‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 62 sur 146 · LIVRE DIX SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX SEPTIÈME

DEPUIS LA MORT DU PAPE SAINT LÉON EN ÂGI , JUSQU'A LA CONVERSION DES FRANCS EN 496.

Quorque la religion chrétienne fût déjà la religion universelle, et que l'empire de l'Eglise, infiniment plus étendu que celui de Rome dans son plus beau temps , ne connût d’autres bornes que celles du monde, il manquoit encore quelque chose à sa gloire et à son triomphe. Elle avoit aussi soumis au joug de l'Evangile les deux nations les plus valeureuses et les plus éclairées, les Grecs et les Romains, c’est-à-dire, tout le monde policé, qu'on s’étoit accoutumé à nommer simplement le monde ; tant ce qu'on appeloit par opposition Barbares ou sauvages, sembloit peu digne de faire partie de la société civile et du genre humain ! Ainsi la loi de grace avoit-elle fait des chrétiens de tout ce qui mériloit le nom d'hommes. Il lui falloit encore, de ces Barbares, faire d’abord des hommes, pour les rendre ensuite chrétiens, et pour composer à Jésus-Christ ce bercail innombrable et arfait, où entre le Romain et le Scythe, le Grec et le Barbare, le loup ct la brebis, destinés, suivant l'expression d'Isaïe ! , à paître indistinctement et paisiblement tous ensemble, sans autre différence que le mérite d'avoir changé d'inclinations et de naturel par la vertu la plus puissante d’'en-haut. C'est ici la grande œuvre déjà exécutée en partie, et que nous allons voir consommer par l'Eglise avec une édification toute nouvelle. Cette heureuse révolution ne pourra s’opérer sans lui causer de rudes secousses ; il en résultera bien des bouleversements et des orages ; l'harmonie de cette immense famille que l'homme de douleur a engendrée sur la croix, en sera troublée pour un temps; sa divine épouse en paroîtra même souffrir quelque altération : mais ses traits

1 Capexi, ve 7.

Page 1