‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 17 sur 146 · BR A S · texte numérisé non relu

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(AN 427.) 21 faits de Dieu, par lesquels tous ceux qui sont sauvés le son très-sûrement. Les jugements du Seigneur n'en sont pas moins impénétrables , en. ce que de deux hommes de bien, par exemple, le Fout-Puissant donne la persévérance à l'un, et ne la donne point à l’autre ; de deux infidèles , il appelle l’un de telle sorte qu'il embrasse la foi, et n’appelle point l’autre, ou ne l'appelle pas de manière qu'il se rende docile. On voit que, dans la supposition de saint Augustin , il ya des infidèles qui ne sont pas appelés, au moins immédiatement à la foi; mais il n'avance rien d'où l’on puisse conclure qu'ils sont privés de toutes les autres grâces.

Au reste, le saint docteur a soin de déclarer , qu'en tout ce qu'il vient de dire sur la nécessité de la grâce il s'agit principalement de l’ordre surnaturel. Il ajoute, avec une madestie admirable, qu’on ne doit pas suivre toutes ses opinions indistinctement et sans examen, que ses rétractations montrant qu'il ne se croit rien moins qu infaillible dans ses premiers écrits, il pourroit de même s'être trompé dans les derniers , sur quelques articles qui ne concernent que la manière d'expliquer le dogme dont la foi n’est pas moins assurée: Qu'il étoit donc éloigné de la manière de penser de ceux qui aiment mieux croire toute l'Eglise enseignante dans l'erreur, que d'imaginer, non que saint Augustin se soit trompé en effet , (l'Eglise ne rend pas moins de justice qu'eux à l'exactitude du docteur de la grâce }; mais que d'imaginer qu'ils se trompent eux-mêmes dans la manière dont ils l'interprètent !

Entre les solitaires de la Gaule prévenus contre le saint évêque d'Hippone, l'abbé Jean Cassien étoit le plus célèbre, I avoit été élevé dans un monastère de Bethléem , où il se rendit recommandable par ses talents et son attachement pour saint Jean Chrysostôme, qui l'ordonna diacre. I] fut député, pendant l'exil de ce saint patriarche, par le clergé de Constantinople, vers le pape Innocent,qui le fit prêtre. Il étudia et pratiqua même durant quelque temps les exercices de la vie parfaite, parmi les plus fervents solitaires de l'Egypte et de la Thébaïde ; mais il fut imbu en Orient de maximes erronées, apparemment dans le commerce qu'il eut avec quelques per-

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22 (AN 47) HISTOIRE sonnes pieuses séduiles par Célestius et Pélage. Car il faut rendre justice à la multitude des Orientaux, fort opposés comme on l’a vu, à cette hérésie; quoi qu'en ait imaginé la prévention téméraire. qui dut son origine aux sectaires Ges derniers siècles, et qui abouliroit à faire passer l'église d’Orient pour semi-pélagienne. Cassien erra sans obstination , et sans cesser d’être attaché de cœur à l’enseignement de l'Eglise; ces restes spécieux de la plus subtile des hérésies, n'étant pas encore expressément condamnés lorsqu'il les soutint.

Soit qu'il füt gaulois, comme les critiques modernes le pensent , soit qu'il fût de Thrace ou de Scythie, ce cénobite savant et vraiment pieux choisit sa retraite dans les Gaules après ses voyages. Il fixa sa demeure à Marseille, où il fonda deux monastères, l’un d'hommes, en l’honueur de saint Pierre et de saint Victor, et l’autre de filles, en l'honneur de la sainte Vierge. Il y établit la discipline des cénobites de l'Orient, autant qu'elle y étoit praticable ; et néanmoins avec tant de succès, qu'il eut, dit-on, sous sa conduite jusqu'à cinq mille moines. Il est honoré comme un saint dans plusieurs églises de Provence, spécialement dans son monastère de saint Victor de Marseille , où sa fête se célèbre avec octave le 23 juillet.

Il rendit à la religion un service inestimable , en composant son ouvrage fameux des Institutions monastiques. Il le divise en douze livres, dont les quatre premiers contiennent les pratiques des laures de l'Egypte, de la Palestine et de la Mésopotamie : mais il accommode sagement ces ohservances extraordinaires au climat et au tempérament des Occidentaux, 1 se fit même une règle de ne pas rapporter les traits de vertu qui tiennent du prodige et qu’on ne peut qu'admirer, parce qu'il n’avoit pour but que de faire imiter ses modèles. Il veut que l’habit de ses moines soit simple, sans être mal-propre ni singulier par la forme ou la couleur : d’où l'on présume généralement que les vêtements des premiers religieux ne différoient guère de ceux du peuple. A l'exemple des solitaires de l'Egypte et de la Thébaïde, où l'office divin et les pieux usages étoient toujours de cette noble simplicité conforme à la règle qu'ils tenoient d'un ange, ceux de Marseille n'avoient

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Lx L'ÉGLISE. (AN 427.) 23 en commun que l'office du soir et celui de la nuit, c'est-à- : dire, vêépres et matines , excepté le samedi ct le dimanche,

| qu'ils s'assembloient à l'heure de tierce pour la communion, … À vêpres on chantoit douze psaumes et autant à matines, où { l'on ajoutoit deux leçons, l'une de l’ancien et l’autre du nou- © veau Testament. Les psaumes nese disoient pas à deux chœurs; © un seul frère chantoit, et tous les autres écoutoient en silence.

Après chaque psaume, tous faisoient une prière; et à la fin de tout l'office, le prêtre, recueillant , dit Gassien, la prière d’un chacun, faisoit au nom de tous une oraison que nous nommons encore collecte. Les moines de la Palestine avoient, de plus qu’en Egypte, les offices de tierce, de sexte et de none. L'heure de prime étoit particulière aux Occidentaux, qui l'avoient instituée depuis peu de temps, pour faire lever les frères plus matin, et les empêcher de rester dans l'inaction jusqu'à tierce. Du reste, après les offices, on s’exerçoit beaucoup au travail; en quoi les moines des Gaules, selon Cassien, n'égaloient pas les Orientaux. C'est-là, dit-il, la cause prin-

4 cipale de ce que les monastères n’y sont pas aussi nombreux

qu'en Orient. Cassien nous apprend encore que la coutume de

:. lire. pendant le repas étoit renue de Cappadoce, sans doute des moines de saint Basile,

Dans les huit derniers livres des Institutions , il traite des

1 vices capitaux , au nombre desquels il compte la tristesse; … défaut en effet des plus funestes dans la carrière du salut , sur-

tout dans la retraite et les sentiers de la perfection. À l'occasion de la paresse, on traite amplement de la nécessité du

1 travail des mains. Le douzième livre, après s'être exprimé … plusieurs fois sur la grâce d’une manière très-orthodoxe, ne laisse pas de montrer des sentiments tout-à-fait pélagiens : ce … qui porte à croire que ce livre fut composé avant que la condamnation de Pélage ait été connue de l'auteur dans sa juste … teneur et son entier développement. À ces taches près, les 4 institutions de Cassien sont un excellent ouvrage, qui a con-

tribué infiniment à faire refleurir la régularité dans les anciens monastères , et qui dans tous les âges a fourni à la vie cénobitique ses meilleures observances.

Saint Castor, évêque d'Apt, qui avoit engagé Cassien à les

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24 (AN 427.) HISTOIRE composer, fut si content de la piété qu'elles respirent presque partout, qu'il le pria de mettre encore par écrit ses pieux entretiens avec les solitaires de l'Egypte. Cesaint prélat, natif de Nîmes, venoit de fonder dans sa patrie une communauté de fervents religieux, auxquels il savoit combien .ces sortes de lectures étoient profitables. Cassien commenca donc aussitôt ses conférences ; mais quelque diligence qu'il fit, il n’acheva es dix premières qu'après la mort du saint évêque d'’Apt; ce qui les lui fit dédier à saint Léonce, évêque de. Fréjus, frère de saint Castor , et à un abbé Hellade, qui devint aussi évêque. Saint Honorat, abbé de Lérins, et saint Eucher qui. étoit venu se ranger sous la conduite de Cassien, après avoir.renoncé à tous les avantages qu'il pouvoit attendre de son illustre naissance , et plus encore de son mérite, le pressérent par les plus puissants motifs de ne pas s'en tenir là. Il fit, à leur prière, sept conférences nouvelles, qu'il leur dédia, et dans la suite il y en ajouta encore sept. Ainsi l'ouvrage entier en comprend vingt-quatre, qui toutes unissent sagement l'agréable à l’utile, mais qui demandent quelque précaution pour être lues sans danger.

La treizième , qui traite de la protection divine, est infectée de plusieurs erreurs semi-pélagiennes que saint Prosper fit remarquer, et réfuta fortement peu après leur publication. Il ne fit pas seulement sentir leur opposition à la doctrine de l'Eglise, mais il convainquit l’auteur de contradiction avec lui-même. En effet, cette conférence pose pour principe, que les bonnes pensées viennent de Dieu qui mspire le commencement de la bonne volonté ; après quoi, elle ajoute et répète en plusieurs endraits , qu'il ne faut pas toujours attribuer à la grâce la bonne volonté, puisqu'elle vient quelquefois des forces de la nature. Dans la dix-septième, on trouve encore des propositions erronées, mais sur d’autres matières : l'auteur y avance et s'efforce d'y prouver par l'Ecriture, que le mensonge est permis en certaines rencontres. Il le compare à l'ellébore, qui est salutaire quand on en use dans un grand danger , et qui est très-nuisible si le péril n’est pas réel, ou s’il n est que médiocre.

Saint Honorat, à qui une partie des conférences fut dédice.

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DE L'ÉGLISE. (AN /27.) 25 gouvernoit depuis long-temps avec la plus grande édification le monastère qu'il avoit fondé dans l'île de Lérins, à l'extrémité de la Provence:. Né dans le pays de ‘Toul , au sein des grandeurs et de l’opulence, son père avoit établi sur lui les espérances les plus vastes et les plus flatteuses. Mais Honorat renonça à toutes les vanités du siècle; et, pour garder plus sûrement sa résolution, il quitta sa patrie même, et voyagea d’abord dans la Grèce, afin de s’instruire par l'exemple dans les pratiques de la vie parfaite. Son frère Venant, qui l'avoit suivi, étant mort à Méthone dans le Péloponèse, il s’embarqua pour l'Italie, refusa les places les plus distinguées que plusieurs grands évêques lui offrirent, et s'établit enfin en

+ Provence, dans le territoire de Fréjus, par une estime parti-

culière qu’il conçut pour le saint évêque Léonce.

La petite île, ou pour mieux dire, le rocher de Lérins lui parut très-propre à se séparer entièrement du monde. En vain Jui représenta-t-on que ce n'étoit là qu'un repaire de serpents d'une: espèce très-venimeuse ; sa foi s’éleva au-dessus de toutes craintes, et ne fut pas confondue. Ces horribles reptiles per-

‘ dirent d’abord leur venin pour lui et pour ses disciples, dis-

parurent ensuite, et après fort peu de temps, on vit dans un réduit abhorré et jusques-là réputé inhabitable, un des plus célèbres monastères du monde chrétien. La multitude et les qualités éminentess de ces grands serviteurs de Dieu en firent long-temps la ressource et l’ornement principal de l’église de France. On n'a plus la règle de Lérins, mais on sait que les moines y habitoient des cellules séparées , et qu'ils allioient la vie érémitique avec celle des cénobites. À

Le caractère du saint abbé de Lérins, qui lui attiroit des disciples de toutes les parties de l'Occident, étoit une charité

+ douce et affectueuse, si prévenante, si affable, que saint

Eucher et saint Hilaire, deux de ses disciples, répétoient souvent que, si la charité vouloit se faire peindre , elle emprunteroit les traits d'Honorat. Ce furent ces vertus qui le firent demander avec tant d'instance pour évêque par la ville d'Arles, après la mort de Patrocle ; mais il ne le fut que deux

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ans. Îl gouverna son diocèse comme une famille, ainsi qu'il avoit déjà fait son monastère : il s'appliqua surtout à en bannir l'esprit de parti et de division. Dans le peu ‘le temps qu'il fut dans cette place, il distribua sans réserve d'immenses trésors,amassés depuis long-temps dans son église. Il crut l'obligation d'instruire si indispensable pour un évêque, qu'il voulut s’en acquitter jusqu'au lit de la mort , et ne cessa de la remplir qu'en cessant de vivre. Il étoit encore monté en chaire le jour de l'Epiphanie,environ huit jours avant sa mort, qui arriva l'an 429. On croit que c’est à son zèle pour la discipline, et à ses plaintes sur divers abus qui se glissoient dans la Gaule Narbonnoïise, que nous devons la décrétale du pape saint Célestin, adressée aux évêques des provinces de Vienne et de Narbonne.

Le pape s'y élève avec force contre le refus de la pénitence, qui se faisoit encore à quelques mourantst. Voici les expressions mêmes de ce saint pontife, quil est born d'opposer aux principes d'un rigorisme outré qui ne peut inspirer que le désespoir.

« Nous avons appris, dit-il, qu'on refusoit la pénitence à des mourants, et qu'on ne secondoit pas les vœux des pécheurs qui, aux approches de la mort, demandent ce remède pour le soulagement de leur âme. Oui, je m'en déclare hautement, et ne regarde qu'avec horreur une impiété assez cruelle pour désespérer de la bonté divine, comme si elle ne pouvoit secourir celui qui recourt à elle en quelque temps que ce soit, ni soustraire l'homme en péril au poids des péchés sous lesquels il désire ne pas gémir plus long-temps, Qu'est cela, je vous prie, sinon ajouter une seconde mort à la première, et pai le comble de la cruauté tuer à jamais une âme en refusant de lui rendre la vie ? » N'est-il pas clair, par une pareille manière de s'exprimer, que ce saint pontife ne regarda pas ce règlement comme une pratique arbitraire et peu importante, bien moins encore la rigueur contraire comme l'usage commun de l'Eglise; et par conséquent que c'est un abus très-blämable, en quelques cas que l'on puisse imaginer, de laisser mourir

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DE L'EGLISE. (AN 428.) 27 sans les sccours de l'Eglise, ceux qui les demandent avec les dispositions convenables ? Il est visible qu'il faut expliquer par un témoignage aussi expressif que celui-ci, ce qu'il y a d’obseur ailleurs sur le même sujet; en observant néanmoins que les semences du novatianisme qui se répandoient dans les Gaules, peuvent avoir contribué à la chaleur que prend ici le zèle de saint Célestin.

Il condamna aussi l'innovation que quelques prêtres étrangers introduisoient dans la manière de se vêtir parmi les ecclésiastiques des Gaules. Ces étrangers étoient apparemment des inoines orientaux ou formés en Orient, tels que Cassien, et qui conservoient dans le clergé l'habit monastique, c’est-àdire le manteau fort court avec la ceinture. À quoi bon, dit ce pape, un nouvel habillement dans les églises de la Gaule, et pourquoi vouloir enchérir sur tant de saints évêques ? On

| doit se distinguer du grand.nombre par les mœurs et la capa- ! cité, non par la forme des vêtements. Quelques auteurs ont | inféré de ce passage, que les ecclésiastiques ne portoient point

encore d'habits distingués de ceux des laiques , au moins quant à la forme, mais cette conséquence paroît mal tirée. Le sens des paroles du saint pontife est précisément que les clercs doivent se distinguer des laïques, plus par les solides qualités de l'âme que par l'apparence extérieure des vêtements ; mais non que les vêtements des uns et des autres ne dussent différer en aucune manière. Il donne ensuite pour les ordinations plusieurs règles très-sages, dont la plupart sont encore en vigueur; comme de ne point consacrer d'évêques qui n'eussent passé par les degrés ordinaires de la cléricature ; de ne pas ordonner un laïque, un bigame , ou l'époux d'une veuve.

Enfin, la décrétale de Célestin, en fournissant un nouvel exemple du recours à Rome, déclare qu'un certain Danicl, accusé par des religieuses qu'il avoit gouvernées en Orient, et devenu évêque on Gaule, dans le temps même que le pape écrivoit à l'évêque d'Arles de le lui envoyer pour être jugé sur cette accusation ; Célestin déclare que ce Daniel est séparé du corps épiscopal, jusqu'à ce qu'il vienne se sister au tribunal apostolique, si sa conscience lui en laisse l'assurance. En même temps il renvoie au jugement des évêques de la province Viennoise

28 (AN 428.) HISTOIRK et de la Narbonnoise, la cause de l'évêque de Marseille, qui en accucillant favorablement le meurtrier d'un autre évêque, paroissoit applaudir au meurtre même. Cette décrétale est du a5 juillet 428.

Saint Honorat se sentant près de sa fin, crut ne pouvoir mieux faire que de désigner pour son successeur son disciple Hilaire, qu'il fit venir du monastère de Lérins, sans lui en apprendre la cause. Gelui-ci n'avoit qu'environ vingt-huit ans ; mais il s'étoit donné à Dieu avec une grandeur de courage qui décide ordinairement de la persévérance ainsi que de l'éminence de la vertu. C'étoit Honorat qui, après avoir fait cette conquête à Jésus-Christ, en avait toujours pris par lui-même le plus grand soin. Le disciple étoit du même pays que le maître, c'est-à-dire de Toul, et d'une naissance pareillement distinguée; mais il étoit encore plus entêté des vanités du monde, lorsqu'il fit connoissance avec Honorat. À force d'exhortations et de prières, le saint l'arracha au siècle ; et les fruits de ce premier sacrifice allèrent toujours depuis en se perfe: tionnant. Hilaire parut digne de l'épiscopat, par la crainte même qu'il en témoignoit.

11 n'eut pas plutôt pénétré les vues qu'on avoit sur lui, qu'il retourna promptement se cacher parmi ses frères, dont il implora le secours, comme dans les périls extrêmes ; mais on en-

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voya une troupe de gens de guerre et de citoyens pour ï l'enlever t. Il ne pouvoit encore se résoudre à donner son con- Œ afr 5 sentement, qu'il eût peut-être constamment refusé, si Dieu À bes A n'eût déclaré son choix par un prodige, en faisant paroître sur ee # sa tête une colombe qu'on prit pour le symbole de l'Esprit 4, û saint. Au sortir d'un monastère qui allioit l'étude des sciences ô à celle des vertus, et qui formoit comme un séminaire d'évè- qd” ques pour toutes les Gaules, Hilaire plein de talents et de a pénétration prit part aux disputes qui s'élevèrent, dès le commencement de son épiscopat, sur certains écrits de saint Au- dt, gustin. Quelques auteurs ont prétendu qu'il avoit donné dans d'A les erreurs des semi-pélagiens , toutefois avant que la condam- illu

nation lui en eût été connue. D'autres soutiennent, qu en con-

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DE L'EGLISE, (AN 428.) 29 tredisant saint Augustin sur la prédestination à la gloire, et en Ja disant conséquente à la prévision des mérites, il n'imaginoit point pour cela que la prévision des œuvres futures fût pour Dieu un motif d'accorder la grâce, ou qu'on pôt faire en aucune manière, par les forces naturelles, les premières démarches vers le Seigneur. Mais ce que nulle personne instruite ne révoque en doute, c'est que saint Hilaire étant au lit de la mort, confessa en termes formels la grâce prévenante qui précède nos efforts et tous nos désirs.

Entre les évêques qui par leur sainteté illustrèrent l'église de Gaule en même temps que saint Hilaire, on remarque saint Loup de Troyes son beau-frère, et saint Germain d'Auxerre, qui tous deux furent chargés, à cause de leur zèle et de leur capacité extraordinaires, d'aller combattre l'hérésie des pélagiens au lieu même de son origine, c’est-à-dire dans la Grande- Bretagne. Les évêques de cette île avoient envoyé des députés à Rome et dans les Gaules, pour demander du secours contre

les hérétiques leurs faux frères. À ce sujet, on tint dans les

Gaules un concile nombreux : tous les Pères fixèrent unanimement leur choix sur Loup et Germain. Mais saint Prosper

. dit formellement: que ce fut le pape Célestin qui, à la per-

suasion du diacre Pallade, envoya Germain dans la Bretagne ; c'est-à-dire que le successeur de Pierre, chargé de confirmer ses frères dans la foi, et de veiller au bien général de l'Eglise, tira cet homme apostolique du champ ordinaire de son zèle, afin qu’il portât du secours à un peuple qui se trouvoit dans un besoin plus pressant. Il ne s’agit ici, ni de mission pontificale : ni de celle d'un concile étranger à la Bretagne , encore moins du concours inintelligible de l’un et de l'autre : discussions qui ont exercé quelques critiques fort inutilement, puisque la juridiction ordinaire des évêques bretons qui invoquoient le secours de leurs voisins, étoit suffisante.

Saint Germain, par ses talents supérieurs et sa haute sainteté, faisoit alors l'admiration, non-seulement de son église d'Auxerre, mais de tout l'Occident, Né dans les Gaules d’une illustre famille, après s'être distingué dans les écoles de sa

1 Chron. ad ana. 429.

patrie, il étoit allé se perfectionner à Rome dans la jurispru dence. Il fit un mariage honorable, et parvint aux plus grandes charges sous l'empire d'Honorius qui le fit duc d'Auxerre, c’est-à-dire commandant des troupes qui étoient dans ces provinces. Malgré l'avantage d'une éducation fort chrétienne, il s’oublia dans la suite au point de devenir le fléau de son saint évêque Amateur. Il s’'emporta même un jour jusqu’à le menacer de la mort, outré de dépit de ce que le zélé prélat avoit fait abattre au milieu de la ville un arbre où Germain suspen doit les têtes des animaux qu'il tuoit à la chasse, au grand scandale du peuple témoin de ce reste des superstitions païennes. Non, je ne périrai pas de votre main, lui dit Amateur avec une tranquillité causée dès-lors par le pressentiment de ce qu'il connut peu après d’une manière plus distincte. Il eut révélation que sa fin étoit proche, et que Germain rempliroit après lui le siége épiscopal : lumière si prophétique et si assurée, que quoiqu'il tint la chose fort secrète, il alla trouver à Autun le préfet des Gaules, et en obtint l'agrément nécessaire pour faire le duc Germain évêque d'Auxerre.

De retour à son église, il assembla les principaux citoyens, à la tête desquels Germain se trouva; il leur déclara qu'il n avoit plus que peu de temps à vivre, et que c’étoit leur duc que le ciel avoit choisi pour lui succéder en qualité d'évêque. Au même instant, il l'investit avec son clergé, l'exhorte à se rendre digne de sa destination , et lui coupe les cheveux. Amateur mourut très-peu de temps après, et Germain, élu d'un consentement unanime, fut contraint, malgré sa résistance, d'accepter l'épiscopat. Il le conserva trente ans, durant lesquels il ne cessa d'accroître cette haute réputation de doctrine et de vertu, qui a rendu si célèbre le nom de saint Germain l’'Auxerrois, sixième évêque de ce siége.

Il ne fut pas plutôt revêtu de cette dignité sainte, qu'on reconnut visiblement la vocation divine, par le changement total de sa conduite. Ce seigneur, si altier et si délicat peu auparavant, se revêtit aussitôt d'une étoffe grossière, s'interdit l'usage du vin, de la viande, de tous mets assaisonnés, et même de pain de froment, se réduisant au pain d'orge pour toute nour-

riture. Encore ne la prenoit-il que le soir et souvent après

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