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506 (AN 595.) HISTOIRE détourner de plus grandes calamités, épuisons continucllement notre église ; qu'il est dur pour moi , qui ne suis presque à Rome que le trésorier des Lombards, comme celui qu'y a l'empereur pour son armée de Ravenne; qu'il m'est triste et accablant de porter le faix de l’affliction de toutes les églises «qui, dans la crainteet l'humiliation, gémissent continuellement de l’orgueil d’un seul évêque! Il est vrai que les fautes de Grévoire méritent bien ce châtiment, mais le prince des apôtres n'a point de péchés qui lui doivent attirer cette injure.
Toutes les instances du saint pantife ne produisirent aucun effet, et le patriarche de Constantinople soutirt l'orgueil de son titre jusqu'à sa mort, qui à la vérité n’étoit pas éloignée. Outre son austérité, qui lui fit donner le nom de Jeûneur, il parut si détaché des biens et des commodités de la vie, qu'après son trépas on ne trouva chez lui qu'une couchette de bois , une méchante couverture de laine et un seu} manteau : {vible apologie néanmoins, s’il n’y avoit d’autres motifs que ce simulacre de vertu , pour laisser à Dieu seul le jugement dece qui se passa dans son cœur. L'église grecque Fhonore comme un saint. Le titre de patriarche œcuménique ne finit point avec lui; mais il passa à son successeur Cyriaque, homme tranquille etsimple , qui vraisemblablement n’auroitpaseu la force de le prendre, et qui n'eut jamais celle de le quitter : tant l'amour des distinctions est général, quand on se persuade que c’est l'intérêt de sa place qu'on soutient , plutôt que celui de sa personne. Saint Grégoire ne voulut pourtant pas rompre l'unité pour ce sujet. Il fit même un accueil extraordinaire aux députés de Cyriaque, qui apportèrent à Rome ses lettres et sa profession de foi. Il avoit reconnu plusieurs bonnes qualités en lui, dès le temps qu'il étoit légat à Constantinople , et il lui réitéra ses anciens témoignages d'amitié ; ce qui ne l'empêcha point de défendre à son noncede célébrer la messe avec lui , dans la crainte de paroître approuver, par trop de condescendance, une prétention qu'il jugea toujours hautement condamnable,
Tandis que ce grand pape étendoit ainsi sa vigilance à toutes les parties du monde chrétien, ti apprit, avec autant de douleur que de surprise, qu'au centre mème de la catholicité , la Sardaigne étoit encore idolâtre dans sa plus
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DE L'EGLISE. (an 545.) 507 grande étendue , presque tous les paysans de cette île croupissant dans le paganisme. Il en écrivit à tous les nobles et à tous les propriétaires des terres , en leur représentant d'une manière touchante, que cet ordre d'hommes ne leur avoit été soumis par la Providence, qu'afin qu'ils lui procurassent des biens éternels, pour les services temporels qu'ils en recevoient.
Il écrivit bien plus fortement encore à Janvier, évêque de Cagliari et métropolitain de la province, sur ce que les serfs de sa propre église, comme de bien d'autres, restoient ensevelis dans les mêmes ténèbres. Que me sert, dit-ilt, de vous exhorter à sauver les étrangers, si vous négligez de convertir vos gens ? Que tous les évêques y fassent une sérieuse attention. Si j'en découvre quelqu'un qui ait un seul vassal idolâtre, j'exercerai sur lui toute la sévérité que mérite le pasteur mercenaire. Les étrangers à convertir dont le pape parle ici, étoient les peuples de l’île nommés Babaricins, dont le chef Hospiton avoit déjà reçu le baptême. Le zélé pontife, pour travailler à leur conversion , envoya de fervents missionnaires, qu'il recommanda tant à Hospiton qu'au commandant romain. 11 reprit aussi l'évêque de Cagliari, homme assez mou néanmoins, de ce qu'il avoit excommunié une personne de marque pour des injures qu'il en avoit reçues. À ce sujet, il nous apprend que les canons défendoient aux évêques d'employer les foudres de l'Eglise pour leurs intérêts personnels, En pressant cet évêque de travailler au salut des serfs de l'Egjlise, il lui conseille d'imposer à ceux qui s’obstineront dans l'infidélité, des charges qui les obligent à entendre raison, mais qui ne leur fassent pas violence. Si l'on peut jusqu'à un certain point presser les conversions, ou , pour mieux dire , en écarter les obstacles, on ne doit jamais aller jusqu’à la contrainte et la tyrannie.
Rien n'étoit plus contraire au génie sage et modéré de ce grand pontife. Les juifs de la même ville de Cagliari s'étant venus plaindre à Rome de ce que l’un d'eux, converti nouvel. lement, s'étoit emparé de leur synagogue dés le lendemain de son baptême, le pontife blâma cette ferveur inconsidérée. Il n'hésita point à faire ôter de ce lieu la croix et
an Epist. 36.
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