‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 112 sur 146 · OO "= W «A · texte numérisé non relu

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L'an 597, il se traita dans l'Tllyrie une affaire contentieuse, qui, en nous donnant une idée des embarras et des travaux de saint Grégoire, présente un détail intéressant de la procédure ccclésiastique, et un exemple notable de l'autorité du saint siége jusque dans l'empire d'Orient. Adrien, évêque de Thèbes, ayant été poursuivi devant l'empereur pour des causes civiles et criminelles, par deux méchants diacres qu il avoit déposés, le prince, suivant les canons, renvoya Adrien à Jean de Larisse son métropolitain , pour juger définitivement le civil, informer du criminel, et en faire son rapport à la cour. Quoique les accusations fussent dénuées de preuves, l'archevêque de Larisse ne laissa pas de condamner l'accusé, tant sur le criminel que sur le civil. Il ajouta même la violence et l'oppression à l'injustice , fit renfermer Adrien dans une étroite prison, nonobstant l'appel interjeté à l'empereur , et le contraignit d'acquiescer , par un écrit signé de sa main, au jugement de l’un et de l’autre objet. Toutefois, l'évêque opprimé conserva assez de liberté d'esprit, pour ne confesser ses prétendus crimes que par des expressions aimbiguës, qui laissoient une ouverture à sa justification. Sitôt qu'il fut élargi, il fit poursuivre son appel devant l’empereur, .et représenta tous les actes de la procédure faite par l'archevêque. L'empereur en commit l'examen à Honorat, norce du pape à Constantinople, et à Sébastien , secrétaire d'état. Tous deux renvoyèrent Adrien absous, après la plus exacte discussion ; mais on obtint un nouvel ordre de l'empereur, pour renvoyer encore cette affaire à l’évêque de la Première-Justinienne, noramé Jean comme celui de Larisse , et vicaire du saint Sicge en qualité de primat d'Illyrie. L’évêque de Thèbes ne fut pas mieux convaincu au tribunal du primat qu’à celui du métropolitain, n'eut plus la même foiblesse de se confesser coupab:e, et néanmoins fut condamné à la déposition.

Alors il appela au pape, signifia son appel à Jean de Justinienne, qui promit au nonce Honorat d'envoyer des agents à Rome, pour soutenir son jugement. Adrien s'y transporta luimême, etrendit plainte contre les injustices de son primat et «le

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métropolitain tout ensemble. Grégoire attendit long-temps, et toujours on vain, qu'ils envoyassent quelqu'un , selon Îeur promesse , pour soutenir leur sentence ; mais ce grand homme n'étant pas d'humeur à céder aux tergiversations et à la manœuvre, procéda au jugement sans plus de délai, examina trèsattentivement, tantles procédures de Jean de Larisse que celles de Jean de Justinienne , et trouva leurs sentences aussi injustes dans le fond, qu'irrégulières dans les formes. Aussitôt il rétablit Adrien dans son siége, après avoir cassé sans ménagement la sentence du primat, et condamna celui-ci à trente jours de pénitence, pendant lesquels il seroit privé de la communion, sous peine d'un traitement plus rigoureux, s’il n'obéissoit. Il se réserva même à examincr et à punir plus sévèrement les autres abus qu'il pouvoit avoir faits deson pouvoir en]llyrie, et se montra d'autant plus offensédes prévarications de ce prélat, qu'il étoit dépositaire d'une portion plus respectable de l’autorité pontificale, en sa qualité de vicaire du saint Siége.

Quant au métropolitain Jean de Larisse , Grégoire lui écrivit en ces termes! : Vous méritiez, avant votre dernière faute d'être exclu de la communion du corps de Jésus-Christ, pour avoir méprisé l'admonition de mon prédécesseur, qui avoit exempté de votre juridiction l'évêque Adrien et son église de Thèbes. Poussant néanmoins la douceur et la condescendance aussi loin qu'elles peuvent aller, nous nous contentons d'ordonner l'exécution de ce premier ordre; en sorte que les prétentions que vous pourrez avoir contre Adrien, soient décidées par nos nonces à Constantinople, si elles sont médiocres, et renvoyées ici par devant le Siége de Pierre, si elles sont considérables : le tout sous peine d’excommunication, dont vous ne pourrez être absous que par ordre du pontife romain, excepté à l'article de la mort. Vous restituerez aussi tous les biens meubles ou immeubles de l'église de Thèbes, qu'on vous accuse de retenir, suivant l’état ci-joint. Sur quoi, s'il y a quelque différend, nous voulons encore que notre nonce à la cour d'Orient en prenne connoissance. C'est ainsi que le pape saint Grégoiretermina cette affaire con-

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DE L EGLISE. (A4 595.) 501 cernant les églises de là Grèce, qui forma toujours le ressort le plus immédiat du patriarcat de Constantinople.

Pour ceux d’Atexandrie, d’Antioche et de: Jérusatem , rien n'indique que le successeur de Pierre y entra dans les mêmes détails. On y. trouve cependant des actes de sa juridiction spéciale dans quelques cas extraordinaires. Jean, prêtre de Chalcédoine, ayant été accusé de l’hérésie des marcionites , le patriarche de Constantinople lui donna des juges, qui procédèrent avec peu de maturité, et le condamnèrent malgré une profession de foi très-orthodoxe : ce qui fut reconnu, sur les actes même du procès, dans un concile tenu à Rome l'an 595. En conséquence, le pape Grégoire eassa le jugement rendu par les juges que le patriarche avoit commis, et l'accusé fut renvoyé absoust. Cet acte de juridiction du souverain pontife est d'autant plus remarquable, qu'il-s’exerçoit sur le patriarche Jean le Jeüneur , dans ke temps même où il prenoit le titre d'évêque, universet; et ce prélat se soumettoit à l'évêque de Rome, puisqu'il lui avoit envoyé ses agents avec ses lettres de créance et les pièces du procès.

Dans le même concile, un autre prêtre, nommé Athanase, qui étoit moine du monastère de T'amnat en Lycaonie, fut justifié des accusations intentées contre lui et contre les moines ses confrères. Les gens du patriarche de Constantinople prétendoient que-ces solitaires avoient parlé contre le concile d'Ephièse. Mais le savant pontife reconnut qu'ils s'étoient précisément élevés contre des propositions pélagiennes insérées dans certaines copies de ce concile. Il examina l’exemplaire qu'en avoit l'Eglise romaine, et n'y trouva rien de semblable. Il fit apporter de Ravenur un autre exemplaire très-ancien , qui se trouva parfaitement conforme à celui de Rome, et il apprit aux députés de Constantinople à se tenir en garde contre les imposteurs qui attribuoient des propositiuns hérétiques au concile d'Ephèse 2.

ll s’en expliqua plus librement encore par lettre au patrice Narsès, ce grand homme également pieux et vaillant. J'ai soigneusement examiné le concile d'Ephèse, lui dit-il, et je

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Ddiée qu'on ya fait quelque altération, dans le goût de la falsification insérée par l'église de Constantinople , dans un passage du concile de Ghalcédoine. Il y a toute apparence que ceci se rapporte au fameux canon qui concerne les prérogatives du siége de la nouvelle Rome. Cherchez donc, ajoute le pontife, cherchez les plus anciens exemplaires de ce saint concile, et défiez-vous des nouveaux. Les Latins sont bien plus vrais que les Grecs; et si nos gens re se piquent pas de tant d'esprit, ils ne sont pas non plus si féconds en impostures.

Le saint pape étoit indisposé depuis assez long-temps contre l'ambitieux patriarche de Constantinople , et celui-ci p:.‘oissoit moins d'humeur que jamais à rien relâcher de ses prétentions. Le pape s'étant plaint à lui, de ce que le moine Athanase avoit été maltraité jusquà recevoir des coups de bâton dans l'église de Constantinople, le patriarche répondit fort légèrement qu'il ne savoit ce que cela vouloit dire. Sur quoi le saint pontife reprit : J'ai été prodigieusement étonné de votre réponse. Si clle est vraie, qu'y a-t-il de pire que de voir les serviteurs de Dieu ainsi traités, et que le pasteur ne le sache pas; et si vous le savez, que répondre à ces mots del'Ecriture: La bouche qui ment donne la mort à l'âme? Est-ce là où se termine votre grande abstinenceP et ne vaudroit-il pas mieux laisser entrer de la viande dans votre bouche, que d'en voir sortir un discours contraire à la vérité ? Dieu me garde néanmoins de faire tomber sur vous mon jugement! Ces lettres portent votre nom; mais je ne crois pas qu'elles soient de vous. Le saint impute ensuite catte défaite puérile à un jeune bomme qui étoit auprès du patriarche ; et il le presse vivement d’écarter ce mauvais sujet, dont il lui détaille tous les défauts avec une justesse qui montre à quel point ce grand pape portoit la vigilance pontificale,

Il écrivit en cette même occasion au patrice Narsès, et lui dut : Je vous déclare que je suis résolu à poursuivre cette affaire de tout mon pouvoir, Si je vois qu'on ne garde par les canons du saint Siége, Dieu m'inspirera ce que je dois faire contre ceux qui les méprisent, el rien ne m'empêchera d'obéir à sa voix.

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PE L'ÉGLISE. As 595.) 5o3 patriarche de Constantinople, puis. envoyés à Rome, Jean le Jeûneur prenoïit presque à chaque ligne le titre de patriarche œcuménique, Saint Grégoire fut extrêmement scandalisé d’une qualification si fastueuse. Après.en avoir fait parler deux fois à Jean par son nonce, il lui en écrivit lui-même en ces termes : Comment êtes-vous devenu si différent de ce que je vous ai connu autrefois. quand nous avions ensemble des relations si douces et si, amicales ? Quoi de plus.étonnant! Vous qui ne pensiez qu'à fuir l'épiscopat, vous usez aujourd’hui de cette dignité, comme si vous l'aviez. recherchée avec le plus d'ambition. Vous vous disiez indigne du nom d'évêque, et maintenant vous vous l'arrogez à vous seul. Pélage mon prédécesseur vous en:a écrit des lettres très-fortes, en. cassant les actes du concile que vous aviez tenu. contre notre frère, l'évêque Grégoire. Depuis que-je suis.appelé-au gouvernement de l'Eglise, je vous. en. ai fait parler par mes nonces; et parce qu'il faut préparer doucement les plaies avant que d’x porter le fer, je vous prie-en. ce moment , je vous conjure, avec toutes les inslances et tous les. égards possibles , de résister à ceux qui vous flattent, en. vous attribuant untitre-inouï, et aussi plein de ridicule que d'orgueil, Ne savez-vous pas que le concile de Chalcédoine déféra cet honneur aux évêques de Rome, en les nommant pontifes. universels? Mais aucun d'eux n'a jamais voulu l'adopter, de peur qu'ils ne parussent attribuer l'épiscopat à eux.seuls , et l'ôter à tous leurs frères. Ainsi ce savant pape croyoit-il toute la hiérarchie renversée par cette attribution, et qu'on ne pouvoit, sans. blesser la foi, reconnoître un seul.

évêque proprement dit, dont les autres ne fussent que les.

vicaires. Î parut aussi prévoir dès-lors les suites funestes de L'ambition.schismatique des évêques de Constantinople.

Pour les détourner par toutes les voies possibles, il écrivit à saint Euloge, patriarche d'Alexandrie , et releva en restermes non-seulement la dignité du siége apostolique, mais l'avantage des trois grands siéges de l'Orient sur celui de Constantinople : Quoiqu'il y ait eu plusieurs apôtres, le siége du prince des apôtres. a seul prévalu, pour l'autorité; en vertu de sa pri-

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504 (AS 595.) HISTOIRE mauté. Ce guide lumineux éclata en troislieux différents : it repose à jamais sur le siége qu'il a fixé à Rome, et où il a terminé sa carrière mortelle, Celui d'Alexandrie tire son honnetde l’évangéliste son disciple qu’il y a envoyé. Il a affermi la dignité de celui d’Antiocbe, en l'occupant sept ans, quoique pour en sortir ensuite. Ainsi ce n’est qu'un siége du même pôtre , dans lequel néanmoins trois évêques président aujourd'hui par l'autorité diviner. |

Il écrivit à l'empereur pour les mêmes raisons , qui lui tenoient fortement au cœur, comme on peut en juger par la vivacité des images et des expressions qu'il emploie. Toute l'Europe, lui dit-il?, est livrée aux Barbares; les forteresses ruinées , les cités détruites, les provinces ravagées , les terres incultes. Rome, autrefois la maîtresse du monde, accablée aujourd'hui de douleurs et d’opprobres , abandonnée par ses citoyens, insultée par ses ennemis, ne peut plus s'attendre qu'à une ruine entière. Qu'est devenue la majesté de l'empire, du sénat, du peuple romain, de ces questeurs et de ces proconsuls, qui se répandoient dans les provinces, pour en rapporter l'or et les lauriers , les plus précieux et les plus illustres monuments ? Mais pourquoi parler des frêles humains ? Les remparts et les édifices qui promettoient d'égaler la durée des siècles, ne sont plus que des amas de ruines. Cependant les évêques , au lieu de pleurer sous la cendre, cherchent de nou- “veaux titres à leur vanité. Puis faisant allusion à l'extérieur mortifié de Jean de Constantinople : Nous détruisons, ajoutet-il, par nos exemples ce que nous prêchons de vive voix. Nos os sont atténués par le jeûne, et notre esprit gonflé d'orgueil. Nous avons le cœur plein d'enflure, sous des vêtements méprisables. Couchés sur la dure, nous cherchons à dominer, et nous cachons la rapacité du Joup sous l'extérieur débonnaire dela brebis. Revenant ensuite à l'intérêt que la foi prenoit à cette contestation : Ce n'est pas ma cause, dit-il, mais la i cause de l'Eglise universelle que je soutiens. Plusieurs évêques à de Constantinople ont été, non-seulement hérétiques, mais | hérésiarques , comme Nestorius et Macédonius. Si donc celui t

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DE L'EGLISE. (AN 595.) 5oï qui remplit ce siégc etoit évêque universel , la foi de tout l’épiscopat pourroit manquer dans sa personne, et toute 1 Eglise tomber avec lui. Pour moi je me fais gloire d'être le serviteur de tous les évêques, tant qu'ils vivent en évêques. Mais si quelqu'un élève sa tête contre Dieu , j'espère qu'il n’abaissera pas la mienne , même avec le glaive.

Ainsi s’énonçoit ce grand pape, qui prit même le titre de serviteur des serviteurs de Dieu : abaissement glorieux, et jugé par ses successeurs digne d'uneimitation éternelle. Ilécrivit cncore là-dessus à l'impératrice Constantine, aussi-bien qu'à saint Euloge d'Alexandrie et à saint Anastase d'Antioche, fort intéressés à cette affaire par leurs qualités de patriarches. Si l'on permet d'user de ce titre, leur dit-il en revenant à ce qui le frappoit le plus, non-seulement on dégrade tous les patriarches ; mais quand celui qu'on nomme universel tombera dans l'erreur, il ne se trouvera plus dans l’épiscopat aucun appiu à la vérité.

Dans la lettre à l'impératrice, il paroît craindre qu’elle ne soit prévenue contre lui. Elle lui avoit demandé des reliques; mais le saint docteur n'approuvoit pas la méthode déjà commune parmi les Grecs , et encore inconnue aux Occidentaux, de toucher aux corps des saints pour les diviser, ou seulement pour en faire la translation. Toutes les reliques des saints apôtres qu'envoyoit l'Eglise romaine, consistoient en des linges exposés quelque temps sur leurs tombeaux, tout au plus en quelque limaille de leurs chaines, quand toutefois on en pouvoit avoir. Suivant la même lettre de saint Grégoire à Constantine , on venoit souvent demander de cette poudre de fer, réputée plus précieuse que l'or et les pierreries. Le pontife prenant la lime en tiroit quelquefois au premier essai, d’autres fois on faisoit de longs efforts sans en rien tirer.

Si j'y puis réussir, écrivit donc le saint, je vous enverrai incessanment quelques particules des chaînes que saint Paul a portées au cou et aux mains, et qui font beaucoup de miracles'. Quand ilest ouvertement question de l'entreprise du patriarche Jean : Qu'il est triste, dit-il2, pour nous qui, afin de

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