‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 117 sur 146 · FR ES · texte numérisé non relu

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L'écxssx va sans doute présenter une face bien différente des traits brillants de son premier âge; mais à travers ces ombres et ces voiles étrangers, on la verra toujours semblable à ellemême , au cioins quant à ses marques essentielles, et en particulier quant à l'indéfectibilité de son enseignement touchant le dogme et la morale. Elle a triomphé des nations policées, de la valeur et de la puissance romaine, des artifices et de toute la subtilité de la Grèce ; elle va triompher pareillement, et d’une manière aussi visiblement divine, de la grossièreté ct de la stu; :de férocité des Tarbares.

On ne verra plus d'Aug:.tin à sa tête, plus de Basile ni de Chrysostôme. Ils ont été, ces génies prodigieux ; et le dernier de ces anciens Pères de l’Eg'«e qui la pouvoit consoler de leur perte, Grégoire le Grand, vient enfin de lui être ravi : mais elle a pris par leur moyen toute s: consistance. Ils vivent suffisamment dans leurs écrits, qu’il ne s’agit plus que d’entendre ct d'interpréter avec les successeurs des apôtres. T'outefois le bras du Seigneur n'est pas raccourci, et quand le besoin le demandera, on verra denouveauxsuscités, deshommes extraordinaires, qui ne resteront point au-dessous de leur destination. Tout admirable qu'est le Tout-Puissant dans ses œuvres, sa sage économie ne fait point de prodiges superflus: c'est par la juste proportion des moyens qu'il emploie, avec la fin qu'il se propose, qu’ilse plaît à manifester sa gloire. Âvec les Barbares du nord qui avoient envahi et qui de jour en jour envahissoient en plus grand nombre les provinces les plus fertiles de l’Europe, les hommes puissants en œuvres plutôt qu’en paroles, étoient surtout propres à leur faire ac-

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DE L'ÉGLISE. (An 67.) 539 cepter ou révérer le joug de la foi ; aussi l'Eglise ne se vit jamais plus abondamment pourvue qu'à son second âge, de saints prélats, de pieux missionnaires, de princes et de princesses. consommés en vertus , d'exemples édifiants dans tous les états : moyens plus. analogues sans doute que la science et les talents. de L'esprit, à la grossièreté de ces nouveaux prosélytes, qu'on ne pouvoit guère prendre que par les sens.

Le siége apostolique: vacant depuis six mois entiers par la mort de saint Grégoire, le 13 septæmbre de la même année 604, on y. plaça le diacre Sabinien, dent le pontificat n’est connu. que par les charités qu'il fit au peuple dans une famine, et par la pieuse magnificence avec laquelle il fournit au luminaire de l'église de Saint-Pierre. Il mourut, après avoir occupé le saint Siége près d'un an et demi, et il eut pour successeur Boniface IL, diacre et apocrisiaire de l'Eglise romaine, qui, selon Anastase le Bibliothécaire, fut ordonné pape le 19 février de l'an 607, et mourut le 54 novembre de la même annéer. Son zèle pour la préséance de son siége et pour l'unité de l'Eglise, joint au bonheur des conjonctures , lui fit obtenir de l’empereur ce que saint Grégoire avoit inutilement sollicité savoir que le patriarche de Constantinople ne prendroit plus le titre d'œcuménique. Le. 25 août de l’an 608 , on élut Boniface IV, qui. gouverna l'Eglise six ans huit mois et treize jours, c'est-à-dire, jusqu’au 7 mai 615.

Dès l'année qui précéda l'exaltation de ce pontife, l'apôtre de la Grande-Bretagne , saint Augustin, étoit mort dans son église de Doruverne ou Cantorbéri, après s'être choisi pour suecesseurun- des premiers compagnons.de sa mission, nommé Laurent, qu'il ordonna lui-même évêque de ce siége. C'étoit déroger à la rigueur des canons, mais le danger qu'il y avoit à laisser un. seul moment la métropole sans pasteur, autorisoit manifestement la dispense pour laquelle, en qualité de lépat du saint Siége, il avoit d’ailleurs les pouvoirs les plus étendus. Ï avoit déjà élevé Mellit.et Just à l'épiscopat, celui-ci pour la ville de Rochester dans la province de Kent, l'autre pour eclle de Londres dans la province des Saxons orientaux, séparée de

1 Anast, in Donif. Paul, diac. 1v, Hist. c. 37.

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536 (As 607.) HISTOIRE

celle de Kent par la Tamise. Mellit réussit à établir la religion dans cette contrée!; et le roi Ethelbert fit bâtir à Londres, ville dès-lors considérable par son commerce, l'église de Saint-Paul pour en être la cathédrale, comme elle l’est encore; il en fit également bâtir une à Rochester, sous l'invocation de saint André. Sa piété généreuse dota richement ces deux évêchés, ainsi que la métropole de Cantorbéri.

Laurent, établi dans ce grand siége, soutint avec zèle les entreprises de son saint prédécesseur. Non content de procurer le salut des Anglais, il prit encore soin des Bretons, c'est-à-dire, des anciens habitants du pays, et des peuples d'Hibernie, ou Irlandais, alors nommés Ecossais. Les uns et les autres suivoient des usages tout particuliers dans quelques exercices de la religion, et surtout dans la célébration de la pâque. Tous les efforts de saint Augustin , quelquefois autorisés par des miracles, n’avoient pu les ramener à la pratique générale de l'Eglise : les savants de leurs monastères ( où avec de grandes vertus on ne sauroit dissimuler qu'il ne se trouvât bien de la singularité et quelque entêtement) y mettoient des obstacles invincibles, principalement le fameux monastère de Bancor dans le pays de Galles, si nombreux, qu'il étoit divisé en sept parties, dont la moindre contenoit trois cents moines. L’archevêque Laurent fit de nouveaux efforts, et, conjointement avec Just et Mellit, écrivit aux évêques, tant bretons qu'hibernois, pour les ramener à l’uniformité parfaite du culte chrétien : mais toutes ces tentatives demeurèrent sans effet.

Les anciens chrétiens de Bretagne et d'Hibernie étoient si attachés a leurs usages, qu'ils les conservoient avec le même genre de constance jusque dans les régions étrangères où l'esprit de zèle les portoit. Depuis plusieurs années que saint Colomban étoit établi en France, ils’en tenoit toujours aux coutumes de son pays natal : ce qui indisposoit de jour en jour contre lui denouveaux évêques , et donna quelques couleurs aux persécutions qu'il eut à essuyer de la part de Thierri, roi de Bourgogne , dans les domaines duquel se trouvoit le monastère de Luxeuil,

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Ge n'étoit pourtant rien moins que le zèle dela discipline qui animoit ce jeune monarque, mais plutôt la reine Rrunchaut son aïeule, quiavoit un empire absolu sur son esprit. Le prince étoit même pénétré de vénération pour saint Colomban, et il visitoit assez souvent ses monastères. Le saint homme lui faisoit des reproches de ce qu'il entretenoit des concubines, au lieu d’épouser une princesse qui, en lui donnant des enfants légitimes , assurât le repos du royaume.

Un jour le roi parut sincèrement touché de ces avis, et lui promit de mettre fin à ses désordres ; mais on dit que Brunehaut en fut extrêmement irritée, parce qu'elle appréhendoit qu' une épouse ne lui enlevât, ou ne partaget au moins son crédit. Une entrevue de la reine avec le saint abbé amena les choses à des termes encore plus fâcheux. Brunehant ayant fait paroître les enfants naturels de Thierri, qui étoient déjà au nombre de quatre, elle pria l'homme de Dicu de leur donner sa bénédiction. Eh! quel seroit, reprit Colomban, l'objet de mes vœux? Ces enfants ne snccéderont point au royaume de leur père ; ce sont les fruits de la débauche:. Brunchaut fut encore plus aigrie; mais elle ne s’emporta point aux dernières extrémités. Outre que Colomban étoit reconnu pour un saint, il s’en falloit bier que dans les mœurs de ce temps-

là la liberté de sa répor üt ce qu'elle seroit aujourd'hui.

Dans une autre rt Thierri l’honora jusqu’à lui faire préparer un .: .… cour, il déclara sèchement qu'il ne l'accepte: … ae roi ne laissa pas de lui en-

voyer des mets de sa table. Colomban voyant des nourritures recherchées, demanda ce que cela vouloit dire. C’est le roi, lui dit-on, qui vous les envoie. Il les refusa, en proférant ces paroles de l'Ecriture : Le Très-Haut rejette les présents des âmes corrompus. À ces mots, les vases se rompirent en mille pièces ; le vin, la bière et les viandes se dispersèrent. Les officiers épauvantés en firent leur rapport au roi, qui le lendemain de bon matin vint avec la reine son aïeule poursatisfaire l’homme de Dieu, et lui promettre de se corriger ; mais on ne lui tint pas parole.

a Vit. S. Col, c. 31,t. 2, Act. Benced. p. 17.

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538 (An 610.) HISTOIRE N écrivit au roi pour lui reprocher son infidélité, et lui faire, au nom du Scigneur, les plus terribles menaces s’il ne se corrigeoit, La première impression d'un effroi salutaire étoit affoiblie, et celle des passions suspendues pour un temps éloit augmentée dans la même proportion. Brurehaut, par ses conseils, ajouta une aigreur altière aux mauvaises dispositions du jeune roi; elle indisposa même les premiers de la cour, et bon nombre d'évêques, à qui elle suggéra le dessein de chercher à reprendre dans la règle du saint abbé. 11 avoit autrefois refusé à la rcine l'entrée de son monastère, comme il la refusoit non-seulement aux femmes, mais à tous les séculiers. On se plaignit de ce que les moines de Luxeuils’écartoient en ceci de l'usage commun aux autres monastères de la province, et lus encore sans doute de la singularité de l'observance par rapport à la Pâque. Sous ces prétextes détournés, Colomban fut chassé de Luxeuil, et relégué à Besançon, où néanmoins il ne demeura pas long-temps. On ne tenoit pas la main à l'observation d’un ordre dicté par un emportement passager de passion, et le respect que l’on avoit partout pour le saint, empéchant qu'on nele gardât dans le lieu de son bannissement, il en sortit , et retourna dans son mcnastère.

Il se persuadoit qu'étant venu en ce lieu par l’ordre d’enhaut, il ne devoit point l’abandonner, à moins qu'on ne lui fit les dernières violences. Toutefois le renouvellement de la persécution le faisant craindre qu'elle ne s'éiendit à tous ses frères, il sortit volontairement de son désert des Vosges après vingt ans de séjour, quoiqu'il ne s'agît plus d’être relégué à quelque distance de là, mais de se voir contraint à retourner au pays de sa naissance. On se mit aussitôt en devoir de le conduire à Nantes, pour l'y embarquer. Etant arrivé à Auxerre, il dit à l'officier chargé de sa conduite, que danstrois ans Clotaire qu'on regardoit comme le plus foible des trois princes qui régnoient en France, seroit le maître des états de Thierrir.

Dans le cours dela route, il ne se signola pas moins par la vertu.

des miracles que par le don de prophétie. Quandil fut à Nevers.

on l'embarqua sur la Loire. À Orléans, la crainte qu'on avoit.

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DE L'ÉGLISE, {AN 610.) 539 du roi fit refuser si impitoyablement des vivres aux disciples qui accompagnoient leur saint naître, qu il se fût trouvé dans le dernier besoin, sans une femme pieuse qui s’éleva au-dessus de toutes les craintes humaines. En récompense, ils ament rent son mari, aveugle depuis plusieurs années , à l'homme de Dieu que ses gardes retenoient sur le rivage, et qui le guérit à l'instant. À Tours, l'évêque Léopaire l'ayant invité à diner, come il avoit chez lui un seigneur allié du roi Thicrri, Colomban annonça que dans trois ans ce prince et ses enfants ptriroient, et que toule sa race serait éteinte.

Arrivé à Nantes, où il fit quelque séjour, il en profita pour écrire à tous ses enfants en Jésus-Christ une de ces leitres admirables', qui firent les délices tant des premiers prélats et du souverain pontife, que des plus puissants princes de son temps, qui tenoient à honneur d'être en relation avec lui. On Je mit enfin dans le navire qui le devoit porter en Ir-

lande; mais ayant été repoussé par le vent, le maître du

vaisseau craignit que l'exécution d’une sentence portée contre un saint ne lui devint funeste à lui-même, et il refusa absolument de le transporter; ainsi il lui laissa la liberté d'aller où il voudroit, et on lui fournit même tout ce qu'il parut désirer.

Il alla trouver Clotaire, alors roi de Soissons , et qui visitoit les côtes de l'Océan. Ce prince désapprouvoit la persécution que souffroitle saint abbé de Luxeuil dela part de Thierri et de Brunehaut ; ‘ !+ reçut comme un ange du ciel, et lui offrit tous les avis! 7e: qui pouvoient l'engager à se fixer dans ses états : mais Loc: an ne les accepta point, dans la crainte d'ugmenter l'inimitié entre les deux rois. Giotaire voulut au moins le retenir le plus long-temps qu'il lui serait possible, et le saint se prêta aux vœux d'un prince qui recevoit avec foi ses avis salutaires , et qui témoignoit en vouloir profiter. Durant ce séjour, il s’éleva un différend entre les deux frères Théodebert et Thierri, touchant les limites de leurs états. Ils tentèrent l’un et l’autre d'attirer à leur parti le roi Clotaire, et ils lui envoyèrent des ambassadeurs. Clotsire consulta saint

Ep. 3,t. x, Biblio PP, Lugd. p. 26.

540 (An 611.) HISTOIRE Colomban, qui lui conseilla de ne point entrer dans cette querelle, parce que dans trois ans, ajouta-t-il, les deux royaumes tomberont d'eux-mêmes sous votre puissance. C'étoit pour la troisième fois qu'il faisoit cette prédiction, à laquelle Clotaire ajouta foi, en attendant avec patience l'accomplissement des décrets suprêmes.

Corme le saint homme formoit la résolution de passer en Italie, pour ne plus s’exposer à être en France un sujet de discorde, le prinee, qui le quittoit à regret, lefit escorter jusque dans le royaume de Théodebert. Il guérit un possédé tout en entrant à Paris. À Meaux, il fut reçu honorablement par le comte Agnérie, qui étoit en grande faveur auprès du roi Fhéodebert, et qui se chargea de le lui conduire. Colomban, dont les courses n'étoient qu'un apostolat perpétuel, consacra au Seigneur la jeune Fare, fille de ce comte, et depuis trèsillustre par ses vertus. En passant au village d'Ussy-sur-Marne, il fut accueilli par deux pieux époux, Authaire, seigneur de distinction , et sa femme Aiga, dont il bénit les enfants encore petits, Adon et Dadon, qui se rendirent, ainsi que leur père, fameux par leur sainteté. Enfin il arriva à la cour de Théodebert qui le reçut avec joie.

Plusieurs de ses disciples étoient venuslejoindre de Luxeuil, et le roi promit de leur fournir sur sa frontière des habitations commodes d'où ils pourraient prêcher la foi aux païens. C’étoit prendre par l'endroit sensible ces charitables solitaires, qui comptoient plusieurs prêtres parmi eux, et qui regardoient , comme la plus précieuse portion de leur temps, celle qu'ils consacroient aux fonctions apostoliques, Ils allèrent avec leur digne chef dans le pays des Suisses, jusqu'aux extrémités du lar. de Zurich, où trouvant près de Zug une solitude agréable, ils résolurent de s'y arrêter. Les habitants étoient idolâtres ct cruels. Un jour Colomban les vit assemblés en grand nombre autour d'une énorme cuve pleine de bière : il s'approcha sans crainte , et leur demanda ce qu'ils prétendoient faire. Ils répondirent qu'ils la vouloient offrir à leur dieu Vodan, à qui les uns donnoient le nom latin de Mars, et les autres celui de Mercure, Le saint souffla sur la cuve, quisur-le-champ tomba en morceaux avec un grand fracas, et le lieu de l'assemblée fut

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DE L'EGLISE. (AS 612.) 541 tout inondé de bière'. Les Barbares ne prirent pas la chose comme leur férocité donnoit lieu de s'y attendre. Quelques plaisants se contentèrent de dire que Colomban avoit bonne haleine; d'autres conçurent des pensées plus sérieuses et plus salutaires, et reçurent le baptême. Plusieurs , baptisés ancien nement , revinrent au christianisme qu'ils avoient abandonné ; mais un des disciples du saint abbé, nommé Gal, dans la première impétuosité de son zèle ayant brûlé leurs temples, et jeté dans le lac toutes les offrandes qu'il y trouva, irrita tellement les idolâtres , qu'ils résolurent de le mettre à mort, et de chasser l’auteur même de la merveille qu'ils venoient d'admirer.

Le sainthomme, pour leur épargner ce crime, s'avança plus loin avec ses compagnons, dans un lieu fertile et agréable, environné de montagnes, près des ruines d'une petite ville nommée anciennement Brigantium; il y trouva un oratoire dédié à sainte Aurélie, avec d’autres vestiges de christianisme mélés à des monuments de la superstition païenne : là, ils se firent de petits logements, et ils procédèrent à une nouvelle dédicace de cette église, en chantant des psaumes, et en aspergeant processionnellement les murs d’une eau bénite par Colomban; puis ayant invoqué le nom de Dieu, l’abhé fit les onctions sur l'autel, y mit les reliques de saiate Aurélie, le revêtit des draps accoutumés, et y célébra la messe. Telle fut l'origine du célèbre monastère de Saint-Cal. Ce disciple, arrêté par une maladie, y demeura avec la bénédiction de son maître, quand trois ans après le saint patriarche passa en Italie avec ses autres compagnons.

Dans l'intervalle, la mésintelligence avoit recommencé entre les deux rois Thierri et Théodebert. Saint Colomban ayant eu occasion de s'aboucher avec ce dernier, fut inspiré de lui annoncer que s'il ne se faisoit moine ou clerc, il perdroit son royaume ct celui du ciel. La proposition ne manqua pas de päroître extravagante aux courtisans, qui répondirent avec mépris que jamais roi mérovingien n'avoit pris volontairement cette résolution. Si vous ne le faites de gré, répliqua Colombar au monarque, bientôt vous le ferez de force, et il s'en

» Vit, S. Gal, e, 4, tom. 2, Act. Lened, p. 231,

42 (AN 613.) HISTOIRE retourna incontinent vers ses frères. En effet, la guerre se poussa; Thierri remporta la victoire. T'héodebert fut pris, puisenvoyé à Brunehaut, aïeule commune des deux rois, mais qui déclarée pour le parti de Thierri où elle dominoit, mit Théodebert dans le clergé, et peu de jours après le fit mourir.

Alors saint Golomban et ses compagnons, à l'exception de saint Gal, entrèrent en ltalie, sous la protection d’Agilulphe, roides Lombards, qui leur donna dans lessolitudes de l'Apennin un asile propre à de pareils habitants, par la culture dont il étoit susceptible, et par l'abondance du poisson qu'on y trouvoit. Ils y bâtirent le monastère de Bobia , qui subsiste encore, et où saint Colomban mourut après un an de séjour en ce lieu : il vit auparavant la vérification terrible de la prophétie qu'il avoit faite touchant la réunion de toutes les couronnes des rois francs sur la tête de Clotaire.

Thierri étant mort subitement l'an 613 quelques mois après son frère Théodebert, son fils Sigebert, encore enfant, lui succéda sous la conduite de sa bisaïeule Brunehaut, Le roi Clotaire leur fit la guerre avec succès, et prit Sigebert. qu'il fit mourir ; il prit aussi , et fit périr cruellement la fameuse Brunehaut , dont la renommée est encore si problématique : princesse la plus odieuse de son temps, après Frédégonde, suivant une foule d’historiens ; justifiée et presque canonisée par des écrivains postérieurs ; très-vraisemblablement fameuse, et pour de grands vices, et pour de grandes vertus,

L'empereur Phocas avoit reçu trois ans auparavant le châtiment de son usurpation parricide, et d'une témériié dépourvue de toute capacité. Durant les huit années de son règne, ce ne fut, par son inhabileté dans l’art du gouvernement, que massacres des personnes Îles plus vénérables , tels que Théodore Scribon, patriarche d'Alexandrie, et Anastase d'Antioche ; que ravages des Barbares au dehors, et surtout des Perse:; que troubles et conjurations au dedans.

A ce sujet, il fit mourir, long-temps après son époux, l'impératrice Constantine, ve. -* de Maurice, avec un si grand nombre de personnes de la sremière distinetion, que saint Théodore Sicéote qu'il avoit appelé dans l'espérance d'être guéri par ses prières d'une attaque de goutte qui le travailloit

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DE L'ÉGLISE. (AN G3) 543 crucllement , ne craignit point de lui dire que s’il vouloit être exaucé , il cessât de faire le malheur de ses sujets, et de prodiguer le sang romaint. Enfin ce lâche tyran fut accablé par Héraclius , fils du gouverneur d'Afrique, qui, invité par le sénat, arriva à Constantinople avec une flotte formidable, le dimanche 4 octobre de l'an 610. Il avoit arboré aux mâts de ses vaisseaux l'image de la sainte Vierge, comme marchant à la délivrance du peuple fidèle, opprimé avec une impiété barbare. Le lendemain, on tira Phocas de l'église nommée de l'Archange où il s'étoit réfugié ; on l'amena tremblant devant celui qu’on nomma cent fois le libérateur de l'empire; on lui coupa la main droite, ensuite la tête; on les porta par la ville ct l'on traîna ignominieusement à leur suite le cadavre qu'enfin l'on brûla. Le même jour, Héraclius fut couronné empereur par le patriarche Sergius, et en même temps marié avec Eudoxie du sang auguste de Théodose, qui lui étant déjà fiancée, s'étoit rendue avant lui d'Afrique à Constantinople; ainsi reçurent-ils ensemble la couronne impériale et la nuptiale, suivant l'usage de l'église grecque.

Quelques mois seulement avant cette révolution, Sergius avoit succédé au patriarche Thomas, qui fit venir à Constantinople saint Théodore Sicéote, pour vérifier ce qu'on racontoit des prodiges et des phénomènes alarmants arrivés en divers endroits de la Galatie où étoit situé Sicéon. Saint Théodore s'étoit démis après dix ans ( sous le bon plaisir de son métropolitain l'évêque d'Ancyre, et du patriarche de Constentinople ) de son évêché d'Anastasiople, tant parce qu'il n'y faisoit pas assez de fruit à son gré, que par l'amour de la retraite, qu'il n'avoit quittée que forcément, Le patriarche Thomas lui demanda d'abord s'il étoit véritable que les croix portées en procession dans plusieurs endroits voisins de Sicéon se fussent agitées d’elles-mêmes. Le saint ayant constaté le fait : Homme de Dieu, reprit le patriarche, vous que le Seigneur n'a pas san: dessein fait spectateur de ce signe de sa droite, expliquez-nous , je vous en conjure, tout ce qu'il présage. Aprés ces mots, il se jcta aux pieds de l'humble Théodore, qui s'exeusoit sur son indignité, et il lui protesta

1 Vit. Theod. ce. 14, apud Boll. t. 1,

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