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J'image de la sainte Vierge, qu'on y avoit déja mises, ni à rendre l'édifice aux juifs, après l'avoir rétabli dans son premier état. Il faut user avec eux, écrivoit-il alors à l'évêque Janvier, d'une modération qui les attire en les édifiant, et uon d'une impétuosité qui les révolte en les contraignant ; puisqu'il est écrit : Je vous offrirai un sacrifice volontaire. C'est par les exhortations et l'édification de la charité, ajoute-t-il généralement, qu’il faut gagner les infidèlesà la religion chrétienne, et non pas les en éloigner par les menaces et la terreur.
Ï écrivit dans les termes. suivante aux administrateurs du patrimoine de l'Eglise romaine en Sicile, par rapport aux juifs qui étoient dans ces terres , et qui ne vouloient pas se convertir, Mon avis est que vous envoyiez des lettres de tous côtés, et que vous promettiez expressément de ma part, qu'on diminuera Je cens à tous ceux qui se convertiront; en sorte que celui qui paie un sou d’or, aura remise du tiers; celui qui en paie trois ou quatre en paiera un de moins, Et ne craignez pas que cette diminution de nos revenus soit à pure perte. Si les pères ne se convertissent pas parfaitement, les enfants recevront le baptême en de meilleures dispositions’. Telle étoit la conséquence pratique des principes de saint Grégoire, pour attirer au christianisme , sans y contraindre. Le zèle tyrannique lui déplaisoit si fort, qu'il en écrivit jusque dans les Gaules, aux évêques d'Arles et de Marseille, sur des plaintes que lui avoient faites plusieurs juifs, que dans ce pays de commerce on baptisoit grand nombre des leurs, plus par foree que par persuasion 2.
C'étoit saint Vigile, qui alors gouvernoit l'église d'Arles, après y avoir été abbé de Saint-Symphorien d’Autun. Il étoit né en Aquitaine, d'une famille considérable, et avoit quitté de grands biens pour se faire moine de Lérins. Le pape lui accorda , comme à ses prédécesseurs , le vicariat des Gaules et le pallium. Ce vicariat s'étendoit à tous les états de Chililebert, qui, outre son apanage propre, succéda, comme on l'a vu, au roi Gontran, et régna même fort avant dans la Germanie. Au reste, ce droit devoit s'exercer, suivant la lettre du saint pape, sans préjudice des métropolitains. Mais si
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DE L'ÉGLISE. (AN 595.) 503 quelque évêque, ajoute-t-elle, veut faire un grand voyage, il ne le pourra sans votre permission. S'il survient quelque question de foi, ou quelqu'autre affaire difficile, vous assemblerez douze évêques pour la juger ; et si elle ne pouvoit être décidée de la sorte , vous nous enverriez le jugement.
Saint Grégoire écrivit une lettre encore plus importante à saint Virgilet, et en même temps, car elle étoit circulaire , à Siagrius d'Autun, à Ethérius de Lyon et à Didier de Vienne, tous prélats des plus distingués entre ceux des Gaules. Elle tendoit à réformer différents abus. L'abbé Cyriaque, qui étoit le porteur de la lettre, devoit être aussi le promoteur de la réforme. Il s’agissoit en premier lieu de la simonie dans la collation des ordres sacrés : abus d'autant plus dangereux, qu'on s’en faisoit moins de scrupule, sous prétexte que l'argent acquis par cette voie s’'employoit en bonnes œuvres. Sur quoi le saint pontife inculque fortement que c’est le propre d’une piété fausse et damnable de faire d’un bien mal acquis la matière de sa charité, et qu'autre chose est de faire l'aumône pour racheter ses péchés, autre chose de commettre des péchés pour faire l'aumône.
I s’élève ensuite contre les ordinations précipitées, et il prétend qu'en conférant l'épiscopat à des laïques qui n’ont pas exercé tous les ordres inférieurs, on viole la défense que fait saint Paul d’ordonner un néophyte; car il faut , dit-il, tenir à présent pour néophyte, celui qui est nouveau dans Y'habit de religion , c'est-à-dire, dans l’habit ecclésiastique : d'où l'on infère que, depuis l'établissement des nations barbares, les ecclésiastiques retinrent la robe romaine ou l'habit long; ct que par l'habit laïque qui leur étoit interdit, on entendoit les vêtements courts et lestes de ces peuples tous guerriers et chasseurs. Saint Grégoire recommande encore la célébration des conciles. Vous savez, dit-il, qu'il est ordonné par les canons de les célébrer deux fois l’an : mais s’il y a quelque empêchement, nous voulons au moins, toute excuse cessante, qu'ils se tiennent une fois l’année. Commencez par en assembler un, pour la réformation de tous ces abus , à la diligence del'évêque
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510 (AN 595.) HISTOIRE Siagrius et de l'abbé Cyriaque; après quoi, Siagrius nous eu enverra la relation par cet abbé.
Ï paroîtra singulier que l'évêque d'Autun semble ici l’emporter sur ceux d'Arles et de Lyon. Mais le pape connoissoit l'utilité dont Siagrius pouvoit être à l'Eglise, par l'affection toute particulière dont les rois de France et la reine Brunehaut l'honoroient. Il vouloit d’ailleurs reconnoître les bons offices de cet évêque pour la conversion des Anglais. À ce sujet seulement il lui accorda le pallium qu'il demandoit depuis long-temps. Mais pour honorer son siége aussi-bien que sa personne, il donna le premier rang dans la province, après Lyon qui en est la métropole, à l'église d'Autun , qui jouit encore de cette prérogative.
Quelques années auparavant, l'église d'Autun avoit eu l'honneur de fournir, dans la personne de son diacre Eustase, un digne successeur à saint Sulpice le Sévère, archevêque de Bourges , qu'on honore le 29 de janvier, et qu'ilne faut pas confondre avec saint Sulpice le Pieux, qui occupa depuis le même siége. Dans le même temps florissoit l'abbé saint Yriez, fameux dans cette province par la générosité du sacrifice qu'il fit à Dieu de tous les avantages d'une naissance illustre, et par l'éclat de ses miracles.
Dans le grand nombre de ses disciples, on remarque particulièrement le diacre saint Vulfaïc, comme le seul exemple bien sûr ou bien connu de la vie des stylites en Occident. Après avoir pris les bons principes de la discipline régulière sous l'abbé Yriez, il passa dans le pays de Trèves, près du château d'Ivois, et bâtit un monastère sur une montagne voisine. Il y fit dresser une colonne, où il demeura long-temps de-bout et nu-pieds. Mais quels que fussent le courage et la
force du tempérament dans ce nouveau Siméon, lombard de naissance , il ne put surmonter la rigueur du climat. Le froid lui fit tomber plusieurs fois les ongles des pieds. Rien ne le rebutoit cependant, et il eut la consolation de faire quitter l'idolâtrie aux peuples voisins, qui accouroient en foule à un spectacle si étrange. Ils avoient une idole gigantesque de
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DE L'ÉGLISE. (An 595.) Sri Diane, en grande vénération dans toute l'étendue de ces vastes forêts, sous le nom de la Diane d'Ardenne, Vulfaïc fit tant par ses exhortations et par ses prières qu'il les engagea d’abord à briser les petites idoles, et enfin à renverser la grande et à la réduire en poudre. Cependant les évêques dirent au stylite : Vous ne devez pas prétendre à imiter le grand Siméon d'Antioche : la différence des pays ne vous permet pas de mener une vie pareille. Descendez de votre colonne, et logez avec les frères que vous avez rassemblés. Son humilité lui persuada aussitôt que l'obéissance valoit mieux que le sacrifice. 11 descendit, vécut avec les autres, et convainquit ainsi tout lemonde qu'il n’avoit été conduit que par l'esprit du Seigneur, pour le salut d’un peuple barbare, que frappoit surtout le spectacle de ces austérités étonnantes.
Le monastère de Sainte-Radégonde fournit, vers le même temps, un spectacle non moins extraordinaire, mais bien différent, dans la scandaleuse révolte de la religieuse Chrodielde, fille du roi Chérebert. De dépit de n'avoir pas été faite abbesse, elle sortit de son couvent avec Basine sa cousine germaine, fille du roi Chilpéric, et environ quarante autres religieuses qu'elle avoit engagées dans sa rébellion 1. Mérouée, évêque de Poitiers, avoit fait l'impossible pour les retenir; mais rompant portes et barrières, elles n'en avoient donné que plus d'éclat à leur désertion scandaleuse, qui s’exécuta au mois de février, par un temps détestable, après des pluies affreuses qui avoient abîmé les chemins. Toutefois ces filles, naturellement timides et si délicates, alloient à pied , n'ayant pas une voiture entr'elles toutes, pas une bête de somme pour porter les choses les plus nécessaires, tout le monde leur refusant le secours et les vivres, comme à des apostates. Après quelques jours d'une fatigue excessive , elles arrivèrent à Tours dans l'état le plus déplorable. Le saint évêque Grégoire les conjura de ne pas détruire ce qui avoit coûté tant de travaux à sainte Radégonde, s’offrit à être leur médiateur, et se fit fort de tout arranger à leur contentement avec l'évêque de Poitiers. Non, dit l’altière Chrodielde, nous ne traiterons
1 Greg. Hist. L. get 10.
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5r2 (An 595.) HISTOIRE
jamais avec nos tyrans, nous voulons aller trouver les rois de notre famille , leur apprendre l’injure qu’on leur fait dans nos personnes , et que des misérables , nées pour être nos esclaves, soient punies comme il convient, pour avoir traité elles-mêmes en esclaves des filles de roi. Tout ce que l'évêque put faire, ce fut de les retenir pendant le reste de la mauvaise saison. Il comptoit, en gagnant du temps, réussir à les calmer, mais la fière Chrodielde partit pour la cour dès que le temps fut passable, laissant à Tours, avec Basine, le reste de ces vierges fugitives.
Elle fut bien reçue du roi, et l’on arrêta qu'il y auroit une assemblée d'évêques, pour prendre connoissance de son affaire, En attendant ce concile, Chrodielde revint à Tours joindre ses religieuses , dont plusieurs s’étoient laissé radoucir pendant son absence. Dans la crainte d’une plus grande défection, elle rassembla une troupe de vagabonds et de scélérats , retourna précipitamment à Poitiers, s’ét:"+t ans l'église de Saint- Hilaire comme dans une place d :;::, d'où elle exerça les dernières violences sur son propre iwvnastère et même contre les évêques. Gondégisile, archevêque de Bordeaux et métropolitain de la province, vint à Poitiers avec quelques-uns de ses suffragants, pour arrêter le scandale. Ces prélats ayant été obligés d'user des foudres de l'Eglise, comme du dernier remède à l'obstination, Chrodiclde et les religieuses retombées dans l’apostasie se portèrent aux attentats les plus sacriléges. Comme les évêques étoient dans l’église, les brigands qu'elles avoient soudoyés s’y jetèrent le bâton à la main, chargèrent de coups les prélats, les renversèrent sur le pavé, mirent en sang les diacres et les autres clercs, et en assommèrent quelques-uns. La nuit suivante, le monastère fut assiégé et forcé.
C'étoit principalement à l'abbesse Leubotere qu'en vouloit Chrodielde, avec toute la fureur d'une femme qui prend sur sa rivale un ascendant long-temps disputé. On enleva Leuboüere, quoique grièvement malade, et on l'emprisonna dans la maison qu'habitoit Basine, en attendant le plaisir de lui faire éprouver les raffinements d'une vengeance plus réfléchie. On pilla sur-le-champ le monastère, et on n y laissa que ce
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DE L'ÉGLISE. (AN 595.) 513 , qu'on ne put emporter. Cependant la cour, instruite de ces violences, donna les ordres les plus rigoureux. En conséquence, le comte de Poitiers attaqua la troupe séditieuse, tira ces bandits du monastère où ils s’étoient cantonnés, et leur fit endurer des supplices exemplaires. Les uns eurent les mains coupées; les autres, le nez et les oreilles : tous furent punis ou dissipés. La terreur et la rivalité mirent la divisica jusque parmi les religieuses révoltées. Chrodielde vouloit dominer avec empire; Basine, fière de la même naissance, ne vouloit pas se soumettre : chacune avoit ses créatures et se fit un parti. Mais bientôt la plupart des religieuses se dispersèrent, quelques-unes chez leurs parents ou dans leur particulier, d'autres dans les premières communautés où elles avoient été élevées.
… Quand le calme futrétabli par l'autorité séculière , les évêques entendirent les accusations dont on avoit fait tant de bruit contre l'abbesse légitime. Mais les révoltées n’avoient pas plus de droit dans le fond que dans les formes. On les pressa de demander pardon à la supérieure , de réparer le scandale et les dommages commis : elles le refusèrent avec encore plus de scandale ,menaçant hautement de tuer l'abbesse, quicependant fut rétablie dans le gouvernement de son monastère. Enfin ce différend scandaleux fut terminé parle concile quise tint à Metz dansla même année 595, et où Chrodielde et Basine obtinrent leur absolution. Basine, prosternée devant les évêques, demanda pardon, en promettant dese réconcilier avec son abbesse et de rentrer dans son monastère. L’impérieuse Chrodielde protesta qu’elle n’y rentreroit pas, tandis que l'abbesse Leuboüere y resteroit, On intercéda pour elle , aunom des princes de son sang, ct dans l'espérance que le temps pourroit guérir cet esprit emporté, ou trouva bon qu'elle demeurât dans une terre que le roi lui accorda.
On jugea dans le même concile l'affaire de Gilles, archevêque de Reims, pour qui même il avoitété principalement assemblé. Après avoir nié long-temps, contre les plus fortes preuves, tout-à-coup ce prélat se confessa coupable d'une multitude de crimes d'état ; d'avoir toujours agi contre
le service du roi Childebert et de sa mère Brunehout, jusqu'à 4. 33
d14 CAN 595.) RISTOIRE
conseiller de se défaire de la reine pour accabler plus aisément Je roi son fils; d'avoir soufflé le fer. es guerres horribles qui avoient causé tant de ravages dans les Gaules, et, pour se prêter aux vues désastreuses de Chilpéric et de F rédégonde , d'avoir reçu d'eux mille sous d’or et beaucoup d'autres présents1, Les évêques lui obtinrent la vie qu'il méritoit de perdre, le dépostrent du sacerdoce, et ordonnèrent à sa place le prêtre Romulphe, fils du duc Loup. Après quoi il fut exilé à Strasbourg, et l'on fit la recherche de ses trésors. On laissa à son église ce qui provenoit des biens ecclésiastiques, et ce qui étoit le fruit de ses intrigues fut confisqué au profit du roi.
Cependant un illustre étranger, nommé Colomban, consoloit l’église des Gaules de ces scandales domestiques. Il étoit natif d'Irlande, où, avec toutes les connoissances convenables à un homme bien né, il avoit acquis la science infiniment plus estimable des saints. Très-bien fait de sa personne, doué d'un esprit vif et brillant, d'une âme droite et pleine d'énergie , incapable de mollir et presque de fléchir, il prévit de bonne heure tous les périls qu'il auroit à courir dans le monde , et il prit le parti d'y renoncer. Pour le faire avec plus de succès, il quitta son pays malgré la résistance de sa mère. Après avoir parcouru différentes régions, il arriva dans les Gaules, à l'âge de trente ans, avec douze autres moines des îles Rritanniques. Il s'établit au milieu des déserts dela Vosge, dans le lieu qu’il trouva le plus rude et le plus sauvage, appelé encore aujourd'hui Ansgray. Mais sa communauté devenant bientôt fort nombreuse, il chercha un endroit moins resserré , dans le même désert , et bâtit à huit milles d'Ansgray le monastère de Luxeu. Cet établissement se trouvant encore insuffisant, il fut obligé d'2n faire un troisième, qu'il nomma Fontaines, à cause de l'abondance de ses eaux. Il institua des supérieurs d'une vertu éprouvée, dans chacune de ces habitations , où il résidoit tour à tour 2.
Nous avons encore la règle qu'il leur donna, et qui fut long-terups la plus suivie par les cénobites des Gaules. Elle est
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