‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 29 sur 146 · TR CS ORNE PT D · texte numérisé non relu

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en fait de religion , suivant le génie des gens de cour, qui attachent l'importance à de tout autres objets, donnent souvent le zèle le plus chrétien pour un entêtement puéril et méprisable, il vouloit étouffer ou assoupir tous les partis indistinctement et se remontrer au prince avec la gloire d'avoir tout pa- | cifié. I] mit au même niveau, tant les chefs des orthodoxes Cyrille et Memnon, quel’hérésiarque Nestorius, et les peignit tous des mêmes traits au jeune empereur. La dunplicité se méla,

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DE L'ÉGLISE. (an 4.) roÿ comme il n’est que trop'ordinaire, à la politique, et l’on fit entendre à Théodose qu'ils avoient été condamnés tous les trois par le même concile; car on lui eachoit soigneusement l'entreprise révoltante de Jean d’Antioche, et de son conciliabule, séparés de l'assemblée générale des Pères, avec un scandale qui n'étoit susceptible d'aucun palliatif.

Cependant on prit plus de soin que jamais d’intercepter les lettres des Pères, et de leur couper toute communication avec la cour. Ils ne pouvoient méconnoître son mécontentement à la manière dont on lestraitoit; mais la cause en étoit pour eux un mystère impénétrable, Comme ils ne doutoient point de la religion de Fhéodose, encore moins de la piété éclairée de la princesse Pulchérie, ils soupçonnèrent enfin que leurs lettres étoient interceptées. C'est pourquoi ils prirent à leur tour le parti d’user d'industrie pour les faire parvenir sûrement , soit à l'empereur , soit à des personnes qui fussent en état de servir l'Eglise auprès de lui. Hs choisirent un messager d’une discrétion et d'une fidélité à toute épreuve, le travestirent en mendiant , et mirent leurs lettres dans te creux d’une canne qui lui tenoit lieu de bâton : : l'expédient eut tout son succès.

Le clergé, le peuple, les moines , toute la capitale fut trans-

portéed'indignation à la première nouvellede la longue super-

cherie des hérétiques. Aussitôt le clergé dressa une requête, par laquelle il conjuroit Fempereur, avec autant de fermeté que de respect, de ne passouffrir que l'Eglise qui l’avoit nourri comme une bonne mère, et qui lui avoit obtenu de si glorieuses victoiressur ses ennemis , fût opprimée sous son règne; qu'on rappelât lessiècles des martyrs sous un empereursi chrétien. Nous tous, prêtres et clercs de l’église infortunée de Constantinople, ajoutèrent-ils sur la fin deleur requête, tristes enfants d'une mère ineonsolable du crime de son époux, nous ne sommes pas moins disposés que les Pères du concile à venger cet affront : si l’on donne les mains aux attentats du schisme et de l’hérésie, à la déposition de Cyrille et de Memnon, nous sommes prêts à courir Les mêmes périls qu'eux, et à tout souf frir avec ces généreux confesseurs.

4 Conc. Eph. p.

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Depuis quarante-huit ans le saint abbé Dalmace n'avoit pas mis le pied hors de son monastère, pas même pour les processions qui s’étoient faites après d'affreux tremblements de terre, et auxquelles l'empereur l'avoit prié d'assister. Mais quand il vit la foi dans ce péril, il consulta le Seigneur, et une voix céleste lui commanda de quitter sa retraitet. Il.se-mit à la tête de tous les abbés dont il étoit le chef et qui avoient à leut suite les moines de tous les monastères, tous ensemble marchant en ordre de procession vers le palais impérial, chantant à deux chœurs, et un peuple infini les suivant. Nulle soie de médiation ne pouvoit faire plus d'effet sur l'esprit de T'itodose : il fit entrer les abbés , tandis que les moines et le peuple attendoient à la porte en continuant leurs chants religieux ; il les assura de ses dispositions favorables pour l'iisiise, et les renvoya contents, Ils s'en retournèrent processionnellement commeils étoient venus, jusqu'à l'église du saint martyr Mocius qui étoit à l'extrémité de la ville, làils rendirent grâces au Seigneur, et saint Dalmace étant monté à la tribune lut au peuple la lettre du concile quiannonçoit la condamnation de Nestorius. La multitude, d'une voix unanime et avec tous les signes de l'indignation , dit anathème à l'hérésiarque trop long-temps honoré comme pasteur.

Le premier fruit de ces sollicitations fut un ordre aux évêques des deux partis, c'est-à-dire de Cyrille ou des catholiques, et de Jean d’Antioche, d'envoyer chacun d'Ephèse ceux d’entr'eux qu'ils jugeroient les plus capables de défendre leur cause : en attendant que la cour se fût expliquée, les prélats arrêtés de part et d'autre devoient garder leur prison. Ce concile députa aussitôt septévêques, parmi lesquels étoicnt Arcade un des légats du saint Siége, et le prêtre Philippe, aussi légat, et chargé de représenter à Constantinople ainsi qu'à Ephèse. Le saint concile leur donna une :::712 instruct':::, où l'on retrouve avec admiration l’esp":: :: } se etla noblefermeté que doivent avoir les dépositaires d'un pouvoir divin, qui, pour son objet, ne reconnoît ni supérieur ni égal. Elle portoit que, chargés des intérêts dela vérité au nom de l’auteur et du

& Conc. Eph. p. 751. — 2 Gang. G, P. 1v, n. 65,

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DE L'ÉGLISE. (AN 431.) 105 consommateur de notre foi, ils ne devoient avoir nulle communion avec Jean d’Antioche, ni avec son schismatique synode; que si l’empereur leur proposoit de communiquer avec eux pour le bien de la paix, il ne leur étoit permis de le faire qu'à la charge que Jean et son parti souscriroient la déposition de Nestorius, diroient anathème à sa doctrine, et romproient avec ceux qui la soutenoient : bien plus, qu'ils demanderoient pardon au concile de leur attentat contre son président, lequel , avec Memnon, seroit mis en liberté ; que sans toutes ces conditions on leur défendoit de rien promettre ; et que s'ils en agissoient autrement, non-seulement on ne ratifieroit point ce qu'ils auroient fait, mais qu'ils seroient privés eux-mènu de la communion ecclésiastique,

La députation des Orientaux schismatiques étoit composé de huit évêques, Jean d’Antioche à la tête, qui ne manqua pas d'amener avec lui l'éloquent Théodoret. Autant les deux causes étoient différentes, autant différoient les bornes prescrites au pouvoir des procureurs respectifs. Comme les sectes se croient plutôt maîtresses absolues que dépositaires du trésor de la religion, on défendoit précisément aux agents schismatiques d'admettre les douze articles de Cyrille, contre qui l’animosité étoit à son comble. Du reste, ils avoient pleine liberté de faire tout ce qu'ils jugeroient à propos, soit dans un concile ou des conférences, et l'on s'engageoit à ratifier tout ce qu'ils feroient. Mais les députés catholiques ne voulurent jamais disputer sur la doctrine, qui ne pouvoit plus être censée douteuse; et partant de la décision du concile comme d'un point fixe et immuable, ils se bornèrent invariablement à en soutenir les actes, et à montrer ainsi que la déposition de Nestorius étoit aussi juste que celles de Cyrille et de Memnon étoient criminelles.

Tous les gens de bien cependant prioient et travailloient pour ouvrir les yeux à l'empereur. Mais il étoit obsédé par des amis puissants que Nestorius avoit à la cour. Il se laissa engager, surtout contre Cyrille et Memnon, en plusieurs démarches capables de ruiner l'Eglise, et que la sphère étroite de ses lumières peut seule excuser. La sage Pulchéric savoit heureusement manier l'esprit de ce prince. Elle s’opposa constamment

à la cabale hérétique; et comme elle avoit été bien instruite sur les questions dont il s'agissoit, par la savante épître que lui avoit d'abord écrite Cyrille, elle soutint toujours ce prélat, prit ses moments et ses mesures pour désabuser insensiblement l'empereur, et lui fit enfin ratifier la condamnation absolue de l'hérésiarque.

On autorisa le retour des Pères d'Ephèsc vers leurs églises ; Memnon fut maintenu dans son siége , et Cyrille rentra triomphant dans Alexandrie. Nestorius au contraire eut, pour toute grâce, la liberté de se retirer àson monastère d’Antioche pour y faire pénitence. Théodosese plaignit cependant de la fermeté des prélats orthodoxes à refuser de conférer sur les matières décidées ; mais avec le temps il fut mieux instruit, prit hautement le concile sous sa protection , et voulut que tous les décrets en fussent exécutés ponctuellement. Piqué que ses propres officiers l'eussent trompé, il chassa honteusement le comte Candidien , et disgracia tousses complices :.

Théodose fit deux lois formelles pour appuyer ces religieuses dispositions. La première ordonne que toute assemblée soit interdite aux nestoriens , que leurs biens soient confisqués, avec défense de transcrire, lire ou garder les livres de Nestorius, et injonction d'en faire une rigoureuse recherche. Par la seconde donnée quelques années après, il condamna au feu tous les ouvrages composés contre le concile d'Ephèse, contre la doctrine du saint conc:le de Nicée, et contre celle de saint Cyrille, comme les écrits de Porphyre contre la religion chrétienne : le tout sous peine de mort pour quiconque les liroit ou les garderoit. 11 ordonna expressément qu'Iréné:, cecomte qui avoit

si bien servi les derniers hérétiques et qu'ils avoient institué, quoique bigame, évêque de ‘Tyr, en dédommagement de sa disgrâce, seroit chassé de cette église et demeureroit dans son pays, privé de l'habit et du nom d’évêque. On peut à ce sujet remarquer en passant que l'opinion de ceux qui prétendent qu'alorsles évêquesn'avoient point encore d'habits particuliers, n'est rien moins qu'assurée. Dans cette loi faiteen vue de servir la religion, on ne laisse pas de trouver cette expression

à Cullect, Balus. p, 655,

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DE L'ÉGLISE. (AN 431.) 107 bien singulière dans la bouche d'un empereur chrétien : Votre divinité décerne; reste aussi bizarre que révoltant de la superstition païenne.

Avant de pourvoir aux provinces, on jugea quil éloit encore plus pressant de remplir le siége de la capitale. Les députés du concile s'y employèrent avec le plus grand soin, et firent élire à la place de l'hérésiarque, quelques mois après sa déposition , le moine Maximien qui étoit prêtre et en grande réputation de piété. Ce choix fut d'autant plus agréable aux légats, que Maximien avoit été élevé dans l'Eglise romaine, Aussitôt après l'élection, les évêques notifiérent au souverain pontife tout ce qu'ils venoient de régler, pour lui en demander l'approbation. L'empereur et le nouveau patriarche lui écrivirent en même temps, et le pape comblé de consolation répondit par trois lettres différentes, auxquelles il en ajouta une quatrième pour le peuple et le clergé de Constantinople. Dans la lettre aux évêques il approuve et confirme tout ce qu'on a fait, spécialement la déposition de Nestorius et l’ordination de Maximien. {l dit aux prélats, qu'ils ont été avec lui les acteurs de cette heureuse révolution et les défenseurs de la foi : Nous sommes éloignés, poursuit-il; mais notresollicitude pontificale nous rend tout présent. Rien ne doit échapper aux regards de Pierre : nous n'aurions point d'excuses auprès de l'éternel pasteur qui nous a confié tout son bercail, si nous négligions de remédier aux besoins dont nous pouvons prendre connoissance. Les canons dressés contre les nestoriens et les pélagiens furent de même approuvés par le saint pape ,que sa modestie et son humilité n'empêchèrent pas d'user, avec les Grecs, de ces termes d'autorité : Vous vous avertissons, nous statuons, nous voulons. On croit qu'alors, pour faire amende honorable à la Vierge mère, des blasphèmes de Nestorius, l'Eglise ajouta ces paroles à la salutation angélique; Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour nous qui sommes pécheurs.

Le pape Célestin survécut peu à la consommation de cette grande œuvre : il mourut le 6 avril de l'année suivante, après un ponlificat de près de dix ans. Le 26 du même mois,on lui donna pout successeur Sixte IT , natif de Rome et prêtre de l'Eglise romaine, le même à qui saint Augustin avoit adressé

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sa fameuse lettre sur la grâce. On rapporte au pape Célestin Ja coutume de chanter les psaumes avant le sacrifice, c'est-àdire l'institution de l'introït de la messe, comme saint Augustin nous apprend qu'on avoit commencé de son temps à chanter à Carthage des psaumes à l’offertoire et à la communion.

C'est encore à ce zélé pontife que l'Irlande à la première obligation de la foi qu’elle a conservée avec tant de constance depuis cette époque reculée. Saint Patrice , écossois de naissance , avoit évangélisé une première fois dans l'Hybernie, mais sans succès. Il entreprit le voyage de Rome : Célestin l'ordonna évêque et le renvoya à cette île. La mission apostolique et l’obéissance du missionnaire attirèrent sur ses travaux une bénédiction toute nouvelle. Son zèle, soutenu du don des miracles , produisit des fruits si abondants, qu'il a toujours été reconnu depuis pour l'apôtre de l'Irlande, où il fonda le monastère de Sabal et l'église d'Armach, métropolitaine de l'île.

Le premier soin de Sixte aussitôt après son exaltation , fut de rétablir la paix dans les églises orientalest. Il mit la main à cette bonne œuvre dans la lettre même où il notifia son élection aux évêques qui revenoient du concile d'Ephèse. Il y ménagea Jean d'Antioche, de peur qu'un procédé plus rigide n’entraînât dans le schisme tous les évêques de la Syrie. Toutefois la lettre du pape déclare que si Tean veut être reconnu pour prélat orthodoxe, il faut qu'il condamne tout ce que l'Eglise a condamné. Pour remédier aux mêmes divisions, l'empereur se concerta avec le nouveau patriarche Maximien et plusieurs évêques demeurés à Constantinople depuis son ordination. On conçut aussi à Constantinople qu'il falloit commencer par mettre la foi en assurance ; qu'on devoit néanmoins exiger de Jean d'Antioche qu'ilanathématisât la doctrine de Nestorius , et approuvât sa déposition ; que Cyrille, de son côté , oubliât tout ce qu'il avoit souffert à Ephèse. Il y eut à cet effet beaucoup de négociations, de pourparlers, de lettres

4 Cellect. Daluz. p. 658,

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