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522 (An 597.) HISTOIRE
nouvel évêque la dédia, sous le nom de Saint-Sauveur, en fit la métropole, ou plutôt la primatie d'Angleterre, et le roi la dota magnifiquement. Tous ces événements ne pouvoient manquer de combler de consolation le saint pape Grégoire. Augustin les lui manda par le prêtre Laurent et le moine Picrre, qu'il fit partir aussitôt pour Rome ; et par la même voie il consulta le saint Père sur plusieurs articles relatifs au régime de la nouvelle chrétienté.
Laurent ne revint que trois ans après, mais avec un renfort d'ouvriers apostoliques qu'on avoit préparés durant cet intervalle, Il étoit chargé de lettres pour le roi et la reine des Anglais, pour Brunebaut, dont le pape loue extraordinairement la foi et la religion, pour les rois ses petits-fls, et pour plusieurs évêques de France, auxquels il rccommandoit instammentla mission d'Angleterre. Dans la lettre à Augustin, il commence par le féliciter des succès de ses travaux; puis il ajoute: : Au milieu de tant de sujets de joie, ne cessez pas de trembler, mon très-cher frère. Dans les merveilles que le Seigneur daigne opérer par vos mains, souvenez-vous que quand les disciples disoient avec transport à leur divin Maître que les démons leur obéissoient en son nom, il leur répondit : Ne vous réjouissez pas de cette puissance ; mais seulement de. ce que vos noms sont inscri's au ciel. Songez, ajoute le saint pape, que ces grâces d'éclat ne sont pas des grâces pour vous ;. et que comme tous les élus ne font pas des miracles, tous ceux qui en font, ne sout pas du nombre des élus. Tandis que le Tout-Puissant agit au dehors par votre ministère, jugez-vous, sévèrement en votre intérieur. Rappelez-vous toutes les fautes, que vous avez commises, afin de réprimer l'orgueil qui pourroit s'élever dans votre cœur. Entre les preuves sans nombre des miracles de saint Augustin eu Angleterre, il n’en est point de plus convaincantes que ces avis sérieux de la part de saint Grégoire.
Il répond ensuite, sur les articles de la consultation qui lui. avoit été adressée, qu'on doit partager les revenus de l'Eglise en quatre portions; la première pour l'évêque, qui est obligé
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DE L'ÉGLISE, (AN 597.) 523 à l'hospitalité ; la seconde pour le clergé ; la troisième pour les pauvres, et la quatrième pour les réparations. Pour vous, ajoute-t-il, qui avez contracté et qui ne devez jamais oublier les engagements de la vie monastique, ayez soin d'établir, dans la nouvelle église des Anglais, la vie commune, à l'exemple des premiers fidèles. Voilà pourquoi, sans doute, à Cantorbéri et en bien d’autres églises de l'Angleterre, les moines tenoient la place des chanoines , Saint Grégoire ordonne aussi et dans les termes les plus forts, que les sous-diacres, comme tous les ecclésiastiques qui sont dans les ordres sacrés, gardent religieusement la continence. Son attention singulière sur ce point provenoit de l’abus contraire qu'il venoit de réformer dans l'église de Catane en Sicile. Augustin étant encore seulé’îque d’‘ngleterre, le pape lui permet d’en ordonner d’autres, lui scul, jusqu'à ce que la discipline générale puisse être mieu: observée. Alors on s'assemblera trois ou quatre, d::-!, pour l'ordisation; comme dans le monde on assemble des personnes déjà mariées, pour prendre part à la joie des noces,
C’est un crime, prursuit le pape dans son instruction, d'épouser la femme, tant de son frère que de son père: cependant les deux frères peuvent épouser les deux sœurs. Mais quoique la loi romaine permetteles mariages des cousins germains, l'Eglise, qui compte ce degré pour le second, les interdit sévèrement, en accordant néanmoins la permission de se marier au troisième et au quatrième degré. Les maris doivent s'abstenir de leurs femmes, tant qu'elles allaitent leurs en- {ints , comme ilest du devoir maternel de le faire. Il n'y a point de temps réglé où la femme, après ses couches, soit obligée strictement de s’absenter de l'Eglise. Pour les temples des faux dieux, le pontife n'est pas d'avis qu'on les abatte, mais qu'après les avoir purifiés, on les fasse passer du culte des démons à celui du Seigneur. Et parce que les idolâtres , dans leurs sacrifices, immoloient beaucoup de victimes dont ils faisoient des festins, il consent qu'aux fêtes des martyrs et des autres saints, les Anglais convertis prennent des repas modestes, sous des loges de feuillage dressées autour des églises, afin, dit-il, que par des réjouissances usitées, mais innocentes»
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leur inspire insensiblement le goût d'une joie intérieure et toute céleste. On ne doit pas ôter tout d’un coup à des esprits durs, leurs anciennes coutumes, comme on ne parvient pas à un lieu fort élevé en sautant, mais en montant pas à
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, Augustin ayant reçu ces instructions, établit des évêques à Yorck, à Londres et dans quelques autres endroits. Le roi Ethelbert, constant dans la foi qu’il avoit embrassée après de mûres réflexions, y persévéra avec édification, jusqu'à la fin de son règne, qui dura encore plusieurs années, et qui fut très-heureux. Le pape saint Grégoire, de son côté, ne eessa toute sa vie de prendre le même intérêt à ces églises naissantes, que si son attention n'eût pas été partagée entre les soins de toutes les autres églises. Malgré cette application continuelle aux devoirs de la papauté, il remplissoit ceux d'évêque, comme s’il n’eût été chargé que d’un seul diocèse. Pendant tout le cours de son pontificat, il ne cessa de regarder l'obligation d'instruire, comme la plus indispensable, ni d’administrer la parole par lui-même. Il avoit d’abord composé une suite de quarante homélies sur les évangiles ordinaires, qu'on lisoit dès-lors à la messe, dans le même ordre qu'on les y lit aujourd'hui. Il entreprit ensuite d'expliquer au peuple les prophéties d'Ezéchiel , matière convenable au malheur destemps, et non moins assortie au goût de l'orateur, qui ramenoit volontiers le texte sacré au sens moral. Les trois premiers chapitres fournirent d’abord douze homélies à la fécondité de sa plume. Mais comme on appréhenda qu'il ne püt expliquer de la sorte la suite de l'ouvrage, on le pria d'entreprendre la dernière partie, qui concerne le rétablissement du temple de la sainte cité, et qui devoit être la plus consolante. Il fit encore dix homélies sur cette matière, quoiqu'il n'en ait expliqué qu’un chapitre. Le touchant orateur étoit si goûté, qu'on copioit ses discours dans le temps même qu'il les prononçoit.
Ses dialogues ne furent pas reçus avec moins d'empressement : car il ne se contentoit pas d'instruire de vive voix ; mais se croyant redevable aux fidèles de tout ordre et de tout pays, il cherchoit à les instruire et à les édifier en toute manière. 11 composa les dialogues, à la prière de ses frères, c'est-à-dire
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DE L'ÉGLISE. (an 599.) 525 des clercs et des religieux avec lesquels il vivoit familièrement. On racontoit beaucoup de miracles faits en Italie depuis un certain nombre d'années, ct les personnes d’une piété solide souhaitoient ardemment d'en tenir le recueil du saint pontife. 11 regardoit lui-même cette collection de faits merveilleux, comme beaucoup plus propre que les dissertations savantes ct tous les raisonnements, à persuader les infidèles qui restoient en Italie, presque tous serfs rustiques ou soldats barbares et ignorants. En effet, elle servit d'autant plus efficacement à la conversion des Lombards, qu'ils connoissoient par eux-mêmes la vérité de la plupart de ces prodiges, opérés depuis peu sur des gens de leur nation. Cet ouvrage fut reçu de tout le monde avec des applaudissements extraordinaires, et il a été estimé invariablement pendant huit à neuf siècles. Pour démentir le respect de toute l'antiquité, ou du moins pour porter l'amertume de la censure jusqu’à la dérision et au mépris, il ne falloit pas une moindre impudence que celle des hérésies qui se sont élevées contre le célibat religieux et les plus pures observances de la perfection chrétienne : mais leur haine, trop visiblement intéressée, se décrie elle-même. Sairt Grégoire leur scroit moins odieux, s’il n’exaltoit dans ses dialogues une multitude de saints personnages qui avaient trouvé leur sainteté dans la vie monastique, et s'il n'y constatoit la croyance des points capitaux de doctrine, contre lesquels nos schismatiques réformateurs ont fait leur tardive et sacrilége protestation. Les vertus et les miracles du saint patriarche des cénobites de l'Occident, remplissent tout le second livre de ces pieux dialogues. Dans le quatrième, principalement employé à prouver l'immortalité de l'âme, le saint docteur enseigne qu'il ya un purgatoire, pour purifier par le feu les âmes des défunts des moindres souillures, et pour expier ce qui ne l'a point été par la satisfaction.
Mais ce qui indispose encore davantage les protestants contre saint Grégoire, c'est l'ouvrage qu'il intitule le Sacramentaire, et qui forme le recucil des prières et des cérémonies que doit faire le prêtre dans l'administration des sacrements et la célébration du saint sacrifice. Le.pape Gélase avoit déjà fait la collection des messes de toute l'année; saint Grégoire,
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après plusieurs retranchements et quelques additions, mit le tout en un volume , qui eut alors la plus grande célébrité, et qui lui a fait attribuer tout l'ouvrage. Il n'en est point qui fasse mieux sentir tout le respect qui est dû à nos saintes solennités, quelque minutieuses qu'en puissent paroître certaines observances. On les voit révérées et pratiquées religieusement dans la plus haute antiquité. L'ordre et les prières d’aujourd’hui sont presque les mêmes qu'aux temps les plus reculés, Nous chantons encore à l'introït un verset du psaume qu’on chantoit autrefois tout entier. On a fait le même changement à l'offertoire et à la communion, parce que les communions moins nombreuses , dans nos messes devenues plus fréquentes, ne demandent plus le même espace de temps qu'autrefois; non plus que l'introït, qui se disoit anciennement tandis que je peuple entroit dans le lieu saint, et qu'un nombreux clergé s’avançoit majestucusement vers l'autel. Aussi le célébrant donnoit-il le signal pour chanter le Gloria Patr' du psaume, quand tout étoit prêt. C'étoient les fidèles qui offroient le pain et le vin pour la consécration, et qui faisoient ce pain eux - mêmes. À cette occasion, une dame romaine recevant un jour la communion de la main de saint Grégoire, ne put s'empêcher de sourire en entendant nommer corps de Jésus-Christ, le pain qu'elle avoit fait de ses mains. Mais le saint voulant affermir la foi chancelante d’une chrétienne si foible, fit garder l'hostie, se mit en prières, puis la Jui montra changée en chair, à la vue de tout le monde. Pour le canon de la messe, on lelit encore dans le Sacramentaire de saint Grégoire, tel, mot pour mot, que nous le récitons aujourd'hui, excepté ces seules paroles, diesque nostros in tud pace disponas , qu'on croit qu’il ajouta à la seconde oraison , pour demander la paix au $ gneur dans ces temps de trouble et de calamité. Il n'y a guère plus de différence entre notre canon et celui qui se trouve dans un traité des sacrements qu'on attribue à saint Ambroise, et qui est incontestablement très : ancien. Comme les messes , et surtout les messes solennelles, étrient beaucoup moins fréquentes alors qu'aujourd'hui, on woit marqué les églises où l'office devoit se célébrer en ce: jours, et même chaque jour du carême et des quatre-temps.
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Telle estl'ortgtnedes stations. réglées pour Rome dans le Sacramentaire de saint Grégoire, comme elles le sont encore dans le missel romain. Il faut observer que les fêtes dessaints se célébroient toujours dans les églises où reposoient leurs reliques.
On verra sans doute avec plaisir, comment on distribua pour ces stations, tant les ecclésiastiques que les églises de la capitale du monde chrétien. Cette ville immense avoit été divisée par l’empereur Auguste en quatorze régions ou quartiers ; mais dans l'usage ecclésiastique on n’en comptoit que sept, entre lesquels on partagea les églises et le clergé. Ainsi tous les clercs servant tour à tour chaque jour de la semaine, ceux du troisième quartier étoient de service le dimanche, ceux du quatrième le Inndi, et ainsi desuite, Il y avoit à Rome quatre sortes d'églises; les patriarcales, nommées particulièrement basiliques , au nombre de cinq, Saint-Jean de Latran, Saint- Pierre du Vatican, Sainte-Marie-Majeure, Saint-Laurent hors de la ville, et Sainte-Croix de Jérusalem; les titulaires, au nombre detrente, dès la fin du cinquième siècle , et qui étoient proprement les paroisses, gouvernées par des prêtres dont le chef se nommoit prêtre-cardinal , et à quelques égards répondoit à ce que nous appelons curé; les diaconies , où il y avoit des bureaux pour la distribution des aumônes, gouvernées sous l’archidiacre par les sept diacres régionnaires, un pour chaque région, et par un administrateur temporel , nommé le père de la diaconie, et qui devoit rendre compte au pontife. Saint Grégoire vouloit qu'ils fussent clercs et exempts de la juridiction séculière, atin que les laïques n'eussent aucune occasion d'envahir le bien des pauvres. Out: sept diacres régionnaires , il y en avoit d’autres dans les él tulaires, sous la dépendance du prêtre-cardinal. Enfin les oratoires ou chapelles, qui n’avoient régulièrement mi prêtre en titre, ni office public, se trouvoient la jp dans les cimetières, et l'on y envoyoit un prêtre quand on jugeoit à propos d'y faire célébrer. 11 y avoit des oratoires dans quelques maisons particulières; et quelques oratoires aussi, faisant exception à la règle générale, avoient un prêtre titulaire pour y célébrer la messe quand le fondateur le souhaitoit, ou à certains jours de dévotion, qui y attiroient un grand concours de fidèles.
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528 (An 599.) HISTOIRE Ces oratoires étoient des espèces de titres d'un second ordre.
Outre les rites du sacrement et du sacrifice de l’eucharistie, ontrouve dans le Sacramentaire de saint Grégoire et dans le livre des rubriques romaines, qui est au moins de son temps, les cérémonies du baptême, de l'ordination, des processions publiques et des litanies , avec la bénédiction des cierges, des cendres, des rameaux, et plusieurs autres pratiques respectables par leur antiquité comme par la piété qu'elles inspirent. Il y eut cependant des murmuräteurs qui accusèrent le pape Grégoire de faire injure à l'Eglise romaine, en adoptant les usages de l’église de Constantinople. Mais il fit voir que, sans imiter la nouvelle Rome dans ce qui paroissoit nouveau, il n'avoit rétabli que les anciennes coutumes. Sur ce qu’on parut craindre ensuite , que les Grecs ne se prévalussent de ce procédé : Qui doute , répliqua-t-il, que cette églisene soit soumise au saint Siége, comme l’empereur et l'évêque de Constantinople le déclarent en toute occasion? Si cette ville, ou toute autre moins considérable, a quelque bonne pratique qui lui soit particulière , je suis prêt à imiter jusqu'au dernier de mes inférieurs. Le dédain ou l'indifférence ne fait pas la préémi-nence, et le bien ne consiste pas dans le mépris de ce qu'on peut apprendre de meilleur.
Enfin ce grand pape ne crut pas se ravaler en réglant le chant de l'Eglise, et c’est de lui que nous tenons ce qu'on appelle encore de son nom le chant grégorien. Pour cela, il établit à Rome une école de chantres, qui subsista plus de trois cents ans après lui. Tout accablé qu'il étoit d’affaires et de travaux, il employoit des heures entières à faire chanter les jeunes clercs, quil animoit, qu'il accompagnoit, qu'il menaçoit assez souvent, dit-on, l'instrument de la correction à la main. Il avoit le goût exquis et l'oreille d’une justesse parfaite. Toutes les églises se faisoient un plaisir d'adopter son chant. Les Gaulc: regardèrent comme une faveur d'être instruits par des élèves de son école, qui passèrent par les Gaules avec les missionnaires de l'Angleterre. Le diacre Jean , qui vivoit dans le neu-
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DE L'ÉGLISE. (An 600.) 529 vième siècle, dit avoir vu, avec l'original de l’antiphonier du gaint qu'on garcoit encore, le lit de repos où il se mettoit quand il faisoit chanter les enfants, et l'instrument dont il les menàçoit.
Pour suffire à tant d'occupations différentes, il devoit jouir au moins d'une santé inaltérable. Mais il éprouvoit tout au contraire de perpétuelles infirmités. C'étoit un gros et grand corps, comme il le dit dans ses lettres, qui n'avoit que les apparences de la force. Sa complexion délicate avoit encore été altérée par ses pénitences excessives, long-temps avant son pontificat, en sorte qu'il étoit réduit à la nécessité , si onéreuse à son austère vertu, de prendre souvent de la nourriture,
mais peu à la fois. Il étoit encore tourmenté habituellement par une goutte si violente, qu on craignoit souvent pour sa vie. Il y a près de deux ans, écrivoit-il, l'an 600, à saint Euloge d'Alexandrie, que je suis retenu au lit avec de si grandes douleurs aux pieds, qu’à peine les jours de fête puis-je être levé pendant trois heures et célébrer l'office. Aussitôt après, Ja violence du mal m'oblige à me recoucher. Il a ses degrés, plus ou moins cruels; mais il n’est jamais assez médiocre pour me laisser goûter le plaisir de vivre, ni assez excessif pour me procurer la consolation de mourir. Il y a long-temps, écrivitil l'année suivante, qu'il n’est plus question deme lever. Quand Ja goutte me quitte, un feu dévorant se répand dans tout mon corps, porte les convulsions ou la défaillance dans chacun de mes membres, et affecte jusqu'à mon courage. Je sens tant d'autres incommodités, que je ne puis les spécificr. En un mot toute la masse de chair que j'anime à peine, est tellement imlitée de malignes humeurs, que la vie m'est un supplice. J'attends et désire la mort comme mon unique remède.
Mais le Seigneur, pour épurer encore davantage la vertu de son serviteur, lui envoya une peine d’esprit, dont la seule perspective lui fut plus sensible que toutes l:+ nuffrances du corps. Heureuser:1t ele n'eut presque poin: autres suites que les premières :i1rmes. L’erapereur Maurice étoit justement cher au saint pontife, pour les tendres l::':0ns qu'ils avois: depuis long-temps enseu.5°?, et plus envoie nourle zèle de ce prince à soutenir et à procurer tout ce qni tendoit au hien de
530 ‘(As 600.) IMISTOIRE
l'Eglise. Cet empereur donna cependant une déclaration, portant défense à ceux de ses sujets qui avoient exercé des charges publiques , ou qui étoient enrôlés dans la milice, d'embrasser la vie monastique. Le pape fut extraordinairement affigé d'un ordre qui lui sembloit fermer la porte du salut à un grand nombre de fidèles, fit de vives remontrances!, et néanmoins 5€ s.umif p'éalablement à l'autorité qui avoit droit sur les choscs de cet ordre. C’est ainsi qu'il s’en exprima, et il envoya lui-même le rescrit impérial dans les différentes provinces : ce qui édifia tellement l'empereur, qu'il modifia son ordonnance, €t d‘fencit seulement de recevoir dans les monastères , les hommes engagés dans Îles affaires publiques, avant qu ils eusse::. rendu leurs comptes. Quant aux gens de guerre, il ordonria de bien examiner leur vie, et de ne les admettre à la profession régulière, après les avoir éprouvés pendant trois ans dans leurs habits séculiers. Telle étoit la règle générale, autrefois établie par les novelles de Justinien. Mais saint Grégoire se contentoit de deux ans de probation pour les conditions ordinaires; pour les gens de guerre il ne diminuoit rien de trois ans, et recommandoit que pendant tout ce temps on éprouvât soigneusement leur vie et leurs mœurs, de peur que quelqu'un d'entr'eux ne se repentit, dans la suite, du parti qu'il auroit embrassé,
Maurice se rendit beaucoup plus coupable par un trait de dureté, aussi funeste dans ses suites que difficile à concilier avec le caractère tendre et bienfaisant de cet empereur. Ayant perdu une bataille contre le Kan ou roi des Avares, il refusa de payer la rançon des prisonniers, quoiqu’on ne demandât par tête que la sixième partie d'un sou d'or, ce qui ne faisoit que quatre oboles , et moins de vingt sous de notre monnoie. Ce refus sordide mit le vainqueur barbare dans une telle colère qu'il fit massacrer sur-le-champ les soldats romains, au nombre de douze mille. Alors l'empereur sentit sa faute si vivement, qu'il envoya de l'argent et 54: cicrges aux principales ‘1588 et aux principaux :10na2!à:c8 , afin qu'on ; rriât le Seigr de le punir en cette vie plutôt qu'en l’autre. Il obti:t
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L'an 602, ayant voulu obliger ses troupes à passer l'hiver au-delà du Danube, elles se mutinèrent avec fureur, chassèrent leur général Pierre, frère de Maurice, ct proclamérent empereur un simple centurion, nommé Phocas. La ville impériale suivit l'exemple de l'armée. Maurice fut obligé de s'enfuir de nuit, après avoir quitté toutes les marques de sa puissance, qui ne faisoient plus que son effroi. Il n’en fut pas moins reconnu. On J'arrêta avec sa femme, cinq deses fils et ses trois filles, c'est-à-dire tous ses enfants, excepté l'aîné de ses fils, nommé Théodose, qu'il avoit déjà fait couronner empereur , et qui échappa pour lors su tyran. Maurice et ses cinq f's furent impitoyablement égorgés près de Calcédoine. Le carnage commença par les jeunes princes, qu'on fit mourir sous les yeux de cet infortuné père, sans qu'il lui échappât un seul mot de plainte. Tout ce qu'on lui entendit dire durant le massacre, ce furent ces paroles du psaume : Vous étes juste, Seigneur , et votre jugement est équitable. I] arriva même que la nourrice du plus jeune de ces princes, pour lui sauver la vie, lui substitua son propre fils, qu’elle eut la force de livrer aux bourreaux. Maurice s'en aperçut et avertit Phocas, en disant qu'il n'étoit pas juste de faire souffrir l'innocent pour le coupable. On fit encore périr le frère de l’empereur et plusieurs personnes de ia première distinction :. Cette effroyable scène fut donnée le mardi vingt-septième jour de novembre de l'an 602, après que Maurice eut régné vingt ans et trois mois. Une de ses filles, nnmmée Sopatre, trouva sa sanctification dans les calamités de sa famille, et parvint à une si haute vertu, qu elle est honorée comme sainte par l'Eglise. Phocas fut couronné par le patriarche Cyriaque, et ses images furent envoyées à Rome. Le saint pape ne pouvoit les voir sans korreur; mais ilse soumit à l'ordre terrible de la Providence. Il écrivit même au nouveau maître pour procurer tout le bien, ou d'« moins pour empêcher tout le mal qu'il pourroits. 11 demanda en même temps du secours contre les Lombards, dont les troubles de l'empire augmentoient l'audace. Mais Phocas, assez embarrassé par les suites ordi-
1 Thecph. Simoc. vit, 10. Chr. Pase. p. 370, — 2 11, Epist, 83. 3+
aires des grands attentats, n'étoit pas en état d'en envoyer. Le pontife fut contraint d’user de sa ressource accoutumée, c'est-à-dire de s’épuiser en libéralités, pour ménager le sang des fidèles. Enfin, consumé de travaux, de chagrins et de maladies, mourut le treiziè ae de mars de l’année 604, après avoir tenu le saint Siége treize ans six mois ct dix jeurs. Il fut enterré à Saint-Pierre, près du lieu où reposoient saint Léon et quelques autres de ses plus illustres prédécesseurs,
Saint Grégoire est celui de tous les papes dont il nous reste le plus décrits, sans y comprendre les commentaires su le livre des Rois et sur le Cantique, que l'on croit être de Claude, abbé de Classe, quoiqu'ils se trouvent entre les œuvres de saint Grégoire. Cet abbé écrivit de mémoire ce qu'il avoit appris du saint docteur, non-sculement sur le livre des Rois,
: mais sur le Pentateuque, les Prophètes et les Proverbes. Le saint trouva qu'il avoit altéré son sens en beaucoup d’endroits , et il
fit retirer les écrits à la mort de Claude: ce qui n’a point empêché qu'on ne les glissât par la suite dans Ja collection des œuvres de ce saint pape, Ceux que composa incontestable-
‘ ment saint Grégoire, sont les Morales sur Job, divisées en
trente-cinq livres; vingt-deux homélics sur Ezéchiel, quarante sur les Evangiles, quatre l‘vres de dialogues, et douze de let-
‘tres. L’Antiphonaire et le Sacramentaire sont aussi tout en-
tiers de lui, excepté quelques additions qu’on y a faites, comme il est ordinaire dans ces sortes d'ouvrages. Le style ds ce père, et surtout sa diction, se sentent du mauvais goût de son siècle ; mais ce défaut est avantageusement compensé par l’onction divine qui fait le caractère de son éloquence.
On conserva, avec son corps, son pallium, sa ceinture, et un reliquaire qu’il portoit au cou, et qu'on présume lui avoir tenu lieu de la croix pectorale que portent nos évêquest. Ce n'est qu'une boîte d'argent extrêmement mince, et qui montre, comme tout ce qui étoit à l'usage du saint, la simplicité et la pauvreté évangélique d'un pontife, si grand toutefois et si magnifique dans ses libéralités. Il s’étoit fait peindre dans son monastère de Saint-André, pour que la vue de son portrait
1 Joan. Thiac, Vit. 1v, So.
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itumée, le sang 15 et de f, après s. Il fut nt Léon
us reste s sur le Claude, ivres de il avoit s Rois, Lesaint its, et il a point tion des estableisées en
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DE BÉGLISE, (An 604,) 533 rappelât plus long-temps à ses moines l'esprit de ses leçons et de leur profession.
Le diacre Jean, qui avoit vu ce tableau , nous a laissé, d'après ce monument. la peinture suivante de saint Grégoire. Î étoit d’une grande taille, avoit le tour du visage mitoyen.entre la longueur et la rondeur, les cheveux assez noirs et frisés, le devant de la tête chauve avec deux petits toupets, la couronne grande, la barbe médiocre, le front beau , la physionomie noble et fort douce. Son vêtement-consistoit en une planète ou chasuble de couleur de châtaigne, une dalmatique avec le pal: lium entortillé antour des épaules et pendant sur le eôté. Le diacre Jean ajoute qu'on avoit coutume de peindrele Saini- Esprit en forme de colombe sur la tête de o8 père, tant on étoit convaincu de l'assistance qu'il en recevoit, et dont l'onction divine se rend encore sensible dans la lecture de ses œuvres: écrits pleins de lumière et de chaleur, d’une-doctrine toujours exacte, contenant presque eux sculs tout l'ensemble de la religion, les vérités de la foi et de la morale dans leur plus grande pureté.
Tel fut, dans l'ordre des temps, le dernier de ces quatre Pères qu'on a <": nouvoir comparer aux quatre évangélistes ; et tel, dans l’ucd:e du mérite, un des plus illustres docteurs extraordinairement suscités pour répandre sur tous les siècles à venir les dons lumineux du bel âge de l'Eglise, auquel il conserva , jusqu'à la fin du sixième siècle, « :" qualification honorable,
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