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544 (An 678.) HISTOIRE
I ne manquoit plus à ces généreux chrétiens, soit de Bretagne, soit d'Irlande, que de renoncer à la singularité de quelques usages, surtout par rapport à la Pâque. Si ces observances avoient paru tolérables jusque-là, elles commençoient à prendre un air de schisme, à raison de l'opiniâtreté de ceux qui les retenoient, nonobstant l'uniformité qui étoit enfin rétablie solidement dans tout le reste de l'Eglise. La pratique de ces insulaires se trouvoit même différente de celle des anciens Asiatiques et de saint Jean l'Evangéliste, qu'ils alléguoient principalement en leur faveur, puisqu'ils ne commençoient pas la fête le soir de la quatorzième lune du premier mois, quelque jour de la semaine qu'il pût étre, mais qu'ils choisissoient toujours un dimanche, dont la veille tomboit souvent au soir de la treizième lune, Ils étoient d'ailleurs divisés entr'eux , et jusque dans la même église, les uns solennisant le grand jour de Pâques , quand les autres n’en étoient encore qu'au dimanche des Rameaux; ce qui ré présentoit plus que le ridicule et l’obstination bizarre de l'esprit de parti et de scission.
Saint Vilfrid , né breton , élevémême au monastère de Lindisfarne, sous la discipline des Irlandais, en sentit cependant l'abus ou du moins l'imperfection. Il passa dans les Gaules pour visiter les plus célèbres monastères, et apprendre les bonnes observances dans ces véritables asiles de la science et de la vertu. J1 eut ensuite: la dévotion d'aller au tombeau des saints apôtres, où il espéroit obtenir une pleine rémission de ses péchés , et puiser abondamment dans les trésors de la divine miséricorde. Ce fut un des premiers Anglais qui accrédita ce pélerinage parmi les gens de sa nation, et leur traça le chemin de Rome, qu'ils suivirent depuis en si grand nombre. Vilfrid, en passant par Lyon , contracta une étroite amitié avec le saint archevêque Delphin , autrement nommé Hannemond, qui fut tué quelque temps après par ordre d'Ebroïn, et qui est honoré comme martyr, sous le nom de saint Chaumont. À Rome ilfit connoissance avec l'archidiacre Boniface, l'un des plus doctes Romains, et qui se fit un plaisir de l'instruire à fond de
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PE L'ÉGLISE, an 678) 645 la discipline qu'il venoit étudier si loin. Enfin, après avoir acquis, tant à son terme que sur sa route, les lumières dont il devoit faire usage , il revint en son pays, comme le prinee Alfrid, fils du roi Osui, commencçoit à régner avec son Père. Le jeune roi le reçuteomme un ange venu du ciel’, sur ce qu'on le lui dit instruit dans la doctrine de l'Eglise de saint Pierre ; ce prince observoit déjà lui-même l'usage romain de la Pâque; il engagea le roi son Père, de concert avec saint Vilfrid , à mépa une conférence pour terminer tout différend à cet égard.
. monastère royal de Stréneshal, qui, sous le sage gouvernement de sa première abbesse sainte Hilde , avoit la régularité et la renommée ordinaire aux institutions récentes, fut marqué pour le lieu de l'assemblée, et les docteurs de tous les partis s'y rendirent avec empressement, en très-grand nombre 1. On examina l'affaire avec une extrême circonspection, accordée aux vertus et à la qualité des opposants, beaucoup plus qu'à la force de leurs raisons, Vilfrid négligeant les subtilités hibernoïses , et s’attachant aux faits et aux moyens de la tradition , allégua l'unanimité qui avoit enfin prévalu dans l'Asie et l'Orient, aussi-bien que dans la Grèce, l'Afrique et toutes les contrées occidentales. Il prouva savamment que si saint Jean et les autres apôtres en Orient avoient observé le jour de la Pâque à la manière des juifs, c’est qu'ils ne jugcoient pas convenable de rejeter tout d'un coup la loi mosaïque instituée par Dieu même ; que, par la même raison, ils l'avoient suivie en bien d'autres points ; mais que le prince des apôtres, préchant à Rome, avoit été inspiré d'honorer le jour de la résurrection du Seigneur , en fixant la première fête des chrétiens au dimanche quisuivoit de plus près la quatorzième lune ; d'où il'étoit arrivé qu'on avoit insensiblement aboli les observances judaïques en cette matière comme en toutes les autres. Les Hibernois faisant beaucoup valoir l'autorité de saint Galomban, si constamment opposé à l'usage des Gaulois et des Romains tout ensemble : « Quelque saint que fût Colomban, répliqua Vilfrid, peut-on le préférer au prince des apôtres, à qui le
) Red. Im, Hint, c. a5.
Seigneur a remis les clefs du royaume des cieux, et parlé en ces termes : « Tu es pierre, et sur cette pierrej établirai sisolidement mon Eglise, que les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle ? »
Le roi, frappé de ces mots de l'Evangile, dit à Colman, évêque de Lindisfarne, et l'un des plus pointilleux opposants : Est-il vrai, Colman, que le Sauveur ait ainsi parlé à Pierre ? \Oui, seigneur, répondit Colman. Et pouvez-vous montrer, poursuivit le prince, que votre Colomban ait reçu une pareille puissance ? Non , dit Colman. « Eh bien, conclut Osui, j'obéirai aux ordres de saint Pierre; je ne veux point offenser ce portier du ciel, de peur que, quand je me présenterai à la porte du royaume céleste, il ne refuse de me l'ouvrir. » Ce discours du roi fit une vive impression sur tous les assistants, qui se rangèrent, sans plus tarder, à la commune observance de l'Eglise,
Après cette heureuse conférence, qui se tint en 664 et où Vilfrid eut la meilleure part, âgé tout au plus de trente ans, il fut ordonné évêque des Northumbres, c'est-à-dire, archevêque d’Yorck. La métropole de Cantorbéry étant venue à vaquer vers le même temps, Ecbert, roi de Kent, voulut avoir un archevêque des mains du pape Vitalien, qui avoit succédé à Eugène le 30 juillet 657. Le pontife lui envoya un saint et savantmu :ommé Théodore, généralement estimé à Rome cü il étci. nu d'Orient’. Théodore arriva en Angleterre avec un Anglais de qualité appelé Biscop, et surnommé Benoît, ami et compatriote de saint Vilfrid , avec qui il avoit entrepris, en premier lieu, le voyage de Rome, qu'il fit jusqu'à cinq fois. On établit d'abord Benoît, abhé de Saint-Pierre de Cantorbéry. Ayant reçu dans la suite du roi Egfrid, l'un des fils et des successeurs du pieux Osui, une terre de soixantedix familles, c'est-à-dire, d'autant de charrues, pour fonder un monastère, il bâtit en 674 celui de Viremouth.à l'embouchure de la rivière de Vire, d'où il tire son nom. Il y exposa au culte public beaucoup de reliques et de saintes images qu ilavoit apportées de Rome, y amassa une nombreuse bibliothèque,
8 Rod, 1v, Alt. c, 1.
DL L'EGLISE. (AN 678.) 647 et y finit saintement ses jours. Il est honoré sous le nom de saint Benoît Biscop. Par la libéralité du même roi Egfrid, il-bâtit encore sur un fonds de quatre charrues, le monastère de Jarou, à deux lieues de Viremouth. Ces deux monastères, celui-ci sous le titre de Saint-Pierre, et Jarou sous le titre de Saint-Paul , étoient tellement unis, qu'ils ne formoient qu’une communauté répartie en deux habitations différentes.
Saint Théodore ( car ses grandes actions lui ont aussi obtenu ce titre ) n'eut pas plutôt pris possession de son siége, qu'il remplit parfaitement les vues religieuses du pape et du roi. ILparcourut toutes les habitations des Anglais, n’établit pas seulement les usages extérieurs de l'Eglise catholique, mais fit refleurir partout les vertus, la ferveur, l'amour des sciences et des bonnes lettres. On lui attribue l'institution de l'école fameuse de Cantorbéry, d'où sortirent tant de grands personnages. Là on enseignoit , avec l'Ecriture sainte et toutes les sciences ecclésiastiques , l'éloquence, la poésie, l’astronomie, l'arithmétique, au moins celle qui étoit relative au calcul de la Pâque; enfin, la musique ou le chant romain, connoissances fort relevées pour le temps et pour la portée de ces nations. Les langues savantes étoient si bien cultivées, que le grec
etle latin devinrent aussi familiers que la langue maternelle.
Les lumières et les bons maîtres passèrent de là dans toutes les églises. d'Angleterre. Saint Théodore n’avoit pas moins d'attention. à maintenir la dignité de son siége, à le faire jouir
de tous les droits de primatie; et ce fut le premier archevêque à qui l'église anglicane se soumit sans exception. Tout con-
couroit à la splendeur ecclésiastiqueet politique de la Grande- Bretagne, qui s'applaudit alors de n'avoir point encore vu da temps si heureux depuis l'entrée des Anglais. Leurs roisétoient sibraves. qu'ils faisoient trembler tous les Barbares; et si
chrétiens , qu'ils ne sembloient porter le glaive que pour exter-
miner l'impiété, et conduire sûrement les peuples au royaume éternel,
Après la mortdesrois Egbert et Osui, dans le cours de l’année 674, la première du règne de Lotaire, frère et successeur d'Egbert au trénede Kent, et la troisième d'Egfrid, fils d'Osui, dans le royaume de Northumbre, le saint primat voulut im-