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544 (Ax 613.) HISTOIRE qu'ilne se relèveroit point qu'il n'eût obtenu ce qu'il demandoit. Alors le saint ln dit : Je ne voulois point vous aflliger, et il vous sera douloureux d'apprendre ce que vous désirez; mais puisque vous le voulez absolument, sachez que cette agitation du signe adorable de notre salut nous pronostique de grands malheurs, Il ÿ aura d’horribles incursions de Barbares, une grande effusion de sang, une vaste destruction, des violences par tout le monde , et plusieurs abandonneront le christianisme. Les églises deviendront désertes : la ruine de la religion et de l'empire, le triomphe de l'homme ennemi approchent. Il vous reste à prier Dieu, cemme un bon pasteur, quil tempère ses coups par sa miséricorde. Cette prophétie semble concerner les ravages des Perses, qui commencèrent l’année suivante, et plus encore ceux des Musulmans qui suivirent de près.
Le patriarche pria saint Théodore, en fondant en larmes, d'obtenir du Seigneur qu'il le retirât du monde avant ces désastres. Etant tombé malade presque aussitôt, il crut le ciel sensible à ses vœux, et pressa le saint d'en accélérer la consommation. Théodore répondit qu’il prieroit bien plutôt que Dieu le conservât pour le bien de ses ouailles ; et le patriarche faisant de vives instances : Puisque vous désirez si vivement d'être délivré, et d'aller à Jésus-Christ, reprit saint Théodore d’un ton prophétique, il vous accorde votre demande. Le patriarche Thomas mourut en effet, avec de grands sentiments de religion, le jour du vendredi saint, 20 mars de cette année 610, et Sergius fut ordonné le lendemain. Il alla porter lui-même à Théodore la nouvelle de son ordination, se jeta à ses pieds, et le pria de lui obtenir du ciel les secours nécessaires à sa jeunesse et à son peu d'expérience. Le saint l'embrassa, et lui dit : Dieu vous a chargé, encore jeune, de ce fardecu, afin que vous soyez plus propre à supporter les malheurs quinous menacent; mais demandez-lui le don de force, armezvous dubouclierdela foi, votre pontificat sera long et de grande importance. Sergius siégea en effet pendant vingt-neuf ans.
Saint Théodore logeoit à Constantinople dans le monastère de Ssizt-Etienne, dit des Romains. Les moines qui ne devoient pas le garder long-temps, voulurent au moins avoir
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bé L'ÉGLISE. (AN 614.) 545 son portrait, et ils le firent peindre sans qu'il s'en défiât. Ils souhaitoicnt encore qu'il bénît ce portrait, et le lui présentérent à cette fin; il s'aperçut alors de leur petite supercheric, et leur dit en souriant : Vous êtes des voleurs, Mais comme sa verln n'avoit rien de sauvage ni de repoussant, il ne laissa point de faire Ja bénédiction désirée. Il fit à Constantinople, comme ailleurs, un grand nombre de miracles, qui sont rapportés par un témoin oculaire. Etant retourné à son monastère de Sicéon sa patrie, il y mourut trois ans après, le 22 d'avril , jour auquel l'Eglise honore sa mémoire. On doit observer dans un temps où l’on ne trouvoit guère qu'en Afrique quelques exemples des exemptions de monastères, que ce saint abbé obtint que ses disciples seroient soumis immédiatement au siége de Constantinople, et déclarés libres de la juridiction de tout autre évêque.
La première ou la seconde année depuis la mort de saint Théodore, mourut le pape Boniface IV , et selon toutes les apparences , le 7 mai 615. C’est ce pontife qui a le premier employé dans ses dates l'ère de l’Incarnation , laquelle toutefois ne devint familière à ses successeurs que long-temps après. Il obtint de Phocas le temple bâti vingt-cinq ans avant Jésus-Christ par Agrippa, gendre de l'empereur Auguste, et dédié à tous les dieux sous le nom de Panthéon. Sans changer le bâtiment, et se contentant de le purifier des souillures de l'idolâtrie , il le consacra en l'honneur de la Vierge mère et de tous les martyrs'; ce qui donna l’origine à la fête de tous les saints, qui fut aussitôt célébrée à Rome, et par la suite dans toute l'Eglise. Ce temple subsiste encore aujourd'hui sous lenom de Notre-Dame de la Rotonde.
Boniface IV , recommandable par sa piété, avoit fait de sa maison un monastère, et lui avoit donné de grands biens. Les Romains honorent sa mémoire le vingt-cinquième jour de mai. Son successeur Deusdedit , compté au nombre des saints par toute l'Eglise, montasur le trône pontifical le 13 novembre 619. Il se signala par un amour tendre pour le clergé, et par un grand zèle pour l'honneur de l’état clérical, qu'il procura d'une manière solide, en y rétablissant l'ordre ancien,
8 bad. de Ecel, Ofhe, ce, 39,
540 (An 614.) HISTOIRE
Cependant les Perses vérifioient , par les derniers excès, Îes prédictions de saint Théodore Sicéote. Ils avoient rompu le paix dès le temps de Phocas , sous prétexte de venger le sang de l'empereur Maurice. La première année d'Héraclius, ils s'emparèrent d'Edesse ct d'Apamée, et poussèrc:t jusqu'à Antioche 1. Ils prirent Césarée de Cappadoce la secunde année de cet er:pereur, la quatrième, Damas, et l'an G14, ils passèrent le \ourdain, firent la conquête de Jérusalem et de la Palestine. Ils immolèrent par milliers les clercs , les moines et les vierges. Ils brülèrent les églises, et même le Saint-Sépulcre. Ils emportèrent tout ce qu’il y avoit de précieux, une quantité innombrable de vases sacrés, les châsses avec leurs reliques, et ce qui mit le comble à la désolation, la relique inestimable de la vraie croix. Ils emmen‘rent captif le patriarche Zacharie, avec un peuple immeusce; et tous ces ravages, tels qu'un débordement aussi rapicie qu'imprévu, se consommèrent en peu de jours. Les Juifs cruels achetèrent les prisonniers pour le seul plaisir de les massacrer, et l’on en compta quatre-vingt-dix mille tués de la sorte. Cependant le patrice Nicétas trouva moyen de sauver deux reliques bien précieuses, savoir l'éponge et la lance de la passion , et il les envoya à Constantinople. On y exposa l'éponge à la vue du peuple, dans la grande église, pour la fête de l'Exaltation de la Croix, le 14 de septembre; la sainte lance y arriva le samedi 26 octobre, et fut honorée avec une grande solennité, le mardi et le mercredi suivants par les hommes, le jeudi et le vendredi par les femmes.
Huit jours avant la prise de Jérusalem, la laure de sain Sabas avoit été attaquée par des troupes d’Arabes2. Tous les solitaires s'étoient enfuis, excepté seulement quarante-quatre des plus anciens et des plus vertueux. Blanchis dans les exercices de la vie religieuse qu'ils avoient embrassée dès la fleur de leur jeunnesse, les uns n'étoient pas sortis de leur sainte retraite depuis cinquante ou soixante ans, les autres n'avoient pas seulement nommé les villes de leur voisinage depuis leur entrée dans le monastère. Plus attachés à leur religieuse de-
à Theoph. # 250 et seq. — 2 Tom. 1, Bibl, PP. p. 1022.
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DE L'ÉGLISE. (As 614.) 547 mexre, qu'autrefois les sénateurs des beaux temps de Rome à leut patrie dans une invasion semblable de Barbares, ils ne voulurent point abandonner dans ce péril les lieux que leur consécration leur faisoit regarder comme leur vraie patrie. Les infidèles, après avoir enlevé tout ce qu'ils trouvèrent dans l'Eglise, pricenit ces vénérables vicillards; et les tourmentérent sans pitié plusieurs jours consécutifs, afin de découvrir les trésors qu'ils imaginoient avoir été cachés ; mais voyant que leur constance étoit inébranlable , ils entrèrent en fureur, et les mirent en pièces. Tous reçurent la mort avec action de grâces, sans proférer un mot de plainte, sans changer de posture, sans laisser paroître le moindre signe d'altération sur leur visage. L'Eglise honore ces quarante-quatre solitaires comme autant de martyrs.
Le torrent de cctte funeste irruption s'étant écoulé, les autres solitaires vinrent recueillir les membres épars de leurs frères. Modeste, abbé du monastère de Saint-Théodose, rassembla tous ces corps, les lava en répandant des larmes de piété plus encore que de tristesse, et leur donna une honorable sépulture au chant des hymnes et des cantiques ; il exhorta ensuite tous les disciples de saint Sabas à imiter cette stabilité héroïque, et à souffrir tous les genres de persécution, plutôt que d'en enfreindre jamais les règles. Il étoit persuadé que c'étoit là un moyen des plus utiles de précher la vertu de Ja croix aux infidèles, et de la leur rendre au moins respectable. Par son conseil, ces troupes de religieux se réunirent dans la laure, et ne la quittèrent que pour repeupler le monastèr® abandonné de l'abbé Anastase, à une lieu de Jérusalem. L'abbé Modeste, en l'absence du patriarche Zacharie, prit soin äu diocèse de Jérusalem et de tous les monastères du désert.
11 reçut de grands secours du saint patriarche d'Alexandrie, Jéan, surnommé à si juste titre l Aumônier '. Jean avoit succédé à Théodore Scribon, égorgé par les hérétiques sous lc: règne foible de Phocas. Il étoit né en Chypre du gouverneur de l'île, et n'avoit ment ni la vie monastique, ni la vie clé-ricale : il avoit même été marié2; mais s'étant donné tont en-
à Vit. $. Joan. per Leont. ap. Boll, 1. 2. — 2 liem Vit. per Metaphr.
548 (AN Gri.) HISTOIRE
tier à Dieu, après a: sir perdu sa femme et enfants, la réputation de ses vertus et particulièrement de son incomparable charité, fit croire que l’on pouvoit passer pour lui par-dessus les :‘oles ordinaires : les effets prouvèrent qu on en avoit bien juge. Sitôt qu'il fut ordonné, il fit venir les économes de l’é- Ke et leur dit : Il est juste, mes frères , de commencer par prendre soin de ce qui intéresse plus capitalement Jésus-Christ. Allez par toute la ville, et rapportez-moi une liste exacte de tous mes seigneurs et mes maîtres. Ils ne comprirent rien à ce discours, et lui demandèrent avec étonnement quels pouvoient être ses maîtres. Ce sont, dit-il, ceux que vous nommez les pauvres. Il s’en trouva plus de sept mille cinq cents, qu'il ordonna de pourvoir chaque jour des choses nécessaires pour la subsistance. 1l eut encore soin, dès le lendemain de son ordination, d'empècher que par toute cette grande ville on n'usât de faux poids ni de fausses mesures, Il rendit là-dessus une ordonnance en son nom, avec confiscation de tous les biens des contrevenants au profit des pauvres; ce qui fait connoître, en passant, l'autorité des évêques d'Alexandrie par rapport au temporel.
Ayant découvert que les officiers de l’église se laissoient engager par présents à user de partialité dans le rachat des captifs, il les fit venir en sa présence; et sans leur faire de reproches, il augmenta leurs appointements, avec défense de rien recevoir de personne. [ls furent si touchés de cette admirabie conduite, que plusieurs ne voulurent pas recevoir cette augmentation de revenus. Il sut encore que la multitude des officiers et secrétaires empêchoit les plaintes de parvenir librement jusqu'à lui : pour remédier à un abus qu'il regardoit comme des plus intolérables, il prit la résolution de donner deux fois la semaine audience publique. Tous les mercredi: et les vendredis, il faisoit placer un siége devant la porte de l'église, avec deux bancs pour des gens de bien : là il condorsal Éailiérement avec eux, deartoit les gens d’affaires, et affectoit de paroître peu occupé, afin que la rade indigence se présentât en toute liberté ; mais ce qu'il avoit arrêté, il le frisoit exécuter sur-le-champ par ses officiers, à qui mêmeil défendoit de manger avant une exécution entière, Si nous
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DE L'EGLISE. (AX 614.) 54y avons , disoit-il , la liberté d'entrer à toute heure dans la mon de Dieu, et si nous osons le prier de ne point différer à nous bénir, de nous prévenir mêmede ses miséricordes , avec quelie promptitude ne devons-nous pas satisfaire aux demandes de ceux qui ont les mêmes titres que nous auprès de notre maître commun.
Un jour qu'il avoit attendu depuis le matin jusqu'au milieu du jour, sans que personne se fût présenté à son audience, ilse relira fort triste , et versa beaucow:: :: l1rmes. Le saint moine Sophrone, Syrien de naissanct, 44° parvint dans la suite au vatriarcat de Jérusalem, et qui alors se trouvoit à Alexandrie, lui demanda tout bas la cause de son chagrin, C'est, dit-il, que le chétif Jean n’a pasété digne de rendre aujourd'hui le moindre service à Jésus-Christ, et qu'il n'aura rien à lui offrir pour l'expiation de ses iniquités journalières. Au contraire, repartit Sophrone, vous devez vous réjouir d'avoir si bien pacifié votre peuple, qu'il ne s’y trouve pas une seule personne en mauvaise intelligence avec son prochain, et que toute cetie multitude vit ensemble sans différend, comme les saints anges. Le saint patriarche, avec la simplicité d'un enfant, leva les yeux au ciel en bévissant Dieu, et changea toute sa craiute en une douce joie.
Quand les habitants de Syrie et de Palestine se rélugiérent en Egypte, après l'affreuse incursion des Perses , il les reçut tous , sans s'étonner de eur multitude. Il faisoit panser et traiter gratuitement les blessés ct les malades ; il défendoii de les renvoyer des hôpitaux, qu'ils ne le désirassent; il faisoit donner chaque jour à tous les indigents ce qui leur étoit nécessaire, ]1 envoya même dans les provinces désolées des hommes pieux et d'une intégrité à toute épreuve, avec beaucoup d'argent, de vivres el d'habits, tant pour assister les malheureux sur les licux, que pour délivrer les captifs. Il entroit dans tous les détails de la charité la plus délicate et la plus attentive, et s’il fasoit donner une pièce d'argent à chaque homme, il en donnoit deux à chacune des femmes et des filles, pour les tenir plus à couvert des dangers occasionés par l'infirmité de leur sexe.
Quelques personnes s'étant présentées avec de riches
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550 (an 614) HISTOIRE ments et des bracelets d'or, les distributeurs des aumôness'rn plaignirent au patriarche : mais il les jugea d'autant plus malheureuses , qu’elles étoient réduites à mendiersousun extérieur plus apparent ; et cette âme d’une bénignité tout angélique, prenant, contre sa coutume, un regard et un ton extrémement sévère, répondit en ces termes : Si vous voulez être les aumôniers de l'humble Jean, ou plutôt de Jésus-Christ, obéissez avec plus de simplicité au précepte évangélique, de donner à ceux qui vous demandent, Après tout, c'est à celui qui a fait ce commandement qu'appartiennent tous les biens, et il ne veut point de ministres si inquiets dans leur fispensation. Si vous appréhendez que nous ne puissions pas suffire à tant d'indigents, je ne veux nullement participer à votre peu de foi. Pour moi, je crois, sans hésiter, que les trésors du Seigneur et ceux de l'église seroient inépuisables , quand tous les pauvres du monde se rendroient à Alexandrie.
Cette foi fut cependant mise à de rudes épreuves. La multitude des réfugiés consuma toutes les réserves de l'église, et la stérilité afiligea les campagnes par l'insuffisance des crues du Nil. Le saint patriarche emprunta d'abord à plusieurs citoyens rcligieux environ mille livres d’or : elles furent consumées , et la misère ne finit pas. Les plus aisés commençant même à craindre pour eux, il ne trouva plus rien à emprunter. Dans cette inquiétude, la plus cruelle peut-être qu'il eût jamais ressentie, un riche bourgeois, qui désiroit être diacre, lui offrit deux cents boisseaux de blé, et cent quatre-vingt livres d or, s'il vouloit l'ordonner. Cette ressource me viendroit fort à propos, lui répondit-il ; mais je ne puis recevoir cette affrande impure, Le Seigneur qui a multiplié les pains dans le désert, nourrira toujours mes frères les pauvres , pourvu que nous observions toujours ses commandements. Il lui arriva le même jour deux grands navires de Sicile chargés de blé.
Cependant le Dieu de la miséricorde , qui parutse complaire à fournir dans son serviteur le modèle le plus accompli de tie vertu, le mit à une nouvelle épreuve. Tous les vaisseaux de l'église d'Alexandrie furent battus d'une tempête si violente sur la mer Adriatique , qu'on perdit tout ce que portoient treize des plus grands et des plus richement chargés. Lesaint consula
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