‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 109 sur 146 · US · texte numérisé non relu

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474 (Ax 580.) HISTOIRE

qui ne se ressentissent de son respect pour la religion. Il y invitoit souvent les évêques, qu'il y faisoit asseoir honorable. ment; et au lieu de chants de plaisir, on y chantoit un répons de l'office divin, ou quelque eantique.

Les saints prélats avoient beaucoup de pouvoir sur son esprit. Cependant saint Grégoire de Tours s'étant employé pour faire rentrer en grâce le comte de Bordeaux et un autre seigneur, coupables tous deux d'un erime d'état, le roi fit semblant de ne pas entendre, et ne répondit rien. Alors le médiateur charitable tournant sa supplique en apologue : Daignez m'écouter, Seigneur, dit-il au roi; mon maître m'a député vers vous. Que lui dirai-je, puisque vous ne me répondez pas ? Et qui est votre maître, reprit le roi étonné? C'est saint Martin, répliqua Grégoire en souriant. Aussitôt le roi fit entrer Garacaire et Bladaste, c'étoient les noms des deux seigneurs ; et après quelques reproches, il les reçut en grâce.

Son zèle pour l'Eglise et la diseipline l’engagea à faire tenir différents conciles. On remarque le second de Mäcon, en 585, où furent présents quarante-trois évêques, et quinze députés pour les absents. On y fit vingt canons, dont le cinquième ordonne, sous peine d’excommunication, de payer les dîtmos aux ministres de la religion, suivant la loi de Dieu et la coutume immémoriale des églises. Le quinzième, qui enjoint aux laïques d'honorer les clercs majeurs, c'est-à-dire, ceux qui sont dans les ordres, porte en termes exprès, que quand ils se rencontreront, si l'un et l’autre est à cheval, le laïque ôtera son chapeau ; et si le clerc est à pied , le laïque descendra de cheval pour le saluer. Il est défendu aux veuves, même des moindres clercs, de se remarier, et aux clercs d'assister tant aux jugements de mort qu'à leur exécution. Le roi confirma par un édit les canons de ce concile.

Quelque temps après, il se tint à Auxerre une autre assemblée, qui, quoique particulière à ce diocèse, mérite attention. Al y fut statué qu'on ne diroit pas deux messes par jour sur le même autel, principalement un prêtre après un évêque, ct que les femmes ne recevroient pas l'eucharistie dans la main nue, mais chacune sur son linge nommé dominical : usage trée-particulier, que l'Eglise eut ses raisons de supprimer. Ce

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DE L'ÉGLISE, (An 550) 475 synode, dont les statuts ne semblent que l'exécution des canons de Mâcon, restreint pourtant aux veuves des clercs supérieurs la défense de se remarier, faite généralement par les Pères de Mâcon à celles de tous les clercs sans nulle réserve. Chaque église avoit ses coutumes propres, qu'on maintenoit quand elles n’étoient pas abusives. Ce synode défend encore aux clercs de chanter et de danser dans un festin, aux moines et aux abbés d’être parrains d'aucun baptisé.

Après la mort du roi Chilpéric, la ville de Rouen rappela son évêque Prétextat. 1] alla trouver le roi Gontran à Paris, et le pria de faire reviser sa cause. Frédégonde prenant le ton ecclésiastique, soulint qu'on ne devoit pas revenir sur une affaire jugée par quarante-cinq évêques. Mais les temps étoient bien changés : les prélats timides revinrent au parti de la vertu, qui devenait le plus sûr ; et pour ne point paroître contraires à eux-mêmes, l'évêque de Paris dit au nom de tous les autres, que Prétextat n'avoit pas été déposé, mais soumis simplement à une pénitence. I] fut rétabli, au grand contentement de son peuple ; et Mélaine qui avoit occupé sa place, se voyant chassé avec opprobre, se retira auprès de Frédégonde. Elle en conçut un dépit cruel; mais elle dissimula environ deux ans, au bout desquels se transportant à Rouen , elle fit poignarder Prétextat par un de ses esclaves, dans l'église même où il s'étoit rendu de fort bonne heure pour l'office. Il eria pour appeler du secours, et s’appuya sur l'autel qu'il inonda de son sang, en se recommandant au Scigncur. On l'emporta dans sa chambre, et on le mit sur son lit. La perfide Frédégonde vint aussitôt le voir, et parut plus indignée que personne de ce meurtre impie, dont elle demandoit avec imprécation qu'on lui fit connoître l'auteur. Le saint évêque ne prit pas le change : D'où partiroit le coup, s'écria-t-il d'un ton qui le fit croire inspiré, sinon du bras qui a répandu tant de sang innocent, sans épargner celui de nos rois? Frédégonde , sans se déconcerter, lui offrit ses médecins. Dieu veut me retirer de ce monde, répondit-il; anais tremble, furie sacrilége : il n'en vengera qu'avec plus de rigueur le sang de son ministre. Les seigneurs qui se trouvoient présents, marquoient leur horreur pa: un sourd murmure, et l'un d'eux poussa le ztle jusqu'à

dire à la reine, comme en menaçant, qu'on alloit faire les plus rigoureuses perquisitions. Frédégonde l’écouta paisiblement, et lui dit qu'il avoit raison, feignant de ne pas comprendre qu'on voulût parler d'elle. Peu après, elle trouva le moyen de faire empoisonner cet ennemi généreux de ses noirceurs.

Enfin l'esclave qui avoit tué le saint évêque fut pris, et déclara que, pour commettre ce meurtre sacrilége, il avoit reçu cent sous d'or de la reine Frédégonde, cinquante de l'évêque Mélaine, cinquante encore de l’archidiacre de Rouen , et qu'on lui avoit promis de le mettre en liberté, ainsi que sa femme, Le meurtrier subit le dernier supplice ; mais

Frédégonde, habile surtout à tirer avantage du crime, fit rétablir Mélaine sur le siége de Rouen. Prétextat est honoré comme un saint martyr.

Avant qu'on eût fait justice de l'assassin, l’évêque de Bayeux, comme premier suffragant de la province, consulta les évêques de Frauce. De leur avis, il fit fermer les églises de Rouen, jusqu'à ce qu'on eût découvert le meurtrier, et l'on empêcha que le peuple n'assistât au service divin:. C'est un exemple des interdits ecclésiastiques, auquel on en pourroit joindre un grand nombre d’autres de ces temps anciens. Quelques années auparavant, l'église de Saint-Denis ayant été profanée par une grande effusion de sang, on cessa d'y faire l'office , et les coupables furent excommuniés jusqu’à ce qu'ils eussent satisfait. Léon, évêque d'Agde sous la domination des Goths, pour obliger un seigneur de cette nation à restituer un bien ecclésiastique qu'il avoit usurpé, vint à l'église de Saint-André, y passa la nuit en prières, etle matin cassa les lampes qui pendoient à la voûte, en disant : La lumière ne luira point ici, qu'on n'ait restitué les biens de la maison de Dieu.

Tout ceci se passoit vers le commencement du pontificat de Pélage IT, qui avoit succédé, le 30 novembre, au pape Benoît, mort le 30 juillet de cette anné 578. Pélage fut consacré, sans attendre le consentement de l'empereur , parce que les Lombards tenoient Rome assiégéc. Toute l'ltalie gémissoit sous

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DE L'ÉGLISE. (AN 582.) 477 leur oppression. Ces Barbares, païens en partie, poussoient la haine de la foi jusqu'à l'effusion du sang. Il y en eut qui voulurent contraindre quarante paysans qu'ils avoient mis aux fers, à manger des viandes consacrées aux idoles; mais ces chrétiens fidèles et généreux se laissèrent égorger jusqu’au dernier. Les idolôtres firent mourir d'autres prisonniers en pareil nombre, parce qu'ils refusoient d’adorer une tête de chèvre. Le martyrologe romain célèbre le 6 mars la fête de ces quatre-vingts martyrs mis à mort en Campanie l'an 579. Ce fut trois ans après, en 582, qu'ils ruinèrent le monastère du Mont-Cassin, comme saint Benoît l'avoit prophétisé. Mais selon la même prophétie, ils ne firent point de mal aux moines , qui s échappèrent tous et se retirèrent à Rome. Pélage leur permit d'y bâtir un monastère, auprès du palais de Latran.

La vraie religion n'étoit pas mieux traitée par les rois &es Visigoths en Espagne. Lévigilde , qui avoit paru assez modéré au commencement de son règne, conçut après quelques années un dépit furieux de ce qui auroit dà lui servir d'un puissant moyen de salut, c’est-à-dire de la conversion de son fils Herménigilde. Le jeune prince avoit épousé, en 580, Ja princesse Ingonde, du sang de France, fille de Sigebert et de Brunebaut , et catholique très-fervente. Sa foi avoit passé par les plus rudes épreuves, de la part même de la reine Gosvinte, sa belle-mère, et en même temps son aïeule par la reine Brunehaut qu'elle avoit eue de son premier mariage avec le roi Athanagilde. Mais (osvinte, étouffant tous les sentiments de la nature, et n’écoutant que sa passion pour l'arianisme , lui avoit fait endurer de sa propre main les plus indignes traitements. Voulant un jour à toute force la faire rebaptiser, à la façon des ariens, et la princesse résistant aux caresses et aux flatteries, l'arienne forcenée entra dans une telle fureur, qu’elle prit sa petite-fille par les cheveux, la jeta par terre, la frappa long-temps à coups de poinget à coups de pied, et toute couverte de sang et de blessures, la fit plonger dans une pièce d'eau, comme pour la baptiser malgré elle. Ces violences qui

Greg. Tur. Hist. v, e. 39.

47 (an 584.) HISTOIRE

sont un des caractères les plus marqués de l'erreur , ne servirent qu’à confirmer Ingonde dans la foi; et prenant une méthode bien différente avec Herménigilde son époux, elle fit si bien par la voie de la persuasion, par les charines de sa douceur et de ses bons exemples, qu'elle le convertit après une longue résistance:. Quand le roi son père eut appris cette nouvelle, il devint persécuteur des plus ardents et des plus artificieux. Voyant que la prison, les exils, les supplices , ne faisoient que des martyrs ou des eonfesseurs, il changea d méthode, et parut se rapprocher de la religion catholique, afin de séduire les simples. Ayant assemblé un concile de ses prélats hérétiques, il fit régler, non-seulement qu'on ne rchapliseroit pas ceux qui abandonneroïent la religion romaine, mais qu'on chanteroit dorénavant, Gloire au Père, par le Fils, dans le Saint-Esprit. Cette fausse ressemblance avec Ja confession des orthodoxes en trompa et en pervertit plusieurs.

1l s’en fallut bien que le prince Herménigilde donnât dans ce piége. Il avoit été éclairé par les soins et les instructions de saint Léandre évêque de Séville; et il savoit que le roi des Suèves marchoit avec ses troupes poursecourir les catholiques opprimés par son père. Mais la chaleur d’un zèle naissant nuisit à ses desseins comme à ses espérances. Croyant servir aussi la religion, pour seconder la généreuse entreprise du roi Mir qui étoit, universellement chéri de ses sujets, et faire cesser les cruelles vexations de Lévigilde contre les catholiques el contre lui-même, ce jeune prince chercha d'abord à se ménager les secours de l’empereur, et prit des liaisons avec le gouverneur du peu de possessions qui restoient à l'empire dans la Grande-Hespérie, Mais le roi Lévigilde corrompit cet officier grec, moyennant unesomme de trente mille sous d'or; et marchant bien vite contre son fils, ille réduisit à se réfugier dans une église. Il y entra lui-même, releva le prince qui s'éloit jeté à ses pieds, et l'embrassa avec tendresse, après l'avoir assuré qu'il ne seroit point maltraité. Cependant il fit signe à ses gens, qui l'emmenérent à Valence, après lui avoir

à Greg Magnus, Dialoy. Ur, cap. 53.

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DE L'ÉGLISE. (AN 585.) 479 arraché ses habits ordinaires, pour le revêtir de vètements pauvres et humiliants,

On ne put se saisir de la princesse Ingonde, son épouse, qui prit la route de Constantinople avec son fils encore enfant, et qui mourut en chemin. Herménigilde reconnoissant dans les fers, à Tarragone où il avoit été transporté , la vanité des grandeurs du monde, tourna ses affections vers le ciel. Il ajouta, pas ses austérités volontaires à la dureté de sa prison, couchant sur un cilice, priant sans cesse, et demandant à Dieu la force qui lui était nécessaire, La veille de Pâques, pendant Ja messe, son père lui envoya un évêque arien pour lui rendre ses bonnes grâces s’il recevoit la communion de la main de cet hérétique. Herménigilde repoussa le séducteur avec indignation, et témoigna la plus grande horreur de ses suggestions. Aussitôt l’évêque rapporta la réponse au roi, qui, ne se possédant plus de colère, envoya, dans son emportement, des officiers pour tuer son fils. Le martyr eut la tête fendue d’un coup de hache, l'an 586 , le samedi saint 13 avril, jour auquel l'Eglise honore sa mémoire.

Les Suèves, qui occupoient la province de Galice, et qui éloient encore dans la première ferveur de leur conversion, eurent leur partaux cruautés de ce barbare fanatisme. Lévigilde ayant subjugué ces peuples et réuni leurs terres à sa couronne, voulut de même asservir leur religion et les ramener à l'arianisme ; mais le Seigneur ne permit pas qu'il abusätlong-temps de ses succès. Il tomba grièvement malade, l’année même qui suivit la mort de son fils; et en témoignant un vif regret de l'avoir fait mourir, il reconnut la vérité de la religion catholique. Des craintes humaines l'empêchèrent sans doute de la professer publiquement , puisque saint Grégoirele Grand nous donne la pénitence de ce prince pour insuffisante. Toutefois il ne vit pas plutôt le danger de sa maladie, qu'il fit venir saint Léandre, évêque de Séville, qui avoit eu des liaisons intimes avec Herménigilde, et avait été persécuté lui-même, jusqu’à subir la peine du bannissement. Il le pria d'accorder la même amitié à son fils Récarède qui alloit lui suecéder, et de lui faire embrasser la même doctrine qu'à Herménigilde. Il mourut peu après, l'an 586 de Jésus-Christ et le dix-huitième de son

régne.

480 (Ax 586.) HISTOIRE

Récarède suivit en effet l'exemple de son saint frère. La médiation de l'auguste martyr secondant le zèle du nouveau roi , dès la première année de son règne, il sut si bien prendre les évêques ariens, que, sans coup d'autorité , il les engagea à se faire catholiques. Toute la nation montra une docilité si . prompte et si générale, que ce même roi se vit en état d'exclure tous les hérétiques, non-seulement des charges, mais du service militaire. 1] ramena aussi tous les Suèves, qu’on avoit pervertis en grand nombre, et ne mettant point de bornes à son zèle, il abolit l'hérésie j1£que clans la partie de la Gaule Narbonnoïse qui étoit de sa domination. Il y eut des murmures, des trames secrètes, des conjurations en forme. La reine Gosvinte , belle-mère de Récarède, conspira elle-même avec d'autant plus de danger pour le roi, qu'elle lui inspiroit plus de sécurité en feignant d’être catholique. Mais tout fut découvert à propos, et Gosvintc tira le roi d'embarras, en mourant dans ces conjonctures 1.

Il ne s’agissoit plus que de prendre les mesures nécessaires pour donner à de si heureuses entreprises toute la stabilité convenable. À ce dessein, le roi fit convoquer à T'olède un concile de tous les pays de sun obéissanre, même des Gaules2. Il s’y trouva soixante-quatorze évêques , et les députés de six autres. On commença, suivant les vues du roi, par un jeûne de trois jours; après quoi, on s’assembla le 8 de mai de l'an 589. Récarède étoit présent. Il fit lire une profession de foi signée de lui et de la reine Baddo son épouse, dans laquelle il anathéimalisoit Arius, sa doctrine et ses complices, recevoit expressément les quatre grands conciles, et en général tous les conciles orthodoxes. On prononcça ensuite vingt-trois anathèmes contre les principaux chefs de la doctrine arienne, et l'e:. répronva ce que ses défenseurs en regardoient comme Pare-he nt dans lc coucile de Rimini. On fit signer ces décisivas jar les nouveaux convertis, seigneurs laïques ou clercs, entre lesquels on trouve huit évêques goths de naissance, comme le marquent leurs noms barbares.

Après cela, Récarède proposa de régler la discipline , pour

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DE L'EGLISE. (AN 589.) 481 remédier aux désordres occasionés par l'hérésie. Les prêtres et les évêques ariens vivoient avec leurs femmes comme les gens du monde. Le concile interdit cette licence à ceux qui sont convertis, et prévenant le danger, tant du scandale que de l'incontinence, il veut qu'ils se séparent de chambre, et s’il se peut, de maison. Il défend à tous les clercs de poursuivre leurs confrères devant les juges séculiers, sous peine d’excommunication et de perte de la cause. Ilest clair, parle dernicr article, que les deux puissances, l’ecclésiastique et la séculière, concouroient ensemble : innovation qu 3 est à propos d'observer, et qui va devenir commune à tous les peuples, que le christianisme commencoit à tirer #% la barbarie. 11 en est de même de l'ordonnance publiée per le roi Récarède pour la confirmation de ce concile, laquelle portoit peine d’excommunication contre les clercs et contre les laïques, la confiscation des biens ou l'exil, suivant la qualité des personnes, On ordonna aussi en général l'obser tion, tant des anciens canons que des lettres synodales des payes, et l'on proscrivit tout reste d'idolâtrie dans les différente. régions soumises aux Goths. On s'étudia particulièrement abolir la pratique, aussi dénaturée que commune parmi lespsïens, de faire mourir les enfants qui étoient le fruit de la débauche,

On tint un concile, cette même année et pour les mêmes fins , dans la partie des Gaules qui obéisse# aux Gothst, Les evêques , au nombre de huit, s'assemblèrent à Narbonne, et ordonnèrent de chanter le Gloria Patri à la im des psaumes, c'étoit une profession de foi abrégée contre l'arianisme. On défendit à tout prêtre de sortir du sanctuaire pendant la célébration de la messe, et à tout diacre, sous-diacre ou lecteur, de quitter l'aube avant que les mystères fussent achevés : ce qui fait voir que l'usage de l'aube étoit commun à tous les clercs, et dès-lors affecté au seul temps du service, Défense de fêter le jeudi, comme consacré à Jupiter, et de travailler le dimanche, sous peme à l’homme libre de payer dix sous d'or, ce qui faisoit une somme d'environ dix écus de notre monnaie, et à l'esclave, sons peine de cent coups de fouet. Ces peines

Tom, v. Conc. p. 1028.

42 (An 589.) HISTOIRE temporelles prouvent de nouveau que les juges séculiers se réunissoient avec les évêques, et qu'on exécutoit ponctuellement les réglements du concile national de Tolède, qui les obligeoit à venir apprendre de la bouche des pasteurs, ce sont ses termes, la manière dont il faut gouverner les peuples.

Dans toutes ces œuvres de zèle, saint Léandre guidoit principalement le roi Récarède, à qui il étoit devenu particulièrement recommandable par la justice que lui avoit rendue le roi Lévigilde, dans un moment où l'on juge si sainement des choses. Ce qui achève de prouver que l'exil, pour ce saint prélat comme pour les évêques orthodoxes les plus zélés, n'avoit été qu'un effet de la persécution , et non la punition de son ambassade à Constantinople, de la part d'Herménigilde. Léandre étoit fils de Sévérin, gouverneur de Carthagène; sa naissance et ses talents, autant que sa piété, le rendoient plus propre que beaucoup d'autres évêques à remplir unetelle mission. C'étoitluid’'ailleurs qui avoit instruit le jeune prince et qui avoit toute sa confiance. Il sollicita donc l’empereur, soit pour obtenir sa médiation auprès du prince hérétique, en faveur des catholiques, soit pour ménager un asile au prince converti et à sa famille, en cas d'oppression. Nous voyons qu'il fut singulièrement chéri etinvariablement estimé du pape saint Grégoire, qui , au plus haut point de l'autorité et de la puissance où soit monté un ministre du ciel, sut toujours si bien rendre aux maîtres de la terre ce qui leur est dû, sans cesser jamais de soutenir avec dignité les droits de son siége.Ce fut même à Constantinople, pendant cette ambassade, qu'ils contractèrent cette intimité qu'ils manifestèrent depuis par lours lettres : et ce fut à la persuasion du saint évêque de Séville, que saint Grégoire le Grand entreprit l'excellent ouvrage des morales sur Job qu'il lui dédia : ce seul fait prouve mieux que tous les discours, l'idée qu'on doit avoir du mtrite et de la conduite de saint Léandre.

Gregoire, alors diacre del'Eglise romaine, étoit apocrisiaire ou légat du pape Pélage auprès de l'empereur ; ce saint illustre, le plus grand personnage de sonsiècle, étoit né à Rome, d'une

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DE L'ÉGLISE. (an 589.) 483 maison aussi distinguée par les vertus que par la noblesse et l'opulence. Son père Gordien étoit un des plus puissants séna teurs , et sa mère Silvie est honorée comme sainte par l'Eglise. Grégoire comptoit entre ses ancêtres le pape Félix IV , dont les petites-filles, Emilienneet Tarsille, ont été mises au nombre des saintes. Il fut lui-même préteur de Rome, c'est-à-dire, chet de la justice civile de cette capitale du monde. Dès-lors grand homme de bien, il avoit résolu de servir parfai* ment le Seigneur , sous l'or et la soie que sa dignité l'oblig: :t de porter; mais il reconnut, ou crut reconnoître qu il tenoit au monde plus qu'il n’avoit pensé, et il voulut rompre tous les liens qui l'y attachoient.

Ayant acquis par la mort de son père la disposition de ses grands biens, il bâtit et dota six monastères en Sicile. À Rome, dans sa propre maison, il en fonda un septième, qui subsiste encore, et qui appartient aux Camaldules. 11 ÿ prit lui-même l'habit monastique, après avoir donné aux pauvres ses meubles et ses meilleurs vêtements, et il se soumit à l'obéissance, comme le dernier des religieux. On fit violence à son humilité quelque temps après, et les instances unanimes des frères l'obligèrent à les gouverner. Il se nourrissoit de légumes crus que lui fournissoit sa sainte mère, alors retirée à Celleneuve, qui devint un fameux monastère. Elle faisoit tremper quelque temps ces légumes, et les lui envoyoit dans une écuelle d'argent, qu'il donna enfin à un pauvre dans l'impossibilité où l'avoient mis ses largesses précédentes de faire l'aumône autrement:. Avec l’austérité de ce régime, il étoit perpétuellement occupé, soit à la prière, soit à l'étude, à écrire ou à dicter ; ce qui lui affoiblit la santé, et le réduisit à des infirmités continuelles. Le pape Benoit l'arracha de sa retraite pour l'ordonner un des sept diacres de l'Eglise romaine, et peu de temps après, Pélage l'envoya à Constantinople.

Si quelque chose put consoler le pieux Grégoire de ce commencement d'élévation, ce fut sans doute le caractère du prince auquel il étoit envoyé, c'est-à-dire, de l'empereur Tibère, qui venoit de succéder à Justin, mort en 578. Dès

1 Joan, Diac. Vit, S, Greg. c. 9.

44 (AS 589.) HISTOIRE l'année 574, Tibère avoit été fait césar, par le conseil même de l'impératrice, qui voyant son époux sujet à des accès de frénésie, crut ne pouvoir mieux faire que de lui associer un homme si sage. Jamais choix ne plut davantage au penple ; libère, outrela majesté de la figure et de la taille qui frappoit tous les regards, ayant pour ses sujets l'amour solide d'un père et toute la douceur d'une mère'. On admire surtout son désintéressement et sa libéralité, qui lui firent remcttre une année entière de tributs à tout l'empire, aussitôt qu’il s'en vit le seul maître. Le patriarche Jean le Scholastique étant mort, Ja ville de Constantinople témoigna la plus vive ardeur pour le rétablissement d'Eutychius, et l'obtint facilement. Ce fut moins un retour d'exil qu'une fête triomphale, et d'autant plus digne du pieux prélat, qu'elle rappcloit l'entrée du divin pasteur au lieu de son sacrifice et de sa vie nouvelle; le peuple élendant ses vêtements sur la route, brûlant des parfums et portant des rameaux autour de l'évêque monté sur un âne. Il étoit connu pour un saint, et le bruit d'un grand nombre de miracles faits durant douze ans de persécution, étoit parvenu d'Amasée à Constantinople 2.

Il tenoit cependant quelques opinions qui ressentoient la doctrine d'Origène. Mais ce n'étoient que des conséquences éloignées, dont on ne voyoit pas facilement la connexion avec les principes ; encore les laissa-t-il, quand on lui en cut fait connoître le danger. Il avoit avancé de vive voix et mis par écrit, qu'après la résurrection, nos corps ne servient plus palpables. Saint Grégoire, qui ne pouvoit refuser son estime à toutes les bonnes qualités d'Eutyclnus, souffroit d'y voir cette tache, ct tenta de la faire changer d'opinion. A cet effet ils eurent une conférence en règle en 582. 11 ne fut pas difficile au savant légat de confondre le patriarche : mais il ne le persuada pas sitôt de la vérité, ni de la manière dont la singularité de son opinion lui donnoit atteinte. Eutychius prétendit qu'elle n'étoit pas contraire au fond du dogme de la résurrection. Grégoire en jugea tout autrement, et crut devoir rompre tout cominerce avec lui, jusqu'à ce qu'il confessât la foi dans toute soi intégrile,

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DE L'EGLISE. çan 589.) 485

Ce différend fit beaucoap d'éclat, et parvint d’abord à la connoissance de l'empereur, qui fit venir les deux parties en sa présence. Soit vénération pour la doctrine de l'Eglise romaine ct les lumières de Grégoire, soit éloignement d’une singularité contraire aux idées reçues, l'empereur Tibère prit si vivement parti pour le diacre romain, qu'il fut question de brûler le livre d'Eutychius; mais, au sortir de la conférence, le légat et le patriarche tombèrent tous les deux malades, et la maladie de celui-ci devint mortelle. L'empereur alla le visiter, ct le malade prédit que le prince mourroit bientôt lui-même. Dieu ne permit pas qu'un évêque, doué de tant de vertus et de dons extraordinaires d'en haut, hissât en mourant des préjugés toujours dangereux contre la vérité. Grégoire ne pouvant le visiter, lui envoya ses amis, qu'il écouta si bien, que, foulant aux pieds toute vaine gloire, il abjura hautement son étrange opinion. Ajoutant même à son désaveu les signes extérieurs ct les plus expressifs de sa conviction, il prit dans ses mains la peau de son corps, et dit en présence de tout le monde : Je crois que nous ressusciterons tous en cette même chair. C'est ce qui fut cause que saint Grégoire, sans donner plus de célébrité à cette erreur par des poursuites en règle, la laissa tomber d'elle-même, avec d'autant plus de raison, qu'après une rétractation si authentique, il n'y avoit presque personne qui la suivit. Saint Eutychius mourut le dimanche de l'uoctave de Pâques, 5 avril 582, et l'Église en honore la mémoire le 6. Le 14 d'août de la même année, l'empereur Tibère, en mourant, vérifia la prédiction du saint patriarche.

H avoit fait couronner la veille son gendre Maurice, né en Cappadoce, d’une famille originaire de Rome, d'un âge mûr, ayant déjà quarante-trois ans, ct d’une égale maturité d'esprit, plein de sens et de sagesse, modeste, réservé, se communiquant peu, et voulant connoître à fond les sujets avant que de leur accorder sa confiance ; d'ailleurs bienfaisant, très-porté à la clémence, dont il donna de grands exemples dès le commencement de son règne. Il ne se signala pas moins par sa valeur que par toutcs les qualités qui font les grands princes

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aussi-bien que les grands capitaines : mais ce qu'on admire uniquement en lui, et qui marque la trempe forte de son âme, ou plutôt de sa vertu, c'est qu’il ne se démentit jamais sur le trône, qu'il y fut aussi affable et aussi maître de ses passions, qu'étant simple particulier, Il avoit pour base solide de tant de belles qualités, une religion pure et sincère, un attachement inébranlable à la doctrine de l'Eglise et aux enseignements des pasteurs. Il aimoit cordialement saint Grégoire, et l'honora jusqu à le faire parrain d'un de ses enfants.

Maurice se souvint après son couronnement, de la prédiction que lui en avoit faite autrefois en Galatie saint Théodore de Sicéon2. Ce prince, n'étant encore que général de l’empereur Tibère, passa par cette province au retour d’une expédition glorieuse contre les Perses, Sa piété propre et la haute réputation de saint Théodore l’engagèrent à l'aller voir dans la caverne qu'il habitoit, afin d'y rendre ensemble hommage au Dieu des armées, et d'en obtenir de nouvelles faveurs. Le saint solitaire entretint publiquement le guerrier chrétien, des desseins que le dispensateur des sccptres et des couronnes avoit sur lui; puis le prenant à part, au sortir de la prière, il lui dit clairement qu'il croit qu’il seroit empereur,

L'origine de ce saint nous fait admirablement sentir à quel point le Seigneur est maître de ses dons, et comme il tire, quand il lui plaît, du sein même de la corruption, les plus pures vertus. La mère de Théodore avoit été une prostituée d'hôtellerie, et avoit eu cet enfant d'un officier de marque qui alloit prendre possession d’un gouvernement de province, Soit respect pour l'origine du fruit qu'elle avoit conçu d’un grand, après tant d'autres privautés avec des gens du commun, soit rcpentir sincère d'une longue suite de crimes, clle fit baptiser cet enfant aussitôt après sa naissance, prit grand soin de son éducation, et commença une vie réglée, Dès la plus tendre enfance, on remarqua dans Théodore une grande piété; en particulier, beaucoup de dévotion au martyr eaïint George, extrémement révéré dans le canton, et toute sa vie il l'honora et le fit honorer avec un zèle remarquable, Il embrassa très-jeune

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DE L'ÉGLISE. (Ar S80.) 467 la vie solitaire; et d'abord il se tint renfermé depuis Noël jusqu'au dimanche des Rameaux, ne mangeant que le samedi

et le dimanche seulement quelques fruits ou quelques her-

bages. L’évêque d'Anastasiople, près de Sicéon, l'ordonna prêtre, quoiqu'il n'eût que dix-huit ans, et cette distinction fut un nouvel aiguillon pour sa piété et son esprit d'abnégation. 1] se fit faire pour cellule une cage de fer, lui-même étoit vêtu de fer, en avoit, pour tunique. une cuirasse du poids de dix-huit livres, une rude ceinture, des souliers ; et par-dessus ce genre étrange de vêtements il portoit continuellement une croix de même matière, longue de dix-huit palmes. 1] eut nn grand nombre de disciples, et acquit la plus haute considération ; ce qui le fit arracher enfin à sa solitude. L'évêque d'Anastasiople “ant mort, les citoyens et le clergé allèrent trouver l'évêque d'Ancyre, métropolitain de la province, et lui demandèrent pour pasteur l'abbé Théodore. 1] fallut lui faire violence pour prendre le bâton pastoral, avec lequel il conserva toutes les austériiés de la solitude. Tel fut le prophète qui promit l'empire à Maurice.

Saint Grégoire s’acquitta de sa légation auprès de cet cmpereur, comme il l'avoit remplie auprès de Tibère en sc faisant chérir ct révérer, tant du peuple que des grands, et des plus illustres prélats de l'Orient, Souvent il procura des sccours à l'Italie, réduite à l’état le plus déplorable sous la tyrannie des Lombards : mais tout le bien qu'il faisoit dans l'élévation, ne le consoloit que fuihlement de se voir rejeté, comme il s'en plaignoit à des amis pieux, au milieu des tempêtes du siècle. Il observoit de la vie monastique tout ce qui éloit compatible avec sa dignité. 1] avoit même auprès de lui plusieurs de ses religieux, qu'il quittoit le moins qu'il lui étoit possible, afin de ne jamais perdre de vue ses premiers engagements. Il leur faisoit souvent de pieuses conférences, et c’est à celle occasion qu'il composa ses Morales, qui ont toujours été en si grande estime dans l'Eglise ; il avoit commencé par leur expliquer le livre de Job, après beaucoup d'instances de leur part pour vaincre son extrême modestie; saint Léandre de Séville, qui étoit encore à Constantinople, et d'autres amis de ce rang distingué, joignant leurs sollicitations à celles des

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moines. il exposa le commencement de vive voix, dicta de: homélies sur le reste ; et quand il en eut le loisir, il en rédigea toute la suite, et en fit un grand commentaire divisé en trentecinq livres. Il fut rappelé quelque temps après en Italie, du moins avant les différends occasionés par l'ambition du patriarche Jean, dit le Jeûneur, qui remplaça Eutychius. Mais pour bien exposer ce fait, il faut reprendre la chose à sa source, qui fut la délation calomnieuse portée contre Grégoire d'Antioche,

Ce patriarche, accusé d’adultère avec sa propre sœur, avoit appelé à l'empereur et au concile; il vint à Constantinople, où il amena, pour son conseil, Evagre le Scholastique, c’està-dire avocat, qui rapporte lui-même ce fait dans son histoire ecclésiastique. T'ous les patriarches furent de ce jugement, ou en personne, ou par députés : le sénat y assista aussi et plusieurs métropolitains, en sorte que l’on eut dès-lors un exemple d’un de ces cas privilégiés, jugé par le concours des deux puissances. Le sénat y est nommé après les patriarches, mais avant les métropolitains. L’évêque d’Antioche fut trouvé innoccnt ; l’accusateur fut condamné au fouet et au bannissement , en punition de sa calomnie. Mais l'ambitieux patriarche de Constantinople, qui venait de voir tout l'Orient soumis en quelque sorte à sa juridiction , s'arrogea le titre révoltant d'évêque universel. Sitôt que le pape Pélage en fut informé, il écrivit à Constantinople, cassant de l'autorité de saint Pierre les actes de ce concile, et defendant à Laurent,successeur de saint Grégoire dans la place de légat, d'assister aux offices vec Jean le Jeûneur 1. La chose ne fit pas alors un plus grand bruit, parce que l'attention du chef de l'Eglise fut attirée ailleurs par une affaire plus pressante.

L'exarque de Ravenne, c’est ainsi qu'on nommoit depuis juclque temps le principal officier de l'empereur en Italie,

yant fait la paix avec les Lombards, le pape Pélage saisit cette vecasion pour traiter avec les défenseurs schismatiques des trois cfapitres ; ce que l’état affreux du nord de l'Italie et les hostilités perpétuelles ne lui avoient pas encore permis. L

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DE L'EGLISE. (An 5%.) 489 écrivit aux évêques d'Istrie, pour les exhorter à rentrer dans le sein de l'unité : il leur remontra qu'ils n'avoient plus aucun prétexte plausible de résister; qu'à leur petit nombre près, tous les évêques latins avoient pris le parti de la soumission ; que cet exemple devoit paroître d'autant plus persuasif, qu’avant de le donner, ils avoient reconnu avec toute la maturité possible, que le cinquième concile ne portoit aucune atteinte à celui de Chalcédoine ; que ce qui avoit pu d’abord être légitime, au moins excusable pour le grand nombre des Occidentaux, étoit aujourd'hui souverainement condamnable dans un petit nombre d'indociles qui blâmoient la conduite de l'Eglise:. Ce fut saint Grégoire qui tint la plume du pape pour ces représentations aux évêques d'Istrie. Elles ne produisirent aucun effet, et l’obstination de ces prélats donna beaucoup d'exercice à Grégoire dans le cours même de son pontificat. Cc ne fut que long-temps après que ce schisme s’éteignit insensiblement. Ces œuvres de zèle furent les dernières du pape Pélage, qui mourut à Rome d'une maladie contagicuse, le & février de l’année 590, après avoir occupé le saint Siége plus de douze ans. Il étoit si charitable, qu'il fit de sa majson un hôpital pour de pauvres vieillards.

Cependant l'estime et l'affection des Romains pour l’archidiacre Grégoire étoient prodigieuses : ils en avoient donné des narques étonnantes dès le pontificat de Benoît. Le saint, passant un jour sur le marché de Rome, fut frappé de la blancheur extraordinaire et de la beauté de quelques esclaves anglois exposés en vente : il demanda au marchand si des infortunés si intéressants avoient au moins le bonheur d'être chrétiens. Comme on lui eut répondu que non : Quel dommage, dit-il en soupirant, qu'un peuple si bien fait, soit sous la puissance du démon ! Incontinent il s'en va trouver le pape Benoît, lui propase d'envoyer des ouvriers évangéliques dans la Grande- Bretagne, et le conjure avec les plus grandes instances de le mettre de leur nombre, pour leur donner courage, en disant que personne sans cela n'entreprendroit ce voyage périlleux. ie poutife n'y consentit qu'avec beaucoup de peine; mais le

Ton, vs Couc. p. 940.

490 (AN 5go.) HISTOIRE peuple romain s’attroupant à cette nouvelle, et bordant le chemin par où le pape alloit à Saint-Pierre, se mit à crier : Vous offensez le prince des apôtres, vous causez la ruine de Rome en laissant aller Grégoire. Le saint n'étoit pas cependant encore diacre, mais seulement chargé de son monastère. Le pape envoya promptement des courriers pour le faire revenir, et ils ne le joignirent qu'à trois journées de la ville, tant il s'étoit pressé d'avancer, dans la crainte de ce qui arrivoit r. L'ardeur de tous les ordres de citoyens fut égale pour l'exaltation de Grégoire, dès qu'ils.virent la chaire pontificale vacante. Il fut élu du consentement unanime du clergé, du sénat et du peuple. En vain tâcha-t-il de se faire croire indigne de cette place; en vain intéressa-t-il ses amis, en leur représentant avec larmes, les périls que son âme courroit, en rentrant dans un monde qu'il n’avoit quitté qu'après avoir senti, pour sa foiblesse, l'impossibilité d'y faire son salut2, Sa dernière ressource étoit dans l’empereur, dont il se sentoit tout particulièrement aimé. 11 lui écrivit de la manière la plus propre à le gagner, et lui suggéra un expédient aussi simple que sûr ; savoir, de ne point approuver l'élection. Mais Germain, préfet de Rome, en ayant eu quelque suupçon , prévint l'empereur, qui bénit mille fois le ciel d’avoir fait tomber les suffrages sur celui qu’il eût choisi lui-même. Bien vite on envoya les lettres de jussion pour procéder au sacre. Grégoire ayant appris la démarche du préfet, et n'attendant plus de la cour qu’une réponse contraire à ses vœux, résulut de prendre la fuite. Mais on s’étoit encore précautionné contre cet obstacle, en mettant des gardes aux portes de la ville. 1l se déguisa cependant, s'enferma dans une manne d'osier, et se fit enlever par des marchands. Il se cacha dans les bois et dans les cavernes pendant trois jours, qui furent un temps de désolation pour le peuple romain, plus inquiet de cette évasion que de toutes les hostilités des Lombards. On ne cessa, durant cet espace, de jeûner, de prier avec larmes et gémissements, jusqu'à ce que le ciel, par des indices miraculeux, découvrit le fugitif, qui fut pris et remené à Rome, H craignit alors qu'un:

Joan. Dine. ce, a1. — 2 Abid, L 5, c. äg.

ordant le , à cricr : ruine de ependant stère. Le revenir, e, tant il roit 1.

ale pour ontificale lergé, du e indigne ur repré- , en renoir senti, , Sa deratoit tout plus promple que Germain, int l’emer les sufenvoya ire ayant +: la cour endre la bstacle, ruisa Ceenlever les casolation que de ant cet ts, jusbuvrit le qu'un:

DE L'ÉGLISE, (Ax 590.) 491 plus longue Ssistance ne s'opposât aux ordres de la Providence, il fut consacré solennellement dans l'église de Saint- Pierre, le troisième jour de septembre de l’année 590, et tint le siége treize ans. 11 demeura néanmoins inconsolable du fardeau qu'on lui avoit imposé, et s’en plaignit de toute part à ses amis, de vive voix et par des lettres touchantes. 1l en écrivit, entr'autres, à la princesse Théoctiste, sœur de l'empereur, disant qu'on l'avoit ramené au sitcle, sous prétexte de l'épiscopat ; qu'il se trouvoit chargé de plus de soins temporels qu'étant laïque ; qu'il n’existoit plus pour lui ni joie, ni repos ; qu’une élévation apparente ne servoit qu'à le rendre moins vertueux, et par conséquent plus méprisable ; qu'après s’être vu au comble de la félicité humaine, sans crainte comme sans désirs pour tous les objets de ce monde, il se voyoit tout à coup replongé dans les frayeurs et les plus tristes alarmes, ayant tout à craindre, sinon pour lui, du moins pour ceux dont il devenoit le père. Déjà le tumulte des vaines pensées, ajoutoit-il, fait que quand je veux rentrer en moi-même, après les affaires, j'en trouve la route fermée, et que mon intérieur est devenu étranger pour moi. Certes l'empereur doit avoir bien du serupule d’avoir fait imposer un si grand ministère à un si médiocre sujet.

Jean, évêque de Ravenne, l'ayant blâmé amicalement de s'être caché pour éviter le pontificat, quoiqu'il en fût si capable, le saint crut que la meilleure façon de répondre à ce reproche, c'étoit d'exposer toute la sublimité et l'étendue des obligations pontificales. À cette fin , il composa son Pastoral, ouvrage encore si respecté dans toute l'Eglise. Il le divise en quatre parties : la première sur la vocation à l'épiscopat , ou sur les dispositions qu'il y faut apporter ; telles que les vertus de tout genre, la supériorité des lumières, le courage, l'amour du travail, et surtout l'exemption d’une infinité de défauts , figurés par les impuretés légales, qui dans l'ancienne loi excluoient des fonctions du sacerdoce. Les deux parties suivantes traitent Ja manière dont le pasteur appelé légitimement, doit s'acquitter de la charge qu'il n’a point recherchée :

Lib, 1, Epist, 5

res arphirasr œobtééhie pe mot René he rene À ess —

et d’abord en général, comment il doit s'adonncer au salut du prochain; puis dans les détails de la troisième partie, comment il doit proportionner ses instructions à la diversité des lieux, des temps, des personnes différentes, et des dispositions successives de là même personne, La dernière partie fournit au pasteur lui-même, des préservatifs contre la corruption de ceux qu'il veut guérir, et contre le poison encore plus contagieux de l'orgneil. Get ouvrage fut dès-lors si estimé, que l’empereur Maurice en voulut avoir une copie, et qu'Anastase, patriarche d’Antioche, le traduisit en grec pour l'usage des églises d'Orient.

Cinq à six mois après son exaltation, Grégoire tint, dans le mois de février , un concile à Rome, d’où il envoya ses lettres synadaïcs aux quatre patriarches. On observe que dans celte lettre, qui est circulaire, outre Grégoire, possesseur actuel du siége d’Antioche, Anastase,que le pontife ne laissoit pas de reconnoître , est aussi nomme. Îl écrivit même à l’empereur , que si on ne permettoit pas à cet évêque chassé, de retourner à son église, on l’envoyât du moins à Rome avec l'usage du pallium. Dans la profession de foi que contient, suivant la coutume, la lettre circulaire", le saint pape déclare qu'il reçoit les quatre conciles généraux, et les révère comme les quatre Evangiles. Je porte le même respect, poursuit-il, au cinquième, où la pretendue lettre d'Ibas a été condamnée, Théodore convaincu de diviser la personne du médiateur, et les écrits de T'héodoret contre saint Cyrille réprouvés. Je rejette toutes les personnes que ces vénérables conciles rejettent, et recois toutes celles qu'ils honorent; parce que leur jugement portant sur un consentement universel, celui-là se perd sans leur nuire, qui ose lier ceux qu'ils délient, ou délier ceux qu'ils lient. 1} est évident que saint Grégoire parle ici de l'affaire des trois chapitres, comme on le reconnoiît universellement. Ce saint et savant pontife n'en regardoit donc pas la condamnation comme une affaire particulière et sans conséquence pour l'Eglise universelle. 1 s'ensuivroit de cette prétention également fausse et téméraire, que les schis-

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