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124 (An 435.) HISTOIRE
janvier, et en courant les rues avec un tumulte insensé et une licence toute païenne. Le désordre étoit monté à un tel point, que ces impiétés se commettoient impunément sous les yeux de la cour, dans la ville impériale de Ravenne, malgré les réclamations de l'éloquent et pieux Chrysologue. Le pape saint Sixte l'avoit placé comme par inspiration sur ce grand siége, en le préférant, quoique diacre d’une autre église, et par conséquent contre l'usage ordinaire, au sujet qu'on lui présentoit pour être confirmé. Pierre ne trompa point l'attente du pontife. Avec toutes les qualités éminentes de l'épiscopat, il se distingua par une éloquence qui lui fit donner un surnom aussi honorable qu'à saint Chrysostôme : honneurs néanmoins aussi diversement mérités, que le goût des peuples qui le décernérent étoit différent. En plus de cent soixante homélies qui nous restent de saint Pierre Chrysologue, infiniment respectables sans doute pour le fond des choses, et pour l'érudition même, rien n'est plus frappant, pour ce qui est du style, que la profusion de ses pointes d'esprit et de ses jeux de mots. Mais cette manière étoit assortie au goût dégradé des latins, dont il n'en combattit pas les vices avec moins de succès.
À Carthage, on adoroit la déesse Céleste avec Jésus-Christ. Plusieurs citoyens, au sortir des sacrifices idolâtres, alloient à l'église participer aux saints mystères de l'autel ; et pour comble de scandale, c'étoient les plus grands et les plus riches d'entr'eux qui le donnoient. Le peuple en général n'avoit que: de l'éloignement des pratiques du christianisme qui génoient ses passions, et marquoit une indifférence qui alloit jusqu à l'aversion sur certains articles. La vue des solitaires, autrefois si révérés, n’excitoit plus queles dérisions', quelquefois les emportements del'insolence et de la fureur. Les armées romaines marchoient sous la conduite de généraux païens, et connoissoient à peine leurs foibles empereurs, à qui on laissoit le vain pouvoir de promulguer des lois dont les grands savoient se dispenser.
Littorius, le second homme de l’état après Aëtius, au moins dans les Gaules, étoit si infatué des rêveries du paganisme, des visions de ses augures et de ses aruspices, que sur la promesse qu'ils lui firent des faveurs constantes de la victoire, contre toutes les règles de la politique et de la prudence la plus vul-,
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DE L'ÉGLISE. (an 438:) 125 gaire, il refusa de recevoir à composition, sous les conditions les plus avantageuses, la nation des Goths qu'il vencit de battre. Les ayant poussés au désespoir par une seconde attaque, il fut lui-même entièrement défait avec les troupes auxiliaires des Huns, idolâtres comme lui, et les principaux auteurs de son profane espoir. Le roi des Goths au contraire n'avoit mis sa confiance que dons le vrai Dieu qu'il adoroit. Il se couvrit d’un cilice, passa en prières la nuit d'avant le combat, et ne quitta l’oraison que pour entrer dans le champ de bataille, où il mérita le plus glorieux triompher.
Cyrus qui commandoit en Afrique, étoit aussi idolâtre, et parvenu, sans autre talent que celui de tourner assez bien un vers, aux dignités de consul, de patrice et de préfet du pré-
toire 2. Il éprouva dans la suite une disgrâce qui lui fut infini-
ment plus avantageuse que ces illustrations passagères, par les puissants motifs qu'elle lui fournit de reconnoître la vanité de toutes les grandeurs du siècle. Il abjura le paganisme avec elles, embrassa sincèrement le christianisme, et devint évêque : genre d’élévation paisible et sans alarmes, mieux assorti à son naturel que le tumulte et les périls militaires.
Ce fut durant son commandement que les Vandales enlevèrent Carthage à Théodose, et bientôt après le reste de l’Afrique. Tout hérétiques qu'étoient ces barbares, ils servirent la religion bien plus officacement que les Romains. En peu de temps ils ruinèrent les temples des idoles et tous les vestiges de l'idolâtrie qui restoient dans cette province. Mais quand Genséric, leur roi, crut sa domination affermie, il se mit en tête d'établir aussi sa religion qui étoit l'arianisme, et de détruire la foi catholique dans toutes les terres de son obéissance. IL pilla d'abord les riches églises de la capitale, en appliqua la plupart à des usages profanes, et réserva la cathédrale pour les exercices de la religion arienne. Il fit embarquer l'évêque, nommé Quod-vult-Deus , avec la plupart de ses clercs, en de méchantes barques qui faisoient eau de toute part. Ils ne laissèrent pas d'arriver à Naples, où ils furent reçus comme des confesseurs. Ce qui restoit de donatistes en Afrique se ranima
3 Prosp. Chron. — 2 Eragr, 1. 6,
126 (Ax 439.) HISTOIRE en voyant leurs anciens ennemis à la merci des Barbares ; et ils se joignirent aux ariens pour les persécuter. Tandis qu'ils faisoient scrupule de communiquer avec les catholiques , pour quelques relâchements prétendus dans la discipline, ils contractèrent les liaisons les plus étroites et les plus odieuses avec des hérétiques dont ils détestoient les impiétés. Les évêques Novat, Sévérien et Possidius, l'ami célèbre de saint Augustin, se signalèrent entre tous les autres dans cette persécution. On les chassa de leurs églises, ensuite de toutes les villes sans pouvoir jamais ébranler leur constance.
Arcade, Probus, Paschase et Eutychien, tous quatre espagnols, de ceux sans doute qui s’étoient attachés à la fortune de Genséric quand il passa d'Espagne en Afrique, tous quatre pleins de capacité et de fidélité, étoient en grande faveur auprès du prince barbare. Dans la persuasion de leur attachement pour lui, et que ses bienfaits le mettoient en droit d'en tout exiger, il leur commanda de se faire ariens. Ils le refusèrent avec intrépidité, Genséric furieux les condamna sur-le-champ à perdre la vie; puis il commua la peine de mort en exil. Et changeant de rechcf, selon les caprices de sa fureur, il les fit tous quatre expirer dans les plus cruels tourments, mais chacun d’une manière différente. Les martyrs avoient encore un jeune frère d’une figure extrémement intéressante et d’une vivacité d'esprit qui avoit souvent amusé le roi. Il voulut corrompre la foi de ce jeune homme, et n'y put réussir : il le condamna de dépit au plus humiliant esclavage, après l'avoir fait bâtonner avec une cruauté que put seule arrêter la crainte de le voir expirer sous les coups, ou de paroître moins maître de soi qu'un enfant 1.
Quelque redoutable que le cruel Vandale se rendit dans toute l'étendue de l'Afrique, il y eut cependant de saints évêques en Mauritanie qui écrivirent avec force contre l'arianisme. Antonin de Constaniine fit tenir une belle lettre au martyr Arcade dont nous venons de parler, pour soutenir son courage pendant son exil. Victor de Carthagène, aussi en Mauritanie, eut la hardiesse de présenter au roi même un ou-
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