‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 56 sur 146 · LE · texte numérisé non relu

LE

192 (an 451.) HISTOIRE qu’on en vint à la collection des voix par ordre et par tête. On ne voit nulle part que le nombre des souscriptions du jour précédent ait augmenté. Les Grecs, qui n'ont pas manqué d'en donner une liste exacte, ne la font, dans tous leurs dénombrements, que dé cent quatre-vingt-quatre, quoique les Pères de Chalcédoine fussent pour le moins au nombre de cinq cent vingt, et suivant quelques auteurs, de six cent trente. Les légats s’opposèrent fortement à cette innovation, présentèrent leur protestation en forme; et la firent insérer dans les actes du concile. Le motif qu'ils y allèguent , n’est autre que l’instruction qu'ils avoient reçue du Siége apostolique, Rome n'y étoit intéressée directement que pour sa juridiction patriarcale sur Ja Thrace, et non pas pour les droits de sa primauté. Il n'étoit pas question d'égalité entre le pape et l’évêque de Constantinople ; mais seulement de ressemblance et d'analogie entre les dignités de l’un et de l'autre : c'est-à-dire; que comme le souverain pontife est le premier dans toute l'Eglise, l’évêque de Constantinople le seroit après lui en Orient. Tel est évidemnent le sens du canon, puisque le concile annexe immédiatement après ct d'une manière exclusive, à l'évêque de Rome la primauté universelle d'honneur et de juridiction, que d'ailleurs on lui voit exercer d'un bout à l’autre du concile de Chalcédoine. |

Les Pères, en conséquente, ne manquèrent pas d'écrire au vicaire de Jésus-Christ, pour lui rendre compte de tout ce qu'ils venoient de faire, et lui demander l'approbation même du dernier canon. Nous vous supplions, disent-ils, d'honorer notre jugement, en le confirmant par votre suffrage : et comme de notre part nous nous sommes accordés, dans l'unité de la foi, avec vous qui êtes notre père et notre chef; que l'éminence de votre autorité mette aussi le dernier sceau au décret qu'ont fait vos enfants pour l'honneur de la ville impériale. En usant de votre sollicitude ordinaire à l'égard de l'église de Constantinople, faites rejaillir sur elle quelque rayon de ce vif amas de lumières et de splendeur qui environne votre chaire apostolique. T'els sont et nos vœux et notre confiance, fondés sur la sage générosité d’un père, qui épanchera volontiers son abondance sur ses enfants. Vos légats, à la vérité, nous ont

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DE L'ÉGLISE. (An 451.) 194 résisté fortement ; mais sans doute pour réserver à votre sainteté l'honneur d'une si belle œuvre, et afin que vous signaliez votre zèle pour l'éclat de la discipline, aussi-bien que pour la sûreté dela foir.

Léon ne déféra point à une supplique si engageante. Il confirma, quant à la condamnation de l'hérésie et Le hérétiques, le concile de Chalcédoine assemblé, dit-il, par l'ordre des empereurs, avec le consentement du Siége apostolique. Mais quant à la prérogative de l’église de Constantinople, il refusa constamment de la confirmer. À Dieu ne plaise, écrivit-il à Anatolius 2, que contre ma conscience je contente vos désirs ambitieux ! Sachez que le canon même de Constantinople,sur lequel vous les établissez, n’a aucune force, puisqu'il n’a pas été fait de concert avec le saint Siége. Il lui reproche ensuite, d'un ton d'autorité assez vif, de s'être arrogé, contre les canons, 1 ordination de Maxime d’Antioche.

Dans une lettre à l'empereur Marcien?, où il prend à dessein le titre d’évêque de l'Eglise romaine et universelle, il dit que c’est bien assez pour Anatolius d'être monté sur le siége de la ville impériale, par la faveur de l’empereur et le consentement du Siége apostolique, sans vouloir s'élever aux dépens des autres siéges. Si je ne l'ai pas recherché, ajoutet-il, sur l’ordination qu'il a osé faire de Maxime, ç'a été uniquement pour le bien de la paix. Il écrivit à Maxime même. Dans cette lettre, il blâme ses légats d'avoir souffert qu'Anatolius eût la préséance au concile de Chalcédoine sur cet évêque d’Antioche, puis il lui déclare que tout ce qu'on dit avoir été fait ou toléré par ses légats, outre les définitions de la for, demeurera sans effet et sans force. Par ces différentes lettres, on voit que le pape saint Léon n'étoit point occupé du soin de la prééminence essentielle de son propre siége, à quoi on ne songeoit pas de donner atteinte. Il n’allégua point de motif plus pressant de son opposition aux prétentions du patriarche de Constantinople, que l’injure faite par-là aux autres grands siéges de l'Orient, contre les anciennes dispositions du concile de Nicée.

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194 (AN 451.) HISTOIRE 1 y a plusieurs autres canons du concile de Chalcédoine. Les Grecs en marquent trente, en comprenant celui des préroga-

‘ tives de Constantinople, qui est le vingt-huitième, Les Latins

n'en comptent que vingt-sept, qui furent reçus de toute l'Eglise, et dont ceux qui sont effectivement de ce concile avoient été dressés dans les six premières sessions, comme l’indiquent des anciens exemplaires, où on les trouve à la fin de la sixième. Toutefois, on ne peut attribuer sûrement aux sessions œcuméniques de ce saint et célèbre concile, que les trois canons que nous avons rapportés en traitant de cette session, quoique les autres soient aussi très-anciens et très-respectés de toute l'Eglise, qui conserve encore aujourd'hui le fond de la même discipline.

Les excommunications n’y sont cependant que comminatoires; les peines encourues par le seul fait élant fort rares dans l'antiquité, et cette manière abrégée de procéder n'étant devenue nécessaire que par la suite. Le sixième canon défend d'ordonner des clercs qui ne soient pas attachés à quelque église ; et telle fut, dès le concile de Nicée,qui fit un réglement semblable, l'origine du titre fixe des bénéfices. Le neuvième fait foi qu'il étoit encore défendu aux ecclésiastiques de porter leurs affaires aux tribunaux séculiers. Deux clercs en différend devoient s'adresser à l'évêque : si l’on étoit en contestation avec l'évêque même, c’étoit au concile de la province qu'on avoit recours ; et l’on devoit recourir à l'exarque ou au patriarche, contre le métropolitain. Ce canon fut confirmé, quant à sa substance, par une loi impériale de l'an 456, portant que les clercs ne pourroient être appelés en jugement que devant l'évêque, sinon à Constantinople,où il seroit libre, pour les affaires temporelles, de les citer devant le préfet du prétoire, sans qu’eux-mêmes , de leur propre mouvement, pussent aller à aucun juge laïque. Le quatorzième canon, en défendant aux lecteurs d'épouser des femmes d'une foi suspecte, dans les provinces où il leur étoit permis de se marier, nous apprend que ectte liberté n'étoit pas universelle, même pour un ordre mineur : preuve surabondante de l'exactitude de l'Eglise à conserver la continence parfaite dans les ordres supérieurs.

1 fut encore observer qu'à Chalcédoine , l'ordre des sessions,

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DE L'EGLISE. (AN 452.) 195 ou des diverses matières qu’on y traita, n'est pas le même dans tous les exemplaires. Cette diversité, qui ne se rencontre pas seulement dans les actes de ce concile, provenoit de ce que les évêques des grands siéges amenoient chacun leurs notaires particuliers aux conciles généraux, et leur faisoient transcrire ou rédiger les actes, selon le besoin qu'ils en avoient. Tous recuüeilloient avec soin ce qui intéressoit universellement l'F.glise, comme les points de dogme, et la discipline générale : mais pour ce qui ne concernoit que des affaires particulières, ceux qui n’y étoient pas intéressés, ou l'omettoient, ou ne le plaçoient dans leur recueil que selon les degrés d'importance qu'ils y attachoient.

L'empereur Marcien soutint de tout son pouvoir les décrets de Chalcédoine. Dioscore, l’âme de l’hérésie eutychienne,plus qu'Eutychès même, fut exilé en Paphlagonie, où il mourut misérablement. Pour lui ôter d’abord toute espérance d'être jamais rétabli, Théodose, gouverneur d'Egypte, eut ordre de faire assembler le clergé et le peuple d'Alexandrie,afin d'élire un nouveau patriarche 1. Protère fut effectivement élu. C'étoit lui que Dioscore avoit établi son vicaire en partant pour le concile ; mais il avoit d'autres titres en sa faveur. Outre sa prudence et son habileté, qui pouvoient lui avoir attiré la confiance de son patriarche, sa vertu étoit éminente : ce qui ne lui attira que des chagrins de la part d’un peuple licencieux et fort attaché au dernier patriarche, qui ne génoit personne dans sa manière de vivre. Quand ils virent la scène entièrement changée, et qu'on procédoit à l'exécution des décrets canoniques, ils redemandèrent Dioscore avec fureur, et se portèrent aux derniers excès2, Les moines, déjà infectés en très-grand nombre de nouvelles erreurs, fomentoient les mécontentements et la révolte, faisoient le coup de main dans l'occasion, et se montroient partout les plus emportés. L'empereur crut faire plier Alexandrie, par le retranchement de la distribution ordinaire des grains, par l'interdiction des bains et des spcctacles. Mais le trouble et la sédition ne faisant qu'augmenter. il parut plus expédient de dissimuler avec un peuple si animé

a Liber, c.14. — à Évagr. 11, c. 5.

196 (An 452). HISTOIRE

et si nombreux, qui se calma en effet pour un temps. Cependant l’évêque Protère courut des dangers presque continuels, et son pontificat ne fut jamais bien tranquille. Gomme la nou velle hérésie avoit les moines pour autcurs et pour défenseurs, . dès lors ces contrées, remplies de cénobites et de solitaires, . furent tellement infectées, qu'elles ne reprirent jamais bien la pureté de la foi. Ainsi commença le schisme de ce qu'on appela depuis les cophtes ou jacobites, qui dure encore aujourd'hui.

Le mal ne fut pas si grand en Palestine; mais il ne Îaissa pas d'y avoir beaucoup de troubles, causés par un moine intrigant et vicieux qu'on appeloit Théodose. Il avoit été autrefois convaincu de plusieurs crimes par son évêque, et chassé pour cela de son monastère. Passé en Egypte, il s’étoit emporté contre Dioscore même, alors encore patriarche, avoit été condamné ‘à être fouetté publiquement et promené par la ville sur un ‘chameau. La faction du moine Barsumas vint à propos pour relever les espérances de Théodose dans l'infamie dont il étoit couvert; mais il falloit se vouer à Dioscore,qui étoit l'auteur de la flétrissure. Tout personnage convient aux âmes de cette bassesse. Théodose alla au concile de Chalcédoine, retourna aussitôt après en Palestine, cria de toute part,avec une impudence et une audace forcenées , que lé concile avoit trahi la foi, rétabli l’hérésie de Nestorius, et reconnu en Jésus-Christ deux personnes qu'il falloit adorer.

L'impératrice Eudoxie, retirée dans cette province depuis son veuvage, n'étoit pas encore guérie de sa jalousie contre Pulchérie. Elle se prévint aisément contre un concile protégé par sa rivale, et se déclara pour la faction du moine T'héodose qui, par ce moyen, entraîna bientôt ‘1 plupart des

moines et du peuple. Juvénal de Jérusalem €: ai revenu de Chalcédoine, où il s’étoit enfin déclaré généreusement pour la bonne doctrine, on entreprit de la lui faire abjurer avec une telle violence et un si effroyable désordre, qu’il fut trop heureux de retourner bien vite sur ses pas chercher un asile dans Constantinople. On gagna pour l’assassiner, un scélérat qui manqua son coup; mais qui, voulant de manière ou d'autre mériter son salaire, massacra Sévérien,évêque de Seythopolis.

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DE L'ÉGLISE. (An 452.) 197

Alors le champ étant libre, les schismatiques s’assemblerent à Jérusalem , et choisirent Théodose pour leur évêque. Il en ordonna d'autres pour plusieurs villes de Palestine, surtout à la place de ceux qui n'étoient pas encore revenus de Chalcédoine:. Le gouverneur de la province étoit éloigné et occupé avec ses troupes contre les Barbares. On mit tout en combustion pendant son absence, et l'on prit des mesures

our ne pas le craindre à son retour. Pour cela on ne fit pas difficulté d'ouvrir les prisons, de mettre indistinctement tous Jes criminels en liberté ; et avec ces brigands, unis aux gens de Théodose et d'Eudoxie, on osa fermer les portes de la ville à celui qui avoit toute la puissance de l’empereur dan; le pays. On exerça la plus violente persécution contre quiconque n'embrassoit pas la communion de Théodose ; on osa dire anathème au concile de Chalcédoïine-et au pape Léon; on pilla le bien des ans, on brüla les maisons des autres, onles frappa, onles fouetta avec cruauté,on maltraita indignement les femmes de la première condition , et il y eut une quantité de martyrs. Théodose occupa ainsi, pendant près de deux ans, le siége épiscopal de Jérusalem.

Les provinces oceidentales reçurent bien différemment les décisions du saint concile. Saint Léon leur avoit déjà envoyé, du moins aux évêques de Gaule, sa lettre à Flavien. Elle en a voit été reçue avec respect et actions de grâces, comme ils le lui témoignèrent deleurs sept provinces, au nombre de quarante-quatre évêques en une seule fois, sans compter plusieurs autres lettres particulières. Aussitôt que les décisions de Chalcédoine avoient été reçues à Rome, le pape les leur avoit fait passer avec une copie de la sentence rendue contre Dioscore. Il en usa de la même manière et avec le même succès à l'égard des évêques de la Gaule Cisalpine ou du Milanez, et apparemment avec les prélats de toutes les autres provinces. Dans la réponse des Cisalpins, qui est une lettre synodale aussibien que celle des quarante-quatre évêques de la Gaule proprement dite, ceux-là déclarent qu'ils ont lu dans leur concile la lettre à Flavien; qu'ils l'ont trouvée conforme aux saintes

2 Niceph. XY, c. q.

198 (AN 452.) HISTOIRE rcritures et aux écrits des Pères; qu'en conséquence ils condamnent avec elle les nouvelles erreurs qui s'élèvent contre Je mystère adorable de l'incarnation.

Pendant ces alternatives de douleurs et de consolation, le saint pontife fut replongé tout à coup en d’autres alarines, par l'irruption des Huns, qui, sous la conduite du terrible Attila, menaçoient d'une ruine totale les plus belles provinces de J'Occident. Dès l'année précédente, ces Barbares s’étoient jetés dans les Gaules, et avoient ruiné les villes de Cologne, de Trèves, de Metz, de Reims, de Besancon, et toutes les meilleures places qu'ils avoient rencontrées sur leur passage jusqu’à Orléans, excepté Paris qui fut garanti par sainte Geneviève, et Troyes que sauva saint Loup1.

Toute la sainteté de Geneviève n’avoit point empêché qu’elle ne fût calomniée indignement, du vivant même de saint Germain , qui ne lui en donna que des témoignages plus marqués de sa haute estime2, Après la mort du saint évêque, et par son ordre, son‘archidiacre prit également la défense de cette illustre vierge. Lebesoijn ne fui jamais plus pressant qu’au moment où les Parisiens se virent menacés par le terrible Attila, Troublés jusqu'au délire par l'excès de leureffroi et par la proximité du péril, ils s'en prirent à leur bienfaitrice même. L’archidiacre d'Auxerre arriva à Paris, commeon conspiroit contre elle, ou plutôt comme sa perte étoit déjà résolue, et qu'on ne délibéroit plus que sur la manière de la faire périr, soit en la lapidant, soit en la précipitant dans la rivière. Tout son crime étoit sa foi et son intrépide confiance en Dieu, qui , tandis que les citoyens se déshonoroient par une lâche crainte, les lui faisoit exhorter à tenir ferme dans leur ville que le Seigneur vouloit préserver, au lieu de se réfugier, ovine ils le méditoient, dans les places voisines qui se*:::;1 2. agées,

L'archidiacre fit renaître l'équité et la raison dans le cœur des Parisiens, en relevant leur courage , eten leur parlant ainsi de Geneviève : Gardez-vous bien de rien oser contre cette sainte fille; a jamais il me souviendra des termes dans lesquels | ai sou veni ouï célébrer ses vertus par le saint évêque Germain,

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DE L'EGLISE. (AN 452.) 199 Les Parisiens prirent enfin confiance aux conseils de la sainte, et Paris fut sauvé. Alors toutes les préventions se changèrent en actions de grâces et en une vénération religieuse, Le nom

de Geneviève ne fut pas seulement célèbre dans toutes les

Gaules , mais aux extrémités del’Orient ; en sorte que l'illustre saint Siméon Stylite se faisoit recommander à ses prières par tous les Gaulois qui venoient le visiter, Les rois mêmes par- Joient d'elle avec respect. Clovis l'honora tout particulièrement pendant sa vie,qu'elle poussa jusqu’à l'âge de plus de quatre-vingts ans, nonobstant ses austérités, et qui ne finit que vers l'an 500. Après sa mort, il fit bâtir sur son tombeau la basilique de saint Pierre et saint Paul, à laquelle le peuple enchérissant sur la piété du monarque, donnainsensiblement le nom de sainte Geneviève qu'il prit pour sa patrone et sa protectrice.

La ville de Troyes se vit encore plus près de sa ruine que celle de Paris. Déjà le roi et l'armée innombrable des Huns s'avançoient contre elle, en préludant à sa dernière calamité par le sang et le feu dont ilsmarquoient toute leur route, quand l'évêque saint Loup entreprit de la sauver. Cet intrépide pas teur alla au-devant du prince farouche, dont la seule figure imprimoit l'effroir. Il étoit d'une taille médiocre, mais d'une carrure énorme, avoit la poitrine large, la tête extrêmement grosse, les veux petits, mais étincelants, le nez plat, les cheveux négligés, le teint extraordinairement brun; de manière que son aspect, joint à la fierté de sa démarche et aux mouvements convulsifs dont il étoit perpétuellement agité, suffisoit pour inspirer la terreur, et justifioit le nom de fléau de Dieu, qu il se plaisoit à prendre2. Loup, supérieur à l'effroi général , l'aborde et lui demande ce qu'il prétend. Ignores-tu qui je suis, repartitle Barbare ? Le fléau du Dieu vengeur remplit sa desti-

nation. Et moi, répliqua le saint, je suis un Loup dépouillé de .

sa férocité naturelle, et commis à la garde du troupeau du Dieu de miséricorde. Epargnes-en les foibles brebis, et nefrappe que lepasteur. Cette assurance plut au Hun farouche, dont le Seigneur adoucit l'âme, et Troyes fut épargnée.

& Sur ail 29, Jul. —2 Jornand. C. 42, p. 71.

Att:la alla assiéger Orléans:. Cependant tous les peuples étrangers établis dans les Gaules, Goths, Francs, Bourguignons, unis avec les Romains par la crainte d'un ennemi plus formidable, s'approchèrent pour le combattre. Il leva le siége, et se retira en Champagne, Le général romain, qui étoit Aëtius, le suivit avec ses alliés et le défit : ce qui l'obligea à quitter les terres de l'empire. Mais dès l’année suivante, ayant réparé ses pertes, il revint par la Pannonie, pénétra dans l'Italie, ne se proposant rien moins que de prendre Rome, L'armée des Huns, composée de trois cent mille combattants , sous la conduite d'un prince qui n'avoit pas moins de génie que de valeur, imprimoit un tel effroi, et l’on étoit si peu en état de résister, que l'empereur Valentinien et le brave Aëtius songeoient à quitter le centre de l'empire.

On voulut essayer auparavant la négociation. Saint Léon ‘fat prié de se mettre à Ja tête de l'ambassade, et réussit au delà «le toute espérance 2. On a cru que ce conquérant n'avoit pu ître arrêté ensi beauchemin, que par quelque prodige effrayant ; mais la divine puissance, qui tientles cœurs des tyrans dans sa main, et l'éloquence merveilleuse qu'elle inspira au saint pontife, n'étoient pas moins efficaces que les plus terribles visions. Les troupes mêmes d’Attila regardoient Rome comme une ville sainte, dont l'attaque étoit funeste; et les Huns se disoient les uns aux autres, qu'Alaric, après l'avoir pillée, n'avoit pas vécu long-temps. Attila fut ravi de voir saint Léon, sur tout ce que la renommée en publioit, et peut-être aussi ne fut-il pas fâchéd'avoir un prétexte honnête d'interrompre une expédition hasardcuse. I] fit cesser les actes d’hostilité, et se retira au delà du Danube, avec promesse de faire la paix.

Julien de Cos, toujours chargé des affaires du pape à Constantinople, lui témoigna par lettre, la part qu'il prenoit aux maux qu'avoit soufferts l'Italie par l’incursion des Barbaresô. 11 l'intéressa en même temps en faveur d'Aëtius, archidiacre de Constantinople, que le patriarche Anatolius , sous prétexte de lui faire honneur, mais au fond pour le dépouiller del'ar-

1 Sidon var. epist, 15. —2 Chron. Prosp.; Chron, Cassiod.lan, 452, —3 Epist. 57 et 58,

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3 Epist.

DE L'EGLISE. (AN 452.) 201 chidiaconé qui donnoit un grand crédit, et pour le tenir dans une sorte d'exil, avoit ordonné prêtre titulaire d'une église hors de la ville. Ce qui sonnoit encore plus mal, c’est qu'à ce catholique zélé, il avoit donné pour successeur un certain André, ami d'Eutychès et ancien accusateur de Flavien; de manière qu'Anatolius se faisoit fortement soupçonner de ne s'être pas détaché bien sincèrement des hérétiques. Saint Léon fit ses représentations sur ce sujet à l'empereur et à l'impératrice, qu'il pressa d'obliger Anatolius à changer de conduite.

Il leur recommanda aussi l'évêque Julien, pour qui ces épîtres tenoient lieu de lettres de créance, en qualité de légat chargé à Constantinople de défendre, pour le pape, les intérêts de la foi et de l'Eglise contre les hérésies courantes. C’est le commencement des kégats, nommés depuis apocrisiaires ou correspondants , dans le goût des agents qu'y avoient déjà les patriarches d'Alexandrie et d’Antioche. Mais ceux de Rome y étoient de plus employés spécialement à ce qui concerne l'intérêt général de l'Eglise, et celui-ci en particulier, à veiller de près l'évêque Anatolius, qui ne donnoit que trop lieu à cette institution, dont on n'avoit pas encore si bien senti la nécessité. Saint Léon ne manqua pas de prévenir Julien de tout ce qu'il écrivoit à la cour. Il lui demanda des nouvelles certaines de l’église d'Alexandrie, et de plus précises encore, des désordres excités par les moines de la Palestine, dont le pape n'avoit encore ouï parler que confusément.

Ilreçut peu après les connoissances qu'il souhaitoit, et tout à la fois l'heureuse nouvelle que la cour avoit apporté le remède à un mal si urgent, À la demande de Juvénal de Jérusalem, réfugié , comme on l'a vu, dans la ville impériale, l’empereur avoit écrit aux moines de la Palestine, pour les ramener par la voie de la douceur et de la persuasion : il s’efforçoit de leur faire sentir l'inconséquence de se livrer à Théodose, sectateur d'Eutychés,tandis qu'il anathématisoit l'eutychianisme. C'étoit sans doute l'ignorance et la simplicité de ces solitaires que Marcien trouvoit dignes d'indulgence ; mais il ne leur laissa point ignorer que c'étoit à la prière de l'évêque Juvénal et à l'espoir de leur changement qu'il accordoit ces marques de sa clémence et de sa bonté,

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Quant au faux évêque Théodose, auteur detousles désordres, on en usa plus sévèrement. Le gouverneur de la Palestine eut ordre de l'arrêter pour le faire punir; mais le coupable fut instruit à propos et s'évada. Plusieurs complices de ses viojences , même entre les moines, furent condamnés à des peines corporelles 1, Juvénal rentra dans son siége, déposa tous les sujets que Théodose avoit ordonnés, et tint un concile pour lever les préventions des esprits foibles contre le concile de Chalcédoine, et les rassurer contre les calomnies des schismatiques. La lettre synodale, adressée en conséquence aux abbés et aux moines, fut signée par tous les évêques des trois Palestines.

Les sectaires avoient poussé l’artifice jusqu'à répandrele bruit que le pape Léon n’approuvoit pas le concile de Chalcédoine, Quoique cette invention , attribuée à Anatolius, fût dépourvue de toute vraisemblance, elle fit cependant une telle impression, que l’empereur en gagea le pontife à la démentir formellement. Sans compter la lettre à Flavien, la distinction même que mettoit Léon entre le canon des prérogatives de l’église de Constantinople,qu'il rcjetoit, et les décisions de foi qu'il avoit approuvées formellement, suffsoit pour faire connoître ce qu'il pensoit des décisions dogmatiques de Chalcédoine. Mais pour contenter l'empereur et ne rien omettre dans une affaire de cette importance, il adressa une nouvelle lettre à tous les

évêques qui avoient assisté à ce concile 2, leur déclara derechef

qu'il approuvoit tout ce qui avoit été statué par rapport à la foi, et que quiconque oseroit soutenir, soit l'erreur de Nestorius, soit celle d'Eutychès et de Dioscore, devoit être retranché de l'Eglise. L'empereur fut satisfait, et les affaires de la religion commencèrent à prendre un heureux cours.

Mais on goûtoit à peine cette satisfaction, que l’empereur et tous les gens de bien eurent la douleur de perdre l'impératrice Pulchérie, qui mourut l'an 453, âgée seulement de cinquante-quatre ans : femme forte, vierge pure, digne de régner dans le ciel comme sur la terre, et que l'Eglise honore d'un culte public le dix de septembre. Si elle transforma la

1 Nicephor, xv, 9. — 2 Epist, 64,

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DE L'EGLISF. (AN 453.) 203 cour en une retraite de vierges ferventes, ce fut un spectacle encore plus merveilleux de voir la femme d’un empereur leur donner l'exemple des vertus de leur état, et si bien allier les devoirs du christianisme avec ceux du trône, que ces deux fonctions , loin de se nuire, tiroient l’une de l’autre un nouvel avantage et un nouveau lustre, Elle bâtit plusieurs églises magnifiques, trois entr'autres en l'honneur de la reine des vierges; elle fonda et dota plusieurs hôpitaux et plusieurs monastères ; elle laissa tous ses biens aux pauvres par un testament que Marcien exécuta avec une fidélité religieuse, Mais ce qui peint d'un seul trait le mérite transcendant de cette princesse , l'énergie et l'élévation de son âme, la solidité de sa vertu et de son esprit, c'est que jamais l'empire ne fut plus heureux ni plus en sûreté, que quand son frère Théodose le lui laissa gouverner. Sitôt au contraire que livré aux eunuques ou à la jalousie de sa femme, il nesuivit plus la direction de cet ange tutélaire, il mit l'empire et la religion à deux doigts de leur perte : de manière que l'Orient, en butte aux assauts des sectaires et de tous les hommes remuants, auroit infailliblement succombé , comme l’atteste saint Léon, si cette femme incomparable ne l'eût soutenu.

La mort de l'empereur Valentinien IT, qui arriva le 7 mars de l'an 455, fut bien différente. Ce prince, qui n'avoit que trente-six ans lorsqu'il périt, avoit bien démenti les idées favorables conçues autrefois de sa vertu. La mollesse et l’incontinence flétrirent tout ce qu'il avoit de bonnes qualités , et ce dernier vice fut enfin la cause de sa perte:. Depuis quelque temps, il se livroit sans réserve à cette honteuse passion. La femme du patrice Maxime, l'un des premiers seigneurs de l'Occident, n'étoit pas moins recommandable par sa vertu que par sa beauté. Valentinien , désespérant de la séduire, la surprit brutalement et se porta aux derniers excès. Aussitôt qu'elle put s'échapper, elle alla, inondée de larmes , apprendre à son époux son déhonneur et son désespoir , se renferma ensuite dans son appartement , la mort déjà dans le sein, et mourut en effet quelques jours après2,

1Chron, Prosp. Idac, Marcel, etc, — 3 Evagr, 11, c,7.

Maxime, descendu de l'empereur de même nom qui avoit régné quelque temps dans les Gaules, conçut une ambition que lui coloroit avantageusement le foible droit de sa naissance. Il dissimula cependant en présence de Valentinien, et feignit d'ignorer l'opprobre de sa femme. Il eut même assez de sang froid pour comprendre que le trône venant à vaquer, il n’auroit rien à y prétendre tandis qu'Aëtius vivroit ; il entreprit de le brouiller avec le prince, et persuada si bien à celui-ci, qu'Aëtius, fier de ses victoires, aspiroit à l'empire, que ce lâche et barbare empereur poignarda ce grand capitaine de ses propres mains. Après cet assassinat révoltant, comme l'empereur se promenoit à Rome dans le Champ de Mars, il fut assailli par deux des gens d’Aëtius qu'avoit suscités Maxime, et qui massacrèrent publiquement Valentinien , sans que personne se miît en devoir de le défendre. Ainsi finit le dernier prince de la race du grand Théodose. Maxime fut aussitôt reconnu empereur, et il épousa Eudoxie, veuve de Valentinien, dans l'ignorance où elle étoit encore que ce nouvel époux füt l'assassin du premier.

Mais quand elle eut découvert cette trame détestable, elle ne mit plus de bornes à son dépit; et préférant à ce joug indigne celui des plus féroces Barbares, elle invita Genséric à venir s'emparer de Rome. Toujours prêt au pillage, le roi des Vandales ne se fit pas prier. Bientôt il prit terre à Ostie et' marcha droit à Rome. Maxime, songeant à s'enfuir et permettant à tout le monde d’en faire autant, se rendit si méprisable, qu’on attenta sans crainte à sa vie : il fut mis en pièces le 77e jour de son règne, par d'anciens serviteurs de Valentinien, qui jetèrent les membres du parricide dans le Tibre.

Toute la ville s’abandonna à la consternation, et l’on ne pensa pas seulement à se défendre 1. Le seul pontife alla audevant de Genséric, peu capable de l’effrayer après Attila. Il obtint tout ce qu'on pouvoit demander à un pareil vainqueur, et bien au delà de toutes les espérances : c'est-à-dire que les Vandales se contenteroient du pillage, qu'ils s’abstiendroient du meurtre et des incendies, qu'il y auroit même trois églises,

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DE L'ÉGLISE. (AN 455.) 205 celle de saint Pierre, celle de saint Paul et la basilique Constantinienne qui ne seroient ni pillées ni visitées. On tint parole ; mais on pilla durant quatorze jours tout le reste de la ville, d'où l’on emporta des richesses immenses, en particulier les vases sacrés que l'empereur Tite avoit autrefois enlevés de Jérusalem. Il y eut des milliers de captifs, parmi lesquels l’impératrice, qui avoit appelé les Barbares, fut conduite à Carthage avec ses deux filles Eudoxie et Placidie.

Mais ce désastre fut salutaire à la célèbre Eudoxie, veuve de l'empereur Théodose et mère de l’impératrice d'Occident. Sa philosophie et toutes ses lumières naturelles étoient pour elle une foible consolation, sans celle de la foi, dont elle s’étoit privée en s'engageant dans l'hérésie d'Eutychès. Ces coups de la main du Seigneur donnérent lieu aux plus profondes réflexions, et bientôt cle craignit qu'elle ne se fût engagée dans

la mauvaise voie 1. Les hommes de Dieu, puissants en œuvres :

et en paroles, abondoient encore dans la Terre Sainte,où elle habitoit. Elle consulta les plus célèbres, apprit d'eux que sa mort n'étoit pas éloignée, et que nulle œuvre de vertu ne devoit la rassurer, à moins qu'elle ne tint au centre de l'unité, en s'attachant au concile de Chalcédoine et à Juvénal son égitime évêque. Elle obéit à cette voix du ciel, abjura publiquement l'hérésie à Jérusalem, et rentra dans la communion de l'Eglise, où elle persévéra, sans hésiter, jusqu'à la mort. Avant de sortir de ce monde, elle eut la consolation d'apprendre que le prince Hunéric, fils du roi des Vandales, avoit épousé l’ainée des deux filles de Valentinien, et qu'on avoit renvoyé la cadette avec sa mère à Constantinople.

1] restoit en Afrique une multitude d’autres captifs illustres, qui fournirent une ample matière à la charité de l’évêque de Carthage, nommé Deo-gratias , lequel avoit été ordonné en 454, à la prière de l'empereur Valentinien, après une longue vacance de ce siége. Les traitements inhumains qu'éprouvoient les captifs touchèrent vivement ce prélat2. Comme les vainqueurs étoient partie Maures, partie Vandales, ils se partageoient les prisonniers ; séparoient impitoyablement les enr

a Vit.S, Euthyn., p.64 et seq. — 2 Viet, Vit. 3,e. 8,

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