‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 55 sur 146 · LEA TS · texte numérisé non relu

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le séducteur de ses frères, le persécuteur des véritables évêques et le bourreau du martyr Flavien. Les Egyptiens, extrêmement dépendants de l'évêque d'Alexandrie à cause de sa puissance presque souveraine dans cette importante province, et les évêques de la Palestine, à la suite de Juvénal de Jérusalem, qui avoit eu la foiblesse de‘trahir sa foi et sa conscience, tentèrent de justifier Dioscore, ainsi que son concile, et les esprits s'échauffèrent de part et d'autre avec un tumulte et des clameurs extraordinaires.

Ce fut bien pis quand on proposa d'admettre Théodoret, dont les Egyptiens ne parloient qu'avec horreur, comme d'un hérétique perfide et d'un faussaire impie. Les officiers de l’empereur furent obligés de prendre la parole, pour représenter que ces débats indécents conviendroient mieux à une émeute populaire qu'à une assemblée d'évêques. Mais enfin comme Théodoret, à l'exemple de Jean d'Antioche son patriarche, après des écarts véritablement inexcusables, étoit rentré dans le bon chemin, s'étoit détaché de Nestorius et réconcilié avec saint Cyrille, et que le pape, convaincu de la sincérité de sa pénitence, l'avoit admis à la communion et rétabli dans son siége, il fut résolu qu'il auroit place au concile, mais au milieu, en qualité d'accusateur, aussi-bien qu'Eusèbe de Dorylée. C'en fut assez pour faire sentir aux fauteurs de la nouveauté quel cours prendroient les choses, et que ce n'étoit plus le règne de la violence et de la confusion, comme à Ephèse. Aussitôt on vit les prélats foibles se détacher par troupes de leurs séducieurs, quitter le côté qu'ils occupoient, et passer, Juvénal à la tête, du côté où étoient les légats. Les accusations furent entendues et pesées mûrement, les actes du conciliabule d'Ephèse lus avec attention ; chacun rectifiant ou suppléant, comme les supercheries des hérétiques et le besoin le demandoient. Ainsi convainquit-on pleinement Dioscore d'avoir foulé aux pieds tous les canons, pour rétablir Eutychès, epprimer Flavien et Eustbe de Dorylée,

La seconde session ou action, ainsi que s'expriment les actes de Chalcédoine, se tint deux jours après la première, savoir le dixième d'octobre. On y lut avec admiration la lettre de Léon à Flavien, qui expose avec tant de solidité et de netteté tout ce

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DE L'ÉGLISE, (An 451.) 179 qui touche le mystère de l'incarnation. Les évêques de l'Ilyrie et de la Palestine élevèrent néanmoins quelques difficultés sur les cndroits où la distinction des deux natures est plus fortement énoncée. Mais les plus savants des Pères firent sentir et comme toucher au doigt l'exacte conformité de cette doctrino avec les symboles des concilcs de Nicée et de Constantinople, et avec les passages des anciens docteurs, particulièrement de saint Cyrille, si opposé à la doctrine nestorienne, qu’on patoissoit craindre. Après quoi elle fut approuvée d'une voix unanime, et regardée comme une règle infaillible de foi. Nous croyons tous ainsi, s’écria-t-on de toute part; telle est la foi des Pères, telle cst la foi des apôtres ; c'est Pierre lui-même qui a parlé par la bouche de Léon ; il faut tenir cette foi pour être orthodoxe : anathème à qui ne croit pas ainsi! Léon et Cyrille enseignent la même chose; voilà ce que Dioscore a caché : pourquoi n’a-t-on pas lu cette épître divine à Ephèse P Telle fut la seconde action.

Dans la troisième, qui se tint trois jours après, il fut question de juger Dioscorce dans toutes les formes canoniques. Les officiers impériaux, selon l'usage sagement établi, n’y assistèrent point. Il y eut en effet bien des chefs d'accusation, que le respect de l'état ecclésiastique ne permettoit guère d'apptofondir devant des seigneurs séculiers. Ïl ne s'agissoit pas précisément de l'adhésion d'un patriarche aux rêveries impies d'un moine hypocrite, non pas sculement de ses excès contre les orthodoxes, des procédés révultants qui avoient transformé un concile en un barbare brigandage : on l'accusoit encore de vols, d'exactions, de distractions sacriléges sur des legs pieux, détournés en faveur de comédiennes et de femmes de mauvaise vie ; de plus, d'être un homicide, un incendiaire, un impudique sans frein et sans nulle crainte du scandale, d’avoir poussé l'audace jusqu'à dérober le blé que l'empereur avoit donné pour les églises de Lybie dans une extrême disette, en sorte qu'il s'é- Loit passé beaucoup de temps sans que lesacrifice terrible ctnonsanglant eût été célébré. Ce sont les propres termes de l’accusation, dont l'adresse étoit conçue en ces mots: 4 très-saint et très-heureux patriarche æcuménique de la grande Rome, Léon, el au saintet éuménique concile assemblé à Chalcédoine.

Mais l'accusé ayant vu, dès la prémière session, que les choses prenoient pour lui un très-mauvais cours, il ne paroissoit plus au concile. En vain lui fit-on les citations accoutumées : il paya de mauvaises défaites, tout à fait inconséquentes et qui se détruisoient les unes et les autres, Sitôt qu'on en eut fait le rapport, les légats demandèrent à l'auguste assemblée quel châtiment méritoit un pareil évêque. A l'instant on répondit de toute part qu'il étoit digne de toute la sévérité dont usoient les canons contre les impies qui les fouloient aux pieds. Alors Paschasin, Lucence et Boniface prononcèrent la condamnation contre Dioscore, le déposèrent de la dignité épiscopale ct de tout ministère ecclésiastique. Ils la fondèrent sur ce qu'il avoit reçu à sa communion Eutychès, condamné comme hérétique par son propre évêque ; sur ce qu'il n'avoit pas laissé lire à Ephèse l’épitre de Léon à Flavien, ce qui avoit causé tout le désordre de ce faux concile; sur les différents griefs dont il étoit chargé par des requêtes particulières ; enfin, sur sa contumace à ne plus paroître. Il étoit encore mention de l'extravagance qui, sur la fin de son concile d'Ephèse, l'avoit porté, avec quelques évêques d'Egypte, à exclure de leur communion le souverain pontife.

La sentence portée contre cet audacieux étoit conçue en ces termes : Le très-saint évêque de Rome, Léon, par nous et par le présent concile, avec le biaphouteus apôtre saint Pierre, qui est la base de l'Eglise et le fondement de la foi catholique, a déposé Dioscore de toute dignité, tant épiscopale que sacerdotale. Les Pères, par leurs différentes expressions, relevèrent comme à l'envi la primauté de Pierre, à qui les hérétiques avoient fait l'outrage d’excommunier son successeur. On trouve jusqu’à quatre-vingt-onze souscriptions variées de la sorte ; mais tous généralement souscrivirent après les trois légats. On observe qu'il y a une souscription en langue persienne. On signifa aussitôt la sentence à Dioscore, et aux membres de son clergé qui se trouvoient à Ghalcédoine ; puis on en fit part à l'empereur Valentinien aussi-bien qu'à Marcien et à Pulchérie, afin d'en procurer partout l'exécution par l'autorité impériale.

Depuis cette session, tenue le treize d'octobre, on différa

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de cinq jours l'examen du dogme, marqué pour l'action suivante, qui se tint conséquemment le dix-sept, selon la manière ancienne de compter les délais judiciaires. À cette quatrième session, les commissaires de l’empereur recommencèrent d'assister aux assemblées, et prièrent les légats de déclarer ce que le concile avoit arrêté. Paschasin, prenant la parole, dit que les Pères de Chalcédoine suivoient ponctuellement la définition des trois conciles œcuméniques de Nicée, de Constantinople sous le grand Théodose, d'Ephèse sous Cyrille, et des écrits envoyés par le pape Léon comme expliquant la même foi, à laquelle on ne pouvoit rien ôter ni rien ajouter. Cette déclaration, faite en latin par les légats, ayant été expliquée en grec, les évêques s'écrièrent avec empressement qu'ils croyoient ainsi, que telle étoit la foi qu'ils avoient rèçue à leur baptême, et qu’elle étoit invariable. Les commissaires impériaux demandèrent si tous les évêques trouvoient la lettre du pape Léon conforme à la foi des trois cent dix-huit Pères de Nicée ét des cent cinquante de Constantinople :, Elle avoit été examinée soigneusement par les Pères de Chalcédoine, suivant le témoignage exprès de saint Léon qui, dans sa lettre à Théodoret?, dit que cet examen avoit d'autant mieux tourné à la gloire de Dieu, que l'autorité du premier pasteur n'avoit diminué en rien la liberté des inférieurs. C’est pourquoi Anatolius de Constantinople, Maxime d’Antioche, et une multitude d'évêques, au nombre d'environ cent soixante, répondirent, chacun à sa manière, qu'ils recevoient la lettre du pape à Flavien, parce qu’ils l’avo‘ent trouvée conforme à la fo: 4:35 Pères et des conciles à,

Il n'y eut pas jusqu'aux évêques de l’Illyrie et de la Palestine qui, revenus de leur première prévention, ne rendissent le même témoignage et ne voulussent le mettre par écrit. Après quoi les commissaires prenant la parole, pour abréger apparemment : Si les évêques; dirent-ils, qui n'ont pasencore donné leur suffrage, sont du même avis, qu'ils le témoignent de vive voix. A l'instant ces prélats s’écrièrent tous ensemble :

Tel est notre avis ; c'est ainsi que nous croyons. Mais les cinq

1 Act. 1v, — 3 Epiot. 63. — 3 Ibid. ses. 1v.

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182 (AN 451.) HISTOIRE pensent aussi comme nous ; leur foi est celle de Léon : rendez- Jes au concile, puisqu'ils sont catholiques.

Ces cinq évêques étoient Juvénal de Jérusalem, Thalassius de Césarée, Eustbe d’Ancyre, Basile de Séleucie, Eustache de Bérite. Ayant présidé au conciliabule d’Ephèse avec Dioscore, ils avoientété menacés dela même condamnation dès la première action de Chalcédoine. Les instructions du pape à ses légats recommandoient beaucoup de douceur, et tous les Pères du concile y étoient enclins. On fit grâce à ces cinq prélats, et aussitôt on les admit au concile en signe de communion, toutel’Eglise retentissant de cris dejoieet d’acclamations en l'honneur de l'empereur et de ses officiers.

11 n'étoit plus question que des évêques d'Egypte, qui faisoient une profession de foi suffisante, et anathématisoient Eutychès. Mais ils craignoient de souscrire l'épître de saint Léon, avant qu’on eût donné un successeur à Dioscore : ils ne croyoient pas leur vie en sûreté, s'ils se remontroient en Egypte sous ce même évêque qu'on les accuseroit d'avoirtrahi,

et dont personne ne pourroit les défendre, tous les gens en

place tenant leur pouvoir de lui. Pour bien concevoir l'appréhension de ces évêques, il faut se souvenir que les patriarches d'Alexandrie avoient une puissance étonnante en Egypte, et que l'impérieux Dioscore l'avoit à peu près portée à l'indépendance, Après s'être parfaitement assuré de la foi de ces prélats, on usa de tempérament et de délai pour les tirer d'embarras. Mais auparavant , et tandis que leur foi sembloit encore suspecte, Cécrope de Sébastopolis fit à leur sujet une réflexion digne d’être rapportée. Est-il juste , s’écria-t-il indigné de leur obstination apparente, est-il juste d'écouter dix hérétiques, au préjudice de douze cents évêques P entendant par-là , non la totalité des évêques du monde, qu'on savait être en plus grand nombre dans le seul empire d'Orient ; mais, selon quelques critiques, les Pères des quatre premiers conciles , et plus vraisemblablement ceux de Chalcédoine, en usant néanmoins d'hyperbole, comme il arrive souvent en pareille conjoncture, Ainsi pouvoit-il prendre le nombre défini pour l'indéfini. c'està-dire, douze cents en grec, comme on diroit six cents en latin, et mille en français, pour signifier une grand multitude. On

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DE L'ÉGLISE. (AN 451.) 383 voit en effet que Cécrope ne prétendoit pas s'exprimer avec précision , puisqu'il ne nomme que dix Egyptiens, tandis qu'il y en avoit treize, mais il explique lui-même parfaitement sa pensée, en ajoutant que le concile œ cuménique est plus digne de foi que toute l'Egypte, et à plus forte raison que quelques évêques de cette province.

Le moine Barsumas , cet abbé syrien qui avoit tant contribué au martyre de saint Flavien, eut l’cffronterie de se présenter au concile, Mais il ne fut pas plutôt annoncé, que toute l’assemblée s’écria avec horreur : Anathème à Barsumas! c’est le bourreau de Flavien : bannissez Barsumas ; il cst plus digne de l'amphitéâtre que d'avoir entrée au concile. Il fut aussitôt chassé avec mépris. On employa des manières plus douces pour tâcher de ramener une quantité de moines beaucoup moins coupables, et prévenus seulement en faveur d’une doctrine inventée par un homme de leur état. Dans la cinquième action, qui se tint le vingt-deux, on s’occupa à dresser une formule de croyance qui püt satisfaire tous les orthodoxes. Mais il s'éleva des difficultés; et on les poussa si loin , que les légats commençoient à parler de se retirer et d'obtenir un rescrit pour tenir un concile en Occident.

Toutefois la division paroît n'avoir procédé, au moins dans le grand nombre, que d'un malentendu. En effet, les commissaires impériaux ayant demandé à la multitude des évêques, s'ils recevoient la lettre de l'archevêque de Rome, on cria de tous côtés : Oui, nous Favons reeue, nous y avons souscrit ; l'archevêque Léon croit comme nous, et il est d'accord avee Cyrille. Mais la crainte extrême qu'on avoit de retomber dans le nestorianisme , fit qu'on disputa beaucoup sur le choix entre deux expressions également catholiques. Il s’agissoit de prononcer, ou qu'en Jésus-Christ il y a deux natures, ou que Jésus- Christ est de deux natures. Cette dernière façon de parler signifie que Jésus-Christ est un composéde deux natures; et l'autre, que Jésus-Christ a deux natures actuellement existantes. Or, ces deux significations ne sont nullement contraires. Mais cette expression isolée de natures étoit suspecte, à cause de l'usage qu'en faisoient les eutychiens. C’est pourquoi dans la définition , l’on mit de dcux natures, mais sans confusion et sans

184 (An 451.) HISTOIRE changement, aussi-bien que sans séparation : ce qui excluttout à la fois, et le sens d'Eutychès, et celui de Nestorius.

Pour prévenir les divisions et les difficultés, en rédigeant cette décision, on imagina une méthode nouvelle dont on se trouva si bien, qu'elle fut pour les conciles suivants, l'origine des congrégations distinguées des séances publiques , et employées à minuter ou dresser les décrets. Sans s’exposer au choc des idées et aux lenteurs inévitables entre tant d’arbitres divers, on convint de donner la forme à la définition, par le moyen d'un certain nombre de députés commis pour une assemblée particulière. Ainsi, dans les diverses provinces

ecclésiastiques , à raison de leur étendue, on choisit quelques .

prélats des plus qualifiés et des plus instruits , formant tous ensemble le nombre de vingt-deux, y compris les l'égats Paschasin, Lucence, Boniface et même Julien de Cos, quoiqu'il ne présidât point d’ailleurs au concile. Ils se retirérent dans l'oratoire de sainte Euphémie, et ils y dressèrent une confession de foi entièrement conforme à la lettre de saint Léon , ainsi qu’à la doctrine constante et unanime de l'Eglise. Cette formule fut aussitôt lue en pleine session , où elle prit toute sa force par l'acceptation des Pères. Rien de plus propre, soit à donner une idée juste et sûre de la croyance orthodoxe, soit à fournir les termes conyenables pour l'énoncer dans tous les temps.

Après y avoir rapporté tout au long les symboles de Nicée et de Constantinople, on dit qu'ils suffisent aux âmes droites pour la connoissance de la religion; mais que les ennemis de la vérité s'égarant dans leurs inventions contradictoires, et donnant dans des extrémités également erronées de partet d'autre, le saint coneile veut opposer à toutes leurs entreprises la digue d'une doctrine constamment inaltérable, qu'en conséquence il a défini que la foi des trois cent dix-huit Pères ; c’est-à-dire de Nicée, subsiste inviolablement, ainsi que la doctrine des cent cinquante assemblés à Constantinople, touchant le Saint- Esprit , lesquels, sans imaginer qu'il manquât rien à la foi précédente, s'étoient opposés plus directement aux hérétiques survenus depuis le premier concile. De même, poursuivent les Pères dans leur définition, à cause de ceux qui veulcut anéantir

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DE L EGLISE. (AN 451.) 18S l'œuvre de notre rédemption, le saint concile de Chalcédoine reçoit les écrits de Cyrille, comme propres à réfuter l’hérésie encore postérieure de Nestorius, et à expliquer parfaitement le sens de l’ancien symbole : il y joint avec raison la lettre du très-saint archevêque Léon à Flavien contre l'hérésie d Eutychès , comme également propre à établir la vérité.

Nous déclarons donc, concluent-ils, que l’on doit confesser un seul et même Jésus-Christ, Notre-Seigneur, le même vraiment Dieu et vraiment homme, parfait dans l’une et l’autre nature; le même composé d'uneâmeraisonnable et d’un corps, consubstantiel au Père selon la divinité, et à nous selon l’humanité; semblable à nous en toutes choses, à l'exception du péché; engendré du Père avant les siècles selon la divinité, et dans le temps né de la vierge Marie selon l'humanité, pour nous et pour notre salut, un seul et même Jésus-Christ, Fils unique, Seigneur, en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division , sans séparation, sans que l'union Ôte la différence des natures , les propriétés de chacune subsistantet concourant à former une seule personne ou hypostase : en sorte qu'il n'est pas divisé ou séparé en deux personnes, mais que c'est un seul et même Fils unique, Dieu, Verbe, Notre-Seigneur Jésus-Christ. Le concile défend à quiconque d'enseigner ou de penser autrement , sous peine de déposition pour les clercs et les évêques, d'anathème pour les moines et laïques.

Cependant la nouvelle du triomphe parfait de la vérité ayant été portée au palais, l'empereur en vint témoigner lui-

” même sa vive satisfaction au concile, le vingt-cinq d'octobre,

jour de la fête de sainte Euphémie. 1] étoit accompagné des officiers qui y avoient assisté, et de quelques autres, au nombre de trente-quatre. Il fit un discours qu'il prononça en langue romaine, c’est-à-dire en latin, pour soutenir la majesté de l'empire, et qui fut sur-le-champ expliqué en grec, en faveur du grand nombre. Partout on y remarque la plus religieuse attention de la part de ce prince, à ne point s'ingérer dans les choses purement ecclésiastiques. il déclare qu'on ne doit avoird'autre croyance sur lemystère de l'incarnation , que ce qu'ont enseigné les Pères de Nicée, etsaint Léon dans salettre

186 (au 451.) HISTOIRE

à Flavien ; qu'il apporte au concile les humbles dispositions où fut autrefois le grand Constantin, sachant aussi-bien que ce grand homme, qu'il doit exercer sa puissance, non pour décider les questions de la foi, mais pour appuyer les décisions que les Pères en auront faites.

Les évêques eurent peine à contenir jusqu’à la fin du discours les transports de leur joie et de leur reconnoissance. 11 ne fut pas fini, qu'ils s'écrièrent en foule : Vive à jamais le nouveau Constantin! Vive le religieux empereur, et l'impératrice orthodoxe ! Longues années, règne heureux à Marcien amateur du Christ! Puisse-t-il nous commander à jamais, et abonder en toutes sortes de biens! Cependant on lui dit qu’on avait dressé une profession de foi qui sapoit toutes ies nouveautés impies : il souhaita qu'on lui en fit la lecture. Quand on l'eut achevée, il demanda si tous les évêques étoient d'accord sur ce qu'ils venoient d'entendre. Tous crièrent d'une voix unanime : Nous n'avons qu'une foi et qu'une doctrine; telle est la foi des saints docteurs, telle fut la foi des apôtres, telle est la foi qui a sauvé l'univers; et les acclamations recommencérent avec plus de transport que jamais. On répéta cent fois les noms de nouveau Constantin, de nouvelle Hélène, et tous les titres les plus capables d'exprimer l'amour et le respect. Ce furent les mêmes applaudissements et les mêmes transports, quand Mercien dit que la foi catholique étant si clairement énoncée, il ne restoit plus qu'à dter pour l'avenir tout prétexte de division.

Pour assurer l’exécution du jugement canonique des pasteurs, l'empereur ardonna que quiconque désormais exciteroit du trouble par des disputes en matière de foi, seroit banni et dégradé de sa charge, si c'étoit un laïque, et déposé, s'il étoit clerc. Puis il ajouta qu'il avoit médité et fait dresser certains réglements , qu'il croyoit importer beaucoup au bon ordre; mais que, par une juste déférence pour les Pères, il avoit jugé que la sanction s'en devoit faire canoniquement par Je pie M 11 s'agissoit d'empêcher les clercs et les moines de s'engager dans les affaires séculières, telles que les fermages ou les intendances des terres ; de rendre les moines plus tranquilles et plus soumis à l'évêque diocésain, les clercs plus

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DE L'ÉGLISE. (AN 451.) 187 stables dans leur diocèse naturel : articles qui furent tous applaudis, devinrent autant de lois stables dans l'Eglise, et for. mèrent le fondement de la disciplin: encore en vigueur aujourd'hui par rapport à ces objets,

Jusqu'ici nous avons vu ce qu'on a regardé de tout temps comme la partie essentielle du concile de Chalcédoine. Ce n’est pas que tout ce qui s’y est fait en présence et du consentement des Jégats, ne soit regardé comme revêtu d’une autorité respectable; mais les six premières sessions , seules incontestablement œcuméniques, contiennent ce qu'il y a de plus important, savoir la définition de foi, l'acceptation de la lettre du pape à Flavien, et la déposition de Dioscore. Les autres actions ou sessions, jointes aux premières, forment le nombre de quinze, y compris l'assemblée qui porta en faveur de l'évêque de Cons:antinople, le fameux décret, auquel les légats, et le pape ensuite, s’opposèrent constamment. Mais dans toutes ces dernières sessions , du moins au rapport du papé Pélage IL, qui attribue presque tous les canons à la sixième , on ne régla que des affaires particulières, dont toutefois quelquesunes méritent encore attention.

On exigea inflexiblement que Théodoret dit anathème ? Nestorius. I ne s'agissoit plus de cette hérésie ; il s’agissoit au contraire de proscrire la doctrine qui donnoit dans l'excès diamétralement opposé. Mais, dirigée par le Saint-Esprit, l'Eglise a le point fixe de la vérité pour objet, et parut singulièrement attentive ici à s'éloigner des deux extrémités vicieuses. Théodoret avoit été très-justement et très-fortement soupçconné de nestorianisme. Rentré depuis en lui-même, ils’étoit expliqué en parfait catholique ; et en satisfaisant à toutes les interrogations du souverain pontife, il l'avoit pleinement con vaincu de la pureté de sa croyance, Mais les Pères de Chalcédoine voulurent une réparation du scandale, la plus authentique quil étoit possible, dans les lieux mêmes où il avoit été donné. C'est pourquoi ils exigèrent que l'ancien panégyriste de Nestorius et de ses écrits anathématisôt purement et simplement cet hérésiarque avec sa doctrine, c'est-à-dire, comme on s'est exprimé depuis, qu'il en condamnät les ouvrages pernicicux dans le sens de leur auteur. À la première proposi-

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188 (AN 451.) HISTOIRE tion qu'en fit le concile à T'héodoret , il répondit que, par sa requête à l'empereur, connue par un écrit adressé au pape, la pureté de sa foi étoit évidente; et il proposa de faire lire ces deux pièces. Il est inutile de rien lire, répliquèrent les é vêques d'une voix fort élevée , qui annonçoit le mécontentement et la défiance. Faites ce qu'on n'a que trop de raison d'exiger de vous, et dites anathème à Nestorius. Grâce à Dieu , dit T'héodoret, j'ai été nourri et instruit dans la saine dactrine, ct l’ai hautement enseignée. Je rejette, non-seulement celle de Nestorius et d'Eutychès, mais celle de quiconque a de mauvais sentiments. Encore une fois, s’écrièrent les évêéques , dites nettement anathème à Nestorius et à sa doctrine, à Nestorius et à ses partisans. Il répondit que c'était bien assez confondre la calomnie , que de se présenter à un concile, où il paroissoit moins pour son intérêt que pour celui de la charité et de l'édification , et afin de ne laisser aucun doute sur sa catholicité, On l’interrompit, en criant derechef : Dites nettement anathème à Nestorius et à tout son parti. Je ne le dirai point, repartit-il , que je n'aie expliqué ma croyance. En même temps il ouvrit la bouche pour faire cette explication ; mais il fut ininterrompu par mille voix qui crièrent toutes ensemble : Il est hérétique, il est nestorien; qu'on le chasse d’entre nous : de manière quil n'eut pointd'autre parti à prendre, que dedire sur-le-champ , sans préambule ni tergiversation , anathème à Nestorius et à sa doctrine. Après quoi, il ajouta qu'il avoit souscrit, dans la droiturede son cœur, à la définition de la foi, ainsi qu'à la lettre de saint Léon, et qu'il tenoit pour hérétique quiconque ne croyoit pas fermement leur doctrine. Alors les cris de joie succédèrent aux menaces, et l’on entendit répéter ces mots de toute part : T'héodoret est digne deson siége, qu'on le rende à son église, nous le reconnoissons, nous le recevons pour orthodoxe. Puis on applaudit au jugement déjà porté par le souverain pontife, en réitérant cent fois les acclamations : Vive Léon ! longues années à l'archevêque Léon! c'est avec Dieu que Léon a jugé !

bas, évèque d'Edesse, avoit été déposé au faux concile d'Ephèse, ainsi que Théodoret et pour les mêmes causes. Il demanda pareillement à être rétabli, et avec d'autant plus de

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DE L'ÉGLISE. (AN 451.) 189 raison ;1'on l'avoit condamné quoiqu'absent. Les Pères exigèrent encore qu'il dit anathème à Nestorius aussi-bien qu'à Futychès : ce qu'il fit sans difficulté. Je l'ai, dit-il, anathématisé par écrit, lui et sa doctrine, et comme on n'a point de peine à répéter ce qu'on pense véritablement, j'anathématise HS Nestorius, Eutychès, et quiconque ne croit pas comme ce À rs

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saint concile. Après une démarche si franche et si peu équivoque, on ne put douter de la foi d'Ibas, et il fut rétabli dans tous ses droits. Les légats ne voulurent point qu'on lûtla procédure faite contre lui au faux concile d'Ephèse; cette assemblée ne méritant pas seulement le nom de concile, et n’ayant rien fait à quoi l'on voulôût avoir égard , excepté l’ordination de Maxime. Encore toute la raison qu'on allégua pour la maintenir, c'est que le très-saint archevêque de l’ancienne 1 Rome, dit Anatolius de Constantinople, en recevant Maxime LE à sa communion, a jugé qu'il devoit gouverner l'église Li d'Antioche. 4

Le légat Paschasin dit pour Ibas, qu'on avoit des preuves Î suffisantes de sa catholicité, dans toutes les pièces qui avoient Ft été lues jusque-là, Quelques critiques ont voulu conclure de ces expressions vagues, que les légats avoient approuvé la hi fameuse lettre qu'on prétend avoir été écrite par cet évêque 4 Tbas au persan Maris, et que nous verrons condamnée dans FX, la suite par le cinquième concile général. L'approbation pré- Y tendue d’'Anatolius, surlemême objet , n’est pas mieux fondée. H 11 n'y eut que l’évêque d’Antioche qui déclara positivement la de lettre d’Tbas orthodoxe; et l'on ne peut nulle 1ent présumer à qu'il ft en cela l'organe du concile. Il n'étoit pas question à F4 Chalcédoine d'examiner judiciairement cette pièce: il s’agissoit uniquement d'en juger l'auteur, sur sa manière actuelle de penser, qui n'étoit plus douteuse depuis qu'il avoit si nettement anathématisé Nestorius et sa doctrine.

Quoique Maxime vint d'être aflermi sur le siége d'Antioche, | il restoit quelque difficulté par rapport à son prédécesseur F3 Domnus, à qui l'on jugea convenable d'assurer au moins une je subsistance honnête. On créa donc à son profit une pension sur Le les revenus de l'église d'Antioche, et c'est peut-être ici le FE premier exemple d'une pension sur un bénéfice : on en trouve s'

plusieurs autres dans les dernières sessions du même concile, 1] y a quelque chose de plus singulier au sujet de l'évêché de Pierre, suffragant d'Hiéraples en Syrie. Athanase et Sabinien se disputoient ce siége, pour lequel Sabinien avoit été ordonné par le métropolitain , à la place d’Athanase, Celui-ci étoit accusé de plusieurs crimes : mais il n'avoit été condamné que pour n'avoir point voulu comparoître devant son métropolitain, qu'il disoit son ennemi. Cette affaire ne paroissant pas suffisamment éclaircie, le concile en renvoya l'examen au patriarche du ressort, qui étoit celui d'Antioche, avec obligation de terminer dans l’espace de huit mois. Si Athanase étoit convaincu d’un seul chef digne de déposition, il devoit être traité selon la rigueur des lois; mais si, dans le terme donné, l’on négligeoit de le poursuivre, ou si l’on ne réussissoit pas à le convaincre, on devoit le rétablir dans son siége. Sabinien, dans ce dernier cas, ajoute le concile, conservera la dignité d'évêque et le droit de succéder à son compétiteur, avec une pension que le patriarche proportionnera aux facultés de cette église. Quelques observateurs trouvent l'institution des évêques coadjuteurs dans ce traitement de l'évêque Sabinien.

Dans la quinzième session, qui se tint le dernier jour d'octobre, le clergé de Constantinople pria les légats de traiter avec lui d’une affaire importante qui concernoit son église. Ils répondirent avec autant de sagesse que de fidélité au souverain pontife, qu'ils n’en avoient point reçu de pouvoir à ce sujet, et jamais on ne put les engager à sortir des bornes prescrites à leur commission. Le patriarche Anatolius, qui se trouvoit à peine affermi sur son siége, portoit loin ses vues. Peu content de la prééminence dont il étoit en possession parmi les Orientaux, il prétendoit à une primauté effective de juridiction sur tous les prélats de l'Orient. Les circonstances ne lui pouvoient être plus favorables : il se trouvoit le seul des patriarches qui fût irréprochable et qui fit un personnage digne de son rang. Dioscore, patriarche d'Alexandrie, avoit été déposé dès la troisième session du concile. L'état de Maxime d'Antioche n'étoit pas assuré, puisqu'il avoit été élu à la place de Domnus, déposé au conciliabule d'Ephèse. Pour Juvénal de Jérusalem, il devoit être recherché avec d'autres évêques des plus consi-

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LE L'ÉGLISE, (AN 451.) 191 pérables , comme fauteurs de L'ioscore. Ainsi, à bien évaluer les choses, aucun de ces premiers pasteurs n'avoit à Chalcédoine le rang qui convenoit à leurs siéges. Le pli des affaires favorisant ainsi les prétentions d'Anatolius, en l'absence des légats, on fit en faveur de Constantinople le fameux canon où il est statué que toute primauté et l'honneur principal devoient être conservés à l'archevêque de l'ancienne Rome; mais qu'après lui l'archevêque de la nouvelle jouiroit desmêmes prérogatives d'honneur, et de la même primauté de puissance sur l'Asie, la Thrace et le Pont, dont il ordonneroit les métropolitains. Cent quatre vingt-quatre Pères seulement signèrent cette disposition.

Le lendemain il y eut une assemblée, qui forma une seizième action 1. Les légats s'y présentèrent, et s’y plaignirent trèsvivement de ce qui s’étoit fait la veille, comme contraire aux canons de Nicée touchant le maintien des grandes églises dans leurs droits respectifs, et ils notifièrent les instructions que le pape leur avoit données à cet égard. On leur opposa les canons du concile de Constantinople, tenu environ quatre-vingts ans auparavant ; mais ils répondirent : Que demandez-vous donc

: auiourd'hui, si depuis tant d'années vous avez joui de cette

prérogative P et si vous n’en avez pas joui, pourquoi la demandez-vous ? Ils prétendirent encore qu'on n'avoit pas donné un consentement libre à ce décret. Sur quoi les commissaires interrogèrent les évêques d'Asie et du Pont. Treize en particulier , et les autres en général, dirent qu'ils avoient souscrit volontairement. Quant aux Egyptiens, qui étoient les plus intéressés à défendre la dignité du siége d'Alexandrie, le premier incontestablement après Rome, du moins avant ces dispositions nouvelles, on ne leur demanda point leur consentement. Ils n’étoient pas même présents à ces dernières sessions, parce qu'on n’avoit pas encore rempli l'espérance qu'on leur avoit donnée de mettre à leur tête, avant qu'on sortit de Chalcédoïne, un nouveau patriarche, sans lequel il n'étoit pas d'usage parmi eux de rien souscrire. Ainsi la préséance de l'église de Constantinople fut confirmée par acclamation, sans

‘ Acte 36, p. 709.

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