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DF L'ÉGLISE, (As 614.) 591 Jui-même les gensde l'équipage, avec la résignation et tousles entiments d'un autre Job, et Dieu lui rendit de même, fort peu de temps après, le double de tout ce qu'il avoit perdu. On peut juger des richesses de l'église d'Alexandrie, par cette puis= sante flotte, ainsi que par la somme de quatre mille quatrelivres d'or que le saint évêque avoit trouvée dans le trésor épiscopal à son ordination, Cette considération rendra vraisemblables ses libéralités immenses, et justificra ce qui paroît dans sa conduite contre les règles ordinaires. Ilenvoya à l'abbé Modeste mille sacs de froment et autant de légumes, mille caisses de poissons secs , mille tonneaux de vin , avec mille ouvriers d'Egyple, autant de pièces d'or et de livres de fer, pour réparer les églises de la Palestine. Quelquefois il donnoit avec une apparence de prodigalité et de peu de discernement, pour fournir des exemples plus efficaces de désintéressement et de générosité, Un jour qu'il alloit aux hôpitaux visiter les malades , comme il le faisoit deux ou trois fois chaque semaine, un étranger l'aborda avec un méchant habit, et le supplia d'avoir pitié d'un pauvre captif. 11 lui fit donner par son aumônier six pièces d'argent. Le mendiant disparoîït, va changer d’habit, ct revient par une autre rue demander de nouveau l'aumônc. Le saint lui fit alors donner six pièces d'or. L'aumônier, après avoir obéi, dit à l'oreille du saint que c'étoit pour la seconde fois qu'il donnoit au même : mais l'évêque ne fit pas semblant de l'entendre; et le pauvre étant venu pour la troisième fois, l'aumônier tira doucement le prélat pour lui faire observer que c'étoit encore le même pauvre.« El bien dit l'homme de Dieu, donnez-lui douze pièces d'or, car c’est peut-être Jésus- Clrist qui demande à dessein de m'éprouver .» Dans une autre rencontre n'ayant donné que dix pièces de petite monnoie, celui qui les avoit reçues s'emporla en invectives avec une insolence effrénée. On voulut le châtier comme il le méntoit; mais le patriarche en reprit sévèrement ses ofliciers, et commanda au contrare qu'on ouvrit le sac qui étoit plein de cette monnoie, afin que le pauvre en prit autant qu'il voudrunt.
Libéral jusqu'a la magnificence et à la profusion, il vivoit
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552 (An 614.) HISTOIRE
personnellement dans une extrême pauyreté. T1 n'avoit pour lit qu'une basse ct méchante couchctte, avec une couverture de Jaine toute déchirée, Un des principaux de la ville lui en donna une qui avoit coûté trente-six piéces d'argent, et le conjura de s'en servir pour l'amour de lui. Le souvenir de trente-six pièces d'argent employées à son seul usage, tandis qu'elles pouvoient soulager plusieurs nécessiteux, le tourmenta toute la nuit. Il ne cessa de repasser dans son esprit tous les genres de misères auxquels il imaginoit qu'il auroit dû subvenir par ce moyen, et il ne put jamais fermer l'œil. Dès Je malin il envoya vendre la couverture pour en donner le prix aux pauvres. Le citoyen qui lui en avoit fait présent la racheta, et Ja lui fit reporter, Le tendre pasteur la vendit une seconde et une troisième fois, ct ditenfin au riche pieux qui la lui faisoit toujours reporter : Nous verrons qui de nous deux se lassera le premier. Jamais il ne put consentir à être mieux traité que le dernier des pauvres.
Le soin des morts, et de faire célébrer des collectes pour eux, c'est-à-dire des messes; l'horreur de l’hérésie et des vices régnants, la modération, la douceur, le pardon des injures, le détachement de la vie, toutes les vertus, il les possédoit au même degré de perfection que l'amour des pauvres: mais nous nous attachons principalement à faire connoître 1: qualité que la divine miséricorde s’est plue surtout à sign: dans un saint qui fut unc des plus vives images du Dien a : charité, Cet esprit de bonté et de sensibilité le dirigeoit jusque dans les répréhensions que son zèle l'obligcoit de faire à son peuple.
Voyant un jour que plusieurs sortoient de l'église après l: lecture de l'évangile, il en sortit lui-même, ct alla s'asseoir au milieu d'eux ; ce qui les ayant étrangement surpris : Mes enfants, leur dit-il, où sont les ouailles, là doit être le pasteur ; c'est pour vous que je me rends à l'Eglise; car pour moi, je pourrois dire la messe à l'évêché. Ce qui nous apprend, outre l'antiquité des messes privées déjà constatée par plusieurs autres faits, que les évêques avoient dès-lors des oratoires ou chapelles domestiques
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DE L'ÉGLISE. (AN 614. ) 553 plaisoit surtout dans leur compagnie. 11 ne leur donnoit pas néanmoins une aveugle confiance; il prenoit garde au contraire que sous la régularité ct l'austérité des mœurs, on ne cachât l'attachement à son propre sens, et l’on n’épousât des maximes contraires à la simplicité de la foi. Aucun d'eux n'eut plus de part à son intimité, que Jean Mosch et le docte Sophrone, illustres l'un et l'autre par leurs triomphes sur les hérétiques sévériens, à la séduction desquels ils eurent la gloire de soustraire des monastères nombreux et des peuples entiers. Le saint patriarche, malgré toute sa condescendance, étoit si ferme sur cet article, qu'il recommandoit à chacune de ses ouailles de ne communiquer jamais avec ces sectaires, quand elles devroient se priver toute la vie de la communion chrétienne, c'est-à-dire, de l'exercice public de la religion. Il en est, disoit-il, comme d'un mari long-temps éloigné de sa femme, et à qui cependant il n'est pas permis d'en épouser une autre.
Jean Mosch, dont saint Jean l'Aumônier faisoit une grande estime pour sa science et son zèle contre les restes de l'hérésic eutychienne, avoit embrassé la profession monastique dans le célèbre monastère de Saint-Théc dose en Palestiner. Sophronc, natif de Damas, et qui prit aussi le parti de la retraite, étoit lié d'amitié avec Mosch avant même que d'avoir renoncéau siècle2. Les courses des Barbares qui désoloient l'Orient, les obligtrent à changer souvent d'habitation , ct ils parcoururent l'une après l'autre les laures les plus renommées de Syrie, d'Arabie et d'Egypte. Une irruption de Barbares dans cette dernière province dispersa enfin les solilaires mêmes si renommés de Scété ; mais Sophronc et Mosch en trouvèrent encore quelques-uns, qui les ravirent d'admiration par le récit des grandes vertus qu'on avoit coutume d'y pratiquer. Le détachement en partieulicr et la pauvreté évangélique y étoient tels, qu'un des frères malades ayant eu besoin d'un remède où il falloit du vinaigre, on en chercha, sans en trouver, dans les quatre Jaures, qui comprenoient environ trois mille cinq cents solitaires. Ils ne furent pas moins édifiés au pays d'Antinoüs en
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T'hébaïde dans le voisinage d'Alexandrie. En un mot, la vie cénobitique et érémitique se maintenoit dans la ferveur où elle était deux siècles auparavant.
De l'Egypte, Jean Mosch passa dans l'île de Chypre, puis dans celle de Samos. Il alla jusqu'à Rome, accompagné de douze disciples, dont le principal était Sophrone. Ce fut là que, des miracles et des grands exemples de vertu qu'il avoit recueillis dans ses voyages, il composa l'ouvrage qu'il intitula le Pré spirituel, comme tout parsemé de fleurs naturelles, et diversifiées à l'infini. En effet, le style en est simple, varié et facile. Il rapporte naïvement les faits comme il les avoit appris, et laisse au lecteur l'exercice et le plaisir de la réflexion. Comme tout y respire une tendre piété, on en a fait dans ces derniers temps des traductions et des abrégés qui suppriment avec raison une foule de petits traits qui sont trop éloignés de nos mœurs ; mais on auroit dû en supprimer quelques autres pour des causes bien plus importantes, ou du moins les présenter tels qu'ils sont dans l'original, et n'y pas mêler des additions et des réflexions, quelquefois aussi contraires à la simplicité de l'auteur, qu'à son respect constant pour la doctrine et la discipline uniforme de l'Eglise.
Jean Mosch raconte que près d'Apamée en Syrie, des enfants gardant des troupeaux s'amusèrent à représenter les saints mystères. Un d'entr'eux qui savoit les parules de l'oblation, fit les fonctions de prêtre, et deux autres celles de diacre, À quoi le traducteur ajoute, de son chef, que ces enfants savoient ces prières, parce que les prêtres, en quelques endroits, prononçoient tout haut les paroles de la consécration. À quelle fin cette altération du texte, ainsi que le reste de l'histoire, rapportée d'une manière à faire entendre aux simples que la seule prononciation des paroles sacrées peut avoir son effet, indépendamment du caractère sacurdotal ? Ces enfants, poursuit-on, ayant mis le pain sur une pierre qui leur servoit d'autel, et le vin dans un vase qui tenoit lieu de calice, ils observérent toutes les cérémonies de l'Eglise; mais avant qu ils rompissent le pain, il tomba du ciel un feu qui consuma l'autel avec l'oblation. Si l'on a dà retrancher quelques histoircs du Pré spirituel, c'étoient certainement ces traits minu-
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fieux dont la puérilité est le moindre inconvénient ; on y trouve d'ailleurs assez de preuves concluantes de la foi et de la discipline. Ce que raconte Jean Mosch, comme arrivé près d'Egine en Cilicie, prouve évidemment sa croyance touchant Ja présence réelle de Jésus-Christ dans le sacrement de nos autels. [1 dit qu’en ce lieu un fidèle orthodoxe ayant prié un sévérien de lui envoyer l’eucharistie de sa communion, l’hérétique le fit avec joie, dans la confiance où il étoit de l'avoir agné à son pari. Le catholique mit cette hostie dans unc chaudière bouillante, où elle fondit à l'instant ; il y mit ensuite une hostie de sa communion, qui demeurant entière, refroidit l'eau, sans être seulement mouillée. Il ajoute qu'un nommé Isidore de la même secte des sévériens, furieux que sa femme eût reçu le pain de vie des catholiques, la prit à la gorge, et la força de rendre la sainte hostie, qu'il jeta dans la boue, mais qu'un éclair enleva. Deux jours après, un Ethiopien lui apparut couvert de méchants haillons, et lui dit : Je suis le sacrilége qui frappa le Fils de Dieu sur la joue, et tu viens d’encourir la même condamnation que moi. Isidore se convertit et s’efforça d’expier son crime par les exercices de la vie monastique qu'il professa saintement le reste de ses jours.
Quant à la discipline, Mosch nous apprend que dans l’administration du baptëme, les Grecs faisoient dès-lors, comme ils le pratiquent encore aujourd'hui, plusieurs onctions en forme de croix, devant et après l'essence du sacrement, nonseulement, au front, mais aux oreilles, au dos, à la poitrine, aux pieds et aux mains. À ce sujet, il parle d'un saint moine de Palestine, qui étant prêtre, et chargé de baptiser, ne pouvoit se résoudre à faire ces onctions sur les femmes. Peu après la composition du Pré spirituel, Jean Mosch mourut à Rome avec la réputation d’un saint, et il est reconnu comme tel. Il avoit adressé son livre à Sophrone, le plus cher ainsi que le plus distingué de ses disciples, à qui il le laissa en mourant; ce qui J'a fait citer par plusieurs anciens, sous le nom de saint Sophrone, qui eut vraisemblablement beaucoup de part à la composition de cet ouvrage.
Le saint pape Deus-Dedit étoit mort dès le 3 décembre 618. C'est le premier pipe dont on ait des bulles scellées en plomb.
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