*délégué, du secrétariat, et enfin du logement des gardiens.
Le 23 avril 1863, Mgr Brunoni a posé solennellement la première pierre de la chapelle, appuyée au mur ouest d'enceinte ; préalablement, l'ambassade avait obtenu de la Porte un firman, en date de zilqydè 1279, autorisant l'édification de cette chapelle, laquelle se compose d'une rotonde et d'une sorte d'abside pour l'autel, avec tribune de chaque côté; le tout recouvert d'un dôme au-dessus duquel s'élève le signe chrétien de la rédecaption. Cette croix, en marbre blanc, a été taillée dans l'une des pierres commémoratives, placées, d'ordre du gouvernement français, dans chacun des cimetières militaires des environs de la capitale.
Sur l'autel figure un grand tableau de la Vierge de MurillOj donné par le gouvernement français au cimetière. L'image de l'Assomption de la sainte Mère de Dieu semble être ici le symbole de la douce espérance, que les âmes des fidèles reposant dans ce cimetière se seront élevées, à la suite de cette puissante Advocata nostra, et par son intercession, vers la céleste patrie, vers le séjour des bienheureux I
La rotonde mesure, à l'intérieur, 12 pics de diamètre^ et 17 pics 1/2 du sol au sommet intérieur de la coupole.
A droite de la chapelle et y attenant, se trouvent la sacristie, à gauche une salle pour les cas de médecine légale, et au-dessous de celle-ci un caveau de dépôt provisoire.
Par la nature même de sa situation sur la montagne, le sol du cimetière offrait des variations assez importantes de terrain, comme aussi des obstacles pour l'écoulement des eaux et la végétation ; le terrain, formé de roc, a dd être défoncé, nivelé dans toute sa superficie, recevoir une inclinaison pour l'écoulement des eaux pluviales, et finalement être sillonné par un système complet de drainage.
En même temps, et par suite de la division méthodique du cimetière, selon les dispositions des statuts, l'administration a fait pratiquer l'exhumation générale des sépultures militaires faites dans c^tte localité, durant la guerre d'Orient; et les restes humains en provenant ont été déposés dans un caveau creusé dans la partie ad hoc sise à droite de la chapelle, côté nord, et à laquelle on a donné le nom de carré militaire. Sur ce caveau, la
commission a fait élever un tumulus, en pierres, en forme de fortin, sur lequel a été gravée l'inscription suivante : « Armée
FRANÇAISE d'OrIENT. IcI REPOSENT XES RESTES DE 3,000 SOLDATS,
iNUDMÉs DAKS CE CIMETIÈRE EN 1854-55-56. Requiescaiit in pacq ! »
Peu après, M. le maréchal Randon, ministre de la guerre, prescrivit à M. le lieutenant-colonel de Lalobbe, chef de la mission militaire à Constantinople, de faire procéder à Pexhumation générale des ciaietières militaires français des envirrms de la capitale, et d'en faire opérer la translation dans le carre militaire, au cimetière de Feri keuï. Cette exhumation a été exécutée par les soins et sous la direction de M. Tabbé Giorgiovich, assisté de M. de Lalobbe. Et six caveaux, creusés en cet endroit, ont reçu les restes de 12,339 soldats de Farmée d'Orient; puis, faisant suite au premier tumulus, on a élevé un monument principal, et un autre tumulus de mètne forme que celui construit précédemment par la commission. Ces deux monuments ont été érigés, d^ordre et aux frais du ministère de la guerre, sur le plan et par les soins de M. Tabbé Giogiovich.
Le monument principal présente à la face E la croix de la Légion-d'Honneur, à l'ouest les armes impériales, et au-dessous rinscription suivante : « Â la mémoire des militaires français
DECEDES A CONSTANTINOPLE PENDANT LA GUERRE d'OrIENT.
Sur les trois autres faces on lit :
Côté est : « Erigé en 1865, sous le règne de Napoléon III,
PAR ordre du maréchal COMTE RaNDON, MINISTRE DE LA GUERRE. 1»
Côté nord : c< Exhumations iS^k. Qanlidja, Maslak, Levend-
TCHIFTLÏK. »
Côté sud: «Exhumations 1864. Maltepè, Fil-damy, Prinkipo. »
Aux localités indiquées ici, on doit ajouter celles de Daoud pacha et Rami-Tchifllik, qui, avec les six précédentes, formaient le total des huit emplacements assignés pour lieux d^nhumation aux soldats français décédés.
Déjà, et en avant de ces ossuaires, du côté de la muraille ouest d'enceinte, la commission avait fait placer les sépultures d'officiers reconnues ou indiquées par des pierres tombales; ces sépultures, formant deux lignes, comptent trois tombes d'aumôniers de l'armée, et quatre-vingt-treize tombes d'officiers.
MM. de Lalobbe, Géraud, Vitalis, Vincent et Favalelli, alors membres de la mission militaire française, à Constantinople, ont
constitué, en 1865, une fondation pieuse à TefFet de ffl^ire célébrer, annuellement et à perpétuité, le 17 août de chaque année> une messe anniversaire pour le repos de Tàme de leurs camarades défunts de Tarmée d'Orient (1).
Au milieu du cimetière se dresse un obélisque, élevé d'abord ailleurs parles médecins de l'armée d'Orient, à la mémoire de leurs confrères décédés. La commission a fait transporter cet obélisque au rond-point du cimetière, et y a fait graver les noms de soixante-quinze médecins et pharmaciens français, représentant le funèbre contingent fourni à la guerre d'Orient par le corps médical de l'armée.
A gauche de la chapelle, et sur la même ligne que le carré militaire, s'élève un autre monument, non moins digne d'intérêt que les précédents, à un autre point de vue. Dès que la translation, à Feri-keuï, de l'ancien cimetière de Péra fut décidée, toute inhumation fut interdite dans 'ce dernier, par l'autorité épiscopale, à partir du 27 avril 1859 ; et an bout de cinq années à compter de cette date, la commission, de concert avec les autorités municipales et sanitaires, fit procéder à l'exhumation du cimetière des Grands-Champs. Avancée de quelques jours à raison des chaleurs, cette exhumation a été exécutée avec le soin, la convenance et la régularité désirables, du 29 février au 27 avril 1864, sous la direction et la surveillance de M. l'abbé Giorgiovich, qui depuis onze années fait preuve du zèle le plus constant et d'un dévouement inaltérable, en faveur de l'œuvre du cimetière. En même temps que l'exhumation se pratiquait à l'ancien cimetière dit des Grands-Champs, la commission faisait construire, dans le nouveau, un grand caveau destiné à recevoir les ossements exhumés, dontle poids s'est élevé àla quantité considérable de 22,000 oques environ (2) ! Sur ce caveau, la commission a fait exécuter, d'après les plans et sous la direction de M. l'abbé Giorgiovich, administrateur-délégué du cimetière, un grand sarcophage d'un style simple et sévère, présentant un carré plus haut et long que large, accompagné à chacun des quatre angles d'un obélisque à degrés. Le monument lui-même et les quatre obélisques sont formés et revêtus des pierres tombales de toutes grandeurs recueillies de l'ancien cimetière, et taillées de façon à
' (1) Voyez Comptes rendus 1864 et 1865.
(2; L'oque équivaut k 2 livres 1/4 de France.
entrer en combinaison les unes avec les autres (1). Le surplus de ces pierres, placées sur le sol, autour du monument, forme un pourtour, protégé par une chaîne courante s' appuyant sur des bornes en pierre.
Au-dessus de la porte donnant entrée dans le caveau, figure une pierre du xiv* siècle, sur laquelle on lit une inscription latine, gravée en beaux caractères gothiques; cette pierre provient du cimetière de Saint-François de GalaU, et fut transportée, de là, àcelui dit des Grands-Champs, en 1697, lors de l'exhumation générale faite en tout ou en partie, par les soins et aux frais « d« la nation française (2) ; » elle porte Tinscription suivante :
SePULGRUH DOMIM Al^rDRIOLI DE P^OANA, ET 9^REDUM SUORUBi, QUI OBIIT ANNO DnI MCCCXXXV WE XV JUNlïi
Cette piepre fut trouvée, lors de l'exhumation générale du cimetière des Çrands-Champs, à deux mètres environ au-dessous du niveau extérieur du sol; et, non loin de là, on recueillit aussi un certain amas d'ossements, restes probables de l'exhumation de 1697. qui ont été déposés dans Tossuaire général, sur lequel on a él^vé le monument commémoratif, formé, nous l'avons dit, dps pierres tombales retirées de l'ancien cimetière.
Ce iponument ojffpe, par le fait, un touchant symbole de la catholicité^ en même temps qu'une page intéressante de l'histoire de la Latinité de Constantinople, du ^iv* siècle à la moitié du xix*. En ,effet. les idiomes les plus hétérogènes, tels que l'alban^is^ l'allemand, l'anglais, l'arabe, l'arménien, le croate, le français, le grec, l'italien, le latin, le russe et le turc, sont représentés sur ce vaste sarcophage; aussi bien que les professions les plus diverses : clergé, diplomatie, magistrature consulaire, sciences, commerce, etc. Nationalités et carrières se trou- Vjent ainsi confondues dans la terrible égalité de la mort, et réunies daQS la douce unité de la foi (3) !...
(i) Dans notre Compte vendu 1863-64, nous avons donné Tinventaîre sommaire des pierres tombales trouvées dans le cimetière des Grands-Cbamps, antérieurement k i'exbumation.
(2) Voyez ci-dessus, chap. IT, § Saint-François.
(3) Compte rendu de l'administrcition du cimetière cath, lattn, pour 1869, a?ec planche.
— IW —
A la partie supérienrô de la face E àû monument, et mm la corniohey on lit ce qui suit :
ANCIEN GIMETIÈBE DBS GHANDS-CHAMPS
A BEl-OGHLOU (PÉRA).