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b60 (AN 681.) HISTOIRE |
à la saine doctrine, et de remédier aux falsifications faites par
les sectaires dans les monuments de l'église de Constantinople.
C'est ce qui remplit presque tout le reste des sessions. Un
moine plein de présomption, nommé Polychrone, avoit rendu
sa foi très-suspecte. On lui ordonna de déclarer nettement sa croyance. « C'est par les œuvres, dit-il, que je veux la manifester. Faites apporter un mort, je mettrai sur lui ma confession de foi, qu'alors vous pourrez lire; je prierai le fils de Dieu de le ressusciter , et si le miracle ne se fait point, 1e concile et l'empereur feront de moi ce qu'ils voudront.» On apporta le mort; on l’exposa publiquement, afin de donner la plus grande notoriété à l'extravagance de l’enthousiaste. 1l init sur le corps une confession de foi toute monothélite , et marmota Jong-temps à l'oreille du mort. On eut la patience de le laisser faire durant des heures consécutives. Enfin, il fut ré-
i duit à convenir de son impuissance. On le condamna comme un hérétique et on le chassa comme un impudent.
j ‘Ce que le concile fit de plus important depuis la retraite de l'empereur, ce fut la flétrissure qu'il imprima aux écrits des chefs de la secte. T'ous les Pères, d’un consentément unanime, et sans que personne s’avisât d'incidenter à ce sujet, condarmnèrent hautement, et des propositions particulières, et des ouvrages entiers de T'héodore de Pharan, de Cyrus d'Alexandrie, de Sergius de Constantinople, de ses Lois successeurs Pyrrhus, Paul et Pierre, enfin du pape Honorius lui-même, suivant toutes les versions qui nous sont parvenues decesactes,:
1 Les Pères de ce concile ont entendu le pape Agathon dire que tous ses predecesseurs n'ont cesse d'avertir, d’exhorter, de conjurer les évêques de Constantinuple de s'abstenir des nouveautes, de se taire du moins sur des questions qui troubleroient la paix ; que l'Eglise romaine n'a jamais erre et qu’elle ne s’ecartera jamais de la verite : ils ont entendu le même pape, et son concile de 125 évêques, parler dans le même sens et déclarer que la foi qu'ils professent est celle que les successeurs de Pierre ont toujours canservee intacte, sans melange d'erreur et sans nuage ; qu'i reçoivent à leur communion ceux qui enseignent tout ce qui est contenu dans leur confession, et qu'ils condamnent tous ceux qui la rejettent ou l'aktérent : et tout le concile s'est écrié par acclamation ; Nous adherons tous à la lettre du pape Agathon et à celle du concile de Rome! longues annees au pape Agathon! nuus pensons comme lui : c’est Pierre qui parloit par Agathon ! Per Agathonem Petrus luguebatur, Or, est-il probable qu'après ces acclamations multiplices le même concile ait frappé d'anthème le pape Honorius et ses lettres. N'eût-il pas été en opposition avee lui-même? — La les dégats qui avoient l'ordre exprès d'exposer la tradition du
D ne s’éleva pas le moindre doute sur l'infaillibilité de l'Eglise, jugeant tant décrits divers dans le sens que le texte présentoit à l'esprit. Ayant examiné, disent unanimement les Pères du concile, les lettres de Sergius de Constantinople, avec les réponses du pape Honorius , et les ayant trouvées éloignées de de la doctrine de l'Eglise, des décrets des conciles et des sentiments des saints docteurs, et tout au contraire conformes à la fausse doctrine des hérétiques , nous les rejetons absolument comme propres à corrompre les âmes. Ils dirent ensuite anathème aux auteurs et à tous les docteurs des nouveautés impies, et l'on effaça leursnoms des sacrés dyptiques. Ils examinèrent ensuite, sur les mêmes principes, ce qu'on avoit pu recueilir des écrits des derniers patriarches de Constantinople, Thomas, Jean et Constantin, qui furent déclarés irréprochables du eôté des erreurs courantes, et dont l’on continue d'honorer la mémoire.
séège apostolique sans lu changer en rien , telle qu'elle a été exposée par les papes
anterieurs, n'ont-ils pas dû se lever et montrer que, dans l'Eglise romaine et dans tout l'Occident, la fai d'Honorius n'étoit point accusée, pas même soupçonnée ? N'ont-ils pas dù réclamer contre une sentence si opposée à la croyance deleur Eglise? Et comment surtout n'ont-ils pas refusé de ha souscrire, Comment enfin ont-ils pu signer un jugement qui excédoit leurs pouvoirs particuliers, qui excédoit même ceux du concile? ( Car, pour juger un pape légitime , même après sa mort , il faut un concile présidé par le chef de l'Eglise, ou par ses légats investisde son autorité ad hoc : autrement la sentence ne seroit pas fondée sur l'autoritédu chef de l'Eglise.) Est-il eroyable encore que des lettres , si facilement justifiées d'erreur , où la critique la plus minutieuse ne peut blèmer que la prescription d'un silence, qui aujourd'hui
sercit sans doute moins sévèrement repris, et que depuis quarante-deux ans ni l'Oc- |
cident nï tous les catholiques d'Orient n'avoient pas trouvées infectées du venin de l'erreur ; est-il croyable, disons-nous, que ces lettres, parmi tant d'évêques, n'aient pas eu un seul défenseur, et qu'ils ont tous prononcé, devant Dieu et assistés de son Esprit, que leur auteur a suivi ef con/irme en tout les dogmes impies du fourbe Sergius? Comment ce cnncile auroit-il pu dire qu'Honvrius a confirmé, confirmavit, quand Honorius dit expressément qu'il n’a rien défini, rien decidé, et qu'il recommande bien de ne pas publier le contraire? Nos non vportet unam vel duas operativnes definientes prædicare. ( Ep. 2. ad Serg: )
Taat de contradictions si révoltantes ont porté les plus sages et les plus habiles critiques à penser que les Grecs avoient interpolé les actes du 6e concile , et que le nom d'Honorius s'y trouve actuellement par suite de leur jalousie contre Roine et de leur habileté dans l'imposture. Ne snireris cm infrà dicemus acta synodalia sesti concilii, in is quæ de Honorio rumano pontifice attestantur, Græcorum
émpostur4 ubique depravata esse, (Labbe, tom. 6, col. 585. Mansi, tom. 10, col. 576. )
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li n’étoit plus question que de dresser la confession de foi : ce fut tout l'ouvrage de la dix-septième session, et on la publia dans la dix-huitième. De là vient que les Grecs ont confondu ces deux dernières sessions. L'empereur, pour un objet de celte importance et de cet appareil, crut devair ‘reparoître au concile où les évêques arrivés successivement de leur diocèse se trouvèrent en plus grand nombre qu'ils n'avoient encore été. Dans cette définition de foi, on déclare, premièrement, que l’on adhère aux cinq conciles précédents, et l'on rapporte les symboles de Nicée et de Constantinople. En second lieu, on nomme les auteurs qu'on venoit de condamner, savoir, Théodore de Pharan Sergius, Pyrrhus, Paul et Pierre de Constantinople,le pape Honorius, Cyrusd’Alexandrie, Macaire d'Antioche, et son disciple Etienne. On approuve ensuite les lettres du pape Agathon!, comme ayant été trouvées conformes aux décisions de Chalcédoine, à la doctrine de saint Léon et de saint Cyrille. Enfin, après une explication nette et succincte du mystère de l'incarnation, on prononce qu'en Jésus-Christ il y a deux volontés naturelles et deux opérations aussi naturelles, et l'on défend d'enseigner autre chose, sous peine de déposition pour les clercs, et d'anathème pour les laiques : viennent ensuite les souscriptions des légats, et de cent À sout
1 , à tinu -Soixante-cinq évêques. hyé Les Pères du concile prièrent aussi l'empereur de souscrire; nr ce qu'il tint à honneur, et fit avec empressement. Il y eut jus- 1 moi À sutv 1 Or, dans la lettre du pape Agathon à l'empereur , laquelle fut insérée, comme dau, celle de son concile, dans la 4.e action ou session, on lit ces paroles hien remarquables poir et selon nous tout-à-fait impossibles à concilier avec la condamnation d'Honorius : avi « Sancti Petri adnitente præsidio, hæc apostolica ejus ecclesia awrniquam à vià É Con » verilatis in quâlibet erroris parte deflexa est ; cujus auctoritatem utpote aposto- Ron » lorum omnium principis, e£ semmper omnis catholica Christi E cclesis universales ut » synodi umplexæ; per quam et prohatissima Ecclesiæ lumina claruerunt, et sancti être » quidem doctores venerati atque secuti sunt; hæretici autem falsis eriminationibus pie » ac derogationum odiis insecuti. Ææc est vera fidei regula, quam et in prosperis et à for n in adversis vivaciter tenuit et defendit hic spiritualis Mater vestri tranquillissims Geo » hnperii, et apostolica Christi Ecclesia, quæ per Dei umnipotentis gratiam à tra- ac » imite apostolicà traditionis nunquam errâsse probabitur, nec hæreticis pravita- dit » tibus depravata succubuit ; sed ut ab exordiu Gdei christianæ percepit ab auctori- | » bus suis apostolorum Gbristi principibus, illibatà fide tenus permanct, secun- .
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DE L'ÉGLISE. (AN 682.) 663 qu'à cinq exemplaires signés de sa main, ainsi que des légats et de tous les évêques. Le premier exemplaire étoit pour le siége apostolique, le second pour l'église de la nouvelle Rome, les trois autres pour les anciennes églises patriarcales d'Alexandrie, d’Antioche et de Jérusalem. L'empereur donna aussi un édit d'exécution pour appuyer les décisions de foi et tous les décrets du concile. Il y est statué contre quiconque y contreviendra, qu'il sera déposé s'il est évêque ou clerc; s'il est en dignité, qu’on l'en privera , ainsi que de ses biens , qui demeurcront confisqués; s'il n’est que simple particulier, qu'il sera banni de Constantinople. Les Pères, de leur côté, adressèrent, selon la coutume, une lettre synodale au pape, pour le prier de confirmer le jugement par lequel, lui disoient-ils, on avoit prononcé suivant la condamnation proposée dans se: lettres. On trouve néanmoins dans cette pièce la flétrissure dr. nom d'Honorius, dont le pape Agathon n'’avoit point parlé; mais on assure que ce sage pontife, dans des instructions secrètes données à ses légats', leur avoit permis de consentir à cette condamnation, si l’on ne pouvoit sans cela procurer la
1 Au lieu de suivre le sentiment de Lupus, dont l'abbé Racine s'autorise pour soutenir que les cinq propositions de Jansénius ne se trouvent point dans l’'Augustinus , il seroit mieux de remarquer que ces instructions secrètes ne sont qu'une hypothese imaginée en faveur de la condamnation, hypothèse peu honorable même, soit pour le pape, soit pour le concile, dont la lettre synodale n’en reste pas moins en contradiction avec celle d'Agathon, que les Pères disent cependant avoir suivie.
Ce qui appuie d'ailleurs tout ce qu'on a dit dans les notes précédentes, c’est que, dans la lettre que l'empereur écrivit aussi au pape et à son concile, on ne trouve point le nom d'Honorius : on ÿ trouve au contraire que le concile a adinire les oracles d’Agathon comme ceux de saint Pierre, Or, cette lettre fut remise par Constantin lui- même aux légats, lorsqu'ils prirent congé de lui pour revenir à Rome; tandis que les autres actes du 6.e concile qu'il fallut transcrire à grand ncinbre d'exemplaires, restèrent à la disposition des Grers, assez longtemps pour être dénaturés, Aussi celui qu'on accuse généralement de cette insigne falsification, est ce Théodore chassé comme hérétique du siége de Constantinople en 678, et qui, à force d'intrigues e: d'hypocrisie, ÿ remonta immédiatement après la mort de Georges en 653. Excommunié lui-même avec plusieurs de ses prédécesseurs, sor nom devoit se trouver dans les actes comme ceux de Sergius ct de Pyrrhus. Mais. dit Barruel , i] garda les actes du 6.e concile jusqu'à ce qu'il eût substitué partou le nom d'Honorius au sien. Et voilà sans doute pourquoi la lettre que l'emperew avoit confiée aux légats da pape, est la seule pièce où le nom d'Honorius ne se trouve pas calomnié.
664 ÇAw 682.) HISTOIRE paix à J'Egliser, L'empereur, pour témoigner son contente- . ment au siége apostolique, supprima l'abus qu'avoient intro-
duit les rois goths de faire payer une somme d'argent pour l'ordination de chaque pape, à condition toutefois que les papes élus à l'avenir ne seroient ordonnés, suivant l'usage antérieur à la domination des Goths, qu'après que le décret de leur élection auroit élé porté à Constantinople, et que l'empereur y auroit donné son consentement,
Le pape Agathon mourut quelques mois après la fin du concile, le 10 janvier 682, jour auquel l'Eglise honore sa mémoire. On croit que ses légats n'étoient pas encore de retour à Rome, et que ce fut Léon IF, élu pape le 17 août de la même année, qui confirma le sixième concile. ]1 reste en effet, sous le nom de ce pontife, une lettre adressée à l'empereur Constantin, et conçue en ces termes : « Nous avons trouvé que le sixième concile a religieusement suivi les cinq précédents, et nous le confirmons par l'autorité de saint Pierre. Outre les auteurs du monothélisme, nous anathématisons le pape Honorius, qui n’a point éclairé notresiége apostolique, mais qui, par une trahison profane, a pensé lui imprimer un opprobre éternel. » Quelques critiques révoquent en doute l'authenticité de cette lettre, et se fondent sur ce qu'il paroît peu probable que le pape fût allé réveiller l'idée de l'excommunication d'Honorius, dont l’empereur n'avoit pas dit un mot dans sa lettre ; et sur ce que Léon IT, pour être conséquent à ses paroles, auroit dû faire tirer du lieu saint les cendres d'Honorius et le traiter en excommunié : ce que ni lui ni ses successeurs n'ont jamais fait.
Mois après tout, en admettant même la condamnation d'Honorius, il est toujours vrai de dire qu'il ne fut ni l'auteur ni l'inventeur de l'hérésie, qu’il n’en fit point une définition, et qu'ilne la proposa jamais comme son enseignement à l'Eglise universelle. La gloire du siége apostolique est spécialement dans le privilége, accordé à saint Pierre et à ses successeurs, de ne jamais rien définir de contraire à la foi. Honorius, répondant individuellement à un évêque artifirieux qui le trom-
8 Lup. in dissert, de vr synod. c. 7.
DE L'ÉGLISE. (AN 682.) 665 poit sur les faits, et à qui cependant il eut soin de déclarer qu'il ne décidoit rien, qu'il ne prononçoit point sur la question d'une ou de deux volontés ,a pu être trompé sur les circonstances des temps, qu'on lui exposoit de manière à l’induire dans une démarche favorable à l'erreur. Mais sa faute, qui vint de trop de confiance dans un prélat hypocrite, n’atteignit jamais sa foi : elle n'eut des suites si fâcheuses que par la perfidie et le crédit tout-puissant de Sergius à la cour.
Aussi voit-on que, parmi tous les théologiens orthodoxes, aucun n’imprime à Honorius, même en qualité de docteur particulier, la note d'hérésie. Seulement on le taxe de négligence coupable, surtout après que saint Sophrone l'eut averti de l'avantage que les sectaires tiroient de son ménagement. Mais peut-être encore parleroit-on moins de cette faute, si l’on se reportoit à l'époque où il s’est trouvé. Une partie de l'Italie étoit ravagée par les Lombards, dont les rois Arioald et Rotharis étoient encore ariens, ainsi que la plupart de leurs sujets ; et l’autre étoit tyrannisée par.des exarques, qui vendoient leur protection au plus offrant, et suivaient d'ailleurs l'opinion de cour; les églises d'Arabie, de Palestine, de Syrie, de la Perse entière étoient déjà sous la domination des Sarrasins; tout l'empire étoit en armes pour leur résister et sembloit ne faire d'efforts que pour donner plus de gloire à leurs généraux : au milieu de ces désordres , les Grecs étoient toujours aveuglés par l’orgueil et par leur éternelle jalousie contre Rome : Héraclius, renonçant à la valeur qu'il avoit montrée contre les Perses, paroïssoit dégénéré; et plongé dans la mol- Jesse, il ne se rclevoit que pour signer tout ce que lui présentoit Sergius. Dans cet état de choses, étoit-il plus convenable et plus sùr de lancer les foudres de Rome, ou d’atendre qu'elles pussent être soutenues par le concours de la puissance impériale ? Etoit-il imprudent de temporiser, d'user de douceur et de patience? Ce que nous savons bien, c’est que de nos jours cette conduite paroîtroit moins coupable et seroit peut-être loin d'être blâmée, tant les temps sont changés! et tant il est vrai que pour juger un fait semblable, il faudroit se placer dans la position où s'est trouvé le chef de l'Eglisel
Mais ceux qui ont exigé la condamnation d'Honorius (si elle
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