‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 57 sur 146 · RECETTE ER ENTRE __ · texte numérisé non relu

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206 (An. 455.) HISTOIRE

fants de leurs parents et les femmes de leurs maris. Ainsi. dans la misère et les travaux accablants de l'esclavage, ils n’avoient pas même la triste consolation de porter leurs chaînes de compagnie avec les personnes qui leur étoient chères, ni de confondre leurs sueurs et leurs larmes ensemble. Il y en avoit une multitude de malades, tant par les besoins qu'ils souffroient que par les incommodités extraordinaires qu’ils avoient souffertes dans la navigation. Le saint évêque en racheta autant qu'il en put payer, ne craignant pas de vendre pour une si bonne œuvre les vases d'or et d'argent qui servoient aux églises. Il fournissoit aux malades tous les secours dont ils avoient besoin, leur faisoit distribuer la nourriture convenable, et accompagnoit lui-même les médecins qui les visitoient. La nuit, il alloit voir s'ils n'étoient pas négligés, demandoit à chacun, de lit en lit, comment ils se trouvoient, et cela nonobstant sa foiblesse et son âge décrépit. 11 mourut très-peu de temps après, n'ayant occupé le siége de Carthage que trois ans.

À ce triste événement les captifs crurent revoir le moment où ils tombèrent pour la première fois dans la servitude. Cette mort ne fut pas moins funeste à l'Eglise d'Afrique en général. Le roi Genséric en prit occasion de défendre d’ordonner des évêques dans la province proconsulaire ct dans la Zeugitane, où il y en avoit encore soixante-quatre, mais la plupart fort âgés. Ainsi, manquant de jour en jour, ils furent réduits à trois après quelques années. L'Eglise honore la mémoîre de saint Deo-gratias le vingt deuxième jour de mars. La barbarie de Genséric donna lieu à la sanctification de plusieurs autres Africains, sans compter le nombre infini de martyrs qu’elle produisit.

C'est ce qui anima, autant ou plus que les brigandages du Vandale, le zèle et la valeur de l'empereur Marcien, qui pensa sérieusement à lui faire la guerre. Il s'y prépara en prince chrétien, joignant aux sages précautions suggérées par l'expérience et la politique, tout ce qui pouvoit mettre le ciel dans ses intérêts, comme les prières publiques et d’abondantes largesses en faveur des pauvres. Mais si ces œuvres de piété ne purent servir à remplir ses vues temporelles, elles ne furent

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DE L'ÉGLISE. (AN 457.) 207 pas perdues pour l'éternité, dans les circonstances de sa mort prochaine, qui arriva peu après, savoir l'an 457, de son âge le 65.° Sa mémoire est en bénédiction, pour ses vertus, pour son application au bien de l’état et de la religion. Il eut pour successeur le tribun Léon, gouverneur de Sélymbrie. Il étoit natif de Thrace, et fut élu le septième de février de la même année, par les gens de guerre, avec le consentement du sénat.

Il aimoit sincèrement la religion ; mais dès le commencement de son règne, il commit une faute de surprise ou de foiblesse, qui, en alarmant saint Léon et toutes les personnes attentives au bien de l'Eglise, leur fit trop tôt sentir que l'Orient n’étoit plus sous la conduite des Marcien et des Pulchérie. Les eutychiens, si nombreux en Egypte, reprenant courage au changement de souverain, le moine Timothée, ordonné prêtre du temps de Dioscore, se mit à la tête des séditieux. Depuis longtemps il tramoit sourdement la cabale et la révolution qu'il méditoit. I] alloit de nuit, avec une canne creuse par les cellules des solitaires ; et leur parlant par cette espèce de porte-voix, les appeloit l’un après l’autre par leurs noms, dont il avoit eu soin de se faire instruire, se donnoit pour un ange envoyé du ciel qui venoit les avertir de fuir la communion de Protère, et de choisir le moine Timothée pour évêque, se désignant ainsi lui-même r. C'est à cette supercherie sacrilége, qui le faisoit courir de nuit comme des chats sur les gouttières, qu’on rapporte son surnom d'Elure, mot dont les grecs nomment ces animaux.

Quand il crut sa partie assez bien liée, et qu’il sut la mort de Marcien, auteur de son exil, il reparut avec insolence, et déclama hautement contre le concile de Chalcédoine. Entre les moines qui lui étoient dévoués, il rassembla d'abord ceux du voisinage d'Alexandrie, avec une troupe de bandits et de séditieux gagnés par argent ; et profitant de l'absence du gou-. verneur, qui étoit occupé avec ses troupes dans la Haute. Egypte, il remplit la ville d'un si grand tumulte, que les catholiques n’osèrent plus paroître. S’étant emparé de la grande église, qu'on nommoit le temple Césarien, il se fit ordonner

UNiceph. xv, ce, 19; Evagr. 11, €. 8.

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