‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 15 sur 146 · LES · texte numérisé non relu

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8 (AN 424.) HISTOIRE des évêques d'Afrique; mais on voit,par des événements postérieurs, que les appels ne furent ni abolis, ni interrompus, même quant à la méthode d'envoyer des juges sur les lieux. On remédia à l'abus, c’est-à-dire, à la dureté tyrannique des clercs exécuteurs, qui, autorisés par les puissancestemporelles à faire exécuter les jugements ecclésiastiques, affectoient quelquefois la hauteur d’une domination séculière. Pour ce qui est des canons cités comme de Nicée, etqui étoient de Sardique, loin de les rejeter comme apocryphes ou dépourvus d’auto-.

rité, les Africains, bientôt mieux instruits, les mirent au rang

des lois canoniques; puisqu'on les trouve sous leur véritable nom dans la célèbre concordance ou collection des canons de Ferrand, diacre de Carthage, qui jouissoit de la plus haute estime dans toute l'Afrique, sur la fin du même siècle. Leurs

‘ principes mêmes choquoient si peu les Africains, que le com-

pilateur ne craignit pas d'intituler ainsi cette partie de son recueil : Du concile provincial à recommencer par les légats

. du pape, s'il le juge à propos.

Jamaisla communion entrel’Eglise romaine et celle d'Afrique ne fut interrompue par ces discussions. Les hérétiques, qui avancent le contraire, n’allèguent que des pièces fausses et convaincues évidemment de faux par de grossiers anachronismes. Comment par exemple ces Africains, qui assez peu de temps après furent immolés à la fureur hérétique des Vandales, auroient-ils été honorés par l'Eglise romaine comme de saints martyrs,s'ils avoient été dans le schisme? Rien ne prouve mieux à quel point l'esprit d'erreur peut aveugler les ennemis de l'Eglise et de la chaire apostolique, que de les entendre triompher sur ce fait d'Apiarius, comme sur l’écueil où s’est brisée sans ressource la primauté romaine et le dogme de son unité. Pour sentir combien en cela ils s’écartent des règles du raisonnement et du bon sens même, il suffit d'observer qu'il n'étoit question que de la condamnation des personnes et de tout autre matière que celle de la foi. Si le clergé d'Afrique a statué ensuite, que quiconque s'y croit lésé peut appeler au concile dela province, ou même au concile universel ; outre qu'il ne s’agissoit plus de jugements apostoliques, et moins encore de jugements dogmatiques , on sait d'ailleurs que

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DE L'EGLISE, (AN 425.) 9 le nom de concile universel ou plénier, dans le style de ces Pères, qui n’a pas échappé au P. Alexandre , ne signifioit que le concile national de l'Afrique.

Nous ne lisons rien dans saint Augustin, l'oracle de son siècle et particulièrement de l'Afrique, qui n'annonce la plus religieuse et la plus inaltérable harmonie entre cette partie du monde chrétien et le siège apostolique. Partout il parle de l'Eglise romaine avec le respect et la tendresse d’un fils pour sa mère , et telle étoit la base des éminentes vertus dont il fournissoit des exemples dans tous les genres. Tout occupé qu'il étoit des travaux de la composition et de l'instruction publique, de toutes les œuvres qui concernoient l'édification du corps mystique de Jésus-Christ, il trouvoit encore du temps pour

+ les exercices particuliers de la charité, de la bienfaisance, de

l'hospitalité, des arbitrages et dela conciliation entre les fidèles de tout état, et les personnes même de toute religion. La réputation de sasainteté , autant que celle de seslumières, avoit pénétré dans tous les coins du monde. Deux personnes de Césarée en Cappadoce, Paul et Palladie, frère et sœur, virent en songe un vieillard vénérable, et furent avertis que c'étoit l'évêque d'Hippone en Afrique, où ils devoient chercher la guérison d’une maladie aussi affligeante que le principe en étoit singulier:, Depuis quelques années, ils éprouvoient dans tous leurs membres un affreux tremblement, que les remèdes les plus dispendieux et de longs voyages n'avoient pu calmer. Partout ils étalèrent leur malheur , mais sans trouver de soulagement. Ils arrivèrent à Hippone, aux approches de Pâques, et commencèrent à fréquenter l'église où l'on avoit apporté l’année précédente, les reliques si fameuses du martyr saint Etienne. Ils s'yrendoient chaque jour, et lasingularité de leur état qui fut bientôt connu de tout le monde attiroit

| à leur suite une infinité de personnes.

La matinée de Pâques, le concours étant beaucoup plus grand encore qu'à l'ordinaire, Paul, après avoir prié devant les reliques, se jeta tout à coup par terre, et y demeura comme

endormi, mais tranquille et sans trembler , quoique son trem-

t De Civitate Dei, l, XVII, c. 9.

10 (AN 425.) HISTOIRE lemnt ne le quittât jamais , même durant le sommeil. On ne savoit «, # craindre ou qu'espérer de cette espèce de léthargie,

quand il se releva sans nulle agitation, et guéri parfaitement.

On le conduisit au lieu où le vénérable prélat, assis, attendoit le moment de célébrer les saints mystères. Paul se jeta aux genoux du saint qui le releva et l'embrassa, toute l'église retentissant de cris de joie et des louanges du Seigneur. Quand on eut fait silence, le service divin commença; et le moment du sermon étant venu, l’éloquent évêque prenant occasion des circonstances : « Souvent, dit-il, on nouslit le récit des miracles du glorieux martyr saint Etienne; mais la vue de ce jeune homme est la meilleure de toutes les lectures. Il ne faut pointd’autrelivre que son visage qui nousest parfaitement connu, depuis le temps que vous compalissez à une affliction , dont la guérison soudaine nous ravit de joie. Je vous laisse à vos réflexions et aux doux sentiments que produit dans vos âmes l’éloquence muette du Tout-Puissant, qui s'explique assez par ce prodige. Vous me le pardonnerez d'autant plus aisément, que vous savez mon âge et connoissez ma foiblesse. » Saint Augustin avoit soixante-dix ans, etn'avoit pas mangé la veille de toute la journée, selon l'usage observé le samedi-saint, quoique le baptême solennel et tant d'autres cérémonies rendissent l'office extraordinairement pénible.

Après le service, il emmena Paul dîner avec lui, et lui fit raconter son histoire. « Je suis né, dit Paul, d'une famille nombreuse, mais encore plus malheureuse pour n'avoir pas fait assez de cas du précepte, auquel la félicité de la vie étoit attachée dans l’ancienne loi. De dix enfants que nous étions, sept garçons et trois filles, je suis le sixième, et ma sœur Palladie me suit immédiatement. Comme nous étions encoré dans la maison paternelle, notre frère aîné manqu: ::°ril'gement à notre mère, et porta l'impiété jusqu'à la f:15 . ‘'xoique uous fussions tous présents, nous le souffrüues, sans dire un seul mot pour le désapprouver. Outrée de douleur et d'indignation, cette mère au désespoir court au temple du Seigneur; là, “rosternée devant les fonts baptismaux, sur lesquels elle te. 1 nain ‘tendue : Dieu terrible ! s’écrie-t-elle, les cheveux # ars et le sein découvert; Dieu vengeur de la nature

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DE L'EGLISE. (An 425.) 11 outragée , frappe toi-même les enfants dénaturés que ce scin a conçus ; et qu'errants par lemonde, ils éprouvent un châtimen

qui porte partout l'épouvante et l'horreur.

» À l'instant, notre aîné fut saisi d’un tremblement blable au mien : dans le cours de l’année tous mes sœurs furent atteints du même mal, suivant l'ordre naissance. Aucun n’échappa à la malédiction tropeflic

sa vengeance contre elle-même et se pendit de ses proprès. mains. Noustous, race maudite et chargée de l’exécration pu-

blique, nous abandonnâmes notre patrie, et nous nous dise

persämes de toute part, pour cacher, s’ilétoit possible, notre crime et notre opprobre, Lesecond de nos frères a recouvré la

santé à Ravenne , auprès des reliques du martyr saint Laurent.

Pour moi, après avoir erré en mille endroits divers, un per-

sonnage vénérable par sa douceur grave, son air auguste, ses cheveux blancs, et tel absolument que je vous vois ici, pontife du Seigneur, m'apparut et me dit que je serois guéri dans trois mois. Votre sainteté apparut de même à ma sœur; et ces apparitions nous furent souvent réitérées depuis dans les différents endroits de notre route. Nous sommes donc arrivés pleins de la confiance dont je viens de retirer le fruit. »

Le saint évêque fit dresser un procès verbal de ce récit et de tout l'ordre du miracle , qu'on promit de lire au peuple deux jours après. Ainsi, le mardi de Pâques, pour rendre la cérémonic plus intéressante, on fit monter sur les degrés de la chaire à prêcher, Paul parfaitement guéri , et Palladiesa sœur, toujours agitée de son tremblement. L'évêque étoit déjà dans la chaire, d’où il faisoit lire l’histoire de la guérison de Paul. La lecture, finie, le frère et la sœur allèrent prier auprès des reliques, et l'évêque prêcha d’abord sur le respect queles enfants doivent à leurs parents, et sur la modération des parents envers leurs enfants : ensuite il s’étendit sur les miracles de saint Étienne. Tout à coup il s’éleva de grandes acclamations du lieu où reposoient les reliques : Grâces à Dieu , louanges à Jésus-Christ ! s'écrioit-on avec tant de force, que le saint oraleur ne pouvoit plus se faire entendre. C'étoit Palladie que

12 (AN 425.) HISTOIRE venoït d’être guérie en la mêmemanière quesonfrère , et qu’on amena aussitôt vers saint Augustin qui rapporte ce miracle, comme en ayant été le témoin oculaire. Il cite une multitude étonnante d'autres prodiges arrivés à Hippone dans le cours de deux ans.

Cependant ses forces déclinoient avec les années; et son zèle , quoique toujoursle même, ne pouvoit plus suflire atout. Il avoit d'ailleurs un dessein qui demandoit beaucoup de loisir et de liberté d'esprit, et conséquemment beaucoup moins d’occupations et de sollicitudes, que les fonctions de l'épiscopat, conçues à sa manière, ne lui en laissoient. Depuis plusieurs années, il se proposoit de réviser et censurer lui-même ses écrits, et de montrer ainsi à l'univers qu'il ne faisoit point d'acception de sa propre personne, comme il s'exprime en écrivant au tribun Marcellin. Mais, pressentant qu'il ne pourroit exécuter un projet si utile tandis qu'il porteroit tout le faix de l’épiscopat , il vouloit se donner un coadjuteur. Tout récemment il venoit d'en voir un exemple dans l'église de Milève où on l’avoit appelé à la mort de l’évêque Sévère, de pieuse mémoire, qui, pour prévenir les brigues et les troubles , avoit désigné son successeur avant de mourir. Mais Sévère avoit manqué de faire agréer son choix au peuple, dont il avoit cru l'approbation inutile après celle du clergé : ce qui occasiona des difficultés que saint Augustin réussit à faire lever, mais qu'il voulut prévenir pour la coadjutorerie d'Hippone.

Ayant donc rassemblé tout à la fois son peuple et son clergé : « Nous sommes tous mortels, mes frères, leur ditilt; mais si dans la jeunesse on peut mourir bientôt, dans la vieillesse on ne sauroit long-temps vivre. L'’espérance même dont se repaissent les différents âges de la vie, tout incertaine qu'elle est, nous manque à l’âge où nous sommes. Que je suis différent de ce que j'étois en arrivant dans cette ville, qui m'est trop chère pour n'en point écarter les trames et les divisions, si fréquentes à la mort des évêques! Afin donc que personne n'ait le moindre sujet de plainte, je déclare en présence de vous tous ma volonté, qui est con-

t Epist. 213, al. 10.

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DE L'ÉGLISE, (ax 426.) 13 forme , au moins mele persuadé-je, à celle de Dieu , et je vous demande Héraclius pour mon successeur.» Toute l'assemblée applaudit, en s’écriant : Dieu soit glorifié! Vive Augustin! Nous approuvons le choix de notre pasteur et de notre père. Quand on eut fait silence, saint Augustin reprit la parole, et dit: « Je ne m'étendrai pas sur les louanges d'Héraclius; j'estime son mérite, et j'épargne sa modestie, I] suffit que vous le révériez et que nous soyons d'accord. Les notaires de l’église, comme vous le voyez, prennent acte de mes propositions et de votre consentement, parce que nous voulons donner à cette affaire toute Ja stabilité qu'elle peut avoir devant les hommes. Que le Tout-Puissant confirme l'œuvre qu'il nous a fait commencer!» Les acclamations recommencèrent plus vivement que la première fois , et l'on donna lesmarques les moins équivoques d’une approbation unanime. Après quoi néanmoins

| le saint évêque dit qu'il ne vouloit pas qu'Héraclius fût coad-

juteur d'Augustin, en la manière qu'Augustin l’avoit été de Valère.

«Les anciens, poursuivit-il, savent qu’on me conféra le caractère épiscopal du vivant de l'évêque Valère, et que nous : lfûmes deux évêques à la fois sur le même siége, ce que ni lui ni moi ne savions pas avoir été défendn par le concile de Ni- ‘cée, Je ne veux pas qu'on reprenne dans mon fils ce qui étoit lrépréhensible en moi. Il se contentera du caractère sacerdotal, jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de me retirer du monde, et de le faire ordonner évêque. Mais vous savez le peu de loisir qui me reste, après les charges que m'ont imposées deux conciles, ‘T'rouvez bon que je me décharge du poids de mes occupalions ordinaires sur le prêtre Héraclius qui est dans la vigueur de l’âge. Qu'on s'adresse à lui, au lieu de venir à moi; quand Îl aura besoin de mes conseils, je ne les luirefuserai pas. Expliquez-vous spécialement sur cet article; et si vous y donnez votre consentement, témoignez-le au moins par acclamation.» On cria qu'on s'en rapportoit à sa sagesse et à sa bonté paternelle , et on le bénit mille fois. Pour attirer aussi les bénédictions du ciel, on termina la cérémonie par le saint sacrifice. Malgré toutes ces sages dispositions, le saint docteur ne put

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14 (AN 426.) HISTOIRE s'occuper sans interruption de la révision de ses ouvrages, et ses Rétractations furent encore deux ans à paroître,

Cet oracle du monde chrétien étoit obligé de répondre sans fin à toutes sortes de consultations. Deux moines africains du monastère d'Adrumète, étant venus à Uzalet, y trouvérent sa lettre à Sixte et en tirèrent une copie qu ils reportèrent à leur monastère. À la première lecture qu’en firent leurs confrères, cinq ou six d'entr'eux, prenant mal le sens de l’auteur, prétendirent qu'il détruisoit le libre arbitre. Quelques autres tentèrent vainement de leur faire entendre raison : les esprits s'échauffèrent, le trouble se mit dans la communauté : deux des plus ardents résolurent d'aller trouver Augustin pour le faire expliquer lui-même, et l'abbé fut contraint d'y consentir de peur d'un plus grandtrouble. Ils vinrent en effet, et parlèrent avec assez de chaleur; mais le saint docteur ne voyant dans leur enthousiasme et leur erreur qu'une crainte excessive de l'erreur même, il eut pitié de leur simplicité et de leur foiblesse, les traita avec beaucoup de douceur et d'honnêteté, les retint long-temps auprès de lui, et leur expliqua à fond la doctrine catholique touchant la liberté de l'homme et la grâce intérieure de Jésus-Christ. 11 leur donna même une lettre sur les mêmes objets pour Valentin leur abbé et tout son monastère, afin d'étouffer dans leur principe les moindres germes de l'erreur. Il connoissoit les stratagèmes du père du mensonge, et Linclination artificieuse de ses émissaires à s'insinuer dans les communautés les plus ferventes.

Ce ne fut point encore assez pour son zèle : il composa exprès un nouvel ouvrage intitulé de la Grdce et du Libre Arbitre, qu'il adressa à Valentin et àses moines. Commele but de cet ouvrage étoit de dissiper les préventions de ceux qui ne peuvent accorder la grâce avec la liberté, il rassembla les meilleures preuves de ces deux points de foi. D'abord, par les saintes Ecritures qui sont pleines de préceptes et de promesses, il établit le libre arbitre, c'est-à-dire, un pouvoir véritable, exempt non-seulement de contrainte, mais encore de nécessité, capable de se déterminer par un choix qui lui est propre; et

à Epist, 214, al. 46.

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DE L'EGLISE. (AN 426.) 15 aon pas une faculté passive, uniquement propre à être entraînée par le poids d’une force étrangère. Il n'est ici question que de l'état présent de la nature : la chose est visible par tout ce que suppose l'auteur, principalement l'ignorance et la concupiscence qui ne conviennent qu'à la nature corrompue. En un mot, les preuves du libre arbitre sont si frappantes, poursuit le saint docteur, qu'il est à craindre, en les voyant, qu'on ne mette sa confiance en soi-même, comme font les pélagiens. C'est pourquoi il faut joindre à cette considération celle d'une grâce purement gratuite, sans laquelle on ne peut rien faire de bon pour lesalut, et qui est la source de tout notre mérite.

Il cite à ce sujet le passage où saint Paul dit, que ce n'étoit pas lui quifaisoit le bien, mais la grâce de Dieu avec lui; et il le cite selon ce qu'on lit encore dans la Vulgate, la grâce de Dieu avec moi, et non lu grâce qui esten moi, suivant une leçon altérée, qui n'est appuyée de presqu aucun exemplaire, et qui étoit restée dans l'obscurité qu'elle mérite jusqu'au temps des dernières erreurs. Le docteur de la grâce prouve ensuite par le même apôtre, que dans l'affaire du salut tout est l'effet de cette grâce, les bonnes pensées, les pieuses affections, la force : pour combattre et les victoires qu'on remporte, la persévérance, la foi même, qu'on ne peut mériter par les œuvres. La gloire céleste, ajoute-t-il, est elle-même une grâce, parce qu'elle est la récompense des œuvres produites par la vertu de la grâce. C'est en ce sens que le saint docteur entend ce que dit l'Evangile, qu'on accorde une grâce pour une grâce. Il explique comment Dieu donne ce qu'il commande; c'est-àdire en donnant son secours à celui à qui il commande l'action. Il opère en nous, dit-il encore, afin que nous voulions; mais lorsque nous voulons, et que nous voulons de telle sorte que nous agissions , alors il coopère avec nous. Pour le mal, ce n'est pas en nous inclinantau péché qu'il agit surnos cœurs, mais précisément en nous laissant pécher, de manière qu'il n'endurcit l'homme, qu'en permettant qu'on le séduise ou qu il s'endurcisse.

Les pélagiens, attribuant le nom de grâce à la loi, l'exaltoient extraordinairement , et la représentoient comme un secours suffisant pour la pratique dela vertu, C'est pourquoi

16 (AN 426.) HISTOIRE saint Augustin la réduisant à sa juste valeur, dit non-seulement qu’elle n’est point la grâce, mais que la Joi sans la grâce est la lettre qui tue, On useroit d’une étrange dialectique, en inférant de là que le saint docteur donnoïit l'ancienne loi pour mauvaise. Il raisonne en ce point, touchant l'enseignement de la loi nouvelle, comme sur l’ancienne loi, ainsi qu'il le falloit pour procéder d'une manière conséquente, et anéantir la prétention des hérétiques; et c’est aux deux lois indifféremment qu'il applique le passage, la lettre tue. Ce qu'il dit encore de la charité et de la crainte n’a besoin que d’être rendu fidélement pour faire tomber les interprétations dangereuses. 1] n’y parle pas seulement de la charité proprement dite; mais il comprend sous ce nom toute espèce de bonne volonté que Dieu nous inspire pour notre salut , toute affection du cœur pour les vrais biens, et jusqu'à la crainte des châtiments éternels qui nous détourne du péché: crainte bien différente, selon le saint docteur, de la crainte du monde, à laquelle il attribue la chute de saint Pierre, mais qui est plutôt un don de la grâce, pour repousser les attraits de la séduction et les assauts de la concupiscence.

Saint Augustin fit partir son livre avec une seconde lettre pour l'abbé d'Adrumète, et Valentin lui renvoya ses témoignages de reconnoissance par le même religieux qui avoit apporté en premier lieu la lettre adressée à Sixte. Le saint apprit avec joie le rétablissement de la paix dans le monastère ; mais il sut en mêmetemps que quelques-uns tiroient de ses bons principes des conséquences pernicieuses tout opposées aux premières. Si la grâce est nécessaire pour observer les commandements, disoit-on, nos supérieurs doivent se contenter de nous instruire et de prier pour nous, sans nous corriger, quand nous nous écartons du devoir. À ces nouvelles difficultés , le saint répondit par un nouvel ouvrage, qu'il intitula : de la Correction et de la Grdce, et qu'il adressa de nouveau à l'abbé et aux moines d'Adrumète:,

Sans accuser personne, il ne put s'empêcher de ressentir de l'émotion à la vue de quelques ignorants, peu satisfaits

5 12 Retract, c. ult,

+ parmi

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on-seulela grâce tique, en loi pour ement de le falloit tir la prééremment encore de ndu fidèreuses. Il dite; mais lonté que , du cœur nents éterdifférente, laquelle il un don de | les assauts

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© des attentions et des raisonnements qui auroient gagné les

DE L'ÉGLISE. (Ax 426.) 17

savants du premier ordre. Il ne lui échappa cependant aucune * bersonnalité, aucune. expression dure et Mortifiante; mais il | les accabla de raisons fortes; et il usa de termes qui rendissent * toute l'énergie des pensées. Sur la fin de ce dernier ouvrage, ilrenvoie ses lecteurs au traité de la grâce et du libre arbitre, | qui doit être regardé comme la clef ou l'introduction dans

© plusieurs articles.

La justice de la correction,que soutient ici le défenseur de 3 la saine doctrine, pourroit seule établir la suffisance des grâces L accordées pour éviter le mal et pratiquer la vertu. On ne « corrige pas, dit-il, les seuls prédestinés ; et il est évident qu'on

| ne coirige aucune personne, pour le cas où elle a été munie } de grâces suivies de l'effet. On peut donc éviter le péché, sans ces sortes de grâces. Il ajoute que la grâce qui nous rend le

| bien tellement possible que nous soyons dignes de correc- À tion en l'omettant, ne nous le rend pas pour cela necessaire. À Un des principaux avantages que saint Augustin trouve dans

( la correction, c'est qu elle fait recourir à la prière, par laquelle on obtient la grâce de l'action : d’où il conclut que les + supérieurs ont toujours droit de reprendre ceux qui se conà duisent mal, ou qui s'étant bien conduits manquent de per- © sévérance ; puisque c'est par leur propre volonté qu'ils n'ont À pas persévéré. Ils l'auroient fait s'ils l'eussent voulu, ajoute “le saint docteur en termes exprès, marquant ainsi dans le pé-

# cheur un pouvoir véritable de vouloir ou de ne vouloir pas.

+ 11 ne s'exprime pas en d'autres termes touchant le principe de la chute des anges et de notre premier père dans l’état d'inno- * cence. Ainsi le docteur de la grâce reronnoit-il dans cet état : et dans celui où nous sommes, une même espèce de pou- Mi quant au fond et à l'essence, quoique notre foiblesse lait besoin de bien plus puissants secours. Un auteur, justement renommé pour son exactitude, remarque à ce sujet, “ que la distinction entre la grâce de la nature innocente et “ celle de la nature corrompue a excité de grandes disputes j parmi les théologiens ; mais loin de prétendre par-la mettre

“« de niveau les docteurs des écoles catholiques avec les défen-

18 (AN 426.) HISTOIRF seurs des nouveautés proscrites, il sape au même endroït tous les principes des dernières erreurs.

Saint Augustin dit encore que Dieu nous fait persévérer nvinciblement, ou d'une manière insurmontable : expression qui, prise à la lettre, détruiroit l’activité de l’âme et anéantiroit le libre arbitre. Mais il s'explique lui-même en mille endroits différents, et ilne prétend exprimer ici qu'une grâce qui opère infailliblement notre persévérance; et qui, par notre fidélité à y répondre, nous rend insurmontables à toutes les attaques des ennemis du salut. Quelque usage qu’on fasse de la grâce, ajoute-il, la volonté du Seigneur n'est jamais vaincue; parce que, si les pécheurs ne font pas ce qu'il veut, il dispose comme ille veut de leur sort, en glorifiant sa justice sur ceux qui ont refusé de glorifier sa miséricorde.

Après ces ouvrages,que le besoin présent demandoit, saint Augustin reprit avec une nouvelle ardeur celui des Rétractations, qui ne tarda plus à paroître en deux livres. Le premier contient la révision des écrits composés depuis sa conversion jusqu'à son épiscopat, et le second s'étend à tout ce qu'il écrivit depuis le commencement de son épiscopat jusqu'au temps où il fit cette revue : c'est-à-dire qu'il suivit l'ordre des

temps, en commençant par ses trois livres contre les acadé- |

miciens, et en finissant à celui de la Correction et de la Grâce. IL compte quatre-vingt-treize ouvrages différents, en deux cent trente-deux livres, dans lesquels il marque jusqu'aux expressions qui lui sembloient répréhensibles ; il justifie aussi ce qu'on y avoit censuré mal à propos. Il restoit ses lettres et ses sermons, et il entreprit tout de suite la révision des lettres, qu'il n'eut pas le temps de finir.

On ne cessoit de le consulter de toute part. Deux laïques fort instruits et fort pieux, nommés Hilaire et Prosper, lui cominuniquèrent les nbjections que faisoient les demi-pélagiens contre ses principes. Hilaire, différent du saint évêque d'Arles du même nomet du même temps, étoit très-versé dans la connoissance des affaires de la Gaule et de la Provence en particulier , et il avoit avec le grand évêque d'Hip-

s Epist, 225 et 226.

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