‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 31 sur 146 · RE SEPT · texte numérisé non relu

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DE L'ÉGEISE. (AN 438. ) 121 bre, dans lequel il y avoit deux urnes d'argent qui contenoient leurs cendres, et qui étoient environnées de quantité de parfums. On ne sait comment elles s'étoient perdues, après avoir été publiquement exposées à la vénération des fidèles, qu'attestoit encore une petite ouverture qui se trouvoit dans Je cercueil, tout près des reliques, et qui avoit servi à leur faire toucher des linges, suivant l'usage. La princesse les fit placer à l'endroit le plus honorable de l'église, dans une châsse trèsrichement ornée : cette cérémonie se fit encore avec un magnifique appareil 1,

De son côté, l’impératrice Eudoxie, femme de Théodose, partit pour la Terre-Sainte2. On ne publia point d'autre raison de ce voyage, que le vœu qu'elle avoit fait de visiter les saints lieux, si elle avoit la satisfaction de voir sa fille mariée. Or cette princesse nommée Eudoxie comme sa mère, venoit d'épouser le jeune empereur Valentinien, qui n'avoit que dixhuit ans, et qui vint lui-même à Constantinople pour ce mariage. Mais cn attribuoit sourdement une tout autre cause au pélerinage de l'impératrice, Elle étoit en liaison de talents et de littérature avec un courtisan nommé Paulin, dont elle avoit discerné et distinguoit en toute occasion le mérite. Un jour, dit-on, elle Jui envoya quelques fruits d'une beauté singulière, que l'empereur lui avoit envoyés à elle-même. Paulin, sans connottre le premier auteur du présent, le trouva assez beau pour le juger digne de son souverain, et le lui présenta. Y n'en fallut pas davantage, dit-on, à l'esprit foible de T'héodose, pour lui inspirer de la jalousie. Soit accident fortuit, soit exécution secrète, Paulin mourut le lendemain, et peu apris l'impératrioé partit pour Jérusalem. Elle eut même beaucoup à souffrir depuis; mais elle soutint avec courage toutes ces épreuves, et par sa constance modeste, sa piété et sa réserve, elle regagna insensiblement toute la confiance de son époux. Elle fit des présents dignes d'elle, non -seulement aux églises de Jérusalem, mais dans toutes les villes où elle passa, tant en allant qu'en revenant. En Palestine, elle bâtit plusicurs monastères pour les cénobites, et beaucoup plus de laures

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122 (AN 438.) RISTOIRE pour les anachorètes, rétablit les murailles de la ville sainte, et rapporta des reliques insignes de saint Etienne, qui continuoient d’être dans le plus grande vénération.

L'empereur, de son côté, se servit du frein des lois pour réprimer l'enthousiasme et la présomption des juifs r. Hs venoient de donner dans l'ile de Crète un exemple presque incroyable des écarts où peut se porter un peuple abusé par la séduction. Un vieillard, d’un air auguste et qui se disoit Moïse, persuada à la multitude très-considérable des juifs de cette île, d'abandonner les établissements qu'ils y possédoient, pour le suivre dans la terre promise, à l’imitation de leurs ancêtres. Il leur promettoit de réitérer en leur faveur tous ses anciens prodiges, particulièrement de faire retirer la mer devant eux, et de la leur faire passer à pied sec. Il fut un an à parcourir le pays et à grossir son parti. Quand le jour donné pour le départ fut arrivé, il les rassembla, hommes, femmes et enfants, en une multitude innombrable sur un promontoire élevé. Alors prenant l'air et le ton du prophète, il le commanda de se jeter sans rien craindre au milieu des flots, les plus avancés obéirent : mais ceux qui suivirent, les voyant engloutis dans les ondes, sans qu'il en reparût aucun, reconnurent qu'ils étoient trompés, et changeant leur confiance en un ressentiment furieux, ils cherchèrent l’imposteur de tous côtés, sans jamais pouvoir le découvrir. Plusieurs s'imaginèrent que c'étoit un démon.

L'empereur, pour contenir au moins les juifs dans les anciennes bornes, fit une loi contre eux et contre les samaritains : il leur défendit de bâtir aucune nouvelle synagogue, de pervertir aucun fidèle, et les exclut de toute espèce de charge

ublique. La même loi interdit aux païens sous peine de la vie, liste des sacrifices : elle renouvela toutes les peines portées contre les anoicns hérétiques, spécialement contre les manichéens, toujours les plus odieux comme les plus corrompus et les plus impies.

Mais la crainte des châtiments les plus rigoureux ne put extirper totalement les superstitions païennes. Le mal prenoit sa

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DE L'ÉGLISE. (As 438.) 123 source en de vieïlles préventions profondément enracinées ; et tandis que par complaisance pour les princes on se conformoit au culte extérieur, souvent l’occasion ramenoit ces faux chrétiens aux pratiques les plus sacriléges de l’idolâtrie, dont ils n’avoient jamais bien senti l'impiété ni l’absurdité. Certains gentils osoient se vanter qu'on n'avoit pas encore répondu aux écrits de Juliea l’Apostat. Pour leur ôter ce vain prétexte, saint Cyrille qui se trouvoit à la tête de toutes les grandes affaires de la religion, y répondit d’une manière digne de sa renommée, en dix livres qu'il adressa à l'empereur Théodose.

Théodoret publia, pour le même dessein, son ouvrage en douze livres, de la guérison des maladies spirituelles des gentils, où il se sert habilement de la philosophie même des païens pour établir les vérités évangéliques. Il reprend et met en poudre les objections ordinaires des infidèles ; savoir que les chrétiens étoient des gens simples et crédules ; qu'ils ne faisoient nul usage de la raison, et croyoient des extravagances, sur la seule parole de leurs docteurs : visionnaires méprisables, disoient-ils, à commencer depuis les apôtres qui n’étoient euxmêmes que d'ignorants barbares. Après avoir confondu ce reproche d'ignorance, il déploie la plus vaste et la plus exacte érudition, et maniant avec autant de dextérité que de profondeur les témoignages de plus de cent auteurs de l'antiquité, il fait toucher au doigt la fausseté et l'absurdité des opinions philosophiques sur le culte de Dieu, sur l'ordre de la providence, sur la création du monde, sur la nature de l'homme, et sur les principes des êtres. Comparant ensuite les législateurs profanes avec les apôtres, les oracles des faux dieux avec nos prophètes, et la vertu des héros infidèles avec celle des serviteurs de Jésus-Christ, il fait sentir l'admirable supériorité de ceux-ci sur tous les autres, avec une force, une justesse et une richesse d'élocution , que la plus belle antiquité ne surpassa jamais.

Dans l'Occident, l'idolâtrie et la superstition faisoient les mêmes efforts pour se rélever et se perpétuer. Nous apprenons par les homélies de saint Pierre Chrysologue, que l'abus alloit jusqu'à honorer publiquement les faux dieux en certaines cérémonies profanes, comme en ée masquani ie premier jour de

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