LATINITÉ DE PÉRA-GALATA
Antérieurement à la concession spéciale qui leur fut faite de cette localité par Michel Paléologue, les Latins possédaient déjà des établissements dans Galata; comme on le verra ci après, la mesure prise par l'empereur eut un effet tout différent de cfelui qu'il recherchait ; par cette concession, la république génoise parvint à la réalisation de ses vues politiques : sa prépondérance dans les contrées du Levant fut assurée, du moins pour un certain temps, et Galata devint, pour ses possessions d'outre-mer, la succursale de la métropole (2). Gènes, il est vrai, procéda
(1) « Galata comunemente chiamato Pera n {Rpilazioni venete^ 3« série^ 111,334) « Galata sive Pera (Crusius, Turco-grœcia); a Galata dePera^ » aDciences inscriptions de Galata. Péra, on l'a va au précédent chapitre, signifie en grec « vis-à-vis, en face de la ville ». Ce terme désignait, d'une Façon générique, les collines sises en face de Constantinople, de Tauirc côté du port; mais le propre Doai de cette localité, Galata, s'étendait jusqu'à remplacement de Tancienne caserne des pupilles des janissaires^ aujourd'hui « le lycée ottoman de Galaïa-Séraï. Les procès-verbaux de Sainte- Anne désignent toujours GaUia par te nom de Péra; remploi du premier nom indiquant Pancienne ville n'apparut que le 11 avril 1607, alors que la distinction entre les deux localités commençait à s'introduire dans les habitudes locales. Actuellement, le terme Galata désigne seulement l'ancienne ville, et celui de Péra, la nouvelle. La circonscription judiciaire (caza) du qadi de Galata comprend six nahtèy parmi lesquels Tliérapia, Belgrade, Tercos, etc.
(2) Sauli, 11, 15.
avec prudence etl^abilaté ; t$^p(6t viotorieuse, tantôt vaincue^çiais sachant toujours profiter de^ ^iropustapces, Gèpea fit de Q^lata une place forte qui, plus d'une fois, fit acte d'hostilité çpi^tre les empereurs et trait£^ avec eux de puissance à ppis^ance- C'est ainsi qu'après upe première rébellion, réprimée par JAicbel Paléologue, et auprès une Mteque de la flotte vénitienne, W début du règne d'An<}ronic ÏI, suqçesseur de Ifichel, les GénoiS;, qui avaient dû se réfugier dfti^Ç la capitale, entourèrent lenrs habitations d'un fosfsé, pour se mettre en garde contre le retour d'upe pç^reille attaque (|), et s'étendirent spr np espaçie de terrain plus considérable que celui qui leur avftit été primitivement conpédé.
Sn t303| \h élargirent leur fpssé, dans lequel ils pouvaient détourner l'eau de la mer, et il$ firent de lei^rs maisons autant de petites citadelles d'où ils pouvaient combattre en sûreté. La ville était dès lors constituée ; la délimitation de même diate [%) en détermine les contours; mais la transformation successive des lieu;^ ne permet guère d'en reconnaître aujourd'hui les traces.
L'année suivante, ISOi-, les Génois obtinrent, par traité, du même Ândronic, l'autorisation de bâtir divers établissements, à la condition de n'en pas faire des casernes^ comme aussi celle de construire des bains, des marchés, et « des églises, où l'on officierait selon le rit latin (3). » Ce même privilegium de 130& accordait aux Géqois la faculté d'appeler, pour la des*- ^ervance de leurs églises, des prêtres génois et latins; il offre aussi (Cette particnUrité que les trois églises grecques du même lieu resteraient sous la juridiction du patriarche, et seraient desservies par des prêtres grecs, qui y célébreraient l'office selon les rites de l'Église grecque (4.). »
Plus tard, les Galatiotes prêtèrent leur alliance au même empereur contre les Francs (Catalans), puis devinrent l'objet de sa cpfère (5). Sous Andronic III le jeune, la république enleva à
l'empire Cbio et Metelin; enflée de ce succès, la colonie génoise
(1) Constan%if%opoli$ christiana, I, 59.
(2) Sauli, loc. laud. 1.
(3) Sauli, I, 132, et II, documeots.
(4) Sauli, H, 2t . Les églises grecques existant actuellement dans Galata sont au nombre de quatre : Saint-Spiri^iion, cédée aux Chiotes, qui en ont la pleine et entière administration, dite anjourd'hui Saint-Jean ; Saint-Nicolas ; Téglisedu Christ, et en6n TéglSse de la Vier^^e de Gaffa Les trois premières sont, sans doute, celles dont il est question ici; la quatrième paraissant, par sa dénomination même, devoir être postérieure à la conquête ottomane.
(5) Sauli, I, 189 et suiv.
deGalata, qui d'ailleurs s'était beaucoup augmentée, fit creuser plus profondément les fossés entourant la ville ; et, sous forme d'habitations particulières^ elle éleva peu à peu de grosses tours qu'on voyait encore récemment, et qui complétaient le système de défense de la cité; « enfin, et par ses intelligences à la cour [imperii prôcuratoribus largitione corruptis)^ le gouvernement colonial obtint pleine et entière faculté d'acquérir les Vignes des alentours, comme aussi de bâtir, sur les hauteurs voisines \in vicino collé) y de splendides habitations qu'on eut soin de fortifier, de façon à pouvoir s'y défendre, au besoin, contre les Byzantins (1); )) mais, pour se venger de l'affaire de Hetelin, Ândronic les détruisit. A la mort de ce prince, les Galatiotes, ayant conclu la paix, interposèrent leut médiation entre les compé-. titeurs à la couronne (2); et, de nouveau, ils sollicitèrent de Jean I Paléolôgue et de Jean Cantacuzène la concession des terrains acquis précédemment par eux sur les hauteurs. Tout en prévoyant les dangers futurs de cette extension, Cantacuzène n'eut pas la force de s'y opposer : il laissa faire; la colline fut bientôt couronnée de murailles défendues par des tours; et ce prince consacra lui-môme ce nouveau développement par un traité. Depuis lors, la colonie ne cessa d'étendre et d'augmenter ses moyens de défense : aussi, put-elle soutenir des luttes fréquentes et sanglantes contre Jean II Paléolôgue, fils de Manuel, et fit-elle plus d'une fois le siège de Constantinople (3). On lit dans Froissart, année 1385 : ce Et tiennent (les Galatiotes) la ville et le chastel de Père, qui sied en mer devant Constantinople, et la font garder à leurs frais et despent, et la rafroichissent trois ou quatre fois l'an de ce qui leur est nécessaire. LesTartares et les Turcs ont aucune fois essaïé comment ils le peussent avoir; mais ils n'en peuvent venir à chef-, ainçois quand ils i sont venus, ils i ont plus pris que mis, car Père sied sur une roche, et n'i a qu'une seule entrée, et les Genevois l'ont grandement fortifiée [k). » Finalement, la commune s'engagea, par traité, en novembre
(1) CtyMtantinopolis chrisiiana,
(2) Sauli, 1,277.
(3j Déjà les Galatiotes avaient assiégé Goastantinopie en 1340 (Saoli, I, 302) ; mais ils durent offrir la paix à Cantacuzène, qui l'aurait concédée moyennant la démolition des fortifications de Gaiata ; puis, ce prince s'étant allié aux Vénitiens, aurait à son tour donné Tassaut à Gaiata (id. 339). Le traité de 1352 conclu entre la commune de Gaiata et Cantacuzène (Sauli, II, 13) trace les nouvelles limites de la ville, à partir du casirum Sanctœ Crucis.
(4) CiUtion de Ducange.
1386, à prendre les armes pour la défense de l'empire, contre les ennemis extérieurs; ce qui ne l'empêcha pas, l'année suivante, de confirmer, auprès de sultan Hurad, les engagements commerciaux contractés antérieurement par elle avec sultan Orkhan (1). Elle renouvela aussi ses traités avec sultan Hehemmed II, avant le siège de Constantinople; et, après la chute de cette capitale, elle envoya au vainqueur les clés de Galata ; mais, comme le sultan était irrité du concours prêté à l'empire par la commune, celle-ci ne put solliciter de ce prince le renouvellement pur et simple de ses capitulations avec les recs (2); et elle dut se contenter de celles que le vainqueur lui accorda. Selon le rapport de Sauli (3), le podestat de Galata (4) n'aurait pas voulu prendre part à la rédaction de l'acte de capitulation, qui fut signé seulement au nom des bourgeois [stib nomine burgensium).
On lit dans une relation contemporaine (5) : <c xxvi. Peyre n'avoit eu nul assault, et estoit la plus grande part des Peyriens à Gonstantinople pour deffendre. Ceulx qui estoient à Peyre, qui ne dvoient rien osté de leurs biens, délibérèrent de bailler les clefs au Turc et se recommander à luy et lui ofTrir la cité, où il s'y avoit en tout six cens de hommes et de femmes, montèrent sur une nef de Gennevois, pour s'en aller ensemble audit Jacques (?) que une accoinsaire chargée de femmes de Peyre fut prise des Turcs. » Cbristoforo Richiero (6) dit que les conditions de la capitulation ne furent pas observées, et que Péra n'aurait pas échappé aux horreurs d'un siège.
Cinq jours après la chute de Gonstantinople, sultan Hehemmed se serait rendu à Galata, pour y faire exécuter les démolitions stipulées par la capitulation : « Na khalaço t07% castron toUj Je démolirai le château (7) , » le castrum Sanctœ Crucis^ du traité de Cantacuzène. Les rapports relatifs à ce point, bien que constatés par de nombreux témoignages, paraissent, en apparence
(1) Sauli, 11, 85.
(2) Cf. Hamraer, 111, 68.
(3) Loc. laud II, 172.
(4) Titre donné aux magistrats de Venise et de Gênes, chargés spécialement de reudre la justice. Selon une note de VAssedio di CP^ ce podestat aurait été Àngelo Zaccaria, et d'après Serra, Angelo Giovanni. Cf. aussi Pusculus, annoté par le D' Dethier, p. 240.
(5) Relation de Jacques Adaldy, prAsent ^ la prise de Gonstantinople le xxix may 1453 {Thésaurus novus aneodolarum, Paris, 1717; communication de M. le or Dethier.)
(6) Rapporté par Sanso?ino, p. 66. Venise, 1564. (7\ Hammer, II, 523.
da moins, être oontredits par les faits. SaQsovino (1) termine sa lettre adressée do Chio au pape Nicolas V, le 17 août 1453, par le récit de la capitulatioo des envoyés pérotes, et ajoute que le sultan ordonna la démolition «. délia torre di Santa Croce, au haut de laquelle se trouvait une croix (2), et que cette tour fut ruinée jusqu'aux fondements, n Le même témoignage est rendu par le cardinal Isidore Rutheno, dans sa lettre au pape, après la prise de la ville (3) : k Turchi occuparouo Pera, poco di lungi, spianando !e sue mura 6qo a terra. Délie campane di chiesa, fecerono bombarde, maudaroDO a terra la torre del Croce, in cima della quale era uu gran croce. » Crusiiis [4) rapporte aussi les mêmes faits. Enfin, on lit dans la version latine d'une lettre datée de Péra, le 23 juin 1453, et publiée par Sylvestre de Sacy (5) : le sultan... « burgos et partem fossorum de Castro dirui fecit, turrim Sancts Crucis dirai fecit... » Selon les renseignements qui nous ont été fournis par S. %. Abnied Vefyq efendi, d'après les historiens turcs, sultaa Mehemuied aurait ordonné eu effet la démolition de la tour du Christ et des muraille»d'encbinte; mais il se eerait contenté de faire couper seulement la tour de dix archlues (6) dans sa hauteur, et de raser çà et là les murailles, sur une étendue de 40 archines. Aprèo uvoir ainsi fait acte de souveraineté, le sultan n'aurait pas été plus loin ; et Saganos-Pacba, signataire pour sultan Mehemmed de la capitulation galatiote, el dontl'un des d'iscendants vivaitencore en 1868, aurait fait ensuitts relever la tour, en y remplaçant la croix génoise par le drapeau ottoman.
Les murailles d'enceînle de Galata ont été abattues, en 186&, parla manicipalité de Péra. Selon M. Delaunay, qui en iifait alors le relevé géométrique (7), ces murailles s'étendaient sur un parcours de 2,800 mètres; elles étaient percées de douze portes et flanquées de 24 tours, y compris la tour du Christ, dite aujourd'hui tour de Galata. L'enceinte extérieure renfermait quatre
il, parugeani I'écussod de pan
(1) Edii. de 15G4, p. 6t, verso.
{i) Les armes de Gânes se compoiaieDl d'i fio p^rt.
(3) SaasoviDO, p. G3.
(4) Tureo-Graeia., p. H,
Ci) Holices el txtrailt des mtcpièces diplomaiiques lirûes des arclÙTes de (îCnes, Xt ; reproduire ausii dans Saati, 11, 1S3.
(fl) L'archiae esl de 63 cenUmèlres.
(7) notice sur le» /'orci/ical^'ons de Galata, ConslanUnOjiIc 1864, 9 pages in-folio. Cf. «ountc^hiMli Evlia lcA«!cbi,p. 121,
sections, sétnhréês ent^allèstpar une inilrailto/fer4;iflée<eU6Mttéflie âe'toups intériedres. Dans 3ôh tiraTail^ H. Deiaunay a^Mlevé aumi les in^riptioDS histodqiies plaodes sur les murailles, 6t constat tant la date de la construction ou de la réparation des différentes parties de ces fortifications. Les pierres originales ont été déposées, provisoirement, dans la tour de Gcdata (1). L'une des plu6 anciennes, qui est de ISSÏ^ porte l'image d'un archange allé, nimbé> vêtu d'une tunique et d'un manteau militaire; il ejlt chaussé de sandales et tiesit une épée nue dans sa main. Cette image est probablement celle de S. Michel, «le protecteur de la colonie » (2); une autre présente celle de S. Barthélémy (9)^ accompagnée de l'écusson, aux armes parlantes, du podestat Spinola; une troisième (Bk^t de i4&4 : riohannis Sauli potes tag; » sur une autre, de 1435, on lit : a Stephan de Marin po ta; » s ur une cinquième, de 1441 ; « Micolatte Anthoni Spinola potai^^ » sur une sixième, de 1445 : a po testas Baldasaris Marrufi; x> sur une septième, de 1446 : <c pretor Marrufus Baldasar; p sur une huitième, du même podestat, ii est dit : ^ que la tonr du Christ {Christeam turrim) a été réparée, et portée au doublé de son ancienne élévation (4); » eur une neuvième enfin, de 1447, dn lit : « Luchinus de Facio, potestas. » ^
La capitulation donnée par sultan Ifehammed aux Péro^^Ma^ tiotes laissait à <;eax-ci a leurs biens, maisons, magasins, vignes, moulibS) navires, barques, etc., et elle leur accordait le libre trafic dans l'empire^ l'exemption de douane, du serviee forcé, moyennant paiement de la capitation ; la conservation de leurs églises, de leurs chants» Tout en interdisant l'usage des cloches, elle promettait de ne pas convertir les églises en mosquées, mais interdisait d'en oonstruii^ 4e nouvelles (5); elle laissait aussi le jugement des afiEaires commerciales à un ancien, élu parla com^ mune^ comme aussi l'élection de l?un des membres de celle-^i pour ^'administration de ses affaires (6). — Il ne faudrait pas
<1) C'est dans celte tour que furent enfermés les prisonniers de Cetbi a tù turrim Perensem conduntur » (Lettre de Busbeoq). Le patriarche GpnstaaUus U d^ nombe, dans son opuscule : tour du ChrisL
(:i) Sauli, II, 75.
(3) Une t^glise de Venise était dédiée à ce saint; et, en 1390, le curé de cette église exerçait à GP. les fonctions de notaire des Vénitiens, chancelier du baile {Acta,, graecd, 111, 110).
(4) Cette inscription se troovait au-dessus de fa porte Sirkèdji-tapouçou, Conduisant à Tendroit dit a ujourd^hai ett^ française,
(5) Cf. mon felvasur la condition des zimmis.
(Q\ Hammer, loc. laud. Jl, 5^5. Négociations de la France 4ans le Lwant, 1, CXii . Selon Hammer, \I1, 1^ teite tapîMrfaltton atktiili été réttoutdée eut t6lt.
conclure, de l'ensemble de ces stipulations, que Galata conserva ion aTicienne physionomie : loin de là ; bon nombre de ses habitants émigrèrent; il se dépeupla, et pour longtemps : n Galata, dit le baile G. Moro, en 1590, prima abitato da Cristiani. . . è occupato al présente per la maggîor parte da Turchi, tanto dentro, quanto ail' intorno (t). »
Toutefois, et comme nous l'avons dit ailleurs (2), on peut considérer la capitulation de sultan Mehemmed comme étant l'origine de la communauté dite des Latins, ou Latin-raïaey , administrant, jusqu'à nos jours, dans tout l'empire, les affaires des sujets latins de la Porte.
Comunità di Pera-Galata.
Quelle forme prit la nouvellR administration de Galata, après la conquête ottomane? Elle dut, nécessairement, être réglée d'après les bases de la capitulation; mais les renseignements font défaut; seulement, et d'après une copie d'anciens documents, eux-raéthes incomplets (3), il résulterait que les notables de la ville se seraient constitués en un corps municipal, civil et religieux, BOUS le titre de u Confraternité de Sainte-Anne; n à quelle époque cela eut-il lieu? fut-ce immédiatement après la conquête? On pourrait supposer le contraire, en considérant l'espoir que Gènes av,^it conservé d'obtenir, de sultan Mehemmed, une fois en paix avec lui, et, comme autrefois, des empereurs byzantins, la possession de Galata; mais la réponse de ce prince à l'ambassadeur génois fit évanouir ces espérances (4). A ]iropos d'une visite de sultan Murad III d Galata, en ISSï, l'historii^n turc Selfiniki (5) parle des plaintes du peuple et des primats de Galata contre le cadi de cette ville; comme il n'aurait pas employé ce terme pour désigner les musulmans, l'historiographe ottoman désigne donc -par U les notables, les chefs de la communauté chrétienne.
La communauté latine, dont le chef, comme autrefois l'ancien baile vénitien \ Consfantinople, se décorait du titre de Mngni/ico, donné dans l'antiquité aux protêts de l'empire romain (61, lacom-
(1) RtlazioTH venete, 3°sÊrJË, 1I[, 334.
(2) Dta traités et des capitula lions de la France en Orient, p. 51 .
(3) Pmcès-verliaui de 1603 ii 168S, el quelques piËces;le 1793.
(4) Hammer, loc. iaud. 111, 68.
(5) Pige S8Ï.
(6) Cr. HiltîU, 11, ^^i ; Culiot, cours d'hùlûire moderne, p. 17.
munauté latine était dirigée par un prieur (un sou£hprieur) et douze conseillers ; elle parait n^ avoir jamais compté guère plus d^une trentaine de membres; elleétait chargée de l'administration temporelle des églises, et nommait annuellement pour chacune d'elles deux procureurs, chargés de Padministration. de leurs biens immobiliers, du produit des quêtes, des aumônes, et des taxes établies par la communauté ; en 1590, le prieur de la confraternité de Sainte-Anne était lui-môme procureur de Saint-François. La communauté prélevait aussi, sur les recettes, les fonds nécessaires à la réparation des églises, au paiement des avanies, etc. L'argenterie des églises était placée sous la garde des procureurs qui, sur inventaire, en faisaient remise, chaque année, à leurs successeurs. La Comunità voulut aussi, sous l'approbation de rOrdiuaire, pourvoir à la desservance des églises; cette prétention fut plus d'une fois combattue.
La Comunità entretenait, pour ses affaires, une correspondance active avec un prince de la cour romaine, dit a cardinale protettore di Levante; » elle se serait plainte à ce prélat, en 1606, a de l'introduction récente, à Péra, du calendrier grégorien (1), du désordre qui en résulterait, parsuite des alliances mixtes; et elle aurait prié le cardinal protecteur d'obtenir de Sa Sainteté la faculté de célébrer les fêtes selon l'ancien calendrier, comme cela avait été accordé pour Candie, Corfou et autres lieux. Elle se serait opposée aussi, dans le principe (1623), à la nomination, à Constantinople, d'un évêque suffragant, pour divers motifs, et entre autres par la crainte que ce prélat^ étant signalé par les Grenadins (2) comme un ambassadeur du pape^ cela n'amenât la perte du peu d'églises laissées au culte.
Les délibérations de la Comunità étaient prises en Sainte-- Anne, et les documents émanés d'elle scellés de son sceau (3). Dans certaines circonstances, la Comunità tenait ses séances nel suo oratorio in publica udienza. En un mot, la Comunità, à l'instar des assemblées nationales tenues, on l'a vu plus haut, par les Grecs dans Sainte-Sophie, et par les Vénitiens, sous la présidence de leur baile, dans Santa Maria di Constantinopolij
(1) Le pape aurait déjk recommandé à M. de Germigoy, en 1583 {NégociatiwM, IV, 231), de s'employer auprès des Grecs, pour Tadoption du nouveau calendrier.
(2) Maures expulsés d'Espagne ; cf. Relazionivenete^ 3® série, III, 390.
(3) Le sceau appliqué smr un document de ie75« Georges Draperis étant prieur portait l'image de la sainte Vierge à droite, celle de S. Joseph k gauche, et au milieu TEnfani Jésus.
la Comuniià tenait ses séances d:ins l'église de Sainte-Anne, ou dans celle où se trouvait la chapelle placée sous oette invocstioB.
Le P. de Canillac désigne les membres de la Comunità aoiis oe nom : « Messieuf» de cett« ville; Messieurs de Bera; n losA'^gociations disent: a les seigneurs Perotz (1); » le même père jésuite ajoute, à l'occasion des funéruiltes de M. de Salig'nac (3) : a Douze gros ci«rges de la noble compagnie d« Sainte-Anne, qni Hait le corps de la ville pour les chrétiens cutholiqucG, portés par douze... »
En 1631, la Comunità ne comptait que neuf membres; par décret du 17 octobre t682, et sur la proposition de Mgr Gasparu Gasparini, mineur conventuel, évoque de Spiga, la Propagande enleva totaleuient dew maiiM de la Comtiniid di Pera, l'admiolstralion des biens des églises. — Cette communauté se troura dissoute par le fait, n'ayant plus, dès lors, raison d'être sous son ancienne forme; elle essaya vainement de renaître en 1793; et, ficialement, elle se reconstitua, il y a peu d'années, sons le BOBi de Confrérie de Sainte-Anne (3).
Patronal du Saint-Siège, Culte extérieur.
Privée désormais de son autonomie, la Latinité de Péra, cherchant dans la religion un refuge centre ses malheurs, se tourna vers Rome, où le cardinal « protettore di Levante » était l'appui, le défenseur de ses intérêts. Déjà, dans les derniers jours de son iadépendance, le 1" avril 1452, sous le gouvernement du podestat A.n^e-Jean LomeUini, elleavait placé les armes pontificales et le nom du souverain pontife occupant alors la chaire de Saint- Pierre, a Nioolaus Papa V îaQueneis, n sur l'une des tours de la ville, sise auprès de celle du Ctirist; au-dessous, on voyait les armes du doge, puis celles de la république et du podestat. Cette inscription est la seule de ce genre que M. Delaunay ait relevée.
La cour de Rome revendiijuait aussi une sorte d'autorité supérieure sur les bi'îns des églises; et l'un des prélata-visileurs envoyés par elle, Mgr de Tine, aurait rendu, en 1629, un décret menaçant de l'excommunication quiconque aliénerait ces sortes de biens. Forcée par la nécessité de contrevenir à ce décret, la
(I) Tom. III, 910.
(3) Relation) inédites
(3) Voyei d-aprës g S. BenoU.
d» la eompa<]nk d» Jisui, Paria, 18S4, p. 30. cliap. m.
Comunità fom^nit, «â 1636^ des exj^idàtiûns sur la t«tite de certains biens eeclésiastiqu^ qu'elle lavéit dû effectuer pour la réparation de diverses églises tombaiit eh ruines; elle aurait aussi encouru le blâme du Saint-Siège à raison de la diminution opérée par elle sur la somme attribuée à Fentretien des églises.
D'après la corre^pondètnce de la Vomanità avec Rom«, on faisait dans Péra-Galata, en 1619^ des processiéQ/â solennelles, d'atfê les ruês de la ville^ les jeudi et vendredi saints; a une magni«fique procession se faisait également, par les rues, le jour de Pâques, aveb une infinité de chandelles et de torches allumées. i> Les convois, accompagnée d'uû grand cortège de eon*fréries et de religieux, atalèni lieti en tbute liberté (1). Les fidèles avaient coutume de se rendre au cimetièi^e, aecompa^és d^u clergé des trois pèctoisses de Galata, les 3 et i* novembre, pour y réciter l'office des morts.
« L'église et le cloître de Saint*Ff£mçois étaient richement ornés pour la fête du Corpus Domini. i»
Protectorat politique.
Peu après la conquête, la république vénitienne ayant rétabli ses relations avec Constantinople, elle prêta, sans doute, ses bons offices ainsi que son concours moral et matériel à la Latinité de Galata; et bientôt la position prise' par la France auprès de sultan Sulelman lui assura un nouveau protecteur. Sans traiter ici de la protection donnée à la religion (2), en général, en Turquie, et pour ne parler que de la Latinité de là capitale, il suffit de rappeler la conservation de plusieurs églises, due à l'intervention de François ï*', la protection assurée aux divers ordres religieux, l'intervention personnelle de Henri III (1584) en faveur du .patriarche de Constantinople (vicaire patriarcal), la reconstruction de telles ou telles églises, due aux bons offices des ambassadeurs, non moins qu'à la munificence de nos rois,ven un mot l'assistance efficace et constante donnée par la France aux affaires de l'Église. En 1608, la Comunità déclarait M. de Brèves a protecteur particulier et défenseur de toutes les églises'et monastères, — repré
(1) « Les chrétiens (les Grecs) foDt aussi des processions mafinifiques, >dtt.MiclièI Febvre (Etat présent de la Turquie^ 1675, p. 227) par les rues noisines de Téglise, où assistent le patriarche, Vévêque et les prêtres, tous en chapes, et vestus des plus beaux ornements qu^ils aient ».
(2) Cf. Feraud-Giraud, delà Juridiction française dans ies échelles dti Levant et de la Barbarie, II, 77; et non Capitulations et traités de la France ifh'ÙriVh^f^diSAm,
sentant du roi très-chrétien, protecteur général des chrétiens de l'empire ottoman. r> Quelques années auparaTant, sollicitant Fassistance du doge de Venise, elle qualifiait aussi ce prince de a particolar protettore di tutte le chiese delF Oriente. »
Selon Hammer (1), Harcheville, ambassadeur en 1631, aurait adonné le premier l'exemple de faire dire, dans les églises, des prières pour le Roi; y> et il aurait été, également, le premier qui fit élever un catafalque, à Péra, lors de la mort de Henri IV. » Sans nous arrêter à l'erreur évidente de nom, il est certain que ce mode d'affirmation du protectorat était pratiqué, à Saint-François, antérieurement à la date indiquée. En efi^et, voici ce qui eut lieu, dès que la mort de Henri IV fut connue à Constantinople (2) : <& H. l'ambassadeur ne manqua à ce qui estoit deu à la mémoire d'un tel roy, faisant faire un office solennel, premièrement, en l'esglîse de S. François, qui est la principale en cette ville, avec un bel appareil lugubre, faisant l'office Mgr l'évèque d'André, tout porté icy par cas fortuit, avec l'assistance des illustrissimes ambassadeurs de Venise et de Raguse, et toute la maison d'Ânglotan, avec le beau-frère de l'ambassadeur, qui ne pouvait assister en personne à la messe. On se servit d'un de nous (jésuite), pour faire l'oraison funèbre, en italien, quelque refus que nous en fissions, pour le défault de langue, et d'aultres parties. Dieu voulut que le discours fust aucunement passable. Messieurs de Venise y eurent une période honorable, pour le propos des amis de cette couronne. y>
On lit dans un Mémoire remis à M. de Bonnac, ambassadeur en 1716 : « Quand l'ambassadeur faisait inviter les ministres étrangers à quelque cérémonie religieuse, soit dans sa chapelle de Péra (3), soit dans les églises de sa protection, à Galata, pour les principales fêtes de l'année, ou des Te Deum d'action de grâces ou prière publique, pour le renouvellement de la santé du Roi, ou quelque événement important, il leur laissait la droite, leur faisait donner l'Évangile à baiser les premiers, et ne se faisait encenser qu'après eux ; puis, après la prière ordinaire pour le roi, il faisait réciter le Laudate Dominum omnes gentes pour les princes dont les représentants avaient été invités. Ceux-ci ne venaient jamais sans avoir été mandés, parce que l'ambassadeur
(1) Loc. laud. IX, 283.
(2) V. le P. Carayon, toc. laud. 46.
(3/ SaiDt-Louis.
était toujours libre de faire ou de ne pas faire cette invitation. Quand la cérémonie se faisait dans l'une des autres églises de la ville, ces ministres y venaient, accompagnés de leur maison; l'ambassadeur avait toujours la droite, dans la marche , qui se faisait sur deux files, précédées de janissaires ; dans les églises de Galata, il prenait aussi la droite, baisait TÉvangile et était encensé le premier (1). »
On relève des Délibérations nationales de 1720, que la nation fournissait, annuellement, des subsides au vicaire patriarcal, aux capucins de Saint-Louis, aux dominicains de Saint-Pierre, aux conventuels, aux jésuites de Saint-Benoit, aux capucins de Saint- Georges, et même aux récollets de Sainte-Marie. Elle attribuait également des fonds pour la fête du Saint-Sacrement au palais de France, chez les jésuites et chez les dominicains (2).
En 1737, le roi accorda une ^ augmentation de pension de 1000 livres à Mgr l'archevêque de Carthage, vicaire patriarcal de Constantinople, auquel l'ambassadeur devait faire le même traitement qu'à un (ministre) résident.
On lit dans la notice de H. Dacier sur le comte de Ghoiseul- Gouffier : « Cet ambassadeur a toujours mis au premier rang de ses devoirs la protection de la religion catholique; et il n'a jamais perdu de vue les obligations que lui imposaient envers elle la foi de ses pères et le caractère d'ambassadeur du roi trèschrétien (3). »
Le protectorat a été dans le passé l'objet de plus d'une atteinte ; il a été partagé dans une certaine mesure avec Venise, puis avec l'Autriche (4). Toutefois, il est juste de constater que, quelles que soient leurs tendances particulières, les diverses puissances catholiques ont contribué, de leurs propres subsides, à la conservation et au maintien de la Latinité de Galata ; en 1793, l'Autriche donna sa protection au vicaire apostolique et à S. Georges, Naples aux conventuels; Saint-Benoit, les capucins et les dominicains restèrent sous la protection de France (5).
(t) V. ci-Après 8 s. François et S. Georges.
(2) On sait que, depuis un certain nombre d'années, le gouvernement français alloue une subvention considérable aui établissements religieux du Levant, ils reçoivent en outre des allocations spéciales selon les circonstances, et des sommes non moins importantes fournies par la société de la Propagation de la foi.
(3) Voyage pittoresque dans l'empire ottoman, par le comte de Ciioiseul-Goufaer, Paris, i842, in-S», tomel, x.
(4) Cf. Hammer, passim.
(5) Communità di Fera,
Des trois églises restant à Galata, en 1870, Saint-Pierre et Saint - Benoit soDk protégées parla France; Saint-Georges et l'hôpital en dépendant, par l'Autriche.
En résumé, le protectorat religieux qui, plus d'une fois, a suscité de si regrettables rivalités, a été, selon les temps, entre les mains de qui l'exerçait, une sorte de reflet de la condition politique générale. Une grande et belle page aura été réservée, sous ce rapport, par la Providence, daps les annales de l'Église, à la Gaule, cette terre fécondée par l'évangélisation des grands évoques des premiers siècles, tels que S. Irénée de Lyon, S, Denis de Paris, S. Hilaire de Poitiers, S. Martin de Tours, S. Germain d'Auxerre, S. Rémi de Reims, et tant d'autres illustres pontifes et saints docteurs. Dès les premiers mérovingiens, devenus chrétiens en Gaule, et contemporainement aux pontificats des papes Pelage II el S. Grégoire le Grand (1), la France préludait déjà, en Occident, à la mission religieuse qu'elle devait poursuivre à travers les temps dans les contrées de l'Orient; et, jusqu'aux jours de ses dernières et inénarrables infortunes, rappelant malheureusement le triste souvenir des invasions d'un autre âge, elle se trouvait encore au poste d'honneur qu'elle s'était assigné pour ladéfease et la protection de l'Église!... mais tout passe^ en ce monde!... Dieu seul est permanent!... «c isY justitia ejds manet in seculum seculi l . . . »
Population.
Il ne parait pas, d'après Sauli (2), ce qui est confirmé d'ailleurs par les Mémoires recueillis par Sansovino, que la capitulation de Mehemmed II ait inspiré une grande sécurité aux Pérotes : ceux-ci, Génois ou Vénitiens, ayant pris une part plus ou moins importante à la défense de Constantinople, ils émigrèrent en grand nombre à Chio, où, bientôt, le conquérant ottoman, en vue de les rappeler dans leurs foyers, fit prévenir les intéressés que leurs propriélés, mises sous scellé, seraient rendues à tous ceux qui, dans le délai de trois mois, viendraient les occuper.
Selon les Négociations (3), a la population chrétienne des villes de Consbuitinople, Peyra était, vers 1572, de 40,000 âmes, y
(1) cr. les Moines d'Occident^ par le coiiiUmIo Monlalembert, II, 140.
(2) Loc. laud, II, ni.
— 8fc —
Kft I56O9 les Vémitiens comptaient, dans Galata, dix à douze maisons de commerce (1).
Le 20 février 1606, « la population latine, écrivait la Comunità au cardinal protecteur, compte à peine cinquante maisons! . ï>
En i612, Le P. de Canillac disait : « Le petit nombre des Latins fait que nos fonctions sont moins fréquentes que nous le voudrions (2). »
En 161&>, Pietro délia Valle dit,, au môme sujet : « Il reste à Péra peu de familles de l'ancien temps, qui, tout en se grécisant de vêtement et de coutumes, ont conservé le rit latin et la langue italienne, concurremment avec l'idiome grec. »
En 1616, les Francs de Galata a non arrivano a mille, d rapporte Hammer, d'après les bailes vénitiens (3).
En i664>, dit le P. Saulger, <{ les marchands français establis en cette ville, avec leurs femmes et leurs enfants, étoient en assez bon petit nombre. r>
En 1842, selon le Mémoire déjà cité du supérieur de Saint- Pierre, c< le nombre des paroissiens de cette église s'élevait à mille environ. »
Actuellement, et d'après la moyenne des baptêmes relevés pour la période quinquennale 1862-1866, la moyenne de la vie calculée à quarante ans, la population ,de la paroisse Saint-Pierre serait, pour cette période, de 3,720 &mes.
Eglises et établissements religieux de Galata, des temps anciens
jusqu'à nos jours .
Il est difficile, presque impossible, de fixer le nomj^re de ces établissements pour la période antérieure à la conquête ottomane; mais il est de tradition locale que, postérieurement à celle-ci, les Latins avaient conservé neuf églises dans Galata.
Crusius en die huit, savoir : Sainte-Anne, Saint-Benoit, Sainte- Claire, Saint-François, Saint-Georges, Saint-Jean, Sainte-Marie, Saint-Pierre; avec les deux églises de Constantinople, on aurait un chiffre égal à celui indiqué ci-aprèà par Pierre Gylles (1546).
a Les Francs, dit le même Pierre Gylles, «ont environ rfî a;
(1) Relaiioni venete^ 3« série, 111, S3.
{i) Relations du P. CarayoD, p. 66.
(3) Loc. laud.\m,m.
églises (à Calata?) ; » mais ce voyageur n'en donne pas la nomenclature.
M, de Brèves, dans la Relation de ses voyages (1), dit sans, du reste, donner le détail des noms : uEa la ville de Péra, il y a environ six ou sept églises, servies et habitées de religieux latins. »
Ducange (1680) cite seulement trois églises latines à Galata : Saint-Benoit, Saiut-François, Saint-Pierre.
La Comunità di Fera, dans une lellre au doge de Venise, pavle de douze églises, qu'elle ne dénomme pas; mais sa correspondance en cite onze, savoir : deux pour Constanlinople : San Nicolo, Sainte-Marie; neuf pour Galata : Sainte-Anne, Sauf Antonio, San Beoetto, San Francesco, San Giorgio, San Giovanni de rOspedale, Santa-Maria, San Pietro, San Bastiano.
Plusieurs de ces églises existent encore; mais la plupart ont disparu, et l'on connaît à peine l'eoiplaceaient de certaines autres. — Il sera traité séparément, ci-après, et selon l'ordre alphabéti:]ue, de chacune d'elles, ainsi que des établissements d'instruction ou de charité.
Sai5te-Anne (chapelle; n'existe plus).
Les documents de la Comunità di fera, qui, d'ailleurs, pour le présent, ne remontent pas au delà de 1603, parlent de Sainte- Anne comme d'une église particulièrement édiâée snus ce vocable. Crusius(rMrco-Grœcifl) et Hammer(2) en font aussi une église distincte. Pierre Gylles, dont le voyage en Orient s'effectua de . 1546 à 1549 (3), n'en fuit nulle mention. Ducaoge (4) cite deux temples de ce nom à Constanlinople, et un autre à Galata, ce dernier d'après Crusius, sans dire que ce lût une église latine.
En 1585, la confrérie de Sainte-Anne, déjà qualifiée à'antienne à cette époque, existai! u en l'église des Mineurs conventuels de Saint-François (5). u La confrérie était enrichie d'indulgences, et jouissait du privilège d'accomplir, dans cette égUse, certaines
(\) Page 12 d'uue Ëdilion ï laquelle le litre manque, mais que je crois ëire celle de 16^. (3) Lm. tavd. VU, 13D.
(3) Selon le rapport du Pierre Kelon, son compsgnou de vojage, cité dans les Séyocialians, I, 0^3.
(4) Conslanl. uliTûtiana.
(5) SaïDt-FraD^ig aurait-Il été df Domiué abusivement par le nom de Ssioid-Aime, comme pluaianl, i^n 17)13, âaini-Benolt lui-même : nia chîesadiSan eenedettocbe cUiamaai anche <ij Su auiu, pei la ca|jella délia conCrateruilï cbe ivi si riirova î a
cërëmooies, à des jours marqués de Tannée : a Elle avait aussi le droit d'aller au baiser de la sainte croix, le vendredi sainct, où ils sont accoustumés de tout temps, vestus comme ils sont de leurs sacz et cappes de confrérie, immédiatement après les religieux, avec torches en main^ au baiser d'icel.le croix (1). » Wadding (2), dans sa description de Saint-François, cite la chapelle Sainte- Anne, où se trouvait l'inscription funéraire d'Albert de Wyss, ambassadeur impérial, décédé en 1569 (3).
La Comunità parle, en 1611, de la perte que fit Sainte-Anne de divers immeubles, à la suite du différend survenu entre l'ambassadeur de France et le représentant hongrois, lors de la fermeture de Saint-François (4) ; etelle donne, comme suit, en 1614, l'inventaire, dressé par le prieur, des reliques existant dans <x l'église de Sainte-Anne, » savoir : « dans une petite boite d'argent, placée dans une petite armoire dans le mur, près le grand autel : un morceau de la vraie croix, reliques de S. André, de S. Çhristophore, de S. Barthélémy, de Ste Euphémie, des SS. Fabien et Sébastien, de Ste Agnès, de S. Nicolas, de S. Antoine, de S. Georges; cendres de S. Jean Baptiste, reliques de S. Ignace, etc. »
Sainte-Anne avait ses procureurs; « et il était d'usage, dit un procès-verbal du 3 mars 1627, que les procureurs de Sainte-Anne fissent la quête, tous les dimanches, à la porte de Saint-François, la tire-lire en mains, pour l'église de Sainte-^Anne ; » la Comunità maintint cet usage (5).
Le conseil de Sainte-Anne, composé de douze membreSy avait coutume de se réunir, en Sainte-Anne, le 12 janvier de chaque année, pour assister à la procession usitée en ce jour (6).
Enfin on lit (p. 12) dans la. Relation des voyages de M. de Brèves: « Joignant cette église (Saint-François), il y en a une autre qui en despend, nommée Saincte-Anne, où les chrestiens du païs 'font leurs assemblées et y ont une confrairie fort dévote. » Les termes que nous avons soulignés de cette citation, indiquent le caractère à ]a fois collectif et spécial de Sainte-Anne, par rapport à Saint- Ci) Négociations, IV, 369.
(2) Tome VI, 55.
(3) Voyez noir«' Cofnptr' rendu du cimet. latin de CP, 1865, 23.
(4) Saint-François resta fermé de 1586 à 1593 ; durant cette période de sept années, a chapefle Sainte-Anne fut^elle transportée ailleurs?
(5) Des quêtes sont encore faites, de la sorte, pour certaines œuvres, les jours de dimanches et flûtes, à la porte des diverses églises.
(6) Procès-verbal, du 12 janvier 1642. Je n'ai pu recueillir de renseignements explicatifs sur Torigine de cette procession qui, d'ailleurs, n'a plus lieu.
Françoîa; c'est-à-âire que, (ont en faisant partie de Ssint^Françoîs, dont elle n'était qu'une chapelle, Sainte-Anne en formait cependant une localité distincte, corame aîllenrs telle chapelle affectée a'jx catéchismes ou à telles réunions pieuses; Sainte-Anne était réservée aux fonctions on pourrait dire civiles de la communauté, tout ce qui avait un caractère religieux s'acconi plissant dansl'église même et proprement dite de Saint-François.
Il est à croire que la confraternité de Sainte-Anne conserva sa chapelle à Saint-François, jusqu'à l'incendie de celte église en 1696, et qu'elle fut alors transférée d.ins celle de Saint-Benoit où elle se trouve encore aujourd'hui (1870).
SaihthEekoit (abbaye; actuellement existant). Jésuites. — Lazaristes.
Les origines de Saint-Benoit et de son enclos sont assez obscures : Tournefort (1) dit que « cette église était aux bénédictins, du temps des GénoJK. » Cette possession, si elle eut lieu, fut-elle antérieure ou contemporaine à la domination franque, ou en futelle la conséquence? Pierre de Cluny, abbé de Clteaux, réclamait de l'empereur Jeau Calo (Calo-ianiou Jean Comnène), eri 1119, et du patriarche grec, la restitution d'églises et d'un monffsïèrerfe cAariVe, sis à Civitot, près la ville royale : « rogarem... ut cluniacensi ecclesife et monasterio de charitate locum qui Civitot dicitur juxta Constantîuopalim positum restitui juberetis (2). » D'autre part, l'ordre de Clteaux joua un rôle important dans l'armée franco-vénitienne se dirigeant, au xiii* siècle, sur Constantinople : u Deux abbés de Clteaux avaient pris part ii la cérémonie de la prise de la. croix, par le marquis de Montferrat, en lui attachant la croix sur les épaules; ce même personnage se rendit à l'abbaye de Clteaux, avant son départ pour la croisade (3); l'abbé de Vaux deSernay, de l'ordre de Clteaux, s'opposa à l'attaque de Zara, par les croisés, et leur en &t défense, de la part du pape [4). Le même ahbé s'opposa aussi à la marche de l'armée franco- vénitienne contre Conslantinople, ainsi qu'à l'ac-
(I) Relation d'un voyage A\t f.warti, Anieicrdam, ITIO. 12) Oaroniiis, Aitnale» ecQlesiaaici, à l'ao 1119. Cf. surCiviiol, Chronique de VitI hurdoDin, édil. RucLon. patim.
(3) HiU- da l'empire de ContlanlinopU, par Ducange, I6S7, p. 17. W là. id. 31.
-accueil fait aux démarche? du prince Alexis (1). Villehardouin cite, de son côté, comme un gràûd malheur pour Fàrmée, la mort de Tàbbé de Los, de l'ordre de Clteaux, c( qui était un saint homme et qui avait toujours travaillé au bien commun de l'armée (2). »
VcAbaye de Saint-Benoit^ comme la qualifiait plus tard la Comtmità, fut-elle remise, après la conquête, aux religieux de Clteaux qui avaient, d'ailleurs, en 1334, un monastère à Constantinople (3)? <t Anuo mcccxxxiv, monasterium monialium eccleside Sanctœ Hanse de Petreio (&>) de Constantinopoli, ordinis dsterciensium regulae S. Benedicti (5). » D'après le rapport de Carhognano, « Tantica chiesa di San Behedetto posseduta gia nei tempi addietro, come si ha per comun tradizione, dai monai Benederttini, » il semblerait que les bénédictins occupèrent cette église, dont la structure, du moins quant à la tour du clocher, accuse tlno construction du xii* siècle, depuis et après la restauration grecque; y restèrent-ils jusqu'à la conquête ottomane, fûrêût-ils ad nombre des émigrants, après la chute de la ville? les traces manquent. Comme les autres églises de Galata, celle de Saint-Benoit fut laissée aux Galatiotes.
Pierre Gylles (6), reproduit par Ducange, cite seulement le nom de Saint-Benoit, et signale « sa magnifique citerne, dépouillée de ses chambres, ainsi que des trois cents colonnes qui en soutenaient la voûte, et convertie, de son temps, en champ de culture, pour les besoins du desservant du temple. »
Grâce â.la protection française, Saint-Benoit, menacé de subir le même sort que Saint-Paul, fut conservé au culte chrétien. ^tdiiè par l'expulsion des Maures d'Espagne réfugiés dans ses États, Etiltan Sulelman avait résolu d'abattre cette église, ou de la changer en mosquée; mais « l'ambassadeur de France fit en sorte que le roi l'autorisât à demander en son nom ladite église, pour
(1) ïd. Âé.
(2) /d. 82. En outre des abbés de Vaux et de Los, la DevcLStatio constantinopolitana dit : « et alii quioqae abbates cisterciensis ordinis... Grucem acceperunt. »
(3) ConstantinopoHs christianat IV, 63.
(4) Au quartiei^ de Pétri, k Constantinople V. Imperium orientale^ ïï, .650.
(5) â. Benoit fonda sa r^^He au mont Gassin en 540. Chateaubriand, Génie du chris» panisme, lll, 17H V ':ir l.i biographie de S. Benoit, les Bénédictins et les abbayes deClairvaux et de Clteaux, Dict. des ordres religieuxdu P. Hélyot, éd. Migne, 1, 418 Miltitz, II, partie 2 liv. 3 p. 46i; K surtout les Moines d'Occident, II, 2>72. Dans le récit de la vie du « Docteur angélique, du patriarche des moines d'Occident, de ce grand soldat de Dieu, » selon les expressions de M. de Montalembert, ou retrouve plus d'une affinité k établir entre cette époque et le temps présent !
(6) De topographia, 328 Constantinopolis Christ. IV, 82, li3
en faire une chapelle royale, & l'usage de l'ambassade de FraDce(l); » il obtint cette donation du sultan, vers 1540.
Comment et par qui celte église fut-elle desservie? D'après les rapports de la Comunità, un religieux conventuel y faisait le service, en 1576; puis, en 1583, M. de Germigny écrit au roi : a Et y (ici) arrivoient trois pères jésuites (2), mandés pac N. S. P. le pape, à la requeste et instance des cbrestiens Perots, pour l'efi'ect de l'instruction de leurs enfantt^; par lesquels Sa Sainteté m'aurait escript un bref (3) aux fins de les recevoir et tenir sQubz la protection de V. M., et les faire loffer et accommoder au monastère Saint-Benott comme estant, dès le temps de sultan Suleynan, soubz la garde et protection particulière de V. M., ce qoej'ay très-volontiers faict (4).» Ces jésuites étaient les pères Jules Mancinelli, italien, supérieur (5) ; Honoré Caze, de Marseille; Maurice Timparizza, de Raguse, avec les frères Jacques Martin de Marseille, et François, grec de nom et dé nation (6). L'ambassadeur de France et le baile Morosini les logèrent en leurs palais; puis, les pères prirent possession de Saint-Benoit le 18 novembre 1583, « Le 25 août précédent, M. de Germigny, à qui cctie église appartient de droit, leur fit expédier deux pa;.&ntes ; l'une en latin, pour les cbrétiens, mentionne les divers brefs du pape ; l'autre constate la donation faite par le sultan. La patente latine préconise le zèle des Bois T. G. à soutenir la religion en Levant, ce qui est d'ailleurs constaté par l'empressement que le Roi a montré pour se faire remettre l'église que le sultan voulait convertir en mosquée. » M. de Germigny établit, par suile, le droit que les ambassadeurs ont eu, dès-lors, de nommer des recteurs, et des économes, pour la desservance de cette église, citant même parmi eux les jières Antoine de Ghio et François Pasies, tous deux franciscains; il teimiue en disant o que c'est sur les
(I) On lit dans l'Eslaf des missions deGrèce, pTéienlé à NJV. SS. les archevêqueê, éoéquM et dépuléi du clergé de France en l'année 1695, [>. 12 ; « Pour sertir i la DBlioD, et eucorii plus pour emiiâcUur qu'eliK ne fixl coDverUi! ea mosqjée, selon les ordres que le sulun eu uvait iiëjii doiiuès. »
(3) L'ordre des Jéfuiles fui (uaJâ au 1331, par Ignace du Lojiula, QIe d'un ({euliihainme de U province dti Guipiiscoa, el approuvé par le pape Pnul 111, le 37 saplembru 1940.
(3) Lu pape avait Également adresse iiu autre bref, en laveur des Pères, au l)aîle deVunibu.HorasiDî (Curajon, p. *), leijDel, dit l'Ettat des Missions, p. 13, aaui tait une aumûno couaidêrublu pour meubler el réparer l'ËgUst;. »
{i) Négociations, Vf, ^l.
[5) cr. Estai d<it Hissions, p. 13.
(6) Documenl officiel.
représentations des chrétiens de Péra qu'il a demandé et obtenu la venue des jésuites; y> enfin, a qu'il s' est -déterminé, conduit par l'esprit de religion du roi, à leur affecter pour logement l'église de Saint-Benoit, et que, sur la demande du souverain pontife, il les recevait sous la protection spéciale du roi (1). »
Le père Hancinelli fut rappelé en France; ses confrères moururentde lapeste(2).H. deLancosme écrivait au roi, le 23 mai 1586^ a de cinq jésuites envoyés par le deffunct pape Grégoire, en l'église Saint-Benoit, qui est soubz la protection de V. M., il n'en estoit resté que ung, les aultres estans morts de peste, lequel avoit escript à son général pour avoir des compaignons; mais le pape Sixte ayant résolu de ne vouloir rien donner pour les entretenir, cela a faict que ce dernier a été révoiqué , et s'en est allé depuis huict jours y laissant l'église déserte; s'il semblait à V. H. d'écrire à Sa Sainteté pour y faire envoyer ou des bons hommes on des cappuchinSj ce seroit l'honneur de Y. H», et la consolation des chrestiens qui sont ici. »
Toutefois, les choses restèrent en l'état^ jusqu'en 1609 : durant cette longue période, des rivalités s'étaient produites; et, en septembre 1609, la ComumV^ informa le pape Paul Y « de Tinstallation à Saint-Benoit, par l'évéque de Tine (3), » visiteur apostolique en tout le Levant, a de la confrérie de la charité^ à laquelle on s'affilie avec grand empressement, » ainsi que du désir de cet évéque d'établir, contre le gré de l'ambassadeur, V hôpital dans l'abbaye de Saint-Benoit. Ces dispositions étaient dirigées contre la nouvelle mission des jésuites, partie de Paris le21 janvier 1609, et composée des PP. Charles Gobin, mort de peste en 1612, Guillaume Levesque, et du frère Colomb, augmentés en route du frère Yiau, et du P. de Canillac, supérieur (ï). Cette mission rencontra des difficultés réelles ou supposées pour la question de résidence; a car, dit le P. de Canillac, les mieux
(I) Documents officiels. Cf. aussi Garayoo, loc. laud, p. 4.
(â) Ou retrouv.'i les restes de trois de ces religieux, dans la crypte de Saint-Benoit, lors du dépôt qu'on y fit «les restes de M. de Saliguac (Carayon, lac. laud. 40, 51). Le i;om du P. Chizzola, avec la d.ae de 158>, se trouve inscrit sur la pierre tombale des PP. Jésuites, morU de peste a Constantinople, de 1585 k 1756; cette pierre a été transportée de Tancien cimetière des grands-champs, à Péra, dans Péglise du Saint- Esprit. {Compte^endu du cimeU latin 1864, p. 26).
(3) Tine relevait encore de la juridiction ecclésiastique de Venise (Carayon, loê. laud. 1864, p. 165). Cf. plus haut, le passage relatif k la juridiction ecclésiastique du patriarche de Grade.
(4) Cf. Estât des Missions de Grèce, p. 31.
pratiquas i^e ce lieu ne cuidaient pas que le monastèPe de Saint' BeDolt, où nos pères avoient jadis fait leUr résidence, fut propre à nos fonctions, ^owr estre écarté de la demeure des Latins, entouré des Grecs et des Arméniens. » M. de Salignac, persuadé, dB son côté, par les gens du pays, avait dt'jà loué polir les père» a une maison belle et bien située, au milieu de la demeure des Latins (1)»;nlais la difficulté estoit de trouver église proprfi et commode, y ayant seulement une petite église ou chapelle, voisine de quelques cinquante pas, dictfi S. Sébastien, qui n'éloil officié» qu'une ou deux fois l'an (2). L'ambassadeur fit demander Vusaffê de cette église au visiteur apostolique, avec réserve, néanmoins de Saint-Benoit; mais S. G. répondit que c'étoit trop, etqu'unO Euffisoit; aussi avoit-il destiné le dit Saint-Bennll S un bopital qu'il avoit projeté avec les a Messieurs de la ville, n Les Turcs avaient été travaillés, d'autre part, coatte la réinstallation des jésuites, car l'ambassadeur se trouvant chez « le Bascba, celni-ct, à propos de quelque chose qui touchait le vénitien, dit avuir scea que quelques prebtres latins estoient venus de nouveau, peraon nages dangereux et haïs de tout le monde, et qu'il estoit meilleuf qu'ils s'en retournassent en leur païs au plus tôt. » De son côté, et. contrairement au désir du pape, l'évèque visiteur, tenant â fermer Saint-Benoit b.u.z religieux français, insistait pour l'installation de l'hôpital dans l'abb/iye, tandis que les Pérotôs faisaient valoir «l'incommodité pour eux » d'envoyer lei fantsdans ce quiirtier de ville (Saint-BenoU), eVoi^n^ de la de^ meure de France. » Finalement, les pères furent mis en possession de Saint-Sébastien; et le jour de leur installation, le 20 septetnbre 1609, ils chantèrent une messe solennelh; dans cette église, en présence de l'ambassadeur et des principaux du lieu- « A leur instigation fut établie dans leur église, le 28 novembre, la, Congrégation de Notre-Dame, dans laquelle M. de Salignao s'inscrivit le premier, avec ses drogm:uis et son aumônier, devenu depuis évéque de Hilo (3), tlhaque dimanche, les pères firent des prédications qui, avant eux, n'avaient lieu que durant l'ave et Le carême; et ils ouvrirent désolasses umëme sans livres
(1j a Les pères jéïuitus oi (T octobre 1609, Uaiis U maim par c«tul-d, Ou sieur Dane. •>
i) Caraïoa, iac. laud. S'.
|3) Cf. auKi Ettal du Mmiont, il .
Danft une lettre* au pape, la Cmume^ ^doûfesde^ que, jusqu'à Parrivée des jésuites, les enfants latins ne saTaient pfas dire letif Pater. Hais si la restauration des pères paraissait a?oir été acceptée, sous certains rapport, elle ne l'avait pas été sousd^aiitres : Le baile vénitien y auquel, selon Hammer (1), s'étaient îointsV envoyé anglais et Yévéqtie de Tine^' rendirent les jésuites suspeots^à la Porte, les présentant comme des causes de discorde et èe^ettnemis de FËtat; leur habitation fut envahie le dimanche 13 dé* cep&bre 1609 parle soubachi et sesagents, qui conduisirent ces re** ligieuxau palais duBascha, d'où l'ambassadeur, accouru aussitôt, les raaoyeoa en liberté (2). v) Us passèrent tranquillement a le premier jour de l'an et la feste de Saint*Sébastien (3), titulaire de l'égliee; mais la veille, jour de la Conversion de S. Paul, l'ambassadeur receut, de nouveau, commandement de chasser ces religieux, espions du pape^ et de l'Espagne (4), ordre qui fut réitéré, une fois chaque mois pour le moins, jusqu'au mois de. . . où on leur dit : « Puisque l'ambassadeur s' opiniâtre tant à vous retenir, eb bien ! restez (5) ! »
Leur habitation menaçant de tomber en ruines, on dut revenir sur la question de Saint-Benoit; le visiteur se maintint, d'abord, dans son système d'opposition; puis, craignant de compromettre le sort de son hôpital, et blâmé, d'ailleurs, parle pape, qui n'ac^ cueillait nullement les motifs avoués de l'exclusion, il finit par donner son adhésion ; et les Pères furent remis en possession de Saint-Benoit, dans «cla dernière sepmaine avant le Carême y>. Cette église, au reste, était fermée toute l'année, excepté le jour de la fête de son patron. La Comunità avait proposé au pape de donner aux jésuites (6) Saint-Georges, occupée alors par les dominicains. Eufin^ réinstallés dans leur église^ les Pères commencèrent aussitôt leurs exercices religieux et scolaires, «c On pre? choit les jeudy et dimanche matin, en italien, selon la distribution des églises de ce lieu ; et le vendredy soir, exposant le Saint-Sacre-
{i)Loc. laud.Vll, 166.
(2) Hammer, VIII, 166.
(3) Dans notre calendrier, ceUe fAte est indiquée, au 20 janvier.
(4) Cette accusation est rapportée dans VEstat des MisêionSj p. 34, comme dans Hammer VIII, 166. Sous le même prétexte, ils auraient été expulsés, plus tard, de divers points de l*empire( Hammer, IX, 114).
(5) Carayon, loc. laiid, 39.
(6) Hammer, ce dont ne parlent ni le P. Carayon, ni la Comumtà^ ajoate que Sainte-Marie Draperis aurait été refusée à ces religieux; il ne parait pi«.'q^ la
^demande «a ait iamais élé fdt^
ment, après un dévot Stabat Mater, on discourait sur quelques mystères de la passion. »
tt La Saint-Benoist qui escheut en en sainct temps, fut solennellement testée, avec un bel appareil; entre autres d'un théâtre, en demi-rond, de degrés sur l'autel, garoy de lampes, sur le milieu dnquel estoit le saint-sacrement, exposé pour les quarante heures, qui vont chaque dimanche, en l'une des églises de Péra, par l'ordounance de Mgr le visiteur apostolique. Il y eut sermon le matin, en italien, et le soir en français... C'estoit grand dommage que ceste église, vénérable pour son antiquité, rare pour son assiette, belle pour ses mosaïques, 'qui, naïfvement et richement, représentent, en espaliers, sur les pans de murailles, les principaux mystères de la vie et passion de N. S., demeura serrée (fermée) toute l'année, excepté le jour du saint, se ruinant sensiblement, en danger de s'ensevelir en brief, dans ses propres ruines (1)... il y a deux mal tresses portes pour entrer en l'esglîseT l'unt! pour les hommes, et l'autre pour les femmes, qui ont leur lieu distingué par un treillis de bois, avec une tribnne au-dessus pour les vierges, qui, en ces quartiers, ne s'osent montrer, non pas même à leurs proches; et, pour ce,yont rarement ez-esglises, et ce, à la poincte du jour. Le bout de ces galeries (nefs la'érales) s'abboutit k un treillis de fer qui serre une gentille chappetle voûtée et des:liée à V Annonciation (2) de la Vierge, où les congrégations s'assemblent, laquelle feu M. l'ambas-adeur a faict magnifiquement peindre par un peintre grec, avec les armes du Roy T. C. et les siennes, et a décoré d'un beau parement blanc, ouvragé h la persienne, avec la chasuble de damas blanc aussy (3). n
Loin de voir leurs écoles moins fréquentées depuis leur refour à Siiint-Benolt, «les grecs, les juifs même, y envoyaient leurs enfants (4); et quant à leur église, ils y virent aftluer des pénitents grecs et latins, régnicoles et étrangers; et les françois la
(I) CarajoD, toa. laud. ii. Le palriarcht: Hacatius {the TravtU of Uacarius, patriarch of Anlioche ; LoDilun, 1S3S, p. :7) duane une descriiHion a pea [irËs semblablu de Saint- Benoît, ijui, selon lui, aurait a|>parleuu anciennement ïux orlhodômes (t).
(i) Aujourd'hui ohaptlli Sainte-Anne. La Comunità ùcrità U. de Brèves, alors ainbasuUuur ii Hoini.-, lu iO mars lltlO : u Depuis leur rutuur \ Saint-ItenoU, les jésuites ont élubli lu Cangrégaiion de la très-tainte Vkrgn, daus la ehapelle dn dehors, voialue de l'ëKlUe; l'amli^iasadeur de Pranue Kl nombre d'autres personnes vont, uùaque samedi, pratiquer celle suinte dévoilua. >
(3) Carajon, toc. laud, i3.
(ij Le mSmc auteur ^uuic plus loin (p. SI)) ■ qu'ils avaient dans leurs classe»
cousidéroient comme leur principale et plus chérie paraisse... H. Tambassadeur avoit faict accommoder une chambre, tout prèz du jubé de PéglisBy tout exprès, les trois derniers jours de la Passion, pour vacquer plus librement à sa dévotion (1). »
<( Le pénultième jour de juillet, veille de la feste de notre B. P. Ignace, que jadis, le dimanche précédent, dit le père de Canillac, le R. P. vice-patriarche (qui nous montre grande affec* tion] par un fort honorable cartel, avoit faict publier par toutes les églises de ce lieu, on fit un service pour Henri IV défunct; et ensuite on chanta, dans Saint-Benoit, les premières vespres solennellement avec un appareil meslangé de joye et de deuil. Le chœur et autels estoient richement parés de blanc, et la nef tendue en blanc et noir, parsemée de fleurs de lys et de larmes ; et sur le milieu, y avoit une magnifique chapelle ardente, sur quatre colonnes blanches et noires, en* façon de marbre, meslé avec des pantes de brocatel blanc et noir, et un drap d'or sur le cercueil, bandé d'une bande de velours noir. H. Pambassadeur passa cette nuict chez nous et la suivante. Le lendemain, un de nos Pères chanta la grand' messe du sainct... On y commença les quarante heures, pour prier, tant pour l'âme du roy de£Funct, que pour Theureux règne du nouveau roy Louis XIII; et, sur la clôture de la dicte oraison, on fit un autre office solennel lugubre, où le P. Antoine, cordçlier, bon prédicateur, fist, à ma réquisition, un petit panégyrique... La chapelle ardente demeura tendue quarante jours durant, avec la messe tous les jours pour T&me du roy (2) . »
«cH. de Salignac, continue le même Père, m'avoit recommandé de fester le jour de Si Louys^ avec singulier appareil, désirant introduire cette feste icy, comme solennelle, pour la nation françoise; ce qui fust faict avec grand' messe et sermon, où tous les
divers religieux... des caloyers grecs avec un diacre et plus de cinquante enfants, tant grecs que francs; aux uns on apprend à lire, aux autres les grammaires grecque et latine. » Baudier, cité par Hammer (VUl, 1(56), dit que « les jésuites fondèrent une école de mathématiques.» Selon les Lettres anecdotes de Cyrille Lucaris^ patriarche de GP., Amsterdam, 1718 : « Ce collège était destiné k renseignement gratuit, sous prétexte de charité^ de la grammaire, des langues et des arts libéraux. »
(1) Carayon, lac. laud, p. 43-45.
(2) « Chez les bénédictins, depuis le vm» siôcle, chaque fois quMl mourait un religieux, on était dans l'usage de faire célébrer la messe et donner sa pitance aux pauvres k son intention.— En 'Belgique, les trentenaires se célèbrent encore, après les funérailles, par toutes les familles chrétiennes. » [Les Moines d'Occident^
religieux fareuï invités, avec le R. P. vicaire- patriarcal, qui chanta la messe, o
Peu après, la mission perdit son zélé protecteur; M. de Salignac mciirut le 12 octobre 1610, a après avoir légué «ne bonne partifl de ses livres à Saint-Benoit [i). » Le P. de Cunillac fuit ainsi le récit de ses funérailles et de l'impression produite par cet événement : a Od ne Bçaaroit bonnement exprimer les regrets de toute sorte de gens de condition et de religion à ce sujet. Le joar suivant, nous tendîmes nostre esglise en noir; et, sur l'heure de midi, qui revient à la ijuarte do nostre horloge fratiçois en été, on fist le convoy honorablement; u os petits escholiers, avec des cierges allumés, alloient les premiers, suivis de plusieurs autres ostrangiers; puis venoieut les religieux, et, après, les domestiques (gens de la maison). Douze gros cierges de la raoble compagnie de Sainte-.\nne, qui faict le Corps de la Ville, pour les chrestiens catholiques, portés par douze, vestns en sacs, qui représenlent les douze apostres, et n'avoient coutume de marcher que pour la procession du Sainct-Sacrement, précédoient immédiatement 1« cercueil, couvert, à la mode de France, d'un drap de velour noir, avec la croix de satin blanc. Suivoit M, de Cariât, frère du deffûnct, assisté des illustrissimes ambassadeurs d'Angleterre et de Venise, avec toute leur suite, qui tous conduisirent le corps en nostre esglise, le posant soubs la chapelle et ouyrent l'office de l'enterrement. Mais nous le mismes puis en son lieu de repos, la naict, à huis clos... en la voûte. .. De là à sis ou sept jours, on fict le service solennel, avec une oraison funèbre, faicie par le mesme des noslres qui fist celle du roy, non sans larmes des auditeurs. Pour nous, nous ne pouvions faire plus grande perte, pour l'assistanoe et secours humains, en tous ces quartiers (2). n
Sous son ambassade, M. de Saint-Priest fit restaurer la pierre funéraire placée à. la mémoire de M. de Salignac, dans la chapelle Sainte-Anne, ou mieux Je V Annonciation de la Vierge; la pierre est sur le sol, côté de l'épltre, et porte l'inscription suivante :
D. 0. M. Illcs, et ESC. DD. Joanhes de Conta vt oë Bibon, Baromi >E Salagnac, Régis chbistiauuss. (3) apvd imperatorem Otho-
(1) Selon les LeltTes de Cyrille Lucaris [p. 901), • les jésuiies avaient formé, dins leur premier éiablissemeQi, b Salot-Benott, une bibliotbèque bien assortie. ■
(I) CarajoD, loc. laud. 50-St.
13) Hluiiieurs auteurs Tout remonter le litre de Hoi irËs-clirÉtlen ï Clovis; ce qui eit certain, c'asi que defui^ Louis XI il est deveau la qualification propre îles rail de France, ^iltitc U, partie 3, livre 3, p, 425.)
HANVM OBATOM TVITOLVIf 9VNC âVlA STMPnBYS FAC1BN0VM CVBÀVIT LVQQYIGVS G^QIN BENBFIGIOEVM AGGEPTORVM MBMO&. OBIIT RàTVS ANNOS 57 DIE 12 OGTOBRIS ANNO 1610. — HoG PIETATIS MONVMENTVM ANTB DBLETYM m PIGNVS AMOBIS BENOtTABl JVSSIT IlL. ET ExC. DD.
Fbanqsgvs Ebimanvil de Gvignabd de Saint-Pbibst eqyes nobi-
LISSWYS BEGIS GaLLIABVM AD EAMDEM AVLAM IUPEBATOBIAM LEGATYS ANNO DnI 1773.
Dans la même chapelle, du côté opposé, sous la balustrade, se trouvait cette autre iuscriptiou, à demi effacée, dout on peut lire seulement les mots suivants :
HlG ASSEBYATUB... NOBILE ET BEGIUM EXELLMI GaLLIABUM LEGATI
DNi Dni Pigon YiGOMiTis d'Andbezeixes... IS begi a SEGBETIS... YIB
NATUS AD GBAN...VABUSFUNGTI0NIBUS...AP17D...BELLIQUE PAaSQUE... RELIGIONI... UBIQUE... MEBITIS CUNGTIS... ILLUSTBEH ANIMAM DEÔ BEDDIDIT... AIÎNO iETATIS SUJS... 1727 (1).
Sur l'invitation de M. le marquis de Houstier, alors ambassadeur de France à Constantinople, et afin de préserver les caractères de rinscription d'upe disparition complète, les PP. lazaristes ont fait relever cette pierre en 1866, et l'ont fajt mettre de champ, sur la muraille, à Tendroit même où elle recouvrait le sol.
La pesle ayant exercé ses ravages durant toute Tannée 1611 et partie de 1612, a ores les grecs avec les latins, jusques dans les maisons des ambassadeurs de France et de Venise, » M. de Harlay- Sancy fit retirer les Pères en un quartier de son logis « l'espace quasi de trois mois, jusqu'à ce que ]e voisinage fut nettoyé d'infection (2). Nonobstant la contagion, les Pères n'ont pas laissé d'avoir toujours quelques communiants en leur église, et de faire quelque briefve exhortation, tant en la.mesme esglise qu'estant retirez chez M. l'ambassadeur^ ayant introduit un sermon tous les ans en sa chapelle; et tant qu'ils demeurèrent au logis de France, les enfants des principaux de Péra y venoient, du gré de H. l'ambassadeur, y prendre leurs leçons. La procession du saintsacrement eut lieu autour de l'église (3)... A la même époque, les/ marchands et mariniers françois ont aussi commencé une congre-
(1) Le Yieomto d^Andrezelles fut ambassadeur de Louis XV, de 1724 k 1727.
(2) Carayon, 2ac. laud, S9. La pierre tombale des jésuites morts de peste porte, k Tan 16i2, le nom du P. Gobln.
(3) Carayoo, loc. laud, p. 65.
grégation, sous le nom de Notre-Dame de Bùrt'Voyage, venants, tandis qu'ils se retrouvent icy, dire les heures de N,-D. en la chapelle que H. de Salignac fit peindre et orner (1). n
Au reste, et à la suite des bonoes œuvres accomplies durant la période de la contagion, la mission de Saint-Benoit avait pu racheter, pour y établir les classes, une maison dépendant jadis du monastère, et l'église avait été «réparée et ajancée. Un chevalier de Malle qui, attendant son rachat, avoit fréquenté la congrégation de Notre-Dame, envoya un très-beau taltlcan de la Conception, principale feste de la Congrégalion ; et Mgr l'ambassadeur fict faire un autre tableau pour le grand autel, qui est d'une Sainte-Trinité sur le haut, et, au-dessous, un S, Louys, royalement veslu, et le bienheureux P. Ignace, avec un Jésus en main, qui accompagnent le tabernacle posé au milieu, Les armes du roy sont du costé de S. Louys, et celles de Mgr l'ambassadeur du costé du bienheureux Père (2).d
Dans les dernières années du règne de sultan Mnrad IV, il se produisit diverses circonstances qui, pour le moment, du moins, vinrent troubler cette situation prospère : dès leur arrivée, les jésuites s'étaient ménagé des intelligences avec le haut clergé arménien; ils avaient aussi prêché la réunion des deux rits grec el latin; des conversions avaient eu lieu (3); le patriarche grec & leur auroil manifesté le désir d'estre uni avec l'Église latine (4); et il invita les Pères à assister, dans son église, à la fête de l'Epiphanie, où il concélébra avec le patriarche d'Alexandrie. » Est-ce de ce prélat dont parlent les Lettres de Cjjrille Lucaris {5)1 On peut lire, dans ce livre, les ii noirs complots n ourdis par les jésuites contre l'auteur des Lettres, et la correspondance entretenue par celui-ci avec les représentants d'Angleterre et de Hollande, l'archevêque de Cantorbéry, les « très-grands et magnifiques seigneurs, sénateurs, docteurs, ministres, etc., de la république de Genève (6). » Finalement, et au rapport de Hammer (7),
citée plus baut.
(1) Carayon, loc. laud, p. 85, la chapelle de VA: (2)Caraïon. loe. lourf., 6i-68.
(3) Hammer, loc. laud.,V[ll, lUfi.
(4) CarajoD, loc. laad., 62.
(5) P. soi. Voir aussi le rappori du Lalle vénilien, àié par Hammer, Vill, 314.
(6) On a vu, par les journaui du Turquiie, dans la pcemiëre moliié ile t>^70, l'accueil rail par le pairiarube grec à un arctievËijue de son rli, revenani de Loodreï, et lai transnietuiQt les seniloKMi.ts favorablus du clergé auglicao pour une uuion avec l'ËgllHe grecque. A.ulérieuremeDi, le patriaruhe grec avait autorisé, par mandemeol, llDliumalioti, au besoin, des anglicans dans les dmelières oribodoxes. (impartial du 28 février 1870.)
(7) toc. taud., VIII, 3«.
aHarlay, poussé par les jésuites, provoqua la déposition du patriarche Cyrille, qu'on accusait, non sans quelque raison, d'être calviniste. » Déposé le 1*' avril 1623 (1), les grecs offrirent 50,000 écus pour qu'on leur rendit leur patriarche; l'ambassadeur de France appuya les prétentions des jésuites, ceux et Angleterre et de Venise les demandes des grecs (2); de part et d'autre, les passions étaient surexcitées; et Ton ne peut s'empêcher de penser que l'hostilité manifestée contre les pères avait pour principal mobile des rivalités essentiellement politiques, venant en^aide aux dissentiments religieux; — les rapports vénitiens, et les actes du baile Nani, ce homme distingué, dit Hammer, mais adversaire ardent des jésuites, » semblent établir ce fait (3).
Le sultan, d'ailleurs, était fort irrité de ce que ccl'ambassadeur de l'empereur était entré dans Constantinople tambour battant et enseignes déployées (4)... Le bruit couroit qu'il y avoit beaucoup de milliers déguisés venus avec lui, et sont à Constantinople et en Galata, en habits de juifs et de grecs, qu'il y avoit quantité d'armes dans les églises et dans les maisons des ambassadeurs; qu'on vouloit soublever les grecs; que les cosaques étoient de la partie. Il en résulta l'ordre à chacun de porter son habit selon sa nation, et deffense de porter chapeau qu'aux françois, et aux frànçois d'habits de grecs. On fit une recherche partout et un r61e de tous les chrestiens. Le grand seigneur commanda, pour avoir plus tôt fait, de tuer tous les françois, sans en excepter aucun. .. L'ambassadeur étant allé au Bâcha solliciter pour les pères jésuites, le grand seigneur fit intercepter la circulation entre Constantinople et Galata; l'ambassadeur, au retour, ne put continuer sa route; et, pendant qu il était allé chez le mufti, ceux qui l'accompagnaient faillirent être massacrés; enfin, le bascha envoya un ordre écrit de sa main et l'un des siens pour accompagner Fambas^ sadeur, faire passer tout son train k Galata, et le conduire à son logis; cette même nuit, et sur une fausse alerte, les turcs se soulè-
(1) Cette déposition est indiquée k Tannée 1622, dans les Lettres et anecdote8,p, 204.
(2) Hammer, VlU, 345.
(3) Hammer, VllI, 220, année 1616; 221-223; X, 31. Les Vénitiens étaient alliés de la France, mais adversaires déclarés de la compagnie, depuis son expulsion du territoire de la République, en 1606. (Carayon, toc. laud.j 93).
(4) Carayon, 87, lettre de M. de Moranvilliers, du 27 janvier 1617. H est question ici de Gzernim qui fit son entrée à CP. en juin 1616, précédé dans son cortège « de cinq trompettes et de tambours, et d'un enseigne portant un étendard représentant d*Hn côté le Christ sur la croix^ et de Tautre, Taigle d'Autriche. » (Hammer VII], 227.)
vent, au nombre d'un millier d'hommea, avec les intentions les pins sinistres; les pères jësuites u furent prins. Il n'y avoit celuy qui ne désespérât de leur vie; aussi, un bon père cordelier, vicaire patriarcal, qui fut pris avec eux, et rais en la mesme prison, fut fait mourir, trois jours après, en présence du grand seigneur, qui fut à cheval, tout le long de la ouil, à Constautinopie. Les jésuites furent seuls pris avec le vicaire patriarcal; on n'alla pas aux autres églises, et si passe-t-on tout auprès eu les menant, et puis, on se demande si c'est Véglise que demandent les Vénitiens (i).» Toutes sortes de calomnies avaient été répandues contre les Pèresj u malg'ré cela, l'ambassadeur parvient, au prix de grands sacrifices, à les tirer du péril où ils se trouvent; leurs malveillants sollicitent au moins leur expulsion; mais l'ambassadeur obtient un firman déclarant leur innocence; donnant permission à deux d'entre eux de retourner pour le présent, et permettant qu'à l'advenir il puisse en venir d'autres de France (2). »
En 1628, de nouvelles tentatives ayant été faites pour la réunion des deux églises, des désordres se reproduisirent : les jésuites reçurent l'ordre de quitter Constautinopie et de s'embarquer immédiatement; et quels qu'eussent été les efforts de Philippe de Harlay, ils auraient été expulsés (3). Toutefois, les instructions de Louis XIII à son ambassadeur, Marcheville, envoyé en Levant en 1631, semblent attester que l'expulsion n'eut pas lieu : «Il (l'ambassadeur) maintiendra, disent-elles, les religieux en la posses' sion de leurs établissements... il n'y en a point parmi eux qui ayent souffert plus souvent que les pères jésuites, lesquels ont encore, depuis uu an, esté menacés d'estre bannis de Constautinopie, et n'ont échappé à cela que par la dextérité et diligence du comte de Césy (4). »
En 1637, année de la mort de leur ancien adversaire, le patriarche Cyrille, le siège patriarcal fut occupé par CarEla, protecteur déclaré, au contraire, des jésuites (5),
En décembre 1640, l'allocation annuelle attribuée par la Co-
(1) Caraïon, loc. taiirf., 87-89.
(i) Id. 97.
[3} Bammer, lac. Imd., IX, 113.
(*j Carajon, loc. ionirf-, 188. C'est vers aewe période, sons le règne de Hurad IV, que fui perdue, }i Coaslantinople, régliae Saini-Nicolaa, (icoiégée par la France; ces circonsUncL's ne furent peuVËtre pas élraiiKères ï cel événement; Sainlo-Mariq de Constautinopie, sous proteciion véQiUenne, fut (lerdue aussi quelques ana^s apr&s, sous le règne du mËme prince.
(5) Hamnier, IX, '.Ki^, d'après Rycaut et Sigredo.
m%ititt4 ^ l^mt-.Çenolt, fut réduite, à raison de Is^ dipi^utipi)i ^s rç^SQ»rqeg, A 6,QpO ^spres (1).
Eq 165^^ }eç revenus annuels de cette église étant de 26,Q0Q aspres par an, sur lesquelles on ne lui en allouait que 8,000, le supérieur d(9man4^ que ç& chiffre fût pprté au double, à partir de ladite i^nné^, à titrp de frais de pourriture et de véteqient de^ père^^ d^ cire et 4^|ii^il^ pour l'églii^e; cette demande fut agréée; puiS| toute allçcation fut retirée durant trois années, les ressources disponibles ayant été eipployées, probablement, èif répfir,er leij^ d^gjStts de V incendie de Galata de 1660. — La maison d'babitation deç p^res ayait epe-^m^ été « presque toute bruslée de ce derr met înçjBndie, écrit l^ P. Saulger, arrivé à Constantinople le 20 i^Qvembre 1663; )i la misfsion ^Q composait Q,lors de çin^q pèreç et deux frères; et, comme il n^y avait plus alors 4'autre église restée debput, danç Galata, que Saint-Bpnolt^ celle-ci recevait up grau4 concours de fidèles, les jours de dimanches et fêtes (2).
Le patriarche d^Ântipche, déjà cité, nou9 donne Af^ Saipt-Bqnolt la descpption Rivante : ce From t^is we passed by to ^ very large çhurcb, wich was one of the inost magnifipent churches belungin^ to the orthodox religion, in the ^reciap e^pire^ f^nd is, a présent in the ^ands of Frapk jesuits. It is yery ancieutand lofty and is paincted ail over, in mosaic, with the festival of our Lprd, explained in gteek characters. The belfry (be&oi) is high, and of anciept structure (3) . )> ,
^n ^66<h, et ^ la demande de la Comunità^ la fête de Sainte Benoit fut déclarée fête de précepte^ par le suffragant pf^triarcfd de Constantinople, Mgr Ridolfi.
Pour cette même année, le P. Sauger fait, coipme sijiit, ]q rapr port des travaux de la mission : a. Tous les dimanches de Faveuit et du caresme, on a presché en françois; nous faisons }/à catéchisme aux marins à nos barques et vaisseaux a^ant et venapt en France; nous allons tous les dimanches au grand bagne ç^u grço^d seigneur qui renferme deux mille esclaves de toutes ns^tipu^, ,et • particulièrement des françois (4). Nous y allons prescher, confesser et chanter la grande messe (1). Nous avons de plus pour
(1) Aqtché, Cf. nos Essais sur Vhistoire économique de la Turquie, p. 31 et suiv.
(2) Carayon, loc, laud,^ 97-103.
(3) TheTravels ofMacarius patriarch of Antioche, London, 1S36, p. 27. Traduit de Tarabe par le fils de Tautear, Tarchidiacre Paul, et publié aux frais du Comi0 des traductions. Cette description se rapproche beaucoup de celle du P. de G^nillac, rapportée plus haut.
(4) Les esclaves sont Tobjet de stipulations particulières dans les capitulations
mission les Sept-Tours, qui est la prison des gentilshommes, capitaines et chevaliers de Malte, pris par les turcqs. Nous avons aussi l'école, composée non-seulement de petits françois, mais encore de plusieurs petits grecs, de l'un et de l'autre rit; nous ayons un très-grand nombre de grecs frans, c'est-à-dire du rit romain, que nous instruisons, confessons, et à qui nous servons comme de curez, pour n'y avoir point d'autre église que la nôtre. Nous avons plusieurs grecs qui ont bien plus de confiance en nous qu'en leurs papas; leurs femmes ne manquent pas de venir se confesser à nous, pour évister l'avarice de leurs papas, à qui il faut donner une somme d'argent toutes les fois. Je fais la doctrine chrestienne en grec vulgaire, à tous ces petits grecs et aux petits escholiers qui y veulent assister. Tous les vendredis de carême, nous faisons des exhortations en grec ; notre R. P. supérieur aprend le grec littéral à plusieurs papas, dans les écoles desquels nous pouvons aller faire le catéchisme tous les jours, si nous le voulons, et je ne perds pas l'espoir de prêcher, l'un de ces jours, dans quelque grande paroisse de ce pays. Des prédications en langue italienne avaient également lieu presque tous les dimanches. » Tant de zèle, couronné d'un pareil succès, devait soulever encore quelques orages; aussi, le 15 février 1664-, l'habitation des pères fut-elle envahie de nouveau par les turcs, qui saisirent l'un d'eux et le conduisirent chez le cadi; il fut bientôt relâché et l'affaire en resta là (2). « Pour mettre fin à ces tracasseries, M. de Nointel fit insérer, dans les capitulations de 1673, l'article 35, ainsi conçu : « On n'inquiétera pas les deux ordres de religieux français, à savoir les jésuites et les capucins, sur les églises qu'ils tiennent en Galata depuis longtemps, ni sur toutes les autres choses qu'ils ont en leur possession (3). »
En 1686, sous la supériorité du P. Vabois (4), il s'éleva des difficultés avec la Comunità; porté devant la {Propagande, le différend fut résolu en faveur des jésuites.
Quoique n'ayant pas été, comme tant d'autres édifices, dévorée
françaises de 453o, 1569, 1381, 1604, 1673, 1740. (Voyez nos Capilulalions et traités , de la France en Orient.)
(1) Carayon, 248-252.
(2) Carayon, loc. laud., 103.
(3) Cf. Hammep, XI, 348. Celle même disposilion a été reproduite dans les capitulations de 17i0.
(4) Le père Vabois (Nicolas) mourut cette même année; son nom figure k l'an 1686, sur la pierre funéraire des jésuites morts de peste. (Voyez notre Compte rendu du cimet. cath. latin^ 1864, p. 26.)
— es-
par les flammes, dans les incendies récents, Téglise de Saint-Benoit réclamait dMmportantes réparations : M. de Girardin obtint l'autorisation de les entreprendre (1); et elles furent exécutées, comme l'indique l'inscription ci-après, encore existante et placée au-dessus de la grand'porte d'entrée de l'église :
ÂD UAJOREM Dei gloriah. S. Benedigti patroni gloriosi pris-
TmUM DECOS ATQUE IMMORTALEM HONOREM TEMPLUM HOC RESTAU- RATUM FUIT ANNO DnI 1687.
LUDOVICI MaGNI FELICIBUS AUSPIGIIS AC REGIA MUNIFICENTIA..
Neuf ans plus tard, en 1696, Saint-Benoit, alors moins heureux fut détruit par l'incendie qui embrasa presque tout Gala ta; il fut relevé, l'année suivante, par la libéralité de la chambre de commerce de Marseille, sous les auspices du Grand Roi, comme le constate cette autre ii^scription, qu'on lit encore aujourd'hui, sous le porche de l'église, à gauche de la grand'porte d'entrée :
Ad perpetuam Reg. memoriam Ludovigi magni nomine rem
GATHOLIGAM OCTAVDM JAM ANNUM APDD OtHOMANOS PROCURAVIT
Petro Antonio a Casiagnere barone a Chateauneuf, parisiensis guri^ senatore templum hoc immani vastatum incendio quo tota
PROPE URBS GaLATA III NON, MAI. MDCXCVI CONFLAGRAViT MaSSI- LIENSIUM MERCATORUM MUNIFIGENTIA (2) ANNO PROXIME SEQUENTI INSTAURATUM EST AD MAJ. Dei GLORIAM.
Vers 1702, les jésuites obtinrent du patriarche arménien la permission de prêcher, en langue turque, dans les églises de sa nation ; cernais le successeur de ce patriarche, moins favorable que le premier, ayant été enlevé par M. de Ferriol et transporté en France, une persécution s'ensuivit; Tarrestation de tous les arméniens catholiques fut ordonnée; bon nombre d'entre eux furent envoyés au bagne lou aux galères, plusieurs furent condamnés à mort, et le varlabied Comidas devint le martyr de sa foi (3).
(1) Cf. Hammer, XII, 190.
(2) « Messieurs de la chambre royale du commerce de Marseille » avaient fait également rebâtir, en 1688, Téglise de Saint-Louis, à Sm3frne. (Garayon, \oo. laud., 273.)
(3) Cf. Hammer, XIII, 85, 185 et suiv. Les historiens turcs ont parlé aussi du
béa jésuites avaient fonde une itapritneriô k Conéliilliîibplta ; et l'un d'eux, le P. Rruzinski, traduisit (1729) éil langue turfJUë, pour le grand vizir Ibrahim pacha, l'histoire de là gûertô fles afghans {Tdrikhi-Seîiâh),
En 1731, le feu détruisit encore l'église de Saiht-Benolt, cbnlàife celles des capucins et des dominicains; la première fut relevée l'année suivante, comme le constate une troisième inscription qu'on voit encore maintenant, à droite de la porte d'entrée du temple :
D. 0, M. ReGITANTR FELICITER LuD. XV. STRES0E AUNITENTE BXCELL, DÛ. Marco, dé villesecvé féXTB. Ejtis legato hoc sacellum ik
HUPËRA CONFLAGBÀTIÔNE (ÎaLAT^ PENITDS COMIICSTUM SIMCL ET BELIQCA HDJUS EELIGIOS-E DOMCS ^DIFICIA EADEU PESTE fc" COLLAPSA TOTICS ET LAXitS RESTITUA SUNT MDCCXXÎïH.
Malgré les faits sommairement indiqués plus haut, une sorte d'apaisement s'étant produit, « un penchant à l'union, dît un document du temps, se manifesta chez les arméniens : en 1735, leur pàque tombant le même jour que la nôtre, ces derniers dirigèrent la procession qu'ils l'ont en la ville, de manière à devant l'église des jésuites de Galata, et ils y firent la même station que foht nos missionnaires en passant devant la leur [1). i
EH 1744, iine nouvelle persécution, la troisième du siècle, s'éleva encore contre les arméniens catholiques ; on leur défendit, sous peine de la potence et du bagne, de fréquenter 1 latines (2). Cette persécution se renouvela aussi en 1761; «les églises des jésuites, des capucins et des dominicains de Galata, placées sous protection de France, furent violées le 22 novembre; et iilus de cinquante arméniens qui s'y étaient réfugiés furent conduits au bagne (3). u
mouvement produit parmi les arméoiens et les grecs, par suiie des prèdicatioU
des Jésuiiea. (Racliid, VI, 3U; Abmed ver^q etendi, T&rikhi osm&ni, \iî, llS.) 1 premier de ces auteurs rapporte, saui la date 1138-17^5, que, sur les plaintes di ralis, » dont la paix avait étë troublée p ar les religieux frant-e, déieuse fut faite \ ceux-ci (le circuler dans l'empire, ei de réiidcr ailleurs, selon les capitulatiot Ik oti BU trouveraient des consuls. » Le texte de ce flrman est rapporté par Ai XIV, US.
(1)DeB processions Twclum«s avaient lieu, à Galata, les vendredi et samedi sainiâl le ministre de la marine pria l'amlKissade de France, en ITJtf, d'iuierdire, dorénavant, ces processions aux jésuites. Reg. des détib. nat, 6 juillet 1749. Qne procès* sion nocturne se faisait aussi i Smyrne le jeodi-saint. (D'Arvieux, fl^moirut, 1, 107.1
(2) Hammer, XV, 90. ^
(3) Id., XVI, 70.
A là suite du br^ tM>titifical du 10 août 1778, qui abolit la compagnie de Jésus, M. de Saint^Priest nomma H< Ruffin^ consul général, administrateur et économe des biens dé Téglise Saint* Benoit; il ordonna au ci-devant supérieur de lui consigner tous les titres et papiei^ relatifs i la propriété dudit établissement^ et défendit à quiconque de troubler M. Ruffin dabs l'exercice de sa chargée* .
Pères Lazaristes.
H. de Saint-I^riest avait demandé que les PP. lazaristèâ où prêtres de la Mission, congrégation fondée par S. Vincent de Paul, et dits lazaristes par le don qui leui* fut fait, en 1632, de la maison de Saint-Lazare, à Paris (faubourg Saint-Denis), fussent appelés à remplacer ceux de la compagnie de Jésus ; mais cette congrégation déclara, par l'organe du P. Vigûîer (1), préfet apostolique à Alger, qu'ellcl Yi'àôcepterait la cession que des établissements sbus protection dé Fratice et libres de toutes dettes. Le mémoire rédigé à ce sujet fut placé sous les yeux de Louis XVI, qui, de sa tassette^ aurait acquitté les dettes des établissements de Saint-Be&olt, de Smyrne, de Salonique, de Santorin, de Naxie, d'Alep, de Tripoli, de Damas et d*Ântoura, lesquels passèrent alors sous l'administration des PP. lazaristes (2). La négociation conduite à cet effet fut longue à aboutir; aussi, n'est-ce qu'en 1783, dit un document contemporain, que Saint-Benoit fut donné par la Cour, avec toutes ses dépendances, aux prêtres de la congrégation de Saint-Lazare, qui en furent mis en possession par une ordonnance dé M. de Saint-Priest.
Toutefois, ces religieux ayant sollicité, en 1793, la protection d'Âutricbe (3), l'ambassade de France, en vertu de son droit ancien, confirmé par les capitulations, délégua quatre commissaires, accompagnés du cbancelier de l'ambassade, pour procéder
(1) Auteur d^un ouvragé ei^timable intitulé : Éléments de la langue iurqiiet ou TdblBB analytiques de la langue turque usuelle» Gonstantinople, in-4o.
(3) On peut conférer k ce sujet les Mémoires des jésuites en Russie et dans Var^ chipel grée, publiés par le P. Garayon. Paris, 1869, p. 68. Selon Michel Febvre, missionnaire carme {Théâtre de la Turquie^ Paris 1686, 4*, p. 515), « les pères ésuites ont dix missions en Turquie, à sçavoir : Gonstantinople, Smirne, Damas, ^ Seide, Âlep, le Mont-Iiiban, Saint-Turin (Santorin), Scio, Nacsis, Négrepônt. »
(3) Documents contemporains; Comunità di Péra; selon d'autres rapports, les azaristes furent expulsés de Saint-Benott pour le fait du refus de serment k la constitution civile du clergé.
à l'inventaire des objets existant dans Téglise ; à oette occasion, la Comunità di Peray qui avait cherché à se reconstituer, protesta pour ceux de ces objets appartenant à la chapelle Sainte-Anne; il lui fut répondu qu'on n'y toucherait pas; la Comunità fit des démarches auprès de la Porte, pour obtenir la consignation de Saint-Benoit, dont Tadrainistration temporelle avait été donnée, le 17 février 1793, à un économe nommé par la nation. La République n'ayant pas encore été reconnue par la Porte, celle-ci [»rit le parti d'ajourner sa décision; seulement, elle nomma pour inspecteur le voïvode (directeur de la police) de Galata, et conGa la supériorité à un missionnaire ex-jésuite, Delenda, né sujet ottoman.
En 1796, la Porte, qui, l'année précédente, avait reconnu la République, ordonna au voïvode de Galata d'aller lever les scellés turcs précédemment apposés; et l'on lemit, à cette occasion, aux commissaires français une déclaration écrite portant que l'église et le couvent de Saint-Benoit étaient rendus aux ambassadeurs de la République « pour les administrer, protéger et posséder comme par le passé. »
Le citoyen général Aubert du Bayet, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de la République, en 1797, confirma provisoirement le P. Delenda dans sa supériorité; mais ayant cru devoir le remplacer, le 16 fructidor an V, par un ex-lazariste français, M. Renard, les Raïas-Latins, excités, d'ailleurs, par le premier drogman d'Angleterre, M. Dane, firent de nouvelles démarches auprès de la Porte, pour obtenir d'elle que la France fût dépossédée de Saint-Benoit. Le chargé d'affaires, M. Ruffîn, opposa à ces prétentions une énergique et efficace résistance.
On lit dans V Histoire de la compagnie de Jésus (1), que, «le 8 décembre 5800, le czar écrivit à son ambassadeur à Constantinople de négocier, avec la Porte, la réinstallation des jésuites dans toutes les faveurs dont ils jouissaient sous l'ancien ne monarchie française. » M. l'abbé Renard, supérieur des lazaristes de Saint- Benott, fut expulsé de cet étabhssement le 20 décembre 1801; cette mesure aurait-elle été une conséquence des instructions précitées?
Finalement, remis en possession définitive de leur église, les pères lazaristes continuèrent, en s'inspirant de l'esprit particulier
(1) Par Grétineau-Joly, tome Y» p. 397.
à leur congrégation, les œuvres d'enseignement, d'apostolat et de charité établies par leurs prédécesseurs ; à savoir, le service du ministère dans leur église, celui du bagne, comme ceux de ThApital (1) du collège^ le seul établissement de ce genre alors existant (2).
L'église de Saint-Benoit, telle qu'on la voit aujourd'hui, ne date que de 1732, époque de sa dernière reconstruction; la tour du beffroi ou clocher adossée sur l'avant, au flanc droit de l'église, et sur laquelle flotte le drapeau français, aux jours de solennité^ (3), est seule ancienne^ elle date du xm* siècle. Par l'efiTet d'une habitude traditionnelle, cette église est souvent désignée par l'un des termes suivants : ce église des génois, église des jésuites, Saint-Benoit. » Elle a été sérieusement menacée par l'incendie qui, dans la nuit du 20 au 21 février 1865, détruisit la partie de l'enclos de Saint-Benoit dite la maison de la Providence; elle n'a dû sa conservation qu'au zèle et aux efforts des officiers et matelots du stationnaire français PAjaccio.
En outre de la procession de Pâques, dont il a été parlé plus haut, les lazaristes font, intérieurement et extra-muroSj le jeudi du Corpus Domini^ à l'issue de la grand'messe, la procession de la Fête-Dieu ayec une grande pompe ; Sa grandeur Mgr le vicaire apostolique officie d'ordinaire, et porte le Saint-Sacrement. La procession t ort à l'extérieur par la porte de Notre-Dame de la Providence, et rentre dans l'enclos par celle du collège; trois reposoirs sont dressés dans l'intérieur de l'enclos : à la maison des sœurs, au collège et à la mission. Â la suite du sinistre du 6 juin 1870, qui a détruit presque la moitié de Péra, M. l'abbé Salvayre, préfet apostolique^ visiteur des missions des lazaristes, tout en faisant la procession accoutumée, qui sortit par la porte de la maison de la Providence, pour rentrer par celle du collège, a supprimé pour cette année tout appareil bruyant, laissant à la cérémonie son caractère spécial et uniquement religieux; comme toujours, on n'a pu qu'être édifié de l'attitude à la fois convenable et recueillie de la population.
(1) Voyez ci-après, § Des Uâpitaux.
(2) La propriété de l'eaclos de Saiot-Benott a été régularisée par titres do 8 sefer 1282 — i«' jaillet 1865.
(3) Cf. ci-dessus, chap. i, Sainte-Marie des Vénitiens.
Chapelle Sainte-Anne.
L'existence de cette chapelle k Saint-Benoit et la pratique des eieroiotiB de la confrérie, dans cette église, sont attestées par les Af^motVéf de la confrérie, en date de février 1793; ces cérémonies, les mêmes qui, selon l'antique usage, étaient pratiquées à Saint- François, consistent dans le lavement des pieds, le jeudi-saint, la procession de Pâques et la messe patronale où l'on prononce le panégyrique de sainte Anne. L'office religieux du jeudi-saint terminé, les prieur, sous-prieur et assistants, ces deux derniers en aubes et en cape janne. entrent dans le chœur; au même instant, un sous-diacre lit l'épltre du jour, pais un diacre, précédé de la croix et des acolytes, monte en chaire, et y lit l'évangile ; au fur et à mesure de la récitation des paroles évangéliques, le prieur revêt l'aube, la ceinture, le cordon et la serviette; et accomplissant successivement les actes y énoncés, lave les pieds à douze enfants; les membres de la confrérie distribuent des pains à chacun d'eux, même K l'assistance, et entonnent ensuite le Stabat Mater. A la porte de l'église, est suspendu un tableau portant le nom des prieur, eous-priaur et des douze apôtres ou conseillers j l'un des membres de la confrérie reçoit les aumônes, pour les pauvres.
On peut être porté à dire, avec quelque raison, que la cérémonie dont il vient d'être parlé, est la continuation, par ie prieur de Sainte-Anne, d'un usage pratiqué, antérieurement, par le podestat et le conseil des magistrats de la colonie génoise de Péra.
Le jour de Pâques, les membres de la confrérie, mais « ians cappe, » portent une ch&sse d'argent massif, contenant l'image du « Rédempteur ressuscité (1). »
La confrérie, qui a aussi sa bannière, possède dans sa chapelle, à Saint-Benoit, à droite du maltre-autel, un assez grand tableau de la sainte Vierge, peint sur toile, et enfermé dans un cadre intérieur d'argent. La tète do la Vierge, nimhéa d'or et couverte d'un voile tombant sur le front, est noirej les mainS de l'enfant Jésus, qu'elle tient apptiyé sur son bras gauche, sont d'un ton
dans UDË plaioie de la Comunilà au Salat-Père,
bistré; on attribue à cette image, rapportée, dit-on, ab antiqao^ de Trébizonde, où la confrérie aurait pris naissance, certains miracles^ opérés sur les iâ&làâ)ôà i^^ëi lë^uels on la portait autrefois.
A gauche de Tautél, daté de révtogile, ^ trouve le taUaau de sainte Anne^ entièflMâeiit tl'brgéht, sauf la tète et les mains jointes^ qui seules lK>Ét peintes, et d*ùn tèn également bistré : au côté oppdsé de l'autel, le tableau de saint Joachim est exactement dans l^ mêmes OMiditidQd. Ces deux tableaui paraisseat être de la même époque que celui de la l^iergei
En haut et au milieu du fronton de l'autel^ se trouve encore un tableau de saint Nicèlas^ dont la confrérie célèbre également la fôtOi On y voit aussi une image de saint Roch, invoqué contre la peste (1).
La fête patroBcde de eainte Anne est célébrée solenneliement le 26 jùilletv
Enseignement ; institutions de charité.
LesRR. PP. Lazaristes ont continué, dàûâSàlht-Etettblt,l^teuVre d'enseignement fondÀe, dans ôét établissement, j^ak* létlts devanciers. Jusqu'en i^My ils tenaient, àânsle'ul^ endos, lih èoUégé où les enfants des familles latines recevaieiit ritaStruéiiôil. Ce colleté se trouvant alors resserré dans un local trop restréifat, M. l'abbé Leleu, de regrettable mémoire, le transféra à Bebek, dans unie localité acquise ad hoc; et en 1843, cet ètablîâ&èâlfeht reçût, du roi Louis-Philippe, le titre de « Collège tù^kl. » Par àiiité de cbtisidérations économiques, et eil vhe d'obtenir d'Utiles réfôrihes, le collège a été reporté récemment à Saint-bèholt : i lÀ t^èûttéë dès vacances de P&quèà 1867, il à été établi dâiië lé b&tiûleîit de l'endos, construit, dàAs le ]^rincipé, pôui^un isétniùÀit^. Le ùôtih veau collège, dont lé progratnMé des éttadèâ est caltJUé sui^ bèlui de l'Université de )^]raiice, est dirigé ]^ar dix-neuf lieizàristès, d^ht trois laïques, il compté quatre-vingts ëlèVes.
En 1841, le supérieur des lazaristes appela àUsâi à Cônst&hitinople, pour les écoles gratuites, les tvèvéÈ de la Dbctrihe lehfétiennè; pendant plusieurs années^ ces dei^hiers tintlàht letUte classes dans l'enclos même de Sainl-Beùéit (2).
(1) On trouve dans cette chapelle les pierres funôraires de François Rakoczy,« electus TransyWaniae prînceps » (1735), et de sa femme, née Frangipanl.
(2) Voyez ci-aprèlï Sainp4m^e, Pm^ GëSf-lTiW).
Sceurs de Charité.
Les filles de S. Vincent de Paul vinrent fonder à, Constantinople, sous lu direction des RR. PP. Lazaristes, la première maison d'éducation pour les filles, en avril 1838 (1). La vénérable et défunte mère Lesueur, duat la population entière de Constantinople conserve religieusement le souvenir, trouva, bientôt, dans son intelligente cliarité, les ressources nécessaires h l'extension rapide des œuvres confiées à son zèle et à son expérience.
Etablies dans l'enclos même de Saint-Benott, les sœurs Je Charité créèrent, sur ce point, externat, pensionnat, orphelinat, pharmacie et dispensaire.
En 1863, la maison de Galata, si justement nommée u maison de la Providence, » car tous viennent y chercher et y trouvent des secours pour leurs besoins et leurs misères, renfermait les établissements ci-après :
1° Exlernat-ouvroir, contenant trois cents jeunes filles, auxquelles on donnait aussi l'instruction primaire; deux cents d'entre elles recevai-t, en oulre, suivant leurs besoins, des vêtements et un repas par jour.
2° Orphelinat, donnant asile à cent cinquante ou deux cenis jeunes filles, qui y étaient élevées et entretenues complètement.
3° Un dispensaire, où l'on donnait,, journelU'uienl, des consultations et des médicanieuls à Irois cents pauvres de tout culte, de toute nationalité; la nourriture y était aussi donnée à. une cinquantaine de pauvres.
Le feu s'étant déclaré dans cette partie de l'enclos de Saint- Benoit, dans la nuit du 20 au 21 février 1865, la sœur Caroline (Renaut), qui, à. peiue revenue du Mexique où elle avait dirigé le service des ambulances de l'armée française, avait été appelée à remplacer, comme visitatrice, la mère Lesueur, défunte, s'occupa tout d'abord des orphelines; on fit lever et habiller, en hâte, ces jeunes filles que les sœurs dirigèrent sur divers points, afin de les mettre en sûreté; puis la sœur Caroline courant à la chapelle prit le tabernacle qu'elle emporta dans ses bras et sauva des fiammes, ainsi que le tableau de la Vierge, placé aujourd'hui à
(ij Voïex Eug. Bore, Ltttres d'un voyageur en Orient, II, 284.
rentrée de la bouvelle maison ; ce furent les seuls objets dérobés à la fureur du feu !
Ne voulant pas que le malheur dont les sœurs venaient d'être frappées arrêtât le cours de leurs bonnes œuvres, les PP. Lazaristes placèrent ces saintes filles, ou mieux leurs classes et leurs orphelines, dans le bâtiment qu'ils venaient de construire pour le séminaire; quant aux sœurs, elles se logèrent dans les combles des misérables maisons de renclos ; et Ton ne saurait dire quelles misères les courageuses filles de S. Vincent ont endurées dans ces pauvres réduits !
On ne peut se rappeler, sans une vive émotion, le spectacle qui s'o£Prit aux yeux des catholiques, quelques mois à peine après Tincendie, le jour de la Fête-Dieu ! Confiante dans sa foi, la sœur visitatrice voulut que le premier reposoir de la procession de Saint-Benoit s'élevât sur les ruines, presque encore fumantes, de la maison de la Providence IHoutesles pauvres sœurs, agenouillées là, demandaient à Dieu de bénir et d'exaucer leurs ferventes prières pour la restauration de cet asile de la charité ! Leur vœu a été exaucé : le gouvernement français, la colonie et le gouvernement du sultan leur sont venus en aide ; et moins de deux ans environ après sa destruction, c'est-à-dire en avril 1867, la nouvelle maison de la Providence rouvrait ses portes, comme par le passé, à tous les malheureux. Toutes les anciennes œuvres y ont été rétablies (externat-ouvroir, catéchuménaty dispensaire)^ sauf l'orphelinat, porté à Tchoqour-Bostan, et dont il sera parlé au chap. III.
A l'époque de la guerre d'Orient, les sœurs de Charité avaient établi des succursales dans Constantinople même, à Scutari et à Brousse; à la suite des déplorables événements de Syrie, en 1860, on crut, par mesure de prudence, devoir rappeler les sœurs à la maison centrale ; ces succursales n'ont pas été rouvertes (1).
Association des dames de charité de Galata,
Sous l'influence morale qui s'exerce, naturellement, par les œuvres des PP. Lazaristes (2) et des soeurs de Charité, les dames
(1) V. aussi chap. m.
(2) En 1866, les lazaristes avaient fondé une œuvre pour les Italiens, dite Carilà ftatemai une autre œuvre a été établie aussi pour les Allemands.
latines habitant Galata ont formé entre elles, en 1852, une association de charité, pour cette ville.
Voici l'extrait de son compte-rendu pour 1869.
Oames aasociâes pour
l'année 1870, Recettes, piastres- 13,465 Dépensas, id. 1I,M3
Visites faites aux pauvres par les da )d. id. par les sa
id. aux malades id. .
Mariages rëbabililés ou contractés.
Conférence de Saint- Vincent de Paul.
Celte conférence, étabUe à CoDstaoti>>oplB 'vers 1840, a passé par difl'écentes phases plus ou moins prospères: en 1869, elle comptait trente-quatre membres, payant cotisation annuelle et assistait trente-deux familles. Les recettes ont été, pour cette même année, de 6,020 piastres et les dépenses de 7,859 (2).
Sainte-Claibe (Chapelle; n'existe plus).
Nous manquons de renseignements sur l'église ou chapelle de Sainte-Claire, « l'intrépide iille de S. François, dit Ozanam (3), (]ui sort tenant l'Eucharistie entre ses mains, et met en fuite les infidèles;» Pierre Gylles (4) en parle toutefois, comme existant de son temps... a in quo hodie spectantur duœ œdes sacrœ, quapuip upam Franci appellant Divam Claram... » Crusius cite également une église de ce nom (6), parmi les huit églises de Galata.
(I) Selon le rapport, 16 pages in-S", etiea états présentés par M. l'abbé Salvayre, directeur, dan s la séance gÉntrale du 30 avril 1871, présidée par Mgr FrancLi, nonce apostolique, le nombre des associée* a été, pour celte année, de cinquante-trois ; les recettes se sont éjftvépî il (7,033 .pj??"'?», el |es Repenses à 13,002.
(2] Grice au zèle de M. Salvajre, préfet apostolique des lazaristes, secondé par \i cbarilë des anciens membres, la conférence a reçu une nouvelle Impulsion dans les premiers mois de 1671; ses séances, tenues li Sainl-BenoU, sont bebdo elle compte une vingtaine de membres visitant les pauvres, et autant di leurs; elle assiste environ une trenlaine de ramilles. (Juin 1B71.]
(3) OBuvres complètes, III, 9i.
[ij De Bosparo Thraeio, p. lîS.
(S) Turco-graecia, p. 305,
Ducange (i), d^aprèft diwiipii, d^g^e SkiatonClaiw comine <i temple oq monastàv^ eiicoP0 existant à fialata, » Il jetable, d'âpre les indications de Pierre Gylles, que pette.^gUsa devait se' trouver dans la partie df Galata avoisipwt Tophana. Les aetoi^ dfi la Comunità ne fo^t uiull^ qni^ntîop d'nOQ église de ce nom.
Sautt-Fraxtcois (paroisse ; p'çxiste plus).
mnean conventuels (â).
Les franciscains, rapporte E. de Beaurais (3), attribuent la fondation de cette église à saint François d'Assise, d'autres À Francesco Gerolamo d'Ascoli, envoyé, en 1272, par le pape Grégoire X à Constantinople, auprès de Michel Paléologue, afin de négocier la réunion des deux Églises, lequel Gerolamo d'Ascoli parvint ensuite au trône pontifical^ sous le nom de Nicolas IV. » On a vu plus haut que, sous le règne d*AndronicII Paléoioguei successeur de Michel, les frati Minori e Predicatori avaient eu à souffrir de l'animadversion des Grecs; et que, chassés de Constantinople, ils durent se rabattre, en 1307, sur leur couvent de Péra, envié également par Femperenr et quHls s'occupèrent de réformer (4).
Wadding cite une inscription commémorative funéraire placée sur la porte principale du temple, à l'extérieur : « Hic inferius est
SEPULCRUM DD. GeRABBI ^T ROBERTI FRATRUM COMITUH DE MONTE
Cucco ET SLSREDUM suoRUH... 1304-1338. » Cette inscription est postérieure d'une année seulement à la Délimitation de Galata de 1303, citée plus haut, d'après Sauli.
Dans les divisions intestines survenues à la mort d'Andronic III (juin 1341), les Galatiotes, avant de se prononcer pour l'un des concurrents à la couronne, chargèrent deux frères de S. François, dont l'un était le P. Enri, parent de l'impératrice Anna, et supérieur des Mineurs ObservanJtins de Galata^ de se rendre au camp, pour faire une sorte d'enquête sur les droits des compétiteurs, et transmettre ensuite son avis aux magistrats de la colonie (5) .
(1) Ub. IV, MK), GonsU ChrisU
(9) Diu « observantiiis ou Govdeliers-con'rentaeU, » par The?e«ac, Votfoge de Levant j p. 51.
(3) Cité par Byiantios, II, eo. Voyez aussi Tournefort el €art>ogiiftiio, 89. (4)5tona universale delk missione ftaneêêcanê, Rome, 1890,11, chap. iv, 186. (5) SauU, toc. laud., I, 227.
En 1366, les pères Tomaso, carmëlïtaio, et Guillaume, des Mineurs, furent envoyés par Innocent VI, comme nonces, auprès de l'empereup Jean 1" Paléologue ; et ne l'ayant pas trouvé à Constantinople, frère Guillaume resta dans la capitale, afin de se concerter avec ses confrères Mineurs de Péra et les Prêcheurs de Galala, sur les mesures à prendre pour le succès de leur mission (1).
Une bulle de Martin V (H29) au frère Nicolas, nonce apostolique, cite les diocèses et villes de « Cafa, Chio, Mytilène... Fera, vicino di Constantinopolis (2).
Dès la fin du xiii° siècle, à l'époque où le célèbre Jacopone entrait chez les Mineurs, l'ordre s'était divisé en deux fractions : l'une dite des conventuels, qui avaient pris pour eux la possession des dignités, de la gravité de la vie sédentaire ; l'autre dite des Frères spirituels, rigides observateurs de la règle. Le pape Célestin V, intronisé en 1294, se déclara pour ia stricte observance des règles monastiques; puis Boniface VHI révoqua les décisions de ce pontife, et remit les Frères spirituels sous l'obéissance des supérieurs conventuels (3). Finalement, le pape Eugène IV décida, en 1445, que tous les couvents et bospices resteraient attribués aux observantins, à l'exception du couvent de Saint- François, qui resterait en la possession des conventuels (4),
Les Annales Minorum fournissent des détails intéressants « sur l'esglyse de S. Françoys des Cordeliers, » qualifiée par V. de Germigny, ambassadeur de Henri 111, « de dôme ou esglyse cathédrale ; o par la Comunità de « grandezza e splendore del Dome christiano, in questi parti dell 'Oriente.., domo dî questa città di Peyra,, ., chiesa principale, n et, par Ducange, a. d'aedes prineipalis totius Galatini oppidi. »
Wadding donne la description de cette église, et, entre autres détails, le texte des pierres funéraires placées dans le temple, mais dont le feu n'a laissé aucune trace; en voici le sommaire :
Près la porte de la sacristie ; « Bonifacius de Paulo, amiratus riegni Bœmorum ; ohiit 1364. n
(1) SWrtfl uniwrMU délie inisstone, fr. IV, 231; cf. Wadillng, année 13SB. Cette distincilon de dénomioaUon pour la mËme localUë peut paraître singiiUËre; on ne saurait l'expliquer auirement que uomme un» .itmple appelluiion cboisie par chacune des deux religions pour son litre Epécial et pârUcutier.
(2) Storia. universale délie mi»», fr. IV, 331; et. Waddiag, Année 1396; id, p.. 17t,
(3) Ozanaiii. Œuvret, III, 149 et suit.
|4) Ul' WaddiDg, Atmalei tftnorum.
Près la porte conduisant de Téglise au cloître : « Jacet nobilis vir Brancha de Spinolis ; defunctus anno 1390. »
Près le baptistère : « lacent Andréas de Grimaldis Andreae filius qui anno 1&32 die prim. nov., et Leonardus de Spinolis qui die 10 sept, obierunt. »
Non loin de la porte du cloître^ le tombeau en marbre ce magnifici Dmi militls Caroli Lomelini, praefecti classis genuensis, defuncti li^34 die 4 septembris. »
Au milieu de l'église ; a Hic sepultus est Marcus Delpbinus, patricius venetus, anno 1490 die 13 julii. »
Dans le cloître même, chapelle Sainte-Mari^ Madeleine : « Jacet Pbilippus de Artois comes de Cic {sic) et comestabuli Franciae, qui obiit Mikhalici anno 1497 {sic) die 15 junii (1). »
Au milieu du temple : ce Georgius Andréas Gritti ducis Venetiarum filius, qui obiit 1538 (2j. »
Dans le chœur, du côté de Tépltre : « Jacet Joannes Dolu Gailorum régis orator qui in setatis 33, et Christi 1561, die iulii occisus est (3). ))
Dans la chapelle Sainte-Anne : <c Jacet illustris vir Albertus de Viis Ferdinandi et Maximiliaui imperatorum consiliarius et in curia ottomanica multorum annorum orator. Obiit octobris 1579 (4). »
Le baron de Preyner, ministre impérial^ décédé le 19 août 1584, fut également inhumé à Saint-François, à côté d'Albert de Wyss (5).
Cette église parait ne pas avoir été placée seulement sous, le vocable de Saint-François, à en croire l'inscription suivante, placée au-dessus de deux tribunes séparées, l'une pour les jeunes filles, l'autre pour les femmes, que Mgr Giffreduç Cicala, évèque de Caffa, avait fait construire : •
Ad honoreh Dei et B. Mari^ tirginis et beati Frangisgi hoc
OPUS FEGIT FIERI REVDUS D0M5US FRATER GiFFREDUS ClGALA, DeI GRAIIA EPISCOPUS GAFFENSIS, OLIM PROFESSUS IN ORDINE MINORUM
(1) Comte d*Ea, fait prisonnier à la célèbre bataille de Nicopolis, par sultan Baïezid, le 25 septembre 1396, et mort à Mikhalidj. Cf. Ducange, Const. Christ. p. 84.
(^) Fils naturel du doge, et qui joua un rôle important sous le règne de sultan Sulelman.
(3) Les Négociations (1, 6Ô3) et autres documents ne font nulle mention de Is triste tin de cet envoyé de Charles IX.
(4) Lisez : 1569. Cf. Négociations, III, 96; Hammer, VI, 335 et 516.
(5) Hammer, VI, 174.
PBO CPJCS ..ŒDtFIClI PRiEUIO DETDR SIBI VITA ^TEKHA, AMEN. 14.26 DIE PBIMO A0GCSTI.
Selon le lémolgnage de Wadding:, l'église et le cloîtra de Saint-François étaient vastes et spacieux; les rapports contetnporaius s'accordent encore à dire que l'aocieii enclos de l'église était plus étendu que celui de la mosquée actuelle.
Les Négociations (1), faisant le récit des rivalités politiques existant entre l'envoyé de Philippe II et l'ambassadeur du roi de France Henri III, nous donnent aussi quelques détails sur ces mêmes rivalités dans les questions religieuses; ces conflits amenèrent la clôture de l'église Saint-François durant plusieurs années : « i'ay tousjours conservé et conserve la possession de précédence des ministres de V. M., écrivait au roi M. de Germigny, le 30 mars 1580, à sçavoir dans l'esglyse des Cordeliers qui sert comme de dôme ou esglyse cathédrale à tous les ambassadeurs chrestiens y résidentz, comme vostre ambassadeur, celuy de l'empereur, de Venise et Raguze, où ils ont accoustumé d'ancienneté, à la façon des ambassadeurs A Rome et à Venize, d'aller ouyr les messes grandes et offices de l'église aux festes solennelles de l'année tous ensemble, oli j'ay été, devant et après l'accident, avec les dits ambassadeurs, qui même me sont venus prendre en mon logis, pour m'y accompaigner [2), laissant aller te susdit Mariglian (3) seul en une autre esglise à part. »
M. de Germigny continue ainsi le 2fi avril suivant : « Le sieùr de Matiglian projetait de faire practique avec le bassa pour se trouver en l'église principale de ce lieu de Péra ; je le devançay, faisant entendre résolument au bassa, où il le luy permettrait et ferait cette brèche à V. auctorité, je ne l'endurerois et y emploierois foules mes forces et ma vie pour faire saige ledit Marigiian h. l'advenir et oultres ce prendrois dès lora congé de
ce seigneur et le bassa éclaircy soudainement, envoïa l'ordre
de ce seigneur audict Marigiian de n'assister aux cérémonies publiques là où V, ambassadeur seroit, s'il ne vouîoit marcher et prendre siège au-dessoubz, et qu'où il se mettroit en effort d'oultre-passer ce commandement, il l'envoyeroit renfermer en
son logis Bref, j'ay assisté à toutes les cérémonies de la sep-
maine sainte et festes de Pasques, m'eslant venu prendre en mon
(1) Tome UI, SB9.
(9) Cr. plus haut, S ProUelorat politique. ^
(3) L'emojé espagoul. "
logis le vice-bayle des Vénîcîens, les Seigneurs Perotz, ragti26ys, marchands vénitiens et aultres à Paccoustumée, pour m'y accompaigner; où ledit sieur Mariglian alla seulement une fols ou deux en l'église Saint-Pierre, petit monastère des Jacobins, seul et sans qu'aucun pérot ni aultre et moings ambassadeurs ni bayles, s'y riei;rôuvassent (1). »
Le même ambassadeur écrit encore au roy, le 2 juillet suivant (2) : c( Je me trouvay à la procession solennelle de la Feste- Dieu dernière, accompaigné de tous les Seigneurs Pérotz à l'accoustumée, où toutes les esglises cbrestienpes de Constantinople et de Péra s'assemblent ; et fust faict l'office par l'évesque de Scio. »
Selon Hammer (3), sultan Hurad III, voulant les changer en mosquées, aurait fait fermer les églises de Saint-François, Sainte- Anne, et Saint-Sébastien. Le dimanche suivant, l'ambassadeur se serait rendu, avec une suite de quatre-vingts Français, devant l'église dont il aurait frappé la porte, entonnant l'hymne Attollite portas; et il, ne se serait retiré qu'à midi, poursuivi par les railleries des Turcs ; mais, comme cela avait déjà eu Heu, un sacrifice de quelques milliers de ducats aurait empêché l'exécution du projet conçu {k).
De nouvelles difficultés s'élevèrent pourtant encore, à propos des mêmes questions de préséance, en 1585, avec le baile de Venise. Berthier, chargé d'affaires, écrit au roi, le 26 mars de cette année : c< Comme suivant ce qui a esté de tout temps de louable coustume... parles ambassadeurs de V. M.... et pour en ce donner exemple et satisfaction à ce peuple chrestien, de deçà, aux églises de Pera, et mesmement à celle de Saint-Françoys, je serays le dimanche xxviii'du présent mois, allé à icelle pour y ouyr le sermon et le service divin ; après toutesfois avoir faict reconnaître à celluy des miens qui y porte mon tapis, si celluy du baille des Vénitiens y seroit. Comme il n'estoit donné ordre qu'en ce cas il meist le mien en une aultre église, là auprèz.. . Hais non seulement cestuy-cy prins party d'y venir, mais il me manda dire par ung des siens que j'eusse à lui céder le premier lieu.
(1) Cf. ci-dessus : Protectorat politique,
(2) Négociations, III, 916.
(3) Loe. laud., VII, 130. ^
(4) Moins afiBrmatif, Jouannin {la Turquie^ 469) dit seulement que M. de Ger- ^SDigny, au moyen de quelques milliers de ducats, empêcha la fermeture des églises '^qu'on voulait consacrer ^ l'itlamisme.
Sur ce, pour éviter Toutrageuse résolution du dict baille, vouant à ceste fiUy accompaigné, oultre les siens, de tout plain <ie personnes de sa nation y j^aurais pensé plus expédient de m'en partir de là, ayant mesme jà, ouy messe (1). »
On relève plus loin de la même correspondance que ce chargé d'affaires « auroit esté invité à se trouver à S. Françoys par ung marchand de la confrcUernité du St- Sacrement (2), érigée dt deçà depuys un an ou environ (1584), ayant accoustumé les confrères d'icelle faire une procession à certain dimanche de chaque moys. Ce dont où ainsy seroit estant moi semblablement de la dite confraternité.... Le baile auroit encore (contre l'antienne et invétérée usance, non oncques violée par aucuns ministres de princes de deçà, ny des ambassadeurs de V. M.) buté de vouloir forcer, mesmes par audacieuses menaces, les chrestiens Perrots de l'antienne confraternité de Ste Anne, en ceste église de S. Françoys, de luy céder le pas, dans les cérémonies de la semaine sainte. En estant venus enfin iceux Perrots jusque à ce (voyant l'oultrage du personnage, et en vertu de leur ancien commandement et privilège de ce seigneur d'estre maintenuz en la jouissance de leur église et; leurs antiennes usances en icelles, dont de l'ung et l'aultre, ils ont toujours recogneu la première, principale et comme seule protection de V. M.), que de s'estre résolu, ou de faire clore les portes de leur église audict sieur baile, comme il y viendroit avec ce desseing, ou de recourir ouvertement à moy pour ce regard. — Au demeurant, écrit encore Berthier à Henri III, le 29 avril 1585, je fus le jour de Pasques, à l'église de S. Françoys, au service solennel d'icelle, y bien reçu et honoré de tous, en considération du grand respect que tous généralement de deçà ont de toujours eu du nom de V. M., où le sieur bayle de Venise ne se trouva (3). »
Les Négociations jquîf du reste, offrent une lacune à cette époque, ne fournissent aucun renseignement sur la fermeture de Saint- François. On lit dans Jouannin (4) : « Le caractère violent de M. de Lancosmele poussa à commettre dans Tégiise Saint-Georges (lisez Saint-François), à Galata, un acte qui eut des suites graves : le dimanche 29 mars 1586, il enleva à main armée la place d*hon-
(1) Négociations, IV, 367.
(2) Les procès -verbaux de la Comunità font aussi mention de l'existence de cette confrérie.
(3) Négociations, IV, 381.
(4) La Turquie^ p. 173.
neur qu'occupait l'ambassadeur impérial. Le maintien du privilège explique cette action; mais la Porte en fut irritée ; l'église fut fermée; et le grand-vizir déclara qu'elle ne serait rouverte que lorsque H. de Lancosme ne serait plus fou. x>
Le docteur Pezzen, porteur, en 1587, du « présent honoraire annuel impérial, x> interposa inutilement ses bous offices pour la réouverture de l'église (1) ; le baile vénitien agissait aussi de son côté, et annonçait même (1588) un succès non encore obtenu (2). Il semble toutefois, d'après la correspondance de H. de Lancosme du23 décembre 1587, que,danssesnégociationsavecle grand-vizir, celui-ci faisait retomber le fait de la fermeture de l'église sur les Perrots eux-mêmes, et que ces derniers désiraient obtenir un compromis entre les ambassadeurs du roi et de l'empereur. Ce même dire est rapporté dans une lettre de Henri lY à sultan Murad, portant textuellement : ccNous avons été averti par notre... ambassadeur. . . que, pour quelque contestation qui advint. . . . entre luy et l'ambassadeur de Hongrie, touchant la préséance de l'église, fut pris occasion par les procureurs religieux du couvent de Saint- François de Gallata, de fermer leur église, où les ambassadeurs avaient coutume d'aller ouïr le service divin (3). » Quoi qu'il en fût. Saint- François n'était pas rouvert, et M. de Lancosme écrit au roi le 19 février 1586, c< à propos de l'heureuse victoire que S. M. divine a donnée à Y. M. sur l'hérésie, j'ai faict assembler tous les prebstres et religieux qui sont à Constantinople et à fera (il), lesquels ayant chanté les louanges de Dieu et ung Te Deum, dans une des principales églises, et presché publiquement la grâce que Dieu avoit faicte à tous les chrestiens par l'heur et conduite de Y. H. , tous universellement ont invoqué la bénédiction de Dieu sur icelle; je m'y suis trouvé avec tous les Françoys et grande quantité de Perrots et aultres chrestiens (5). »
A son arrivée à Constantinople, vers le mois de mars 1593 (6), M. de Brèves demanda, au nom du roi, au sultan, la réouverture de Saint-François. Henri IV qui, d'ailleurs, avait, de longue date,
(1) Hammer, VU, 181.
(2) Négociations, IV, ea*».
(3) Testa, Recueil des traités^ lU, 328. Dans une leUre de 1611, la Comunità dit que réglise fut fermée, U'ordre du sultan, pour les mêmes raisons, et demeura ainsi close durant plusieurs années.
(4) La Latinité possédait encore, à CP.^ les deux églises de Saint-Nicolas et Sainte-Marie.
(5) Négociations, IV, 640.
^ (6) Hammer, BaiU$ vénitiens. Vil, 252-253.
entretenu des relations personnelles avec sultao Murad, avait écrit de nouveau à ce prince ; « Sultan Amurat, notre très-chei *t parfait ami, o pour le «supplier très-affectueuseinent que son bon plaisir soit avoir agréiilile, en notre contemplation, que la dite église soit ouverte à tous les chrétiens; donnant, s'il lui plall, sur ce, des recommandations, de sorle qu'il n'y soit mis empêchement par les ministres et officiers de S. H. , de laquelle nous recevrons la dite concession à plaisir, à nous particulièrement faite [1}. n La demande du roi fut aussitôt satisfaite : o dès l'arrivée de M. de Brèves, dit Iluminer (2), le sultan fit ouvrir l'églisede Galala, qui était restée fermée jusqu'alors. » Cette réouverture eut-elle lieu avant ou après la remise de la lettre royale? on ne saurait l'afûrmer; mais ou ne peut douter que la lettre ne fût adressée à sultan Amurat, cité dans le corps même de ce document ; et l'on peut supposer que le nom de M. de Brèves, qui s'appelait aussi Savary, comme son prédécesseur, s'est glissé, par erreur, dans le passage cité de cette lettre, au lieu de celui de Savary de Lancosme, le fait lui-même s'étant passé sous cet ambassadeur, qui en a rendu compte. M. de Brèves, dans la Relation de ses voyages, dit au reste, à ce propos : a Cette église est demeurée cinq ou six années sans être servie des religieux qui sonloient y demeurer, à cause d'un débat qui arriva entre l'ambassadeur de l'empereur qui résidoit alors à Constantinople et celui de France, fondé sur la préséance qu'on chacun d'eux prétendoit. ïii eu le bonheur d'y restablir ces rebgieux comme auparavant. Ce fut en l'an 1590(3)."
On suit, du reste, le crédit extraordinaire dont jouissait M. de Brèves à la cour ottomane, l'usage qu'il en fit pour la conservation au culte de plusieurs églises, tant à Constantinople qu'ailleurs, et notamment de celle du Saint -Sépulcre, que, plus d'une fois, on voulut changer en mosquée ; ce crédit, nous l'avons rapporté autre part, avait fait dire à un historien turc : u Peu s'en est fallu que l'islam ne devint fou, par le fait de ce damné d'ambassadeur de France ! »
Une déclaration des trois chefs d'ordre de Péra, savoir 1° le
(1} Testa, Becueit des traité/i, III, 33S.
(!1 Loe. laud., VII. 2Si.
i;S) Une erreur tipojtrapljiqiie donne IS90, qu'il faut remplacer sans doule par IS93; l'église, un 1'» ru, fui Termêe en 1580 ; en adoplïol pour 11 durée de la Ter- Dieture le chiffre de sii années indiqué par H. de BrËves, on aurait 1^3; cetambas- Bideur, on l'a dil plus haut, mi arrivé )t sod poste eo man 1993.
père André Farge, de Venise, prédicateur général et vicaire général, de la^ congrégation de Constantinople, de Tordre des Prêcheurs; 2® fra Cherubini, da Hacerata, de l'ordre des Mineurs de Inobservance, gardien de la province de Marche, commissaire, vicaire du patriarche de Constantinople; S"" fra Margalion de Péra, commissaire provincial, daté du 32 décembre 160&, censtate, à cet égard, a les heureu:$L effets de la puissante intervention de l'ambassadeur de France; il^a, contre toute attente^ fait ouvrir et sauvé Téglise de Saint-François de Péra, grandeur et splendeur du nom chrétien dans ces contrées, lorsque, par suite de la dispute de préséance entre les ambassadeurs de S. M. T. C. et de S. M. I., elle avait été fermée; et qu'il y avait danger manifeste de la voir perdue (1); » Saint-François était resté fermé de 1586 à 1593, c'està-dire durant environ sept années (2); mais, à différentes reprises, le droit de conservation fut maintenu par les sacrifices pécuniaires que, dans l'intervalle, et au moyen des secours sollicités de Rome, de Venise, et d'ailleurs, les Pérotes s'imposèrent, tant en numéraire que par la vente d'immeubles appartenant aux diverses églises de Sain te- Anne, Saint-Benoit, San-Giovanni de l'hôpital, Saint-Pierre et autres, pour le rachat, à Malte, de trente esclaves turcs (3).
En 1598, M. de Brèves ce plaida encore la cause des franciscains de Péra, auprès du mufti Sead-Eddin [i] ;» c'est peut-être à ce fait que les chefs d'ordre font allusion dans leur déclaration précitée, où il est dit: <c Dans une autre occasion, M. de Brèves a sauvé Saint- François d'un danger manifeste que cette église avait couru, par suite d'une accusation relative à quelques esclaves fugitifs, et qui avait menacé la vie de tous les religieux desservant la dite église.» En 1604, ce la chiesa di San Francesco era nel pcricolo di perdersi, havendo turchi procurato ché il signore, passando vi entrasse, diverti tô Bostandji bachi (5). »
Ayant quitté l'ambassade de Constantinople pour celle de Rome, M. de Brèves n'en continua pas moins ses bons offices à la Latinité de Péra ; par sa lettre du 1*' août 1609, rappelant la réouverture de Saint-François, due à son énergique intervention,le danger que,
(J) Testa, loc. laud., III, 331.
(2) a A la suite de ce diftéread, disent les actes de la Comunità^ Saiot-Fra«çois resta fermé durant plusieurs années. »
(3) Cf. Comunità, à Tannée 1611, et Hammer, Vil, 287
(4) Hammer, VII, 362.
(5) Hammer, d'après les Bailes vénitiens, VIII, 223.
sans lai, cette église et les autres temples catholiqnes auraient coliru dans l'affaire des esclaves fugitifs, la Comunità déclarait M. de Brèves « protecteur et défenseur de toutes les églises et monastères de Constantinople, » et sollicitait son appui auprès du Saint-Père.
En 1618, et sans doute à raison des sacrifices continuels qui lui avaient été imposés, Saint-François était tellement pauvre, écrivait la Comuniiàle 30 mars à Paul V, <c que, chaque semaine, les desservants de cette église vont mendier leur pain dans les maisons, et qu'un frère va faire la quête à chaque messe. »
En 1623, Mgr dé San torin, visiteur apostolique, fixe le personnel religieux de Saint-François à six prêtres et deux laïques, et à i-S^OGO aspres la pension qui'devait leur être comptée par les procureurs^ pour leur entretien -et les réparations de Téglise.
En 1633, Saint-François aurait été mis sous scellé, ainsi que d'autres églises, ce qui, avec la réparation des églises attenant aux murs de la ville j aurait occasionné à la Latinité de Galata de nouveaux sacrifices; aussi, dut-on réduire le personnel ecclésiastique de Saint-François à quatre prêtres et un laïque , et l'allocation annuelle de 15,000 aspres, soit net 30,000 aspres ou 250 realij auxquels venaient s'ajouter 150 reali pour le service de trois chapelles, une fois Iz semaine l'une (1), celui du bagne, les mariages, baptêmes, enterrements, bénédiction des maisons, deux fois Van^ les offrandes durant l'année, la caisse particulière du couvent, les confessions et legs.
Enfin, cette église, tant de fois menacée, fut détruite par un incendie, le 16 mars 1639 (2); selon Hammer (3), «le divan ne permit pas aux chrétiens (ou mieux à la communauté latine) de réédifier l'église de Galata, consumée par les flammes au commencement de cette année; » et, plus loin (4), le même auteur rapporte que Qara-Moustafa, grand-vizir de sultan Ibrahim (de décembre 1638 à mars 1643), aurait échangé San Francesco en mosquée; » ce dire n*est pas entièrement exact : on fit, en effet, de grandes difficultés; mais, finalement, l'église fut reconstruite auprès des ruines de l'ancien édifice; et, d'après le même savant, l'internonce impérial Kinsky aurait fourni six cents écus pour cette reconstruction .
(1) Saint-Antoine, Saint-Jean, Saint-Sébastien!
(2) Comunità,
(3) Hammer, IX, 379, d'après Sagredo et Rycaut. r (4) hoc. laud,, IX, 351.
Les documents locaux ajoutent qu'à cette époque Vardinaire aurait choisi Saint-François pour cathédrale.
En 1657, un différend assez grave s'éleva entre le a ministre provincial, commissaire général des mineurs-conventuels deSaint- François » et la Comunitày à propos de la construction, dans son église, d'une chapelle, où le premier voulait fonder la confrérie des agonisants^ sous le patronage de a S. Antoine de Padoue, x> cette querelle, dans laquelle intervint officiellement M. de La Haye, ambassadeur de France, se prolongea durant deux années.
Le 2i4. juillet 1660, l'église de Saint-François fut de nouveau détruite parle feu, qui dévora aussi les autres églises de Galata : on dut racheter le terrain, pour i4.,500 reali. a Saint-François, écrit alors la Comunità, ne possède plus qu'une seule maison; et celleci encore devra être vendue, si le général des Conventuels n'envoie des fonds pour rebâtir l'é^-lise. x> Ou lit dans Macarius, patriarche non uni d'Ântioche (1), la description suivante de Saint- François, qui parait répondre parfaitement à cette époque : (cThen we viewed the church ofthe frankSy which has heen hurnt iprûlée) ; which egualled Santa Sofia^ in heigt and size, and form, and structure; and was adorned inside aod eut with mosaic paintings and gildings of the dominical feast, over the door, on the whole, is a painting, in mosaic, of the assumption of our Lady. Ail the
inscriptions are in the frank language butis ruined, and de-
serted, and al^gether in the hands of the Franks. d
Cette description est confirmée par le rapport de M. de Brèves dans la Relation de ses voyages : a L'une des églises de Pera est servie par des Cordeliers conventuels, qui est richement et superbement bâtie, et se nomme Saint-François, enrichie de mosaïques par le dedans ; joignant cette église, il y en a une autre qui en dépend, nommée Saincte-Ânne... Tous ces bâtiments n*ontpas esté bastis pour 3 ou {|>00,000 écus.» Cette somme, considérable pour le temps, indique suffisamment l'importance de Saint-François et de ses dépendances.
a Grâce â Tintervention du baile de Venise, on obtint, en 1670, la permission de rebâtir l'église en pierres; et, quand elle fut terminée, Mgr Ridolfi en fit la bénédiction (2). » On lit, en effet, â ce sujet, dans Chardin (3): « Le baile Holino eut beaucoup de
(1) hoc. laud.^ p. 28.
(2) CotnuMitàj novembre 1670; voyez ci-après § Sain^Pifrre.
(3) Vidages, éd. de 1721, I, 84.
peine k faire reb&tir à Galata, faubourg de Constantinople, l'église des Vénitiens, que le feu avait consumée. Le baile fit tant d'efforts en cette circonstance pour lever les obstacles qui survenaient de tous côtés, qu'il en mourut à la peine; mais, par bonheur, l'ouvrage était presque terminé, n Luigi Molino.qui avait été envoyé & Constantinople en 1668 ^1), et mourut en 1671, aurait été, selon les actes de décès de Sainte-Marie, inhumé ilans Saint-François.
Comment e( à quelle époque Saint-François devinl-il Yéglise des Vénitiens? Les actes de l<i Comunità établissent qu'eu 1657, l'ambassade de Franoe intervint officiellement entre celte église et la Comunità : ce ne serait donc qu'entre cette date et 1670, époque de la reconstruction de l'édiQce, que pourrait être placé ce changement de protection, devenu la conséquence des démarches du baile pour la reconstruction, démarches dont le souvenir conservé dans le pays se trouve confirmé par le témoignage de Chardin. Venise ne faisait, d'ailleurs, que suivre ea cela son ancienne politique : on a vu plus haut la suite des tentatives réitérées, à différentes époques, par les balles vénitiens, afin d'établir leur prépondérance religieuse, soit sur « la principale église de Galata, » soit sur Saint-Benoit, par les difficultés qu'ils contribuèrent à opposer à l'établissement des jésuites /'rançais dans cette abbaye.
Durant le temps qu'ils restèrent privés de leur église, les Conventuels n'en continuèrent pas moins l'exercice de leui'S fonctions curiales, probablement à Saint-Benoit, la seule église épargnée par l'incendie de 1660 [2).
Les continuels sacrifices imposés, tant pour la conservation de Saint-Françoi.i à la Latinité, que pour sa réédifîcalion, avaient amené un tel déficit dans les ressources de la Comunità, que celleci, par arrêté du 28 janvier 1685, décida de ne plus nommer de procureurs à cette égUse, et d'abandonner, à qui voudrait s'en charger, l'administration temporelle de Saint-François; du reste, on a vu plus haut que déjà, en 1682, la Propagande avait mis fin &J'administration séculière des églises latines de Péra-Galata par l&Comunità.
Les enfants trouvés, " recueillis par Saint-François, ■» étaient dits, en 1682, fils du couvent, comme plus tard, en 1870, on les désigna par le terme de a fils de Saint-Autoine de Péra. »
Détri^t eupore uftefois, epl69Ç,.pftrlçfeH }iui,payageiflki9rft$â[W[ fout Gafata (1), Saint-Frapçoij? fut peç^y. ^ppug M Laiyjjité^ ;^|ou Hainmer (2), «t l'église des Minorités fiui:^^i^^^ dernière rupture entre la Poçte et la république de V^nise^ et on aurait élevé une mosquée sur son emphcement.» Le Pffdigateldjévâmi (3) dit simplement : a Là se trouvait une église qui fut brûlée ; et comme Pautorisation légale ne fut pas accordée pour la reconstruction, le terrain resta quelque temps à. l'état vague; puis la sultane Gulnouch Emetoullah ce servante de Dieu, ^ mère de sultan Mpustafa II, y bâtit, en 1199 (1697 de J.-C), une ifposquée qui reçut le nom de « leni-Djami » (4). Il est possible, toutefois, que la participation des Vénitiensaux hostilités combinées de TÀutriche, de la Pologne et de la Russie, contre la Turquie, ne fut pas entièrement étrangère à la perte définitive de Saint-François,
L'acte diplomatique vénitien qui, à la paix.de Caplgwicz, mit fin aux hostilités (6), ne stipule rien dç spécial pour, les églises, et se borne à rappeler, art. lï, a que les affaires reUgieuses seront traitées de la façon détern^inée par les anciens firmans* ^ Aucune allusion n'y est faite à l'église dite, par Chardin, des Vénitiens.
La perte de cette église étant consomp^^Ot d^s mesures furent prises touchant les sépultures du cimetière qui se trouvait dans son enclos; et les procès -verbaux des délibérations nationales^ sans spécifier, d'ailleurs, si ce fut pour tout ou partie, constatent que « la Nation française fit procéder, à ses frais, à l'exhumation des os des morts qui estoient dans Tesglise de Saint-François, à Galata, et les fit transporter au semetière de Beaulou (6). »
Derrière cet édifice, et de l'autre côté de la rue, dite autrefois îeni djamisoqaghj/y et actuellement medrècè-soqaghy ^ laquelle a été prise sur l'ancien enclos de l'église, se trouve un medrècè c( collège )) bâti par Héhemmed Pacha, kiahia de la sultane, puis vizir. Par opposition à Saint-Paul, dit par les Turcs, djâmii-kébir «la grande mosquée,» celle-ci est dénommée djamii-djedidy équivalent arabe de l'expression turque, «nouvelle mosquée; » mais
(1) V^ ci-dessus S Saint-BentiU.
(i)Loc. laud,, XIV, 119.
(3) Le Jardin de$ mosquées ^ II, 34.
(4) Hammer, XII, 411. Une partie du terrain de lli6pital français au Taqcioit.est vacouf de cette mosquée.
(8) Rachid, seconde éd., in-S», n, 472.
(6) Procès-verbal du 18 juin 1697,
l'ancien nom a été conservé ; et les titres des propriétés voisines, de 1232-1816 et 1279-1862. portent qu'elles sont sises dans le quartier de San-Francesco [1).
La mosquée actuelle, de petite dimension, est bâtie en pierres et recouverte d'une enveloppe en bois; la partie regardant la mer parait appartenir à l'ancienne constructiou de l'église; on n'y trouve plus aucune trace d'inscriptions latines. L'iinam nous rapportait, en 1865, que la partie de gauche, afl'ectée présentement aux ablutions, était le couvent ou habitation des religieux; sur la partie de droite, ajoutait-il, on avait fait des excavations qui auraient rais à nu une certaine quantité d'ossements humains.
Expulsés définitivement de leur église, les conventueh auraient passé, avec les jésuites, le 25 octobre 1704., une convention en vertu de laquelle ils auraient exercé, durant vingt-huit ans, Its fonctions curiales dans Saint-Benoit; le préfet de Sainte-Marie Draperis, dans la juridiction duquel se trouvait Saint-Benoit, donna à cet arrangement son autorisation.
Saist-Georgks (chapelle ; encore exislaute).
R Presque au milieu de Galata, U où sont les habitations des négociants français, dit Carbognano (2), se trouve aussi l'église Saint-Georges (3), siSe sur la colline,» et dite pour ce motif, selon Byzantios, S. Giorgioa monte. Le oiôme Byzanlios, sans d'ailleurs indiquer ses sources, rapporte que Saint-Georges aurait été la métropole et la cathédrale des Génoi», durant leur possession (te Galata, avant la conquête ottomane.
La délimitation du bonry de Galata eu 1303 (4), parle d'une église de Saint-Georges « divini ac reverendi templi sancti et magni martyris beati Georgii, n sans, toutefois, indigner le rit
(1) V. Compte-rendu du cintelièrB, 1863, p. 24; 1987, p. 43. Tournetort [!, 7) dit que « les francs ippelleiit encore ce lemple la iinisi|UÉe de Saînl-François.» Byxanlios BJDUlii!;il, 89) i|uu nies maisons ctiraiennes <la voisinage furent démolies, comnip cela avait eu lieu pour Saint-Paul (t. ci-après).
(2) DBicriïione topogra/îco di CP. I7ft*.
(3) Cf. ConUantinopoli» chriit., tib , IV, 85. (4>Sanll, loc.lawi., 1, 131.
auquel elle appartenait ; certains archéologues indinent à penser que Véglise actuelle ne fat placée sous ce vocable qu'à une époque relativement récente ; s'il en était ainsi, aurait-elle reçu ce titre en souvenir de jia patrie, quand la colonie fut détachée de la métropole? S. Georges, « le chevalier du Christ, » était, on leisait, le protecteur de Gènes (1); et, à la restauration byzantine, les débris du palais du podestat vénitien à Constantinople, démoli par les Génois, furent envoyés à Gènes par ceux-ci pour y être employés à la construction de l'église Saint-Georges, dans la métropole (2). La mahone ou banque de Saint-Georges était l'un des^principaux établissements financiers du moyen âge (3); et ce fut al magistrato di S. Giorgio, dont les membres étaient dits compères de S. GeorgeSy que Gènes, à l'époque de la conquête ottomane, remit 1^ souveraineté des colonies du Levant (4).
Pour ce motif sans doute, la Saint-Georges é\A\i célébrée à Galata, comme fête patronale et nationale, avec une certaine solennité : on lit dans une lettre de H. de Germigny, de mai 1580 (5) : <x Le treizième de ce mois, pour la S. Georges, ayant esté invité à une feste solennelle par les seigneurs PerotZy en Téglise dudit saint, je m'y retrouvaiz avec le sieur vice-bayle des Vénitiens, qui m'y accompagna, ensemble lesdits Perrots, où l'évesque de Scio estant à présent en ce lieu, fist l'office et ung sermon, et n'y comparut celluy (Mariglian), qui ne comparoit non plus et ne s'est oncques trouvé en autre cérémonie publique (6). »
L'église de Saint-Georges est citée par Crusius (7), au nombre des huit églises de Péra. Dans sa lettre du 21 octobre 1618, au Père vicaire général des dominicains, la Comunità rapporte que Saint-Georges aurait été desservi, quelques années avant cette date, par un conventuel, puis, successivement, par deux capucins, un prêtre chiote, un religieux qui y faisait* la classe, et, finalement, par un dominicain. Au départ de ce dernier, le vicaire général de ces réguliers ayant voulu conserver cette dekervance, il en résulta des démêlés avec la Comunità; et, en vue probablement de trancher le différend, celle-ci aurait tenté, en septembre 1609,
(1 ) Sauli, loc, laud.f II, 75.
(2) Ducange, Histoire de l'empire de CP.y 1826, 360.
(3) Depping, loc. laud.^ I, 217; JI, 221; Maslatrie, Histoire de Vile de Chypre, III, 84.
(4) Sauii, toc. laud,, II, 173.
(5) Négociations de la France dans le Levant, 111, 904.
(6) Cf. ci-dessus g. Saint-François et protectorat poUtique,
(7) TurcO'Grœda, p. 52.
de faire âOnner ce monastère sux jésuites, pour y établir une école plus rapprochée que l'abbaye des habitations franques; elle s'adressa à M. de Brèves, alors à Rome, en lui demandant de lui prêter son appui, dans ce sens, auprès du pape. Des ordres furent donnés; mais les dominicains, sur l'ordre de leur général, continuèrent d'occuper Saint-Georges, où ils administraient tes sacrements et faisaient la classe; d'autre part, la Comunilà, abandonnant son premier projet, demanda le renvoi du différend à la décision du vicaire patriarcal, et consentit à ce que ta desservance de Saint-Georges fût réservée, à tout jamais, à l'un des trois ordres : Mineurs-observantins, Dominicains ou Conventuels (1). A la suite de ce compromis et après examen, le P. Giuseppe.des mineurs-observantins de Saint-François, gardien-commissaire de Sainte-Marie de Péra, « vicario patriarcale générale apostolico délia cîtta e diocesi Constantinopolitana, » débouta « le vicaire de Saint-Pierre de Pera v de ses prétentions ,
Le 27 octobre suivant, la deaservance de Saint-Georges était donnée à un mineur-observantin ; et, en mai 1623, cette église étant restée close depuis plusieurs mois, ta Comutiùà y plaça un desservant chargé de la tenir ouverte, chacpie matin, comme d'usage.
Finalement, cette église et le petit couvent en dépendant furent remis, le 15 juillet 1626, aux .PP. capucins, venus à Constantinople par l'entremise de M. de Césy, ambassadeur de France. DéjA, en 1586, M. de Lancosme avait proposé au roi de remplacer les jésuites de Saint-Benoit par des c«p/iucAms (2); et le 20 janvier 1588, le môme ambassadeur écrivait à Henri 111, qu'il avait obtenu, pour ces religieux, <*. ung commandement générât, afin que tous ceux de leur ordre pussent seurement et librement aller et venir en tout cesl empire. » Ces réguliers avaient déjà fait usage de cette faculté, puisqne deux d'entre eux avaient eu, antérieurement, la desservance de Saint-Georges; et que, lors de l'inhumation de M. de Salignac, dans la crypte de Saint-Benoit, on y trouva les restes de deux capucins, morts de peste (3). Les capucins nouveaux venus, appartenant à la
(1) L'insmution des capiicins fui une réfornie de l'ordre de SaÏDl-Prançois, accomplie en 1523. (Rohrbacher, Hitloire universelle de l'Eglise catholique.)
(3) Négociatiom, IV. S18. Voîei sur celte réforme des Religieux de Saint-Fransois d'Assise. Hiltilz, 11, 8* partie, liT. 111, p. SB.
(3) Carafon, Reiat. inéd., elc., p. M.
province de Paris, étaient au nombi^e de trois : lesPP. Ati^ëlo de Foui (?), Léonard de Latour; Evangélista de Reims, Raphaël de Compiègne (1).
Comme Saint-François, Saint-Pierre, Sainte-Marie, Sainte- Anne, Saint-Sébastien et Saint-Jean, Téglise de Saint-Georges fut aussi détruite, dans la nuit du 10 au 11 avril 1660, par le feu a qui dévora presque toute la ville de Galata (2); et mesme année fut ladite église rebastie en forme de grand magasin, avec des chambres aù-Âéssus pour oster tout soupçon que ce fust une église ; mais se doutant bien qu'avec le temps, ledit magasin serait converti en église, tout le bâtiment fut jeté par terre, et fut confisqué au grand-seigneur et par luy fait vacouf. Puis, la mesme année, la place de ladite église fut achettée par un Turc, pour y bastir ; et, en échange d'icèlle, 11 en donna une autre à la mosquée qui estoit plus à Tavantage d'icelle mosquée; ledit Turc vendit encore uûe partie de ladite place à un juif, qui y bastit une maison et le reste demeurant en cour, sans être bâti (3). »
M. de Noiutel, parti pour Constant! nople en 1670, avait pour instructions « de demander, en premier lieu, que les capucins français qui sont à Gonstantinople pussent relever leur église que le feu avait entièrement consumée (&). ii> La négociation aboutit heureusement, comme le constate l'art. 42 des Capitulations de 1673, ainsi conçu/: « On n'inquiétera pas les deux ordres de religieux français, à savoir les jésuites et les capucins, sur les églises qu'ils tiennent en Galata, depuis long-
(1) Voici, d*aprèsHichel PebTre, déjà cité, p. 515, la statistique des missions des .capucins en Turquie : «Les capucins de la province de Paris en entretiennent douze, à sca?oir celle de Galata et Fera; à Gonstantinople, celles de Smirne, Scio, Athènes, Napoli de Komanie, Gandie, Nacsis, Paros, Milo, Sira et Custadachi (t)* Les capucins* de Touraine en ont sept en Turquie, scavoir : Nicosie et TAmaca en l'isle de Gbypres, Alep, le Grand-Gaire, Diarbeker, Ninive et Babylone. Geux de Bretagne en ont six, à scavoir : Damas, Tripoli de Sirie, Barut, Sidon, et deux dans les montagnes du Liban. »
(2) Archives des RR. PP. capucins.
(3) Dans son Théâtre de la Turquie, Paris, 1686, p. 284, în-4o, Michel Febvre rapporte ce fait, dans une de ses parties seulement ; mais il dit avec exactitude que, « si une église vient à se brûler, les Turcs s'emparent du fond, c'est-ë-dire du lien sur lequel elle estoit bastie, en sorte que les religieux ou les chrétiens auxquels elle appartenait, ne peuvent plus rien prendre à cet espacé de terre qu'elle oocapoit, ny le joindre k un jardin ou à une court, k moins qu*on ne le rachette d'eux.! Saint-Georges fut dans ce cas, et il en fut de même, plus d'une fois, pour Sainte François, comme on l'a vu plus haut.
(4) Ghardin, VoyageSy I, 47; d'Arvieux dit, de son côté {Mémoires IV, 490) : « On poursuivait, auprès du grand seigneur, dans le temps que j'y étais, le rétablissement de l'église de Saint-Georges des capucins. »
temps et, parce que l'une de ces églises a été brûlée, nom
permettoDâ qu'elle soit rebâtie à son premier état, et au poa voir des capucins. ..n Cet article « assurait aux Jésuites et auj capucins la possession perpétuelle de leurs deux églises di Galnta. n L'ensemble de ces dispositions fui considéré d'une tell* importancft que les documents contemporains les qualifiaient de « rétablissement de la foi catholique dans l'empire ottoman (1). »
Les capucins rachetèrent, pour 2600 piastres, les terrain acquis « par le turc et par le juif n dont il a été parlé; et, 3 octobre 1675, on commença la reconstruction de l'église; ell| devait avoir trois nefs ; mais les cintres ayant été enlevés troi précipitamment, la moitié des voûtes s'écroula; et ce ne fil qu'au mois de juin 1676, que M. de Nointel obtint une nouvel! autorisatiou pour réparer la bâtisse éboulée ; l'église fut couver! le 10 août suivant; et le 6 janvier 1677, « fut rebenitte (2) pa Mgr Gasparini, évéque de Spiga, suffragant et vicaire patriarca deConslantinople ; et la première messe par luy célébrée poatiScalement, en présence dudit sieur ambassadeur de Nointel et du bail de Venise, le sieur Morosinî, avec un tr*^s-grand concoun dépeuple. »
On a pu voir, jusqu'à ces dernières années, au-dessus et i l'extérieur de la porte d'entrée du temple, donnant sur la rue gravée en lettres d'or, sur un marbre noir, et reléguée maiii| tenant dans un coin de l'église, l'inscription suivante, coastq tant ces faits :
AdNO REPARAT^ SALCTIS 1676, TËMPLUH HOC JAMPRIDEM 1 GIORGI MARTYRl BICATDM INCESDll GENERALIS EX PARTE SUPEBSTI EXCITAVIT INCLYTDM NOMEN LUDOVICI XIV SEMPER ACGOSTi; DEVAâ TATOS FLAMMABCM VI PARIETES EBEXIT REGIS CU RISTIAITISSU SDPREUA MAIESTAS ; PBJSTIN^ STRUCTURE NOVDM UECUS ADDIUI INCENITA PIETAS REGIS ECCLESIJÎ PRIMOGEMTI (3) ; DIE VOCATIOH GRNTICU SACRO, OB REGIS REGUM ADOHATIONEM A BEGIRUS ESPCRGi RUKT MAfflCS POHTIFIClfi aSMu 1677. BEGIO PATBOCIMO BEG13 \
(1) Cf. d'ArvieiiK, Mémoires, IV, 3fl3j Cbardin, I, 63; des Traités eldeseaifU tatioM de la France en Orient, p. 130. Lea capitulations de 1740 ontreprods' art. as, l'art. 4* de 1673.
(2) Cf. ci-aprfes § Saint-Pierre.
(3) Le titre île fils aine de l'Eglise remoate am premiers temps de la monarcbl française; il fui soleanellemeni reconnu i>ar le Irailë de Plse du 13 février 11 coDclu t'Dtre l« pape Clétoeat IX et Louis XIV.
DEODATI SUFFDLSIT ET G0RR060RAVIT OCULATA PRUDENTIA EXGELLEN- TISSIMI GAROLI FRANGISGI OLIER , MARGHIONIS LE NOINTEL, REGIS ORATORIS, INNOVATIONE INITI FOEDERIS GAPITUM, JAM INDÈ A 55 ANNIS INTERRUPTA, EGREGIUM PIGNUS PIETATIS RKGIiE NEG NON ET RELI- GIONIS AVIT^ AB IPSO PATRIBUS GAPDGINIS PROVINGIiE PARISIENSIS MISSIONARIIS APOSTOLIGIS RESTITUTUM.
L'incendie de 1696, qui consuma Saint-Benoit et Saint-François, détruisit seulement le couvent de Saint-Georges; l'église fut sauvée; mais, dans l'incendie du ^21 juillet 1731, le couvent devint encore la proie des flammes, et la sacristie fut aussi détruite; ils étaient rebâtis à la fin de Tannée, comme le constate rinscription suivante, placée dans le couvent, et rapportée par Carbognano (1) :
HOG GOENOBIUM DIE XXI IULII ANNO REP. SAL. MDGGXXXI INGENDIO PENITUS GONSUMPTUM EXGELLENTISSIMUS LUDOVIGUS SALVATOR MAR- GHIO DE VILLENEUJTE REGI A SANGTIORIBUS GONSILIIS NEG NON APUD AHMED III ET MAHMOUD TURG. IMP. LUDOVIGI XV GALL. IMP. GHRIS- TIANISSUMU LEGATUS, RELIGIONIS IN PARTIBUS ORIENTIS DEFENSOR, GAPUGINORUM BENEFIGENTISSIMUS ET VIGILANTISSIMUS PROTEGTOR, TUTIORI ELEGANTIORIQ. MODO PR^ EDIFIGARI GITISSIMÉ PROGURAVIT ; GUJUS TANTIQ. BENEFIGII MEMORES REM POSTERITATI MANDAVERE. DIE III MART. MDGGXXXII.
En 1761, Saint-Georges fut profanée, comme les églises des jésuites et des dominicains, par l'arrestation des arméniens catholiques qui s'y étaient réfugiés et qu'on conduisit au bagne (2).
En 1784, les capucins, dont le droit de propriété sur leur église était établi par le rachat qu'ils avaient fait du terrain en 1675, vendirent cette église à Mgr Frachia, vicaire apostolique de Constantinople, pour compte de la Propagande. Saint-Georges devint alors la résidence de Tévèque suffragant et de son clergé séculier, ce que constate l'inscription suivante, rapportée par Carbognano (3) :
D. O. M. DIVO GIORGIO M. DIGATUM TEMPLDM UNA GUM ADNEXIS SIBI iEDlBUS OLIM RR. PP. GALLICS NATION. GAPUGINORUM EFFIGAGIS-
(1) Loc. laud,, p. 37. En 1730, la uation française avait attribué une allocation aonuelle aux Capucins. {Registre des délibérât, nation,)
(2) Hammer, XVI, 70.
(3) Loe, lawi,^ p. 56. «
SIMA MEDIATIONS ET OPERA EXCELLMI D. EMMANVELIS FRANGISCI COMITIS DE S. PRIEST REGIS CHRISTIANISSIMI AD PORTAM OTHOMANAM ORATORIS PER SAC. CONGREG. DE PROP. FIDE ANNO REPARATiE SALUTIS MDCCLXXXIV SUR EJUSDEM MAJESTATIS TUTELA ET PRiESIDIO IN PER- PETUUM REMANSURUM NUMERATA PECUNIA CO^PARATUM FUIT.
Jusque SOUS Fépiscopat de Mgr Hillereau, certaines solennités, auxquelles assistait Tambassadeur avec les deux députés, et, plus tard, ceux-ci seulement, étaient célébrées par le vicaire apostolique à Saint-Georges, notamment le Te Deum de fin d'année.
Sur le sol de l'église, on remarque différentes pierres funéraires , parmi lesquelles celle qui recouvre les restes de Mgr Frachia, à gauche et en dehors du chœur, côté de l'évangile; en voici le texte :
D. 0. M. FRANCISCUS ANTONIUS FRACHIA, CONGREG. S. J. BAPTISTiE ARCHIEPISCOPUS THEODOSIOPOLITANUS, VICAR. APOSTOLICUS CONSTANriNOPOL, RELIGIONIS ZELO HUMILITATE PIETATE OMNIUMQUE EGREGIIS VIRTUTUM OFFICIIS CELEBERRIMCS SËMPER PATENS NUMQUAM EXCIDENS MAGNAS EMENDICATAS OPES EXPLENDO EGESTATIS SUBSIDIO EROGAVIT PÀUPERIBUS, PUPILLIS VIDUIS CUJUS STUDIO ET OPERA D. GIORGIO M. DICATUM TEMPLUM SIBI SUISQUE POSTERIS DILECTOQUE SUO CLERO COM- PARATUM FUIT, VIXIT ANNOS 73, TANDEM DIUTURO [sic] MORBO PATIEN- TISSIMÈ TOLERATO ANNO A PARTU VIRG. 1795 II KAL. NOV. EJUS DE MANDATO. H. 0. E. (1).
En outre de cette pierre, on voit celles de Jean-François Roboly, négociant, chargé des affaires de, France en 1 660, décédé en 1689 ; celle de la femme de Jean-Baptiste Fabre, également chargé des affaires, en 1686, et celle de Meynard, aussi chargé des mêmes fonctions en 17...
En 1853, le vicariat apostolique de Constant! nople a vendu l'église Saint-Georges aux mineurs-observantins bosniaques (2), qui l'occupent aujourd'hui. Une inscription latine, appliquée dans la muraille, à l'entrée de la petite habitation que les PP. Bosniaques se sont réservée, l'ancien couvent ayant été affecté à rhôpital autrichien, constate que cette église a été réparée en
(1) Deux barrettes sont suspendues ^ la voûte du chœur : Tune est celle de Mgr Frachia ; Pautre, celle de Mgr Pecora, son coadjuteur et successeur, décédé k Galata, le 28 février 1796. (V. notre Compte rendu du cimeU cath. latin, 1867, p. 10.)
(2) Le supérieur de cette mission porte le titre de superiore di San Giorgio^ agente délia provincia hosnitiea.
iS^k, sous le règne de S. M. sultan Abdul Medjid, et par les soins de M. lo baron de Bruck, înternonce d'Autriche àConstantinople. Derrière l'autel de Saint-Georges, se trouve un puits [aïasmà)y à l'eau duquel les gens du pays attachent une vertu particulière et miraculeuse.
San GiovANia (chapelle ; n'existe plus).
Cette église ou chapelle, citée par Crusius comme la huitième des églises latines de Galata, parait avoir été la chapelle de l'hôpital du même nom : cda chiesa di San Giovanni, dovè l'ospedale,» dite aussi « chiesa e ospedale di S. Zuane di Pera » . On a vu, au chapitre premier, les donations faites par Manuel Comnène aux hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem; S. Jean-Baptiste était le patron de cet ordre militaire, dont l'hospice était destiné au soulagement des pèlerins. Cet hôpital fut-il transporté de Constantinople à Galata, après la restauration byzantine, pour conserver, de ce côté-ci du port, ce qu'on avait perdu de l'autre ? Cela n'est pas entièrement improbable.
Hammer rapporte (1) qu'un couvent de Saint-Jean-Baptiste existait à Constantinople, au quartier dit Petreïo^ et qu'il fut pillé à la conquête ottomane.
Cette église-hôpital possédait divers immeubles, dont une partie fut aliénée à la suite du différend qui amena la fermeture de Saint-François (1586), afin de produire des fonds pour obtenir la réouverture de cette église.
Comme les autres établissements religieux, celui-ci avait ses procureurSjChargés annuellement de l'administration de l'hôpital et de l'église. Salon une lettre de la Comunitày en date de 1618, San Giovanni fut desservi^ à une certaine époque, par les dominicains; en janvier 1642, ces réguliers l'occupaient encore; en 1655, elle fut donnée à un prêtre chiote.
San Giovanni périt, comme les autres églises de Galata, dans l'incendie de 1660; quelques années après (1669) , l'hôpital fut portéàPéra(2).
(1) Loc. laud.j 11, 431. Cf. aussi Pusculus, note du doct. Detbier, Mon, hung, hist. XXII« vol., l'« partie, p. 197.
(i) La paroisse actuelle de Scuuh d'Asie, desservie par les lazaristes, est placée sous le vocable de S. Jean-Baptiste.
Sainte-Irène (chapelle; n'existe plus).
Pierre Gylles (1) parle de trois églises de ce nom, dans Constantinople; Crusius ne fait nulle mention d'église latine sous cette invocation ; mais on lit, dans la Délimitation du bourg de Galata en 1303 (2) : ce Transit posteà (la ligne frontière) per putheum quod est in templo sancte Erine, quod priùs habebant Januenses pro cimiterio.n Où était cette église? On ne peut faire, à cet égard, que des conjectures plus ou moins douteuses (3); il résulte, toutefois, de ce passage, qu'il existait, même avant cette date, à Galata, une église de Sainte-Irène, qui, par la désignation qui la caractérise spécialement, pourrait avoir été d'une fondation antérieure à Saint-François (4).
11 est à remarquer que la date des pierres funéraires placées dans Saint-François ne remonte pas, du moins d'après ce que nous avons vu plus haut, au delà de 1304.
Sainte-Makie Draperis (paroisse; n'existe plus).
Mineurs Observantins ou FranciscaiDS (5).
Cette église desservie, tant à Galata, que, plus tard, à Péra, par les mineurs de la stricte observance, n'appartient pas à l'époque de la latinité génoise; elle fut de création moderne.
Les disciples de Saint-François, avant leur première réforme, s'étaient établis, on Ta vu au chapitre premier, tant à Constantinople même qu'à Péra, contemporainement à leur illustre fondateur (6); à la séparation des Frères mineurs, en observantins et conventuels, le pape Eugène IV, en 1445, répartit les missions
(1) Topographia, p. 244.
(2) Sauli, loc. laud., II, documents.
(3) Cf. ci-dessus, § Saint-Georges.
^4} Cf. ci-dessus, ^Saint-Georges.
(5) Dits cordeliers, par d'Arvieux, Mémoires, IV, 490. Cf. Miltitz, Manuel des con^ suis. II, parlie I, ?, p. 64. Dict. des ordres religieux, II, 326 el suiv.; IIÏ, 30 e suiv.
(6) Fra Benedetto d'Arezzo, envoyé U CP. par S. François lui-même en 1220; (selon Waddinjr, en 1216), tonda, dans ceUe ville, la province mioorite de Remanie (provincia serafica di Romania), qui comprenait toutes les villes de la Buigarie (Cronaca, etc. anno 1, p. 130.)
entre les deux branches de Tordre, laissant aux observantins les hospices et couvents de Constantinople^ Chio et autres missions de la Grèce, et aux conventuels l'église de Saint-François de Galata.
Les observantins desservirent la mission jusqu'à la conquête ottomane ; chassés, à cette époque, de la capitale, ceux d'entre eux qui survécurent au siège (1), se réfugièrent dans Galata, où, selon toute probabilité, ils occupèrent un établissement, dit, plus tard, dans les archives de la paroisse actuelle de Péra, sous la date de 1643, <( Topanae conventus, » mais dont on ignore l'emplacement précis. Malgré la réforme ultérieure en observantins (aujourd'hui dits communément Pères de Terre-Sainté) et stricts observantins {Pères de Sainte-Marie) y ces deux fractions du même ordre habitaient, en commun, le couvent de Tophana (2) .
En 1584 (3), selon des notes qu'on peut tenir pour exactes, une veuve Clara Bartola Draperis aurait fait don, le 13 juin, aux mineurs de la stricte observance, d'une maison en ruines, sise à Moum-Khànè, près l'hôpital grec; ces religieux y établirent une chapelle dédiée à la sainte Vierge. Crusius, dans sa Turco-Grcecia^ publiée en 1584, parle aussi d'une église «Sainte-Marie, » comme existant alors dans Galata. D'après les coiîstitutions de leur ordre, les mineurs durent solliciter de Grégoire XIII (4) Tautorisation d'accepter cette donation. Ils bâtirent ensuite, à cet endroit, une église qui, en mémoire de leur ancienne église de Constantinople et de la donatrice, reçut le nom de « Sainte-Marie Draperis (5). » D'après la tradition existant chez les observantins et dans le public, cette église aurait été située, comme la précédente chapelle, dans la partie de Galata, dite Monm-Khanè^ à peu près là où se trouve aujourd'hui la « cité française » .
Comme à Venise, où les procurateurs de Saint-Marc administraient les biens de l'église métropolitaine, et avaient la garde du
(1) Voyez cbapUre I«',Sam(e-Marfe-des-F^nt(ie/is, et SanV Antonio degli cypressi.
(2) V. sur ces réformes dites des récoUots, des soccolans, Millitz, II, 146. Selon une citation de Depping, loc, laud.. Il, 239, le couvent des Zoccolantif à Pôru , existait en 1574.
(3) Garbognano (p. 67) donne aussi cette date comme celle de la possession des Pères sur Sainte-Marie de Galata.
',4) Ge pape occupîi la chaire de Saint-Pierre du 14 mai 1572 au t5'avril 1585.
(5) Un sieur Luchino Draperis est mentionné dans le traité conclu, en 1386, entre le podestat de Galata et Jean Paléologue (Sauli, H, 360). Un sieur François Draper, négociant de Galata, créancier des Ghiotes, Tut cause de la piise de Gbio par sultan Mehemmed II (Hammer, 111, 23-^5). Des membres de cette famille figurèrent dans la Comunità di Pera, et l'un d'enx en était prieur en 1675.
trésor (1), radministration des biens de Sainte-Marie Draperis était confiée à un séculier, ayant le titre de « procurator dignissimus conventùs Sanctae Mariae (1742); » et, plus tard (2), de « sindicus apostolicus hujus conventùs (1771). » Des personnages importants de la colonie latine remplissaient cette charge, occupée, de nos jours, par le baron Htlbsch, ministre de Danemark à Constantinople, décédé en 1865. Cette situation n'empêcha pas la ComwmVd d'élever aussi sur Sainte-Marie des prétentions du même genre que celles qu'elle émit, à diverses époques, à l'endroit I d'autres églises : lo Propagande renvoya, en 1661, la solution de
l ce différend entre un sieur Georges Draperis, alors représentant de
la famille, et la Comunità, au tribunal du vicaire patriarcal de Constantinople.
Quoique la circonscription des paroisses ne paraisse pas avoir été parfaitement établie dans Galata , Sainte-Marie avait la qualité de paroisse et en exerçait les droits ; dans ses registres de 1666, elle est désignée ainsi : « parochialis ecclesia BeataB Mariae Virginis, » et dans celui des baptêmes, pour 1660 : eichiesa parochiale di Santa Maria Draperis délia religione di San Francesco minori osservanti riformati. »
Le supérieur de ce couvent était dit, en 1604 : « iV. de Tordre des mineurs de l'observance, gardien de la province de Marche, commissaire; » en 1663: « guardiano, parocco e commissario; » en 1666: « parocco e présidente deU'ospizio di Santa Maria Draperis e commissario générale délia custodia; » en 1676 : ci guardiano e commissario délia custodia di Constantinopoli e parocco di Santa Maria Draperis; » en 1716 : « prefetto apostolico délia custodia. y>
La dignité de vicaire patriarcal fut donnée plusieurs fois au supérieur de Sainte-Marie Draperis, qui prenait alors le titre de (c vicaire patriarcal et gardien du monastère de Sainte- Marie (3). »
L'atiestation remise, en 1604, à M. de Brèves, portait, entre autres signatures, celle du « F. Chérubin de Macerata, de l'ordre
(i) Cf. Maslatrie, Uist, de Vile de Chyprcy III, 830.
(^2) « Les observaiuins ne possèdent rien, me dit le R. et savant don Leopoldo; ciirs biens appartiennent au Saint-Siège, qui, pour les gouverner et en disposer au mieux de la religion, nomme un procureur ou syndic apostolique. » (Le P. Leopoldo st aujourd'hui vicaire apostolique k Haïti; 1871.;
(3) Gertilicat délivré par la Comunità,
des mineurs de l'observance, gardien de la province de Marche, commissaire, vicaire du patriarche de Constantinople (1).
En 1643, le pape Urbain VIII (2), par bulle du 5 août, établit à Constantinople la réforme de « la plus stricte obsrsrvance, » et accorda au supérieur de la mission tous les privilèges dont jouissait le P. gardien du Mont-Sion (3), custode du Saint- Sépulcre, et commissaire apostolique en Palestine; « les religieux de Sainte-Marie eurent alors la charge d'àmes que les conventuels et les dominicains avaient seuls « ab antiquo ». Selon des renseignements provenant delà même origine que celui-ci, «la séparation totale des réformés d'avec les observantins (Terre-Sainte), daterait de l'époque de la confiscation de leur église, par les Turcs, en 1663. » Les archives de Sainte-Marie ne laissent aucune trace de cette confiscation. Les plus anciens repris très de cette paroisse, dont le P. Leopoldo, ancien curé, a bien voulu nous donner communication, remontent, pour les baptêmes et mariages, à 1666; pour les décèsà 1665, dates postérieures à l'incendie de 1660; et aussi à 1643, date où les fonctions curiales auraient été conférées à ces réguliers. Il est curieux de relever, sur ces mêmes registres, Tinscription des actes d'inhumation au bagne ou au cimetière de Péra, 1750-1763; dans l'église paroissiale de Saint-Antoine : 1763; dans Saint-Pierre : 1742; à Saint- Louis des Capucins : 1756 ; à Saint-Georges de Galata : 1754 ; à Saint-Antoine des conventuels : 1783 ; dans les cimetières orthodoxes^ a selon les rites de la sainte Église romaine, » de 1696 à 1786, à Belgrade, Arnaout-keuï, Qourou-Tchechmè, Saint-Dimitri et Therapia. Sous la date du 13 septembre 1732, les mineurs S. 0. avaient, à Belgrade, une maison et une chapelle, où ils remplissaient les fonctions curiales (4). On ne peut admettre^ vu la présence non interrompue à Constantinople des mineurs conventuels et des dominicains, que Sainte-Marie fût devenue, en quelque sorte, la paroisse unique de. Galata, surtout d'après ce qu'on a lu, quelques lignes plus haut, touchant les conventuels et les dominicains; il est plus raisonnable de supposer que ces
(1) Testa, oc. aud., 111, 332. Chez les mineurs, le litre do gardien ou custode désigne le ch-*f d'un arrondissement inférieur à la province; on lit duns la Cronaca délie mis. frances, : a MM. RR. provinciali, guardiani, etc. » Cl*. Dict. des ordres religieux, il, 3i8.
(i) Intronisé le 6 août iG^3, mort le 20 juillet 1644.
.;3) Cf. Miltitz, II, l'« part., liv. Il, p. 448.
'4) Archives de Sainte-Marie de Péra.
diverses mentions ont été faites, soit à raison de la dignité de vicaire-patriarcal) dont le supérieur de cette église a pu être investi à ces différentes époques, soit parce que les individus qu'elles concernaient étant paroissiens de Sainte-Marie, les actes de baptême, de mariage ou de décès y relatifs devaient être dressés dans leur propre paroisse.
Comme la plupart des églises de Galata, Sainte-Marie Draperis devint la proie des flammes, en 1660; tout fut détruit, et Ton ne put sauver que « le tableau de la B. V. Marie que le courage d'un sieur Draperis sut dérober au feu. » Selon certaines informations, cette église n'aurait pas été reb&tie.
Saint-Michel (chapelle ; n'existe plus).
Selon Procope, il y avait, sur les deux rives du Bosphore, un temple dédié à S. Michel (1).
Pierre Gylle rapporte (2) qu'on avait bâti, sur les fondements de Téglise Saint-Michel, un xenodochium « hospice » qui existait encore à son arrivée à Constantinople.
1 Ducange (3), sans donner d'autre renseignement, se borne à
j signaler l'existence de cette église dans Galata.
f L'auteur de la Notice sur les fortifications de Galata pense que
cette église existait sur l'emplacement de Khaviar-Khan , à gauche de la rue de Qara-Keuï, conduisant au pont.
Depping (4) dit que « les consuls et marchands de Père avaient coutume de tenir leurs audiences auprès de l'église de Saint- Michel ; »
Wadding, sous l'année 1326, et à propos d'une contestation avec les frères mineurs, cite le « Rector (5) ecclesiaB Sancti Michaelis de Peyra » (6).
{i) Pierre GyîleSy p. 328.
(2) Topographitty 334.
(3) Constant. christ.jlO, (i) Loc. laud. II, 3.
l (5) On a vu plus haut que le même titre aurait été donné également, k une cor-
- taine époque, au supérieur de Saint-Bcnolt.
(6) Selon Miltitz, I, IK 429, « les Florentins possédaient, d'abord, k Constantinople, réglise de Saint-Pierre Tapôtre, qui avait appartenu aux Pisan» , et plu« tard, ce\\&àeSaint'Michel.i>En 1574,les Florentins, voulant renouer leurs anciennes rela-
] tions avec le Levant, avaient donné pour instructions k leur envoyé, de rechercher,
' dans le couvent des Frati zoccolanti,k Péra, les vieilles chartes accordées aux Flo-
rentins par les musulmans (empereurs grecs ?}. Depping, II, 239.
On sait que S. Michel était le protecteur de la colonie (1) : sur une pierre encastrée dans la première tour du fossé d'enceinte de Galata, à partir de la Tour du Christ, en se dirigeant vers Parsenal; on retrouvait Pimage de 'l'archange entre deux écussons armoiries, l'un à la croix de Gènes, l'autre aux armes du podestat d'Âuria; la tète de l'archange est nimbée; il tient dans la main droite une épée, dont le fourreau repose dans sa main gauche; il est vêtu d*une courte tunique, d'un manteau militaire, et chaussé de sandales à la romaine (2).
Dans l'une des belles et touchantes prières implorant la protection divine « en faveur des soldats de l'armée française », qui défendent le sol national contre l'invasion étrangère, en cette triste année 1870, on lit, entre autres invocations : a S. Michel, patron de la France, priez pour nous (3) I d
Saint-Paul (paroisse; n'existe plus.)
Dominicains.
Ce temple, tour à tour consacré aux cultes musulman et chrétien, aurait été construit, pour la première fois, Pan 96 de Phégire (715 de J.-C), par Moslema, général du khalife Ommiade Oaaiid Ibn Abdul Melik, selon le texte (4) de l'inscription turque encastrée dans le mur droit de la nef latérale de la mosquée actuelle. Constantinople aurait encore été assiégé, par les Omraiades, en 739, et, par Haroun Errachid, en 780 et 798. Depuis, les musulmans ne firent plus de tentative contre cette capitale, jusqu'en 1396, sous sultan Baïezid Ildirim.
Il est à supposer que la construction de la mosquée actuelle, qui a tous les caractères d'une église, est due à cette période de calme. On est fondé à croire aussi que S. Hyacinthe, qui reçut Phabit des mains mêmes de S. Dominique, et prêcha PÉvangile
(1) Sauli, loc. laud,y II, 75.
(2) Notice de M. Delaunay, p. 4.
(3) C'est en Thonneur du Parchange S. Michel, protecteur du royaume de France,
quci Louis XI institua l'ordre de Saint-Michel, affecté plus tard k la récompense
des services civils, et qui, avec celui du Saint-Esprit, fondé par Henri III, donnait
a celui qui en était revêtu, le titre de chevalier des ordres du roi (Hélyot, II, 950
et suiv.)*
U) Rectifié par le Hadiqat el djévâmi, d'après Qaratchélebi-Zàdè et Hadji-Khalfa, II, p. 31; Cf. aussi d'Ohsson, Tableau de Vempire oUomant II, 4.i2.
au XIII* siècle, sur les rivages de la mer Noire, dans les lies de
l'Archipel, et le long des côtes de TAsie-Mineare, où il marquait
I ses diverses stations par la fondation de nombreux couvents,
établit également un monastère à CP.; cela parait d'autant i plus probable, que les dominicains, peu après sa mort, habitaient
I déjà cette capitale (1); et Ton assure que Féglise dont il est ici
1 question fut fondée par S. Hyacinthe lui-même. La Comunitàj
I dans SCS actes, la désigne sous le nom de San Domenico, en rai-
son, sans doute^ du titre des religieux la desservant. La forme de sa construction, vaste et hardie, rappelle l'architecture du temps; l'édifice se compose d'une grande nef conduisant au chœur, et de deux nefs latérales aboutissant chacune à une chapelle. Le clocher, devenu aujourd'hui minaret, et appliqué à la partie extérieure de l'édifice, est une tour carrée, couronnée par un campanile. Le sol intérieur du temple , recouvert d'un plancher, enlevé momentanément, pendant la guerre d'Orient, est couvert de pierres funéraires de l'époque; on voit encore l'une d'elles sous le porche de la grand'porte latérale de gauche ; elle porte le millésime 1323.
Les dominicains conservèrent cette église jusqu'à l'émigration en Turquie des Maures d'Espagne (2), laquelle commença à la chute du royaume de Grenade et continua sous les rois Philippe II et Philippe III. Cette tradition locale, rapportée aussi par Carbognano (3), est également consignée dans le rapport du supérieur de la Mission (IS&'â) au Père général. Ce rapport fixe à l'an 1535 la date de cette spoliation, « corne consta, dit-il, da certi documenti esistenti. » En représaille des poursuites exercées contre eux par les membres du saint-office, les Arabes expulsés d'Espagne chassèrent les dominicains de leur église de Saint- Paul comme du couvent en dépendant; et ils auraient fait subir
(1) Rapport du supérieur des dominicains au général^ 1842. L*ordredes Dominicains fut fondé en 1216, par S. Dominique diî Ouzman, genlilbomme espagnol de la vieille Casiille (Miltitz, H, partie 2, livre 3, p. 95).
(2) Dits par la Comunità, dans ses acies, Grenatini : Texpulsion, en masse, eut lieueniSTJ.M. deJuyé transmettait à Henri 111, en mars 1579, les plaintes du sulUn touchant «quelques Granatins qui, passante Marseille pour venir k Constantinople, y auraient été retenu'*. »» En 162:5, la Comunilà faisant des objections à la nomination d'un évêque, disait : «Les Grenadins, qui ont déjà provoqué la mort du vicaire patriarcal et qui convoitent sans cesse nos églises, ne manqueraient pas d'user de ce prétexte pour atteindre leur but. »
(3) Loc. laud. p. 59 : « Regnando Solimano I*», ad isUnza dei Mori discacciali délia Spagna, fu convertita in moschea. »
le même sort à Saint-Benoit, si, pour conserver oelle-ci au culte, l'ambassadeur de France n'en eût demandé et obtenu la donation au roi de France. Cette donation serait de IS&O, date qui concorderait assez avec la perte dB SainUPaul (1).
Dans cette même année^ il y eut aussi une irruption de janis* saires qui, au nombre de 2,000, « voulaient forcer ledit lieu de Perre (2), ce qu'ils eussent fait, si ceulx de dedans ne s'y fussent opposés. Convertie en mosquée, l'église reçut le nom d'i4raddjamici a mosquée des Arabes, » rappelant à la fois, sa première fondation^ et la cause prétendue de sa restitution au culte musulman; elle est dite aussi : djâmii-kébir cela grande mosquée » .
Saint-Piekre et Saint-Paul (paroisse actuelle).
Dominicains.
Chassés de leur église de Saint-Paul^ envahie par les Arabes- Grenadins, les FF. Prêcheurs (3) se réfugièrent chez un noble vénitien, Angelo Zaccaria^ dont la maison, entourée d'un jardin communiquant avec Saint-Paul, leur permit de sauver quelques objets du pillage résultant de cette invasion. Ce généreux chrétien donna à la mission sa maison et le terrain en dépendant (4), sur l'emplacement desquels s'élève le couvent actuel. De quelques-unes des chambres de cette maison, on fit une chapelle, dédiée aux saints apôtres Pierre et Paul , mais dite vulgairement « Saint-Pierre »; et, grâce à la présence « de l'image miraculeuse de la Vierge », dont le baile obtint de la Porte la restitution, la nouvelle église vit, chaque jour, augmenter le nombre des fidèles qui la fréquentaient. D'après le rapport de 1842, du supérieur de la mission, cette église était, dès cette époque, protégée par la France; mais la république vénitienne y entretenait deux religieux, chargés de veiller à la garde de l'Image, ainsi qu'à la propagation de cette dévotion. Telle est la tradition consignée
(1) D'après Garbo^çnano, cet événement aurait eu lieu en ISiS.Tournefort, qui partit de Paris ^-n 1700, dit à ce sujet {Helalion, etc., p. 7) : « Cette église fut confisquée sur les dominicains, il y a environ cent ans (?) »
{i) NégociationSy l, 263.
(3) Dits, en France, Jacobins (Thévenot, p. 51; d*Arvieux, iV, 190), parce que leur première maison était sise dans la rue Saint-Jacques.
(4) L'acte de cotte donation serait conservé dans les archives des dominicains.
dans les rapports du supérieur de Saint-Pierre, tant au général de l'ordre, qu'au conseil de la Propagation de la Foi ; [il est vrai que, dans ce dernier document, et après avoir dit « que les religieux se réfugièrent dans la maison de Zaccaria», l'auteur de ce rapport ajoute, quelques lignes plus loin, que les FF. Prêcheurs exilés « vinrent frapper all'ospizio di San Pietro, qui leur fu* ouvert. » D*autre part, on lit dans un rapport adressé par la Comunità au pape Paul Y, le 30 mars 1618 : ce Les dominicains étant restés sans asile, à la prise de leur église, lors de la conquête de Constantinople (I), on les logea, pro tunc^ dans le monastère de Saint-Pierre, occupé par des religieuses (?).» Ce dire, comme certains autres des actes de la Comunità^ ne semble pas porter en soi le cachet d'une entière exactitude ; mais, cependant, ces diverses assertions ne sont pas absolument dénuées de toute importance.
La Comunità suscita aussi contre Saint-Pierre, en 1651, des difficultés semblables à celles qu'elle souleva, à différentes époques, contre Sainte-Marie et Saint-Benoit. 11 est juste de reconnaître, d'ailleurs, que l'administration des biens de Saint-Pierre était régie par deux procureurs, nommés par la Comunità, Ce différend, né entre elle et un sieur Draperis, fut aplani moyen» nant la condition que l'un des deux procureurs serait toujours choisi dans la famille Draperis^
M. de Germigny, dans ses démêlés avec le représentant hongrois, cite, en 1580, « l'église de Saint-Pierre, petit monastère des Jacobins (1). »
Saint-Pierre, comme les autres églises de Galata, perdit un certain nombre d'immeubles pour contribuer à la conservation de Saint-François, après la fermeture de cette église, en 1586-1593*
En 1603, le supérieur portait le titre de « vicaire à Saint-Pierre de Pera; » en 1604, de « prédicateur général et vicaire général de la congrégation de Constantinople de l'ordre des Prêcheurs; » en 1754, de « congregationis orientis ord. Pred. vicarius generalis et parochus SS. apostol. Pétri et Pauli Galatae et Byzantiae (2) . »
En 1608, l'église de Saint-Pierre fut reconnue comme placée
(1) Négociations^ HI, 889. Crusius, dans sa Turco-Grœcia^ 1584, ne dit mot de Saint-Paul, mais il cite Téglise Saint-Pierre.
(2) Registre des baptêmes de Saint-Pierre.
SOUS la protection de France^ par firman de sultan Ahmed I*% sous l'ambassade de H. de Salignac (1).
En 1611, Saint-Pierre était desservi par cinq religieux, ayant un revenu quotidien de demi-talari par jour, destiné à pourvoir à la fois au service de l'église et aux besoins personnels de la communauté.
Saint-Pierre et le couvent en dépendant furent détruits par l'incendie de 1660; et le tableau de la Madone de Constantinople^ ayant été sauvé des flammes par l'un des notables de la Comunitàj le sieur Olivieri, celui-ci fut invité, par décision de la Comunità du 13 mars 1662, et après reconstruction de l'église, à le restituer à l'église des saints Pierre et Paul de Galata. Selon le rapport précité du supérieur de la mission, ce tableau peint en bois, et placé derrière le maltre-autel, était entièrement revêtu d'argent, et ne laissait voir que la tète de l'Ënfant-Jésus et celui de sa Mère (2); il est exposé, aujourd'hui, à la vénération des fidèles (1870), au-dessus de l'autel de la première chapelle, à droite, en entrant dans l'église. La restauration de Vimage^ telle qu'elle existe présentement, date de l'époque où les dominicains de Saint-Pierre passèrent sous la protection française, ce qu'indiquent les a fleurs de lis » dont le manteau de la Vierge est parsemé; il représente la vision de S. Dominique, dans laquelle le saint fondateur de l'ordre s'étant plaint à la Vierge de ne pas voir ses enfants auprès d'elle, la sainte Vierge, ouvrant les bras, lui fait voir tous les saints, papes, rois, reines et autres personnages, illustrés par leur sainteté, qu'elle couvrait de son manteau. La tète et la poitrine seules appartiennent à l'ancien tableau, le reste date de sa restauration.
En 1731, Saint-Pierre fut encore détruit par un incendie qui consuma une grande partie de Galata; mais il fut relevé, la même année, par firman obtenu à la demande du marquis de Villeneuve ; l'existence de cette église, qui jusque-là n'était que tolérée, fut ainsi officiellement reconnue.
Deux confréries ont été érigées, canoniquement, dans Saint- Pierre : 1° celle de Notre-Dame du Saint-Rosaire ^ dont on célèbre
(1) En outre de documents plus anciens, on lit dans les notes de M. Ducaurroy aux Capitulations (Guide de la conversation de feu Bianchi, 1852, 271) : « La protection de la France sur Téglise Saiotr-Pierre, à Galata, repose sur un firman délivré à M. de Villeneuve en 1731, et sur un khatti-cherif de sefer 1218 (1804), rendu soas Tambassade du maréchal Brune. »
(2) Carbognano fait le même récit (p. S8).
solennellement la fête le f octobre de chaque année; il est difficile de rendre Timpression du caractère de grandeur vraiment religieuse que présente, en ce jour, la procession sortant de Téglise, à Tissue de la grand* messe, chantée pontificalement par S. G. Mgr le vicaire apostolique, et se déroulant (1869) dan "; !^>.s rues de Galata, au seul bruit des cloches, sans aucun chaut, à la simple récitation du rosaire, par le R. P. vicaire, au milieu d'une population nombreuse et recueillie. En passant devant l'église Saint-Georges,dont les portes sont ouvertes et les cierges de Fautel allumés, la statue de Notre-Dame du Rosaire qui, terminant la procession, est portée par les membres de la confrérie, en aubes et en cappes (1), s'arrête et fait là une station; puis la procession rentre dans Saint-Pierre, où les fidèles ne cessent d'affluer aux exercices de dévotion durant la journée entière. Cette procession s'est faite seulement dans l'intérieur du cloître, le 2 octobre 1870, sans parcourir les rues de Galata. Saint-Pierre fait aussi, extérieurement, la procession du saint-sacrement, le dimanche dans l'octave de la Fête-Dieu.
â** La confrérie du Sacre- Cceur de Jésus (2). Celle-ci fut fondée en 173&, par M. de Villeneuve, qui se rendit devant l'autel élevé ad hoc^ entouré de ses nationaux, et en fit lui-même Tinauguration. Le pape Clément XII confirma cette confrérie par bulles pontificales, l'enrichit de privilèges et d'indulgences et en dressa lui-même le règlement.
Toutefois, et lors des affaires arméno-catholiques de 1761 , Saint-Pierre, où des arméniens s'étaient réfugiés, fut violé, comme Saint-Georges et Saint-Benoit^ et les réfugiés conduits au bagne, d'où ils furent bientôt renvoyés (3).
En 1825, et par suite de la nature des habitations groupées autour de Saint-Pierre, cette église, disent les documents de la députation française^ était considérée comme « la paroisse du commerce français. ))
L'édifice, relevé en 1731, dura jusqu'en 1841; à cette époque, la vétusté de la construction, presque toute en bois^ nécessita la reconstruction de l'église sur un plan plus vaste et plus solide. M. le comte de Pontois obtint, à cet effet, le firman nécessaire ;
(1) Cf. ci-dessus, g Saint-Benoit.
(2) Diaprés les Archives de la Députation^ une confrérie de ce nom aurait été créée autrefois, o pour le rachat des esclaves ».
(3) Hammer, XVI, 70-72.
des secours furent envoyés de France et d'ailleurs; noais il est juste d'ajouter, d'après le Journal de Constantinople du ten^ps, (c que les Pères dominicains supportèrent la plus grande partie de la dépense, afin que la reconstruction de leur église ne fût pas une cause de débours extraordinaires pour leurs paroissiens.» Le roi Charles-Albert, de Sardaigne, donna 15^000 francs, à la condition qu'un des autels serait placé sous l'invocation d'un saint de Savoie; et la femme de ce prince affecta une somme de 800 francs à la célébration, à perpétuité^ d'une messe, le jour anniversaire de la mort de son royal époux. La chapelle sarde, la seconde à droite, en entrant dans l'église par la grande porte, est placée sous l'invocation de sainte Marguerite de Savoie, dominicaine, inhumée dans l'église du monastère fondé par elle à Aiba del Piemonte.
La nouvelle église, sise rue Perchembè-Bazar, vit ajouter à son nom antique des saints apôtres Pierre et Paul, celui de la Beata Vergine del Rosario. Elle compte, en outre du maltre-autel, > deux chapelles latérales^ à droite et à gauche; et comme annexe, sur la droite du vaisseau principal, une sorte d'oratoire où se trouve la chapelle de Sainte-Catherine de Sienne. L'inauguration en fut faite avec grande pompe, et un jubilé de huit jours fut accordé à cette occasion. Jusqu'alors, aucune église latine n'avait été consacrée k Constantinople (1) ; Mgr Hillereau, vicaire apostolique, sollicita, de Rome, l'autorisation de consacrer celle-ci; la question fut laissée à son appréciation. Cette consécration eut lieu le 19 février IS^ipd : Mgr Hillereau archevêque de Petra, vicaire apostolique de Constantinople, fut accueilli, par une affiiuence considérable de fidèles, à la porte du temple occupée par un détachement des marins du stationnaire français la Flèche. Les cérémonies de la consécration terminées, M.Fambassadeur de France, protecteur de l'église, et auquel, en qualité « d'évèque du dehors, » sont rendus les honneurs accoutumés, entrait dans l'église et assistait à la messe pontificale. A l'élévation et à la bénédiction, les honneurs militaires furent rendus par la compagnie de débarquement de la Flèche ; 1^ commandement militaire et le bruit du tambour qu'on n'entend jamais dans les églises orientales, causèrent à toute l'assistance
(1) Voyez sur la consécration des églises, le Culie catholique dans ses cérémonies et ses symboles, par Tabbé Durand, 18^, S^, pages 438 et suiv., et plus haut $ Saint-François et Saint-Georges,
une émotion indicible; et qaand on entonna le Domine salvum fac Reffem, chacun se croyait transporté en France dans une église de la mère- patrie (1).
a Quatre archevêques ou évèques assistaient le prélat con se crateur :
« Hgr Hassoun, coadjuteur du primat, et Mgr Artin^ évèque de Van, du ritarméno-catholique;
t< xMgr Mazloum, patriarche des grecs-unis d'Egypte et de Syrie, et Mgrlacoub, évêque syrien de Damas.
« Le rit latin fut pratiqué solennellement, pendant les six jours restant de la semaine, par les diverses communautés religieuses de Péra et de Galata; des discours furent prononcés en toutes langues : en français, en italien, en grec, en allemand et en turc. Les PP. Lazaristes ouvrirent, le lundi, cette série de prédications par a l'éloge de S. Dominique et la démonstration du caractère propre à l'action sociale exercée par les ordres monastiques, du XII* au XVII* siècle.
« Le chargé d'affaires d'Autriche assista à la cérémonie du ' vendredi; le discours, prononcé en allemand, fut suivi d'une prière pour Pempereur et la famille impériale.
(K Le samedi, le marquis Pâreto, ministre de Sardaigne, assista à l'office divin, célébré par les PP. Dominicains; et le discours fut suivi du Domine salvum pour le roi.
a Le dimanche, Mgr Hassoun, évèque d'Anazarbo, officia selon le rit arméno-catholique; le discours fut prononcé en langue turque.
a Le jour suivant, lundi, un service funèbre fut célébré solennellement pour le repos de l'âme des fidèles ensevelis sous l'église; et, le même jour, les PP. Dominicains appelèrent à leur table tous les pauvres de leur paroisse ; ils les firent asseoir à leur place, et les servirent de leurs propres mains; plusieurs négociants acceptèrent l'invitation de participer à cet acte de charité. a La piété des fidèles, durant ces exercices, fut si grande que cent confesseurs, de rites différents, étaient occupés à recevoir, tous les jours, les confessions; les communions s'élevaient à plus de mille par jour. »
Dans Yatrium^ sous l'orgue, à gauche, est la chapelle de «Notre- Dame du Rosaire; » un peu plus loin, on lit, sur le mur, l'inscrip-
(1) Journal de Comtantinaple.
tioD suivante, rappelant la date de la réédification et de la consécration de l'église :
TEMPLUM HOC NUPER REAEDIFICATUH INDULGENTIIS A SS. D. N. GREGORIO XVI IMPERTITIS LOCUPLETIUS DD. J. M. HILLEREAU, ARCH. PETRAE SEDIS BYZANTII VIC. APOSTOLIC. SOLEMNITER CONSECRABAT XI KAL. MART. 1843.
De l'autre côté, à droite, et un peu en avant de la chapelle de rimage miraculeuse de la Vierge, on a placé, sur les murailles, l'inscription suivante, rappelant, de son côté, la cérémonie ultérieure du couronnement solennel de cette image, peu après la proclamation du dogme de Timmaculée-conception :
A SS. D. N. PIO PP. IX DE IMMACULATO B. MARIAE V. CONCEPTU DOGMATE PROCLAMATO DD. A. MUSSABINl ARCH. SMYRN. SEDES CONS- TANT. PROvic. APOSTOLICUS TRIBUS EPISCOPIS ADSTANTIBUS NEC NON G^LL1AR€M PRiESULE IMAGINEM HANC B. MARl^ V. ODIGHITRIAS A DIVO LUCA DEPICTAM AUREA INSIGNIEBAT CORONA VI ID. DECEM- BBIS 1855. CONGRATULATIONIS ERGO.
Comme édipce, l'église latine de Saint-Pierre est Tune des plus belles de cette capitale; elle est, d'ailleurs, l'œuvre de Tarchitecte Fossati, l'habile restaurateur de Sainte-Sophie. En dehors du temple, dans la cour de droite, se trouve la crypte, destinée précédemment aux sépultures.
Le titre de la paroisse est : (c Paroecia SS. apostol. Pétri et Pauli Galatae et Byzantii, ord. praedic. ; » son sceau porte l'image de ses saints patrons.
Saint-Pierre est aujourd'hui (1870) la seule paroisse latine de Galata et de Constantinople; sa juridiction s'étend sur toute la ville de Constantinople, y compris Psammatia et les Sept-Tours, sur les villages des deux rives du port, jusqu'à l'extrémité d'Eloub, et sur les navires ancrés sur les deux rives d'Europe et d'Asie, jusqu'aux Hiçar, a les chéiteaux du Bosphore. if>
Aux jours de solennité, le drapeau français est arboré à un màt de pavillon (1) établi sur le mamelon dépendant de Saint-Pierre et sis à droite de la grand'porte extérieure de l'église.
Les Frères des Écoles chrétiennes ont loué, dans les dé -
(1) V. ci-dessus § Saint-BênaU.
'il
pendances de Saint-Pierre, un local où ils ont établi nne école gratuite, dirigée par quatre d'entre eux, et qui reçoit environ cent quatre-vingts enfans, répartis en trois classes.
Saint-Sébastien (chapelle; n'existe plus).
I L'emplacement de cette église ou chapelle, dite par la Co-
"I munità « San-Bastiano, » est inconnu; les uns le placent entre la
porte de Tophana et Moumkhànè, d'autres dans le Péra d'aujourd'hui. On a vu plus haut (§ Saint-Benoit) que, sur les difficultés opposées & la réinstallation des Jésuites dans Saint-Benoit, qui, disail-on, était ce éloigné de la demeure de France (1), » et écarté de la résidence des Latins, M. de Salignac avait loué une maison sise au milieu du quartier habité par ceux-ci, et voisine a de quelque cinquante pas, d'une petite église ou chapelle, dite Saint-Sébastien, où l'on n'officiait qu'une ou deux fois l'an (2). » Il résulte d'une lettre écrite par la Comunità à M. de Brèves, le 17 octobre 1609, que cette maison, appartenant à un sieur Giorgio Mamoretto, était bâtie dans le jardin acheté par celui-ci du sieur Dané.
On a vu également plus haut que les Jésuites officièrent, dans cette église, pour la première fois, le 20 septembre 1609, et la desservirent jusqu'à leur retour à Saint-Benoit, dans la dernière semaine précédant le carême de l'an 1610.
Saint-Sébastien fut fermé, en mars 1586, sous Murad III, « en même temps que Saint-François et Sainte-Anne; et, comme ces églises, il fut question de le changer en mosquée, mais ce projet ne fut pas exécuté (3). »
Saint-Sébastien avait aussi des procureurs, chargés de l'administration de ses biens.
Cette église est mentionnée dans une lettre de la Comunità au pape, en date du 14 mai 16i9/Un acte de la même origine, signé
(i) Selon rhistoriographe Rachid (IIÎ, 489), « Tambassadeup de France, M. de Fer-
riol, (lescoudit, à son arrivée, à TliAtel aflectt^, à Galata, ^ la résidence des aml^as-
sadeiirs de France. » Scion une tradition locale, cei luMel aurait été rancien palais
des poiiesi is, à Panule des Quairc-Rues, à la descenle dePerchembè-ba/ar, aujour-
' d liui le Khan Frar,ch<ni.
('i) Cara>oii, Ivc. laud, p. 37 : Cf. aussi ^Sainl- François vi Saint'benoU.
[i) Hammer, Vil, 139. L'auteur de VHrstoire de l'empire ottoman place ce fait en 1581( sous l'ambassade Germigny; la correspondance de cet agent n'en psrle pas Jouannin (la Turquie, 173) rinscrit, avec plus dertiBon, Bons Taniiée IS86.
par le procureur de eette église, atteste encore son existence au !•' janvier 1626.
S. Bastiano contribua^ de ses deniers^ au renouvellement des capitulations pérotes, çbtenu par Tentremise de l'ambassadeur impérial Schmidt (1653).
Enfin, cette chapelle brûla en 1660, comme les autres églises de Galata, ainsi que Tatteste le procès-verbal de la Comunità du 6 juin 1661. Saint-Sébastien se trouvait donc, certainement^ dans Galata, et non pas à Péra. Que devint-il depuis? Les démarches constantes faites en faveur des Trinitaires^ dont la mission était consacrée «c à la rédemption des captifs; » comme aussi l'établissement de ces religieux à 'Péra, en 1722 seulement; et enfin, les pratiques de ceux-ci touchant la fête de S. Sébastien qu'ils célébraient dans leur église de Péra, n'oflri raient-ils pas autant de raisons pouvant faire supposer que cette congrégation fut^ dans le principe, établie à Galata^ dans le couvent-église de Saint 'Sébastien, relevé d'une façon plus ou moins durable, après l'incendie de 1660?
Dans une note sans date, et qui, malgré des conjectures mal fondées, fournit cependant un renseignement intéressant, on lit : «Les Jésuites furent établis, provisoirement, dans la petite maison de Saint-Sébastien, à, Péra, qu'on suppose être dans le terrain qu'occupent aujourd'hui les Trinitaires, lesquels - sont tenus, chaque année^ de célébrer la fête de S. Sébastien (1). »
Bagne; prisons de la préfecture de police
{Zabtîè).
Le bagne de Constantinople ou « arsenale fabbricato... nel porto, appresso il luogo di Pera(2), y> était rempli autrefois des « esclaves infidèles faits sur les chrétiens, pendant la guf rre (3). » On en accusait 3 à 4,000 en 1592 (4), 2,000 en 1664 (5), 3,000 du temps de M. de Girardin (1686-89); à la chute de Gerbi, don Alvarez, général espagnol des troupes de débairquement, y fut
(1) V. ci-après chap. III, § la Trinité.
(2) Belazioni venet.^ 3e série, lU, M2.
(3) FMat des missions de Grèce , p. 88.
(4) Relaz, venet. 3» série, II, 336.
(5) CarayoD, ReL inéd, des missions ^[99.
conduit avec les autres prisonniers (1) ; après celle de Famagouste; la peau du malheureux et héroïque Bagradino (2) y fut exposée; le dominicain Calipio, qui y fut mis comme espion du pape^ essaya de la dérober; et, plus tard, elle fut rendue à Venise, et déposée, dans une urne, dans Téglise des Santi-Giovanni et Pdolo (3).
En 1593, après la défaite de l'armée turque devant Essek, le baron de Lobkovitz, ambassadeur impérial, fut traîné à la suite de l'armée, et les gens de sa maison conduits au bagne (4). « L'on y voit toutes sortes de nations, dit le P. Saulger; jésuite, en 1664, mais particulièrement des Français; j'y ai des Parisiens, des Bretons et des Normands (5). »
Les Capitulations contiennent de nombreux articles relatifs à la' libération des esclaves (6) ; une confrérie, celle du Saint-Cœur de Jésus (7), avait été instituée, pour le rachat des esclaves, et le produit de certaines taxes et amendes (8) avait été affecté au même objet. Lors de la paix conclue sous la médiation de la France, M. de Villeneuve, ambassadeur de Louis XV, obtint la libération de trente prisonniers allemands incarcérés au bagne de Constantinople (9). On lit dans Tournefort (10), qu'il y avait, dans le bagne, deux chapelles pour les Latins, l'une appartenant au roi de France, l'autre destinée à l'usage des Vénitiens, des Italiens, des Allemands et des Polonais. « Les missionnaires, continue le savant voyageur, y confessent, disent la messe, administrent les sacrements, et font les exhortations en pleine liberté, en donnant quelque gratification au commandant du Bagno. Les Grecs y avaient aussi une chapelle. »
Carbognano (11), rapportant les mêmes faits, dit aussi : L'une des deux chapelles latines a appartiene ai francesi e r>altra è commune a tutte le nazioni. »
L'église grecque est la seule existant aujourd'hui (1870); et
(1) Hammer, VI, 194.
(2) 1(1. id. 415. Cf Relaz, ven, 3® série, 1, 379.
(3) Hammer, VI, 527.
(4) Hammer, Vil, (i7.
(5) Carayon, loc. laud,, 99, 236, 237.
(6) Voyez nos Traités et capitulations de la France^ dans le Contemporain^ 18i69, pasf)m.
(7) y. ci-dessus, g Saint-Pierre.
(8) Délibérations nationales, procès-verbaux de 1747, 1719, 4728.
(9) Hammer, XIV, 467.
(10) Voyage au Levant^ II, 5.
(11) Loc. laud. p. 70.
dans ane visite que noas avons faite au bagne, en octobre 1865, on nous a montré des ruines qu'on indiquait comme étant celles d'une chapelle latine; on ajouta que cette chapelle était dite « Saint-Pierre ou Saint-Antoine. » Ce rapport n'est consigné ici que pour n'omettre aucun élément d'information.
On lit, dans les Muntakhibât d'Evlia Tchelebi, que sultan Sulelman fit bâtir, dans l'arsenal^ le San-Pavla zindâni\ne trouverait-on pas là un indice du titre de la chapelle (1)?
Pour ce qui est de Saint-Antoine, le registre des actes de baptême de Sainte-Marie Draperis mentionne, au 18 janvier 1668 : c< L'eçclesia Sancti Antonii di Padua, apud captivorum carceres, vulgô die dicto Bagno del Gran Signore, in Cassim pacha ; » et, au 23 février 1670, a la capella di Santo Antonio-di Padua, al bagno del Gran Signore. )>
La Comunità rapporte, en 1618, que cette église ou chapelle aurait été desservie, à une certaine époque, par les Dominicains; elle ajoute, en 1623, qu'elle était fréquentée par les Grecs, les Arméniens, et môme joar les musulmans des deux sexes, qui, affligés d'inûrmités réputées incurables, venaient se recommander au saint auprès duquel ils passaient trois jours et trois nuits; après quoi, ils s'en retournaient guéris, ce La miracolosa chiesa di Sant'Antonio (2) )> courut danger d'être démolie, dit la Cornunitày en mars 1626, le plomb d'un magasin du G. S. attenant à l'église ayant été volé; le chapelain, chassé, se réfugia chez l'ambassadeur de France; et l'église fut mise sous scellé, quelques jours après la date ci-dessus indiquée.. La réouverture ayant été obtenue à prix d'argent, la desservance fut donnée aux Mineurs S. 0. (15 mai 1626); le procureur comptait au chapelain 20 aspres par jour pour son entretien.
En 1632, la Comunità décide que le chapelain et le sacristain pourront seuls, dorénavant, passer la nuit dans l'église.
Mise de nouveau sous ^cellé, en février 1636, cette chapelle était encore fermée en octobre même année; les sacrifices delà Comunità ne purent obtenir sa restitution au culte (3).
(1) « Les Turcs, dit ByzanUus (II, 21), appellent le bagne, jlgnore pourquoi, prison de Saint Paul. » '
(â) C'est probablement de cette église que parle Ducange (iib. IV, 81) d*après le P. Pacifico, capucin, in Uinerario Constan'inopolitanOt « fréqueutée, dit-il, par un grand nombre de Grecs, à cause des miracles que Dieu y opérait. »
(3) Cette date correspond à celle de la perte de Sainte-Marie de Constantinople, desservie par les dominicains (voyez chapitre I.)
S^lon Hammer (1), une femme du serai, sous le règne de sultan Ibrahim, successeur de saltan Mourad IV, aurait brisé les scellés apposés sur la porte de Téglise, et, après s'être baignée dans Vaîazmay aurait, de nouveau, fermé la porte. Irrité de cette violation de l'ordre impérial, le grand vizir Qara Moustafa (2) au* rait, à cette occasion, changé l'église en mosquée.
De ce qui précède, il semble résulter que Saint-Antoine se trouvait hors du bagne ; une circulation aussi fréquente n'aurait pu être tolérée dans l'intérieur (3) ; d'autre part, les actes de Sainte-Marie Draperis constatent qu'an mariage fut célébré, en janvier 1668, « in ecclesia Sti Antonii di Padua , apud captivorum carceres, vulgo die dictoBagno delGran Sîgnore, in Cassim bassâ; »et, en février 1670, qu'un baptême eût lieu c< nella capella di Sto Antonio di Padua, al bagno del G. S. » Si le rapport de Hammer est exact, on peut être conduit à supposer, en tenant compte des indications fournies par les^egistres de Sainte-Marie Draperis, que le vocable S. Antoine aurait été reporté à Tune des deux chapelles du Bagne, vraisemblablement à celle qui A était commune à toutes les nations, d
Selon les archives de Sainte-Marie, les sacrements étaient administrés aux esclaves du bagne, de 166T à 1751, par les réguliers de cette paroisse; et dans leur supplique, supposée de 1682, à la Comunità^ ces mômes religieux se plaignaient de ce que ce les jésuites se sont introduits rferntVremew^ dans le grand bagne, et que monseigneur leur en a donné la cure. » On lit cependant, dans le Mémoire du P. Saulger, en date du 20 mars 1664 : <c Parmi les travaux des jésuites sont les galères, composées d'un bon nombre d'esclaves français; deux de nos Pères vont, tous les dimanches, au grand bagne du Grand Seigneur... nous y allons confesser et chanter la grand*messe, avant le travail. Nous avons, de plus, pour mission, les Sept-Tours, la prison des gentilshommes... Nos Pères restent auprès des malades; le soir, ils retournent au bagne, pour entretenir, plus à loisir, ceux dont il faut soutenir la foi. Durant les nuits eàtières des veilles des grandes fêtes, passées avec ces pauvres gens pour les confessions, il faudrait voir la douleur de leur pénitence, la ferveur de
(1) hoc, laud.j X, 112.
(â) Grand-vizir de décembre 1638 au 22 mars 1643.
(3) Toutefois, ta liste des mosquées de Càcim-paclia ne fournit aucune indication k cetégard. (Hammer, XVIil.)
leurs prières, leur soif de la parole de Dieu... Durant dix années qu'il demeura à Gonstanlinople, le Père Bernard a pris le soin des bagnes; il y passait souvent les jours et les nuits. Ce révérend missionnaire est mort victime de son zèle évangélique ; son nom figure, à l'année, 1683, sur la pierre funéraire des jésuites morts de peste (1).
Dans une lettre du 23 mars 17W, au ministre des affaires étrangères, H. de Castellane.cite a les jésuites qui ont Tentrée du bagne (2) . »
Il y a donc lieu de penser que les mineurs S. 0. avaient, au bagne, leur chapelle, et les jésuites la leur; en temps de peste, ceux-ci s'enfermaient avec leurs ouailles, et plusieurs d'entre eux y ont trouvé une mort glorieuse : ils sont tombés sur le champ de bataille de la charité évaïigélique. Remplacés, à la suppression de Tordre, par les PP. Lazaristes, oeux-c^ ont dignement occupé au bagne, jusqu'en 1818 ou 1820, le poste de leurs prédécesseurs; à peu près vers cette époque, leur chapelle fut détruite par le feu; on sauva des flammes le tableau qu'on voit présentement (1870) à Saint-Benoit, au-dessus du chœur; il représente une scène de rachat d^esclaves ; un évêque, assisté de deux prêtres en costume de chœur, compte au personnage, debout devant lui, le prix de la libération d'esclaves accroupis et garrottés à ses pieds.
Le chevalier d'Arvieux (3) dit quelques mots du « baigne» de Constantinople ; mais il ne parle pas de ses chapelles.
Actuellement, la desservauce du bagne est dévolue aux PP. Dominicains : le révérend et zélé curé de Saint-Pierre, assisté d'une sœur de Charité chargée de cet office, ont obtenu, de l'autorité locale, un petit emplacement qu'ils ont converti en chapelle; là on entend les confessions, on dit la messe et Ton administre les sacrements; on distribue aussi, une fois la semaine, en numéraire ou en nature, des secours aux galériens latins. Le docteur Fontana, assisté de la sœur Madeleine, a créé, dans lé bagne [zmdân), un petit hôpital pour les malades latins.
Le curé de Saint-Pierre et les sœurs de Charité ont également obtenu, du ministère de la police, l'autorisation d'établir une petite
(1) Cf. Carayon, /oc. laud., p. 99, 247, 2i8, 252; Estât des missions de Grèce^ en 1695, |). 88, 96; et mon Compte rendu du cimetière catholiq. latin de GoiistaDtiiiopl pour raniiée 186i, p. 26.
(2; Tesu, Recueil des TreUtés, II, 180.
(3) Mémoires, IV, 480.
chapelle dans la prison de la préfecture de police {zabtîè) à Constantinople.
Sous le titre d'œuvre des prisons de Constantinople, îl s'est formé, à cette occasion, une association^ dont voici les résultats pour l'année 1869 :
Recettes : Cotisations : piastres, 872 Dépenses : Aumônes : piastres, 717 Dons pour vêtements, 210 Achat de Vêtements, 210