‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 135 sur 146 · EME · texte numérisé non relu

EME

65a (AN 680.) HISTOIRE

du concile pontifical, jusqu’à douze évêques :. Ici on voit la différence des députés propres du souverain pontife, et de ceux des évêques d'Italie, ou de tout l'Occident, qu'il étoit de style parmi les Orientaux d'appeler le concile du pape. On prit avec raison le jugement du concile de Rome pour celui de tout l'Occident : il s’y trouva des évêques de France, et même d'Angleterre qui, avec ceux d'Italie, déclarèrent dans une parfaite unanimité la foi de leurs églises; puis ce jugement fut envoyé en Espagne, et dans toute la catholicité, où on le reçut avec respect et soumission.

Ce fut saint Vilfrid qui, dans le concile romain , rendit témoignage touchant la croyance de l'Eglise britannique, H avoit eu recours à Rome contre le primat Théodore qui l'avoit déposé, sous prétexte que l'évêque d’Yorck ne pouvoit suffire à la vaste étendue de son diocèse2 ; après quoi l’on s’étoit pressé d'établir trois évêques à sa place, à Hagulstad, à Lindisfarn, et à Yorck même, sans nul égard à la réunion faite depuis peu du siége de Lindisfarn avec celui d'Yorck : mais la vraie cause de cet étrange procédé, c'étoit l’aversion qu'Ermenburge, seconde femme du roi Egfrid, lui avoit inspirée contre l'évêque d'Yorck, dont elle ne cessoit de lui exagérer les richesses et la puissance. Elle avoit pris la place de la reine Eteldrite, fort attachée à son saint pasteur, et qui, après plus de douze ans de mariage où elle garda la virginité, obtint, quoiqu’avec peine , du roi son époux la permission de se retirer au monastère d'Ek qu'elle venoit de fonder. Son corps fut trouvé sans corruption seize ans après sa mort, et l'on attribua unanimement cc prodige au mérite-de sa pureté. Saint Vilfrid alla donc demander justice à Rome ; mais, craignant en France le roi Thierri, ou plutôt Ebroïn,à qui les ennemis de Vilfrid avoient envoyé d'Angleterre de riches présents, il prit sa route par la Frise, quoique les peuples en fussent encore

aïens.

k Leur roi Algisenelaissapas dele recevoirhonorablement, et il lui permit d'annoncer l'Evangile. La récolte s'étant trouvée cette année-là d'une abondance extraordinaire, les Frisons

1 Tom. v1, Conc. P. 599. — 3 Viet per Edd, G.33, ete

DE L'ÉGLISE. (An 680.) 653 lattribuèrent au Dieu de Vilfrid; ce qui lui fit recueillir des fruits de salut plus abondants encore que n’avoient été ceux de la terre. Il baptisa presque tous les seigneurs, avec une multitude de peuple si nombreuse, qu'on le regarde avec raison comme l'apôtre de la Frise. Ebroïn envoya cependant ses émissaires chez ces peuples, avec une lettre qui promettoit à leur roi un boisseau plein de sous d'or, s’il vouloit remettre entre ses mains, soit la personne, soit la tête de l'évêque Vilfrid. Algise, à son diner, fit lire ces lâches propositions en présence de Vilfrid lui-même, des envoyés d'Ebroïn et d'un grand nombre de Frisons; puis il prit la lettre avec mépris, la déchira, et la jeta au feu, en disant au porteur : Puisse le Créateur du ciel et de la terre détruire ainsi les scélérats et les parjures! Saint Vilfrid courutle même danger en Lombardie, et fut sauvé de même par le roi Pertharit, prince non-seulement catholique , mais d’une insigne piété et d’une bienfaisance admirable envers les malheureux.

A Rome, Vilfrid n’eut point de peine à obtenir justice. On ordonna que par provision il seroit rétabli dans tous les droits de son évêché, qu'on chasseroit ceux qu’on avoit revêtus de ses dépouilles; mais que, pour subveniraux besoins de son vaste diocèse, comme il y consentoit volontiers, il choisiroit en concile des évêques qui seroient ordonnés par l'archevêque de Cantorbéry, letout sous peine de déposition et d’anathème contre les ecclésiastiques, et d'excommunication contre les laïques, quels qu'ils pussent être. Vilfrid, dans le concile romain qui fut tenu ensuite contre les novateurs de l'Orient, prit la qualité de légat du concile de Bretagne, dont il est néanmoins évident que les prélats ne l’avoient point envoyé ; ce qui prouve tout à la fois, et qu’il n’entendoit se donner que pour témoin de la croyance des églises britanniques, et qu'il étoit ordinaire de nommer concile les évêques d'une même région, quoiqu'ils ne fussent point assemblés. Après l'expédition de tant d'affaires importantes, il repartit pour l'Angleterre où il arriva heureusement, malgré les piéges qu'on lui tendit encore à son retour; mais, en passant par la France, il eut la douleur d'apprendre l'assassinat du roi Dagobert IT, qui le qualifioit d'ami, et qui se montra vraiment digne lui-même de

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l'amitié d’un saint:. Ce prince, d'une vertu éprouvée et peu commune , est honoré comme martyr à Stenai, lieu de sa sépulture, selon l'usage du temps, qui donnoit ce titre à ceux qui périssoient injustement après avoir bien vécu.

Cependant le chef de l'Eglise fit partir ses légats pour Constantinople avec sa réponse et celle de son concile. On y déplore les troubles, les courses perpétuelles des Barbares , et les brigandages qui, dépouillant les églises d'Italie de leurs patrimoines, réduisoient leurs ministres à subsister avec peine du travail de leurs mains2. Mais si ces agitations, et les inquiétudes où nous passons notre vie, reprennent les Pères, nous ont dépouillés de tous les biens de ce monde, même des sciences humaines et de l'éloquence, il nous reste un bien inestimable et le plus précieux detous, dans l'intégrité de la foi que nous nous appliquons uniquement à conserver parmi tant d'orages, et pour laquelle nous sommes prêts à mourir, s’il est nécessaire. Îls en donnent ensuite la confession dans un style qui confirme bien ce qu'ils disent de la décadence des lettres humaines, et où l'on voit néanmoins, outre la plus exacte conformité avec les décrets des cinq conciles généraux tenus jusqu'alors, une étude solide des Pères anciens, et une suite de conséquences tirées avec beaucoup de justesse contre les nouvelles erreurs.

On y voit que la définition du Siége apostolique est telle qu'on ne peut rien y ajouter ni en retrancher, que l'Eglise romaine ne s’est jamais écartée et ne s'écartera jamais de la vérité, que sa foi reste toujours pure, et que celui qui osera nier l’immobilité de la foi romaine, aura blasphémé contre l'efficacité de la prière de Jésus-Christ, pour son vicaire et contre les promesses qu'il lui a faites pour tous les siècles. « À dater du »temps où les évêques de Constantinrple ont voulu introduire » les erreurs nouvelles ( le monoti.....me ), nos prédécesseurs, » dit Agathon, n'ont jamais négligé les moyens de les ramener » à la vérité : ils les ont sans cesse avertis, exhortés, conjurés » de s'abstenir de ces nouveautés, de se taire du moins sur » des questions qui troubleroient encore l'unité de l'Eglise3. »

1 Mobil, præf. part. 1, sæcul. — 2 Tom. vi, Conc. p. 534. — 3 Ep. Agath. ai Limp-

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