‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 30 sur 146 · PRIE TS · texte numérisé non relu

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DE L'ÉGLISE. (AN 432.) 109 écrites de part et d'autre, et qui n’entrent pas dans notre plan. 1 suffira de savoir que Cyrille , moins sensible à ses mécontentements personnels qu'à l'intérêt général de l'Eglise, eut la magnanimité de faire les premiers pas vers ses ennemis et les vrais coupables : il écrivit à ceux qu'il présuma les mieux disposés! et leur protesta qu’en tout ce qu'il avoit fait ,il ne s'étoit proposé que la sûreté de la foi et le plus grand bien de la religion; que quand il auroit tort en quelque chose, il ne falloït pas que l'Eglise en souffrît ; que c’étoit une nécessité indispensable et aussi conforme à la volonté de Dieu qu'à celle de l’empereur d'approuver la condamnation de Nestorius et d’anathématiser ses blasphèmes ; qu'il ne tenoit qu'à cela que la paix des églises ne fût rétablie : quant aux outrages qu'il avoit recus en défendant la foi à la tête du sacré concile , que non-seulement il les oublioit volontiers, pour l'amour de Dieu et l'utilité de l'Eglise; mais que son clergé, plus sensible que luimême aux affronts faits à leur chef ,seconformeroit néanmoins à ses vœux , ainsi que tous les évêques de l'Egypte, et qu'il ne croiroient pas acheter la paix trop cher, s'ils l'obtenoient à ce prix. 1] alla jusqu'à se justifier sérieusement sur le soupçon de l'apollinarisme et des autres hérésies qu'on affectoit de Jui imputer, dit formellement anathème à Apollinaire, et confessa expressément qu'encore que le Fils unique de Dieu soit le même qui a souffert dans sa chair, il ne s’est point fait en lui de confusion, mais qu'il est immuable et impassible , selon sa nature éternelle, Au sujet des douze articles ou ana-

thèmes, il promettoit de contenter tout le monde aussitôt qu'on pourroit traiter avec une franchise et une cordialité fra-

ternelles.

Ces déclarations produisirent un effet merveilleux sur le patriarche d'Antioche et sur plusieurs de ses partisans qui ne résistoient que par prévention : ils s'abouchèrent entr'eux, et prièrent en conséquence Paul, évêque d'Emèse, de se transporter en Egypte pour y conférer avec Cyrille. Le médiateur en partant fut muni d’un écrit où les Orientaux confessoient la fo catholique dans toute sa pureté, A son arrivée en Egypte,

1 Synodic. Balus, ce, 55 et 56,

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110 (An 433) HISTOIRE Cyrille lui donna de son côté une ample explication de sa doctrine sur l'incarnation , et tous les soupçons, toutes les vainesterreurs s'évanouirent avec l'animosité et les préventions. Paul approuva l'explication ‘de Cyrille, anathématisa les erreurs de Nestorius , déclara qu'il le tenoit pour bien et dûment déposé, et Maximien pour évêque légitime de Constantinople. Après qu’on eut rédigé l'acte de cette déclaration, Paul fut admis à la communion, et prit place à l’église entre les membres du clergé : on le pria même de faire au peuple l'instruction accoutumée 1. Comme il se trouvoit à Alexandrie aux fêtes de Noël, il exposa le mystère du jour, appela nettement Marie mère de Dieu, ajouta qu'elle avoit enfanté le vrai Emmanuel, le Saint des saints, digne de nos adorations, Dieu et homme tout ensemble. Le peuple qui prêtoit une extrême attention s’écria avectransport: Voilà ce quenous voulions entendre; c'est la foi, c'est la vérité; que quiconque ne professe pas cette croyance soit anathème. Anathème, reprit Paul, à qui nedit et ne pense pas ainsi ; caril est de foi quele concours de deux natures parfaites, c’est-à-dire, de la divinité etde l'humanité, a formé un seul Fils, un seul Christ, un seul Seigneur. À ces mots, le peuple cria encore plus fort : Soyez lebien venu, évêque orthodoxe, dignecollègue de Cyrille! Soyez béni du Seigneur au nom de qui vous êtes venu ! Paul finit en peu de mots, pour laisser à l'évêque diocésain le temps de continuer l'instruction suivant l'usage, L'évêque d'Emèse n'avoit jamais eu d'autres sentiments; mais il prétendit que la déclaration qu'il donna par écrit, devoit suffire pour Jean d'Antioche et les autres Orientaux qui le déléguoient. Cyrille soutint au contraire que ces sortes d'engagements devoient être personnels, et il voulut absolument avoir une confession par écrit de Jean lui-même. Il alla jusqu'à la dicter, de concert néanmoins avec Paul, qui enfin céda, et eut soin de minuter l'approbation qu'on feroit de la déposition de Nestorius avec la condamnation de sa doctrine. Cependant le saint docteur faisoit agir en cour, et les agents qu'il entretenoit à Constantinople, et tout ce qu'il y comptoit de puissants amis , afin que l'empereur accélérât la conclusion de la

3 Conc. Eph, part. e, 3.

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DE L'ÉGLISE. (ax 433.) It paix entre les églises. On employoit toujours la princesse Pulchérie comme la ressourcela plus sûre dans tous les besoins de la religion. On la supplia d'avoir elle-même la condescendance d'écrire, pour une si bonne fin , à l'évêque d’Antioche.

Jean se rendit enfin à tant de poursuites. Quel qu'eût été jusque-là le mobile de sa conduite, il parut toujours depuis procéder de très-honne foi. Il répondit à la lettre de Cyrille écrite de concert avec Paul d'Emèse, qu'il avouoit l’exposition de foi présentée par Paul ; qu'il y adhéroit de cœur et d'esprit, sans en excepter aucun article : et professant en particulier le point capital, il confessa nettement deux natures et une seule personne en Jésus-Christ. Il ajouta que pour mettre fin aux divisions et aux scandales, il tendit pour légitimement déposé Nestorius, ci-devant évèque de Constantinople. Enfin, pour montrer que l’église d’Antioche n’étoit pas moins jalouse de la pureté de la foi que l'église d'Alexandrie, il déclara qu'il anathématisoit les assertions profanes du novateur ; qu'il approuvoit l'ordination de Maximien, ct qu’il se tenoit dans sa communion, comme dans celle de tous les évêques orthodoxes.

La paix fut conclue à ces conditions, et le patriarche Jean fit aussitôt part de cette heureuse nouvelle à tous les Orientaux. La plupart applaudirent à un accord qui écartoit les suites funestes qu'ils commençoient enfin à envisager, et auxquelles ils craignirent d'exposer plus long-temps l'Eglise entière, par un faux point d'honneur, ou par une aveugle prévention en faveur d'un seul homme dont le langage pour le moins n'étoit nullement celui des anciens docteurs de l'Eglise. Quelques-uns cependant demeurèrent attachés à ce séducteur, et parurent se scandaliser de ce que le patriarche Jean l’abandonnoit, Les plus renommés d’'entr'eux furent Théodoret de Cyr, et son métropolitain Alexandre d'Hiéraples.

Théodoret n’élevoit point de difficultés, quant à la doctrine soit qu'il eût changé de sentiment, soit qu'il n’en eût jamais eu de formellement hérétique, et que ce qu'il avoit écrit d'erroné ne lui fût échappé que dans la chaleur de la dispute. Car il est impossible de justifier sesécrits contre saint Cyrille : productions flétries par l'Eglise, et manifestement dignes de leur censure, non seulement en ce qu’elles s'attaquoient à un

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docteur dont l'enseignement étoit celui de l'Eglise, mais plus directement, au sujet du douzième anathème, où elles distinguent le Christ et l'homme, comme faisant deux personnes. Mais Théodoret étoit surtout attaché à la personne de Nestorius , qu il prétendoit avoir été condamné injustement , et sans -que sa doctrine eût jamais été bien entendue. C’est ainsi qu'il lui en écrivit, alors même, à ce que prétendent différents auteurs, que tous les catholiques ne proféroient plus qu'avec horreur le nom de cet hérésiarque. Cependant il fut menacé par le vicaire d'Orient d’être chassé de son siége s’il n’accédoit à la réunion. Il ne fit que rire de la menace. Les pieux solitaires de la Syrie qui avoient toute sa confiance et son affection, des prophètes et des hommes à miracles lui firent les plus vives instances, et d'abord avec aussi peu de succès.

Peu après néanmoins il écrivit en ces termes aux coryphées du parti ! : Il est à craindre que Dieu ne nous punisse de notre roideur inflexible, et de notre aveuglement à chercher notre intérêt plus que celui du peuple. Notre opiniâtreté, à ce que je vois, ne produira rien que de funeste. Nous sommes déjà la fable du public ; nos troupeaux deviendront bientôt la proie des loups , et nous répandrons le trouble et le désordre dans toutes les églises. Il eut ensuite une conférence avec son patriarche, entre Cyr et Antioche. Là, il rentra dans la communion de Jean, en se soumettant à la décision des points de foi, sans approuver encore la condamnation de Nestorius. 1l n'en travailla pas moins efficacement au rétablissement de ia paix, et l'on dut à ses soins aussi-bien qu’à la célébrité de son nom, la réunion de la plupart des évêques de la Cilicie.

Mais avant qu'ils se rendissent à la vérité, une partie des Cappadociens , ainsi que des Ciliciens, tentèrent un moyen de se soutenir , qui montre à quel point l'enthousiasme leur avoit troublé le jugement, et avec quelle bizarrerie, en s'abanc nnant au schisme, on conservoit aux extrémités de l'Orient le plus grand respect pour la chaire apostolique. Les métropolitains de Tarse et de Thyane, Hellade et Eutherius, au nom de plusieurs autres schismatiques , s'avisèrent d'écrire au pape

4 Cllat, Sup. ce. 151.

mais plus es distinersonnes.

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DE L'ÉGLISE. (AN 454.) 115 Sixte, pour implorer son sccours contre les entreprises de Cyrille et de Jean d'Antioche. Nous nous prosternons à vos pieds, lui disoient-ils', en vous conjurant de nous tendre une main secourable ; de rappeler les pasteurs chassés injustement et de rassembler les ouailles dispersées qui sont dans le plus grand danger de leur salut. Nous qui habitons de vastes provinces, la plupart très éloignées de vous, comme la Bithynie , la Cilicie , la Cappadoce et le pays de l'Euphrate, sans parler de la Thessalie et de la Misie , nous serions allés en personne vous attendrir par nos gémissements , et faire couler vos larmes avec les nôtres, si la crainte des loups ne nous retenoit auprès de nos troupeaux, Nous envoyons à notre place des clercs et des moines, et nous espérons de la grandeur, tant de nos maux que de votre charité, que la voix de ces saintes ouailles ne sera pas moins efficace que celle des pasteurs, pour nous obtenir à tous vos puissants secours. C’est ainsi que ces Orientaux, tout schismatiques qu'ils étoient , portoient leurs plaintes au souverain pontife, pour faire cesser les vexations prétendues de leurs supérieurs immédiats. On imagine bien qu'une parcille supplique, aussi injurieuse à l'autorité générale de l'Eglise qu'aux prélats qui en avoient le mieux mérité au concile d'Ephèse, ne servit qu'à faire déplorer à Rome l’aveuglement des suppliants. La fermeté du pontife, de concert avec les chefs dela hiérarchie orientale, leur fit ouvrir l'oreille aux conseils de Théodoret, et ils rentrèrent Jresque tous dans le bon chemin.

Entre ceux qui persévérèrent dans le schisme , on remarqua Mélèce de Mopsueste, plus encore Alexandre d’'Hiéraples2. Rien de si effrayant que l’obstination et l'endurcissement de ce vieillard sage et modéré d’ailleurs , assez éclairé, d’une piété qu'on louoit de toute part, d'une admirable pureté de vie, d’une charité, d’une vigilance, d'une application à tous les devoirs de l’épiscopat, qui le firent également chérir et révérer de son peuple. Il se figura que la doctrine du concile d'Ephèse faisoit Dieu passible. Loin de se laisser détromper par Théodoret ou par Jean d’Antiache, en qui il avoit eu

1 Synod, Balus. c. 117. — 3 Synod. e. 100. et seq. ), (s)

11/4 (An 435.) HISTOIRE une entière confiance durant leur égarement commun; dès qu'il les vit unis de communion avec saint Cyrille, il rompit à jamais avec eux, et n'en voulut plus ni lire, ni recevoir les lettres, Vous pouvez croire, écrivit-il pour la dernière fois à Théodoret , que vous n'avez rien omis pour le salut de mon ême , et votre conscience à cet égard doit être satisfaite. Tenezvous donc en repos, ou cessez au moins de m'importuner et de me fatiguer, Je ne m'ingère pas ainsi dans ce que font les autres; mais quand tous les docteurs qui ont paru depuis le commencement du monde, canoniseroient l’abomination d’Egypte, c’est ainsi qu'il traitoit la doctrine de saint Cyrille, je ne le croirois pas, au préjudice des lumières que Dieu m'a données, Je suis affligé, dit-il encore, des mouvements inutiles que les saints solitaires se donnent pour moi : quand ils seroient encore plus saints, que leurs miracles seroient en plus grand nombre et plus éclatants, quand ils ressusciteroient tout ce qu'il y a eu de morts depuis le premier homme, ils ne me persuaderoient pas. S'ils me condamnent , que le souverain juge leur pardonne : que Dieu soit loué de tout. Nos adversaires ont pour eux les conciles, les évêques, les magistrats, les empereurs , le concours de toutes les puissances; et nous avons de notre côté Dieu et la pureté de la foi. Après cette déclaration , il ne voulut ni écrire, ni parler sur cette matière à aucun de ses amis, pas même voir les personnes dont la présence lui pouvoit rappeler le souvenir de ces différends.

Théodoret fut touché de pitié, et pria le patriarche Jean d’user de condescendance avec Alexandre, 1] lui écrivit que ce vieillard ne demandoit que de mourir en repos ; que s’il ne soumettoit pas son jugement, il s’abstenoit au moins de dog-matiser, gardoit un respectueux silence, et ne vouloit ni ne pouvoit exciter aucun trouble, Les officiers de l'empereur, chargés de l'exécution de ses ordres en Orient, écrivirent encore à Alexandre, qu'ils ne pourroient s'empêcher de le chasser de son siége, s’il ne se soumettoit au concile d'Ephèse et ne communiquoit avec Jean d'Antioche. Tout fut inutile : Alexandre sacrifia son état à son obstination, et quitta sou évêché sans témoigner le moindre chagrin.

Mais tout son diocèse fut dans la plus grande émotion : ce

amun ; dès , il rompit recevoir les nière fois à lut de mon ite. Tenezportuner et que font les u depuis le nation d'E- Cyrille, je } Dieu m'a ments inu- : quand ils ent en plus eroient tout , ils ne me e souverain Nos advergistrats , les s; et nous ès cette dématière à ont la prénds.

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DE L'ÉGLISE. (AN 435.) 115 n'étoit que gémissements et que larmes dans toute Ja ville; 1l sembloit que chaque maison eùtperd! n père de famille; on exaltoit de tout côté ses vertus, sa bienfaisance, toutes ses grandes qualités. De la tristesse on passa aux emportements; et si le gouverneur Libien ne se füt sagement prêté aux circonstances, on auroit vu infailliblement une violente sédition. Attendri lui-même des sentiments de ce peuple, il se chargea de leur requête pour le patriarche, l'appuya autant qu'il le put, et y joignit la relation de tout ce qui venoit de le fléchir lui-même. Jean répondit qu'il avoit épuisé toutes les voies de la douceur, qu'Alexandre ne pouvoit attribuer sa disgrâce qu'à son opiniâtreté et à sa présomption : mais je veux bien encore remettre son sort entre ses mains, poursuivit-il ; s'il veut se réunir à l'Eglise, je le rétablirai volontiers dans son siége. Alexandre fut inflexible , et demeura déposénonobstant son silence et sa réserve extérieure. On le relégua en Egypte, où il continua de joindre à l’hérésie toutes les apparences de la vertu : exemple terrible, renouvelé dans toutes les sectes, et presque toujours également dangereux. Tant il est nécessaire de prémunir sans cesse les fidèles contre cette tentation délicate, et de leur inculquer uniquement, au regard de la foi, cette règle évangélique : Quiconque n'écoute pas l'Eglise, parût-il un ange du ciel, sa doctrine ne doit pas être écoutée plus que celle d’un païen ou d’un publicain.

L'année suivante 436, Nestorius fut chassé de son monastère d'Antioche , où depuis quatre ans qu’on l'y laissoit tranquille, il ne cherchoit qu’à répandre ses impiétés au lieu d'en faire pénitence. On le relégua dans la ville d Oasis en Egypte : lerescrit de ce bannissement emportoit la confiscation des biens de l’hérésiarque au profit de son église. Le triste état où il fut réduit ne le porta jamais à la rétractation de ses blasphèmes. Les Blemmiens, peuples vagabonds de l'Ethiopie, ayant pillé la ville et le pays d'Oasis, il erra quelque temps dans les déserts avec des incommodités extrêmes, et il crut enfin avoir trouvé un asile à Panope; mais c'éloit un objet fatal de malédiction que toutes les contrées redoutoient : le gouverneur l’obligea de s'éloigner, et le fit même traîner de force en des réduits reculés. Enfin son impiété augmentant avec ses maux et

110 (AN 436. ) MSTOIRE marqué , pour ainsi dire, dès ce monde du sceau de la réprobation , on dit que son corps se pourrit tout vivant, et que sa langue, organe de tant de blasphèmes, fut rongée de vers. Contraint de fuir encore dans cet horrible état , il se tua en tombant de cheval t,

Les autres prélats hérétiques furent traités avec une rigueur proportionnée au degré de leur faute. Outre Nestorius et Alexandre, on compte quatorze évêques qui firent paroître dans la défense de l’hérésiarque une fermeté inébranlable, et une sorte de générosité, qui sans doute contribua beaucoup à rendre cette secte si nombreuse. D'ailleurs on reprochoit à Cyrille leur adversaire, une fierté de caractère et des procédés impérieux qui laisseroient en effet une tache à sa mémoire, si ces reproches n'avoient eu ses ennemis pour auteurs, et s'il n’eût si bien confondu l'imposture, tant par les démarches que son humble charité lui fit faire pour les ramener, que par les autres vertus éminentes qui l'ont fait mettre au nombre des saints. Tous les évêques réfractaires furent déposés, soit pour cause d’hérésie; soit pour l’ opiniâtreté schismatique avec laquelle quelques-uns, sans embrasser les erreurs de Nestorius, refusèrent de communiquer avec les patriarches d'Alexandrie et d'Antioche. Inutilement y en eut-il jusqu’à six de bannis : cette sévérité trop tard:ve fut sans effet. L'erreur avoit jeté de profondes racines dans la Cilicie où elle avoit été enfantée sourdement, et où le temps et le secret l’avoient fortifiée. Mélèce de Mopsueste, tandis queses comprovinciauxrentroient . en foule dans le sein de l'unité, rejeta constamment l'union.

Théodore son prédécesseur, séducteur de Nestorius et séduit par Diodore de T'arse, avoit comme ce dernier consigné l'impiété dans des ouvrages d'autant moins suspects, que les auteurs en mourant dans la communion de l'Eglise, avoient laissé après eux, dans tout l'Orient, une grande réputation de vertu aussi-bien que de doctrine. C’est pourquoi les nestoriens voyant les écrits et le nom de leur chef absolument diffamés, ils s’attachèrent à répandre ceux de Théodore et de Diodure, qui n'avoient encore essuyé aucune flétrissure. Ils étoient en

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DE L'ÉGLISE, (AN 436.) 117 fort grand nombre, quoiqu'on n'en ait plus que les fragments cités par leurs accusateurs ou leurs apologistes. Pour donner plus de cours à ces ouvrages de ténèbres, on les traduisit en syriaque, en arménien, même en persan : funestes multiplications qui n'eurent que trop de succès, malgré tous les mouvements que se donnèrent Cyrille, Acace de Mélitine et Rabulla d'Edesse. Acace et Rabulla virent de leur vivant la contagion infecter leurs provinces, et de là menacer tout l'Orient. Cette erreur impie se répandit jusqu'au fond des Indes, et prit tant de consistance dans le pays du Tigre et de l'Euphrate, qu'on x fit un patriarche nestorien, avec une multitude d’évêques et d’archevêques qui se sont perpétués jusqu'à nos jours.

Mais c'étoit surtout dans la capitale de l'empire que les novateurs désiroient d'établir leur doctrine et leur ministère. Le patriarche Maximien étant mort deux ans après son élection, et alors Nestorius étant encore en vie, ses sectateurs osèrent tenter de le faire remonter sur son siége. Ils étoient en grand nombre à Constantinople, quoique les catholiques y dominassent. Ils s'attroupèrent en plusieurs endroits de la ville, demandèrent le rétablissement du séducteur avec des clameurs et des menaces si insolentes, que l’empereur craignit lui-même les suites de leur emportement. Mais ayant pris conseil, il les déconcerta en faisant élire et installer sur-le-champ Proclus, avant la cérémonie même des funérailles de Maximien qui fut faite par le nouveau patriarche.

On ne pouvoit mieux choisir pour réunir tous les cœurs. I} avoit un caractère de douceur et d'affabilité qui gagnoit tout le monde, une éloquence comparable à celle du grand Chrysostème dont il révéroit tout particulièrement la mémoirer. Tant pour cette raison que pour ses talents et sa piété, il étoit déjà cher à tout ce qu'il y avoit d'orthodoxes dans la ville, Néanmoins comme il avoit été autrefois ordonné pour le siége de Cyzique, dont le pcuple, bien différemment disposé de celui de Ja capitale, avoit refusé de le recevoir, quelques-uns voulurent confondre son élévation au patriarcat avec ces translatons ambilieuses auxquelles l'Eglise s’étoit toujours mon-

» Cell, Lup. ad Synod. Balus. e. 150.

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115 (An 436.) HISTOIRE

trée si contraire. Mais les lettres du pape, qui avoient décidé,

dès le temps de la déposition de Nestorius, qu’on pourroit mettre en sa place un évêque transféré d’une autre église,

firent disparaître cette difficulté. À cette occasion, Socrate scolastique, c’est-à-dire jurisconsulte ou avocat, non moins versé dans les matières de droit que dans les faits ecclésiasti-" ques qu’il a retracés depuis Constantin jusque bien avant dans

le règne de Théodose le Jeune, cite quatorze exemples de translations d’évêques, faites sans doute également pour le

bien de l'Eglise, sans quoi il eût été peu conséquent '. Car s’il n’est pas raisonnable que les lois générales fassent manquer un

avantage considérable qu'on ne peut abtenir qu’en y déro-

geant par une sage exception, aussi ces exceptions ne sont lé-

gitimes que quand elles procurent le plus grand bien,

Une illustre conversion signala le commencement de l’épiscopat de Proclus ; mais le ciel ne voulut pas qu’elle fût le seul ouvrage des prélats ni des docteurs. La gloire principale en étoit réservée à une femme, qui avoit préféré l'humilité de la crêche du Rédempteur à toutes les grandeurs des anciens Ro-

mains. De sa retraite de Bethléem, Mélanie la jeune vint à Constantinople, à la prière de son oncle Volusien, préfet de Rome et ambassadeur de Valentinien auprès de Théodose,

Saint Augustin avoit autrefois exhorté Volusien par plusieurs lettres fort pressantes, et toujours sans fruit, à embrasser la foi chrétienne 2. Quand le moment de la grâce fut arrivé, Mélanie se rendit à la cour avec une facilité qui ne put être que l'effet du pressentiment qu'elle avoit de la fidélité de son oncle à y correspondre. Dans toutes les contrées qu'elle traversa, les évêques, tout le clergé, les moines et les vierges s'efforcèrent à l'envie de lui faire sentir, par les honneurs qu'ils lui rendoient, que le sacrifice des grandeurs terrestres fait à Jésus- Christ est beaucoup plus honorable que ces grandeurs mêmes.

Arrivée à Chalcédoine, et n'y ayant plus que le Bosphore qui la séparât des vanités humaines toujours si redoutables à la timide innocence, elle se retira dans l'église de l'illustre martyre sainte Euphémie, pour prier l'auteur et le rémunérateur

3 Socr. VII, 36. — 2 Socr. ad 41 Jan. Vit, S, Melan,

nt décidé, n pourroit tre église, 1, Socrate 1on moins ecclésiasti-" avant dans emples de nt pour le tr, Car s'il anquer un n y dérone sont lén, nt de l’épi- » fût le seul ncipale en milité de la anciens Roune vint à , préfet de héodose, r plusieurs asser la foi é, Mélanie que l'effet à oncle à y aversa, les efforcèrent ls lui rent à Jésusrs mêmes.

sphore qui tables à la ustre maraunérateur

DE L'ÉGLISE. (AN 437.) 119 du triomphe de la sainte, de lui donner pareillement, et la force de se soutenir elle-même, et celle de triompher de l'infidélité. Aussitôt après sa prière, elle entra pleine de confiance et de joie dans la ville impériale. Mais Volusien étoit tombé dangereusement malade. Quand il vit sa nièce si exténuée de jeûnes, et si pauvrement habillée : Quel changement, 6. ma chère Mélanie, s'écria-t-il, et que je vous revois différente de ce que je vous ai quittée ! Mélanie répondit : Je n’aurois pas ce mépris de mon corps, comme de toutes les pompes du monde, si je n’étois assurée de recevoir, après la courte durée de cette vie, un ample dédommagement de tout ce que j'ai abandonné. À chaque occasion favorable, elle lui réitéroit des discours pareils, se-rendoit d’une assiduité extrême auprès de lui, et toujours se montroit convaincue et vivement pénétrée des maximes du christianisme,

Elle faisoit venir aussi, mais sans affectation et comme par rencontre, des ecclésiastiques savants et zélés, surtout l’éloquent patriarche, pour la seconder. Volusien céda enfin à tant de vœux et d'efforts réunis ; et renonçant aux vices aussi-bien qu'aux superstitions de Fl'idolâtrie, il reçut le baptême avec l'édification de tout l'empire. Sa conversion fut si pure, qu'apprenant avant de l'avoir déclaré, que sa nièce vouloit encore y employer l’empereur, loin de s’en faire un mérite auprès de ce prince et de lui en déférer la gloire, il publia sa résolution auparavant, de peur qu'on ne l'attribuât autant à l'amour de la faveur qu'à la connoissance de la vérité.

Mélanie eut plusieurs entretiens avec l’empereur et l’impératrice pour le bien de ha religion, et surtout pour la défense de la foi contre les nouvelles hérésies. Dès qu'elle vit ses pieux desseins remplis heureusement, comme elle n’avoit point d'autre intérêt à la cour , elle revola vers l’humblc solitude que la charité seule lui avoit fait quitter.

Proclus exécuta une autre entreprise qui lui concilia à un point extraordinaire l'estime et l'affection de son peuple, à qui la mémoire de saint Chrysostôme devenoit plus vénérable de jour en jour. Gomme le patriarche faisoit en chaire l'éloge de son illustre prédécesseur, tout l'auditoire battant des mains et faisant mille acclamations, redemanda son père Jean à l'ora.

120 (AN 438.) HISTOIRE teur qui en apprécioit si bien le mérite. Proclus saisit ce moyen de réunir à l'Eglise un parti nombreux qui, par attachement au saint, continuoit depuis sa mort de tenir ses assemblées à part. Dans les circonstances où l’on se trouvoit environné de sectaires artificieux et remplis en apparence d’un respect semblable pour le même saint, le patriarche craignit avec raison que la conformité des sentiments en ce point ne s'étendit à tous les autres. Il communiqua ses réflexions à l’empereur, et lui proposa de faire rapporter le corps de saint Chrysostôme, de Comane dans le Pont où il avoit été enterré, vers des ouailles qui marquoient tant de désir et qui avoient de si justes motifs de l'honorer. Théodose y consentit d'un grand cœur, et la translation fut exécutée avec autant d'éclat que de promptitude.

Quand on sut que des reliques si chères approchoient, toute la ville alla au-devant d'elles. Le Bosphore en un moment disparut sous la multitude infinie ‘les barques et des vaisseaux qui le couvrirent : ce n'étoit plus une mer, mais une longue suite de rues et de places illuminées avec ordre, et semblables aux quartiers les mieux habités de la ville, Quand le saint revint vivant et si glorieux de son premier exil, l'appareil n'approchoit pas de ce second triomphe. Les reliques furent portées avec cette religieuse magnificence dans toutes les principales rues de Constantinople, et déposées enfin dans la basilique des saints apôtres : l'empereur baïsa humblement la châsse du saint patriarche, comme pour lui faire amende honorable, au nom de son père et surtout de sa mère Eudoxie qui l’avoit

«offensé sans assez le connoître. Ge qu'avait prévu Proclus arriva : cette cérémonie frappante réunit à l'Église toutes les (personnes anciennement séparées, et y en retint beaucoup d'autres. Elle se fit l'an 438 , le 27 de janvier, jour où les Latins honorent la mémoire de saint Jean Chrysostôme,

On fit aussi, sous le pontificat de Proclus, la translation des célèbres martyrs connus sous le nom des Quarante-Couronnés, que le tyran Licinius avoit immolés tous ensemble à Sébaste en Arménie. La princesse Pulchérie, après avoir eu révélation de l'endroit où leurs restes précieux reposoient, y fit fouiller. On trouva une espèce de cercueil couvert d'une table de mar-

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