LIVRE QUINZIÈME
DEPUIS LA FIN DE SAINT AUGUSTIN EK 430, JUSQU'AU PONTIFICAT DE SAINT LÉON EN 440.
Ârnès tous les triomphes de saint Augustin sur les ennemis dela grace, l'Eglisesembloit devoir jouir long-temps des douceurs de la paix et de la concorde. Mais à peine la flétrissure de l'hérésie fut -elle imprimée au pélagianisme, que de nouveaux sectaires, plus terribles ou plus audacieux que les premiers, rentrèrent dans la lice. Ils n'avoient pas simplement pour chef un moine timide et dissimulé , mais le fier Nestorius patriarche de Constantinople, tout plein de l'audace que lui inspiroit son rang éminent, réputé le second de l'Eglise, et plus encore la faveur de toute la puissance de l'empire. Les deux sectes se prêtèrent la main mutuellement, non pas simplement par l'intérêt général qu'ont tous les ennemis de la foi à se liguer contre leurs antagonistes et ses défenseurs communs, mais par la liaison intime et fondamentale qu'elles ont entr'elles, toutes différentes qu'elles semblent au premier aspect. Pélage, en niant le péché originel, la dégradation de notre nature et la nécessité de la grâce, tendoit à établir l'inutilité de la rédemption, et telle étoit la quintessence de son système, en quoiilsetrouvoit entièrement d'accord avec Nestorius qui, partageant le Rédempteur en deux personnes, réduisoit le prix de la mort et des satisfactions de la persnnne humaine à leur valeur naturelle el par conséquent insuffisante pour expier des attentats commis contre une majesté infinie. Ainsi anéantissoit-il, aussi-bien que Pélage, tout le mystère de la rédemption.
Personne n'eût été plus propre qu'Augustin à faire sentir le rapport de ces deux hérésies, et à écraser la seconde sous les ruines de la première. Aussi, sans nulle autre recommandation que celle de son mérite, par une distinction méditée entre
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l'empereur et les plus grands évêques, et qu'aucun autre prélat, ni en Orient, ni en Occident, n’a jamais reçue, il fut nommément invité au concile œcuménique d'Ephèse, pour lequel on avoit expédié de son vivant les ordres nécessaires et les lettres même de convocation. Mais la lettre honorable que l'empereur lui écrivit à ce sujet ne parvint en Afrique qu'après son trépas. Le Seigneur était content de tant de travaux et de combats soutenus par son serviteur, dont la destinée se trouvoit remplie par la défaite des ennemis de la grâce.
L'illnstre évêque de Nole, saint Paulin, n'eut pas lieu non plus de signaler son zèle et ses lumières, dans l'assemblée des premiers pasteurs convoqués à Ephèse, contre les nouveaux ennemis de l'Eglise 1. Il mourut âgé de 78 ans, l'année même où l’on tint ce concile. Sa maladie ne fut pas longue. Une pleurésie violente le mit en quelques jours à l'extrémité, malgré le secours de tous le, remèdes et dés soins proportionnés au degré d’attachement qu'on avoit pour un pasteur aussi tendre que vénérable, aussi prévenant que généreux , en un mot, de cette vertu noble et si engageante dans les grands qui se donnent à Dieu sans réserve. Trois jours avant sa mort, deux évêques du voisinage vinrent lui rendre visite. Il profita de leur arrivée, pour offrir le saint sacrifice avec toute la solennité que put permettre l'état où il se trouvoit. Suivant la douceur de son caractère, il réconcilia tout ce qu'il avoit été contraint de réprimer par les censures ecclésiastiques. Après la célébration des saints mystères, on lui entendit dire : Où sont mes frères ? Un des assistants montrant les deux évêques, lui répondit : Les voici. Je parle de mes frères Janvier et Martin, reprit-il, ils m'ont promis de revenir bientôt. C'étoit saint Martin de Tours qui lui avoit apparu avec saint Janvier marty:. “vêque de Capoue, dent le culte étoit dès-lors célèbre à Naples.
Quelques moments après, le prêtre Posthumien l'avertit qu'il étoit dù quarante sous pour des vêtements fournis aux pauvres. Telle étoit la respectaLic indigence où s'étoit réduit pour Jésus-Christ, un homme autrefois si riche ct si puissant. N'ayez point d'inquiétude, mon frère, répondit le saint ; il se
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trouvers quelqu'un qui payerala dette. Peu de moments après, arriva uu prêtre de Lucanie, chargé précisément d'une aumône de ‘ronte sous, de la part d'un évêque qui savoit en général à quelle extrémité l'amour des pauvres réduisoit souvent son saint coliègue.
Touché de ces soins paternels de la Providence, }: saint s endormit, et reposa assez tranquillement jusque vers le milier de Ja nuit. Après quoi ses douleurs devinrent si aisuës, qu'il pouvoit à peine respirer. Toutefois dès qu'il vit 1: jour, il éveilla tout son monde, selon sa coutume, et dit les matines, ou plutôt les laudes qu'alors on appeloit matines. Toute cette journée, la dernière de sa vie, où sa ferveur lui tint lieu de force, fut partagée entre la prière et des exhortations aninr°s à ses prêtres et à ses diacres qui ne quittoient plus son lis. L'heure c'e l'office des lampes, c’est-à-dire des vêpres, étant venue, on j'entc dit encore chanter, quoique d’une voix languissante, ces proies du psaume : J'ai préparé ma lampe pour recevoir mon Christ. Ensuite il parut absorbé dans une profonde contemplation. Sur les dix heures du soir, sa chambre fut ébraulée d'un si grand tremblement, que tous les assistants saisis d'épouvante, se prosternèrent pour demander miséricorde. sans que ceux qui étoient au dehors, s’aperçussent de rien. Ce fut le moment où il rendit l'âme, le 22 juillet, jour auquel l'Eglise fait sa fête. Toutes ces circonstances ont été écrites par le prêtre Uranius , témoin oculaire. Il ajoute que le deuil fut universel, que les juifs et les païens même portèrent la douleur jusqu’à déchirer lenrs vêtements.
1 nous reste de saint Paulin cinquante lettres, un discours sur l’aumône, l'histoire du martyr saint Genës d'Arles, et trente-deux poëmes, dont quatorze à la louange de saint Félix. Sa poésie est agréable, pleine de pensées, noble et bien soutenue. L'onction dont ses letires sont remplies, fait qu on ne se lasse point de les lire. Comme elles n'étoient que l'expression des sentiments du cœur, :l y a moins d'art que dans ses outres ouvrages Le discours sur l’aumône est écrit avec oerucoup de
pureté et d'élégance. Saint Jérôme parle d'un ; : yrique de l'empereur T'héodose, par le même auteur, en :: : :ermes qui en font beaucou: egretter la perte, En gé: ‘+ ‘ améhnité et la
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DE L'ÉGLISE, (AN 430.) G1 la douceur font le caractère du style de Paulin, où l'on retrouve en même temps celui de sa vertu, avec la preuve du -ontentement qu'il ressentoit d'avoir tout quitté pour Jésus- Shrist.
Le concile d'Ephèse se tint dans l’année même où mourut ce saint évêque, 431. Le novateur qu'il s'agissoit de condamner, s’étoit acquis une si grande réputation, qu’on l'avoit tiré de l'église d'Antioche comme un nouveau Chrysostôme,
our le porter sur le siége patriarcal de Constantinople, Après La oet du patriarche Sisinnius, homme simple et beaucoup plus propre à la vie solitaire qu'à maintenir la subordination dans le clergé de la capitale, on vit tant de brigues pour élire sor successeur, qu'on se résolut à le choisir en Syrie. On ne réussit pas mieux pour avoir été chercher si loin Nestorius, prêtre d'Antioche, où il avoit élé élevé et même baptisé, quoiqu'il fût natif de Germanicie. Ses mœurs graves, ou plutôt sombres et sauvages, la simplicité affectée et la mal-propreté de ses vêtements, son visage pâle et décharné, une teinture superficielle des arts et des sciences, une grande et belle voix qui prenoit facilement le ton de la componction et du pathétique, une éloquence éblouissante, moins occupée de l'édification des âmes solidement chrétiennes, qu’avide des applaudissements d’un peuple volage et précipité, l'amertume de son zèle et ses déclamation’ perpétuclles contre les hérétiques, son respect enfin pour saint Chrysostôme qui étoit plus réveré de jour en jour par le peuple de Constantinople, avoient répandu les préventions les plus avantageuses en faveur de cet hérésiarque. Îl amena avec lui un prêtre de confiance , nommé Anastase, et ils passèrent par Mopsueste, où l'évêque Théodore voyant en eux toutes les dispositions propres à ses vues, leur communiqua , à ce qu'on prétend, le germe des impiétés qu'ils firent éclore avec tant de scandale.
Dès le premier sermon que prêcha Nestorius en arrivant à Constantinople, il s'éleva contre les hérétiques en des termes qui ne fi ent jamais oubliés. Seigneur, dit-il en adressant la parole à l'empereur, cxterminez avec moi les sertes, et avec vou: J exterminerai les Perses ; et 1prés la destruction des ennemis de l'empire, je vous ferai encore triompher de ceux de
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votre salut !, Ce début charma le peuple, furieux alors contre le seul nom d'hérésie; mais les personnes modérées et judicieuses augurèrent mal de ce trait de présomption ou d'enthousiasme. Nestorius ne s’en tint pas aux propos : il agit avec tant de violence, qu’on poussa les hérétiques au désespoir ; ce qui occasiona des séditions en plusieurs endroits. Peu de semaines après son ordination, et par ses sollicitations apparemment, l’empereur porta de nouvelles lois, et renouvela les anciennes contre les différents sectaires. Les manichéens, comme les plus pernicieux à la société, furent les plus rigoureusement proscrits, chassés des villes, et condamnés au dernier supplice; mais aucune des sectes qui troubloient l'empire, n'échappa à l’animadversion publique, excepté celle des pélagiens fondés sur les mêmes principes que Nestorius et Théodore de Mopsueste, qui ne les avoient condamnés que par respect humain. Le nouvel hérésiarque auroit pu s'appuyer également des sectateurs de Pothin et de Paul de Samosate, ainsi que de la plupart des ariens ; mais ces hérétiques étoient par tout regardés comme tels, et devenus odieux depuis trop Jlong-temps. C'est avec les novateurs qui ont encore leurs apologistes, leurs fauteurs et leur cabale parmi les orthodoxes, que les novateurs plus récents aiment à faire causes comunes.
La nouvelle impiété fut d'abord prêchée par le prêtre Anastase que Nestorius avoit amené d Antioche. 11 osa proférer en pleine chaire ces paroles scandaleuses et jusque-là inouïcs : Que personne n’appelle Marie mère de Dieu ; c'éloit une femme, et une femme ne sauroit être la mère de Dieu. Quelque temps après, le patriarche fit prêcher la même doctrine par un évêque qui se trouvoit à Constantinople, homme affiché par son étourderie et son inconduite, qui l’avoient fait déposer, à ce qu'on croit, du siége de Marcianople. Gelui-ci eut encore moins de ménagement qu'Anastase : il porta la témérité jusqu'à dire anathème à quiconque appelleroit Marie, mère de Dieu. Gette impiété excita une soudaine et générale horreur, ‘Fout le peuple jeta de grands cris, et l’on s'enfuit par troupes
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DE L'ÉGLISE. (An 430.) 63 de l'Eglise. Le patriarche approuvoit néanmoins ces blasphèmes, et, profitant de la prévention de l'empereur qui le regardoit comme un saint, il publia souvent lui-même de vive voix cette affreuse doctrine, et l'inséra dans des écrits qui se rép-ndirent de tous côtés. L'esprit d'erreur et de présomption l'avoit aveuglé : il comptoit, ou que personne n'oseroit s'op-
oser à des nouveautés proférées avec tant d'audace, ou que son autorité le feroit triompher de toutes les réclamations et de tous les obstacles.
Un jour de grande solennité, où il y avoit un concours extraordinaire de fidèles pour l'entendre, après qu'il eut cité ce texte de saint Paul : La mort par un homme, et par ur homme la résurrection : » C’est une question, dit-il, qui nous partage et qui agite beaucoup les esprits, de savoir s’il faut nommer Marie mère de Dieu, où mère du fils de l’homme et du Christ, Que ceux-là m'écoutent qui sont dans cette multitude ; je les interroge à mon tour : Dieu a-t-il une mère? S'ils me répondent affirmativement, jeleur dirai que les païens sont excusables d’en donner à leurs dieux, et que Paul est un imposteur, quand il dit la divinité de Jésus-Christ sans père, sans mère, sans génération. Non, Marie n'a point enfanté un Dieu. La créature n'a point donné la naissance au Créateur, mais à un homme, instrument de la Divinité, à l’oint du Seigneur, au Christ que j'adore. Car j'adore celui qui frappe mes regards, à cause du Dieu invisible qui en est inséparable, et qui réside dans l'homme, comme dans le temple qu’il s’est consacré à jamais. »
On ne pouvoit s'expliquer plus nettement; on ne pouvoit présenter d'une manière plus révoltante le venin de la nouvelle impiété. Tout frémit dans l'assemblée des fidèles; un murmure confus se répandit de toute part; le scandale et le tumulte augmentent de moment en moment ; chacun regarde son voisin avec effroi; tous attendent dans l'incertitude le dénoûment de cette étrangescène. Alors un simple laïque qui fat par la suite évêque de Dorylée, l'avocat Eusèbe, homme vertueux et très-instruit des matières de religion, se lève avec assurance, et dit, ou plutôt s’écrie avec force: : Nous faisons
t1 Part, Co. oh, e. 13.
04 (AN 430.) HISTOIRE tous ici profession de croire, et telle est la foi constante de l'Eglise, que le Verbe éternel ést vraiment né de Marie. La ‘ultitude applaudit et donna dé grandes louanges à Eusèbe; mais quelques peines prévenues blâmèérent sa hardicsse : ce qui suffit à l'hér‘":rœue pour remonter en chaire quelques jours après. Il; dec.::1:. beaucoup contre Eusèbe, etsoutint avec opiniâtreié, «a’on rie devoit pas dire que le Verbe ou le fils de Dieu füt mort, ni qu'il füt né, mais seulement l’homme en qui étoit le Verbe. Ainsi arquoit-il deux personnes différentes en Jésus-Christ. Eusèbe crut alors devoir publier une protestation en forme, toute{sis avec la céférence convenable à l'égard du clergé et des évêques auxquels il veut qu'elle soit d'abord communiquée. Il s’y attacha principalement à montrer que Nestorius étoit dans les sentiments de Paul de Samosate; qu "il soutenoit aussi-bien que cet ancien sectaire; qu autre est le Verbe, autre Jésus-Christ, et qu'il ne faisoit pas de l’un et de l'autre un seul individu, selon l'enseignement constant de l'Eglise, dont il prouva la tradition par les Pères et les symboles des conciles. Après cet éclat, on commença à traiter Nestorius d'hérétique, et plusieurs se séparèrent de sa communion.
Proclus, évêque titulaire de Cyzique, et qui faisoit les fonctions de prêtre à Constantinople, dontil mérita de remplir par la suite le siége patriarcal, montra le même zèle, et prêéchant que le fils de Marie n’est pas un pur homme, mais Dieu par nature; que la sainte Vierge est nommée très-proprement mère de Dieu, et qu'il est exactement vrai de dire, que Dieu est né et qu'il est mort. Le prédicateur ne nomma point Nestorius qui étoit présent, et se contenta de réfuter sès erreurs; mais l'hérésiarque n'en conçut pas moins de dépit ; d'autant mieux que Proclus fui extrêmement applauili tant pour l'élégance de son élocution, que pour la profondeur de sa doctrine. C'étoit encore l’usage, qu'après qu'un prêtré avoit préché en présence de l'évêque, celu -ci, comme chargé directement du ministère de la parole, a 1tât quelques mots d’édification. Le patriarche, en se conformant à cette coutume, essaya d'affoiblir ce qu’il venoit d'entendre, et soutint derechef qu’on ne devoit pas dire simplement que Dieu est né de Maiie, mais
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DE L'EGLIS (AN 430.) 65 qu'au Verbe de Dieu étoit joint ce qui estné de Marie. Il fit par la suite trois autres sermons contre celui de Proclus, qui paroîtlui avoir tenu fort au cœur.
Ces différentes pièces de Nestorius furent rassemblées
dans un même volume, avec la méthode et tout l'artifice que les sectaires savent si bien employer pour la propagation de leur doctrinet. En peu de temps ils la répandirent en tout licu, et jusque dans Rome. Mais avant toute chose ils s’étudièrent à en infecter les monastères de l'Egypte, et de préférence, ceux qui étoient les plus renommés pour leur austérité et leur ferveur. Ils savoient que la nouveauté une fois établie dans ces retraites, y tient beaucoup plus qu'ailleurs ; qu'elle y prend un nouveau crédit et de nouvelles facilités pour en imposer au commun des fidèles. En effet, ce mauvais levain ne tarda pas à y fermenter dans toutes les imaginations exaltées et vides de la piété sincère. Bientôt la foi d'une multitude de reclus inconsidérés flotta au hasard, suivant toutes les impressions qu'on entreprit de leur donner; bientôt, portant l'impiété plus loin que son premier auteur, quelques-uns ne purent plus souffrir que .ésus-Christ fût appelé Dieu; et les plus audacieux blasphémateurs ne manruérent pas d'être vantés comme les solitaires les plus vercieux et les plus spirituels. Mais fe trouble et l'esprit de conten‘:on étant entrés dans ces communautés avec l'erreur , les superieurs ordineires reconnurent l'arbre à ses fruits : et, la contagion pénétrant jusqu'en Egypte, le patriarche d’Alexandrie fut informé du désordre.
C'étoit saint Cyrille, neveu de Théophile et son successeur immédiat, qui occupoit alors ce grand siége. Plein de génie et d'érudition, doué d’une habilité et d’une vigilance telles que
» le requéroit l'importance de son ministère, fort expérimenté
dans les affaires et dans l’art de eonnoître les hommes, instruit à percer sous les dehors les plus imposants, dans tous les dé-
: tours dont l'imposture peut les rendre capables, naturelle-
ment courageux, et de ce genre de courage que ni les obsta-
: cles, ni les périls ne peuvent étonner, aussi simple dans la
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foi que grand dans la représentation et tous les dessein, aussi droit et aussi pieux que zélé; tel étoit l'antagoniste que la Providence avoit préparé contre un hérésiarque également dangereux par sa souplesse et sa présomption, par la dignité qu'il eccupoit, et par l'estime d’une cour d'autant mieux prévenue en faveur de l'hypocrite, qu'elle avoit plus dereligion.
Le premier soin de Cyrille fut de prémunir la précieuse partie des fidèles commis à ses soins, dans les monastères innombrables de son diccèse:. Il eut bien souhaité que des questions, poussées jusqu'à la subtilité, et dont le moindre inconvénient est de refroidir la piété et d’altérer la charité fraternelle, n’eussent jamais pénétré chez des solitaires plus propres sans doute à leurs travaux et aux exercices d’une vie pénitente qu'aux sciences et à l'étude. Mais si ce principe est excellent avant que le mal ait commencé, pour l'écarter avec la discrétion la plus circonspecte; ce ne seroit plus qu’une économie ruineuse dans le pasteur, de laisser le troupeau tranquille, quand une fois la contagion l'a gagné et menacé d’y tout corrompre. Aussi le sage prélat, sans entrer en des spéculations capables d'augmenter le feu dela dispute, rappela simplement ces bons religieux aux premiers principes de la foi chrétienne.
Comment, leur écrivit-il, peut-on mettre en doute si Marie doit être appelée mère de Dieu? si Notre-Seigneur Jésus- Christ est Dieu, comme il l’est véritablement et par nature, selon le saint concile de Nicée, comment la sainte Vierge ne scroit-elle pas mère de Dieu ? Quoique les apôtres n'aient pas usé de cette façon de parler, elle n’en exprime pas moins la foi qu'ils ont enseignée. Telle étoit pareillement la foi de nos Pères, entr'autres de l'illustre Athanase;(et il leur cite les paroles de ce Père). Mais la Vierge est-elle mère de la divinité, dira-t-on par une subtilité digne des blasphémateurs qui l’employent ? Mais dans l'ordre dela nature, bien que les mères n'aient aucune part à la création de l'âme, dit-on qu'elles sont mères du corps de l'homme, non de l’homme entier? Il prouve ensuite d'une manière également simple et sensible l'unité de
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| DE L'EGLISE, (AN 430.) 6 personne en Jésus-Christ. Il dit, entr'autres choses , que, sans cette unité, les juifs et les gentils auraient droit de nous reprocher quenous sommes les adorateursidolâtres d’un purhomme.
Cyrille instruit en même temps de la haute opinion qu’on avoit de Nestorius à la cour de Théodose, composa deux traités qu'il adressa à cet empereur et aux princesses sa femme et ses sœurs, pour préserver leur foi d'un péril qu'ils craignoient trop peu. Quoique les gens de cet ordre ne soient guère versés dans les sciences ecclésiastiques, ces traités sont beaucoup plus profonds que la lettre aux solitaires, parce que le prélat prévoyoit qu'ils seroient aussi plus examinés, ct passeroient sous les yeux de beaucoup plus de personnes, Cependant la lettre aux solitaires fut extrêmement répandue, et parvint même en assez peu de temps à Constantinople. Ces différents écrits produisirent le meilleur effet. Les gens de bien de toute condition en furent au comble de la joie, et plusieurs magistrats en écrivirent des lettres de remerciment à l’auteur, Mais autant le contre-poison de l’hérésie opéroit dans les cœurs infidèles, autant l’hérésiarque augmentoit de haïne contre un contradicteur réservé qui ne donnoit point de prise, et qui n'avoit d'autre tort auprès de lui que de l'empêcher d'aggraver le châtiment de ses propres crimes. Jusque-là, en écrivant contre les nouvelles erreurs, Cyrille avoit extrêmement ménagé la personne de Nestorius, et ne l’avoit encore nommé dans aucun de ses ouvrages. Il crut devoir lui écrire directement; et comme le patriarche de Constantinople vouloit animer le gouvernement contre tous les défenseurs de la foi, en criant le premier au troubleet au scandale : ce scandale et ce trouble n’ont pas commencé par mes écrits, mais par ceux que je combats, soit qu’ils soient de vous ou non, dit saint Cyrille, qui vouloit encore en ignorer l’auteur. Vous n'avez nulle raison de vous plaindre, ni de vous élever contre moi qui n'ai d'autre part au trouble que de travailler à y remédier. Mais il est aisé de faire cesser le scandale. Appelez mère de Dieu la sainte Vierge : c'estle moyen sûr de dissiper nos soupçons, et de mettre l'Eglise aussi-bien que l'empire à l'abri de toute suite fâcheuse.
Ce n'étoit pas là ce qui pouvoit calmer le sectaire. Piqué à
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68 (Ax 430.) HISTOIRE l'endroit sensible, et dissimulant néanmoins, quoiqu’assez
mal, il répondit avec une honnêteté étudiée et en des termes a si visiblement compassés par la mauvaise foi, qu'on n’espéra . plus fléchir son obstination. Tandis même qu'il se déguisoit Fes encore, il déchiroit par les plus atroces calomnies le mé- . decin charitable qui vouloit le guérir, et ne laissoit échapper À à aucune occasion de le chagriner, Il indisposa étrangement la ea cour contre le patriarche d'Alexandrie, et il inspira au jeune . empereur des préventions funestes dont il eut beaucoup de | me peine à revenir. Le peuple même, si catholique à Constan- | ee tinople, et celui de toutes les contrées voisines, il les émut de 4 tout son pouvoir contre ce premier prélat de l'Orient , dont il né prévit dès-lors tout ce qu'il avoit à craindre. « C'est, leur di- qu soit-il, le neveu de cet inique et violent Théophile, l'héri- Es tier de la fortune et des vices du persécuteur, ou plutôt de Ce l'assassin de votre saint père Chrysostôme. Ce dernier tyran 1e: le persécute encore après sa mort, et s'obstine à canoniser le à crime de l’ancien, plutôt que de s’unir à l'Eglise, pour ré- à vérer un saint dont les vertus et la divine éloquence font l'ad- à miration de l'univers. Race perverse et gangrenée dans toutes to ses parties , plus elle avance, plus elle se montre ennemie de. ve toute piété,» On ne pouvoit peindre de couleurs plus noires lu le neveu de Théophile, qui, par une prévention trop grande sa en faveur de son oncle, fut en effet un des derniers à mettre le éc nom de saint Jean Chrysostôme dans les dyptiques de son de église, tri Cyrille ne se laissa point émouvoir par toutes ces injures.
Mais comme elles ne lui iaspirèrent point de timidité, elles ne lui occasionèrent ni vivacité, ni ressentiment. N'ayant aucun lieu de douter de la défection de Nestorius, ni de son opiniätreté, il étoit sans doute autorisé à le retrancher de sa communion , au moins d'une manière conditionnelle, et supposé qu'il refasât de leverle scandale : il arrivoit même journellement de toutes les églises orientales , des personnes qui murmuroient des progrès dela nouvelle hérésie, et lesattribuoient à l'inaction des pasteurs. Par tout Constantinople on disoit hautement qu'on n'avoit plus d'évêque. Cependant saint Cyrille, comme nous le voyons dans la lettre qu'il en écrivit
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DE L'ÉGEISE. (AN 430.) 69 au souverain pontife!, ne faisoit point encore d'éclat. Après avoir dit qu'il s’étoit efforcé sans succès de rappeler Nestorius de ses écarts : «Ilest temps, ajoute-t-il, d'avertir votre sainteté, comme le devoir et l’ancienne coutume nous y obligent, de ce que la malice infernale entreprend dans nos églises non en des questions de peu d'importance, mais dans un point capital où l'honneur même de Jésus-Christ se trouve attaqué. Daignez guider mes démarches, et nous faire savoir si votre sentiment est qu'on doive communiquer avec Nestorius, ou se séparer de sa communion sans ménagement afin que la conduite des orthodoxes soit uniforme dans nos provinces. Il est nécessaire que vous dirigiez de même par vos lettres les évêques de Macédoine et nous ceux de l'Orient; aussi n’ai-je en core rien mandé à aueun d'eux touchant l’état de l'Eglise de Constantinople, Je commence par vous faire savoir que déjà le peuple ne s’y assemble plus avec l'évêque , à l'exception de ses criminels adulateurs et d’un très-petit nombre de personnes de la foi la plus foible; presque tous les monastères avec leurs abbés, et la plupart des magistrats se sont retirés ; tous les Orientaux ont Ja même horreur que nous de la nouvelle dortrine. Pour la faire bien connoître à votre sainteté, je lui envoie les livres qui la contiennent , en y joignant les passages des Pères qui la combattent, et les lettres que j'ai déjà écrites à ce sujet. » Le diacre Possidius fut le porteur de ces dépêches, auxquelles saint Cyrille ajouta un précis de la doctrine de Nestorius,
Rien ne pouvoit arriver plus à propos. Les écrits du novateur étoient tombés entre les mains du souverain pontife; maisilne pouvoit se persuader qu'ils fussent d’un évêque qu'une cour orthodoxe et pieuse lui donnoit pour un saint, Sa conviction fut parfaite, quand ilreçut des lettres de Nestorins même, qui, voyant tous les mouvements qu'ocrasionoit lanouvelledoctrine, crut de son intérêt de prévenir le pape, soit qu'il eût quelque espérance de surprendre la religion et la sainte modération de Célestin , soit plutôt qu'il nese proposât que de gagner desdélais, siavantageux auterme où se trouvoit la sectenouvelle.
*Conc. Eph, part. 1, ce, 14.
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à = > 2 EME ET eh ET PE D ere. ©-h- aan = sk: 6 he € Le Sete tte d a rs p = pe - = L Re =
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= Re te : .
Dans cette lettre artificieuset, Nestorius parla d’abord de Julien d'Eclane et de quelques autres évêques pélagiens que ce patriarche hérétique avoit reçus à Constantinople, et qui se plaignoient que, professant la foi orthodoxe, on les traitât
comme des hérétiques. 1] pria le pontife de lui faire savoir:
comment la cause de ces prélats avoit été traitée, et si on devoit les regarder comme jugés définitivement. Ce procédé étoit d'une mauvaise foi affectée, un évêque de Constantinople ne pouvant ignorer que les pélagiens avoient été condamnés huit ou dix ans auparavant dans cette église. Mais il faut se rappeler que ces deux hérésies avoient le même intérêt, et qu'il vouloit faire servir la première à mieux défendre la seconde. C'est pourquoi, après quelques lieux communs sur le zèle que doivent avoir de bons pasteurs contre les nouveautés; et après avoir donné pour une altération de l’ancienne foi à Constantinople, les sentiments qu'il y avoit trouvés sur l’incarnation, il y professe clairement sa doctrine impie. Il dit en propres termes, qu'on doit nommer Marie, mère du Christ, et non pas mère de Dieu, puisque les Ecritures, poursuit-il, ne lui donnent nulle part ce titre, qu'on peut tout au plus le souffrir dans un sens impropre, en tant que le corps du Christ, tiré de Marie, est le temple du Verbe, et qu'il en est inséparable. Mais la Vierge, reprend-il, n’est pas la mère du Verbe, puisqu'elle n’a pu enfanter celui qui est plus ancien qu'elle, Avec cette lettre, Nestorius euvayoit, dans ses écrits sur l'incarnation, signés de sa main, des preuves encore plus complètes contre lui,
Avant que de répondre, le pape fit tout traduire en latin, et procéda avec la plus sage maturité, dans une affaire qui annoucoit des suites d'une telle conséquence. Tout Rome crut ne pouvoir trop prendre de précautions, et devoir seconder les grandes vues du pontife. Léon, qui par la suite ne signala pas moins sa sagesse dans le gouvernement de l'église romaine
dont il n’étoit alors qu'archidiacre, engagea Jean Cassien, re-
nommé par ses conférences, à opposer un bon traité de l'in carnation à la nouvelle hérésie. On le croyoit plus propre
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DE L'ÉGLISE. (An 430. ) 71 qu'un autre à remplir cette tâche épineuse, non-seulement à raison de son habilité dans la science de la religion, mais encore parce qu'il savoit parfaitement la langue, les usages, les mœurs des Grecs, et qu'il avoit puisé bien des connoissances locales et personnelles non moins utiles à cette entreprise, durant son séjour à Constantinople, Peut-étre aussi que l'archidiacre, si habile à tirer parti des dispositions des hommes, voyant Cassien un peu enclin au semi-pélaginisme, prétendoit le mettre dans une sorte d'impossibilité de s’y engager plus avant, en le commettant avec des adversaires également ennemis de la grâce et de la rédemption.
Aussi le savant abbé, répondänt dès son premier livre aux espérances qu'on avoit conçues de lui,s'y élève avec force contre l'hérésie pélagienne , qu'il dit étroitement liée avec celle de Nestorius, et pour cela protégée secrètement des nouveaux sectaires, Dans les six autres, il entremêle avec beaucoup d'art et d'intérêt, les mouvements pathétiques et les sentiments aux arguments tirés de la raison, de l'Ecriture, des Pères, et même à la réfutation des plus vaines subtilités d'une multitude d'hérétiques. Rien de plus pressant que les reproches qu'il adresse à Nestorius dans le sixième livre, où il le confond par le symbole même qui étoit en usage à Antioche, et que le novateur avoit professé à son baptême. Il n'est pas moins touchant dans l'exhortation qu'il fait, sur a fin de l'ouvrage, à l'église de Constantinople, à qui il rappelle les leçons qu'elle avoit reçues constamment du grand Chrysostôme, que l'imposteur démentoit ainsi que tous les autres Pères, malgré son respect affecté pour celui-ci, Ce témoignage avoit une grâce particulière dans la bouche de Cassien, qui avoit été l'un des disciples les plus zélés de ce saint patriarche de Constantinople, au plus fort de ses disgrâces.
Le pape Célestin voulut encore que les évêques qui formoient son conseil ordinaire, se réunissent pour traiter de cette affaire capitale ; car tel fut dans l'antiquité la plus reculéel'usage de Rome et de tous les grands siéges, de ne rien faire d'important, sans former comme un concile des évêcnes de leur dé-
pendance , qui tint lieu de sénat au pontife. On ne peut entendre autrement ces fréquents conciles que nous trouvons
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