‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 106 sur 146 · PR · texte numérisé non relu

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442 (An 556.) MISTOIRE

ne fut ni ne sera permis de tenir un concile particulier, pour en examiner un général, Mais s'il naît quelque doute sur un objet de cette importance, ceux qui cherchent la voie du salut, doivent demander au siége apostolique la raison de ce qu'ils ne comprennent pas ; et ceux qui s'obstinent au point de refuser l'instruction et de fuir le guide qui les ramène au bon chemin, les canons veulent qu'ils soient réprimés par la puissance séeulière, de peur qu'ils n’en entraînent d'autres avec eux dans le précipice:. C'est ainsi que Pélage, traitant les ennemis du cinquième concile, en raison de la connoissance des faits qui étoient plus ou moins à leur portée, jugeoit inexcusables les évêques de l'Italie et du voisinage, qui pouvoient aisément s'en instruire.

Entre les Gaulois, plus éloignés de la lumière, plusieurs craignoient toujours de bonne foi qu'on n'eût donné atteinte au concile de Chalcédoine, et que la doctrine même du pape Pélage ne fût pas bien sûre. Ces prélats témoignèrent sans doute leur appréhension au roi Childebert, qui envoya vers ce pontife, pour lui demander des reliques des saints apôtres, et plus encore pour s'assurer pleinement de sa croyance. L'envoyé s’expliqua même assez ingénument, à ce que nous voyons par la réponse de Pélage, où il est dit que Rufn, c'étoit le nom de ce ministre de confiance, lui avoit représenté avec franchise, qu'il auroit dû faire au prince une ample et claire profession de foi, ou tout au moins déclarer qu'il recevoit de point en point la lettre de son saint prédécesseur Léon.

Quant à ce dernier article, reprend le pape2, nous avons commencé à le remplir, comme le plus simple, et nous avons signé de notre propre main la déclaration faite par nous, de soutenir, avec l’aide du Seigneur, l'écrit de notre prédécesseur Léon pour la foi catholique. Afin de ne laisser aucun lieu au soupçon, je me suis aussi empressé à remplir le second article que l'illustre Rufin m'a proposé. Ainsi,nous vous envoyons la conféssion de notre foi la plus claire et la plus expresse. Après ce prélude, et après avoir marqué son adhé-

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DE L'ÉCLISE. (AN 5) 443 sion sincère aux quatre premiers conciles, le ::1p« Jonne en effet la déclaration la plus satisfaisante, sur tous les points où les préventions contre le cinquième concile pouvoient laisser quelque ombrage, quoique dans cette assemblée, dit-il:, ct ces expressions méritent d'être pesées, on n'ait rien traité qui donne atteinte à la foi. Mais depuis la mort de l’impératrice Théodore, ajoute-t-il, il n’y a plus de dispute, même en Orient, sur la croyance catholique. Ainsi Pélage assuroit-il , non que les questions agitées dans le cinquième concile n'importoient point à la foi, mais qu'elles ne lui avoient pas nui.

Touchant les reliques que le roi avoit demandées, ce pape répond que par respect il en a chargé un sous-diacre, qui doit les porter de Rome jusqu'en France : preuve ancienne et bien marquée de l'extrême vénération dont on les honoroit. Quelque temps après, il écrivit à Sapaude, archevêque d'Arles, pour s'assurer que le roi et les évêques de France avoient été contents de sa profession de foi. 1] lui accorda en même temps l'usage du pallium ; et le fit, comme ses prédécesseurs, vicaire du saint Siége dans toutes les Gaules. Sapaude avoit promis du secours aux pauvres de Rome, qui étoient en plus grand nombre que jamais , après Lous les pillages de cette capitale du monde, Le pape lui rappela sa bonne volonté, et lui spécifia

le genre d’aumônes le plus nécessaire * ces conjonctures: La misère, dit Pélage, est telle en sos :2s, qu'on y rencontre de toute part des gens bi e. svefois opulents, dans une nudité qu'on ne par | «ns avoir, l'âme

pénétrée de douleur.

Sapaude avoit présidé quelque temps auparavant au cinquième concile d'Arles, où l'on voit que le gouvernement général des monastères n’étoit pas le même partout. Dans cette province, tant ceux d'hommes que ceux de filles sont tenus sous la juridiction de l'évêque diocésain, Quant aux clercs, on leur défend la dégradation des fonds dont l'évêque leur a accordé l'usage, sous peine de discipline, c’est-à-dire de punition corporelle, pour les jeunes clercs qui sont au-dessous des sous-diacres2. Le reste des canons de ce concile tend de même

1 Tom. 1 Couc. Gall. p 304. -— 2 Tom. v, Conc. p. 708, ete.

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444 (An 557.) HISTOIRE

à la conservation des biens ecclésiastiques. .F'el fut aussi l'objet principal de quelques autres conciles tenus en ce temps-là. L'Eglise avoit beaucoup à souffrir des pillages et de la dtprédation, sous des maîtres demi-barbares, et sous des lois trop mal établies pour contenir leurs sujets, encore plus avides €. plus barbares qu'eux. De fà ces étonnantes alternatives de vices et de vertus, de grands exemples et de grands scandales qui affligeoient ou eonsoloient l'Eglise, selon que les sujets et les maîtres suivoient les impressions de la grâce, ou s’abandonnoient aux fougues de leur naturel.

L'an 542, les rois Childebert et Clotaire firent la guerre en Espagne. Comme ils assiégeoient la ville de Saragosse, et la pressoient vivement, les habitants eurent recours au ciel, par l'intercession de l'illustre martyr saint Vincent, la gloirc et la sauve-garde de leur patrie. Ils s'imposèrent des jeûnes rigoureux ; après quoi les hommes se couvrant de eilice, les femnes parsemant de cendres leurs cheveux épars, et chantant des psaumes tous ensemble, ils portèrent autour des murailles la tunique du saint martyr. Les assiégeants crurent d'abord qu'on faisoit quelque maléfice : mais ayant appris qu'on imploroit contre eux le pouvoir de saint Vincent, ils furent saisis d’une crainte religieuse qui les désarma. Childebert fit prier l'évêque de le venir trouver, lui parla avee bonté, et lui demanda des reliques du saint, avec lesquelles il se retira content1.

De retour à Paris, il fit bâtir près de la ville, une église en l'honneur de la sainte Croix et de saint Vincent, pour y placer les reliques du saint martyr, avec une magnifique croix d'or enrichie de pierreries, qu'il avoit enlevée aux Goths dans une autre expédition contre leur roi Amalaric. L'église, bâtie pour celte raison en forme de croix, avec un autel à chacune des quatre extrémités, passa pour l'un des plus superbes édifices des Gaules. Toutes les murailles en étoient couvertes de peintures à fond d’or : la voûte ornée de lambris aussi richement dorés, porloii sur des colonnes du marbre le plus précieux. Le pavé, en pièces de rapport, ne se faisoit pas moins admirer par la diversité des figures que par celle des couleurs. Mais le

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DE L'ÉGLISE. (an 558) 445 toit, d'un cuivre doré qui jetoit un éclat éblouissant, frappoit sur toute chose ces bons Français, peu accoutumés à de pareils spectacles, et il leur fit donner à cet édifice le nom de l'église d'or. Elle occupoit la place de celle qu'on appelle aujourd hui Saint-Germain-des-Prés, à cause de sa première situation dans une prairie, et de saint Germain qui gouvernoit alors ce diocèse, Ce prélat révéré fut enterré quelque temps après dans l’oratoire de saint Symphorien, à la porte de cette éghse, puis transféré par vénération dans l’église même. Childebert ne fut pas moins magnifique dans la dotation de ce temple, qu'il pourvut abondamment de revenus et de tout ce qui étoit nécessaire pour la majesté du culte divin. Il chargea le saint évêque Germain d'y établir une communauté de religieux : ce que fit aussitôt le saint prélat, avec autant de sagesse que de zèle. Il en choisit les premiers instituteurs et la règle, qui étoit celle de saint Antoine et de saint Basile, dans le monastère de Saint-Symphorien d'Autun, dont la ferveur lui étoit particulièrement connue, parce qu'il étoit né dans cette vie. La fête de Noël étant proche, et plusieurs évêques s'étant déjà rendus à Paris pour la célébrer avec le roi, Germain profita de la rencontre pour faire la dédicace.

Mais Childebert tomba dangereusement malade, et mourut le 23 décembre de cette année 558. Comme le roi avoit choisi sa sépulture dans cette église, ce fut une raison de plus pour procéder sans délai à sa dédicace. Saint Germain la fit sur-lechamp, assisté par saint Nicet cs: Nisier de Lyon, qu'il ne faut pas confondre avec saint Nice! : e ‘l'rèves, et par cinq autres évêques. Le même jour il fit les ' *èques du prince, qui, en é-'geant ce monrniment auguste de sa piété, n'imaginoit pss y trouver si vite un tombeau ; comme l'humble et saint évêque, en dédiant ce temple, ne pensoit guère le consacrer à sa propre mémoire. On attribue encore au roi Childebert la fondation de l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois, qui est une des paroisses les plus distinguées de Pari:, puisqu'elle est celle du roi et de sa famille.

Ce prince fut sincèrement pleuré de tous ses sujets, qui le

1 Act, Bened, t, 1, p. 234, ete.

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regardoient comme leur père, et plus encore des pauvres , en faveur desquels il parut libéral jusqu’à une sorte de profusion. Ayant un jour envoyé à saint Germain , qui lui ressembloit fort à cet égard, une somme de six mille sous d'or, c'est-à-dire environ trente nulle livres de notre monnoic, aumône prodigieusc pour ces temps-là, l'évêque distribua d'abord la valeur de quinze mille livres. Aussitôt après , le roi le voyant au palais, demanda s’il avoit tout donné. L'évêque répondit, qu'après avoir subvenu aux besoins pressants il avoit réservé la moitié d'un don si considérable pour les malheureux qu'il pouvoit encore découvrir. Donnez bien vite le reste, dit le roi; nous ne manquerons pas , avec le secours du ciel, de quoi donner: et faisant mettre en pièces sa vaisselle d’or et d'argent, il la lui remit pour être distribuée. Il ne fut pas moins libéral pour l'Eglise, ni moins zélé pour la discipline. Il fonda plus de monastères peut-être qu'aucun de nos rois, eut grand soin de faire célébrer les conciles, protégea la religion en toutes manières, honora de sa confiance autant que de ses dons les saints évêques et les saints abbés qu'un règne si chrétien fit fleurir dans toutes les provinces de ses états. Tant d'œuvres de piété et de bienfaisance effacèrent dans l'esprit de ses sujets le souvenir de l'atrocité où son ambition l'avoit engagé contre des princes de son sang, et font raisonnablement présumer qu'il en avoit conçu tout le repentir nécessaire pour l'effacer aux yeux même du souverain Juge.

Glotaire, qui resta seul roi des Français pendant les deux ans qu il survécut à son frère Childebert, sans avoir donné les mêmes marques de vertu durant sa vie, témoigna quelque temps avant sa mort du regret de ses péchés. Etant venu à Saint-Martin de Tours, il y fitde grands présents , pria le saint avec effusion de larmes, d'implorer pour lui la divine clémence, et repassa toutes ses fautes dans l'amertume de son cœur. Il voulut être enterré comme son frère, etcomme son père Clovis , dans une église qu'il eût fondée, et il choisit pour cela celle de Saint-Médard de Soissons, qu'il avoit commencée, et qu'acheva son fils Sigebert. J1 laissa quatre princes qui partagèrent de nouveau le royaume, comme avaient fuit les fils de Clovis. Charibert établit sa demeure à Paris, Gon-

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DE L'ÉGLISE. (An 559.) 447 tran à Lyon ou à Chälons-sur-Saône , Sigebert à Metz , et Chilpéric à Soissons. Nous avons de Clotaire une ordonnance générale, faite dans le temps où il étoit seul roi des Française par laquelle il défendoit d’épouser des religieuses , d’épouser maloyré elle une veuve ou une fille, et de priver les églises de ce qui leur avoit été donné par testament:. Elle porte encore que l'on jugera suivant les lois romaines les affaires entre les Romains, c'est-à-dire entre les Gaulois naturels, dont les familles se distinguoient encore des Barbares, Francs, Bourguignons ou Goths, quoique tous chrétiens et presque tous catholiques dans les Gaules; caries Bourguignons et les Goths n'ayant plus que des pasteurs orthodoxes, ils s’étoient réunis en foule à la véritable Eglise.

On voit dans cette ordonnance, que les évêques pouvoient réformer en l'absence du roi les jugements des magistrats laïques : disposition que les lois des Visigoths contenoient aussi en faveur des évêques, et qui prouve que la religion avoit adouci la férocité des vainqueurs et étoit auprès d'euxla protectrice des vaincus.

On trouve à cette époque beaucoup d'exemples du pouvoir de la religion sur ces conquérants farouches qu'elle seule pou voit quelquefois contenir et ramener à la justice. Il se tint cette année 560, irois conriles à Landaff, au pays de Galles. Mouric roi de Clamorgan, avoit tué le roi de Cynétu, malgré la paix qu'il avoit jurée avec lui sur les saintes reliques. Un autre roinomme Morcant avoit tué son oncle, après lui avoir pareilleent juré la paix; un troisième, le roi Guidnert, avoit mis à mort son frère qui prétendoit à la couronne. Ces trois meurtriers furent sucuessivement excommuniés par les évêques assemblés en concile; et les sentences, aussi justes que nécessaires pour réprimer la violence de ces hommes farouches,qui sembloient ne fonder la justice que sur le droit du plus fort, devinrent , selon l'intention de l'Eglise, salutaires à ceux qui en furent frappés : ces trois princes réparèrent leurs crimes par une pénitence !‘clatante et sincère.

En E-pagne, les Barbares commencèrent à se rapprocher

8 Tom. v, Conc, p. 87.

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de la vérité. Les Suèves, engagés dans l’arianisme comme presque toutes ces nations septentrionales, étoient établis en Galice depuis plus de cent cinquante ans. Leur roi Théodomir avoit beaucoup entendu parler des miracles sans nombre qui s'opéroient au tombeau du grand saint Martin. Son fils étant tombé malade, ét réduit à un point de langucur, où les res-sources humaines, devenues inutiles, ne laissoient attendre que là mort, le roi voulut être instruit plus à fond sur la vie et les œuvres du thaumaturge des Gaules. Qu'on m'apprenne, dit-ilun jour au milieu de ses courtisans , ce que c'étoii que ce célèbre Martin dont l’on raconte tant de merveilles, et quelle religion il professoit. On lui répondit que c'étoit un évêque de Tours, qui avoit enseigné à son peuple, que le Fils de Dieu el le Saint-Esprit doivent être honorés autant que le Père comme étant de la même substance. À l'heure même, faisant apprêter autant d'or et d'argent que pesoit son fils : qu'on porte ce présent à Tours, dit-il à quelques-uns de ses courtisans ; et si cet évêque si vanité guérit mon fils, j embrasserai la foi qu'il a soutenue. Les envoyés firent leur commission, et rapportèrent au roi qu'ils avoient été témoins de plusieurs miracles. Cependant le prince malade ne guérissoit point. Le roi, que la grâce conduisoit pas à pas, comprit que son tils ne recouvreroit point la santé, qu'il n'eût commencé lui-même par abjurer l'erreur. 11 bâtit aussitôt une église magnifique à saint Martin, promit que s'il pouvoit avoir de ses reliques, il croiroit tout ce qu'il avoit enseigné, et renvoya sur-le-champ à Tours, pour en demander.

On ne voulut donner, suivant la coutume, que des linges déposés quelque teraps'sür le tombeau. Mais les envoyés demandèrent qu il leur fût au moins permis d'exposer eux-mêmes ce qu'ils vouloient remporter, et on le leur accorda. Ils prirent une longue pièce de soie, et la pesèrent avant que de l'exposer, en disant avec cette simplicité qui avoit autrefois obtenu nn miracle de même nature en faveur d'un juge d'Israël : Si nous trouvons grâce devan ‘ous, Ô puissant potron , faites que ce drap pèse demain plus qu'aujourd'hui,

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DE L'ÉGLISE. (AN 561.) 449 et nous le regarderons comme une relique précieuse. On veilia toute la nuit, et le lendemain on pesa l'étoffe avec le premier poids, qui s'éleva rapidement , autant quele jougde la balance put monter. La joie fut extrême, et ils emportèrent la relique, en chantant leslouanges de Dieu , avec celles de son serviteur. Comme ils passoient auprès des prisons , les prisonniers invoquèrent avec ferveur le saint thaumaturge. Anssitôt leurs chaînes se rompent, les portes s'ouvrent , et plus occupés de leur reconnoissance que de leur liberté, ils courent se prosterner devant les reliques, en célébrant les louanges de leur libérateur. L’évêque fit ratifier leur grâce par l'autorité civile, qui ne crut pas devoir refuser ce que la divine clémence accordoit d'une manière si visible, Les Suèves, qui s’en retournoient par mer, éprouvérent la navigation la plus favorable, et la guérison qu'ils sollicitoient fut si prompte, depuis la dernière épreuve de leur foi, que le jeune prince parfaitement rétabli vint au devant d'eux. Le roi Théodomir tint parole, es se convertit avec tout son peuple, qui prit un tel attachement pour la vraie religion, qu'il n'aspiroit qu'au bonheur d’endurer le martyre. Il se fit quantité d'autres miracles par le moyen des nouvelles reliques, particulièrement sur les lépreux, qui se trouvoient en très-grand nombre dans la nation des Suèves.

Ce que saint Martin de Tours venoit de commencer, un autre saint Martin , natif de Pannonie comme le premier, le conduisit à sa perfection !. Après qu'il eut visité les saintslieux et acquis beaucoup d'expérience dans les voies du Seigneur, par ses voyages et ses entretiens avec tous les grands serviteurs de Dieu , la providence le conduisit en Galice, en même temps que les reliques y arrivoient?. Elle avoit choisi ce digne instrument, l’une des plus brillantes lumières de son siècle, pour instruire les Suèves convertis, pour leur composer des livres de piété, pour régir et affermir leurs églises, et pour y fonder des monastères. Ilen établit un des plus célèbres à Dume, près de Brague , et on lui en donna le nom. C'est la première abbaye qui ait suivi en Eepagne la règle de saint Benoît, à laquelle Martin la soumit. Quelque temps après, on tint un concile

à Fortun, L v, Carm. 2, —- 2 Isid, de filustr, c, 35.

40 (An 565.) HISTOIRE dans la ville de Lugo, pour les affaires diverses qui ne pou-

voient manquer de naître dans les nouvelles églises, Le roi fit :

observer aux Pères que les diocèses étoient trop étendus pour : que l'évêque en pt visiter chaque année toutes les églises,

suivant les canons; de plus, qu'un seul métropolitain ne suf- I

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Lugc en métropole, comme Brague l’étoit déjà , et l’on fit de L nouveaux évêchés , l’un desquels eut son siége au monastère a de Dume, dont le saint abbé devint ainsi le premier évêque. Ï On détermina aussi les paroisses de chaque diocèse, pour d éviter les disputes entre les évêques voisins. f

On tint à Brague un autre concile, dont le premier object (0 fut d'assurer la foi contre les restes du priscillianisme. On y fit nm ensuite des canons de discipline, qui concernent presque ir toutes les cérémonies. I] y est défendu de chanter dans l'église LA d'autres poésies que les psaumes et les divins cantiques : régle- d ment qui semble avoir supprimé les hymnes, mais qui ne tint le pas. Celui qui enjoint aux évêques de faire le salut comme les di

prêtres, par ces paroles Dominus vobiscum, ne tint pas davantage, et l'usage a toujours prévalu pour les évêques, de dire pax vobis au commencement de la messe. Nous voyons que dès-lors les clercs inférieurs aux sous-diacres ne pouvoient toucher les vases sacrés. On fit aussi la division des biens de l'église en trois parts, savoir, pour l'évêque, pour le clergé et pour les réparations.

Il v eut dans les mêmes régions, et vers le même temps, d'aut es cénobites vantés, dont les plus connus sont saint Emilien d'Arragon, et saint Donat du pays de Valence, qui le choisit pour évêque2, Donat illustra tellement l'état monastique dans ces provinces, qu'il passa dans la suite pour avoir apporté le premier en Espagne les observances régulières, que nous ÿ avons toutefois remarquées long-temps avant jui. Il sortoit de l'Afrique, où il avoit gouverné un monastère nombreux. Voyant cette contrée menacée de l'invasion des Barbares, il passa 12 mer avec soixante-dix de ses disciples et

1 Act, Pencd, t, 1, p. 26, — 2 Thid, p, 20%,

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DE L'EGLISF. (AS 564.) 45) quantité de bons livres, et les établit près de Chative, au royaume de Valence, dans le monastère de Servit, qu'il fonda vec le secours d’une femme illustre et vertueuse, nommée Mincée. Il étoit au plus haut point de sa réputation pour sa vertu et ses miracles, sous l'empire de Justin le jeune. Pendant ce renouvellement heureux des mœurs, aux extrémités de l'Hespérie, Justinien régnant encore dans un âge fort avancé, démentoit, par des opinions aussi bizarres qu'impies, l'attachement qu'il avoit autrefois marqué pour la foi orthodoxe. C’est là qu'aboutirent enfin sa curiosité en matière de foi, et sa témérité à évangéliser sans mission 2. Les hérétiques origénistes qu'il avoit poursuivis le plus vivement , furent ceux mêmes qui le séduisirent, ct l'engagèrent dans l'erreur des incorruptibles. 1] se laissa persuader par ces rejetons des eu tychiens, que le corps de Jésus-Christ n'étoit susceptible d'aucune altération, pas même par les affections naturelles les plus innocentes, telles que la faim et la soif; en sorte que durant sa vie mortelle, comme après sa résurrection, selon ces novateurs, il mangcoit et buvoit sans aucun besoin. Quand Justinien eut donné dans ces écarts, les définitions et les ordonnances furent bientôt prodiguées, selon sa coutume, Le poids de l'autorité, l’appât de la faveur, lesartifices et les piéges de la séduction, il mit tout en œuvre pour faire approuver sa folle théologie aux évêques.

Le patriarche Eutychius fit alors tout ce qu'on pouvoit attendre d'un saint et docte prélat : il exposa au prince les conséquences d’une pareille doctrine ; qu’un corps incorrup tible n'auroit point été allaité par la Vierge-Mère, et ne pouvoit être proprement et véritablement le corps de son fils; qu'il n'eût pas été attaché à la croix, ni mis à mort par les Juifs; qu'en un mot cette opinion rendoit les mystères de l'incarnation et de la rédemption absolument imaginaires. On ne peut , ajouta le saint évêque, nommer le corps du Sauveur incorruptible, qu’en ce qu'il ne fut souillé d'aucun péché, et n'éprouva point la corruption dans le tombeau. Non moins ardent, ni moins impérieux pour l'erreur, qu'il se l’étoit au-

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