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gieuses, hormis l'abbé qui ne parloit qu'à la supérieure, en peu de mots pour Îles choses nécessaires, et en présence de deux ou trois sœurs.
Entre les nouveaux monastères de la Bétique, il n'y en avoit point sans doute qui fût plus cher à Isidore que celui d'Honori, pour lequel il écrivit sa règle. Elle peut servir d'éclaircissement à plusieurs autres règles monastiques, particulièrement à celle de saint Benoît:. Saint Isidore veut que la clôture du monastère soit exacte, et que la métairie en soit éloignée, que les cellules des frères soient près de l'église, l'infrmerie plus écartée, etle jardin dans l’enclos, Dans la réception des sujets, on n'aura nul égard à la condition ; on recevra les esclaves mêmes si leur maître y consent, et les hommes mariés, pourvu que la femme de son côté fasse vœu de continence, Geux que leurs parents auront donnés au monastère, seront engagés pour toujours. On éprouvera les novices pendant trois mois dans le logement des hôtes, et ils s'engageront par écrit, en renonçant à tous leurs biens. Chaque année, à la Pentecôte, ils renouvelleront la promesse de ne rien garder en propre. On ne chassera point un frère pour quelque faute ou quelque rechute que ce soit, de peur d'exposer son salut à de plus grands périls; mais on lui fera faire pénitence dans le monastère, Ici l'on trouve un long dénombrement des fautes, soit grièvos, et dontla peine estremise à la prudence de l'abbé; soit légères, et pour lesquelles on n’ordonne que l'excommunication de trois jours, comme dans la règle de saint Benoît, c'est-à-dire, une sorte d'arrêt hors de la société , et de tous les lieux d'exercice de la communauté,
On prescrit à tous les frères le travail des mains, tel que le soin du jardin , et de ce qui concerne la nourriture; on laisse aux serfs les bâtiments et la culture des terres. Le travail emporte environ six heures par jour , et l'on en réserve trois pour la lecture, L'abbé, qui doit joindre la maturité de l'âge à celle de la vertu, pratiquera le premier tout ce qu'il prescrit aux autres , et leur fera des conférences trois fois la semaine, après l'heure de tierce, 1l mangera toujours en communauté,
Tom, 2, Cod, reg. p. 198.
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LE L'ÉGLISE. (AN 6a7.) 367 et aussi pauvrement que les autres, c'est-à-dire, des herbes et des légumes; quelquefois aux meilleures fêtes, des viandes légères, ce qui s'entend de la volaille. On boira un peu de vin; mais il sera libre à chacun de s'en abstenir, ainsi que de la viande. On diînera entre la Pentecôte et l'automne; dans les autres saisons, on se contentera du souper On jeùnera le carême au pain et à l'eau : on ne portera point de linge, en évitant néanmoins la malpropreté, aussi-bien que la propreté recherchée. Tous coucheront dans la même salle, s’il est possible : au moins dix dans une même chambre, qui demeurera éclairée pendant toute la nuit. Il est encore à remarquer dans la règle de saint Isidore, qu'on doit offrir le sacrifice pour les péchés des morts avant que de les enterrer, et chaque année, le lendemain de la Pentecôte, pour tous les défunts en commun, |
Si saint Isidore prit tant de soin de la discipline monastique, il ne marqua pas moins d'empressement à établir le bon ordre dans le clergé , et à donner au service divin toute la perfection et toute la majesté dont des ministres humains soient capables, On lui attribue, du moins comme à l’auteur principal , l’ancienne liturgie d'Espagne appelée messe mozarabique. Quoiqu'elle ne soit plus en usage aujourd’hui que dans une seule chapelle de l'église de Tolède, on ne peut s'empêcher d'y reconnaître autant d'onction que de dignité. Toute conforme qu'elle est avec la liturgie ordinaire, quant aux parties essentielles du sacrifice, et même quant aux prières principales , elle en diffère considérablement par l'ordre des choses, et par beaucoup d'additions. C'est pourquoi sans doute, en retenant par honneur ce monument respectable au lieu de son origine, on aura cru devoir partout ailleurs se rapprocher davantage de la commune observance dans un point aussi essentiel que le sacrifice.
C'est dans le traité des offices ecclésiastiques que saint Isidore expose l'ordre particulier des oraisons de sa liturgie; il y rapporte aussi toutes les heures et touies les parties de l'office canonial, qui sont les mêmes qu'aujourd'hui, et dont il
1 Office. ec, 18.
568 (An 627.) HISTOIRE
ettribue les hymnes à saint Hilaire et à saint Ambroise. En général, on y trouve plusieurs points remarquables par rapport à l'antiquité de la discipline, Par toute l'Eglise, dit-il, on recoit l'eucharistie à jeûn, etle vin y doit être mêlé d’eau. Par toute l'Eglise encore , on offre lesacrifice pour les morts: ; ce qui ne laisse pas lieu de douter que ce ne soit une tradition apostolique. Ceux qui sont morts à la grâce par le péché, doivent faire pénitence avant de s'approcher du sacrement des autels , et les autres ne pas s'en éloigner Jong-temps : les gens mariés garderont la continence quelques jours avant la communion. Les fidèles soumis à la pénitence publique laisseront croître leur barbe et leurs cheveux en désordre, se prosterneront sur le cilice, et se couvriront de cendre. On accordera la pénitence à la fin de la vie, quoiqu’on la tienne pour suspecte. Pour les prêtres et les diacres, ils ne feront pénitence que devant Dieu.
On voit aussi dans les offices de saint Isidore le dénombrement des fêtes de l'Eglise, savoir, tous les dimanches de l'année, spécialement ceux des Rameaux, de Pâques, de la Pentecôte; le jeudi, le vendredi et le samedi saints; Noël, l'Epiphanie, l'Ascension , la Dédicace des églises, les fêtes des apôtres et des martyrs, auxquels nous décernons, dit le saint docteur, non un culte de servitude ou de latrie, puisque nous ne leur offrons pas le sacrifice, mais un culte de charité, afin d'obtenir le secours de leurs prières , et pour nous exciter à les imiter, Les jeûnes de l'Eglise étoient celui du carême qui fait la dtme de l’année, ceux de la Pentecôte et du septième mois c'est-à-dire, des quotre-temps d'été et d'automne, On ne parle pas de ceux d'hiver ou de décembre, qui se trouvent néanmoins en usage , au moins en Italie, dès le temps de saint Léon, On marque deux autres jeünes que nous ne pratiquons plus, l'un dont on ignore la cause, au premier jour de novembre, et l'autre au premier de janvier, afin d’abolir les débauches superstiticuses que les païens pratiquoient en l'honneur de Janus. On voit encore que le jeüne du vendredi étoit alors universel , et que la plupart des fidèles y joignoient celui du samedi : nous les avons réduits à l'abstinence. Saint Isidore
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DE L'ÉGLISE. (ax 627) 569 a soin d'observer que les usages des églises sont differents, et que chacun doit se conformer à celle où il vit.
Il nous a laissé un grand nombre d'autres écrits, dont le plus long et le plus fameux, intitulé des Origines ou Etymologies , ne fut achevé que par Braulion de Saragosse, qui le divisa en vingt livres. Il traite de presque tous les arts et toutes les sciences , en commençant par la grammaire; mais il n’en donne guère autre chose que de courtes définitions, et des étymologies qui ne sont pas toujours heureuses. Ici, comme dans tous les ouvrages de saint Isidore, on aperçoit plus d'érudition et de travail, que de goût et d'invention.
Son long épiscopat, d'environ quarante ans, ne fut qu'une suite de travaux apostoliques ct de bonnes œuvres. Il mourut, comme il avoit vécu, dans l'exercice de toutes les vertus épiscopaleset chrétiennes, Quand il se crut près de sa fin, il redoubla tellement ses aumônes, que pendantsix mois son logis ne désemplit pas de pauvres depuis le matin jusqu'au soir. Sentant augmenter son mal, il se transporta à l'Eglise de Saint-Vincent, suivi d'une troupe immense d'ecclésiastiques, de religieux, de laïques de tout rang, qui se lamentoicnt à grands cris. À l'Eglise, il s'arrêta au milieu du chœur devant Ja balustrade de l'autel, d'où il fit écarter les femmes. On mit sur lui la cendre et le cilice; puis étendant les bras vers le crel il se renouvela dans la douleur de ses péchés, et reçut le corps et le sang de Notre-Seigneur; après quoi il se recommanda aux prières de tous Îles assistants , leur demanda humblement pardon, déchargea ses débiteurs, fit distribuer aux pauvres ce qui lui restoit d'argent, et avec une tendresse paternelle, il recommanda la charité réciproque à tous ses enfants; étant ensuite retourné à la maison épiscopale, il mourut en paix au bout de quatre jours, le 4 avril 636.
Les rares vertus de saint Hellade n'illustrèrent pas moins le siége de Tolède, où il fut élevé malgré lui, dans sa vieillesse, sous le règne de Sisebut, el qu'il occupa néanmoins dix-huit anst, 1 avoit tenu un rang des plus distingués à la cour «et dans le ministère ; mais dés-lors il pratiquoit, autant qu'il lui
1 Jidef, vite illustr, e. 7.
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étoit possible , les observances de la vic religieuse. 11 y avoil un célèbre monastère, nommé Agali, près de T'olède, capitale de l'empire des Goths. Toutes les fois qu'Hellade pouvoit se dérober au faste et aux embarras du siècle, il alloit sans suite se mêler aux troupes ferventes des religieux, et prendre part à quelqu'un de leurs exercices, 11 ne dédaignoit rien de ce qu'il y avoit de plus vil et de plus méprisable aux yeux de la vanité ct de la fausse délicatesse des mondains, et il s'abaissoit jusqu'à porter des bottes de paille au four des frères. Enfin il trouva moyen de se retirer tout-à-fait dans cette sainte communauté dont il devint abbé, et d'où on le porta sur le siége métropolitain de la ville royale. Cette grande place ne servit qu'à donner plus de poids à ses exemples. Jamais il ne voulut écrire, quoiqu il eût de rares talents ; il aima beaucoup mieux instruirce par les œuvres que par les discours.
La cour des rois francs avoit alors les mêmes spectacles d'édification , et la Providence parut proportionner tout particulitrement les secours de la vertu aux désordres fomentés depuis si long-temps, par les intrigues et les différentes passions des reines Frédégonde et Brunehaut, Clotaire, fils de la premièré, venoit de réunir sous son obéissance toute la monarchie française, après avoir signalé contre la seconde la haine mortelle dont il avoit hérité de sa mère. Malgré de si fâcheux pronostics, il montra beaucoup de bonté pour ses sujets, un amour sincère de la religion et des personnes qui l'honoroient par leurs vertus; ce qui en fit paroïtre un grand nombre à sa cour, et dans les places les plus distinguées. Arnoux, le premier des seigneurs attachés au roi Théodebert, politique aussi habile que vaillant guerrier , et par un mérite bien plus rare alors, homme versé dans l'étude des lettres, passa au service de Clotaire dès la première année que ce prince régna seuli. IL y fut suivi par son ami Romaric, autre seigneur de la même cour du roi T'héodebert. La piété faisoit Je lien principal de leur amitié, qui leur servit réciproquement d'aiguillon dans l'exercice dela charité, de l’oraison, en des austérités comparables à celles des plus parfaits reh-
3 Act. SS, Bened. 4. 2, p. 150.
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DE L'ÉGLISE. (AN 627.) 571 gieux, si bien qu'ils résolurent l’un et l’autre, d'un commun accord, de quitter les grandeurs du siècle pour se retirer au monastère de Lérins; mais le Scigneur avoit d’antres desseins sur eux.
A peine le mérite d'Arnoux fut-il employé par Clotaire, que le siége épiscopal de Metz étant venu à vaquer, le peuple le demanca tont d'une voix pour son pasteur, quoiqu'il ne fût que simple laïque, et se trouvât même engagé dans les liens du mariage. La voix du peuple fut prise pour celle de Dieu. Il accepta une dignité qui ne pouvoit que l’abaisser aux yeux du monde ; et son épouse, à qui différents autenrs donnent le titre de sainte, se retira à Trèves, où elle prit le voile de religieuse. J1 en avoit deux fils, Angésise qui fut Ja tige de la seconde race de nos rois, et saint Cloud qui devint par la suite évêque de Metz, aussi-bien que son père. Arnoux cependant étoit trop nécessaire à la conr, où il tenoit le premier rang, pour que le monarque lui permit de s’en retirer. Il y vécut encore quelque temps pour le bien indispensable de l'état, mais en véritable évêque, redoublant ses aumônes et ses austérités, prolongeant sonvent son jeûne jusqu'au deuxième et au troisième jour, ne mangeant que du pain d'orge, ne buvant que de l’eau, et portant continuellement le cilice sous sa tunique, Tant de vertus, souvent confirmées par desmiracles, ne le rassuroient pas encore contre Jes dangers du monde. Toujours il aspira à la retraite , et long-temps il sollicita cette faveur, sans pouvoir l'obtenir.
Toutefois son saint ami Romaric avoit déjà rompu ses liens, et embrassé la vie monastique à Luxeu , après avoir partagé ses grands biens entre le monastère et les pauvres, à l'exception d’une terre située dans les montagnes sauvages des Vosges, où ses supérieurs le jugèrent bientôt en état de donner des leçons de la vie parfaite aux personnes de l’un et de l'autre sexe, Il y bâtit en effet deux monastères, un de filles plus considérable, dont sainte Mafflée fut la première abbesse , et
1 Act SS. Bened, 1.2, p. 417.