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DE L'ÉGLISE. (An 573.) 46 dans son observation. Ainsi prescrit-on qu'il y ait sept de ces clercs, pour se relever par semaine.
Il est défendu aux clercs et aux moines de coucher deux dans nn même lit. L'entrée des monastères d'hommes est interdite aux femmes. On défend derechefles mariages des religieuses, soit qu'elles aient reçu le voile de la main de l’évêque, soit qu'elles aient seulement changé d'habit : ce qui fait entendre que la profession ne se faisoit pas d’une manière expresse, mais qu elleétoit attachée à la vêture, Objet de doute qui commençoit seulement à être bien éclairci, puisqu'ilyavoit encore quelques-unes de ces religieuses qui prétendoient n'avoir pris l'habit, que pour n'être pasexposées à des mariages indignes d'elles. I] est dit aussi, que les veuves ne recevoient point de bénédiction pour se consacrer à Dieu.
Le concile fitencore, pour les cérémonies de la religion, des réglements qui nous apprennent que dès-lors il y avoit des images ainsi que des croix sur les autels , et qu’on y conservoit l'eucharistie hors le temps du sacrifice puisqu'on avertit que le corps de Notre-Seigneur ne doit pas être mis sur l'autel au rang des images, mais sous la croix. On règle ensuite, et fort en détail, l’ordre et l'étendue de la psalmodie ou des offices, pour les différents jours et les différentes saisons. Dans l'état
‘des jeñnes qu'on donne ensuite pour toute l’année, l'on voit ‘qu’on jeûnoit encore l’avent, comme le carême.
Le même concile ordonna que chaque cité prendroit soin de ses pauvres, chaque prêtre à la campagne, et chaque citoyen à la ville se chargeant de l’un d'eux, de manière qu'on ne vit point de vagabonds. Il traite de meurtriers des pauvres les usurpateurs des biens ecclésiastiques , et il veut qu'après trois monitions , s'ils persistent, on prononce contre eux dans le chœur de l'église, tout le clergé étant assemblé, les malédictions du psaume cent huitième, Il les représente comme de nouveaux Judas, qu'on ne doit pas seulement excommunier, mais anathématiser : ce qui nous fait entendre la différence de l’anathème et de l'excommunication simple, qui n'empor-
toit pas ces sortes de malédictions.
Quelques années après ce concile, Gontran, roi d'Orléans
et de Bourgogne, fit convoquer à Paris six métropolitains et 3. so
douze évêques, pour terminer le funeste différend qui étoit entre ces deux frères, Sigebert, roi d'Austrasie, et Chilpéric , roi de Soissons. Tel étoit l'objet capital du quatrième concile de Paris. Le lieu de l'assemblée ne pouvoit être mieux choisi, cette viile étant commune entre les trois frères ; car Chérehert, roi de Paris, étant mort cinq ou six ans plus tôt, c'est-à-dire en 567, et n'ayant laissé que des filles, les rois ses frères, en se partageant ses états, avoiïent mis Paris en commun , et juré sur les reliques de saint Martin, serment réputé des plus inviolables, qu'aucun d'eux n’entreroit dans la ville sans le consentement des deux autres.
Les évêques ne purent réconcilier les deux frères. Le mal venoit de plus loin, et prenoit sa source dans l'antipathie ou la jalousie de deux femmes, les reines Frédégonde et Brunehaut, toutes deux d'une grande beauté, toutes deux nonseulement pleines d'esprit, mais de cette élévation et de cette étendue de génie, qui loin de se concentrer dans le petit cercle d'affaires et d’amusements ordinaires à leur sexe , ne put jamais se renfermer dans les bornes des états respectifs de leurs époux. Brunehaut cependant avoit plus de noblesse dans les idées, plus de vues pour le bien public, plus de cette grandeur d'âme, digne du sang des rois d'Espagne qui couloit dans ses veines, et beaucoup plus de vertus ou moins de vices, au rapport même des auteurs qu'on croit aujourd'hui ses calomniateurs. Frédégonde étoit plus cachée et plus artificieuse, plus féconde en expédients et en ressources, plus entreprenante , et d'autant plus sûre de réussir que ni probité, ni humanité, ni pudeur, ni respect de sa naissance qui étoit des plus basses, ni enfin délicatesse d'aucun genre, ne mit jamais d'obstacle à ses desseins. Animé par cette furie , Chilpéric fit ravager les états de son frère avec tant d'acharnement, que par le pillage des choses les plus sacrées, l'embrasement des temples , le meurtre des clercs et le déshonneur des vierges, les églises furent plus affligées, dit Grégoire de Tours, que par la persécution de Dioclétien.
Sigebert, deson côté, vint faire le dégât jusqu'aux portes de Paris. L'évêque Germain écrivit à Ja reine Brunehaut, épouse de ce prince, pour la conjurer de faire voir, qu'au lieu
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DF L'ÉGLISE, (AN 575.) 467 d'allumer cette guerre , elle ne travailloit qu'à l'éteindre. Mais les remontrances furent bien faibles auprès d'une femme humiliée qui reprenoit le dessus. Sigebert poussa ses avantages, prit Paris, Rouen, et presque tout le royaume de Chilpéric, qui se vit réduit à s'enfermer dans Tournai. Le vainqueur l'y assiégea. Alors saint Germain alla le trouver, et lui fit celte prophétie 1. Si vous n’attentez pas à la vie de votre frère, vous reviendrez victorieux; au lieu que vous périrez misérablement, si vous avez des vues parricides. Sigehert méprisa l'avis du ciel. Mais deux scélérats envoyés par Fredégonde l'assassinèrent , tandis que les Français de Neustrie le reconnoissoient pour leur roi. Gette inort changea totalement la face des affaires. Tout rentra sous l’obéissance de Chilpéric, qui revint aussitôt à Paris, y surprit la reine Brunehaut , veuve de Sigebert, la fit arrêter et conduire à Rouen. Childebert, fils de Brunehaut, âgé seulement de cinq ans, fut porté à Metz par les bons serviteurs de son père, et reconnu roi d’Austrasic,
Saint Germain mourut l'année suivante 576, à l'âge de quatre-vingts ans. Entre les grandes vertus de ce saint évêque, celles qu'on admira davantage en lui, furent ces qualités, si différentes et si difficiles à allier, de Marthe et Marie, l'esprit d'oraison et l’assiduité au travail. Souvent, après avoir passé la nuit entière à l’église , excepté quelques heures sut le matin où il se recouchoit, pour qu'on ne s'aperçût point de ses veilles , il nelaissoit pas de donner audience à une grande multitude, surtout de pauvres et d'affligés, qu'il alloit souvent chercher lui-même dans les réduits où ils ensevelissoient leur honte et leur misère. On raconte un grand nombre de miracles opérés à son tombeau, et confirmés par la vénération des peuples, qui donnèrent son nom à l'église de Saint-Vincent, où il fut transféré. Le roi Chilpéric qui se piquoit de littérature fit son épitaphe.
Cependant ce prince, usant de sa fortune sans nul ménagement, fit marcher vers le Poitou son fils Mérouée, dont il ignoroit l'inclination pour Brunehaut2, Cette étrange passion avoit pris naissance à Paris, où se trouvant ensemble, ilss étoient
à Greg. Hist. L. av, c. 45. = à 1bid. I. v, €. 14. ; Oo,
468 çan 576.) HISTOIRE
également irrités l'un et l'autre contre Frédégonde, qui avoit fait répndier la reine Andovère, mère de Mérouée, et venoit de faire assassiner l'époux de Brunehaut. Leurs mécontentcments et leurs malheurs communs les attendrirent souvent sur leur sort réciproque, et leurattendrissement dégénéra d'autant plus facilement en amour, que leur tendresse étoit mieux colorée etleur familiarité moins suspecte. Brunehaut étoit veuve de l'oncle de Mérouée; mais elle étoit encore jeune, et n’avoit rien perdu de ces attraits si séduisants, capables de surprendre une âme affoiblie par le chagrin. Mérouée, sous prétexted’ailer voir sa mère confinée et comme prisonnière au Mans, passa par Rouen, se ligua avec Îles partisans de Îa reine Brunehaut, et l'épousa avec toutes les cérémonics de l'Eglise. Le roi au désespoir marcha contre lui, parut ensuite lui rendre ses bonnes grâces, puis sur quelques nouveaux soupçons, le fit arrêter le contraignit à prendre la tonsure et l’habit de clerc, enfin à se laisser ordonner prêtre, et l'envoya dans le Maine, au monastère de saint Calais, pour apprendre les règles de la vie ecclésiastique. Mais par le secours d'un capitaine du feu roi Sigebert, il s’échappa, et se rendit dans l'église de Saint-Martin de Tours, asile le plus sacré du royaume.
‘Le roi fit ordonner au saint évêque Grégoire de chasser le prince qu'il traitoit d'apostat, avec menace, en cas de refus, de mettre tout le pays à feu et à sang. À Dieu ne plaise, répondit le saint prélat, qu'un roi catholique profane Îles lieux que les Goths ariens ont constamment révérés! et il laissa Mérouée dansson asile. Mais le jeune princene croyant aucune barrière sacrée contre la fureur de son père, et plus encore de Frédégonde, résolut d'aller joindre Brunehaut quiavoittrouvé le moyen de se sauver de Rouen, et qui gouvernoitl'Austrasie sous le nom de son fils le jeune Childebert.
Avant de quitter le tombeau de saint Martin, il voulut lire dans l'avenir, par une pratique superstitieuse fort en usage alors, quoique déjà souvent condamnée dans les conciles, sous le nom du sort des saints. 1l mit sur le tombeau le pssutier, le livre des Rois et celui des Evangiles. Après avoir passé trois jours de suile en jeûnes , en veilles et en prières, il ouvrit au hasard chacun de ces livres. Dans celui des rois, le premier
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DE L'ÉGEISE. (An 577.) 46 verset de la page étoit celui-ci : Parce que vous avez quitté le Seigneur votre Dieu, pour suivre les dieux étrangers , il vous a livré à vos ennemis. Les passages des deux autres livres ne parurent pas moins effrayants au prince qui se Les appliquoit : ce qui lui ft répandre beaucoup de larmes avant de partir. 1] eut néanmoins le bonheur de gagner l'Austrasie; mais il n'y fut pas reçu comme il s’y attendoit. Brunebaut, plus politique que passionnée depuis le rétablissement de ses affaires ne voulut pas déplaire aux seigneurs austrasiens, qui étoient peu disposés à ranimer le feu de la guerre, pour un malheureux trop renommé , devenu la fable de la France et le flambeau de : discorde entre les princes français. Après avoir erré quelque temps en diverses contrées, il fut enfin arrêté et massacré proche de T'érouane.
Mais avant cette catastrophe, Chilpérie voyant ses principales victimes échappées, déchargea tout son ressentiment sur Prétextat évêque de Rouen, qui avoit compati à leurs malheurs et qu'il accusa non-seulement de leur avoir donné la bénédiction nuptiale, mais d'avoir fomenté la révolte. 11 fit assembler à Paris quarante-cinq évêques , qui en formèrent le cinquième concile. Le roi vint en personne, et parla ainsi à Prétexiat en leur présence ! : À quoi avez-vous pensé, prélat téméraire, de marier avec sa tante, Mérouée, mon ennemi plutôt que mon fils? Ignorez-vous les règles canoniques sur cette matière ? Vous n’en êtes pas demeuré là : vous avez tenté de me débaucher mes sujets par argent , et vous avez voulu faire passer ma couronne sur la tête d’un autre, Les Francs, à ce discours sorti d’une bouche qu'ils croyoient incapable de mentir, frémissoient de colère ,et vouloient lapider l'évêque, Mais le roi, qui voyoit mieux qu'eux les conséquences d'un emportement pareil, voulut encore se donner un air de modération en les retenant. Prétextat s'inscrivit en faux contre ces imputations, et sesennemis en offrirent la preuve. Mais elle ne consista qu'à montrer quelques présents que l'évêque avoit faits, et dont il convenoit, en niant fortement qu'il eût tenté par là d'exciter aucune révolte. Les évêques sentirent l'iniquité de Ja trame
9 Greg. vtr, 16 et 19:
470 (An. 577.) HISTOIRE | ourdie contre leur collègue. Un simple archidia. « de l'église de Paris, nommé Aëtius, se leva dans l'assemblée, toutefois après que le roi en fut sorti, et dit avec force : Pensez-y bien, princes de l'Eglise, qui a les yeux fixés sur vous. De la démarche que vous allez faire, pour ou contre votre semblable, dépend votre gloire ou votre opprobre éternel. Les évêques se regardèrent sans rien objecter, mais sans oser prendre une résolution où l'on risquât de déplaire à la terrible Frédégonde, l'âme de cette persécution.
Il n'y eut que le seul archevêque de Tours, le vertueux Grégoire, qui appuya ce qu'avoit dit l'archidiacre, et qui enchérit sur ce zèle, afin de relever le courage des prélats. Mais il ne manqua point parmi eux de bas courtisans et de perfides délateurs contre le généreux archevêque. Aussitôt le roi l'envoya chercher, ct lui dit avec émotion, du plus loin qu'il put se faire entendre : Evêque, votre saint caractère vous oblige à faire justice à tout le monde, Pourquoi donc me la refusczvous? Vous vérifiez bien le proverbe, que jämais l'oiseau carassier n'arracha l'œil à son semblable. Prince, répondit Grégoire, si quelqu'un de nous s'écarte des voies de la justice, vous avez le pouvoir en main pour l'y faire rentrer : mais si vous vous en écartez vous-même, qui vous ramènera? Nous n'avons que le pouvoir de la parole, que vous écoutez si vous voulez; et si vous fermez l'oreille, qui vous candamnera, sinon celui qui est la règle et l'appui de toute justice? Le roi insista et fit quelques menaces ; mais l'évêque les reçut en saint, et fit à son tour des menaces si effrayantes des jugements de Dieu, que Chilpéric, qui n'étoit méchant que par une impression étrangère, revint à ses propres sentiments, el
cherchant à radoucir le saint , illui fit ruille caresses et l'engagea
à prendre quelque chose à sa table : e’étoit l'heure de son repas. Pendant la conversation, Grégoire l'amena jusqu'à promettre
avec sèrment qu'il n'ôteroit pas la liberté au concile et qu'il
n'en exigcroit rien contre les canons,
Mais Frédégonde n'avoit pas ratifié ces engagements. Pendant la nuit, elle envoya vers Grégoire pour lui offrir deux cents livres d'argent, s'il laissoit condamner Prétextat, et lui fit assurer qu'elle avoit la parole de tous les autres évêques. Je
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l'église outefois -y bien, e la déiblable, êques se lre une égonde,
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DE L'EGLISE, (AN 577) 471 ne suivrai le jugement des autres, répondit-il, qu’autant qu'il sera conforme aux canons. Quand vous me compteriez les pièces d'or et d'argent par milliers, je ne changerai pas de dessein,
Le roi se rendit eneorc à la seeonde séance du concile dans l'espérance de eenvaincre Prétextat, au moins sur quelquesuns des chefs de l'accusation. Mais ce prince fut lui-même convaincu, où plutôt confondu. Il dit à quelques confidents: Je sens que l'accusé dit vrai; mais que ferai-je pour contenter lo reine? Après avoir rêvé quelques moments, il ajouta : Allez, représentez à Prétextat, comme de vous-même, que je suis bon, et que je pardenne aisément ; que s’il s'humilie devant moi , en faisant l'aveu de ce qu'on lui reproche, il est sûr d’obtenir son pardon. Ce propos fut aussitôt porté à Prétextat, qui craignant plus que jamais la redoutable Frédégonde, donna aveuglément dans Je piége. Le lendemain, les évêques étani assemblés et le roi présent , Prétextat se presterna par terre, en avouant tout ce qu on lui imputoit. Le roi parla plus basse fourberie, se jeta lui-même aux pieds des évêques, et leur demanda justice. Qu'on le dépose en lui déchirant sa tunique, dit-il, et qu'on l'anathématise en récitant sur sa tête les malédictions du psaume eent huitième, ou qu'au moins on rende contre lui une sentence d’excommunication perpétuelle. Grégoire sans craindre d'attirer sur sa propre tête tout le feu de l'orage, fit de vives oppositions, et réclama éloquemment la promesse que le roi venoit d lui faire de ne rien exiger contre les canons. On n'écouta rien . Prétextat fut tiré de son siége, et mis dans une prison rigoureuse.
L'archevêque de Tours avoit résisté à une femme trop ene nemie de la contradiction, pour qu'elle ne fit pas naître quelque occasion de le perdre lui-même. Leudaste, comte de Tours, décluré depuis long-temps contre son évêque, se porta ad son accusateur. Mais la manœuvre étoit mal conçue, et ‘’imputation de vouloir livrer la ville au roi Childebert, destituée de preuve et de probabilité, tomba d'elle même. Le calomaiateur n'en voulant pas avoir le démenti, choisit encore plus mal son second chef d'accusation, Il avança que Grégoire diffimoit la reine, en lui imputant nn commerce criminel av ee
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472 (AN 560.) HISTOIRE un évêque ; procédé maladroit, qui outrageoit la majesté même des personnes augustes dont on prétendoit servir la vengeance. Le roi en fut si choqué, que dans le premier emportement il fit battre et emprisonner Leudaste. Peu après cependant, il convoqua un concile à Braine, à quelques lieues de Soissons, et fit comparoître Grégoirer. Chilpéric s'y trouva lui-même, et dit aux évêques qu'il ne pouvoit dissimuler ce qui touchoit si vivement son honneur ; qu il ne prétendoit pas néanmoins violer les égards dus à la dignité épiscopale; que, quoiqu'il eût des témoins contre l'évêque de Tours, si l’on croyoit plus convenable de s'en rapporter à la conscience du prélat, il y consentoit. Tout le poids de ces témoignages se réduisoit à celui d’un sous-diacre de Tours, à qui le comte en avoit fait espérer l'évêché. Les Pères du concile dirent au roi, qu'on ne fevoit pas croire un inférieur contre son prélat, et l’on convint que Grégoire, après avoir dit la messe sur trois autels, se purgeroit par serment. On prit ce parti comme le seul propre à donner au roi quelque satisfaction. Ainsi l'évêque de Tours accomplit ce qu'on venoit de proposer. Alors le comte Leudaste, qui avoit trouvé moyen de s'évader, fut excommunié de toutes les églises, comme calomniateur et auteur du scandale ; après quoi l'on envoya le jugement aux évêques qui n’étoient pas de l'assemblée.
Frédégonde n'étoit rien moins que satisfaite; mais quand l'occasion ne lui rioit pas, elle savoit en attendre une meilleure. Cependant elle se vit occupée de soucis beaucoup plus sérieux. Le bras du Seigneur commençoit à se déployer sur elle. Dans l'espace de quelques mois, ses trois enfants mourarent de contagion : elle crut ou feignit de croire que Clovis, leur frère aîné d’un premier lit, leur avoit donné du poison ; sous ce prétexte, il fut aussitôt assassiné. Mais elle ne trouva point de consolation dans la multiplication de ses crimes. Alors faisant un retour sur elle-même : Jusqu'ici, dit-elle à son mari, Dieu nous avoit épargnés, tout méchants que nous sommes ; mais voilà qu'il nous frappe par l'endroit le plus sensible, en nous enlevant nos enfants : tâchons d'apaiser sa
8 Greg. v. Hist, e. 5o.— 2 Ibid. e, 35.
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DE L'ÉGLISE. (An 560.) 473 colère, et distribuons en awmônes les trésors accumulés par notre dureté. Chilpéric qui auroit pu être bon avec une autre ferame, diminua les impôts et fit de grandes libéralités. La reine eut la consolation de devenir encore mère, et accoucha d’un prince qui régna dans la suite sur tous les Français sous le nom de Clotaire II. Sa naissance, en effaçant le souvenir des fléaux précédents, ramena la joie et la perversité, qui continuèrent jusqu à la mort de Chilpéric.
Enfin ce roi périt auprès de Chelles, en revenant de la chasse, sans qu'on pôût connoître son assassin. La veuve, sans attendre d'autre accusation que celle de sa conscience, se réfugia dans l'église de Paris. La principale autorité sur les Français étoit passée au roi Gontran, qui se saisit d’abord de la ville de Paris, prétendant que ses frères, en y entrant plusieurs fois contre leur serment, avaient perdu pour eux et pour leurs enfants le droit qu'ils y avoient. Frédégonde se fit un mérite d'y consentir, lui marqua une confiance sans bornes, seule ressource qui lui restât, et lui présenta le jeune Clotaire, qui n’avoit que quatre mois, Gontran le fit reconnaître pour roi de Soissons et de toutes les provinces que son père Chilpéric avoit possédées.
Ce roi de Bourgogne, comme on le voit par ce seul trait, étoit bon, plein de franchise, enclin à pardonner, et sincèrement religieux. 1l signala tout son règne par un grand zéle pour l'avancement de la religion, par une libéralité prodigieuse envers les églises et les pauvres ; en un mot, par tant de vertus, qu'il est compté au nombre des saints1. On.trouve néanmoins quelques taches considérables dans sa vie, comme dans celle des meilleurs princes de ces règnes barbares. On raconte qu'il fit assommer à coups de pierres un de ses chambellans, pour avoir tué un buffle dans la forêt de Voge. La reine Austrigilde, sa femme, lui ayant dit en mourant que ses médecins l'avoient tuée, il eut la foiblesse de lui promettre leur ruort, et la cruauté de tenir parole. Mais on ne peut douter qu'il n'ait expié ses fautes par un regret sincère et par la multitude de ses bonnes œuvres. Il n'y avoit pas jusqu'à ses repas
Greg. ia. I viet vin