‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 107 sur 146 · FRE · texte numérisé non relu

FRE

trefois montré pour la vérité, alors Justinien flétrit la gloire d’un zèle, quil donna lieu de regarder comme l'effet du tempérament. Il fit saisir par un tribun la maison patriarcale, tandis que le patriarche célébroit le saint sacrifice. Ensuite il envoya une troupe armée pour se saisir dans le lieu saint du patriarche même, qu'on dépouilla et qu’on renferma dans un monastère tandis qu'on lui faisoit son procès ; car on rougissoit au fond d’une conduite si criante , et l’on auroit voulu trouver dans sa vie de quoi justifier ou colorer en quelque sorte de pareilles violences. Eutychius réclama les canons, refusa de comparoître, et fut condamné par défaut; après quoi on le conduisit à Amasée, métropole du Pont, dans le monastère qu'il avoit gouverné avant d'être évêque. Jean i::scholastique, Syrien de naissance, et chargé des affaires de l’église d'Antioche à Constantinople , fut ordonné à sa place.

Il s’en falloit bien que cet apocrisiaire suivit les sentiments de son patriarche Anastase, qui, ayant succédé depuis peu à Domnin, jouissoit déjà de l'estime et de l’affection publique. Anastase avoit en effet, au degré suprême, toutes les qualités

. nécessaires pour 5€ faire aimer et honorer des personnes de

tout état et de tout caractère. Il rassembloit dans sa seule personne les vertus et les talents qui sont le plus rarement réunis, et qui paroissent en quelque sorte incompatibles. Il se montroit tont à la fois capable des plus grandes affaires, et propre aux détails les plus multipliés. Il étoit éloquent, véhément ou discret, selon que les personnes ou les objets étoient dignes de l’'émouvoir ; dans les entretiens frivoles, réservé jusqu'à la taciturnité et à la froideur ; affable avec dignité, facile sans familiarité et sans foiblesse, sévère quand il le falloit, mais sans aucune dureté ; et dans toutes ces variétés apparentes, d'une égalité d’âme et d'une fermeté inaltérable r.Justinien fit tous ses efforts pour gagner un évêque qui en eût attiré tant d'autres.

Mais toutes ses tentatives furent parfaitement inutiles. Le saint patriarche entreprit au contraire, comme il étoit fort habile, de guérir l'esprit altéré du prince. Mais le nul tenoit au fond du tempérament , et brava tous les remèdes. Pour em-

1 Evagr. 1v, c. 40

a gloire du temriarcale, nsuite il saint du dans un ougissoit L trouver sorte de refusa de uoi on le 1onastère lastique,

ise d'An-

entiments uis peu à publique.

s qualités onnes de seule per-

t réunis, ] se monet propre dément ou dignes de jusqu'à la le sans famais sans tes, d'une fittous ses

d’autres.

hutiles. Le étoit fort ntal tenoit Pour em-

DE L'ÉGLISE. (An 565.) 453 pêcher la contagion, il instruisit les moines syriens qui l'avoient. consulté, et les mit dans.la disposition de tout souffrir pour la bonne doctrine. Les évêques de l'Orient regardoient tous Anastase comme leur guide, et se faisoient gloire publi-

quement de se. conduire par ses impressions ; en sorte que.

l'empereur ayant demandé leurs souscriptions pour ses dogmes imaginaires. ils lui répondirent ingénument qu'ils suivoicnt l'exemple d'Anastase évêque d’Antioche. Justinien étoit trop entier dans ses sentiments, quand il se les figuroit conformes à la religion, pour essuyer tranquillement une contradiction si générale. Il en voulut d'abord. punir le premier auteur. Mais comme il se disposoit à l'envoyer en exil, la mort l'enleva lui-même le 14 novembre de l'année 565, la quarantième de son règne et la quatre-vingt-quatrième de son âge.

Malgré les taches de sa vieillesse, comme il montra de grandes qualités et beaucoup..le vertu dans la force de son âge, la postérité paroît lui avoir pardonné les maux qu'il a eausés à la religion, et dont plusieurs historiens assurent qu’il se repentit. Les Grecs l'ont placé dans leur ménologe. Il fit bâtir par tout l'empire un très-grand nombre d'églises. Outre les soixante-trois dont on fait état, il établit dix hôpitaux et vingttrois monastères 1. L'avarice qu'on lui reprocha, ne l'arrêtoit pas dans ces occasions; mais l'amour de ses sujets auroit dû le détourner d'une prodigalité, qui, tout pieux qu’en est l’objet, ne sauroit être une vertu, quand elle est à charge à tant de malheureux. Le plus beau monument qu'ait laissé Justinien, est sans contre lt l’église patriarcale de Constantineple, dédiée à la sagesse éternelle et nommée pour cela Sainte-Sophie. Cet auguste temple, comnieicé aneiennement par Constantin , et fi par Constance, avoit été incerdié, et fut d'abord rebâti par Justinien. C’étoit ainsi pour la troisième fois qu'on le bâtissoit, quand après laffreux tremblement de terre arrivé sous son règne, il voulut lui donner une magnificence encore supérieure à son premier état. Ce dôme superbe, le plus vanté de i anivers, sert aujourd hui de mosquée aux Turcs. Le pape Pélage étoit mort avant Justinien, et dès l'an 560, le premier

1 Procop,

454 (AN 565.) HISTOIR

jour de mars, après avoir tenu Je saint Siége près de quatre ans. Environ quatre mois et demi après, c’est-à-dire le 18 juillet, on lui donna pour successeur Jean III, surnommé Catelin, fils d’Ansstase, du nombre de ces grands qu'on nommoit illustres. jean acheva l’église des apôtres saint Jacques et saint Philippe qu'avoit commencée Pélage, et il en fit la dédicace avec beaucoup de pompe : d'où l’on croit qu’est venue la coutume de célébrer en commun la fête de ces deux apôtres le premier jour de mait,

Sous ce pontificat, mourut dans une extrême vieillesse le fameux Cassiodore, également distingué par sa naissance, par son mérite et par les postes honorables qu'il avoit remplis. 1l fut consul, ministre principal de Théodoric, préfet du prétoire sous trois rois consécutifs, Athalaric, T'héodat et Vitigès. Mais il ne réunit tant de grandeur dans sa personne, que pour en faire un sacrifice plus exemplaire. À l’âge d'environ soixantedix ans, il quitta le monde et se retira dans le monastère de Viviers qu'il bâtit en Calabre, près du lieu de sa naissance. Ce monastère éloit situé au bas d'une montagne, sur le rivage de la mer, et de là on voyoit sur la hauteur celui de Castel, où les moines, qu'après de nn épreuves on jugeoit capables d'un recueillement plus parfait, alloient vivre en anachorètcs. Ges deux maisons, qui avoient chacune leur abbé, ne formoient néanmoins qu'une communauté divisée par l'habitation, mais parfaitement unie par la confraternité et l'esprit de la règle. On voit par les écrits de Cassiodore, que le travail manuel, au moins d’un certain ordre, n'étoit pas alors d’une nécessité indispensable pour l’état monastique, même pour des moines fort austères. Ce sage instituteur propose à ses religieux, pour occupation principale l'étude de l'Ecriture sainte, et tout ce qui peut y servir même assez indirectement. Au lieu du travail ordinaire, il les exhorte surtout à transcrire les livres. Quant aux sujets peu propres aux lettres, il leur commet le soin de l'agriculture et de l'infirmerie, en supposant encore pour ceux-ci une sorte d'étude, puisqu'il leur conseille

la lecture des livres propres à les rendre habiles dans leur emploi.

4 Bull, ad. t imui. p. 28, D.

quatre e le 18 nommé n nomques et it la dét venue apôtres

lesse le ice, par nplis. Il du pré- Vitigés.

ue pour oixantestère de issance.

e rivage astel, où apables horètcs.

ne for- ’habitasprit de : travail

ns leur

BE L'ÉGEISE. (AN 565.) 455

C'est dans son institution des divines Ecritures, que Cassio-

dore donne ces réglements , et que lon voit jusqu où s’étendent, selon lui, lesarts libéraux qu'il juge nécessaires ou utiles à l'étude des saintes lettres. Il compte au nombre de ces arts la grammaire, la réthoriqueetles mathématiques, dont il a laissé des traités abrégés dans le second livre de son Institution; et sous le nom de mathématiques , il comprend l'arithmétique , la ‘ométrie, la musique et l'astronomie : ce de fait en tout ] is libéraux, si fomeux depuis dans ‘&: ‘iles. Dans partie de l'institution, iltraite de ce ‘ii end plus à son but; il fait le dénombrement de tous les écri éres latins sur chaque livre del'Ecriture , et de ceux des Grecs qu'il avoit fait traduire. Tous ces ouvrages se trouvoient. dans la riche bibliothèque dont il pourvutce monastère. Il indique de même les théologiens, les écrivains ascétiques et les historiens , entre lesquels il n'oublie pas l'histoire Tripartite, qu'on regarde commeson ouvrage, parce qu'il fut fait pas ses soins...

Gette histoire latine n'est autre chose qu’une traduction des trois historiens grecs, Socrate, Sozomène et Théodoret, recueillis en un seul corps. Elle est divisée en douze livres, et sert de continuation à celle que Ruffin a faite des dix livres d'Eusèbe, en y en ajoutant un onzième : ce qu'on trouva si commode, que depuis sa publication, les Latins n’ont guère connu d'autre histoire de l'Eglise,

L'Italie pourvue de plusieurs grands hommes égaux dans leur genre à Cassiodore ,. ne tarda point cependani à s'apercevoir que Justinien n'étoit plus sur letrône. Malgré tous les défauts de ce prince, il s'en falloit bien que Justin son neveu et son successeur le valüt. Ce n’est pas que le nouvel empereur manquât de religion ; il commença au contraire par la consoler des atteintes que son oncle lui avoit portées , et il rappela tous les évêques bannis, excepté saint Eutychius. Mais c’étoit un prince abandonné à ses plaisirs jusqu'à la brutalité et à une sorte d'extravagance. Non moins avare que voluptueux, souventdans la protection même qu'il accordoit à FEglise, il cherchoit à satisfaire son avidité sordide, qui faisoit argent de tout,

mème des évèchés. Avec tant de bassesse d'âme, on p’est pas

29 WEST MAIN STRBET WESSTER, N.Y. 14580

TEST TARGET (MT-3) les Me me

Z Q pus æ — « > LU (o) « Z

456 (An 568.) HISTOIRE surpris detrouver de la lâcheté, Mais ee qui paroît plus étrange dans Justin, c’est que manquant de courage, il ait été entreprenant, audàcieux, et surtout qu'il ait fait assassiner un de ses parents nommé comme lui Justin, homme de conseil et d’expédition, dont la valeur, l’habileté et la fidélité reconnues faisoient le plus ferme appui de sa puissance. Un pareil empereur fut bientôt méprisé par les Barbares mêmes. Il n'étoit aucun peuple parmi eux, quelque obscur qu'il pût être, qui ne prétendit enfin à la gloire de mettre à son tour sous le joug ces Romains avilis, qui depuis silong-temps y tenoient toute la terre.

Depuis quatre cents ans, les Lombards, originaires de la Scandinavie, après avoir habité successivement différentes provinces de la Germanie, ce qui les a fait regarder comme Germains, demeuroient en Pannonie sans rien oser et laissoient passer devant eux les nations plus puissantes ou plus vaillantes. Enfin, après l'extinction des Ostrogoths , la seconde année de Justin le jeune, its sortirent de leurs cantonnements sauvages, sous la conduite de leur roi Alboin , entrèrent en Italie par la Vénétie, et se rendirent maîtres de toute la contrée jusqu'au delà de la Toscane, excepté Rome, Ravenne et quelques places extrêmement fortes, en assez petit nombre 2, Les Lombards étoient ariens ; mais ils avoient avec eux plusicures autres Barbares, Pannoniens , Bulgares, Gépides , Suèves , Noriques, encore païens pour la plupart.

11 n'y eut guère d’autres événements remarquables que cette invasion des Lombards, sous le pontificat de Jean III, qui dura néanmoins près de treize ans. La vacance du siége à sa mort arrivée en 573, dura plus de dix mois : délai surprenant pour un temps ou l'ambition et la politique n'y avoient pas encore accoutumé ; mais les ravages des Barbares en furent la cause, Enfin on élut Benoît, surnommé Bonose, romain de naissance , et on l’ordonna le 3 juin de l’an 564.

Le roi Alboin avoit été tué l'année précédente, par l'artifive de sa femine Rosemonde, après avoir régné en Italie trois ans et

demi, et par conséquent peu après la prise de Pavie, qui sou-

1 Evagr, V,c.10t 2. — 2 Paul, Diac. I. 11, c. 7, ete,

étrange é entren de ses et d’exues fai- | empel n'étoit tre, qui s le joug ent toute

res de la fférentes * comme aissoient illantes.

année de auvages, ie par la jusqu'au quelques es Lomes autres oriques,

que cette 1IT, qui fge à sa prenant pient pas urent la nain de

’artifice is anset ui sou-

DE L'ÉGLISE. (an 568.) 457 tint un siége de trois mois. Cleph fut élu roi à la place d'Alboin, mais il fut tué dix-huit mois après : ce qui fit paroître ce trône si périlleux, que chaque gouverneur restant maître dans sa ville, la nation pendant dix ans n'eut point de rois, mais seulement des ducs, au nombre de trente : anarchie ou tyrannie désastreuse, qui fit la désolation des peuples et de l'Eglise, ruina les villes et les provinces, dépouilla, renversa les temples, multiplia de toute part les meurtres et les atrocités. Chaque jour on trouvoit épars sur les routes, ou pendus aux arbres, non-seulcment une multitude de morts du commun, mais les personnages les plus considérables, sénateurs, illustres romaines , évêques et abbés 1.

Vers Nocéra, les Barbares prirent un diacre , et se firent un jeu des lenteurs cruelles de la mort à laquelle ils le condamnèrent. Le saint prêtre Sanctule, qui étoit révéré de tout le monde indistinctement pour ses rares vertus , et qui n'avoit pu obtenir sa grâce, demanda qu’au moins il lui füt permis d'en avoir soin jusqu'au dernier moment , se chargea de sa garde, et répondit de lui sur sa tête. Au milieu de la nuit, voyant toute la troupe plongée dans le sommeil , il dit au prisonnier de s'enfuir. À une offre si généreuse , le diacre opposa d'abord le péril auquel son bienfaiteur resteroit exposé. Mais à la seconde instance, soit confiance au pouvoir du saint , soit amour naturel de la vie, ilse persuada que Sanctule trouveroit quelque ressource à ce danger , et il mit sa propre vie à couvert par une prompte fuite. Les Barbares ne s’en aperçurent que le matin; et aux reproches qu'ils en firent au saint prêtre, il répondit tranquillement qu'il avoit de quoi satisfaire, et qu'il était prêt à mourir à la place du diacre fugitif, Tu es bon homme, reprirent les Lombards ; il est juste que tu meures, mais nous ne voulons pas te faire expirer par de durstourments ; choisis toimême le genre de mort qui te fait le moins de peine. Il ieur répondit de le faire mourir en la manière que Dieu le voudroit, et ils résnlurent de lui trancher la tête. Comme l’événement étoit singulier, tous les Lombards du canton s'assemblèrent pour ce spectacle. Sanctule demanda permission de prier,

t Paul. Diac, 11, c, 34.

et il l'obtint. Après qu'il eut été fort long-temps prosterné, l'exécuteur s'ennuya et le fit lever. Il se mit à genoux, et l'épée étant déjà tirée : Saint Jean, empêchez ce crime, dit-il d’une voix haute que tous les assistants entendirent. À ces mots, le bras de l’exécuteur demeura levé commeil étoit, et sans aucun mouvement. Tous les spectateurs poussèrent des cris d’admiration; on s'empressa vers le saint, on le pria de guérir celui qui avoit voulu le frapper. Il fit ce second miracle ; mais il obligea cet homme à jurer auparavant, qu'il ne serviroit de sa vie à immoler un chrétien. Alors toutes ces troupes de brigands lui offrirent en reconnoissance les bœufs, les. chevaux et les autres effets qu'ils avoient pillés : il refusa toute sorte de butin, ét demanda la liberté des captifs, qui furent délivrés sur-lechamp aussi-bien que luit.

Le même prodige fut renouvelé dans les Gaules, à la vue d'une partie de la même nation , qui, sous trois de leurs ducs, passa les Alpes, et fit du ravage dans les provinces voisines. Saint Hospice vivoit reclus depuis plusieurs années près de Nice, dans une tour où il n’y avoit point de porte, et où il se nourrissoit de dattes et d'un peu de pain qu'on lui donnoit par une fenêtre. Pendant tout le carême, il ne mangeoit que des racines d'Egypte, que des marchands lui procuroien:. Il portoit pour vêtement un cilice par dessus des chaînes de fer qui lui sient la chair étroitement. Il avoit prédit l'irruption pre . «ane des Lomhards, en punition des péchés de ses compatriotes , et il conseilloit à tout le monde, même aux solitaires de se retirer en des lieux plus sûrs. On le crut, et on voulut aussi l'emmener. Nun, leur dit-il, ne craignez pas pour moi; ils ne me feront pas mourir. Les Lombards arrivèrent peu après : et furetant les déserts, au défaut des habitations ordinaires qu'ils trouvuient abandonnées , plusieurs d'entr'eux rencontrèrent la demeure du saint. Ils tournèrent en vain tout à l'entour, en cherchant la porte. Irritée par les obstacles, leur avidité leur fit escalader les murs et briser le toit de la tour. En voyant un homme exténué et chargé de chaînes, ils le prirent pour un meurtrier emprisonné, et il les laissa dans leur per-

à Greg. 118, Dialog. c. 17,

terné, l'épée | d'une rots, le aucun l'admiir celui il oblie sa vie rigands ix et les e butin, sur-le-

, la vue rs ducs, Oisines.

près de oùilse noit par que des . I pore fer qui ruption es comolitaires a voulut ur moi; ent peu ns ordieux rentout à es, leur our. En prirent eur per-

suasion. Alors un de ces Barbares étant descendu, et tirant son sabre pour lui en fendre la tête, le bras demeura étendu et immobile. Hospice en usa comme Sanctule : le Lombard guéri se convertit sur-le-champ, se fit aussitôt couper les cheveux, et embrassa dans ce lieu-là même la vie monastiquer.

Saint Hospice opéra aussi beaucoup de guérisons miraculeuses, entr'autres celle d’un homme sourd et muet, de qui le tenoit saint Grégoire de Tours qui le rapporte, et qu'il est temps enfin de connoître lui-même : personnage intéressant, s'il en fut jamais, pour l’église de France, non-seulement comme un des plus vertueux et des plus savants prélats du sixième siècle, mais comme ayant beaucoup enrichi notre histoire par la fécondité de sa plume. On l’accuse de crédulité : c'est une raison sans doute d'examiner les témoignages dont il s'appuie dans le récit de plusieurs choses extraordinaires ; mais aussi quand il parle comme témoin oculaire, ou comme contemporain d'une multitude infinie de personnes, qui attestent uniquement les événements du plus grand éclat et les moins exposés aux périls de l'illusion et de la surprise, alors on ne peut se dispenser de le croire, sans lui refuser ou un sens droit, ou l'amour de la vérité : préjugés également injurieux à l’un des plus grands saints et des plus grands hommes des beaux temps de l'Eglise.

Il étoit né en Auvergne, d'une illustre famille, vers l'an 544. Son père Florence était frère de saint Gal, évêque de Clermont , auprès de qui le jeune Grégoire fut élevé; sa mère étoit petite-fille de saint Grégoire, évêque de Langres. Il marqua d'heureux penchants et une tendre piété dès sa première jeunesse. Ce fut pour accomplir un vœu qu'il fit alors, étant malade, qu'il entra dans la cléricature. Souvent il visitoit les tombeaux des saints, particulièrement celui de saint Martin de Tours, surtout depuis qu'il y eut été guéri d'une maladie fort dangereuse. Ge grand siége ayant perdu saint Euphrone, on s y souvint de l'édification qu'y avoit souvent donnée le neveu de saint Gal , et l'on ne peut entendre sans admiration

le récit d'une infinité d'actions que chacun racontait de luia,

UGrug. Tue, 1v, Eist, ç, 6. — 2 Greg. Vit ce 1, etc.

Ainsi toute la ville unanimement, les évêques de la province, le clergé, la noblesse, le peuple de la cité et & la campagne le demandèrent pour archevêque. Aussitôt on députa ce qu'il y avoit de plus illustre vers leroi Sigebert, à qui Tours appartenoit. Non-seulement Grégoire étoit de naissance et de mérite à être connu du roi, mais il se trouvoit à la cour quand les députés arrivèrent, Leur demande le surprit et l'alarma , car il joignoit à toutes ses grandes qualités une humilité sincèreet une extrême défiance de lui-même. Hn'épargna ni sollicitations , ni démarches , pourse soustraire à une charge qu'il jugeoit trop lourde pour ses forces. Il fallut que le roi et ja reine lui fissent les plus pressantes instances : encore prirentils soin qu'il fût aussitôt sacré par Gilles, archevêque de Reims, de peur qu'il ne vint à se repentir d’un consentement presque forcé, Dans h crainte que même après son sacre il n’allât s’ensevelir dans quelque solitude ignorée, on le conduisit incontinent à Tours, où il fut reçu avec une joie incroyable, le dixhuitième jour après la mort de son prédécesseur. Il avoit alors environ trente ans,

Son premier soin fut de connoître toutes ses ouailles, et de se lier particulièrement avec la portion du troupeau destinée à sanctifier le reste par la vertu de l'exemple et de la parole. Il savoit découvrir les bons sujets jusque dans l'obscurité des cloîtres et des déserts, dont ik acquit des connoissances si exactes, qu il nous a laissé des vies très-circonstanciées d'un grand nombre d'illustres solitaires de son temps. Pendant son épiscopat, Venant, natif de Berri, quitta sa femme, à la fleur de son âge, et vint à Tours embrasser la vie régulière , sous l'abbé Silvain auquel ik succéda. H s’y rendit célèbre par les révélations et le don des miracles. Après sa mort surtout, il s'en opéra tant à son tombeau qu'on montre encore aujourd'hui, qu'ils firent donner son nom à ce monastère, érigé depuis en église collégiale:.

Il y avoit à Tours un autre solitaire, natif d'Auvergne ainsi que l'évêque, et nommé Léobard. Comme il vivoit dans une cellule près de Marmoutier , il fut témoin de la querelle de

» Greg. Vit. PP. passim,

la prot de la on dét, a qui le naispuvoit à : surprit une huépargna e charge le roi et prirent- > Reims, presque [lât s'ent incon- P le dixoit alors

s, et de estinée à arolc. 11 urité des ances si iées d'un dant sou à la fleur ère , SOUS > par les trtout , il

aujour-

e, érigé

gne ainsi lans une erelle de

DE L'EGLISE. (Ax 573.) 461 l'un des moines avec des voisins. Il en prit tant de scandale, qu'il pensoit à changer de demeure; mais l’évêque Grégoire étant venu faire sa prière à Marmoutier, suivant la pieuse coutume qui l'yattiroit souvent, Léobard convaincu que les ouailles, quelles qu’elles soient, ne font aucune démarche sûre sans l’aveu du pasteur, lui communiqua sa résolution. Le saint évêque lui fit connoître que c’étoit là une illusion, puis lui envoya des livres de piété, dont la lecture acheva de la dissiper. Ce n’est pas la seule occasion où ceguide éclairé montra le discernement qu'il avoit des esprits.

Saint Sénoch, reclus près de Tours, étant sorti de sa retraite pour aller voir ses parents en Poitou, revint plein de pensées de vaine complaisance, et fortement tenté de présomption. Le vigilant pasteur, à qui rien n'échappoit de ses devoirs envers toutes les conditions, lui fit sentir sa faute et le corrigea si parfaitement , que Sénoch vouloit prendre le parti de ne voir jamais personne : mais le sage prélat jugeant que c’étoit là une résolution extrême, peu conforme à l'esprit de Dieu, il lui conseilla de ne s’enfermcr que le carême, et depuis la saint Martin jusqu’à Noël: ce quelesolitaire observa ponctuellement. Ainsi parvint-il à la plus éminente sainteté, Il étoit de la nation des Téifales, peuple barbare, confondu avec plusieurs autres parmi les nations nombreuses qui s'établirent dans les Gaules.

La foi et les vertus ne sont attachées ni à la célébrité, ni à la culture naturelle. La Gaule Armorique, c’est-à-dire la côte maritime de l'Océan, dut à de durs insulaires plusieurs de ses plus illustres évêques. Les Anglo-Saxons ayant envahi l'le nommée jusque-là Bretagne, les Bretons, sous la conduite de leur prince Hengist, s’étoient réfugiés dans l'Armorique la plus avancée vers leurs côtes, et lui avoient donné le nom de Bretagne. Quoique cette transmigration datât de plus d'un siècle, ce peuple plein de caractère et fort attaché à ses usages , restoit toujours distingué des Gaulois, autant de mœurs que de langue; en sorte que le second concile de Tours, tenu en 567 ‘ distingue encore les évêques bretons des romains ou gaulois. Ces étrangers entretenant leurs relations avec les naturels de la Grande-Bretagne, continuèrent longtemps encore d'en tirer des sujets.

on mm + ge men mr dm

0 eo om le ee

462 (An 573.) HISTOIRE

De ce nombre fut saint Samson, évêque de Dol en Bretagne, Il étoit né dans la province de Galles, et avoit pratiqué la vie monastique sous la conduite de saint Heltrut, que l’on dit avoir été disciple de saint Germain d'Auxerre. Ainsi attribuet-on à cet évêque de Gaule l'établissement des monastères de la Grande-Bretagne, lors de son second voyage dans cette île. Samson ayant fait de grands progrès dans les sciences et dans la vertu, fut ordonné prêtre par saint Dubrit, autre disciple de saint Germain, et qui devint évêque de Caërléon dans le pays de Galles. Le nouveau prêtre, après son ordination, ne parut que plus humble et plus porté au recueillement. Il se retira dans une île écartée pour y mener la vie érémitique. Mais on l'en tira pour le faire abbé d’un monastère qu'on disoit aussi avoir été fondé par saint Germain. Là il fut ordonné évêque pour son mérite et sa vertu qui de jour en jour le rendoit plus célèbre. Il passa la mer, et vint dans la Gaule Armorique, où il fonda plusieurs monastères, entr'autres celui de Dol, qui fut érigé de son temps même en évêché, Il faisoit porter une croix devant lui, comme font aujourd'hui les archevêques : méthode extraordinaire, qui ne dut apparemment son origine qu’au génie et aux usages particuliers de ces Bretons, et qui fonda néanmoins pour la suite, de la part des évêques de Dol, de grandes prétentions aux droits de métropolitains. Mais s'ils en jouirent sur un si fvible fondement, il ne leur en reste plus que cette décoration , sans aucune des prérogatives dont elle est le symbole.

L'épiscopat de saint Samson lui acquit beaucoup de célébrité, et l'on raconte de lui un grand nombre de merveilles, Il eut pour successeur saint Magloire, son cousin germain, élevé comme lui sous la discipline de saint Heltrut. Samson l'avoit emmené en Gaule, après l'avoir fait diacre. En mourant, il le désigna pour lui succéder. Mais après deux ou trois ans d’épiscopat, Magloire mit à sa place Budoc son disciple, et se retira dans un monastère de soixante moines qu'il avoit fondé, et qu il gouverna jusqu’à sa mort, en 575.

Saint Sarason avoit un autre parent nommé Malo ou Maclou, qui fut encore élevé dans un monastère, et qu'on ordonna inalgré lui évêque de Vinchestre, dont son père avoit

agne, qué la on dit ribueres de te île.

t dans le de > pays parut retira ais on | aussi vêque t plus e , où l, qui r une ques :

rigine et qui

Dol, ss'ils

plus t elle

céléilles, main,

mson mou trois iple,

avoit

Maor-

DE L'ÉGLISE (As 573.) 463 été comte. Il avoit tant d'éloignement des distinctions, qu'il s'enfuit secrètement au-delà des mers. 1l se retira dans une petite île de l'Armorique, auprès d’un saint solitaire nommé Aron. Près de là, dans une autre île, étoit la ville d’Aleth, renommée dès-lors pour son commerce, mais encore presque toute païenne. Quelques chrétiens fervents qui s'y trouvoient supplièrent le saint d'entreprendre la conversion de leurs concitoyens : ce qu'il fit avec tant de succès, ses paroles étant soutenues par l'exemple des plus grandes vertus et par le don des miracles, que la plupart se convertirent et l'obligèrent d’être leur évêque. Saint Malo mourut vers la fin de l’an 565. 11 laissa le respect de son nom si fortement gravé dans le cœur de ses peuples, qu'ils donnèrent à leur ville le nom de leur saint pasteurt.

Saint Paul, qui donna le sien à son évêché de Léon, et saint Gildas, surnommé le sage, furent aussi disciples de saint Heltrut 2. La crainte de l'épiscopat fit encore passer Paul dans les Gaules, où il rencontra de même ce qu'il fuyoit. Après quelque séjour en différentes îles, il pénétra jusqu’à la ville de Léon, où l'éclat de ses vertus et de ses miracles le fit élever à l’épiscopat, le comte Vither ayant employé à ce sujet l'autorité du roi Childebert. Au bout de vingt-quatre ans, se sentant affoibli de vieillesse, il quitta le gouvernement de son église, et mit successivement à sa place denx de ses disciples, qui ne tinrent le siége qu'un an chacun, en sorte qu'il fut obligé ‘ic le reprendre. Enfin il le remit, onze ans après, à un autre disciple nommé Cétomerin, et il se retira dans l'ile de Bas, où il gouverna encore long-temps un monastère nombreux, et mourut dans une haute réputation de sainteté. C'est ainsi que le Seigneur fait servir à la sanctification de ses élus le concours comme fortuit des conjonctures où ils se rencontrent, et la singularité de leur génie même, pourvu que leur cœur soit véritablement à lui.

Saint Gildas ne fut que prêtre. Il étoit natif de Dumbritton en Ecosse ; il prêcha dans le nord de la Grande-Bretsgne, pws en Irlande, où il rétablit la pureté de la foi et de la dis-

s Vie. S. Macl. in Bibl, Flosiac. — 2 Boll. :2 Mart.

ON PP ln 4 VAR

D DES — pe 5 Empereur nc :

464 çan 573.) HISTOIRE

cipline. Enfin il passa dans les Gaules, s'établit dans la partie méridionale de l'Armorique, près de Vannes, bâtit et habita jusqu'à la mort le monastère de Buis , qui prit et porte encore son nom.

Les évêchés de Saint-Brieu et de Tréguier doivent aussi leur institution à deux saints nés dans la Grande-Bretagne. Saint-Brieu n'étoit d'abord qu'un monastère fondé par le saint évêque Brieu , qui, après avoir été ordonné en Angleterre, passa dans les Gaules, où il fonda deux monastères, dont on érigea le second en siége épiscopal. Pour le siége de Tréguier, il fut d'abord à Lexobie, église plus ancienne. Saint Tudval, encore breton , en devint évêque, d’abbé qu'il étoit au monastère de Tréguier fondé par lui-même. Le siége épiscopal fut depuis transféré à ce monastère, qui en a fait oublier le premier nom. Sur ces détails de l’état du christianisme dans la province de Bretagne, alors des plus incultes des Gaules, et que pour cette raison nous avons développés autant qu'il convient à notre dessein général, on peut se former une idée du reste de l'église de France dans le même temps.

Tous les évêques de la Bretagne étoient dès-lors, comme aujourd'hui, sous la dépendance de la métropole de Tours. Dansle second concile de cette ville, tenu en 596, nous voyons qu’il est défendu d’ordonner dans l'Armorique un évêque, soit breton, soit romain, sans le consentement de ce métropolitain et de ses comprovinciaux:. On y voit encore la vigilance extrême de l'Eglise sur l'intégrité des mœurs et l’honneur de ses ministres. Le concile ne dédaigne pas d'entrer dans les détails les plus circonstanciés à cet égard, I statue qu'un évêque qui aura été marié, sera toujours accompagné de clercs jusque dans sa chambre , et tellement séparé de sa femme, que celles qui la servent n'aient aucune communication même avec les gens de ses clercs. Quant aux évêques qui n'ont pas été mariés, il ne doit habiter aucune femme chez eux. L’archiprêtre doit avoir à la campagne un clerc qui couche dans sa chambre. Cette règle est jugée si importante, que l'embarras et la dépense sont comptés pour rien

t Tom. 1, Conc. Gal. p. 847.

we Ce 0 COPIER

Page 1