‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 18 sur 146 · RD SE PEU · texte numérisé non relu

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DE L'EGLISE. (An 428.) 31 plusieurs jours consécutifs d’une entière privation de tout aliment. Ses biens devinrent à perpétuité ceux de l'Eglise et des pauvres, il ne regarda plus sa femme que comme sa sœur ; quelques planches, sur lesquelles il étendoit un cilice, formoient son lit, et il avoit tant d'indifférence ou de dureté pour son corps, que la diversité des saisons ne lui fit jamais rien changer à son vêtement. C'étoit le goût de la piété du temps, et des Gaules en particulier, de fonder des monastères, où la ferveur en effet fleurit peut-être plus alors qu'en aucun autre temps dans toutes nos provinces. Les plus grands prélats se ménogeoïient ainsi de pieux asiles, soit pour y conserver l'esprit de recueillement, soit pour y ranimer leur ferveur, après les distractions attachées à leurs travaux, soit pour y former leurs dignes coopérateurs et leurs successeurs. C'est dans ces vues que dès le commencement de son épiscopat, Germain fit bâtir près d'Auxerre, au-delà de la rivière d'Yonne, le monastère des saints Cosme et Damien.

Personne n'étoit plus digne que saint Loup d'être associé à saint Germain pour la mission des îles Britanniques 1. Il avait dans sa jeunesse épousé Piméniole, sœur de saint Hilaire d'Arles. Mais les deux époux, ayant d’un consentement mutuel, résolu de garder la virginité, Loup s’étoit retiré au monastère de Lérins. Quelque temps après ce premier sacrifice, il retourna dans sa patrie pour le consommer en se dépouillant de ses biens, persuadé que le monde n'a plus guère d'attraits pour nous, quand l’anéantissement de notre fortune fait que nous n'en avons plus pour lui. Mais le Seigneur avoit encore un autre dessein que son humble serviteur. Comme il repassoit par Mâcon, et y achevoit de distribuer le prix de ses biens aux pauvres, il fut enlevé et mis sur le siége de Troyes, qui vaquoit par la mort de saint Ours. Après deux ans seulement d'épiscopat, il fut choisi pour aller avec l’évêque d'Auxerre combattre les hérétiques de Bretagne; distinction exrêmement honorable dans un temps et en des provinces où abon-

doient les prélats consommés dans les sciences comme dans la vertu. ‘

1 Sur. ad, 29 Jul.

Une si grande renommée devançoit tellement les deux missionnaires, qu’on venoit en foule au-devant d'eux partout où ils passoient. À Nanterre, petite bourgade près de Paris, Germain fit un discours à ce bon peuple, dont le respect religieux leur sembloit surpasser encore tout ce qu'ils avoient remarqué dans les autres lieux de leur passage. Mais ce qui frappa surtout le saint évêque, ce fut une jeune fille, en qui l'on appercevoit en effet quelque chose d'angélique et de céleste 1. Il la fit approcher, marqua beaucoup d'amitié à cet enfant de huit à neuf ans, demanda son nom et celui de ses parents. Le père et la mère de Geneviève, c’est ainsi qu’elle s'appeloit, se présentèrent à l’homme de Dieu qui les félicita d’avoir mis au monde et de faire croître sous leurs yeux une plante si précieuse. Il leur prédit en même temps qu’elle seroit la gloire aussi-bien que l'exemple de sa patrie. Ensuite il demanda à la jeune personne, dont la physionomie et le maintien annonçoient une raison fort supérieure à son âge, si elle vouioit devenir l'épouse de Jésus-Christ. Elle déclara que c’étoit son dessein de se consacrer à Dieu, et pria l'évêque de lui donner sur-le-champ la bénédiction solennelle des vierges. Il y avoit déjà plusieurs monastères de filles dans les Gaules ; mais on y voyoit encore plus de vierges vivre dans la retraite chez leurs parents, porter le voile et des vêtements modestes, et prendre toutes les précautions convenables pour se garantir de la contagion du siècle. Afin de consacrer Geneviève avec toute la solennité qu’elle méritoit, saint Germain la conduisit à l'Eglise, au milieu d'un grand concours de peuple. On y chonta des psaumes et d’autres prières, durant lesquelles l’évêque tenoit la main droite sur la tête de la jeune vierge : après la cérémonie, il la fit manger avec lui.

Le lendemain il lui demanda si elle avoit présente {a pro-

messe qu'elle avoit faite. Saint père, lui répondit-elle, j'espère :

ne l'oublier jamais, et l'observer fidèlement avec le secours de Ja grâce. À ce moment, saint Germain vit à terre une médaille marquée du signe de la croix. Il la ramassa, et la donna à Geneviève, en lui disant : Recevez ce gage d'amitié de votre

t Const, vit. 8, Germani, cap. 20.

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